Hey,

Essayez de ne pas en vouloir à Dean de réagir comme ça. Se fermer, émotionnellement et physiquement, c'est tout ce qu'il connaît pour se protéger, quitte à blesser les gens autour de lui. C'est ce qui se passe. Il blesse Castiel, évidemment, le repousse un peu mais qu'à moitié, si on peut dire ça comme ça. Oui, il tourne en rond

Les décisions prises dans ce chapitre sont contestables, je sais. Dean va évoluer un peu plus tard, et ça va aller. Il doit seulement réussir à apprendre de ses erreurs (facile à dire, je sais, mais ça va venir)

Bref, tout ça pour dire encore merci

Merci beaucoup

Bisous

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Gabriel s'arrête devant l'Impala. "Tu es sûr que tu peux conduire?"

"Je vais conduire," répond simplement Dean, avant d'ouvrir la portière pour s'asseoir derrière le volant, juste à côté de Castiel.

Celui-ci hésite une seconde, essuie les dernières larmes sur ses joues, puis tend la main dans sa direction. Il referme le poing et laisse retomber son bras quand Dean se raidit, visiblement plus que gêné. Il ne se décale pas, mais Castiel sait qu'il résiste à l'envie de le faire. "Dean?" fait-il, incertain.

"Ça va," en même temps que Gabriel reprend place sur la banquette arrière.

"Dean…"

"Ça va, Cas," encore une fois.

Il pose l'ours en peluche entre eux, ferme brièvement les yeux. Fait un geste vers les photos que Castiel a dans les mains. "Je peux les avoir?" sans vraiment le regarder. "S'il te plaît."

"Je ne pense pas que ce soit-"

"Cas. Donne-les-moi."

A contre-cœur, Castiel obtempère. Dean les prend, les plie en deux, puis les glisse dans son portefeuille. Il prend une inspiration pour calmer les battements de son cœur, et se tourne vers Castiel. "Je ne veux pas qu'on en parle, et je ne veux pas… cette maison, je ne veux plus jamais y revenir," le ton calme. "Si jamais je te dis un jour le contraire, si j'ai l'impression d'avoir des ailes simplement parce que je vais mieux, tu dois m'empêcher de le faire, quitte à me frapper, et… oui, tiens, c'est une bonne idée. Frappe-moi si jamais c'est nécessaire. Tu promets?"

"Je ne vais jamais te frapper, Dean, je ne-"

"Peut-être que tu devrais," en le coupant. "Visiblement, c'est la seule chose que je suis capable de comprendre. Promets-le, s'il te plaît."

"Dean, je-" au bord des larmes. "On peut en parler?"

"Non, Castiel, j'ai dit qu'on n'en parlerait pas," sensiblement moins calme.

Il serre le poing, et Castiel finit par céder. "D'accord," dit-il. "D'accord, je promets, je… oui. Oui."

"D'accord," en inspirant pour se calmer. "D'accord. Tout va bien."

"Dean?" intervient Gabriel. "Je crois que tu ne devrais pas conduire, et… peut-être que je pourrais prendre le volant."

"Non."

"Dean-"

"Non," obstiné. "Non."

Dean se penche, et attrape la carte routière dans le vide-poche. Il ignore la tension presque palpable autour de lui, les regards qu'échangent Castiel et Gabriel, et se concentre sur la direction à prendre. "D'accord," pour la énième fois, en tendant la carte à Castiel. "Là, c'est l'autoroute, et… dis-moi juste quand je dois tourner."

"Dean," en attrapant quand même sa main. "Tu es blessé."

"Je ne suis pas blessé."

"Ça t'aide, le déni?" demande Gabriel.

"Ce qui m'aiderait," en lui adressant un regard plus que glacial, dans le rétroviseur. "C'est que tu la fermes."

"Je croyais que tu voulais que je dise la vérité?" sans relever son ton. "C'est-"

"C'est un peu tard, maintenant, tu ne trouves pas?" l'interrompt Dean.

Ils se regardent un moment, dans le reflet du rétroviseur, et Dean finit par soupirer en secouant la tête. "Laisse tomber," reprend-il. "Ça n'a plus aucune foutue importance," en reprenant sa main, brisant l'étreinte de Castiel. "Ça n'a pas d'importance, et je veux seulement rentrer."

Gabriel ouvre la bouche, mais Castiel le devance :

"On rentre," dit-il, tout en faisant de son mieux pour rester calme, ou tout du moins… avoir l'air de l'être.

.

Dean ne décroche pas un mot de tout le trajet. Il garde les yeux rivés sur la route, n'arrive pas vraiment à se détendre, et se contente de hocher la tête quand Castiel lui donne des indications. Sa voix est douce, très posée, mais il serre les dents pour ne pas pleurer.

Ne pas pleurer. Ne pas pleurer. Ne pas pleurer. C'est la seule chose que Castiel se répète, bien trop conscient du fait qu'une seule photo vient de briser tout ce qu'ils ont mis tellement de temps à reconstruire.

Le silence est pesant, mais Dean semble ne même pas y prêter attention, perdu dans ses pensées, concentré sur la route et sur la nuit qui finit par tomber, sur tout sauf la douleur. Sur tout sauf Castiel, à quelques centimètres de lui.

Dean fronce les sourcils, puis remue les doigts de sa main droite en serrant les dents. Il ne dit pourtant rien, et Castiel prend une inspiration avant de parler. "Est-ce que… Dean, est-ce qu'on pourrait juste passer à l'hôpital pour que-"

"Hors de question."

"S'il te plaît," simplement. "On est presque à côté de l'hôpital, et tes mains sont vraiment très abîmées. Ça risque de s'infecter si tu ne montres pas ça à un médecin… s'il te plaît."

"Ça ne fait pas mal," en secouant la tête.

"Si, ça fait mal," insiste Castiel. "Et ça m'inquiète, et-"

"Très bien," avec un soupir résigné. "On va passer à l'hôpital, si c'est ce que tu veux."

"Ce n'est pas-"

"Peu importe, Cas. Peu importe."

Peu importe. Dean n'ajoute rien.

Il se gare sur le parking, et sort de la voiture sans un mot pour se diriger vers les portes du hall. Castiel lui emboîte le pas, tout aussi silencieux que lui, alors que Gabriel reste en retrait. Tellement en retrait qu'il préfère prendre les escaliers.

"Attends," fait Dean, bloquant la porte de l'ascenseur. "Ne préviens pas Charlie."

Gabriel hausse un sourcil, à la fois incrédule et dédaigneux. "Tu te fous de moi, Dean?"

"Pas du tout."

"Tu crois sincèrement que je vais écouter ce que tu dis?" demande Gabriel. "Je ne sais pas si je dois rire, parce que tu n'es très clairement pas en état de prendre une décision sensée. Et ça, ce n'est même pas encore mon avis de psy. Tu veux mon avis de psy?"

"Non," sans détourner les yeux.

"C'est ce que je me disais," haussant les épaules. "Une chance que Charlie passe la moitié de sa vie dans cet hôpital, hein?"

.

Dans l'ascenseur, Dean s'appuie contre la paroi et ferme les yeux.

"Dean?"

"Ça va, Cas," simplement.

"Arrête," la voix légèrement moins douce. "Je ne… arrête de me dire que ça va, parce que je… ce n'est pas ce que je veux entendre. Ce n'est pas ce que tu as besoin de dire."

"Oh," à la limite du sarcasme. "Parce que tu sais ce dont j'ai besoin, toi?"

Dean n'a pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir qu'il vient de blesser Castiel. Encore. Il ouvre la bouche pour s'excuser, mais se ravise et ne dit finalement rien. Attend patiemment que les portes se rouvrent pour sortir, tombant presque nez-à-nez avec Jason.

"Dean?" en fronçant les sourcils, surpris.

"Vous n'avez pas autre chose que mon prénom à la bouche, tous?" en le contournant. "Je sais encore comment je m'appelle."

Il passe devant l'infirmier, qui se tourne vers Castiel. "Qu'est-ce qu-"

"Qui est le médecin de garde, cette nuit?"

"Richmond," répond Jason. "Qu'est-ce qu'on doit soigner?"

Castiel éclate d'un rire nerveux, se passe la main dans les cheveux en secouant la tête. "Si je pouvais te le dire," fait-il. "Il a… Dean a cassé des vitres à mains nues, et… je ne sais pas… tu vois? Les blessures physiques."

"D'accord. Je vais biper Richmond," en acquiesçant. "Tu restes avec lui?"

"Je ne suis pas sûr que Dean veuille que je reste, et-"

"Insiste," en le coupant. "Tu sais mieux que moi comment il est. Insiste."

"Mmh," avec un vague hochement de tête.

Sans grande conviction, il rejoint Dean, assis sur une chaise contre le mur, près du bureau des infirmiers. Il ne tressaille pas quand Castiel s'approche, et celui-ci décide de tenter le tout pour le tout. Il glisse sur les genoux pour le regarder d'en bas, et attrape ses poignets, plus fort qu'il le devrait, un peu trop fort, mais refuse de lâcher prise, alors que Dean essaie de se dégager. "Cas, je ne-"

"Non," en cherchant son regard, qui pourtant essaie à tout prix de le fuir. "Je t'en prie, ne me repousse pas. Si tu ne veux pas en parler, on ne va pas en parler, mais ne me repousse pas. C'est moi."

"C'est toi?" répète Dean. "C'est toi, Castiel? Et quelle importance, dis-moi? Quelle importance?"

"Je sais ce que tu es en train de faire," en faisant de son mieux pour ne pas le laisser l'atteindre. "Si tu as besoin de me faire mal, Dean, vas-y. C'est toujours mieux que ton silence, parce que ça prouve que ça compte pour toi, et tu ne me feras pas croire le contraire. Tu ne me feras pas croire que c'est juste une maison, juste une photo. C'est ce que tu vas me dire, n'est-ce pas? C'est à chaque fois ce que tu dis, mais je sais."

Alors que Castiel s'attend à devoir faire face à de la colère, Dean se tait. Il ne fait rien d'autre que garder le silence, et c'est déstabilisant.

"Dean?" après un moment.

"C'est juste une maison, juste une photo," en reprenant ses mots.

Son visage se ferme totalement, et il détourne les yeux. Castiel se mord l'intérieur de la joue.

"Dean?" fait Richmond, à sa droite.

Dean force Castiel à lâcher ses poignets, puis montre ses mains au médecin, sans même le regarder. "Vous pouvez soigner ça?" demande-t-il.

"Bien sûr."

"Génial," en se levant.

Castiel reste par terre une seconde, avant de finalement l'imiter. "Je reste avec toi," sur un ton qui n'appelle aucune forme de protestation.

"Si c'est ce que tu veux," vaguement, en suivant Richmond dans une salle de soins.

Il se hisse sur la table d'examen, pose ses mains à plat sur la tablette que le médecin place devant lui. "Comment est-ce qu-" commence celui-ci.

"Vous n'êtes pas psy, que je sache," coupe Dean. "Je suis blessé, d'après Castiel, alors vous n'avez qu'à faire ce qu'un médecin est censé faire. Sans parler."

"Dean…" souffle Castiel, assis sur un tabouret près de lui.

Richmond, de l'autre côté de la tablette, fronce les sourcils, croise le regard de Dean et ne le lâche pas, suffisamment longtemps pour y voir les émotions qu'il refoule de toutes ses forces. Le médecin prend une inspiration, puis hoche la tête, baissant les yeux vers ses mains. "Je peux?" doucement, et Dean acquiesce. "Tu arrives à bouger les doigts?"

"Oui," en joignant le geste à la parole.

"Je pense que rien n'est cassé," en prenant sa main droite, la plus endommagée. "Les hématomes… est-ce que tu as tapé dans un mur?"

"Entre autres," distraitement.

"D'accord," sans poser d'autres questions. "Je vais enlever les éclats de verre."

Dean hausse les épaules, ne bouge pas, et Richmond se lève pour prendre du matériel médical dans un tiroir. Il se rassoit, soigne les mains de Dean d'abord en silence, puis reprend, le ton le plus neutre possible :

"Tu n'étais pas censé revenir ici dans cet état," dit-il, se heurtant à un mur de silence. "Dean?"

Nouveau silence, et Dean ne réagit pas.

Richmond jette un coup d'œil à Castiel, qui, lui, fixe le profil de Dean, et tout ce qu'il n'arrive plus à voir sur son visage.

"Dans quel état je suis, d'après vous?" demande finalement Dean.

"D'après toi?"

"Mmh," sans le regarder. "C'est vrai que mes mains font un peu mal."

"Ce n'est pas ce que je voulais dire, et je crois que tu le sais," en appliquant un premier pansement. "Tes mains vont guérir. Et toi?"

Dean ne prend pas la peine de lui répondre, et n'a pas plus de réaction quand Charlie passe le seuil. Elle penche la tête, ne dit rien, se contente d'analyser, puis finit par abandonner l'idée d'obtenir l'attention de Dean. Elle se tourne vers Castiel. "Gabriel m'a parlé de-"

"Ça compte vraiment?" s'impatiente Dean. "Je veux juste rentrer."

"Je pense que tu devrais rester ici cette nuit," répond Charlie.

"Hors de question."

"Hors de question?" en captant enfin son regard. "Dean, je-"

"Non," en la coupant. "Je veux rentrer."

Il ramène ses bras contre lui. "Je veux rentrer."

"Je ne peux pas te laisser rentrer dans cet état, Dean," alors que celui-ci secoue obstinément la tête. "Est-ce qu'on pourrait au moins avancer notre rendez-vous de cette semaine? Est-ce que tu-"

"Non," encore une fois. "Je ne veux pas avancer ce rendez-vous, je veux l'annuler."

Castiel se redresse. "Tu ne peux pas faire ça, Dean, non… s'il te plaît, tu ne-"

"Je peux, et c'est ce que je fais," rétorque Dean, tourné vers Charlie. "Tu n'es plus ma psy, je ne veux plus passer des heures à te raconter ma vie. Je n'ai rien à te dire, et je veux rentrer à la maison. Je vais bien. Je vais très bien," en descendant du brancard.

Sans hésiter, Charlie s'interpose entre lui et la porte. "Tu ne vas pas partir," dit-elle. "Ton jugement est faussé, et-"

"Laisse-moi passer."

"Je n'ai qu'un coup de fil à passer, et tu vas rester ici que tu le veuilles ou non," immobile. "Ne m'oblige pas à te faire ça, Dean. S'il te plaît. Je voudrais que tu choisisses de rester, mais si tu m'y obliges, je vais te forcer à le faire."

"Ah oui, et sous quel prétexte?" haussant un sourcil. "Je suis totalement sobre, et-"

"Pour l'instant," fait remarquer Charlie.

"Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire?"

"Je crois que tu sais très bien ce que c'est censé vouloir dire," simplement.

"Je n'ai pas l'intention de me droguer," réplique Dean.

"Ravie de te l'entendre dire, mais je ne te fais pas confiance," en secouant la tête. "Je sais… on sait tous ici ce qui va arriver si je te laisse rentrer. Tu n'es pas capable de prendre une vraie décision maintenant, et-"

"Je suis très capable de prendre une vraie décision maintenant, alors je te demande de me laisser passer."

"Dean," un ton plus haut. "Moi, je te demande de m'aider à t'aider."

"Je n'ai pas-"

"Tu as besoin de plus qu'une seule nuit ici, et je ne vais pas te laisser rentrer, parce que peut-être que pour l'instant, tu penses que tu n'as pas l'intention de te droguer, mais moi, je sais que tu vas finir par le faire. Quand tu n'arriveras plus à gérer tout ce que tu refoules, et… je ne suis même pas sûre que tu y arrives, en ce moment. Ne me force pas à-"

Dean croise les bras sur son torse. "Tu n'as pas intérêt à me faire ça, Charlie," dit-il. "Tu n'as pas intérêt. Essaie de me garder ici de force, et ensuite, tu demanderas au docteur Singer pourquoi il ne l'a jamais fait. Ou peut-être que tu comprendras toute seule, puisque tu as vraiment l'air d'être très intelligente."

"C'est pour te protéger, Dean, et-"

"Je sais me protéger tout seul."

Ils se toisent un certain temps, aussi têtus l'un que l'autre. Castiel se racle la gorge. "Est-ce que je peux te parler, Charlie?" en se levant. "Juste une minute, dans le couloir?"

"Oui," sans lâcher Dean des yeux.

Castiel se mord l'intérieur de la joue, s'approche très doucement pour prendre la main de Dean, qui le laisse faire. Il semble même s'adoucir lorsque Castiel caresse l'intérieur de sa paume. "Je vais revenir, et je… je voudrais seulement que tu attendes un moment," alors que Dean se tourne pour le regarder. "Je sais que tu veux rentrer, et… attends un moment, d'accord? S'il te plaît."

"D'accord," en hochant la tête.

Visiblement énervée, Charlie suit Castiel dans le couloir, assez loin pour ne plus être à portée de voix.

"Je ne peux pas le laisser rentrer, Castiel. Je ne peux pas."

"Tu es en train de le braquer, et moi… moi aussi, je te demande de-"

"Tu veux que je cède et que je laisse Dean décider?" sincèrement surprise. "Tu veux prendre le risque qu'il replonge?"

"Oui," répond calmement Castiel. "Oui, c'est ce que je veux."

Charlie fronce les sourcils. "Oh, alors Dean n'est pas le seul à avoir pété les plombs," fait-elle, après une seconde. "Non mais… tu te rends compte de ce que tu demandes?"

"Excuse-moi, Charlie, mais je connais Dean mieux que vous tous réunis," en s'appuyant contre le mur, à sa droite, l'air à la fois fatigué et déterminé. "Et je sais que même si… même si tu as raison, même si Dean n'est pas en état de prendre une décision, ni… en état… je sais que si tu l'obliges à rester ici, il va seulement se braquer, et je ne pourrai plus l'atteindre. S'il te plaît. Aie confiance en moi pour le protéger. Je vais prendre soin de lui."

"Et s'il replonge? S'il craque et s'il se drogue, qu'est-ce qu'on fait?"

"Je vais prendre soin de lui," répète Castiel. "S'il te plaît."

"C'est une très mauvaise idée," en se passant les mains sur le visage. "C'est vraiment une très mauvaise idée."

"Je sais, mais je ne veux pas le perdre," en réprimant les larmes qui lui montent aux yeux. "Si tu l'obliges à rester, si tu vas contre ce qu'il veut maintenant, on va le perdre. Charlie."

Celle-ci ferme les yeux, comme pour réfléchir, puis soupire, presque de frustration. "C'est juste… frustrant. C'est extrêmement frustrant," finit-elle par reprendre. "C'est frustrant, parce que j'ai l'impression d'être revenue des mois en arrière, j'ai… l'impression de parler au Dean du tout début, quand il ne voulait pas de moi, quand il se fermait pour ne rien montrer. Et c'est pire que parler à un mur."

"Je sais," avec un bref regard vers le plafond, pour reprendre son calme. "Est-ce que… tu culpabilises? De l'avoir laissé retourner à Lawrence?"

"Oui. Je culpabilise."

"Je ne suis pas le seul, alors… à m'en vouloir. Je m'en veux, je… c'est à peine s'il me regarde," dans un souffle. "Il n'était pas à l'aise, là-bas, mais c'était gérable, et s'il n'y avait pas eu cette photo… Dean aurait seulement été un peu bancal pendant quelques jours, et puis il aurait repris le dessus. Est-ce qu'il va reprendre le dessus, maintenant? Est-ce qu-"

Sa voix craque un peu, et il s'arrête. Un instant, avant de reprendre :

"Quelque chose… je ne sais pas comment te l'expliquer. Je l'ai déjà vu souffrir, et être… démoli, en colère, même… plus que ça, mais pas de cette manière. Pas comme ça," plus bas. "On dirait que quelque chose en lui est cassé. J'ai essayé de l'empêcher d'entrer dans la maison, mais il a lâché ma main, et je-" prenant une vague inspiration. "Dean a lâché ma main."

"Cassie?" derrière lui.

Gabriel s'approche, adressant un regard à Charlie. "Laissez-moi deviner," en soupirant à son tour. "Dean la sale tête de mule est de retour. C'est ça?" récoltant de simples hochements de tête. "D'accord, et… Charlie? Qu'est-ce que tu penses être le mieux?"

"Je veux que Dean reste ici, mais ton frère n'est pas d'accord," simplement.

Les sourcils légèrement froncés, Gabriel se tourne vers le frère en question. "Tu ne veux pas que-"

"Je ne veux pas que Dean se sente trahi," l'interrompt Castiel. "Je lui ai toujours dit que je ne l'obligerai jamais à rien, qu'il aurait toujours le choix, et il ne me fera plus confiance si je vous laisse le forcer. Je ne suis pas censé être la personne qui le retient contre sa volonté, et… je sais qu'aller dans son sens n'est pas forcément ce qui va l'aider maintenant, mais c'est-"

"Tu te rends compte du risque que tu es prêt à prendre, Cassie?"

"Oui, je me rends compte du risque que je prends," acquiesçant. "Je me rends surtout compte que la première personne qui a réussi à l'approcher, c'est moi, et la personne qu'il aime, c'est moi."

Il y a un court moment de silence, Gabriel échange un autre regard avec Charlie, puis souffle en agrippant ses cheveux. "J'espère que tu sais ce que tu fais, Castiel, j'espère vraiment que tu sais ce que tu fais."

"Je n'annule aucun rendez-vous," ajoute Charlie. "Je suis toujours la psy de Dean, et tu m'appelles s'il y a le moindre problème. Peu importe l'heure qu'il est, tu m'appelles. On est d'accord?"

"D'accord. D'accord."

.

Dean s'adosse au mur derrière lui, silencieux, évitant le regard du docteur Richmond. Celui-ci reste assis mais se tourne vers lui. "Tu peux me laisser terminer de soigner tes mains?" demande-t-il simplement.

"Mes mains sont-"

"Dean," en insistant. "Laisse-moi juste terminer les pansements. S'il te plaît."

A contre cœur, Dean finit par retourner s'asseoir sur la table d'examen, les mains devant lui. Richmond se tait. Il se contente de lui jeter des petits coups d'œil, à la fois pour essayer d'établir un contact, à la fois pour s'assurer qu'il va bien. "Dean, est-ce qu-"

"Juste terminer les pansements," réplique Dean, sèchement.

"Tu sais… tu réagis comme tu réagissais avant," en appliquant délicatement un pansement sur les plaies de sa main gauche.

"Peut-être que je suis comme ça."

"Tu crois à ce que tu dis?"

"Vous croyez que ça compte pour moi, d'y croire ou non?" sur le même ton.

"Oh, je crois que tu es vraiment plus que blessé, en ce moment, et la manière dont tu réagis, la manière dont tu rejettes l'aide qu'on voudrait t'apporter, c'est-"

Dean a un rire. Un rire vraiment froid. "Ça n'a pas d'importance," affirme-t-il. "Pas d'importance."

"D'accord," en relâchant ses mains. "On s'en fiche, et ça n'a pas d'importance. Est-ce que tu vas te droguer, Dean?"

"Non," avant de lever enfin les yeux vers lui. "Non."

"Et si Charlie a raison? Et si tu finis par le faire?"

"Charlie a tort," répond Dean. "Je ne vais pas le faire."

"Mmh," en penchant un peu la tête. "Pourquoi tu ne veux pas rester un peu ici? Tu pourrais faire une pause, et-"

"Je n'ai pas besoin d'une pause."

Richmond pousse un soupir, mais n'a pas le temps d'ajouter quoique ce soit, parce que Castiel, près de la porte, se racle la gorge. "Dean?" fait-il. "On rentre à la maison."

"D'accord," simplement, avant de descendre du brancard.

Il adresse un regard à Richmond, qui le lui rend. "Prend soin de toi-même, tu veux bien?"

"Mmh," avec un vague geste de la main. "Ne vous inquiétez pas," en s'approchant de Castiel pour prendre la main qu'il lui tend.

Dean prend la main de Castiel, mais la lâche une fois dans le couloir, pour se contenter de marcher à côté de lui. Ils ont presque atteint l'ascenseur quand Charlie les arrête. "Dean, s'il te plaît," alors que celui-ci lève les yeux au ciel, et fait volte-face, silencieux pour la laisser parler. "On a toujours un rendez-vous cette semaine, et tu as toujours mon numéro de téléphone. Je suis ta psy."

"Tu sais parfaitement que je ne vais ni venir ni t'appeler, alors pourquoi tu-"

"Tu vas le faire, à un moment ou à un autre."

"L'espoir fait vivre," réplique Dean. "C'est ça?"

"Oui," en acquiesçant. "C'est ça."

"Tu as plutôt intérêt à être patiente, dans ce cas."

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Dean laisse Castiel conduire sur le chemin du retour, bien qu'un peu réticent à lui donner les clés de l'Impala. Il reste silencieux tout le temps que dure le trajet. Castiel non plus, ne dit rien, concentré sur la route, même s'il ne peut pas s'empêcher de surveiller Dean du coin de l'œil.

Il se gare en bas de l'immeuble, et alors qu'il s'attend à ce que Dean descende sans un mot, celui-ci se tourne très lentement vers lui. Sans pour autant le regarder dans les yeux. "Pour ce que je t'ai dit, toute à l'heure," d'une voix qui murmure presque. "Je suis désolé. Ce n'est pas… ce que je voulais dire. Je ne veux pas te faire mal."

"Je sais," répond Castiel.

"J'ai juste… je-" cherchant ses mots sans les trouver. "Tout ça… ce n'est pas ta faute, Cas, hein? Ne crois pas que c'est ta faute."

"Qu'est-ce que c'est, tout ça?"

"Rien," en secouant la tête. "Je voudrais juste que tu ne culpabilises pas."

"Dean, je-" en tendant la main, comme pour le toucher.

Dean a un mouvement de recul, un peu involontaire, même s'il ne fait rien pour le réprimer. "Non, s'il te plaît… je n'ai pas envie," dit-il, évitant son regard pour ne pas voir à quel point Castiel est blessé. "Ça va passer, ça ira mieux, mais pour l'instant, je n'ai pas envie."

"Tu crois vraiment que ça ira mieux, Dean?" en laissant retomber son bras.

"Ça ira," avant d'ouvrir la portière pour sortir, l'ours en peluche de Sam avec lui.

Castiel reste un moment dans la voiture. Il pose ses coudes sur le volant devant lui et prend sa tête entre ses mains, respirant tout doucement. Tout doucement, parce qu'il a l'impression de sentir son cœur trembler, et parce que si, il s'en veut. Si, Castiel pense que c'est sa faute. Il se mord l'intérieur de la joue, puis sort à son tour, en se répétant que "ça ira."

Ça ira.

Dean évite Castiel toute la soirée, prend une douche, fait des cartons, tout sauf le regarder ou lui parler. Il se tait, puis se contente de secouer la tête quand Castiel lui demande s'il veut manger quelque chose, s'il est fatigué.

Il se tait, et Castiel finit par ne plus trouver aucun moyen de l'approcher, parce que Dean a l'air plus fermé que jamais. Inaccessible. Tellement inaccessible que Castiel s'allonge dans le lit en priant pour s'endormir avant que Dean le rejoigne, pour ne pas avoir à subir son silence et la distance qu'il met entre eux.