BONUS 6

De surprise en surprise…

Bonsoir... Oui, je vous ai promis ce chapitre ce soir... ce bonus à rallonge... ce pavé monstrueux de 16 pages complètes... Ce soir, je sens que certain(e)s vont s'endormir sur leur clavier.. et baver (beuuurk)... Attention aux électrocutions...!

Merci à mes quelques petites revieweuses... je sais, j'avais dit tous les 15 jours, les posts... c'était un bonus-bonus, la semaine dernière ! Sachant qu'il y a un peu d'impatience, je vais faire court pour les "mots doux" :

- Nami : sadique. Merci, je sais combien tu es fan de Chrystelle...

- Nanoushka (si elle est encore de ce monde... Are you still alive ?! Bip Bip ?) : La question est... wagons raccrochés ou... pas...?! Bon, voila, tu le sais, oui, ça va capoter ! C'est comme ça, voila... je suis sadique et ce chapitre va te le prouver. Encore ! Enfin, si tu es assez vivante pour le lire !

- Canardsac : pardon pour la dent creuse... ma dentiste est sympa, je te la présente ?! J'espère que tu apprécieras de découvrir ce que tu as deviné... ;)

- Mallau : Candice se trompe... ou non... se trompe-t-elle souvent ?! Tu y es, au prochain chapitre !

- Neko : purée, là.. tu en as pour plus de 3 minutes, crois moi ! J'ai balancé du pâté (en quantité.. après, la qualité, c'est vous qui jugez !).

- Alexandra : oui.. aux petits oignons... vu la taille du bonus, je crois qu'on peut carrément parler d'une banquette... Tu VAS savoir... Oui je titille mais.. j'ai répondu en mp à ta question et à tes craintes... Oui, ça capote... Mais j'espère que, malgré cela... ça te plaira...!

- Chou05 : Comment nous faire patienter sans dévoiler le reste de l'histoire" en 1 leçon : en étant sadique et perverse... Et c'est pas fini...!

Voilà... bon, une partie d'entre vous le sait, le reste s'en doute... Vous me connaissez sadique, perverse, machiavélique... alors je ne vous cache rien... ça va capoter... le tout est désormais de savoir comment...

Je prie pour que cela vous plaise... que vous ne m'assassiniez pas à la fin de ce chapitre... Pour que vous me laissiez tout de même un petit comm'... Pour que vous ayez envie de lire la suite (le bonus suivant est fini et celui d'après devrait être entamé demain).

Bonne lecture, cher(e)s ami(e)s...

Avec toute mon amitié (et mes excuses pour mes éternelles "lutineries" : un korrigan ne se refait pas...!)

Bizh

K.


Candice sortit de la voiture et la verrouilla, ravie que ses enfants soient à la maison… Pas pour l'agitation, non, elle avait eu sa dose au commissariat… ! mais, d'une manière toute pragmatique, afin d'éviter de fouiller une énième fois son sac à main dans l'espoir de trouver ces maudites clés qui, toujours, se faisaient un malin plaisir de se dissimuler dans un recoin improbable. En même temps, j'ai beaucoup de chose, là-dedans… Et toutes ne sont peut-être pas indispensables… !

Elle entra dans le domicile familial. Assis dans le salon, aucun de ses trois garçons ne réagit à son arrivée ni ne daigna répondre à son « bonsoir ». Quel accueil chaleureux et agréable, songea-t-elle avec ironie. Léo et Martin, accrochés à leur tablette respective, étaient certainement en pleine partie d'un jeu qui les opposait, si elle en croyait les grognements de l'un qui coïncidaient avec les cris de joie de l'autre… Jules s'était écarté du canapé où les benjamins de la famille livraient une bataille sans merci mais, heureusement, sans blessure, hormis celles de l'égo… Plus calme, il était installé sur la table, les yeux rivés à l'ordinateur.

- Mes enfants chéris, moi aussi je suis raviiiiiie de vous retrouver, ce soir, s'exclama Renoir avec emphase.

- Salut M'man, répondit son cadet. S'cuse, je viens de trouver une super recette sur snap'…

- Ah… Tout s'explique, alors…

Elle se demandait bien ce que c'était ce fameux « snap »… Je demanderai à Chrystelle demain… !

- B'jour M'man, concéda Léo, sourcils froncés, hyper concentré sur sa tablette.

- B'jour… Fit Martin en écho.

Le second jumeau était probablement trop occupé par sa partie pour faire une phrase plus longue…

- Votre sœur est en haut ?

- J'arrive, Maman, déclara l'aînée des Renoir en descendant l'escalier, les yeux rivés sur son smartphone.

« Excellent ! » sourit la jeune fille en se détachant enfin de l'écran pour embrasser sa mère.

- Quoi donc ? L'interrogea cette dernière, un brin perplexe.

- Rien… C'était une vidéo sur facebook…

- Facebook, répéta la policière.

Le mot avait une résonance particulière, ce soir… Son instinct venait de se réveiller…

- Oui, Facebook… le réseau social… Comme instagram, twitter, snapchat…

- Oui… Oui… Murmura-t-elle en observant ses enfants, médusée…

Emma et son portable, Jules avec l'ordinateur, les jumeaux sur la tablette… Elle tenait quelque chose… Elle le savait. Elle le sentait

- Mais bien sûr ! Vous êtes géniaux, mes amours !

C'était tellement évident… Elle était perturbée, dans la chambre de cet adolescent disparu et, depuis, elle cherchait désespérément ce qui provoquait ce trouble. Et elle venait de comprendre : ce n'était pas un élément qu'elle devait trouver… mais la pièce manquante ! Un ado de 15 ans, dépourvu de smartphone ou autre gadget technologique ?! Impossible ! Julien n'avait pas été kidnappé, il était parti… de son plein gré ! et avec son téléphone… !

Entièrement focalisée sur son raisonnement, elle lâcha son sac et alla s'avachir sur le canapé, inconsciente des regards suspicieux posés sur elle. Tout coïncidait, tout s'expliquait… C'était enfin logique ! Chaque détail avait sa place et, enfin, elle avait l'impression d'avoir trouvé la clé de ce puzzle. Oh, il demeurait bien quelques zones d'ombre, mais Candice ne se faisait pas de souci. Elle n'allait pas tarder à percer ces ultimes mystères… Le doux parfum d'un gratin de saumon qui dorait au four l'arracha à ses pensées.

- Et comment ça se passe, avec Antoine ? Lui demanda Emma, une fois qu'elles furent seules.

Les trois garçons avaient déserté la cuisine, les laissant finir la vaisselle et ranger. Sa fille était restée et, maintenant, Candice comprenait mieux pourquoi !

- Ca va…

- Maman ! Protesta la brunette à mi-voix. Arrête de faire comme s'il n'y avait rien. Tu es heureuse avec lui ?

- Oui.

- Vous arrivez à passer un peu de temps ensemble ? J'ai l'impression que tu bosses non stop…

La mère de famille se dit qu'après tout, le moment était peut-être venu d'avouer ses projets de fin de semaine… Elle n'avait pas réussi à le faire pendant le repas, craignant un interrogatoire en règle… La blonde ne se sentait pas prête à révéler sa relation avec Antoine. Pas tout de suite… En restant secrète, cela lui conférait une sorte de charme désuet, un tendre mystère… Renoir avait l'impression que leur histoire était une bulle hors du temps, magique… fragile, aussi… Une partie d'elle craignait qu'en devenant publique, elle disparaisse, la laissant encore plus seule et désemparée qu'auparavant.

- Justement, répondit-elle enfin, il m'a invitée, vendredi… Je n'en ai pas parlé tout à l'heure…

- Tu as eu raison, la coupa sa fille. Pour l'instant, il vaut mieux laisser les garçons à l'écart. Vous allez au restaurant ?

- Je ne sais pas… Il ne m'a rien dit…

- Une surprise ?! C'est trooooooop romantique !

- Qu'est-ce qui est romantique ? Interrogea Jules en descendant l'escalier.

Qu'avait-il entendu ?

- T'écoute ce que je raconte à Maman ?! Explosa brutalement Emma, surprenant la commandant.

- Quoi ? Mais non, arrête ton délire… Je descendais prendre un verre d'eau et je t'entends parler d'un truc romantique !

- Et bien, si tu veux savoir, répliqua la petite brune d'un air revêche, j'ai surpris Fabio devant la vitrine d'un fleuriste, en train de poser des questions à la vendeuses « pour sa copine ». Je disais donc à Maman que je trouvais ça super romantique, un homme qui t'offre des fleurs !

Après cette tirade inattendue, elle fit volte-face et attrapa un bol sur l'égouttoir. Jules l'observa, visiblement perplexe, puis se tourna vers sa mère. Silencieuse, celle-ci fit sa fameuse moue innocente, lèvres pincées et yeux écarquillés, tout en écartant les bras avant de les laisser retomber le long de son corps avec un soupir. L'adolescent secoua la tête, blasé…

Quelques minutes plus tard, le cadet de la famille avait regagné sa chambre, laissant les deux femmes Renoir face à face. A l'instant où leurs regards se croisèrent, elles éclatèrent de rire… Candice sentait des larmes éclore au coin de ses paupières et elle pressait désespérément la paume sur sa bouche, tentant de contenir cette brusque hilarité. Si Jules venait à les surprendre, il comprendrait sans mal que sa sœur l'avait entourloupé…

- Bon, sans rire cette fois, reprit son ainée une fois le calme revenu, c'est cool que vous passiez une soirée ensemble…

- Mais il va falloir que je vois comment présenter ça à tes frères…

- Peut-être… qu'on peut se débrouiller qu'ils ne le sachent pas…

- Quoi ?! Tu me vois partir sans rien dire ?!

Candice était ébranlée par le sous-entendu de sa fille. Elle ne pouvait pas imaginer un seul instant s'absenter sans avertir un minimum ses enfants… De toute façon, mais si elle le voulait, cela lui serait impossible. Jamais ses garçons ne la laisser partir ainsi. Ils la cuisineraient jusqu'à obtenir des réponses…

- Je peux leur proposer un truc, pour vendredi soir… juste tous les quatre… Murmura Emma.

- Non… si… si, je ne sais pas, si par exemple…

- Si par exemple tu ne rentres pas de la nuit ? Proposa sa fille, la faisant légèrement rosir.

- Emma !

- Dans ce cas… Je pourrais verrouiller la porte de ta chambre et… ta baie vitrée… et… cacher la clé à endroit spécial…

L'idée était tentante… diablement tentante… Mais Candice savait ses enfants presque aussi rusés qu'elle-même. Il y avait anguille sous roche et elle comptait bien avoir le fin mot de cette histoire :

- Et quelle est la contrepartie ?

- Pour qui tu me prends ?! Fit la brunette, faussement choquée.

- Emma Renoir, ma fille. Alors ?

- Ok, soupira son aînée. Les copines me proposent un weekend « filles » après les dernières épreuves du bac. Départ directement le vendredi après-midi, retour lundi…

- Non.

- Maman !

- Ok pour le weekend, mais je veux te voir avant ton départ. Et retour le dimanche.

- Dimanche soir ? Tenta de négocier Emma.

- Fin d'après-midi, concéda sa mère. Et je veux savoir où tu seras, et avec qui…

Au petit sourire de sa fille, elle sut que celle-ci avait plus ou moins anticipé cette conversation… Peut-être venait-elle de se faire légèrement rouler mais… elles étaient toutes les deux gagnantes.

- Marché conclu.

La toute jeune femme hésita un bref instant après avoir prononcé ces mots puis, d'un air entendu, ajouta :

- Et tu me diras où tu veux que je cache la clé, au cas où…

Le lendemain matin, elle quitta son domicile plus tôt qu'à son habitude, pressée de vérifier son hypothèse et résoudre cette affaire. La BSU était encore déserte et silencieuse… Candice déverrouilla son bureau ainsi que l'open-space et se campa devant leur mur d'enquête. Ses yeux glissaient d'un élément à l'autre, sautant d'une photo à un horaire puis quelques mots griffonnés… Reliant cela à ses propres observations. L'arrivée de Chrystelle la surprit. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu le temps passer…

Un quart d'heure plus tard, alors qu'elles étaient toutes deux devant l'ordinateur de la lieutenant, les deux hommes de la brigade entrèrent… Mais il était déjà temps de repartir, un mail de l'opérateur venait de leur apprendre une bonne nouvelle : l'origine de la demande de rançon était identifiée. Il s'agissait d'une cabine téléphone située au milieu d'une zone industrielle.

Renoir laissa l'IJ tenter de trouver une empreinte, sachant pertinemment que c'était peine perdue… Le gamin est malin et organisé… même s'il a eu besoin d'aide pour mettre en place son plan… A leur retour, ils trouvèrent la sœur de Julien assise à l'entrée, les attendant… Antoine partit l'interroger. Ce matin, ils n'étaient pas parvenus à se ménager la moindre petite pause pour voler quelques instants de douceur et de tendresse, pour un simple baiser… Rien… Trente minutes plus tard, son compagnon se laissait tomber sur la chaise, face à son bureau. Agacé, frustré, comme il l'était à chaque fois que ses démarches ne portaient pas leurs fruits… Il était comme un lion en cage, expliquant qu'il avait fait « chou blanc », que les tensions de la fratrie Legavre ne les aiguillaient pas… Il ne pouvait imagiiner à quel point il se trompait. Cette histoire d'appartement à Paris était la clé de tout. Le déclencheur de cette fugue… La commandant contourna donc son bureau et embrassa son capitaine aussi amoureusement que fugacement. La porte était ouverte il restait préférable de ne pas être pris sur le fait. Pour l'instant… Dumas essaya de l'emprisonner entre ses bras mais elle l'esquiva, se retenant de rire. Ils se comportaient comme deux adolescents énamourés.

- Suis-moi, Chrystelle a découvert d'où vient la voix de synthèse... Déclara-t-elle depuis le couloir.

Cela avait eu lieu pendant qu'il interrogeait la fille aînée des Legavre. Le fait que Julien cherche à faire croire à son propre enlèvement éclairait cette demande de rançon d'un jour nouveau… Mais ça, Antoine l'ignorait… Et Candice imaginait bien quel avait pu être le scénario imaginé par le collégien fugueur.

- C'est plutôt Lucas, la corrigea Da Sylva qui l'avaient entendue.

Ce qui était vrai… Le fils de sa lieutenant adorait jouer avec cette application, Tom le chat et quand Chrystelle avait enfin écouté l'enregistrement de la veille, un quart d'heure auparavant, elle avait instantanément reconnu cette voix si particulière. Un mystère de levé, avait alors songé la chef de groupe percevant presque instantanément ce que cela signifiait.

Dumas écouta attentivement les explications de la brunette et sourit devant sa démonstration. Lorsqu'il s'éloigna, s'apprêtant à regagner son bureau, Candice interpella sa collègue à voix basse :

- Tu me dis dès que tu as une réponse…

- Oui, pas de souci…

Antoine se retournait, il avait dû entendre leur échange. Avant même qu'elle n'ait le temps de réagir, la voix de Chrystelle se fit entendre :

- Ils viennent de m'envoyer un mail… Merde, tu avais raison…

- De quoi vous parlez ?

Son compagnon avait franchi la distance qui les séparait et son visage affichait une franche curiosité.

- Une piste, éluda-t-elle, profitant de cette soudaine proximité pour lui caresser doucement le dos de la main. Chrystelle, tu me bornes ce téléphone… Je veux savoir où il était dans l'après-midi…

- Ca marche, je te fais ça…

- Tu m'envoies par mail ? Insista la blonde.

- Oui…

Le capitaine la dévisageait. Il savait qu'elle avait compris… Et qu'elle ne leur révélerait rien… du moins, pas tout de suite. Chrystelle, elle, était dans la confidence, étant donné qu'elle constituait l'appui « technologique » dont elle avait besoin. Elle l'avait donc sollicitée, bravant son air goguenard, afin qu'elle vérifier si, comme elle le pensait, la fameuse application avait été téléchargée dans le département, au cours des trente derniers jours… Et croiser la liste des numéros concernés avec les portables ayant borné à proximité de la cabine téléphonique de la demande de rançon. Puis, mue par son éternel instinct, elle lui avait fait contrôler les connexions au compte facebook de Julien.

Trente minutes plus tard, elle recevait un mail de sa subordonnée… Et Aline passait lui déposer le compte-rendu de leurs analyses. Après avoir pris le temps de le lire intégralement et d'en tirer les conclusions qui s'imposaient, elle rejoignit ses collègues :

- Demain, on a une intervention à 6h… rendez-vous à 5h30 au bureau !

Après avoir averti ses troupes, elle quitta discrètement la BSU et se rendit dans le bureau de son ancien amant. David leva un sourcil interrogateur en la voyant débarquer.

- Tu as déjà fini tous les post-its roses ?!

- Non, quand même pas… ! Ca va toi, lui demanda-t-elle doucement.

- Ca va, plein de boulot, répondit succinctement Canovas.

- Mais toi ? Attia, Marius… ?

- J'ai perdu beaucoup de temps avec mon fils… Je vais essayer de le rattraper et être présent pour lui…

Il semblait calme, posé. Ce sera un père formidable pour le petit Marius…

- Merci Candice… Même si ça a été… un peu violent… merci de me l'avoir appris, lâcha tout bas le commandant de la BRI, avant de reprendre avec légèreté : Bon, et tu viens pour quoi, si ce n'est pas pour des post-its ?!

- Je voulais prendre de tes nouvelles… Et aussi te parler de mon affaire…

- Un gamin kidnappé, c'est ça ?

- Oui… Non ! Il n'a pas été enlevé, mais il cherche à le faire croire… Demain, on fait une descente mais… Commença la blonde.

- Pour ce genre d'intervention, la BRI est censée être de la partie ! Compléta son ancien compagnon.

A 5h30, tous étaient réunis dans l'open-space et Candice débuta le briefing sans plus attendre, leur annonçant le soutien de la Brigade de Recherches et d'Investigations. David n'était pas présent mais il avait mis trois hommes sous ses ordres.

- On peut commencer, tout le monde est là ? Bien… Loïc, Marc et Sébastien, de la BRI, seront avec nous pour cette intervention.

- Et… on va où ? Interrogea Meddhi.

- Juste à côté de la cabine téléphonique où été passé l'appel de demande de rançon… C'est là que se trouve Julien.

- C'est… les analyses qui te permettent de dire ça ?

- Oui, Meddhi, répondit Renoir, bien décidée à ne pas tout révéler à son équipe. La fameuse poussière, sur la commode, contenait des résidus de ciment ainsi que des traces d'un solvant spécifique, la résine de Teldar, utilisé sur les voiles de certains bateaux. La SpiTech, une usine qui utilisait ce produit, a fermé, il y a deux ans.

Les six policiers hochèrent la tête en silence. La commandant reprit donc :

- Et Chrystelle a découvert un autre élément troublant. Un téléphone a chargé l'application « Tom le chat » dans le secteur, il y a quelques jours… Il a borné dans les locaux de la SpiTech juste avant la demande de rançon et y est retourné après cet appel… Le bâtiment est à moins de 200 mètres de la cabine téléphonique.

A 5h45, les véhicules s'arrêtaient à une centaine de mètres du hangar. Les hommes sortaient, sans bruit, et se regroupaient non loin de là.

A 6h02, tout était finement organisé et Candice lançait l'assaut. Les trois représentants de la BRI progressaient dans la ruelle déserte, silencieux comme des chats, talonnés par elle-même et son équipe. Elle avait veillé à suivre la procédure : tout le monde portait son gilet pare-balle… Non pas qu'il y ait le moindre danger, au contraire… La commandant était certaine que tout se passerait pour le mieux… Mais, avec tout ce qui avait pu se passer au cours de ces dernières semaines, elle savait qu'Attia ne manquerait de profiter de la moindre lacune… Et, au-delà de cela, son brigadier paraissait bien mal en point… Anxieux, voire terrifié, à l'idée de plonger dans le feu de l'action, de se retrouver à nouveau dans la ligne de mire d'un homme, exposé et vulnérable… Pourtant, si cette opération avait présenté le plus faible risque, Renoir l'aurait fait remplacer afin qu'il se trouve dans les arrières, en sécurité…

Le soleil apparaissait tout juste, à l'horizon, laissant poindre ses premiers rayons dans un ciel rose-violine. Quelques oiseaux s'éveillaient et gazouillaient… Ils entrèrent dans le bâtiment, prenant soin de ne pas faire grincer la porte blindée sur ses gonds, puis traversèrent la vaste surface du rez-de-chaussée. Le sol était encombré de tonneaux, de jerrycans et trois immenses cuves vides occupaient une partie de cet atelier désaffecté. L'émail avait jauni, sous l'action de la résine de Teldar, se teintant d'ocre au fond, là où le produit avait stagné et séché, après la liquidation judiciaire de la SpiTech. A l'autre extrémité de la pièce se trouvait l'imposant escalier qui menait à l'étage. Sébastien Malvoisie le gravit en premier, les semelles de ses bottillons d'intervention soulevant de discrets nuages de poussière… Ciment et résidus de solvant, se remémora la chef de groupe. Ce qu'ils avaient trouvé sur la commode, dans la chambre de Julien. Seulement ces éléments… !

En haut, une série de bureaux et de petites salles. Leurs portes étaient presque toutes béantes. Certaines pendaient sur leurs gonds, conférant au lieu une ambiance pour le moins étrange. Candice désigna une pièce restée close. Sans un bruit, la colonne d'intervention progressa puis, brutalement, Sébastien ouvrit le battant à la volée tandis que Marc et Loïc, arme au poing, mettaient en joue l'unique occupant. L'adolescent, réveillé en sursaut, était à demi-assis sur son matelas gonflable, ses yeux bouffis de sommeil écarquillés de stupeur… Nul ravisseur. Rien… Seulement un sac à dos qui laissait entrevoir quelques vêtements, un petit réchaud posé à même le sol, une bouteille d'eau, des boites de conserve et deux paquets de gâteaux secs…

Les trois hommes de Canovas avaient retrouvé leur propre équipe, et l'équipe de la BSU s'accordait une pause. La cafetière y était passée et maintenant que les mugs étaient remplis, Candice voyait ses collègues se détendre. Elle fit circuler le cake qu'elle avait acheté en vue de cette petite collation matinale.

- Bon Candice… Attaqua son second. Et si tu nous expliquais, maintenant ? Avant qu'on aille interroger le gamin et qu'on appelle ses parents…

- Et bien… Il n'a pas été enlevé ! Ironisa la blonde en attrapant avec gourmandise une part de gâteau.

- Mais… Les détails… Fit Meddhi, qui devait se poser autant de questions que le capitaine…

- C'était logique, commença-t-elle.

Bien entendu, elle fit semblant de ne pas entendre le « Bah oui, toujours ! » de Chrystelle et ignora royalement les regards entendus et mimiques complices que ses équipiers échangèrent discrètement. Comprendraient-ils un jour que cela ne lui échappait pas ?

- Sa chambre m'a révélé la quasi-totalité des informations… Reprit-elle.

- Tu veux dire que tu as compris depuis les premières minutes ? S'exclama Da Sylva, choquée.

- Non. Laissez-moi vous expliquer… Sur les photos récentes, Julien est habillé en sombre, comme tout ado qui se respecte… Or, dans son armoire, j'ai trouvé des piles de tee-shirts et de polo colorés.

Candice laissa à ses collègues le réaliser ce que cela pouvait signifier, avant de reprendre :

- Pas un seul pantalon sur les étagères, ni sweat à capuche dans les teintes qu'il affectionne. Il était donc parti avec… Et ses chaussons étaient bien rangés… Tout comme ses livres, dans la bibliothèque. Il avait aussi fini le roman qu'il laissait à côté de son lit…

- Qu'est-ce que tu en sais, lui demanda Antoine, sourcils froncés.

- Comment tu fais pour retrouver l'endroit où tu t'es arrêté ? Répondit-elle.

- Je mets un marque-page… Mais tout le monde ne fait pas comme ça, répliqua-t-il.

- La majorité, si. Ou bien ils plient un angle de la feuille où ils sont rendus… rares sont les gens qui retiennent le numéro de la page… Sa table de chevet contenait plusieurs marque-page plus ou moins usés, mais pas un seul dans son roman.

- Dans son sac, j'ai trouvé un bouquin…Avec un marque-page, dedans… Et pour la commode ? Interrogea doucement Meddhi.

- J'y viens après, sourit la commandant. Le reste… Couette en désordre, rien d'anormal… Mais la chaise renversée… ça, les parents auraient dû l'entendre et donc être réveillés. J'en ai conclu que, soit les parents se trouvaient mêlés à cette disparition, soit... c'était une mise en scène du gamin… Il l'a soigneusement placée ainsi, sans bruit, pour faire croire à une lutte… ! Quant au coussin, il l'a balancé !

- Et la fourgonnette que les voisins ont remarquée, les jours précédents ? Questionna le brigadier.

- Chrystelle, je te laisse y répondre…

La brunette hocha la tête.

- Un voisin, un peu plus loin dans la rue, faisait construire un abri à bois dans son terrain. Derrière la maison. Invisible depuis la rue… C'est un autoentrepreneur du coin qui faisait les travaux et se garait là…

- Il est fiable, le type ?! Et pourquoi tous ces mégots, trouvés sur le trottoir ? Insista Meddhi.

- C'est un gars de la maison… Un policier qui a une activité « secondaire ». Ça figure même sur son dossier… Et il venait bosser après ses heures de service. Il nous a dit que, presque tous les jours, il arrivait avant le proprio. En l'attendant, il en grillait une ou deux, appuyé contre son véhicule… C'est validé par l'ADN et le témoignage du propriétaire.

Cette piste avait été la plus prometteuse, dans l'hypothèse d'un l'enlèvement. Mais dans leur cas, ce n'était qu'un élément fortuit qui n'avait strictement rien à voir avec leur affaire. Une sorte de cul-de-sac, une fausse piste… Elle reprit ses explications :

- Pour ce qui est de la commode… Les bibelots avaient été déplacés pour permettre d'accéder au toit sans faire tomber quoi que ce soit. Un ravisseur méticuleux aurait très bien pu le faire, en arrivant… Mais Aline m'a transmis les résultats d'analyse… Vous savez, la marque poussiéreuse… ?

Ses collègues hochèrent la tête, attentifs…

- Pas de trace de tuile… Annonça-t-elle.

- Bordel ! S'emporta Dumas, quelques secondes plus tard. Personne n'est entré par le toit, c'est logique ! Julien est sorti directement de sa chambre… et donc… seul !

- C'est ça… Si un étranger avait escaladé le mur avant d'entrer, le prélèvement aurait révélé des résidus de terre cuite. Aline a aussi trouvé des restes de ciment et d'un solvant utilisé sur les voiles de bateau…

- D'où la SpiTech, termina la lieutenant. Le bâtiment étant fermé depuis deux ans, les jeunes vont s'y planquer, loin des parents.

- Exactement ! Et puis l'empreinte aurait été dans le sens fenêtre/chambre, et pas l'inverse, comme là… Une dernière chose : dans cette chambre, un objet manquait, reprit Candice en échangeant un coup d'œil complice avec la brunette. Pas de portable… Aucun écran…

- C'est pour ça que tu as demandé à Chrystelle de borner le téléphone de Julien ?

- Presque, Meddhi ! Je n'avais pas encore réalisé ce que cela signifiait… C'est mes enfants qui m'ont fait comprendre… A ce moment-là, je me demandais si les parents avaient fait disparaître son smartphone ou s'il s'agissait d'un véritable enlèvement… Mais le soir, en rentrant, j'ai trouvé les jumeaux en train de jouer sur la tablette… Jules et Emma étaient sur les réseaux sociaux…

- Et c'est pour ça qu'elle a voulu que je surveille le compte facebook de Julien… Glissa la brunette.

- Exactement ! Chrystelle pouvait contrôler facilement s'il postait ou non, mais pas s'il se contentait de se connecter, sans rien faire ! Reprit la chef d'équipe.

- Du coup, j'ai contacté l'administrateur… Qui m'a avertie hier que le gamin était allé sur son compte, sans rien poster… Il avait désactivé le module de discussion instantané, sauf pour deux de ses « amis »… Continua Da Sylva avant de lui laisser la parole.

- Et l'un, ou plus exactement, l'une des deux amies a téléchargé « Tom le chat » il y a quelques jours… Elle est aussi venue dans nos locaux, où elle a expliqué qu'elle ne savait rien de la disparition de Julien… En ne le voyant pas en cours, elle avait cru qu'il était malade…

Le visage d'Antoine avait brusquement pâli… Il venait de comprendre. La blonde continua son récit :

- Quand elle a quitté le commissariat, elle est allée avec sa copine dans le bâtiment de la SpiTech. Une demi-heure plus tard, le portable d'Elodie Marchand était à côté de la cabine téléphonique tandis que celui de Sarah Laroumet bornait à deux cent mètres de là… Elle surveillait que personne ne venait pendant que les autres appelaient les parents de Julien, en utilisant l'application pour dissimuler leurs voix. Ils sont ensuite retournés tous les trois dans le hangar désaffecté…

- Mais pourquoi il a fait ça ?

Le jeune brigadier semblait dépité… dépassé…

- Sa sœur part à Paris… la jalousie, peut-être… ?

Candice répondit à son capitaine :

- Je ne sais pas, Antoine… Je pense, oui. Ce serait compréhensible qu'un conflit aussi « minime » prenne autant d'ampleur pour un ado… Il a envie d'autre autonome, avoir de l'argent et voit sa sœur quitter la maison, avoir son appartement… Mais c'est lui qui nous expliquera ça…

- Qui s'y colle ?! Questionna Chrystelle en se resservant une tasse de café.

Elle finissait de se maquiller quand la sonnette retentit. La journée était passée si vite… ! Entre la fin de cette enquête, la rencontre avec le psychologue (pour Meddhi, cette fois… !) et ses « préparatifs »… elle avait l'impression de ne pas avoir arrêté une seconde… Hum… Si je ne m'étais pas endormie en rentrant, je ne serais pas aussi juste, niveau timing, se morigéna-t-elle.

Elle dévala les escaliers et traversa le salon silencieux. Quand ses enfants étaient absents, le pavillon était étrangement calme…

- Voilà ! Je suis là ! S'exclama-t-elle en déverrouillant la porte.

Antoine lui répondit d'un sourire, la dévorant du regard.

- Tu es superbe, souffla son compagnon en se penchant vers elle.

Enfin, songea Renoir. Elle n'avait eu de cesse d'attendre ce moment où ils seraient seuls tous les deux, sans risque d'être surpris ou interrompus… Et ce baiser… Les yeux clos, elle savourait a douceur de ses lèvres et les caresses taquines et enflammées de sa langue, la chaleur de son étreinte, la tendresse de ses doigts qui glissaient dans ses cheveux ou sur sa joue…

- Oh, Antoine… Je t'aime…

- Moi aussi, mon amour, murmura son capitaine préféré.

Emprisonnant ses poignets, elle l'attira plus près, cherchant le contact de leurs corps. Elle renversa la tête en arrière, quémandant davantage. Tout son être vibrait tandis qu'il l'embrassait, suivant sa jugulaire jusqu'à la clavicule et elle recula, l'entraînant à sa suite. Le canapé n'était qu'à quelques pas et, enfin, elle pourrait s'abandonner à lui… Mais, visiblement, son compagnon ne l'entendait pas de cette oreille. Il grommela sourdement puis, posant la main sur sa nuque, la fit se redresser et déposa un chaste baiser sur sa bouche.

- Non… viens, suis-moi, souffla-t-il tout contre ses lèvres.

- Antoine… Protesta la blonde, frustrée par cette interruption pour le moins inattendue.

- J'ai une surprise pour toi…

Instantanément, Candice eut l'impression d'entendre sa fille « c'est troooooooop romantique ! ». Elle s'apprêtait à rire lorsque qu'elle remarqua ce que son compagnon venait de sortir de sa poche… Un foulard. En soie. Vert jade… Cette couleur lui plait vraiment, pensa la blonde avec une pointe d'amusement. Il faudra que je lui demande d'où ça vient cette « passion »… ! Elle saisit son sac et ses clés puis, docile, le laissa nouer l'étoffe de manière à la rendre momentanément aveugle.

- On va où ? L'interrogea la commandant tandis qu'il verrouillait la porte d'entrée.

- Tout près… Tu me fais confiance ?

- Oui…

Quelle question…

Il se tenait derrière elle, légèrement sur sa gauche, la guidant d'une main tandis que l'autre reposait sur sa hanche. Ils suivirent l'allée de graviers qui crissaient sous leurs semelles, passèrent le portail et son bruit métallique, sourd, qui résonna quelques instants lorsqu'Antoine le ferma, puis tournèrent à droite et longèrent la haie, marchant sur le trottoir… Son compagnon lui demanda de s'arrêter, la fit pivoter pour descendre de l'accotement. Renoir devina qu'ils passaient entre deux voitures dont l'une paraissait encore chaude… Encore un virage à quatre-vingt-dix degrés, cinq, six pas… peut-être sept… Ils s'immobilisèrent. Il y avait une sorte d'odeur douceâtre, une fragrance enfouie dans ses souvenirs…

Des doigts qu'elle reconnaissait parfaitement s'enrouèrent autour de son poignet et dirigèrent lentement sa main vers la droite, jusqu'à ce qu'elle touche un objet qui paraissait circulaire… une texture douce et souple, lisse… du cuir. Son cœur manqua un battement.

- Tu veux en savoir plus… ?

- Tu as fait quoi, Antoine ?! Demanda-t-elle, abasourdie.

Le foulard glissa, révélant ce qu'elle avait deviné… Une voiture fabuleuse, bleu nuit, aux lignes vertigineuses… Un volant en cuir noir sur lequel sa main était toujours posée… Au milieu, un cheval cabré brillait de mille feux, reflétant la lumière du soleil qui, inexorablement, chutait vers l'horizon…

- Où as-tu déniché une Ferrari ?!

- Tu ne te souviens pas de « notre ami », lors de la planque, chez Kyprianos… ? Jeff Darin…

- Oui… Tu l'as recontacté… ?!

Elle était sidérée. Pivotant entre ses bras, elle lui fit face.

- Il avait besoin d'une pièce de moto… Je l'ai trouvée, avec l'aide d'un copain…

- Et tu l'as appelé ?

- Oui. Toujours sous ma fausse identité… Il se souvenait de sa promesse, lui confia son compagnon, les yeux brillants.

- La Ferrari, murmura-t-elle, sonnée.

- Pendant 24 heures… D'ailleurs, on reste bavarder ou… on fait un tour… ?

D'un air taquin, il lui fit signe de se mettre au volant et contourna le véhicule afin de s'installer sur le siège passager. Candice s'installa avec délice, frissonnant de sentir la caresse du cuir sur sa peau, le bois précieux du levier de vitesse, le métal rutilant… Avant même d'avoir mis le contact, la sensation de puissance et de vitesse la grisait, l'enivrait… C'en était presque charnel… Elle risqua un coup d'œil vers son compagnon. Antoine la dévorait des yeux… Il avait préparé cette surprise pour elle et, maintenant, guettait sa réaction, espérant certainement un signe de sa part démontrant qu'il avait réussi à lui faire plaisir…

La bonde tendit le bras afin de poser la main sur la joue de Dumas et l'attirer à elle. Après un baiser passionné, elle susurra un simple « merci » en se détachant de lui. Il n'existait aucun mot mieux adapté à la situation… Ce soir, oui, elle était enchantée, exaltée, bouillonnante…

Le moteur vrombit, tel un gros matou et Candice se mordit la lèvre, retenant à grand peine un petit cri de plaisir. Elle démarra, tout en douceur… Le bolide donnait l'impression de glisser sur du velours tant elle réagissait souplement au moindre effleurement du volant. Avec surprise, Renoir vit son compagnon lui indiquer une route… Qu'est-ce que cela veut dire… ? Où veut-il que j'aille… ? La surprise n'est pas finie… ? Il me réserve autre chose, peut-être ?! Elle suivit ses consignes jusqu'à s'immobiliser devant une sorte de barrage. La départementale sur laquelle ils se trouvaient, celle qui longeait la côté, était fermée à la circulation. Elle se remémora avoir aperçu un panneau, quelques jours auparavant, annonçant de travaux de réfection de la chaussée sur cette section. Un type de la DDE, l'air goguenard, approcha.

- B'soir… Faut faire demi-tour, M'sieur-Dame…

- Bonsoir… Je suis Antoine…

- Ah… et vous, c'est quoi vot' p'tit nom ?

- Euh… Candice… Répondit-elle, prise au dépourvu.

- Ok, allez-y… Vous avez jusqu'à 20h… Soyez prudents, hein…

Il leur tourna le dos en marmonnant ces derniers mots puis déplaça les barrières.

- Circulez ! Grogna-t-il avec un geste agacé.

La blonde n'y comprenait plus rien… Elle passa la première et dépassa l'agent qui était occupé à parler dans sa cibie « c'est bon, ils sont là… » avant de s'arrêter.

- Qu'est-ce que ça veut dire, Antoine ?

- Une voiture comme ça, on ne peut pas en profiter dans des conditions « normales », c'est trop dangereux… Et cette route est fermée à la circulation jusqu'à 20h… Tout est sécurisé, le bitume est neuf, les marquages sont juste secs… On a un collègue qui est à l'autre bout de la portion de route, à 3 kilomètres…

Il avait tout prévu… Renoir ferma les paupières, les yeux humides, et pressa doucement le genou de son second. Puis elle passa la première, desserra le frein à main et, lentement, relâcha la pédale d'embrayage… Le moteur ronronna… Puis ce fut l'ivresse…

Ce feulement grisant du pneu sur l'asphalte… Cette sensation à la fois terrifiante et enivrante de puissance et de vitesse… L'odeur du bitume flambant neuf et sa vibration discrète… Le vent qui s'engouffrait dans l'habitacle, lui fouettant le visage, faisant danser une gigue endiablée à ses cheveux, et augmentait cette impression de célérité…

L'impression d'un plongeon fou et émouvant dans le passé, le retour à son enfance, son adolescence… Cette folie douce partagée avec son père… Leurs moments de complicités, leurs rires, leur tendresse lui remontaient en mémoire. Et puis leurs virées, tous les deux, en cachette de sa mère… Ces moments où il lui laissait le volant… Il lui faisait confiance… Et elle, à l'époque, s'en remettait à lui. Totalement. Aveuglément… Avec tout l'amour que l'on peut vouer à son père…

Le passé et le présent se mélangeaient… restait l'ivresse de la vitesse, l'odeur du cuir, la puissance du moteur, les vibrations de la carrosserie, le crissement de la gomme sur la route et puis l'amour absolu voué à un homme… amour réciproque…

Au fil de l'asphalte, son cœur cicatrisait… et, enfin, elle se réconciliait avec elle-même… et avec son passé.

Elle riait… de plaisir, de joie, d'émotion, de folie, d'excitation…

Et Antoine en faisait tout autant…

Mais il est parfait, songea-t-elle tandis qu'il lui servait son plat…

Après leur folle virée, ils avaient regagné l'appartement d'Antoine. Un de ses voisins lui avait laissé sa place de garage pour la nuit… La Ferrari serait en sécurité, ainsi. On pourra peut-être se refaire une petite balade, demain… espéra la blonde. Son compagnon l'invitait à dîner chez lui… Suite à l'apéritif, il lui tendit une série de feuillets.

- Après chaque « plat », un dessin… ou une série d'esquisses… Ca te va ? Lui proposa-t-il tout en l'embrassant derrière l'oreille.

- Hum… Oui… Oui, mais à une condition, se ressaisit-elle. Je veux le bouquet final pour le dessert !

Dumas sourit. Il s'attendait certainement à ce type de requête mais, en tout cas, il opina du chef. Quant à elle, observant les croquis espagnols les uns après les autres, elle ne rêvait plus que de retourner à Barcelone, cette ville qu'elle avait connue il y a bien longtemps… Un peu perplexe, elle se trouva des traits communs avec la statue de marbre blanc qui trônait sur le bassin de la Place de la Catalunya… Un peu plus tard, elle découvrit un portrait de JB et Lily, puis Chrystelle mâchouillant distraitement un stylo avec, en arrière-plan, de dos, une silhouette aux cheveux blonds qu'elle reconnaissait aisément… Il y avait aussi un dessin la représentant, assise en haut du monumental escalier de l'hôtel de police…

Ils continuèrent ce repas, bavardant de tout et rien, d'art et d'architecture, de cette enquête qu'ils venaient d'achever mais aussi des enfants de Candice, de cuisine et de voitures… Le temps passait sans qu'ils ne s'en aperçoivent, ponctué de coups de fourchettes ou des œuvres d'Antoine. Avant le dessert, il lui révéla une nouvelle série de croquis. Elle, presque exclusivement… Sur son banc au bord du port, blottie sous un arbre, immobile et soucieuse devant le phare ou paisible et souriante, la main perdue dans la toison de Fun… Elle sentait que son compagnon se dévoilait de plus en plus intimement… Quelques semaines auparavant, il n'aurait pas osé lui avouer qu'elle lui servait de muse depuis toutes ces années.

Le fondant au chocolat était une tuerie absolue… Personne n'aurait pu y résister… Et ce met succulent laissa place à un thé, accompagné du reste de la pochette… Des esquisses plus osées, comme une déclaration enflammée… Le capitaine semblait nerveux, inquiet de sa réaction, évitant de croiser son regard. S'arrêtant sur l'image d'elle-même, endormie, paisible, les doigts pris dans les draps, l'épaule dénudée, elle se souvint de cette fameuse nuit passée chez lui… L'histoire des space-cakes… Lorsqu'elle s'était réveillée, le lendemain, avec une migraine absolument exquise, un brin déphasée, la bouche pâteuse, Antoine lui avait fait croire qu'ils avaient fait l'amour… Ce qu'elle avait ressenti alors avait été si paradoxal qu'elle n'avait trop su quelle conclusion en tirer. Aujourd'hui, tout était tellement plus clair…

Elle repoussa sa tasse, libérant un peu d'espace devant elle et posa la pochette puis elle se leva. Elle n'eut guère qu'un pas à faire pour venir caresser la joue de son compagnon, l'amener à relever la tête. Lorsqu'enfin leurs yeux se croisèrent, elle se pencha pour l'embrasser tendrement.

- Tes dessins sont magnifiques… C'est incroyable comme tu parviens à recréer le contexte, l'émotion… L'ambiance…

Il restait muet face à elle…

- Tu devrais exposer… Il y a des petites galeries sympa, à Sète ou même à Frontignan et Agde ! Je suis sûre qu'elles seraient ravies…

- Non, je n'ai pas… Commença Dumas.

- Tu n'as pas quoi ? Le talent suffisant ?! Quand on voit ça, ajouta-t-elle en désignant la pochette d'un vague signe de la main, la question ne se pose même pas !

Silencieux, il vint poser le front sur son épaule. Candice murmura à son oreille :

- D'ailleurs… Je suis certaine que tu ne m'as pas laissé voir tous tes dessins, Antoine…

La blonde le sentit pouffer de rire, une fraction de seconde avant qu'il ne se lève, l'enlace et l'embrasse. Entre ses bras, elle se sentait si bien… Apaisée, protégée, aimée… Respectée, aussi. En tant que femme mais aussi comme « personne ». Cela dépassait la notion des grades professionnels…

- Je t'aime, Antoine, souffla-t-elle comme un aveu.

- Moi aussi… depuis longtemps…

Puis il s'éloigna à reculons, jusqu'à un meuble. Là, il se retourna, ouvrit un tiroir et, après un instant d'hésitation, y prit un papier qu'il dissimula derrière son dos après avoir à nouveau pivoté.

- Qu'est-ce que c'est ? Questionna Candice, curieuse.

- Devine…

Plus aucune trace d'inquiétude… Son compagnon était soudain taquin… joueur… En deux enjambées, il fut près d'elle, prenant possession de ses lèvres. Elle se laissa faire, victime consentante et tenta habilement de lui subtiliser le document.

- Tsst…

- Allez… Montre-moi ce que c'est… Je suis sûre que c'est un autre de tes dessins…

Elle parvint enfin à enserrer de ses doigts ce poignet masculin, et Antoine capitula… Lâchant prise, il lui souffla un « Candice… je t'aime… » aussi simple qu'émouvant puis s'assit lourdement sur sa chaise, se laissant aller contre elle, la tête sur son plexus solaire. Il se cachait, à nouveau… Renoir posa les yeux sur l'esquisse et découvrit… un nu. Elle. Allongée sur le dos, en appui sur un coude. Semblant fixer le dessinateur… Un drap froissé dissimulait son ventre… En déposant la feuille sur la table, elle remarqua qu'il l'a avait représentée avec les cheveux plus courts… Comme à l'époque où il avait été blessé par Langlois… L'époque où il l'avait invitée à dîner… Tout aurait été si différent, si cette balle n'était pas passée par là… Si je n'avais pas pris peur… Si on avait pris le temps de parler… Et aujourd'hui, on a droit à une seconde chance… !

Elle laissa ses doigts glisser dans les courtes mèches de son compagnon… Mon ami… Mon amant… ? … descendit le long de sa nuque puis suivit le col de sa chemise pour venir en détacher le premier bouton. Le cœur d'Antoine fit une embardée qu'elle sentit clairement… surtout que, au même instant, elle avait murmuré :

- Hum… Ce n'est pas le plus ressemblant…

Cette fois, il affronta son regard, un peu incrédule…

- Je n'ai rien contre un modèle…

Sa voix grave était devenue rauque…

Candice fut happée par ses bras qui l'attirèrent plus près… à califourchon sur les genoux de cet homme, elle savourait chaque instant. Le baiser… les frôlements de ses doigts sur la peau de son torse, à chaque bouton qu'elle défaisait… Les soupirs de plaisir, contre son oreille…

Prenant appui sur la table, il se releva, les mains sous ses cuisses afin qu'elle reste accrochée à lui. Ils firent quelques pas ainsi, jusqu'au mur contre lequel la blonde se trouva adossée. Elle ne perdit pas de temps : la poignée de la porte était toute proche. Elle la fit tourner. Hésitant, Antoine paraissait attendre un nouveau signe de sa part… Un accord pour aller plus loin… Renoir se cambra contre lui, gémissant de frustration… Et il se décida, franchissant la faible distance qui les séparait de ce lit où il l'étendit… Enfin… Elle se félicita d'avoir sélectionné cette robe mauve dans son armoire, à la fois pour son décolleté qui, à maints reprises avait attiré les regards de son second, mais aussi, et surtout, parce qu'elle se boutonnait (ou se déboutonnait….) à l'avant. L'espace d'une fraction de seconde, elle songea aussi à sa fille qui, le matin-même, l'avait quittée en lui glissant avec un clin d'œil complice « Enquête, épilation et jolie dentelle au programme du jour ?! ». Exactement ce qu'elle avait prévu… et fait !

Jusqu'au nombril, les boutons ne présentèrent aucune forme de résistance sous les mains impatientes de son compagnon, qui s'arrêta pour écarter les pans de tissus et dévoiler la peau pâle de son ventre. Il y déposa un baiser, faisant exploser une kyrielle de papillons dans son estomac, puis releva les yeux. Candice guettait cet instant… Quand son regard se poserait sur sa poitrine… Il remarqua instantanément la dentelle jade et émit un léger grognement de satisfaction avant de remonter de quelques dizaines de centimètres.

- Tu es magnifique…

Le compliment la fit rosir…

Il caressa avec délectation le tissu avant de murmurer de sa voix si grave :

- Je ne m'étais pas trompé, il te va terriblement bien…

Puis, gourmand, il vint embrasser cette chair rebondie qui, vraisemblablement, le faisait fantasmer depuis longtemps. Renoir ferma les yeux en sentant sa langue longer, presque sagement, la dentelle jusqu'à l'autre sein. Après quelques minutes de douce torture, il revint prendre ses lèvres. Les caresses et les baisers se succédaient, tandis qu'ils se délestaient lentement de ces vêtements devenus superflus. Bientôt, leurs corps purent se toucher complètement. Enfin… Leurs peaux se frôlaient s'épousaient avec des gémissements de plaisir et de désir. Ils se découvraient et se goûtaient, savourant ce rapport entre eux, totalement inédit, se murmurant des mots d'amour. Puis, cela ne suffit plus à Candice. Elle brûlait d'en avoir plus, de le sentir en elle, de subir ses assauts… Elle se pressa contre lui, comme une invitation, mais il l'ignora… et continua à la caresser, les paumes courant sur ses flancs. Nouant les jambes autour de sa taille, elle approfondit le contact entre leurs intimités palpitantes, soufflant le prénom de son amant. Comme une supplique… Dans un râle, Antoine sur suréleva sur les bras, bougeant contre elle, jusqu'à ce qu'elle plante les ongles dans son dos.

- J'arrive, souffla-t-il en l'embrassant passionnément.

Un léger bruit sur la gauche attira son attention. Elle remarqua le bref éclat argenté une fraction avant que son compagnon ne déchire avec les dents l'emballage du préservatif. Il glissa ensuite la main entre eux, contraignant leurs corps à s'écarter durant quelques trop longues secondes, puis il captura ses poignets, les remontant au-dessus de sa tête, entremêlant leurs doigts. Contre lui, elle n'était plus ni mère ni policière, encore moins commandant… Juste femme… Leurs bouches se retrouvèrent avec avidité et, quand elle se cambra, son amant caressa tendrement sa joue. Elle rouvrit les yeux, croisant son regard, s'y perdant avec délices… Antoine s'immisça en elle, lentement. Amoureusement… Puis il entama des vas et vient de plus en plus rapides au milieu de leurs respirations haletantes, de leurs caresses et leurs baisers, ponctués de soupirs et de gémissements. De mots tendres… Leurs corps qui roulaient et ondulaient sur une vague de plaisir jusqu'à ce qu'elle explose, les laissant sonnés et heureux. A bout de souffle…

Candice était comblée. Epuisée et enivrée par cette première fois qu'elle jugeait, en toute partialité, simplement magique… Son compagnon se retira comme à regret et se débarrassa de la protection. Déjà, elle regrettait ce vide… L'air frais sur sa peau… Mais Antoine roula sur le côté et lui ouvrit les bras, l'invitant à se blottir contre son torse. La blonde ne se fit pas prier ! A peine s'était-elle pelotonnée que les doigts de son tendre amant venaient repousser une mèche de cheveux collée sur son front moite, avant de se poser sur sa hanche. Sa paume était brûlante…

Il bougea légèrement pour trouver une position confortable puis replia un bras sous sa tête et lui sourit.

On est si bien comme ça… pour dormir… discuter… ou profiter encore…


Bon... Ben voilà... ce chapitre est fini...

Je vous l'avais dit, ça a capoté... bon, j'avoue, pas dans le sens commun du terme... Mais c'était tellement tentant...! j'avais les messages d'Alexandra et Nanoushka me disant "j'ai peur que ça capote...". Impossible de résister à la tentation d'un petit jeu de mots...

Vous ne m'en voulez pas trop ?!

La suite, bonus 7, dans 15 jours... Comme qui dirait "il reste encore des trucs à boucler"...

Merci de m'avoir lue... et merci, du fond de mon cœur d'artichaut breton, à celles et ceux qui me laissent un petit mot !