Bonjour à tous et à toutes !

Je reviens vers vous avec un nouveau chapitre. J'espère néanmoins ne pas avoir été trop longues. C'est que... écrire 15 pages words, ça prend du temps, surtout quand il y a des imprévus qui vous tombent dessus ci et là. Bref, j'y suis arrivée et je partage avec vous le fruit de plusieurs heures d'écritures et de tirage de cheveux.

Merci à Elilisa, Lalyh17, lovegriffon et l'invité inconnu pour leurs commentaires. J'ose croire que ce chapitre répondra à vos questions et à vos attentes. Je suis, comme toujours, impatiente d'avoir vos avis et vous souhaite une très bonne lecture !


Chapitre 51

Suspicion Immédiate


D'un coup de baguette, Svetlana verrouilla la porte et isola la chambre d'un sort informulé. Puis, elle se débarrassa des traits de Svetlana Rävens pour récupérer son apparence. Regulus fit de même, s'asseyant avec précaution sur le bord du lit.

- Comment te sens-tu ? demanda-t-il doucement.

- Mal, soupira-t-elle. Comment leur dire la vérité ?

- Chaque chose en son temps, Apodis, la rassura-t-il. D'abord, reposes-toi. Kreattur ?

En une seconde, l'Elf apparut dans la chambre en s'inclinant bien bas, comme toujours. Puis, il regarda sa maîtresse d'un air inquiet. Regulus l'autorisa à s'assurer qu'elle allait bien, ce que le petit être fit avec plaisir et rapidité. Quand il en eut fini, il sembla plus calme, rassuré.

- Maîtresse doit rester allongée, couina-t-il. Maîtresse ne doit pas se fatiguer ni rester trop longtemps debout.

- Je sais, Kreattur, soupira-t-elle. Je te promets que je ne vais pas prendre de risque. Pourrais-tu m'apporter un peu de thé et… des fraises ?

Regulus haussa un sourcil avant qu'un petit sourire en coin ne se dessine sur ses lèvres. Elle lui lança un regard irrité devant son amusement quant à ses soudaines envies et Kreattur disparut pour apporter ce qu'elle avait demandé en toute discrétion.

- Il faut remettre à Sirius la lettre de Harry, souffla finalement la sorcière.

- Je m'en occupe, lui assura-t-il en allant chercher la lettre en question avant de reprendre sa forme d'animagus et de se diriger vers la porte.

Heather annula tous les sorts qu'elle avait mis en place et fit s'ouvrir la porte d'un coup de baguette. Le renard disparut dans l'ouverture. Heather laissa la porte ouverte, tendant l'oreille pour essayer d'entendre la conversation qui se déroulait dans la cuisine. Elle avait une oreille extrêmement fine, mais elle n'arriva à entendre que quelques bribes de paroles. Callidus tourna sa tête vers elle avant de descendre les escaliers.

Il entra dans la cuisine quelques secondes après et se dirigea en trottinant vers Sirius qui s'arrêta en plein milieu de sa phrase pour le regarder. L'incompréhension se lisait sur ses traits jusqu'à ce qu'il discerne la lettre dans sa gueule. Il haussa un sourcil avant de se pencher vers lui, tendant lentement la main vers l'animal, comme s'il craignait de se faire attaquer.

Callidus leva les yeux au ciel avant de lâcher la lettre quand les doigts de Sirius se refermèrent dessus. Si le comportement étrange du familier fut noté, il fut cependant surpassé par la joie de voir que la lettre était écrite par son filleul.

- Une lettre de Harry, sourit Sirius.

- Rusé, fit Remus avec un sifflement admiratif.

- En effet, souffla Sirius en décachetant l'enveloppe. Ta maîtresse a de la suite dans les idées, dit-il au renard qui demeurait assis à ses pieds.

Remus se leva pour venir lire par-dessus l'épaule de Sirius. Le silence se prolongea un très long moment. Molly semblait se débattre avec le ménage dans les étages supérieurs, Arthur était allé se reposer dans le salon… Ne restait plus dans la cuisine qu'un renard, un évadé de prison et un loup-garou.

- Harry semble drôlement apprécier ce professeur Rävens, commenta Remus.

- Et apparemment, c'est aussi le cas de Hermione, ajouta Sirius en hochant la tête. Mais elle a un défaut… elle apprécie Snivellus.

- Si ça peut permettre que tu lui fiches la paix, sourit Remus. En plus, d'après ce qu'en dit Harry, ils semblent très proches.

Le renard sembla lâcher un petit jappement qui ressemblait fortement à un reniflement ou bien à de l'amusement. C'était assez étrange à vrai dire. Si étrange même, que les deux hommes tournèrent leurs regards sur l'animal qui n'avait pas bougé et continuait de les regarder comme si de rien n'était. Sirius replia la lettre et porta toute son attention sur l'animal.

- Tu sais ce qui me dérange, Remus ? fit-il sans quitter le renard des yeux. C'est que ce renard semble bien trop humain pour moi.

Remus fronça les sourcils tandis que le renard penchait la tête de côté. Avant que Sirius n'ait pu sortir sa baguette et la pointer sur lui, Callidus déguerpi et quitta la cuisine. Il se hâta dans les escaliers. Les bruits de pas derrière lui n'auguraient rien de bon. Il décida de continuer sa montée, refusant d'amener plus de stress à sa compagne. Il n'y avait pas énormément d'options, à vrai dire. Soit il laissait Sirius lui jeter un sort, soit il décidait de se révéler à lui de lui-même. La deuxième option serait sans doute moins dangereuse…

Bondissant sur la clenche de la chambre qu'il avait jadis occupée, le renard s'engouffra dans la pièce et fit volte-face, adoptant une posture calme et le moins agressive possible quand Sirius entra, sourcils froncés et baguette en main. Remus arriva peu de temps après, essoufflé et tentant de raisonner son ami.

- Ne fais pas ça, Sirius ! lui dit Remus en essayant d'abaisser sa baguette.

- Je veux en avoir le cœur net ! rugit-il. Je suis certain que ce familier est en vérité un animagus.

- Callidus ? entendirent-ils depuis les étages inférieurs.

Le renard redressa immédiatement le museau. Les deux sorciers se tinrent immobiles, arrêtant presque de respirer. Il y avait de l'inquiétude dans cette voix et ils entendaient des pas difficiles dans les escaliers. Le renard s'élança, faisant immédiatement son choix, et glissa entre les jambes de Sirius avant de se précipiter dans les escaliers pour tenter de stopper l'ascension de sa sorcière. Trop tard, la jeune femme avait déjà atteint le palier juste en dessous. Ses traits fatigués, sa posture assise sur la première marche la main tenant encore la rampe et son regard inquiet ne furent pas pour le rassurer.

- Svetlana, vous ne devriez pas être debout, souffla doucement Remus en arrivant, suivi de Sirius.

- Si vous comptez vous en prendre à mon familier, autant m'achever tout de suite, rétorqua-t-elle en fusillant Sirius du regard.

Sirius eut au moins la bienséance de baisser les yeux et de paraître gêné. Le renard vint se poster près d'elle et frotter son museau contre sa main qui reposait sur son ventre. Remus jeta un regard du genre « je te l'avais bien dit » à Sirius avant de descendre les quelques marches vers elle. Il s'agenouilla près d'elle et lui proposa de l'aide pour se relever.

- Permettez, dit-il gentiment.

- C'est gentil, souffla-t-elle en baissant les yeux. Mais je ne peux pas me relever, avoua-t-elle.

- Dans ce cas, je vais vous porter, conclut-il en joignant le geste à la parole.

La jeune femme ne protesta pas quand Remus passa ses bras autour d'elle et la souleva avec précaution. Elle passa ses bras autour de son cou pour se stabiliser et lança un regard furieux sur Sirius qui se sentit soudain comme un enfant grondé. Le renard suivit Remus qui redescendait à pas précautionneux dans les escaliers. Eh bien… le séjour de Svetlana Rävens parmi eux n'allait pas être de tout repos. Surtout en sachant qu'elle avait à présent une dent contre lui. Sirius soupira avant de suivre le mouvement. Il avait besoin d'un remontant.


Quand Remus redescendit, il trouva Sirius dans le salon avec un verre de whiskey-pur-feu. Il alla se planter devant son ami, les mains sur les hanches. Sirius sembla ne pas vouloir faire attention à lui, sirotant sa boisson sans une seule fois lever les yeux vers lui.

- Je sais, j'ai merdé, marmonna finalement Sirius.

- Et pas qu'un peu mon vieux, gronda Remus. Bon sang Sirius ! Cette pauvre femme a une grossesse difficile et toi, tu rends les choses encore plus compliquées. Comment veux-tu qu'elle se sente en sécurité si tu menaces son familier sans raison ?

- Ce renard n'est pas un familier, Remus. J'en mettrais ma main à couper.

Remus soupira et se laissa tomber dans le fauteuil libre. Quand Sirius avait une idée en tête, c'était presque impossible de lui faire entendre raison. S'il avait décrété que le renard était autre que ce qu'il prétendait… il n'en démordrait pas jusqu'à ce qu'il en ait la preuve. Remus se passa la main sur le visage.

- Ne t'approche plus de ce renard, dit Remus avec une telle intonation que l'ordre était évident. Ni d'elle à vrai dire. Je ne pense pas qu'elle apprécie ta présence après ça…

Sirius lui lança un regard courroucé avant de replonger dans son verre. Remus se releva et quitta le salon pour laisser Sirius à son humeur houleuse. Il allait proposer son aide à Molly pour les corvées, quelles qu'elles soient. Il avait besoin de s'occuper l'esprit. Il n'eut même pas quitté le salon que quelqu'un entrait par la porte d'entrée. Remus se tendit immédiatement avant de reconnaître le visiteur. Severus Rogue venait d'entrer.

- Où est-elle ? demanda-t-il immédiatement.

- Premier étage, première porte à gauche, répondit Remus sans se formaliser du manque de politesse.

Severus hocha la tête sans un mot avant de se diriger vers les escaliers. Remus eut juste le temps d'attraper Sirius par le bras alors que celui-ci s'apprêtait à tomber sur Severus comme un boulet de canon. D'un regard il lui intima de ne rien faire de stupide. Sirius gronda avant de se défaire de sa poigne et de retourner dans le salon.

- Qu'est-ce qu'il vient foutre ici ? marmonna-t-il.

- Sûrement s'assurer que son amie ne manque de rien, répondit Remus.

- Comment peut-elle apprécier ce type ? bougonna Sirius.

Remus leva les yeux au ciel. Même si eux n'appréciaient pas Severus, cela ne voulait pas dire que personne ne l'appréciait. Si Svetlana acceptait sa compagnie avec plaisir, c'était sûrement que Severus devait avoir un bon côté, non ? Peut-être n'était-il pas si froid et mauvais qu'il y paraissait. Et puis… il se pouvait que Svetlana trouve du réconfort auprès de lui. Qui sait… peut-être serait-ce lui qu'elle choisirait au final pour remonter la pente et refaire sa vie.

- Tu es jaloux, Sirius, dit finalement Remus. Jaloux parce que Severus est proche d'elle et que toi tu viens de bousiller toutes tes chances.

- Qui voudrait de Snivellus ? Sérieusement… marmonna l'autre.

- Peut-être que Svetlana apprécie ce genre-là, répondit Remus en haussant les épaules, amusé de la situation.

Voir Sirius piqué dans sa fierté était à la fois amusant et ironique. Pour la première fois, Severus venait de prendre l'ascendant sur lui sans même chercher à le combattre. Remus trouvait cela assez juste. Un juste retour des choses après tout ce que cet homme avait subi. Et malgré tout, il restait fidèle à lui-même, à leur cause, et préparait même pour lui la potion tue-loup alors qu'il aurait été en droit de refuser. Non… Severus n'agissait pas ainsi. Peut-être avait-il le droit, finalement à un peu de bonheur…

Remus le vit redescendre quelques minutes plus tard et partir sans un mot. Sirius était allé s'isoler dans sa chambre pour le restant de l'après-midi. Remus soupira. Le soir allait être une épreuve. Il redoutait le moment du repas surtout, car tout le monde serait réuni dans la cuisine et… étant donné l'animosité latente de Svetlana à l'encontre de Sirius pour le moment… La tension serait palpable, nul doute.


Le repas du soir se déroula plus ou moins sans incident. Svetlana avait apparemment décidé d'ignorer totalement la présence de Sirius, préférant s'intéresser à la conversation qu'elle entretenait avec Molly au sujet de l'enfant à venir. Elle voulait à tout prix la rassurer, lui expliquer comment les choses allaient se passer après la naissance, comment bien s'occuper du nouveau-né… Cette femme était un manuel ambulant sur la puériculture. Elle raconta également de nombreuses anecdotes au sujet de ses propres enfants, ce qui eut le mérite de détendre considérablement la future mère.

- Voudrais-tu que je t'apporte un recueil de prénoms ? proposa finalement Molly alors que le repas touchait à sa fin.

Le tutoiement était venu naturellement. Svetlana ne s'en formalisait pas, même si elle avait encore quelque difficulté à appeler la matrone par son prénom et à lui donner du « tu ». Molly semblait ne pas lui en tenir rigueur.

- Ce serait gentil, sourit-elle en s'essuyant le coin de la bouche de sa serviette de table. Je dois avouer que ça m'aidera sûrement à trouver l'inspiration.

- Je dois en avoir un parmi tous mes livres, réfléchit Molly. Je te l'apporte demain.

- Vous n'avez pas besoin de vous presser, voulut protester Svetlana.

Molly balaya de la main ses protestations et ajouta que ça l'aiderait sûrement à s'occuper. Il était vrai que l'ennui deviendrait sûrement sa plus grande compagne pour les temps à venir. Une occupation serait la bienvenue, pas de doute là-dessus. Molly s'affaira à débarrasser la table avec l'aide de Remus après avoir houspillé Svetlana pour avoir tenté de l'aider. La jeune femme demeura donc assise à regarder les allers et venues dans la cuisine, sentant le regard pesant de Sirius sur elle. A côté d'elle, Callidus se dressa sur ses pattes et s'étira. Il trottina vers la porte et s'arrêta, attendant clairement sa maîtresse.

- Ne t'en fais pas Svetlana, va te coucher, sourit Molly.

- Bonne nuit, sourit-elle en se levant avec précaution avant de suivre le renard.

- Bonne nuit, répondirent en cœur les autres occupants de la maison.

Elle monta lentement dans sa chambre et alla s'allonger sur le lit avec un soupir de contentement. Regulus referma la porte et s'assura que personne ne viendrait les déranger avant de la rejoindre sur le matelas et de la prendre dans ses bras. Elle s'y blottit, enfouissant son nez dans son cou pour respirer son odeur. Ce simple geste suffisait généralement à la rassurer et la détendre.

- Un recueil de prénom ? fit finalement Regulus.

- Il va bien falloir qu'on se décide à en choisir un, répondit-elle nonchalamment.

- J'avais déjà une idée, souffla-t-il.

Heather se redressa sur ses avants bras et lui lança un regard intrigué. Regulus hésitait à lui proposer le nom qu'il avait à l'esprit, c'est donc qu'il craignait qu'elle soit contre. Il avait d'ailleurs des raisons d'hésiter, surtout s'il osait lui demander de nommer leur enfant suivant la coutume et surtout, après un membre de sa famille. Regulus portait le nom d'un de ses aïeuls après tout… Pitié, qu'il ne lui demande pas de l'appeler Orion…

- Alphard, finit-il par proposer.

Heather fronça les sourcils. Certes, ça aurait pu être bien pire mais… au-delà de la référence, elle n'appréciait pas ce nom plus que ça. Comment le lui dire sans le vexer ? Toutefois, elle n'eut rien à dire car il était très doué pour décrypter ses émotions sur son visage.

- Tu n'aimes pas, soupira-t-il.

- Je comprends que tu veuilles rendre hommage à ton oncle mais… comprends-moi. Cette tradition qui vient de ta famille est très belle mais… elle me rappelle un peu trop de mauvaises choses… cette société puriste… j'aimerai la mettre derrière nous. Et puis… avec tout le respect que j'avais pour ton oncle… je n'aime pas vraiment son nom.

Regulus acquiesça en silence. Bien sûr qu'il comprenait. Il ne pouvait pas lui en vouloir, ses explications étaient tout à fait recevables. Savoir cependant qu'elle avait apprécié son oncle était déjà un baume au cœur. Il devait sûrement, hormis lui et son frère bien sûr, être le seul membre de sa famille qu'elle ait apprécié. A moins que l'on puisse ajouter Narcissa. Mais le problème avec Narcissa était qu'elle demeurait du mauvais côté de cette guerre.

- Par contre j'aimerai que son deuxième prénom soit Sirius, dit-elle pour briser le long silence qui s'était installé.

- Même s'il se comporte comme un abruti ? sourit Regulus, amusé.

- Oui, même s'il me tape sur les nerfs et que c'est un parfait abruti, rigola-t-elle. Il reste mon meilleur ami.

Regulus hocha la tête. De toute façon, si elle ne l'avait pas proposé elle-même, il l'aurait fait. Au moins un nom sur lequel ils étaient d'accord. Et vu comme c'était parti, c'était un exploit qui serait compliqué à reproduire. Les jours suivant allaient sûrement avoir leur lot de désaccords sur les divers prénoms qu'ils trouveraient.


- Lucan.

- Certainement pas !

Cela faisait maintenant plusieurs semaines que, dans l'intimité de la chambre, Heather et Regulus n'avaient de cesse d'énoncer divers prénoms. Bien évidemment, jusqu'à maintenant, aucun n'avait trouvé gain de cause et le recueil de prénoms que Molly avait prêté à la jeune femme commençait à se retrouver en manque d'inspiration.

- C'est pourtant joli, protesta Heather en relevant les yeux de son livre.

- Ça se rapproche trop de Lucius, marmonna Regulus. Et je n'ai pas vraiment envie de me rappeler de cet homme chaque fois que je prononcerai le nom de mon fils.

- Un point pour toi, capitula Heather en replongeant dans ses prospections.

Regulus couchait sur papier chaque nom qu'ils avaient proposé et les rayait au fur et à mesure. Jusqu'ici une bonne cinquantaine de prénoms étaient raturés. Parfois, quand Heather ou lui trouvait un prénom qu'ils affectionnaient particulièrement et que l'autre ne voulait même pas considérer, ils argumentaient des heures durant jusqu'à ce que, finalement, l'autre capitule et le note dans la colonne des « envisageable ». Dans cette colonne-ci, il n'y avait que deux ou trois noms et, dés que l'un ou l'autre en refaisait mention, c'était reparti pour un round.

- Je continue de penser que Tristan est un beau nom, marmonna Heather.

Regulus soupira. Tristan était le dernier nom en date sur lequel Heather avait flashé. Fatigué, il n'essaya même pas de protester… encore. Il ne comptait plus les rounds argumentaires sur ce nom en particulier. Lui trouvait que ce nom manquait de caractère et faisait trop moldu et Heather défendait que c'était un nom fort et de légende.

- Tu parles d'une légende, avait une fois marmonné Regulus. Le type se fait avoir par un philtre d'amour, première erreur il est dans une relation adultère, deuxième erreur il épouse une femme avec le même prénom que celle qu'il aime pour se bercer d'illusions, troisième erreur et il se laisse mourir en croyant un mensonge, quatrième erreur. Tu parles d'un héros de légende !

- C'était un chevalier de la table ronde ! Il était humain et faisait des erreurs, certes, mais c'est comme tout le monde. Ensuite, il a accompli des exploits comme tous héros ! Et il est toujours resté fidèle à celle qu'il aime ! avait répliqué Heather.

- Ce ne sera pas Tristan !

- Ce ne sera pas non plus Scorpius !

Et la dispute s'était arrêtée là, suivie par un long silence qui s'était étalé sur toute la journée. C'était assez compréhensible qu'il ne veuille pas repartir dans une énième dispute sur ce nom-là. Pour le moment, il restait dans la colonne dans laquelle il se trouvait, sous le nom Scorpius qu'il avait lui-même proposé. Ils n'étaient guère plus avancés cela dit.


De temps à autres, Heather endossait de nouveau son apparence d'emprunt pour descendre et passer du temps avec Molly pour laquelle elle s'était prise d'affection. Elle réussissait même à l'appeler par son prénom et la tutoyer à présent. Remus était reparti elle ne savait où, sûrement pour accomplir quelque autre mission et Arthur avait reprit son travail une fois rétabli. Ce qui ne laissait plus dans la maison que Molly, et Sirius avec elle.

- Sirius n'est pas là ? s'enquit Svetlana en arrivant dans la cuisine tandis que l'heure approchait de celle du repas.

- Il s'occupe de Buck, l'hippogriffe, répondit Molly tout en continuant son ouvrage.

Svetlana ne releva pas. Ces derniers temps, elle évitait le maître des lieux le plus possible car pas prête à l'affronter ni à lui révéler la vérité. Mais à mesure que le temps passait, elle commençait à penser qu'il était idiot de tarder. Et épuisant également. Il allait bien falloir le lui dire, à lui et Remus… et Molly aussi. Mais à mesure qu'elle tissait des liens avec la sorcière, elle craignait de la décevoir en lui révélant lui avoir menti tout ce temps…

- Ça sent rudement bon, souffla Svetlana en humant l'air, cherchant désespérément à se changer les idées.

- J'espère bien, pouffa Molly. J'y ai mis tout mon cœur et mon savoir-faire. Tu es bien trop maigrichonne.

- Je croirais presque que tu veux me manger pour Noël, rigola Svetlana en s'asseyant sur la chaise la plus proche de la matrone.

- Il n'y aurait pas grand-chose au menu, la taquina Molly en lui tapotant la tête de sa cuillère en bois. M'enfin… tu as au moins repris des couleurs à défaut de reprendre de la chair.

Svetlana fit soudain une grimace avant de prendre un air surpris. Molly la regarda avec inquiétude sans oser ouvrir la bouche. Lentement, Svetlana leva son t-shirt et posa une main sur son ventre arrondi. Quelques secondes plus tard, elle sentit de nouveau une vibration, comme un léger coup venant de l'intérieur. Elle en eut le souffle coupé.

- Il… il vient de donner un coup, souffla-t-elle, émue aux larmes.

Molly garda le silence, un sourire attendrit étirant ses traits tandis qu'elle observait la future-mère dans ce moment privilégié qu'elle venait de découvrir. Le renard vint frotter son museau contre le ventre de sa maîtresse et lécha sa peau quand un coup vint à la rencontre de son museau. Il jappa, semblant aux anges.

Svetlana releva la tête, sortant de son moment quand elle entendit des pas arriver. Quelques secondes plus tard, Sirius pointait le bout de son nez dans l'embrasure de la porte. Il eut un regard goguenard en posant le regard sur le ventre à découvert de la jeune femme qui lui renvoya un regard plein d'avertissement.

- Une raison particulière pour que tu te découvres ainsi ? la taquina-t-il tout de même.

- Le bébé s'agite, répondit Molly avant de retourner à ses fourneaux.

Sirius leva les sourcils avant de sembler s'attendrir. Il se rappelait sûrement ce que ça faisait. Il avait eu l'occasion de toucher le ventre de Lucinda alors que le bébé commençait à cogner dans son ventre. Un voile de chagrin envahit soudain son regard et Svetlana pinça les lèvres. Ça lui fendait le cœur de voir Sirius aussi mélancolique.

- Veux-tu toucher ? proposa-t-elle doucement.

Il sembla surpris, si surpris qu'il eut un moment de recul. Il fouilla le regard de la jeune femme et ce qu'il y vit sembla l'apaiser. Elle souhaitait une trêve, faire la paix. Et cette proposition était la branche d'olivier qu'elle lui tendait, lui donnant la possibilité de choisir. Il hocha doucement la tête et s'approcha gentiment pour venir s'asseoir à côté d'elle. Comme il hésitait à poser la main sur sa peau, elle l'a lui attrapa gentiment et la posa sur le côté de son ventre où le bébé semblait donner des coups.

- Je me rappelle quand Lucinda a ressenti le premier coup, dit-il tristement. Ça rendait les choses si réelles.

- Je suis navrée pour ce que tu as perdu, souffla-t-elle en posant sa main sur la sienne. Ce ne doit pas être facile de m'avoir sous ton toit alors que je te la rappelle constamment de par mon état…

Il secoua la tête. Ce n'était pas Lucinda qu'elle lui rappelait. Ou très peu. Non… sa façon d'être n'avait de cesse de lui rappeler Heather. Et c'était tout aussi douloureux car, se souvenir de Heather, c'était se souvenir de Regulus. C'était se rappeler les joies et les peines qu'ils avaient tous partagés ensemble. Et ça faisait mal.

- Ceux que nous perdons ne nous quittent jamais vraiment, dit-elle après un moment de silence. Ils demeurent pour toujours ici, continua-t-elle en posant sa main sur son cœur.

- Je me rappelle avoir dit ce genre de chose à Harry, sourit-il piteusement. C'est toujours plus facile de dire que de faire, n'est-ce pas ?

Elle tapota son épaule avec compassion et se leva en douceur, ses mains maintenant son ventre arrondi afin d'éviter toute catastrophe. Elle sortit sa baguette et entreprit de dresser la table malgré les réprimandes de Molly de la voir s'épuiser inutilement. En toute discrétion, Svetlana grimaça, ce qui fit rire Sirius qui, après un instant, décida de se joindre à elle pour tout mettre en place. Oui… elle ressemblait beaucoup à Heather.

Il repéra le renard aux pieds de la jeune femme, gardant rivé sur lui un regard trop plein d'intelligence qui ramena immédiatement sa méfiance et mit fin à ce moment de compréhension et d'acceptance. Sentant le changement d'humeur dans la pièce le renard cogna son museau dans la jambe de sa maîtresse qui baissa immédiatement les yeux vers lui. Quelque chose sembla passer entre eux puis elle ferma les yeux, comme si quelque chose d'inéluctable était sur le point d'arriver. Le renard s'éloigna d'elle et quitta la cuisine sous le regard méfiant de Sirius.

- Tu devrais le suivre, souffla la sorcière.

Sirius se tourna vers elle. Elle le regardait avec insistance, sans aucune animosité. Au contraire, il semblait émaner d'elle une compréhension et une confiance qui le laissèrent un instant stupéfait. Elle le jaugeait, essayant de deviner ses intentions, comme si elle sondait son âme de son regard de glace.

- Je te demande seulement de ne pas lui faire de mal… ajouta-t-elle avec un regard implorant. Peux-tu me faire confiance ?

Sirius demeura interdit encore quelques minutes avant de finalement acquiescer. Il ferait de son mieux pour ne pas lancer les hostilités. Mais il ne se laisserait pas attaquer sans se défendre. Enfin il allait découvrir qui se cachait sous la couverture de familier. Il quitta à son tour la cuisine, entendant la jeune femme dire à Molly que Sirius ne serait sûrement pas avec elles avant un bon moment. Il n'entendit pas le reste car il monta les escaliers, suivant le renard qui l'avait attendu sur le premier palier. Cette fois, il allait devoir se montrer moins prompt à attaquer d'abord et poser les questions ensuite.

Une fois au sommet des escaliers, ayant monté tous les étages qui se trouvaient dans cette maison, il remarqua la porte de la chambre de Regulus, ouverte. Il la poussa avec méfiance. Le renard l'attendait, au centre de la chambre, assis comme s'il n'avait aucune crainte. Sirius se tint un instant sur le pas de la porte avant de finalement entrer. Le renard regarda avec insistance la porte puis Sirius, jusqu'à ce que ce dernier la ferme et se tourne de nouveau vers le renard.

- Je doute que tu puisses parler dans cette forme, dit-il tout simplement, sourcils froncés. Je sais que tu n'es pas un simple familier. Et je sais aussi que tu ferais tout pour protéger ta sorcière. Mais ce que je ne m'explique pas, c'est la raison pour laquelle tu te caches.

Le renard l'écoutait, tranquillement, son regard intelligent ne le quittant pas un seul instant. Toutefois, il ne semblait pas enclin à faire le moindre mouvement. Sirius commençait à s'impatienter, ses mains se refermant et s'ouvrant à multiples reprises. Nul doute qu'il pesait déjà le pour et le contre de forcer la transformation sur l'animagus en face de lui. Ce serait sûrement douloureux, mais personne n'en était mort jusqu'à maintenant.

S'élevant du bureau, un parchemin flotta jusqu'à Sirius qui le regarda avec une surprise certaine. Une fine écriture le marquait de deux courtes phrases. L'écriture lui semblait vaguement familière, mais là encore, si le sorcier avait reçu une éducation similaire à la sienne, il avait sûrement dû passer des heures à s'appliquer pour que son écriture devienne un modèle de calligraphie. Sur le parchemin, il pouvait simplement lire : « La vérité est souvent dure à accepter. Tu souhaites la connaitre, mais y es-tu vraiment préparé ? »

- A quoi joues-tu ? se méfia immédiatement Sirius en pointant sa baguette sur lui en un réflexe de défense.

« Je t'aurais prévenu. Tu devrais sûrement t'asseoir et demander une bouteille de Whiskey-pur-feu. »

La plume volait magiquement sur le parchemin, y inscrivant rapidement les mots. Sirius avait déjà passé le stade de la stupeur à ce point. Il était déjà inconcevable qu'un animagus puisse user de la magie dans sa forme animale. A moins que le sorcier soit assez doué en sorts informulés et à la maitrise de la magie sans baguette. La puissance de ce sorcier inconnu lui fichait carrément la trouille, plus encore car il semblait le connaître.

Sans le quitter des yeux, Sirius appela Kreattur et lui ordonna de lui apporter une bouteille de Whiskey-pur-feu dans les plus brefs délais. Le renard sembla poser un regard compatissant sur l'elf qui disparut en maugréant. Sirius alla ensuite s'asseoir sur la chaise abandonnée devant le bureau encombré de parchemins. Cela faisait un moment que le ménage n'avait pas été fait ici…

- Avant que tu ne reprennes forme humaine… dit-il entre ses dents. Je te connais ?

Cette fois, la plume ne bougea pas sur le parchemin. Mais il vit clairement le renard hocher la tête. Sirius se crispa d'avantage, essayant de faire mentalement le tour de tous les sorciers ou sorcières de sa connaissance capables de tels prodiges… et posant pour lui et l'ordre un danger potentiel. Il dégluti un instant avant de poser sa nouvelle question.

- Es-tu un danger pour l'ordre ?

« D'une certaine manière, nous le sommes tous deux. L'anonymat garantissait notre survie… Mais il n'est hélas plus possible. »

- Alors je devrais te tuer, dit-il plus froid encore.

« Je doute que tu le fasses, mais je pense que l'idée te sembleras sûrement alléchante pendant un moment… »

Cette réponse le laissa sans voix pendant de longues minutes. Kreattur revint avec une bouteille de Whiskey-pur-feu et s'inclina devant Sirius de mauvaise foi. Ce dernier le vit jeter un regard empli d'espoir vers le renard. Il n'arrivait cependant pas à déterminer si Kreattur espérait que l'animal bondisse et ne vienne mordre ses fesses ou bien s'il le connaissait également. Avant qu'il n'ait le temps de poser la question, Kreattur disparut de sa vue.

- Bon… Le moment de vérité a sonné. Vas-y ! grogna-t-il en posant la bouteille sur le bureau, faisant tomber une pluie de parchemins au passage.

« Quand tu auras envie de me tuer, rappelle-toi que c'est toi qui as voulu savoir… »

- As-tu si peur de la mort ? ricana Sirius qui commençait à franchement trouver le personnage amusant… et irritant, assurément.

« Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète… Je connais tes réactions inconsidérées et ta manie de taper d'abord et de poser les questions ensuite. »

Sirius le fusilla du regard. Pour qu'il le connaisse aussi bien, il avait dû être proche de lui. Malheureusement, il ne pouvait pas mettre beaucoup de personnes dans cette catégorie qui ne soient pas un danger profond. Beaucoup qui soient encore vivantes, précisons. Il commençait à vraiment s'impatienter, si bien que sa baguette émettait de curieuses étincelles.

« Serait-ce trop demander que tu ranges ta baguette ? Ou bien que tu promettes de ne pas attaquer inconsidérément ? »

Sirius le fusilla de nouveau du regard. Le renard sembla lâcher un soupir avant de se remettre sur ses pattes et de faire quelques pas, semblant se préparer mentalement à ce qui allait suivre. Tout d'un coup il ne semblait plus si sûr de lui et Sirius se sentit légèrement coupable. Après tout, si cette personne n'était pas mauvaise et risquait sa peau… comment lui en vouloir de se montrer si réticent à se dévoiler ? Il aurait sûrement fait pareil, n'est-ce pas ? Non… il l'avait fait !

Sous ses yeux, le renard commença à changer, s'élevant pour se tenir sur deux pieds chaussés de rangers délassées et deux jambes prisent dans un jean qui avait vu des jours meilleurs. Un buste se forma, assez bien dessiné, musclé sans être trop imposant. Des épaules assez larges mais pas non plus trop développées, le tout recouvert d'une chemise noire. Et enfin, un visage. Sirius, malgré toutes les précautions prises, tomba de sa chaise dans un fracas assourdissants, emportant dans son sillage un raz-de-marée de parchemins. La bouteille manqua de tomber mais, habilement, le sorcier la fit voler jusqu'à lui et la déboucha.

- Je t'avais prévenu… Si tu veux me frapper, attends au moins que j'ai pris une gorgée, je sens que je vais en avoir autant besoin que toi…

Cette voix, comme sortie d'un autre temps, frappait Sirius si fort qu'il faillit défaillir. Ce n'était pas possible ! Et pourtant, devant lui, buvant une longue lampée de la bouteille, se tenait son petit frère. Par quel miracle il était encore en vie et aussi jeune que le jour où il était supposé avoir été tué, Sirius n'en avait aucune idée. Ses cheveux, tombant à présent plus bas que ses épaules, venaient cacher une partie de son visage. Il fit léviter la bouteille jusqu'au sorcier qui peinait encore à saisir l'étendue de cette révélation.

Alors qu'il se saisissait de la bouteille, sans jamais détourner ses yeux de ce fantôme qui se tenait devant lui, il vit Regulus protéger la chambre de toute intrusion et de toute écoute et ranger finalement sa baguette dans la poche arrière de son jean. Il sembla prendre une longue inspiration et le regarda.

- Si tu veux hurler ou me faire tâter de ton poing, c'est le moment, offrit-il semblant toutefois moins sûr de lui.

Sirius posa la bouteille sur le sol et se releva immédiatement pour venir vers lui. Regulus sembla se tendre, soucieux de la suite. Dans son regard à l'instant d'un bleu métallique, Sirius pouvait voir tant de choses : la crainte du rejet, de la colère, de la douleur… Mais quand Sirius referma ses bras autour de lui, ce ne fut ni une agression, ni une manifestation de colère. Plutôt celle du désespoir et de l'espoir combattant violemment en lui. Regulus répondit à son étreinte et les deux frères restèrent de longues minutes ainsi, pleurant en silence.

- Je ne comprends pas, fit finalement Sirius en s'éloignant pour le regarder, la voix tremblante. Comment es-tu encore en vie ?

- C'est une très longue histoire, Sirius, souffla-t-il. Je peux te la raconter, mais il est impératif que, pour le moment, le moins de personnes possibles soit au courant.

- Mais alors… comprit soudain Sirius.

- Oui, c'est elle, dit-il sans avoir besoin d'en entendre plus. J'imagine qu'elle doit sûrement débattre en ce moment sur la meilleure façon de révéler la vérité à Molly.

Sirius s'assit sur la chaise et attrapa la bouteille. Regulus avait eu raison. Il allait en avoir besoin et la bouteille n'y suffirait peut-être pas. Il écouta alors l'histoire de son frère, passant de stupeur à incompréhension et de tristesse à élan de joie. Savoir à présent toutes les épreuves que Heather et lui avaient dû surmonter, la détresse et la peur des derniers jours…

- Quand elle a appris pour Lucinda… Je suis navré Sirius, soupira Regulus.

- Tu n'y peux rien. La vie ne m'a rien épargné… mais elle m'a au moins rendu mon frère et ma meilleure amie.

C'était la pure vérité. Même s'il devait avouer que la main le démangeait d'envoyer un pain dans le visage de son frère, il ne pouvait pas le faire. L'un comme l'autre avait vécu des moments atroces. Ils avaient tous deux étés prisonniers pendant des années, même si ce n'était pas de la même manière. Et après cet emprisonnement, ils avaient encore fait au mieux pour œuvrer contre Voldemort. Il ne pouvait que respecter leur choix, même si ça ne lui plaisait pas.

- J'espère que tu pourras nous pardonner de ne pas être venu plus tôt, souffla Regulus en détournant le regard.

- Vous avez fait ce que vous estimiez le mieux, Reggie. Je ne peux pas vous le reprocher. Mais je comprends mieux sa persistance à protéger Harry.

- Ça n'excuse pas tout… on aurait dû vous faire savoir, au moins à toi et Remus que nous étions vivants, protesta Regulus. Mais Apodis avait peur… Elle venait d'apprendre qu'elle était enceinte et Kreattur lui a malheureusement avoué pour les nombreuses fausses-couches précédentes, soupira Regulus en se passant la main sur le visage.

Sirius posa la main sur celle de son frère et la serra avec empathie. Oui… il n'était pas sûr d'être le plus mal loti à dire vraie. Regulus avait lui aussi eut son lot de troubles, de craintes et de souffrances. Certes, il n'avait pas perdu la femme qu'il aimait, mais combien de fois avait-il perdu un enfant avant même d'avoir eu la chance de le voir naître ? Et même maintenant, il semblait que la naissance de cet enfant-là ne soit pas une certitude.

- Non… c'est vrai. Mais je ne te reproche rien. Qui d'autre est au courant ?

- Severus, soupira Regulus. On n'a pas vraiment eu le choix, il a fini par comprendre. Et c'est grâce à lui si Apodis et le bébé ont survécu.

Sirius acquiesça, même si son nez froncé en disait long sur ce qu'il pensait de cette nouvelle-là. Toutefois, il ne pouvait pas dire que Severus ait jamais fait quoi que ce soit pour porter préjudice à Heather. Au contraire, il avait aidé à la protéger quand son identité avait été découverte et, après avoir compris qu'elle était toujours vivante, avait gardé ce fait pour lui sans en souffler mot à qui que ce soit.

- Elle devrait le dire à Dumbledore, dit-il tout de même.

- Essaye de la convaincre, moi je n'y arrive pas, ricana Regulus.

- Si même toi tu n'y arrives pas, qu'est-ce qui te fais croire que j'y arriverai ? s'enquit Sirius en haussant un sourcil.

- Qui ne tente rien n'a rien, répondit simplement Regulus en haussant les épaules.

L'un comme l'autre portèrent les yeux vers la pendule. Ils avaient passé de longues heures à discuter. Le point positif était qu'aucun coup n'avait été échangé. Sur ce plan, Regulus se sentait tout de même vainqueur. Ça c'était mieux déroulé qu'anticipé. Il avait même bridé le lien au cas où. Mais il semblerait que ç'eut été inutile.

- Tu penses qu'elle a mis Molly au courant ? demanda Sirius finalement.

- Je ne sais pas… Je l'espère. Elle se sentirait sûrement mieux, plus à l'aise et ne se fatiguerait pas à masquer constamment qui elle est.

Le silence se fit alors un instant, se passant tour à tour la bouteille et savourant la présence de l'autre. C'était un baume au cœur pour les deux frères. Tout d'un coup, le futur ne semblait plus aussi sombre pour Sirius. Son frère était là et ils pourraient se soutenir mutuellement et veiller l'un sur l'autre. Et bien sûr, il allait veiller sur Heather de toute ses forces.

- Avez-vous des idées de prénoms pour mon neveu ? s'enquit-il finalement avec un sourire.

- Vaste sujet à dispute, répliqua Regulus en hochant machinalement la tête. Continuer la tradition des Black ? La briser et en créer une nouvelle ? On n'est encore parvenu à aucun consensus.

- Ouais… j'imagine que vu le passif, elle ne doit pas être très encline à poursuivre la tradition, répondit Sirius en sortant un paquet de cigarette pour en offrir une à son frère.

Regulus acquiesça. Il comprenait, bien évidemment. Et dans un sens, il ne savait pas s'il tenait vraiment à poursuivre la tradition, mais… fallait-il vraiment l'abandonner ? C'était sans doute l'une des seules choses qu'il pouvait encore garder provenant de sa famille. Il accepta la cigarette et laissa son frère l'allumer pour lui après avoir allumé la sienne.

- En admettant qu'elle accepte, quel nom aurais-tu choisi ? demanda tout de même Sirius, curieux.

- Alphard, répondit Regulus. Mais elle n'aime pas le nom, même en admettant qu'elle veuille bien continuer la tradition.

Leur oncle Alphard. Parmi les Black, il avait été une rareté. Il n'y avait pas beaucoup d'hommes respectables parmi les Black. Il avait été présent pour eux dans les pires moments et avait même aidé quand il l'avait pu. Que Regulus veuille lui rendre hommage ne le surprenait guère. Mais Heather n'avait pas cette compréhension-là. Alphard n'avait été pour elle qu'une connaissance, qu'elle avait certes apprécié, mais de là à appeler son enfant comme lui...

- Ça se comprend, dit Sirius. Elle ne le connaissait pas assez pour vouloir lui rendre hommage ainsi, expliqua-t-il. En deuxième prénom, peut-être.

- Impossible, elle veut que le deuxième prénom soit le tien, sourit Regulus. Et sur ça elle ne bougera pas, crois-moi.

Sirius éclata de rire. Il devait avouer qu'il était touché par cette attention. Elle aurait pu vouloir que le deuxième prénom soit celui de Remus, ou encore de James, mais non, elle insistait pour que ce soit le sien. En relativisant un peu, James était déjà le deuxième prénom de Harry, mais Remus aurait aussi pu être un bon choix.

- Et elle, elle veut l'appeler comment ? demanda-t-il finalement.

- Elle n'a pas de prénom précis, répondit Regulus. Enfin… le nom qu'elle retient pour le moment est Tristan. Et comme je ne suis pas d'accord, je ne serais pas surpris que les noms qu'elle utilise pour parler au bébé ne soient juste pour me rendre la pareille. Sa dernière lubie était de l'appeler Gilbert.

A la grimace que Regulus fit, Sirius ne put s'empêcher de rire. En effet, ce dernier nom était un nom de compétition à ce stade-là. Lui-même le trouvait assez moche et il espérait qu'elle n'y pensait pas réellement. Pauvre enfant. Toutefois, si elle le faisait pour énerver Regulus…

- Tu dois marcher sur des œufs à longueur de journée, non ? ricana Sirius.

- Tu n'as pas idée… soupira Regulus en se laissant tomber à la renverse sur le matelas poussiéreux. Et le pire, c'est que parfois elle est furieuse contre moi et je dois me creuser la tête pour savoir ce que j'ai bien pu faire.

- Les fameuses hormones, ricana Sirius. Bon courage frangin !

Regulus grommela mais un sourire étira tout de même ses lèvres. Même quand elle l'envoyait balader ou qu'elle lui hurlait dessus, Regulus ne pouvait pas imaginer une seule seconde sa vie sans elle. Et ça n'avait rien à avoir avec le lien. Elle illuminait sa vie, le rendait parfois fou, mais elle était aussi d'une compréhension et d'une indulgence sans faille avec lui.

- Un conseil pour toi, soit dit en passant, reprit finalement Regulus. Ne dit rien sur Severus, d'accord ? Tu as le droit de ne pas l'apprécier, mais elle tient à lui et je pense qu'elle risque de t'en faire baver si tu l'asticote à ce sujet…

Ce fut au tour de Sirius de grommeler, mais il finit, au bout d'un long moment et devant le regard intransigeant de son frère, par promettre de ne rien dire et de ne pas provoquer d'esclandre le concernant. Il ferait de son mieux pour être civil. Ce ne serait toutefois pas chose aisée. Mais pour elle, pour Regulus… il était prêt à faire tous les efforts.


Après le départ de Sirius, Svetlana se retrouva seule avec Molly. Elle se mordilla la lèvre en cherchant comment amener le sujet sans causer trop de difficultés. Ce n'était pas chose aisée et la cuillère en bois que tenait la matrone était assez intimidante. Un bon coup sur le crâne risquait d'être douloureux.

- Je pense que nous allons devoir commencer sans Sirius, commenta-t-elle finalement.

- Vraiment ? s'étonna Molly. Qu'est-ce qui pourrait bien l'occuper aussi longtemps avec ton familier ?

Svetlana se mordit de nouveau la lèvre. Ses yeux dérivèrent sur la cuillère en bois et l'envie lui passa immédiatement de lâcher la vérité comme une bombe sur la sorcière. Heureusement pour elle, son estomac choisit ce moment pour se manifester. Penaude, elle rougit alors que Molly souriait de toutes ses dents.

- Installe-toi ma petite, lui enjoignit-elle. Il est important pour toi de manger à heure régulière.

Les deux femmes s'installèrent à table. Molly servit d'abord sa protégée, une assiette bien garnie, si bien garnie que Svetlana se demanda un instant comment il lui serait possible d'engloutir tout ça en un seul repas. Elle commença à manger et ferma les yeux de délices tellement c'était exquis. Puis, après avoir complimenté Molly sur ses talents culinaires, elle se mit à réfléchir à la meilleure façon d'amener le sujet.

- Tu as connu Lucinda ? demanda-t-elle finalement.

- Oui, soupira Molly, chagrine. C'était une jeune femme charmante et enjouée.

- Que s'est-il passé ? demanda-t-elle en tentant de maitriser ses émotions.

Molly garda le silence un long moment, reposant ses couverts pour croiser les mains devant sa bouche, apparemment déterminant si elle pouvait lui raconter l'histoire ou s'il valait mieux ne rien dire. Elle jeta un coup d'œil à la jeune femme qui attendait patiemment, le visage serein. Avec un soupir, Molly commença à parler.

- Lucinda était la sœur jumelle de Remus. Elle était aussi la meilleure amie de Heather Dumbledore et Lily Potter, expliqua-t-elle. Quand Heather, Regulus, James et Lily sont mortes, elle n'avait plus que son frère et Sirius. Tu sais déjà que ce dernier a fini à Azkaban pour un crime qu'il n'a pas commis.

Elle fit une pose et vit la jeune femme acquiescer en silence. Son regard était devenu infiniment plus triste. Un instant, Molly ne craignit qu'elle ne fasse un malaise, mais elle demeura sereine. Elle respirait calmement, ses yeux brillants de larmes.

- Quelques semaines après l'emprisonnement de Sirius, un raid de Mangemorts eut lieu. Lucinda n'y a pas survécu…

- Tu étais proche d'elle ? demanda Svetlana en attrapant doucement la main de la sorcière au-dessus de la table.

- Pas vraiment, soupira-t-elle. Nous nous voyions que lorsque l'ordre se réunissait. Je les entendais souvent parler de Heather, témoigner leur inquiétude pour elle. Je n'ai pu mettre un visage sur le nom que le jour où Lily m'a montrée une photo, sourit-elle avec émotion. Elle tenait le petit Harry avec tendresse et le bambin semblait l'adorer. Elle aurait fait une bonne mère… Lucinda aussi…

La gorge nouée, Svetlana baissa la tête. Elle ne savait plus trop comment amener la suite. Pouvait-elle laisser tomber le glamour maintenant ? Elle était déjà bien incapable de retenir ses larmes à présent, comment pouvait-elle réfléchir ? Elle était bien en peine de trouver une solution à présent.

- Oh non. Je ne t'ai certes pas raconté tout ça pour que tu te sentes mal, se désola Molly. Je suis désolée Svetlana…

- Non, ce n'est rien, répondit-elle la voix tremblante en essuyant ses larmes.

- J'aurais dû prendre en compte le côté hormonal, se morigéna Molly immédiatement en se levant pour débarrasser.

- Ce n'est pas les hormones, protesta-t-elle avant de réfléchir. Du moins… pas seulement, soupira-t-elle en baissant de nouveau la tête. Molly… il y a quelque chose que j'aurais dû te dire depuis longtemps… Mais je crains tellement de te décevoir…

Molly s'arrêta dans son ménage et posa sur la jeune femme un regard interrogateur. Quand elle comprit que Svetlana ne rencontrerait pas son regard volontairement, elle prit sur elle de s'asseoir et de lui prendre la main en un geste criant de réconfort.

- Quoi que tu puisses me révéler, Svetlana, je ne pourrais pas être déçue. Tu es une jeune femme bonne et profondément gentille.

- Mais je mens à tout le monde sur ma véritable identité, répondit-elle en reniflant. Dumbledore me fait confiance parce que je lui ai prouvé par mes actions que j'étais du bon côté, mais lui aussi ignore la vérité. Seul Severus la connaît…

- Ce doit-être exténuant pour toi de garder caché un tel secret, se lamenta Molly en lui serrant tendrement l'épaule. Tu n'as rien à craindre ici, la cajola-t-elle comme seule une mère sait le faire.

Svetlana hoqueta de nouveau avant de se jeter dans les bras de la matrone qui la serra fort contre son cœur. Elle ferma les yeux en berçant sa jeune protégée pendant de longues minutes. Mais quand elle rouvrit les yeux, ce n'était plus Svetlana qu'elle serrait contre elle. Une longue chevelure noire et soyeuse cachait en partie un visage baigné de larmes et de fatigue. Elle l'éloigna avec précaution pour observer ce visage inconnu et pourtant…

- Heather ? souffla-t-elle avec un étonnement allant grandissant.

- Je suis désolée… sanglota-t-elle encore.

- Oh, chère petite, souffla Molly alors que les larmes lui montaient aux yeux. Je comprends mieux. Tu as dû tant souffrir… C'est fini maintenant…

Après quelques minutes, les reniflements et les larmes s'atténuèrent. Molly baissa les yeux vers la jeune femme et constata qu'elle s'était finalement endormie, épuisée par le trop plein d'émotions sûrement. Il avait dû lui en falloir du courage pour laisser tomber le masque. Elle entendit des pas descendre les escaliers et tourna la tête vers l'entrée de la cuisine. Sirius apparut, cherchant quelque chose du regard. Quand enfin il le posa sur la jeune femme endormie, il s'adoucit.

- Alors elle a décidé de se dévoiler, souffla-t-il. Comment va-t-elle ? demanda-t-il en s'approchant doucement d'elles, sans faire de bruit.

- Elle est exténuée, physiquement et émotionnellement, répondit Molly qui continuait de la serrer dans ses bras.

- Ça n'a rien d'étonnant, convint une autre voix masculine.

Molly sursauta en découvrant un jeune homme qui ressemblait tant à Sirius. Elle n'eut pas besoin qu'on le lui dise pour comprendre de qui il s'agissait. Si Heather était vivante, il y avait fort à parier que son fiancé et protecteur l'était aussi. Elle comprenait mieux maintenant les suspicions de Sirius à l'égard du renard. Le renard était en effet un animagus. Mais qui aurait pu deviner qu'il s'agissait du deuxième fils des Black ?

- Je vais aller la coucher, dit doucement Regulus en s'approchant. Je répondrai à toutes vos questions après, promit-il en tendant les bras vers elle.

Molly ne protesta pas et lui remit la jeune femme qui sembla se blottir instinctivement dans les bras du sorcier qui la souleva avec tendresse. Il quitta ensuite la cuisine à longues enjambées pour aller la border. Elle serait bien mieux dans son lit qu'assise sur une chaise.

- Ça a dû te faire un choc, souffla-t-elle à Sirius.

- J'en suis tombé de ma chaise, sourit-il. Mais je veux bien un choc comme ça tous les jours.

- Ils ont dû avoir des moments difficiles, souffla Molly, pensive.

Sirius acquiesça avec sérieux avant de lui relater tout ce qu'il savait de la bouche de Regulus. Molly écouta en silence, concentrée sur les informations qui fusaient les unes après les autres. Elle fut plus que peinée quand elle eut vent des nombreuses fausses-couches de la jeune femme. Ça avait dû être une dure épreuve. Elle se jura que, quoi qu'il arrive, elle ferait tout pour l'aider à mener cette grossesse à bien.

- C'est une bonne chose qu'ils puissent se reposer sur d'autres personnes à présent, conclut Molly. Maintenant ils sont en sécurité.

- Tant que personne d'autre ne sera au courant, intervint Sirius. Nous ne devons rien dire à qui que ce soit, Molly, affirma Sirius avec un sérieux stupéfiant. C'est à eux de se révéler à qui ils le désirent.

Molly s'empressa d'affirmer qu'elle ne penserait même pas à divulguer quoi que ce soit. Elle garderait jalousement ce secret pour protéger les futurs parents de tout danger. S'il fallait pour cela mentir à un bon nombre de personnes, soit ! Ils n'avaient déjà que trop souffert, pris trop de risques…

- Je vais faire un peu de thé, décida Molly en entendant de nouveau des pas dans l'escalier.

- Bonne idée, avoua Sirius qui avait encore la tête un peu embrumée par le whiskey qu'il avait ingurgité.

Regulus entra de nouveau dans la cuisine, lui aussi fatigué. Il alla s'asseoir en face de son frère en soupirant. Il n'était plus vraiment habitué à être lui-même en compagnie d'autres personnes que Heather et Severus. C'était un peu déstabilisant.

- Kreattur, appela-t-il en baillant.

L'elf apparut immédiatement en s'inclinant. Sirius nota que la créature n'était pas du tout surprise de voir Regulus vivant. Évidemment, l'elf savait que Regulus était vivant, mais l'information avait encore du mal à se frayer un chemin jusqu'à son cerveau. Il craignait à tout moment de se réveiller et de comprendre que tout cela n'était qu'un rêve.

- Maître Regulus a appelé Kreattur ? couina l'elf.

- Oui, répondit-il. Pourrais-tu veiller sur Apodis jusqu'à ce que je retourne auprès d'elle ?

- Kreattur veillera sur Maîtresse ! s'exclama l'elf en disparaissant.

Sirius secoua la tête. Il allait vraiment falloir qu'il s'habitue à ces nouvelles révélations. Molly plaça devant eux des tasses fumantes avant de se servir elle-même et de s'asseoir. Comme il l'avait promis, Regulus répondit à toutes leurs questions malgré sa fatigue grandissante.

- Tu aurais dû voir la première fois qu'elle a bu le fameux thé, sourit finalement Regulus.

- J'imagine qu'elle a dû jurer ne plus jamais être enceinte, sourit-il complice.

Regulus sourit et hocha la tête en sirotant son thé. Molly s'enquit sur ce thé dont ils parlaient et fronça le nez quand Regulus et Sirius se relayèrent pour lui donner les détails. C'était peut-être un thé fortifiant et bon pour les grossesses, il y avait tout de même quelques améliorations à faire pour le rendre plus… buvable.

- Elle grimace chaque matin quand elle entend Kreattur arriver, sourit Regulus de nouveau. Mais elle ne se dérobe jamais.

- Ce n'est pas son genre de se dérober, acquiesça Sirius. Aussi infâme le breuvage puisse-t-être.

Il leur raconta les premiers mois et les diverses situations assez amusantes en y repensant. Du moins pour lui. Heather, elle, rigolait beaucoup moins pour le coup. Mais ses réactions et sa mauvaise fois certains matins avaient été attendrissants et amusants. Surtout quand elle cachait sa tête sous les oreillers en se morfondant rien qu'à l'odeur de la tisane.

- Au moins les potions que Severus préparait pour elle ne sont pas infâmes, soupira Regulus. C'est grâce à ces potions justement que les nausées ont été plus supportables pour elle.

- A-t-elle passé le stade des nausées ? s'enquit Molly après avoir fini son thé.

- Il y a quelques mois, répondit Regulus. Une délivrance pour elle. Maintenant elle envoie Kreattur lui rapporter des fraises et de la glace à la poire selon ses envies du moment.

Molly sourit à cette révélation. Chaque femme avait des envies différentes aux divers stades de leurs grossesses. Mais les fraises revenaient assez souvent dans la liste, il fallait l'avouer. Elle-même, à chaque grossesse, avait envoyé Arthur lui chercher des fraises quotidiennement. Elle leva pensivement les yeux sur la pendule et grimaça. Il était plus de deux heures du matin. Arthur devait sûrement être rentré et couché depuis longtemps. Elle culpabilisa un peu de ne pas avoir été là pour l'accueillir chez eux ni lui avoir préparé de repas/

- Ne vous en faites pas Molly, déclara Regulus en devinant ses pensées. Vous devriez rentrer chez vous et vous reposer.

- Vous êtes sûrs que tout ira bien ? s'enquit-elle à la fois ravie et inquiète.

- On survivra, ne vous en faites pas, sourit Regulus. Et puis, s'il y a quoi que ce soit, on enverra Kreattur vous prévenir.

Molly le remercia et se leva, se hâtant vers la cheminée. Les deux frères demeurèrent ainsi seuls dans la cuisine, jusqu'à ce qu'ils se décident à aller se coucher. Il s'était passé beaucoup de choses durant les dernières heures. Quelques heures de sommeilles seraient les bienvenues et, surtout, ne seraient pas du luxe si l'on prenait en compte leur état de fatigue avancé. Ils auraient tout le temps dans les jours à venir pour rattraper convenablement le temps perdu.

C'est sur cette pensée que Regulus se déshabilla et se faufila sous les couvertures. Il passa ses bras autour de Heather et la ramena contre lui, l'enveloppant dans sa chaleur comme dans un cocon protecteur. Il soupira d'aise en se sentant à sa place. Son parfum le calma et effaça toute la tension qu'il avait pu ressentir plus tôt. Il ferma les yeux, le nez enfoui dans ses boucles brunes, respirant son parfum envoutant. Il lâcha prise, sombrant dans un sommeil serein et restaurateur.


Quand Heather se réveilla, elle était seule dans le lit. Sur la table de chevet, elle pouvait déjà dire qu'une tasse de thé fumante l'attendait, et ce, rien qu'à l'odeur. Elle retroussa un peu le nez avant de soupirer et de se redresser lentement sur le côté. Elle prit une longue inspiration et tendit finalement la main vers la tasse, prête à avaler son contenu le plus rapidement possible afin d'en être débarrassée. Son ventre se contracta à la première gorgée mais elle se fit violence pour continuer à avaler. Une fois sa corvée matinale effectuée, elle se décida à se lever.

Comme elle le pensait, elle trouva Regulus dans la cuisine avec Sirius, tous deux en pleine conversation et remémoration du passée devant des tasses fumantes de café. Des photos étaient éparpillées autour d'eux et ils passaient des rires aux larmes, d'un souvenir à l'autre.

- Bonjour, souffla-t-elle une fois dans l'embrasure de la porte.

Regulus quitta immédiatement sa chaise pour venir la prendre dans ses bras et l'embrasser avec tendresse en guise de bonjour. Elle s'appuya contre lui, frustrée quand le contact prit fin bien trop tôt à son goût. Regulus l'accompagna ensuite à la chaise voisine de la sienne et l'y installa avec attention. Aussitôt, Kreattur apparut, commençant à disposer divers mets devant elle avec vitesse et dextérité.

- J'espère que tu as faim, dit Sirius avec un sourire amusé devant la mine déconfite de la jeune femme.

- Je ne vais jamais pouvoir manger tout ça, soupira-t-elle.

Sirius sourit de plus belle et prit un toast pour croquer dedans en lui faisant un clin d'œil. Heather ne put s'empêcher de lui sourire et, se mêlant à leur conversation, commença à manger à petite bouchée avant de constater qu'elle était plus affamée qu'elle le pensait. C'était toujours comme ça, elle comprenait qu'elle avait faim après quelques bouchées et se mettait à manger comme une gloutonne.

- J'ai encore du mal à me faire à l'idée que je suis plus vieux que vous deux d'une bonne quinzaine d'année, soupira Sirius en se laissant aller contre le dossier de sa chaise.

- Crois-moi, tu n'es pas le seul, répondit Heather en croquant dans une fraise avant de fermer les yeux de délice.

Elle ne vit pas Regulus sourire ni Sirius secouer la tête en toussotant pour contrer un rire qui voulait sortir de sa gorge. Elle n'avait vraiment pas changé. Son visage n'avait pas pris une ride et ses réactions étaient toujours les mêmes. La seule chose qui était différente, c'était que maintenant son ventre n'était plus aussi plat qu'avant. Il s'arrondissait pleinement, la rendant encore plus exquise que jamais.

- Que comptez-vous faire après la naissance ? s'enquit finalement Sirius pour sortir de ses songes éveillés.

- Pour le moment, on ne sait pas trop encore, répondit Regulus en prenant une gorgée de son café. Nous devons d'abord dire la vérité à Dumbledore à notre sujet. Si, Apodis, il le faut, ajouta-t-il alors que le visage de sa compagne se fermait.

- Il a raison, Heather, souffla gentiment Sirius. Tu n'imagines pas le bonheur que ça lui donnera de savoir que tu es toujours vivante et qu'il va être grand-père. Vu l'âge, il était temps, plaisanta-t-il.

Malgré toute sa volonté, Heather ne parvint pas à retenir un sourire amusé de s'afficher sur son visage. Sirius savait toujours comment désamorcer ses humeurs. Du moins quand ce n'était pas lui-même qui les causait.

- Plus sérieusement, reprit Sirius. En connaissant la vérité, il sera sûrement plus à même d'élaborer un plan pour vous protéger.

- Regarde comme ça a marché avec Lily et James, maugréa-t-elle immédiatement.

- C'était une faille qu'aucun de nous n'aurait pu imaginer, à l'époque, le défendit Sirius.

- Si, moi ! tonna-t-elle. Je n'ai cessé de mettre Remus en garde, de lui enjoindre la plus grande prudence autour de Peter, et je suis certain que toi aussi tu savais que je me méfiais de lui. Résultat, Peter a été choisi pour garder leur secret et ils en sont morts !

Sirius ferma la bouche. Elle était furieuse, mais il n'arrivait pas vraiment à savoir contre qui allait sa fureur. Ce n'était certes pas Dumbledore qui était en cause ici, il n'était que le point de départ de la discussion. Non… Sa fureur s'orientait vers elle-même. Elle s'en voulait, se tenait responsable en quelque sorte de la mort de leurs amis parce qu'elle n'avait pas été là. Cette révélation chagrina Sirius. Il se leva et vint s'agenouiller à côté de sa chaise, prenant ses deux mains qu'elle avait crispé dans les plis de sa jupe.

- Heather… Ce n'est en aucun cas ta faute, l'apaisa-t-il. Tu ne dois pas te sentir coupable. Tu n'y es pour rien.

- Mais si j'avais pu être là…

- Tu n'y pouvais rien. Et si tu avais été là, vous seriez morts, vous aussi. C'est déjà un miracle que vous ayez survécu comme vous l'avez fait. Tu ne peux rien te reprocher sur le sujet. Tu as fait ce que tu as pu.

Il croisa le regard de Regulus par-dessus l'épaule de la jeune femme et vit se dernier acquiescer avec reconnaissance. Il vit Regulus enlacer sa compagne par derrière, posant sa tête sur son épaule pour lui souffler à son tour des paroles apaisantes. Peu à peu, elle se détendit, sa colère laissant place aux larmes de détresse et de désespoir. Il avait bien conscience que, tout comme à lui, Lily et James lui manquaient. Mais lui avait eu plus de quinze ans pour faire son deuil, ce qui n'était pas le cas de Heather. Pour elle, c'était comme si ça ne faisait que quelques mois.

- Je suis désolée d'avoir réagi comme ça, renifla-t-elle en s'essuyant les yeux.

- Dans ta condition, ce n'est guère étonnant, répondit Sirius en haussant un sourcil. J'espère que tu ménages un peu mon frère tout de même, sourit-il avec amusement.

- Je fais de mon mieux, mais parfois… grimaça-t-elle un peu coupable.

- Du moment que l'on évite certains sujets, tout va bien, sourit Regulus en se rasseyant.

Il vit immédiatement dans le regard de son frère, qui avait repris sa place face à lui, ce qu'il tramait. Il lui lança un regard peu amène, espérant lui passer l'envie d'ouvrir la bouche, mais Sirius passa outre. Il voyait bien que Sirius cherchait la meilleure formulation pour ce qu'il allait dire, et Merlin l'aide pour contrer la bombe que Sirius allait lâcher pour son plus grand amusement, et au grand malheur de ses pauvres nerfs.

- Sirius… non, fit Regulus entre ses dents.

Sirius peina à freiner le sourire qui prenait d'assaut ses lèvres. Les prochaines minutes, les prochaines heures même, allaient sûrement être très amusantes. Pour lui du moins. Heather ne semblait pas comprendre ce qui se passait, passant son regard de l'un à l'autre avec les sourcils levés, attendant une explication qui ne venait pas. Sirius n'y teint plus.

- Tu comptes vraiment l'appeler Guilbert ?

Regulus ferma les yeux, fataliste. La journée allait être longue… très longue. Peut-être pouvait-il encore se réfugier dans un coin sombre de la maison. Sous sa forme animagus, il était sûr de pouvoir se glisser dans un trou quelque part pour se faire oublier. Non ?


Fin du Cinquante-et-Unième Chapitre