Chapitre 37 : Le reflet du miroir
- Je n'arrive pas à y croire ! Me mettre en retenue, alors que j'étais sous l'effet d'une potion ! C'est tout simplement incroyable !
Maena avait repris ses esprits bien des heures plus tard. Lorsque Rogue lui avait dit qu'elle était en retenue, elle avait juste éclaté de rire, étant sous l'effet de la potion de Neville.
Mais, maintenant qu'elle avait repris son état normal, elle riait beaucoup moins. À la table des Gryffondor, elle se vengeait en écrasant ses patates à coups de fourchettes rageurs. Durant tous les autres cours de la journée, elle avait ri pour un rien et n'avait pas réussi à faire son travail comme il faut.
- Au fait, Neville, dit Maena en regardant son ami, c'est quand qu'on a retenue ?
- Ce soir…
Maena soupira de contrariété.
- Pfff… Et va falloir que je revoie sa sale tête ce soir, à ce sale type ! D'autant plus qu'il va sûrement encore nous donner las taches les plus ingrates ! Mais, qu'est-ce qui m'a pris de lui pincer le nez !
- C'était une erreur, essaya de consoler Hermione.
- Mouais… En tout cas, ce qui est bien à Poudlard, c'est qu'ils n'envoient pas de lettres à chaque retenue que j'ai !
- Ils envoyaient une lettre à chaque fois que t'étais en retenue, à Beauxbâtons ? s'étonna Ginny, assise à côté d'Harry.
- Ouais… Il y en a pour au moins trois ou quatre boîtes à chaussures… Ma mère les a toutes gardées ! Vous imaginez un peu sa tête si Rogue lui envoyait une lettre ? Madame Black, j'ai le regret de vous annoncer que j'ai mis votre fille une fois de plus en retenue parce qu'elle m'a pincé le nez. Bien à vous, professeur Rogue.
Elle avait pris une voix grave et avait imité une attitude guindée.
Ses amis éclatèrent de rire. Même Neville retrouva son sourire.
- Quoique, oui, j'aimerais voir sa tête si elle recevait pareille lettre, dit Maena en riant.
°o0o°
À la table des professeurs, Mentha, le visage posé sur sa main, chipotait dans son assiette mais mangeait très peu.
- Vous ne vous sentez pas bien, Mentha ? s'inquiéta Hagrid.
Mentha revint à la réalité et se tourna vers son collègue.
- Si, si, je vais bien, dit-elle en souriant. Ne vous en faites pas, Hagrid.
- Ah… parce que j'ai remarqué que vous ne mangiez presque plus…
- Ce… c'est parce que je n'ai pas très faim, es derniers temps… Sans doute à cause de mon séjour à Ste-Mangouste. Vous n'avez pas idée du nombre de potions et de pilules que j'ai dû avaler ! Après un tel traitement, il est normal que je perde l'appétit…
- Oui… sans doute… répondit Hagrid.
En fait, Mentha se sentait mal car, depuis son retour à Poudlard, Severus ne lui avait pas dit un seul mot. Et cela lui faisait mal… Plus que ce qu'elle ne l'aurait avoué.
« J'ai perdu son amitié, semble-t-il… » pensa-t-elle.
« Mais est-ce tout ? » fit une voix dans sa tête.
Elle secoua la tête pour chasser cette idée.
- Mais enfin, professeur Dumbledore, il faut faire quelque chose !
Le professeur McGonagall parlait au directeur, un peu plus loin.
- Ça ne peut pas rester comme ça ! C'est un véritable supplice !
- Ne vous en faites pas, Minerva… dit le directeur.
Le visage de McGonagall s'éclaira.
- … Je suis sûr qu'un jour, les deux gargouilles chanteront à l'unisson, et d'une voix plus agréable.
- Mais enfin…
- Et puis, à Noël, elles pourront nous chanter des chants de Noël…
Le visage du professeur McGonagall ne décomposa. Et Mentha fut presque certaine que le directeur lui avait fait un clin d'œil complice, comme s'il savait qu'elle était à l'origine de cela.
°o0o°
Le soir venu, Neville et Mentha se dirigeaient vers les cachots pour leur retenue.
Neville avait un peu peur tandis que Maena marchait d'un pas lourd. Elle bâilla à s'en décrocher la mâchoire.
- Dis, Maena…
- Oui, Neville ?
- Tu… tu crois qu'il va nous demander d'éventrer des crapauds ?
- Je n'en sais rien du tout…
Neville paraissait vraiment inquiet, surtout qu'une fois, Rogue lui avait fait éventrer des crapauds. Maena essaya de le réconforter :
- T'en fais pas, ce ne sera pas si terrible que ça ! J'ai eu toute une semaine de retenue et je n'ai jamais eu à toucher des animaux, qu'ils soient vivants ou morts… sauf si tu comptes les araignées de la Bibliothèque…
Neville eut un pâle sourire. Maena glissa son bras sous le sien et dit avec entrain :
- Allez, souris Neville ! Dis-toi que, plus vite t'auras fini, plus vite tu retrouveras Parvati !
Neville sourit véritablement, cette fois.
- Tu as raison, dit-il.
- Bien sûr que j'ai raison ! J'ai toujours raison !
Et ils rirent un peu. Mais, arrivés devant les cachots, leur rire s'effaça. Là, ils durent se séparer de leurs baguettes magiques. Maena dut évider les entrailles de tout un tonneau de rats et Neville récurer des chaudrons. Maena ne semblait franchement dégoûtée par sa besogne. Mais lorsqu'elle eut terminé, elle avait des restes d'entrailles sous les ongles…
°o0o°
Le lendemain, Maena avait toujours l'impression d'avoir des entrailles de rats sous les ongles. Et ça la dégoûtait plus que d'évider les rats.
- C'est horrible ! dit-elle en regardant ses ongles. Et pourtant, j'ai fait le sortilège de Récurage au moins sept fois !
- T'en fais pas, l'impression partira sûrement, dit Ron.
- Sûrement, oui… dit Maena en regardant toujours ses ongles.
Ils marchaient en direction de la Grande Salle pour le petit déjeuner. Sur leur passage, pas mal de Serpentard avaient fait des commentaires sur la retenue de la jeune fille :
- Alors ? J'espère qu'on aura assez d'entrailles de rats pour notre potion d'Affaiblissement ?
Mais Maena n'en avait cure, plus occupée à nettoyer ses ongles.
- J'arrive, dit-elle à ses amis, niant les Serpentard. Il faut que je passe par les toilettes.
Ses amis acquiescèrent et elle se dirigea vers les toilettes des filles. Arrivée là, elle se nettoya vigoureusement les mains.
- J'imagine déjà les sarcasmes de Parkinson, murmura-t-elle à elle-même.
Elle soupira et regarda son reflet dans le miroir au-dessus du lavabo duquel elle avait fermé le robinet. Elle fixait ses yeux en secouant légèrement ses mains.
« Parkinson… Elle m'énerve ! Qu'elle ne me dise pas un mot de travers ou je ne réponds plus de rien ! »
Elle secoua ses mains un peu plus fort tout en regardant ses yeux gris. Puis, elle vit un mouvement se refléter dans le miroir. Quelque chose de noir bougeait derrière elle. Elle détourna les yeux de son reflet pour voir qui se tenait derrière elle. Et la personne qu'elle vit se refléter dans le miroir la figea. C'était un homme aux cheveux noirs et aux yeux gris… des yeux si semblables aux siens. Il portait une chemise bleu nuit par-dessus laquelle il portait une robe de sorcier noire, ouverte.
Maena écarquilla les yeux. Son esprit lui disait « C'est impossible ! » alors que son cœur criait « C'est lui ! ».
L'homme lui sourit dans le miroir.
- Bonjour, Maena, mon plus beau cadeau de Saint-Valentin…
« Papa ! »
Maena se tourna vers son père qui se trouvait derrière elle. Son père qu'elle venait de voir se refléter dans un miroir.
Elle se retourna et se retrouva face à… un élève…
Elle le dévisagea. Grand, gros, le visage couvert de boutons, les cheveux roux pâle et les yeux porcins, il n'avait rien à voir avec le reflet de son père. Absolument rien !
C'était un élève de Poufsouffle qui regardait Maena avec une drôle d'expression : une expression perverse.
Maena était tellement surprise qu'elle ne fit que le regarder sans bouger ni parler.
- Oh… fit le garçon. Je me suis trompé…
C'est alors que Maena explosa.
- Trompé !? Dégage, espèce de sale gros pervers !
Elle prit la première chose qui lui tomba sur la main et le lui balança. La chose en question était un livre… le Monstrueux Livre des Monstres. Le livre se mit à poursuivre le garçon qui s'enfuyait en claquant furieusement de la mâchoire.
- Non, mais vraiment ! s'exclama Maena, furieuse. Y en a qui se croient tout permis ! J'vous jure ! Quel pervers !
Puis, se rappelant ce qu'elle avait vu dans le miroir, elle se tourna vers celui-ci. Mais elle ne vit rien. Rien d'autre que le reflet d'une jeune fille au regard déçu…
- Personne, évidemment… murmura-t-elle.
Elle eut un petit rire de dérision.
- Qu'est-ce que j'espérais, vraiment !
Elle prit son sace, le mit sur son épaule et sortit des toilettes. Elle marchait comme une automate, perdue dans ses pensées…
Elle s'arrêta dans un couloir et regarda par la fenêtre. Le soleil de début d'avril, quoiqu'un peu pâle, faisait briller l'étang de Poudlard.
- J'ai vraiment été conne de croire que c'était lui… murmura-t-elle à elle-même. Je sais bien qu'il est mort…
Elle reprit sa route vers la Grande Salle.
- Et les morts ne se reflètent pas dans les miroirs ! C'était juste une illusion ! Une vision ! Rien de plus… et rien de moins…
Elle eut soudain besoin d'évacuer son trop-plein de pression et pour se faire, elle se mit à courir. Elle courut au fil des couloirs, ne sachant pas où elle allait et s'en fichant complètement. Elle courait sans s'arrêter et sans faire attention aux élèves qui la dévisageaient.
Arrivant à un coin d'un couloir, elle vit quelqu'un venir mais ne sur s'arrêter. Elle entra en collision avec cette personne. Son sac en tomba par terre et ses livres s'étalèrent sur le sol. Elle faillit tomber mais fut retenue de justesse par la personne qu'elle avait percutée.
- Je… Je suis vraiment désolée… dit-elle, essoufflée.
- Mais, qu'est-ce qui te prend de courir comme ça et de percuter les gens !?
Reconnaissant cette voix, Maena releva la tête et se retrouva face à Malefoy. Elle ne savait pas quoi répondre au jeune homme. De toute façon, il ne semblait attendre de réponse. Il s'agenouilla et commença à ramasser les livres.
Rouge de confusion, elle s'agenouilla à son tour.
- Tu te trimballes toujours avec autant de livres ? demanda-t-il.
- Ben… euh…
- Pourquoi t'as un livre de potions avec toi ? C'était hier qu'on avait potions…
La jeune fille ne répondit pas et mit ses livres dans son sac, ainsi que ses parchemins et sa plume.
- Ça va pas ? demanda tout à coup Malefoy. T'es toute rouge.
Maena releva les yeux et rencontra le regard clair du Serpentard. Elle n'y avait jamais vraiment fait attention, mais il avait de super beaux yeux. Ils étaient gris avec une petite pointe de bleu ciel, ce qui les rendait encore plus pénétrants.
Se rendant compte de sa pensée, Maena rougit encore et détourna les yeux.
- J'ai couru… dit-elle d'une voix qu'elle espérait calme et contrôlée.
- Quelle drôle d'idée…
Les deux jeunes gens se relevèrent. Malefoy lui tendit son livre de potions.
- Fais gaffe, la prochaine fois, dit-il.
- Oui…
Maena se sentait stupide. Lorsqu'elle prit son livre, sa main frôla celle de Malefoy. La jeune fille fut parcourue d'une sorte de frisson. Elle regarda une dernière fois le jeune homme. Celui-ci avait l'air étonné de l'attitude de la jeune fille.
- T'es sûre que ça va, hein ?
- Oui… Désolée… et merci, dit-elle avant de s'éloigner.
Malefoy la regarda partir.
- Décidément, cette fille est vraiment bizarre… mais très jolie… Beaucoup, beaucoup, trop jolie, ajouta-t-il en soupirant.
Et il s'éloigna, de son côté. Il n'avait pas remarqué cette ombre cachée derrière l'armure. C'était une jeune fille dévorée par la jalousie…
C'était Pansy Parkinson…
