L'annonce officielle de la victoire du survivant sur le seigneur des ténèbres jeta une vague d'émotions sur le monde sorcier. Le bonheur se mêlait à l'excitation, au soulagement et à l'espoir. En première page de la gazette, on pouvait voir une foule en liesse sur le chemin de traverse, les visages tous plus radieux les uns que les autres. A Poudlard, les cours avaient été suspendus pour deux semaines, et un bal avait même été annoncé pour le dernier weekend avant la reprise. Pour l'occasion, les professeurs avaient décidé d'un commun accord de décorer l'intégralité du château, aidé d'une poignée d'élèves motivés. Les joueurs de Quidditch avaient quant à elles organisé un mini-tournoi le temps de ces vacances improvisées.
Du haut de sa tour, Albus Dumbledore observait d'un œil bienveillant les quelques élèves rassemblés dans le parc, occupés à jouer aux cartes d'un bord, aux échecs de l'autre, et pris dans d'intenses conversations en d'autres endroits. Il avait des regrets, certes, mais le résultat était là. Ces sourires qu'il voyait sur le visage de ses pupilles valait tout ce qu'il avait pu faire, et plus encore. Il pouvait partir en paix. Severus Rogue, debout derrière le bureau du directeur, laissa échapper un soupir. Si un certain soulagement l'avait envahit suite à la mort du seigneur des ténèbres, il n'en restait pas moins qu'un poids pesait toujours sur ses épaules. Albus Dumbledore allait mourir. Et même si le vieillard l'avait bien souvent agacé, frustré, énervé, il allait être regretté, par bien des hommes, et pour longtemps. Avec ses lunettes en demi-lune, son regard brillant, sa longue barbe blanche, ses paroles énigmatiques, et tous ses secrets.
Assise sur son lit, Hermione avait le regard plongé sur sa bibliothèque, qui avait grandement gagné en volume depuis le début de l'année. C'était avec grand soin qu'elle avait évité Drago suite à la fête dans la Salle-sur-demande, et avec le même soin qu'elle avait évincé toute discussion avec n'importe lequel de ses amis à propos du Serpentard ou de quoi que ce soit qui aurait pu s'en rapprocher de près ou de loin. Elle avait trouvé refuge entre les rayonnages de la bibliothèque du château, qu'elle avait vidée livre après livre, sous le regard suspicieux de Mme Pince. Sortilèges et enchantements de niveau cinq, Herbologie et potions, Arithmancie, Astrologie, rien ne lui avait échappé. Les examens de fin d'année étaient le prétexte de la jeune sorcière, qui pourtant avalait des chapitres entiers n'ayant rien à voir avec le niveau des matières étudiées en cours. Peter avait décrété sa grande sœur bien trop têtue, mais l'avait laissé tranquille à sa demande, et profitait avec les autres de la joie générale.
Harry et Ron, par respect, peut-être un peu aussi par peur, n'étaient venu ni l'un ni l'autre se confronter directement à elle. Hermione se doutait que Pansy était dans le coup, puisque la Serpentard, elle, était venue la voir avec Blaise, et avait même forcé la porte de sa chambre pour lui parler. Bien sûr les deux vert et argent avaient rapidement compris qu'ils n'obtiendraient rien de la Gryffondor. Pansy avait alors raconté qu'elle avait rendu visite à son père à Azkaban, ce dont elle était on ne peut plus satisfaite. Hermione l'en avait distraitement félicité, et les deux Serpentards s'en étaient allé, non sans faire promettre à la lionne de venir au bal.
Ce n'est que le sixième jour de la deuxième semaine, dernier jour avant le bal, que la Gryffondor se souvint de cette promesse. Elle n'avait quitté ses appartements que trois fois des vacances, la première fois pour récupérer un maximum de livres à la bibliothèque, la seconde pour aller à l'infirmerie vérifier son taux de cellules veneficiennes, et la dernière pour rendre une contre-visite à la bibliothèque. Aujourd'hui, elle s'apprêtait à quitter une nouvelle fois ses appartements. Hermione balaya sa chambre du regard. Plusieurs manuels s'étalaient ça et là sur le lit et sur le sol, des vêtements traînaient également aux quatres coins de la pièce, et plusieurs parchemins déchirés ou roulés en boule parsemaient son bureau. La jeune femme était pourtant d'un habituel organisé. Ces derniers jours l'avaient vu traversés de nombreux états émotionnels, et on pouvait dire qu'elle avait preuve de beaucoup de laisser aller. Si elle avait eu l'air à peu près normal lorsque Pansy et Blaise étaient venu, ce n'était plus vraiment le cas à présent. Son uniforme était complètement froissé, son visage avait pâlit, et sa tignasse était complètement emmêlée. Hermione relâcha sa respiration à travers la pièce et se leva avec force. Il était temps.
La sorcière commença par filer sous la douche. Elle frotta si fort ses jambes et ses bras que sa peau se mit à rougir. Elle passa ensuite le jet dans ses cheveux et les brossa directement sous l'eau, lentement, minutieusement. La Gryffondor mit plusieurs minutes à venir à bout de son imposante chevelure, et lorsqu'enfin elle dénoua la dernière mèche, elle se tourna vers le miroir. Elle se vrilla du regard avec sévérité. Elle finit par attraper un ciseau et se mit à couper, mèche après mèche, le geste sûr. Elle ne garda la longueur que sur les quelques cheveux noirs au niveau de sa tempe. Le reste, elle le laissa court. Extrêmement court. Le résultat la fit finement sourire. Hermione parcourut ensuite du doigt les cernes sombres sous ses yeux et relâcha son pouvoir. Les poches s'étirèrent pour ne plus laisser qu'un visage jeune au teint frais. Plus une trace de fatigue. La Gryffondor enfila ensuite un pantalon de toile, une tunique blanche et des baskets avant de disparaître dans les couloirs du château sous les miaulements de Pattenrond, qui venait d'émergé de son sommeil.
Il n'y avait pas un chat, mais ça n'avait rien de surprenant pour un samedi ensoleillé. Surtout, cet après-midi marquait également la visite à Pré-au-lard, que les élèves n'auraient manqué pour rien au monde la veille d'un bal. Hermione se dirigea directement dans les sous-sols du château et frappa au bureau de Argus Rusard sans l'ombre d'une hésitation. Lorsque le concierge lui ouvrit, il ouvrit de grands yeux avant de la laisser entrer.
- Bonjour Argus.
La sorcière s'installa immédiatement dans le fauteuil faisant face au bureau, et Argus resta la fixer un moment.
- Ce serait plus simple si vous vous asseyiez vous savez, fit simplement remarquer Hermione.
Et l'homme obtempéra, sans quitter la Gryffondor des yeux. Le simple fait qu'elle soit là le surprenait plus encore que son apparence. Cela faisait plusieurs semaines que le concierge ne l'avait pas vu, et pour cause. Peter disait qu'elle s'était enfermée dans sa chambre pour les vacances et ne tolérait la compagnie de personne. Il avait pensé aller la voir pour la secouer, peut-être même essayer de l'aider, mais Albus Dumbledore lui-même l'en avait dissuader, disant qu'Hermione avait besoin de temps pour elle. Et aujourd'hui elle était là, dans son bureau à lui, parmi tous les endroits où elle aurait pu se rendre en premier. Mais surtout, elle avait l'air bien différente de la Hermione de ses souvenirs, ou de la Hermione que décrivait Peter. Il n'y avait pas que son apparence. Il y avait son regard. Intense, calculateur, déterminé.
- Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Vous savez ce qui m'arrive. Vous savez aussi ce que ça veut dire. J'ai besoin que quelqu'un de confiance prenne en charge mon frère le jour de mon départ. Et j'aimerais beaucoup que ce quelqu'un soit vous. Peter vous fait confiance, et moi aussi.
- Pardon ?
Le concierge était désarçonné et affichait à présent un air confus, le regard perdu sur le visage d'Hermione.
- Je vais mourir Argus. Je le sens. Ce ne sera pas tout de suite, mais ça va arriver, et j'ai besoin de certitudes quant à ce qui va se passer lorsque ça arrivera.
- Je ne…
- Argus, j'ai besoin de vous. J'ai besoin que vous deveniez le tuteur de Peter.
La voix de la Gryffondor s'était profondément adoucie, et elle levait à présent des yeux suppliants vers le concierge. Celui-ci paru tout à coup comprendre ce qu'elle lui demandait, et ses lèvres se joignirent en une ligne serrée.
- C'est d'accord, finit-il par déclarer à mi-voix.
Hermione laissa échapper un soupir de soulagement et se leva promptement. Argus sursauta.
- J'ai déjà rassemblé tous les papiers nécessaires. Vous n'aurez qu'à les signer. Peter n'est pas au courant pour l'instant, je n'ai pas trouvé le moment pour lui en parler. Je le ferai lorsque le bal sera passé, lorsque l'euphorie générale sera retombée.
- Vous ne pensez pas qu'il faudrait lui demander son avis avant ? grogna alors le concierge.
- Je sais déjà quelle sera sa réponse. Il n'acceptera pas que je doive partir bien sûr, mais lorsqu'il aura compris qu'il n'y pas d'autres alternatives, il sera soulagé d'avoir quelqu'un vers qui se tourner. Il sera soulagé de vous avoir vous. Il vous aime beaucoup.
Argus acquiesça en silence, et Hermione fit apparaître les parchemins directement de sa chambre vers le bureau. Elle tendit ensuite une plume à Argus, qui signa rapidement au bas de page.
- Vous ne les lisez pas ? demanda Hermione, surprise.
- Je sais à quoi je m'engage. Je suis prêt à en assumer les responsabilités.
- Très bien. J'ai inscrit sur le dernier parchemin le numéro de mon compte. L'argent de mes parents a été converti en gallions et déposé dessus, vous pourrez l'utiliser pour les études de Peter, et tout ce dont il aura besoin à côté.
Hermione avait pensé à tout pour assurer l'avenir de son frère. Elle ne laisserait pas la place au hasard.
- J'en ai gardé une partie pour…
Argus attendit que la Gryffondor termine, mais elle avait à présent le visage fermé.
- Hermione ? demanda t-il finalement, sur un ton inquiet.
- J'ai organisé les funérailles de mes parents. Elles auront lieu à la fin du mois. Est-ce que vous pensez pouvoir…
- Je viendrai, évidemment.
Hermione émit un demi-sourire, auquel le concierge répondit maladroitement. Il se leva alors et s'approcha de la Gryffondor.
- Vous ne savez pas, peut-être qu'un remède sera trouvé. Peut-être que tout ceci n'aura plus lieu d'être, fit-il en montrant les parchemins fraîchement signés.
Hermione haussa les épaules, le regard assombrit. Si, elle savait. Elle avait passé ces derniers jours à parcourir livre après livre à la recherche d'un espoir, pour ne trouver que des promesses de mort.
- Quoi qu'il se passe, je prendrai soin de votre frère. Vous pouvez en être sûre.
- Merci, souffla Hermione.
Argus fit alors quelque chose qu'il n'avait plus fait depuis des années. Il étreignit la jeune femme. Celle-ci hoqueta de surprise avant de se laisser faire. Elle sentit son pouvoir la titiller et grandir et tenta tant bien que mal de le retenir, en vain. Une vague de chaleur l'envahit, et à en juger par la couleur des oreilles du concierge, elle n'était pas la seule touchée.
- Argus ?
Elle s'écarta vivement avant que sa vision ne devienne complètement floue et qu'elle ne doive s'adosser au mur derrière elle. Le concierge émit plusieurs bruits étranglés. Il était entouré d'une fumée opaque, et bientôt Hermione ne distingua plus ni couleur ni son.
- Argus !
Tout redevint clair, et elle se précipita vers le corps étalé au sol. Il respirait, c'était certain. Mais qu'est-ce qui c'était passé ? Le concierge ouvrit alors brutalement les yeux et prit une profonde inspiration avant de tenter de fixer son regard sur Hermione.
- Est-ce que ça va ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Vous allez bien ?
La jeune femme affolée sentit alors la main de Argus dans la sienne, qui la serra plus ou moins fort.
- Je vais bien, ça va, fit-il d'une voix sourde.
Il avait les yeux grands ouverts à présent, et ses joues reprenaient une teinte normale. Hermione se sentit rassurée et l'aida à se lever.
- Je vais aller me reposer, mais ne vous inquiétez pas.
La Gryffondor le laissa alors seule mais se promit de revenir le voir bientôt pour vérifier qu'il aille vraiment bien. Son pouvoir prenait des proportions incontrôlables. Elle regagna ses appartements aussi vite que possible. Il était hors de question qu'elle en ressorte, pas avant le bal au moins.
