Julie91 : En effet, les choses évolueront davantage ensuite. Pour l'instant, Gates est seule ... ou presque sur l'affaire. Pour la surprise de Castle, encore un peu de patience !
chrisfancaskett : je ne sais pas si Kate va ouvrir les yeux, mais elle enquêtera oui. Tout dépend de ce qu'elle va trouver ... ou pas.
Pau : vous perdre et vous faire supposer plein de théories, c'est mon objectif ! Ce serait moins drôle si tout était évident ...
virginiepascual : Martha et son fiancé en effet ... ça promet !
milan : pour le compagnon de Martha, la réponse arrive ! merci pour tes commentaires milan :)
Chapitre 15
West Brighton, Domicile de Kim Garcia, aux environs de midi.
Victoria Gates observait, pensive, la rue bordée de pavillons aux pelouses dégarnies qui s'étirait devant elle. Bay Street était en ébullition en ce samedi midi. Les drapeaux américains se dressaient fièrement le long de la rue, les guirlandes de fanions multicolores accrochées aux réverbères et branches des arbres flottaient doucement dans le petit vent estival, des hommes et de femmes de tous âges et toutes origines allaient et venaient, les bras chargés de victuailles, et des enfants chevauchaient leurs vélos ou jouaient au ballon sur les pelouses. Tout près d'elle, dans un jardin, une famille semblait profiter de cette belle journée chaude et ensoleillée. Victoria pouvait sentir jusque dans la rue les effluves de la viande qui rôtissait sur le barbecue, et entendait les discussions et rires joyeux. Mais ce n'était pourtant pas la fête nationale qui occupait et intéressait la majorité des habitants du quartier.
Quelques mètres plus loin, une foule dense mais éparse de curieux, de voisins, de badauds, se tassaient contre les rubans de sécurité jaune protégeant les abords du pavillon de Kim Garcia. Plusieurs voitures de police barraient la route, et des officiers empêchaient quiconque d'approcher, mais tous tentaient d'apercevoir quelque chose à même de nourrir leur soif de curiosité, et d'alimenter leurs commérages. Il y avait du monde en ce jour férié, et les crimes commis la veille au soir, si près de chez eux, faisaient beaucoup parler. Se mêlant à la foule comme si elle faisait partie des leurs, Victoria avait entendu les inquiétudes des uns, l'effroi des autres, mais aussi l'incompréhension et la tristesse de savoir ce qui était arrivé à leur voisine et à son amie.
Victoria faisait ce qu'elle n'avait plus fait depuis des années ou presque. Etre sur le terrain, afin d'essayer de comprendre ce qui était arrivé, de s'imprégner de l'atmosphère, d'observer les gens qui affluaient autour de la scène de crime. Elle n'avait ici aucune habilitation. Elle n'était pas en service, mais la police locale l'avait laissé jeter un œil au jardin dans lequel son officier, Sonia Velasquez, avait trouvé la mort. Elle avait fait part au capitaine en charge de l'enquête des liens possibles avec l'affaire du « tueur au coupe-ongles », et insisté sur les aspects du viol et de la tentative du meurtre qui correspondaient certainement à ceux d'un psychopathe, et en particulier au mode opératoire de cet homme qui avait tué Ellen et Samantha deux mois plus tôt. Mais pour l'instant, le capitaine de la police de Staten Island tenait à son enquête, et à diriger les choses à sa façon. Il avait orienté l'investigation sur une affaire en lien avec le travail de Kim Garcia aux Stups. Des hommes étaient en ce moment même en train de perquisitionner les domiciles de certains membres de gangs connus des services de police, et de procéder à des interrogatoires de suspects ayant été en contact avec le lieutenant Kim Garcia par le passé. La dernière affaire sur laquelle elle avait travaillé était décortiquée afin de trouver un lien éventuel avec ce qui était arrivé. Dans le jardin, les équipes scientifiques étaient toujours à l'œuvre, relevant les indices, et passant au crible le moindre recoin du pavillon, et des environs. Pour l'instant, rien de particulier n'avait été trouvé. Il n'y avait pas de caméra de vidéo-surveillance dans la rue, mais les enregistrements de celles de l'avenue toute proche avaient été transmis aux services informatiques. Le voisinage était en cours d'interrogatoire. Victoria voyait des officiers passer de pavillon en pavillon, tentant de savoir si quelqu'un avait vu ou entendu quelque chose la veille au soir. Pour l'instant, il n'y avait rien eu de probant. Les voisins les plus proches avaient confirmé les aboiements du chien de Kim aux environs de 23h, mais cela n'était pas inhabituel selon eux. Pas d'indices, pas de témoin. L'enquête, qui commençait à peine, semblait déjà se trouver dans une impasse. Encore un point commun avec l'affaire du « tueur au coupe-ongles ».
Soupirant, Victoria se mit à marcher pour rejoindre sa voiture, garée en bordure du trottoir. Elle était passée à la morgue après avoir quitté l'hôpital, et s'était recueillie auprès du corps de Velasquez. Les deux balles l'avaient touchée en plein cœur. Le tueur était un expert pour avoir visé si précisément, dans l'obscurité quasi-totale qui enveloppait le jardin la veille au soir. Ce serait un élément très important à prendre en considération le moment venu. Mais pour l'instant, Victoria était tout à sa peine, et la douleur d'avoir perdu l'un de ses officiers. Une femme si jeune et dynamique. Elle pensait à ses enfants, son mari, ses parents. La voir ainsi étendue, sans vie, sur la table d'autopsie l'avait dévastée. Elle se sentait impuissante, d'autant plus qu'elle n'avait pas la main mise sur l'enquête. Elle était toujours la première à dire qu'il fallait faire confiance aux services de police, mais cette fois, il s'agissait d'un de ses hommes, et elle ne pouvait rester sans rien faire. Pour trouver qui avait tué Velasquez, il fallait trouver qui avait violé Kim Garcia. Celle-ci était toujours à l'hôpital, mais sortirait d'ici peu. Elle serait encore interrogée, et n'avait pas l'intention de s'éloigner de l'enquête, comme le lui conseillaient ses proches. Elle aussi voulait savoir qui l'avait violée, et qui avait abattu sa meilleure amie de sang-froid. Bien que traumatisée par ce qu'elle venait de vivre, elle était résolue à ne rien lâcher tant qu'elle ne saurait pas.
Elle montait en voiture, quand son téléphone sonna. Elle répondit rapidement, constatant qu'il s'agissait de Jordan Shaw, qui la rappelait après qu'elle lui ait laissé un message une heure plus tôt pour avoir son avis sur l'enquête. Elle avait cet instinct, ce pressentiment que le viol de Kim Garcia avait un lien avec les crimes de ce psychopathe qu'ils recherchaient depuis des mois. Mais prudente, elle ne voulait pas tomber dans des conclusions trop rapides, se focaliser sur les évidences, et ne pas voir des détails, sous le coup de ses émotions. Elle savait, par expérience, que ce genre d'erreurs était fréquent quand on enquêtait sur des affaires touchant des proches, des connaissances. Elle avait besoin de certitudes afin d'aider à orienter l'enquête dans la bonne direction. Jordan Shaw était la mieux placée pour voir les choses objectivement. Il y avait de ça quelques semaines Jordan avait aidé Ryan et Esposito à dresser le profil du « tueur au coupe-ongles ». Et elle voulait comprendre, autant qu'eux, intrigué par le mode opératoire de ce nouveau psychopathe.
S'installant au volant, Victoria expliqua rapidement à Jordan les éléments dont elle disposait pour le moment, lui résumant le contenu des déclarations de Kim Garcia et les premières constations faites sur la scène de crime.
- Est-ce qu'on pourrait avoir affaire au même homme ? demanda Gates alors que Shaw l'avait écouté avec attention.
- Difficile à dire à ce stade …, répondit Jordan. Il y a peu d'éléments concrets … Une chose est sûre, je ne crois pas à cette histoire de gangs. Le tueur avait deux armes à sa disposition, la sienne et celle de Kim. Il n'a pas hésité une seconde à abattre l'officer Velasquez. Par contre, pour Kim, il s'obstinait à vouloir l'étrangler, malgré le fait qu'elle se soit battue vigoureusement et acharnée à lui résister. L'étranglement est donc important, comme un rituel.
- C'est ce que je pensais aussi, constata Gates. Et puis l'étranglement ne correspond pas franchement aux façons de procéder des criminels issus des gangs.
- En effet, confirma Shaw.
- C'est pourtant la piste privilégiée par la police de Staten Island pour le moment, soupira Gates.
- Bien, si on résume les éléments qui correspondent au profil du « tueur au coupe-ongles » : il y a la préméditation, le fait d'avoir observé sa victime suffisamment longtemps pour savoir quand elle rentrerait, et où la tuer le plus discrètement possible …
- D'autant plus que Kim n'avait pas un emploi du temps régulier. Elle travaille aux Stups, et se trouve très souvent engagée dans des missions d'infiltration qui peuvent durer des semaines.
- Donc le tueur savait tout cela, et savait précisément qu'en ce moment, elle n'était pas en mission.
- Il savait aussi pour le chien, ajouta Gates. Une autre preuve qu'il l'a observée longuement.
- Il n'a pas tué le chien ? demanda Jordan.
- Non. Il l'a simplement endormi.
- Ok. C'est un élément important.
- Il ne pouvait pas le tuer de toute façon, lui fit remarquer Gates. Un coup de feu dans ce quartier tranquille l'aurait fait repérer immédiatement.
- Oui. Mais ça nous dit encore une fois que ce tueur n'a rien d'un criminel de gang. Si c'était le cas, il se serait contenté d'éliminer Kim Garcia au moment où elle descendait de sa voiture, d'une balle avant de prendre la fuite. Là il a pris le temps de préméditer le moindre élément, de l'attendre, pour la violer au fond du jardin. Non, vraiment, il faut éliminer la piste du gang, ce n'est pas crédible …
- Le profil de Kim ne correspond pas totalement à celui d'Ellen et Samantha par contre. Il y a beaucoup d'éléments discordants. Kim est hispanique, alors qu'Ellen et Samantha sont blanches. Elle est flic, alors qu'elles étaient infirmières.
- On reste dans le même type de métier néanmoins : des femmes au service de la société, de la population.
- Oui, c'est vrai. Elles étaient mariées. Kim aussi, mais elle est en cours de divorce.
- Pourquoi ?
- Je n'ai pas demandé, répondit Gates, constatant qu'elle avait omis ce détail. Son mari était là, ils avaient l'air très proches … mais vu les circonstances dramatiques, cela peut s'expliquer, malgré le divorce en cours.
- Oui … Mais c'est aussi une différence de profil. Et pour les points communs ?
- L'âge …. Des trentenaires toutes les trois. De très belles femmes. Sportives.
- Kim courait aussi ?
- Non. Elle pratiquait la boxe dans le cadre du travail principalement.
- Ok.
- Le côté femme forte, indépendante aussi est similaire aux trois victimes. Mais la zone géographique n'a absolument rien à voir.
- Cela ne veut rien dire. La plupart des psychopathes ont un périmètre d'action bien défini, certes, mais certains se focalisent aussi sur un type de victimes bien particulier, et cette motivation peut être suffisante pour les faire se déplacer à travers tous les Etats-Unis. Staten Island, Manhattan, on reste dans un périmètre relativement restreint …
- Par contre, les deux premières victimes se connaissaient, mais Kim n'a rien à voir avec elles.
- Il faudrait vérifier si leurs chemins ont pu se croiser sans que Kim ne le sache. C'est possible …
- Oui. C'est risqué de s'en prendre à une femme flic … et il ne pouvait pas ignorer qu'elle l'était.
- Oui, mais ça correspond aussi au profil du tueur. Il s'en prend à des femmes belles et fortes, il les étrangle, comme un moyen de les soumettre, de les faire souffrir, de leur montrer qu'il est le dominant. Il a un problème avec les femmes. C'est une évidence. S'attaquer à une flic, c'est l'extase pour lui … et éventuellement un moyen de défier les flics.
- Oui…
- La plupart de ces psychopathes aiment ce jeu du chat et de la souris. Ça les excite. Ils ont besoin d'avoir quelqu'un avec qui rivaliser, expliqua Jordan. Violer et tuer un flic c'est le moyen parfait d'attirer l'attention … même si c'est aussi une prise de risques.
- Et il en prend peu … Le violeur de Kim est tout aussi méticuleux que l'assassin d'Ellen et Samantha. Il ne laisse aucun indice. Aucun témoin n'est en mesure de dire quoi que ce soit. Sauf que cette fois, si c'est lui, il n'a pas pu aller jusqu'au bout …
- Mais Kim est incapable de l'identifier malgré tout, parce qu'il a pris suffisamment de précautions en amont.
- Si c'est bien le même tueur, est-ce que ça voudrait dire que l'étranglement n'est pas une nécessité ? Je veux dire qu'il ne tue pas pour empêcher ses victimes de le dénoncer ?
- Oui sans doute … Il les étrangle certainement pour une raison bien précise. Mais quelque chose le différencie des psychopathes classiques. Il est rationnel. Il n'est pas seulement mû par ses pulsions.
- Pourquoi cela ?
- Kim a dit qu'il ne l'avait pas cherché une fois qu'elle s'est faufilée dans les buissons. Elle était aux aguets, mais elle ne l'a pas entendu. Il s'est donc passé de son rituel d'étranglement, et dès lors que le coup de feu a été tiré, il a préféré ne prendre aucun risque en disparaissant rapidement. Donc on a affaire à quelqu'un qui fait preuve de beaucoup de sang-froid …, et qui est capable de modifier ses plans …
- Kim a été placée sous protection, continua Gates. Vous pensez qu'il pourrait vouloir finir son travail ?
- Je pense, oui. Mais il ne prendra aucun risque pour le moment. Elle est flic, il sait que toutes les polices de la ville sont sur le coup. S'il est aussi rationnel et professionnel que je le pense, alors il ne s'approchera pas d'elle. Pas avant des semaines, voire des mois … Il n'est pas sous le coup de pulsions ou de délires psychopathes. Non, il viole et tue ces femmes pour une raison précise. Elles n'ont aucun moyen de l'identifier, mais il les tue quand même. Pourquoi ?
Un instant, elles restèrent silencieuses toutes deux, comme si elles cherchaient une réponse.
- Pour vous, c'est le même homme ? finit par demander Gates.
- Je ne pourrais pas l'affirmer à 100 %. Il manque beaucoup trop de paramètres.
- Mais c'est un psychopathe, et quelle probabilité y aurait-il que deux psychopathes aient des modes opératoires à peu près similaires dans ce court laps de temps ?
- Elle est faible, mais il ne faut pas non plus négliger le fait que quelqu'un a pu vouloir faire passer ce meurtre pour celui d'un psychopathe, ajouta Shaw. Les crimes du « tueur au coupe-ongles » ont été médiatisés … Tout est possible …
- C'est vrai, constata Gates, en soupirant.
- Il faut un élément concret, un indice permettant de rattacher les deux affaires.
- Mais on n'a rien … Et il n'y avait déjà quasiment aucun indice pour les meurtres d'Ellen et Samantha. Etablir des liens va être difficile.
- Si, il y a bien quelque chose … les marques de pression autour du cou des victimes. Le laboratoire doit comparer les empreintes sur Ellen et Samantha avec celles du cou de Kim … Elle a des marques, non ?
-Oui. Mais ce sera suffisant ?
- Non, mais la scientifique doit pouvoir établir une concordance ou non pour la taille des mains, et leur positionnement. Ce n'est évidemment pas fiable à 100 %, loin de là, mais c'est un début.
- Excellente idée, merci, répondit Gates, d'une voix souriante.
- De rien, j'espère que ça pourra aider. Tenez-moi au courant si vous trouvez quelque chose …
- Bien-sûr. Au-revoir.
- Au-revoir, Capitaine.
Elle raccrocha, songeant qu'elle tenait là un élément. Elle ne savait toujours pas trop quoi penser, et Shaw n'était pas certaine non plus qu'ils aient affaire au même homme. Il y avait des similitudes mais aussi pas mal de différences quant au profil des victimes.
Elle descendit de la voiture, décidant qu'avant de se rendre au domicile de la famille Vélasquez pour les informer de la terrible nouvelle, elle allait retourner discuter avec le capitaine de la Police de Staten Island, qui se trouvait toujours au domicile de Kim Garcia. Elle craignait de l'énerver, sachant pertinemment qu'elle n'aurait pas aimé à sa place qu'on se mêle de son enquête, mais il fallait absolument qu'il ne néglige pas cette piste-là, et qu'il fasse comparer les marques de mains sur les cous des différentes victimes. Elle voulait lui faire comprendre qu'il partait dans la mauvaise direction avec cette histoire de gangs, et que ce n'était pas pour récupérer l'enquête qu'elle insistait là-dessus mais pour retrouver rapidement l'assassin de son officier.
Elle avança en direction des rubans de sécurité et des voitures de patrouille, observant la foule de curieux au cas où elle apercevrait un comportement suspect. Certains criminels aimaient se mêler aux badauds après avoir commis leur meurtre afin de se délecter de l'effroi et de l'angoisse qu'ils avaient semés. Elle ne savait pas vraiment comment reconnaître ce type de comportement, mais elle observa, tout en se dirigeant vers la maison de Kim Garcia, les gens qui discutaient au milieu de la rue, ou scrutaient simplement les aller et venues des officiers de police. Son attention fut attirée par un groupe d'adolescents, cinq garçons d'une quinzaine d'année, qui semblaient occupés à marquer des paniers dans une allée, un peu plus loin. Deux d'entre eux s'étaient arrêtés de jouer, et l'air grave, fixaient la foule agglutinée derrière les rubans de sécurité, tout en se chuchotant quelques mots à l'oreille, comme s'ils ne voulaient pas qu'on les entende. Le plus petit semblait inquiet, et de la main désignait quelqu'un au loin dans la foule. L'autre, lui répondait vivement d'un air déterminé. Victoria regarda dans la même direction que les garçons sans rien voir de particulier. Il y avait des dizaines de personnes dans cette masse informe de curieux. Les adolescents avaient peut-être repéré quelqu'un qu'ils connaissaient. Simplement.
Elle s'arrêta néanmoins à leur hauteur, histoire d'entamer la conversation, comme le ferait n'importe quel habitant du quartier. Après tout, en ce dimanche matin, avec son jean, et son chemisier, elle n'avait rien d'un flic, encore moins d'un capitaine de police. Elle avait quitté sa famille en week-end à Boston dans la précipitation au cours de la nuit, et n'avait pas pris le temps de passer se changer.
- Bonjour …, commença-t-elle.
- Bonjour, répondit le plus petit des garçons, tandis que l'autre se contentait de la dévisager.
- C'est terrible …, continua-t-elle, soupirant, d'un air grave, en regardant la maison de Kim Garcia à une vingtaine de mètres d'eux.
- Oui, répondit-il, alors que son ami n'avait pas l'air décidé à discuter.
- Dire que des crimes aussi atroces arrivent si près de chez nous …
- Ça fait peur …, constata le jeune garçon.
- Il ne faut pas avoir peur, jeune homme …, le rassura-t-elle. Cela n'arrive pas tous les jours non plus.
Il esquissa un sourire.
- Mme Sparkle dit qu'elle a entendu le chien aboyer …, continua-t-elle.
Elle avait retenu un nom inscrit sur une boîte un peu plus haut dans la rue, le reste n'était que pure stratégie pour tenter de découvrir si les adolescents savaient quelque chose. Les interrogatoires du voisinage étaient toujours en cours, mais pour l'instant, ils n'avaient rien donné de bien intéressant.
- Moi, je suis rentrée tard hier soir, et je n'ai rien vu …, poursuivit Victoria, jouant à la perfection la voisine un peu bavarde. Si seulement quelqu'un pouvait aider la police …
- On a entendu les coups de feu …, répondit le garçon. Mais comme tout le monde je crois.
- Oui … On a l'impression que ça n'arrive que dans les films …, sourit Victoria. Mais non … Vous n'étiez pas dehors hier soir ? Il me semble vous avoir déjà vu traîner dehors tard le soir.
Le garçon la dévisagea, sans répondre.
- Viens, lui fit son copain. Retournons jouer.
- Oui, acquiesça-t-il.
- Au-revoir …, répondit Victoria, les regardant s'éloigner tous les deux pour rejoindre leur groupe de copains.
Elle ne savait pas quoi penser du comportement des deux garçons. Ce n'était que des gamins, qui n'avaient pas l'air très enclins à discuter avec une inconnue. Les adolescents, elle le savait par expérience, n'étaient pas du genre très loquace quand on s'immisçait dans leur vie privée ou leur ressenti. Ils n'avaient peut-être effectivement entendu que des coups de feu, comme tout le monde ou presque, et leur air soucieux s'expliquait facilement par l'ambiance pesante qui régnait ici ce matin. Elle allait néanmoins en parler au Capitaine de la police de Staten Island par la même occasion, histoire qu'il envoie un officier questionner les garçons. Au cas où.
Villa des Hamptons, aux environs de midi.
Sur la terrasse, au soleil, tout le monde s'était rassemblé autour du buffet dressé par le traiteur pour l'apéritif. Comme à son habitude, Castle avait vu les choses en grand pour recevoir amis et famille, et fêter ce 4 juillet comme il se devait. La table, joliment décorée de fleurs aux couleurs gaies et chatoyantes, croulait sous les amuse-gueules, feuilletés, verrines et autres toasts et beignets garnis. Son verre à la main, grignotant de temps à autre un petit-four, Rick discutait avec Ryan et Esposito de leur escapade du matin, et des aveux qu'il avait été contraint de faire à sa femme. Mais il ne les écoutait qu'à moitié, alors que du coin de l'œil, il observait sa mère et Alexis, à quelques mètres d'eux. Elles riaient et échangeaient joyeusement avec Jenny, Lanie et Jim, qui venait d'arriver. Cody et les deux individus dont Rick se serait bien passé, étaient là aussi, se mêlant aux discussions. Il n'en croyait toujours pas ses yeux. Sa mère n'avait pas ramené un prétendant, mais deux. Quand elle les lui avait présentés, quelques minutes plus tôt, ahuri, il n'avait su que dire. « Archibald et Theodore, des amis » lui avait-elle annoncé. Des amis, tu parles. Ils ne la regardaient pas comme des amis. Des jumeaux en plus. Adoptant un sourire de façade, et les accueillant le plus chaleureusement possible, il avait néanmoins aussitôt pris sa mère à part pour savoir de quoi il retournait. Ses explications enjouées l'avaient sidéré. Il n'en revenait toujours pas. Sa chère mère avait rencontré Archibald et Theodore, charmants jumeaux de 70 ans, lors d'une réception donnée à l'issue de la pièce qu'elle jouait en ce moment à Broadway. Séduite par leur prévenance, leur culture et leur goût pour l'art, elle avait apprécié la cour que ces messieurs lui avaient faite. Ne sachant lequel choisir, son cœur hésitant entre Archibald le pianiste et Theodore le violoniste, elle avait décidé de les inviter tous les deux pour fêter le 4 juillet aux Hamptons, avec espoir de parvenir à faire un choix. Complètement dépité, Rick n'avait pas eu le temps de lui dire ce qu'il en pensait, qu'entraînant ses deux prétendants, bras dessus bras dessous, Martha s'était éloignée pour leur faire découvrir les charmes des Hamptons et la magnifique vue sur l'océan. Kate ne l'avait pas laissé, elle non plus, lui faire part de sa sidération, car déjà tout le monde avait rejoint la terrasse. Elle s'était maintenant éclipsée pour s'occuper d'Eliott, mais il fallait qu'il lui parle. Comme s'il n'avait pas assez de soucis comme ça, sa mère trouvait le moyen de l'agacer à son tour. Indiquant aux gars qu'il revenait dans quelques minutes, il rentra dans la villa, rejoignant le salon, où Kate s'était installée pour allaiter Eliott.
- Il y a un souci ? s'inquiéta-t-elle aussitôt, le voyant arriver, avec son air complètement dépité.
- S'il n'y en avait qu'un … mais ils sont deux ! s'exclama-t-il, en se laissant tomber, assis, dans le canapé, près de sa femme.
- Allons, Rick, ne commence pas, s'il te plaît …, répondit-elle, sachant pertinemment le type de discussion qui allait suivre.
- Qu'est-ce que je suis sensé faire ?
- Profiter de cette journée …, répondit Kate, regardant Eliott qui tétait, bien réveillé.
- Facile à dire … ma mère se lance dans les plans à trois !
Kate éclata de rire, ce qui fit sursauter Eliott interrompu dans sa tétée.
- Oh désolé, mon ange …, sourit-elle à l'intention de son fils. Ton Papa est tellement ridicule quand il s'y met …
Rick la regarda de son air bougon.
- Castle, tu vas arrêter, oui ? le réprimanda-t-elle gentiment. On a déjà eu cette conversation des dizaines de fois …, à chaque fois que ta mère a un nouveau compagnon, c'est la même chose … C'est fatigant.
- Ce n'est pas de ma faute ! s'offusqua-t-il.
- Non, c'est de la mienne …, soupira-t-elle.
- C'est de la sienne. Elle ne peut jamais rien faire comme tout le monde …
- Ce n'est même pas la peine qu'on en discute. Tu sais très bien ce que je vais te dire. Tu sais ce que j'en pense …
- J'ai juste besoin que tu me rassures …, répondit-il, comme une évidence.
- Tu n'es pas vraiment inquiet quand même ? s'étonna-t-elle avec un sourire un peu taquin.
- Eh bien … non … mais ça m'énerve … c'est plus fort que moi, ça m'énerve.
-Il ne s'agit pas d'un plan à trois, Castle.
- Je sais bien, mais ça m'énerve quand même …, grogna-t-il.
- Je trouve sa stratégie intelligente … et logique en tout cas, lui fit-elle remarquer.
- Tu parles … Ils sont identiques, comment veux-tu qu'elle choisisse ?
- Ce n'est pas ton problème de toute façon.
- Je sais. Mais elle aurait pu me demander mon avis … et me prévenir qu'ils seraient là.
- On n'est pas à un invité près … ne cherche pas de faux prétextes …
Il soupira.
- Mais qu'est-ce qui te gêne à ce point ? lui demanda Kate, sentant, encore une fois qu'il était réellement agacé.
- J'ai l'impression de ne plus rien contrôler dans cette famille … Tout m'échappe. D'abord, Alexis qui ne daigne même pas me demander mon avis avant de se fiancer … et de partir pour le bout du monde. Et maintenant ma mère …
- Sans vouloir t'offenser, je crois que tu n'as jamais vraiment contrôlé la situation, mon cœur … Alexis et Martha ont le pouvoir à la maison depuis toujours …
- Tu rigoles ou quoi ?
- Non …, sourit-elle, gentiment.
- Je pensais que mon avis leur importait …, ajouta-t-il, pensif.
- Il leur importe, mais c'est leur vie.
- Eh bien c'est nul …, répondit-il, d'un air renfrogné.
- Pour Martha, tu n'as pas à t'inquiéter. Archibald et Theodore ont l'air charmants et très bien intentionnés …
- Oh, je ne doute pas qu'ils le soient … jusqu'à ce qu'ils s'entretuent quand ils sauront lequel ma mère a choisi …
Elle le regarda d'un air perplexe et dépité se demandant s'il était sérieux. Il se pourrait qu'il le soit.
- Et puis quel genre de parents appellent leurs enfants Archibald et Theodore ? continua-t-il. Ce sont des noms tout juste bons pour des rats … Un copain d'Alexis avait un rat qui s'appelait Theodore …
- De toute façon, l'interrompit Kate, aucun des prétendants de ta mère ne trouvera jamais grâce à tes yeux. Si tu apprenais à les connaître, au lieu de jouer les gamins jaloux …
- Je ne suis pas jaloux …
- Un peu quand même, constata-t-elle, alors qu'Eliott avait délaissé son sein.
- Même pas vrai … C'est juste que c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. D'abord, Alexis, maintenant elle … Les femmes de la famille auront ma peau.
- Prends Eliott au lieu de dire des bêtises …, continua-t-elle, en déposant doucement le bébé dans ses bras.
- Lui au moins il ne brisera pas le cœur de Papa … N'est-ce pas mon bonhomme ? sourit-il à l'intention de son fils qui le regardait en souriant.
- N'en sois pas si sûr …, lui fit remarquer Kate en se rhabillant correctement. Tu sais … j'ai peut-être une solution ….
- Ah oui ? Quoi ? répondit-il avec espoir, calant Eliott contre son épaule, en caressant légèrement son dos.
- Un psy, Castle …, sourit-elle, avec malice. Je vais t'envoyer voir le Dr Burke. Je suis sûre qu'il se fera un plaisir de t'aider à régler ton complexe d'Œdipe …
- Je n'ai pas de complexe d'Œdipe ! s'indigna-t-il. Maman dit n'importe quoi …
- Et ne prends pas Eliott pour témoin …, sourit-elle gentiment. Mais je suis sérieuse, Rick … Quand vas-tu enfin arrêter de vouloir contrôler la vie de ta mère et de ta fille ?
- Je ne veux pas les contrôler … Je veux juste … qu'elles soient heureuses … et …
- Elles sont heureuses, affirma-t-elle.
- Pour l'instant, oui … mais …
- Pas de « mais » … Elles sont heureuses. Elles profitent de la vie, elles suivent leur cœur … pour ne rien regretter. Et c'est ta philosophie aussi … alors pourquoi ne peux-tu pas l'accepter quand il s'agit de ta mère et de ta fille ?
- Parce que les petits pois sont en train de quitter la cosse …, avoua-t-il tristement. Pour de bon cette fois …
Elle sourit, attendrie par la métaphore qu'elle connaissait bien pour avoir déjà entendu Martha la mentionner, et vint se blottir un peu plus contre lui. Passant un bras autour de ses épaules, elle déposa un baiser sur sa joue.
- Les petits pois ne quitteront jamais la cosse, répondit-elle. Même loin les uns des autres, ils sont ensemble, au plus près, dans les cœurs de chacun … prêts à rappliquer dès que l'un d'eux a un souci, ou à se réjouir du bonheur d'un autre … Ce qui unit les petits pois est indestructible.
Il la regarda, avec un sourire, touché, et sans répondre, il se pencha pour l'embrasser, alors qu'Eliott gazouillait dans ses bras.
- Il n'y a pas à dire, sourit-il, tu es une vraie Castle-Rodgers pour maîtriser ainsi la métaphore des petits pois …
- Parce que tu en doutais ? s'étonna-t-elle.
- Non …, répondit-il, souriant plus largement. Tu as raison … Je suis pénible, je sais …
- Très pénible …, oui, confirma-t-elle. Mais tu es simplement un petit pois au cœur tendre qui a peur de se retrouver un jour, délaissé, tout seul, dans sa cosse …
Il ne dit rien, l'écoutant, sachant au combien elle avait raison, et se réjouissant qu'elle sache si bien lire en lui. Elle était d'une patience remarquable, il en avait bien conscience. Même s'il l'exaspérait, elle essayait toujours de le comprendre. Et si lui-même n'arrivait pas à se raisonner quand il s'agissait de sa mère ou d'Alexis, elle parvenait toujours à l'apaiser de la plus tendre des manières. Elle savait aussi combien son enfance l'avait marqué, et avait fait de lui l'homme qu'il était, avec ses peurs et ses angoisses, ce besoin constant d'amour et d'attention. Même s'il parlait peu de cette période de sa vie, même s'il ne dévoilait pas ses angoisses les plus profondes, elle savait. Quelques mots, quelques regards, suffisaient à sa femme pour savoir que son agacement n'était pas sa lubie du moment, mais remontait à une douleur bien profonde, plus enfouie, celle de l'absence de son père.
- Mais ça n'arrivera jamais …, ajouta-t-elle. Ta mère, Alexis, et Eliott quand il sera grand … resteront toujours bien au chaud dans la cosse, mon cœur …
Il sourit, alors qu'elle avait posé sa main sur la sienne, dans le dos de leur fils, blotti contre lui.
- Quant à moi …. Tu sais quel genre de petit pois je suis …, ajouta-t-elle avec un sourire, ses yeux passant de Rick à leur fils.
- Hum … je crois, sourit-il, s'avançant pour déposer un baiser sur ses lèvres, Eliott entre eux deux.
- Rassuré ?
- Oui … mais je maintiens qu'Archibald et Theodore sont des prénoms tout juste dignes de rats ! s'exclama-t-il, ce qui la fit rire de nouveau.
- Viens, allons faire un peu plus connaissance avec eux …, conclut-elle.
- Oui … Allez, petit bonhomme … Papa va aider grand-mère à choisir ton futur grand-père ! s'exclama-t-il joyeusement, comme revigoré.
- Euh … Castle, ce n'est pas ce que je voulais dire ! s'inquiéta-t-elle.
- Ne t'en fais pas, je gère la situation ! Toi, il faut que tu trouves un moment pour parler à Alexis ….
- Oui … J'y réfléchis …, répondit-elle, ne sachant pas vraiment pour l'instant comment s'y prendre.
