Disclamer Les personnages appartiennent à Masami Kurumada.

Béta-lecture Scorpio-no Caro. Un grand merci à toi, tes conseils me sont précieux ! Et je sais que ça prend du temps.

Sunny : Merci beaucoup ! La vie reprend son cours, oui, tout doucement. Ils ont encore du pain sur la planche... des nouvelles d'Eaque dans ce chapitre ! Merci encore et gros bisous.

Ignis : Merci beaucoup ! Voici la suite mais je ne suis pas trop penchées sur le couple qui t'intéresse tu comprendras plus tard pourquoi, même si j'aurais certainement pu m'y attarder un peu, désolée de te décevoir sur ce coup-là ! Encore merci et bisous.

Anonyme : Merci beaucoup et meilleurs voeux à toi également, pense à mettre ton pseudo quand tu laisses un com ! Bisous

Merci de votre soutien et de votre fidélité ! Bonne lecture !


Chapitre 49

Palais d'Asgard

Hilda avait reprit son rôle initial d'hôtesse et avait fait servir un petit déjeuner dans une salle de réception encore en état, ou du moins pas trop touchée par le combat. Le soleil se levait tout juste sur le royaume et il s'était écoulé à peine vingt-quatre heures depuis la fin de la terrible bataille qui avait ruiné une bonne partie du palais. D'ailleurs les serviteurs se débattaient tant bien que mal pour récupérer dans les suites dévastées des invités quelques affaires personnelles encore intactes qu'ils redistribuaient à leurs propriétaires. Non sans de menues erreurs qui valurent de petits moments non négligeables de détentes bienvenus quand par exemple, Minos se retrouva en possession du sac contenant les dessous de Saori, vite récupéré par un Seiya encore plus rougissant que le juge.

Les chambres où ils avaient tous dormis n'avaient pas été touchées par la bataille aussi purent-ils profiter des bienfaits d'une douche ou d'un bain et tant bien que mal arrivèrent à trouver des vêtements, quitte à en emprunter au voisin en cas de perte pure et simple des siens. Les guerriers d'Asgard mettant volontiers à leur disposition leurs propres affaires au besoin car l'aile où ils demeuraient habituellement n'avait, elle non plus, pas subi trop de dommage.

Des médecins passaient également de chambre en chambre, bandant et pansant les blessures des guerriers qui portaient encore pour certains, les stigmates de la bataille.

Fort heureusement, pour la plupart d'entre eux, il n'en resterait qu'une infime cicatrice de plus d'ici quelques temps, le cosmos aidant. Néanmoins, l'état de certains restait encore préoccupant. Le Général de Scylla notamment n'avait toujours pas repris connaissance et ce malgré les soins attentifs et le cosmos de Poséidon. Rhadamanthe, lui, se remettait bien trop doucement au goût d'Hadès qui le soupçonnait de lui cacher la gravité de son état, faisant preuve pour ce faire, d'une maîtrise quasi parfaite du lien qui les unissait. Quand à Mime, il avait bien ré-ouvert les yeux mais n'avait pas encore prononcé un seul mot à la grande consternation d'Apollon qui avait tenté plusieurs fois de lui parler. En pure perte pour l'instant, le guerrier semblant retranché dans son monde, ne laissant personne y pénétrer. Shion était également très inquiet pour Shiryu qui minimisait son état d'extrême faiblesse sous des airs bravaches et qui refusa de rester allonger malgré les conseils, pourtant bien avisés, de ses deux compagnons. Dohko se chargeant à distance de soutenir un Shion au bord de l'implosion.

Pour la plupart donc, ils se retrouvèrent tout de même dans une petite salle de réception quasiment inutilisée d'ordinaire et transformée pour cette fois en salle à manger où ils purent enfin faire plus ample connaissance pour certains, voire connaissance tout court pour d'autres. Car étrangement, cette bataille avait fait d'eux des frères d'armes. Si leurs cœurs demeuraient fidèles à leurs Dieux d'origine, un bien étrange destin les avait tous unis dans un même but qu'ils comptaient bien continuer à défendre. Leur monde à tous. S'ils ignoraient encore comment, ils savaient au fond d'eux que l'avenir reposait entre leurs mains.

On vit ainsi pour la première fois des guerriers de différents sanctuaires se côtoyer sans aucune animosité et plaisantant même parfois entre eux. Etait-ce le début d'un changement radical dans les relations qui les avaient toujours animés jusqu'à présent ? Même les Dieux donnaient l'exemple en se mêlant volontiers à ces guerriers qui n'étaient pourtant pas les leurs et ce, malgré leurs inquiétudes respectives pour certains d'entres eux, chers à leurs cœurs.

Apollon était celui qui paraissait le plus gêné. Shion et Hadès se chargèrent de l'intégrer à leurs discussions et leurs échanges avec tous, montrant ainsi à chacun que la page était déjà tournée pour eux. Bien sûr, certains demeuraient encore méfiants mais les autres divinités se calquèrent sur le comportement des deux hommes, faisant taire ainsi nombre de commentaires désobligeants pour le Dieu Soleil.

Ce dernier acheva de se faire pardonner seul en profitant d'un moment où personne ne lui prêtait plus vraiment attention pour se rapprocher de Camus. Il avait besoin de parler à cet homme, il l'avait dit la veille devant tous, mais n'en avait pas encore eu l'occasion.

Hyoga le vit arriver le premier et se figea un instant. Il n'oubliait pas que la veille encore, le Dieu avait voulu le tuer lui et ses deux amants. Camus sentit sa tension et posa sa main sur son bras dans un geste d'apaisement, Milo assis près d'eux maudit intérieurement sa jambe blessée mais se redressa légèrement sur sa chaise. Plus loin, Shion s'approcha imperceptiblement de leur table, prêt à intervenir en cas de besoin, tout comme la majeure partie des chevaliers qui cessèrent leurs bavardages pour reporter leur attention sur le petit groupe se composant de trois de leurs et de Siegfried et Fenryl, présents à la même table :

- Je voudrais juste vous parler, temporisa le Dieu qui sentait tous les regards braqués sur lui.
- Asseyez-vous donc avec nous, lui proposa Camus en se levant pour l'inviter à leur table qui contenait encore plusieurs chaises vides.

Apollon accepta l'invitation avec un soulagement visible et s'installa à côté de Milo qui lui tendit la cafetière en souriant. Ou plutôt en lui offrant son plus beau sourire, troublant presque la divinité qui faillit bien en rater la dite cafetière. Ce qui ne manqua pas d'arracher un sourire à Hyoga et Camus. Siegfried jeta un regard vers le Verseau, cherchant à savoir s'il désirait que Fenryl et lui les laissent seuls avec le Dieu, ce à quoi Camus répondit par un léger signe de négation. Il n'avait plus rien à cacher désormais, ni lui, ni ses deux amants.

Apollon se demanda une fois de plus comment faisait le Scorpion pour dégager une telle beauté et un tel charisme. S'il avait dû faire un choix parmi tous le chevaliers de sa sœur, il se serait sans aucun doute arrêté sur cet homme qui, avec une nonchalance feinte, respirait gaîté, charme et passion avec autant de naturel que le plus parfait des Dieux, lui compris. Il prit le temps d'admirer leurs fils de cosmos entremêlés, se croisant ou plutôt se fondant les uns dans les autres, sans aucune domination. Non, plutôt un partage, un équilibre parfait ! Et soudain, il sut pourquoi il ne parvenait pas entrer en contact avec Mime ou avec son esprit, pourquoi il n'y arrivait pas, parce qu'il ne partageait pas… Ces trois-là n'avaient nul besoin de se parler pour se comprendre, pour sentir le peine ou la joie de l'autre, c'était tellement évident… que ça lui avait échappé !

- Un problème ? demanda Milo en constatant l'absence momentanée du Dieu.
- Non, aucun… bien au contraire… répondit le Dieu en souriant.

Puis il les regarda tour à tour gravement avant de s'arrêter sur Camus et reprendre :

- Je vous dois des excuses à tous les trois, mais plus particulièrement à vous, Chevalier du Verseau. J'ai longtemps cru que vous aviez tué Nikos… et pendant tout ce temps, j'ai songé à mille façons de vous faire souffrir avant de vous tuer à mon tour.
- J'espère qu'aujourd'hui, il n'en ait plus rien, se contenta de répondre Camus.
- Non. Car au travers de l'esprit de Mime, cette nuit, j'ai pu réaliser mon erreur et découvrir ces événements et quel a été votre rôle dans cette tragique histoire…
- Alors n'en parlons plus, conclut le Verseau. Nous ne pouvons rien changé au passé.
- Mais nous pouvons construire l'avenir, compléta Hyoga. Ensemble…
- Tous ensemble, rajouta Milo et englobant la salle du regard
- Avec grand plaisir… répondit Apollon, ému par tant de générosité dans ces regards, non seulement des trois chevaliers, mais de toute la salle en général.

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Environ deux semaines plus tard

Tol de Gamma rentrait enfin chez lui. Et il en était profondément heureux. La course du temps avait repris son cours. Les journées bien remplies succédaient de nouveau aux nuits bien trop courtes pour récupérer.

Il avait fallu encore presque cinq jours pour que tous les Dieux et les leurs regagnent enfin chacun leur Sanctuaire respectif. Encore quelques jours de plus pour établir avec la Princesse Hilda l'état exact des travaux à entreprendre au Palais et les dispositions nécessaires pour cette nouvelle collaboration entre les cinq Sanctuaires. Et enfin, il avait fallu ramener Mime à son manoir où Albéric demeurerait avec lui, jusqu'à son rétablissement complet. Par il ne savait quel miracle, Apollon était enfin parvenu à le sortir de son mutisme au bout de deux jours. Le jeune guerrier était encore secoué et faible, mais il s'en remettrait et pour cela Tol rendait grâce à Odin. Bref déjà presque quinze jours que le sort du monde avait failli basculer.

Odin… Le guerrier sourit en faisant pénétrer son étalon sur sa petite propriété en pensant à la divinité d'Asgard. Il était parti si vite et sans même un au revoir… Tol s'était étrangement senti frustré en découvrant son départ au lendemain de la bataille, il aurait vraiment aimé prendre le temps de connaître un peu mieux celui qu'il servait.

Il sauta de cheval et mena ce dernier jusqu'à la petite écurie jouxtant la maisonnette qu'il avait bâtie de ses mains, le remettant entre les mains expertes de son unique employé qui avait visiblement anticipé son retour car il avait vu du de la fumée sortir de la cheminée :

- Tu pourras rentrer après t'être occupé de lui, dit-il en flattant l'encolure de son cheval. Je me débrouillerai…

Il n'attendit pas la réponse et rentra chez lui se figeant net dès qu'il eut franchi le seuil de sa maison :

- Bon retour Tol, je t'attendais…

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Aux Enfers

Hadès quitta son palais pour Elysion où il se rendait chaque matin depuis son retour dans son royaume, accompagné de son fidèle Rhadamanthe. Car pour le punir de lui avoir si bien caché le gravité de son état, son amant le forçait, depuis trois jours qu'il avait un peu récupéré, à prendre un bain dans les thermes régénérateurs d'Elysion pendant lequel le juge se trouvait totalement à la merci d'un examen approfondi de sa personne. Corps et esprit confondu. Car ici, il ne pouvait échapper à la vigilance de son Maître et amant tout puissant… Les lieux étant l'essence même des Enfers, baigné par le cosmos du maître.

Le juge avait bien tenté de se justifier de sa cachotterie en lui disant qu'il avait bien trop à faire à Asgard pour s'inquiéter de son état, mais rien n'y faisait. Hadès était intraitable. Et quelque part cela faisait plaisir à Rhadamanthe, même s'il pensait toujours ne pas le mériter. Chose qu'il osait à peine penser, car cela lui valait toujours une bonne dose de morale si jamais son divin amant avait le malheur de capter cette pensée un tant soit peu négative. Mais bon, se consolait-il, le fait d'être aimé de son Dieu valait largement ces quelques désagréments…

Car c'était bien loin d'être ce qui gênait le plus le juge depuis qu'il se retrouvait « obligé » de prendre ces bains à Elysion… Si le premier jour, il avait plutôt trouvé l'idée agréable et intéressante, se retrouver seul dans des thermes avec son Seigneur et Maître surtout si ce dernier était votre amant de surcroît. Tout un programme que l'esprit du juge n'avait aucun mal à imaginer. Mais il avait très vite déchanté, car dès le lendemain se joignaient à leur bain… les Dieux jumeaux ! Il avait d'abord rougit violement en les voyant se mettre nu devant eux sans aucune gêne ni pudeur et avait vite compris que les relations de ces trois-là étaient très privilégiées. Ou du moins l'avaient été et qui sait peut-être l'étaient-elles encore à son insu ? Là, une jalousie féroce l'avait saisi bien malgré lui. Sentiment que les trois Dieux avaient immédiatement senti.

Si Hadès s'en était trouvé flatté et content, il n'en avait rien dit et surtout rien montrer à son juge, se réservant le droit de le récompenser tout autrement plus tard, en intimité. Enfin dès que Rhadamanthe serait de nouveau en état de supporter des nuits plus chaudes que celles qu'ils passaient actuellement, bien trop sages à son goût.

Thanatos, lui, s'était contenté d'un haussement d'épaules l'esprit bien trop occupé par l'état de santé de son propre juge pour s'attarder sur les sentiments de celui-ci. Eaque était encore bien trop faible à son goût, et ce, malgré tous les soins et le cosmos qu'il lui donnait chaque jour. D'ailleurs il n'autorisait personne à part Hadès et son jumeau à l'approcher malgré les demandes répétées de ses amis les plus proches, Rhadamanthe en tête. Sujet sensible qui avait bien failli tourner à la catastrophe devant l'insistance du juge la veille pour voir son ami. Fort heureusement, Minos avait habilement désamorcé une situation périlleuse en entraînant son pair loin de la divinité argentée folle de rage et qui semblait prête à le désintégrer sur place.

Hypnos, par contre, trouva la chose bien trop amusante pour ne pas en profiter et se divertir un peu. Surtout que pour l'instant, il était le seul à ne pas pouvoir voir son amant qui s'occupait du rétablissement de Mime au royaume d'Asgard. Ils s'étaient déjà très peu vus avant le départ de la délégation des Enfers et le Dieu vivait plutôt mal cette séparation forcée, même s'il n'en aimait qu'un peu plus fort encore son guerrier de Delta, qu'il admirait secrètement pour son dévouement actuel envers son pair et ami.

Bien sûr, il en profitait pour faire des recherches sur les derniers événements et la fameuse arme dont avait si bien parlé Odin. Mais aussi passionnante qu'elles puissent être, cela ne suffisait pas à calmer l'irrésistible envie qu'avait le Dieu de voir son Albéric. Et surtout de pouvoir enfin parfaire cette union consommée à la hâte dans une situation bien fragile.

Aussi quand ce violent sentiment lui parvint, il se prépara à mettre un peu plus mal à l'aise le jeune juge. Profitant d'un moment d'inattention d'Hadès qui s'entretenait de l'état de santé d'Eaque avec son jumeau, il se rapprocha de Rhadamanthe discrètement qui tentait tant bien que mal de calmer son sentiment de jalousie intense. Complètement concentré sur cette tâche ô combien difficile à atteindre pour lui, ce dernier sursauta violement quand une main douce et tendre se posa sur son épaule dans un geste qui ressemblait fort à une invite. Mais ce ne fut rien comparé au bond encore plus violent qui le précipita en arrière tant et si bien qu'il fut incapable de conserver son équilibre et fit un magnifique plongeon dans le bassin, en découvrant le propriétaire de la dite main. Ce dernier riait encore alors que Rhadamanthe se remettait difficilement sur pied, aidé quand même par la main secourable d'Hadès qui lança un regard faussement sévère à son second.

Thanatos quitta les lieux sur un dernier haussement d'épaules désabusé devant les pitreries de son jumeau alors que le juge, quelque peu vexé, retrouvait enfin son équilibre et par la même occasion toute sa prestance. Rhadamanthe n'avait pas pour rien la réputation de n'obéir qu'à son seul Maître au mépris de toute prudence et le juge n'était pas décider à laisser passer l'affront que venait de lui faire la divinité dorée. Devant Hadès, en plus. Ce dernier n'eut nullement besoin de lire ses pensées pour comprendre qu'Hypnos risquait de très vite se mordre les doigts d'avoir osé joué avec lui. D'ailleurs, l'aurait-il voulu que le juge aurait été bien capable de l'en empêcher, tout comme il avait si bien su barricader la gravité de son état à Asgard. Chose qu'Hadès n'avait encore réussi à comprendre totalement… et qui le contrariait…

Mais pour l'instant présent, Rhadamanthe se dirigeait tout droit vers son second, fendant l'eau du bassin divin d'une démarche aussi aisée que s'il se fut trouver sur la terre ferme, le regard planté dans les yeux dorés presque semblables au siens, la tête haute et le corps tout entier vibrant d'une passion telle, qu'elle donna presque le vertige au maître des lieux. Il était tout bonnement splendide ! Son bain forcé l'avait trempé et des gouttes d'eau ruisselaient le long de son corps parfait, suivant le contour des muscles qu'il faisait, consciemment ou non, rouler à chaque mouvement qu'il faisait. En essayant de suivre le parcours de l'une d'elle qui descendait langoureusement son échine jusqu'à se perdre dans sa superbe chute de rein, à peine dévoilée par l'eau qu'il continuait à fendre, Hadès eut soudainement très chaud…

Hypnos ne riait plus mais un sourire moqueur avait prit place sur son visage alors qu'il regardait sans ciller le juge, tout bonnement superbe au demeurant, s'avancer vers lui tel un fauve vers sa proie. Il connaissait bien son caractère ombrageux et se félicitait d'avoir pu amener ce dernier à le défier si ouvertement. Il vit également l'expression de son Maître changer et jugea prudent de se retirer avant d'assister à ce qui ne manquerait pas de suivre dans quelques instants. Mais pas sans répondre au défi du jeune imprudent. Il se hissa à la force des bras sur le bord du bassin auquel il était nonchalamment appuyé et se releva souplement et nu comme au jour de sa naissance, dominant un instant le juge parvenu jusqu'au lui, de toute la puissance de son corps agrémenté d'une touche de cosmos doré savamment disséminé pour le mettre en valeur, si toutefois il en avait encore besoin.

Hadès rit sous cape, connaissant parfaitement le pouvoir hypnotique du Dieu du sommeil qui se penchait maintenant négligemment dans une posture volontairement lascive sur le juge et lui glissait quelques mots à voix basse qui firent rougir ce dernier jusqu'aux oreilles, avant de se relever une derrière fois et de disparaître dans un panache de cosmos doré. Hypnos 1, Rhadamanthe 0. Le maître des Enfers supposait fort justement que ce match n'en resterait pas là et avait presque hâte d'être au lendemain pour voir la contre-attaque de son amant. Mais pour l'heure… Il était grand temps de passé à un jeu plus sérieux, se dit-il en se rapprochant du juge avec un regard devenu gourmand.

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Sanctuaire d'Apollon

Le jeune Dieu se laissa aller dans le grand fauteuil de son bureau, fermant un instant les yeux. Il avait l'impression que la réhabilitation de son Sanctuaire n'en finirait jamais. Réhabilitation. Ce terme trouvé par Alex semblait sans aucun doute le plus approprié à tout ce qu'il y avait à faire ici. Car ces années d'obscurantisme avait largement entamé, voir même anéanti parfois, les objectifs premiers de ce Sanctuaire. L'épanouissement des arts sous toutes leurs formes.

Ce qui l'avait le plus choqué trois semaines plus tôt en réintégrant son Sanctuaire avait été l'absence totale de son. Plus aucune musique ne s'élevait des ateliers destinés aux futurs détenteurs de cet art et qui parfois s'essayaient encore à obtenir quelques notes justes de leurs divers instruments. Plus aucun modèle non plus, posant ça et là pour la future toile ou la future sculpture d'un artiste et le tour rapide de l'ensemble de son Sanctuaire avec son cosmos lui avait confirmé que les futurs artistes, quels qu'ils soient, avaient bel et bien fui les lieux.

Seul le temple, accueillant les éventuelles futures prêtresses, qui seraient sa voix auprès des graines de génies parsemant la planète, et les quartiers, destinés aux futurs guerriers, paraissaient encore vivants. Et encore, si différemment d'autrefois…

Lui, qui était sensé aider l'humanité à développer toutes formes d'art avait bel et bien failli à sa tâche millénaire.

Si toute l'horreur de la situation l'avait abattu à cet instant, un doux son de lyre lui était alors parvenu accompagné d'un cosmos qu'il reconnu aisément. Une douce caresse qui l'avait tout juste effleuré lui redonnant le courage de s'atteler à l'ampleur de la tâche. D'ailleurs comme pour le pousser vers ce but, Alex, son fidèle Alex, entrait, lui souhaitait la bienvenue et lui apportait quelques rafraîchissements ainsi qu'un emploi du temps lourdement chargé mais allant dans ce sens. Comme à l'ordinaire, quelque que soit la tâche qu'il lui confiait, le jeune homme avait fait des miracles, repérant déjà les futurs artistes qui repeupleraient bientôt le Sanctuaire et lui redonnerait enfin sa splendeur d'antan. Restait à y apposer le choix définitif du maître.

Un bruit lui fit rouvrir les yeux et le ramena à l'instant présent. Justement, Alex venait lui apporter une collation et le Dieu pouvait enfin entendre le doux son de quelques notes s'envoler dans le silence de cette soirée. Enfin !

Il regarda un instant le jeune homme qui disposait son repas sur une table et fut frappé une nouvelle fois par son calme et sa sérénité :

- N'ais-tu jamais fatigué ? lui demanda-t-il.
- Je suis né pour vous servir. Tant que j'accomplis cette tâche, j'en suis heureux, lui répondit le jeune homme en souriant.

Mais le Dieu n'était pas dupe de son apparente docilité. Il avait largement abusé de celle-ci pour combler ses besoins physiques aux heures les plus obscures de sa « possession ». Il se souvenait parfaitement aussi que le jeune garçon, devant lui, pensait alors très fort à un autre, ce qui redoublait alors sa méchanceté et sa cruauté. Il était grand temps de lui prouver enfin sa reconnaissance :

- N'y a-t-il donc personne pour qui ton cœur bat en dehors de ma personne ? demanda-t-il innocemment. J'en suis immensément flatté, mais comme tu le sais aujourd'hui, mon cœur, lui, a enfin trouvé la paix et le bonheur au royaume d'Asgard.
- Et j'espère un jour, pouvoir servir comme je vous sers, celui qui vous a enfin fait revivre Monseigneur.

Apollon se leva en souriant devant cette réponse esquivant volontairement mais fort habilement la question qu'il avait posée. Il n'avait jamais pris la peine de vérifier qui était celui ou celle qui faisait battre le cœur de son si dévoué serviteur. Et celui-ci semblait encore vouloir garder un peu ce secret. Peut-être ne s'était-il même pas déclaré à cette dernière et craignait-il la douloureuse expérience d'un rejet du fait de sa position et de ses antécédents, connus de tous ? De la souillure qu'il lui avait infligée ? Soit, pensa le Dieu en s'installant pour son repas, je trouverais par moi-même celui qui fait battre ton cœur Alex… et ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour t'accorder ce bonheur auquel tu aspires en secret.

Le sien se retrouva, le temps de cette pause, plongé dans celui d'un autre, bien loin, et comme chaque jour depuis leur séparation, se languit de le retrouver enfin. Moment qui s'approchait, ils le savaient tous les deux. Mais le Dieu avait encore quelques petites choses à finir ici… dont l'essentiel, trouver ce qui lui avait permis de reprendre possession de l'intégrabilité de son cosmos et d'en chasser ces ombres ténébreuses. Car cette découverte révélerait enfin peut-être qui ou qu'était enfin ce mal.

Il ne cessait de se poser cette épineuse question depuis son retour car il restait persuadé qu'Odin s'était tout juste contenté de leur livrer quelques indices pour leur permettre de découvrir seuls ce qui les attendait dans le futur. Et puis son père restait bien étrangement muet…

Alex, lui, quitta discrètement la pièce pour profiter aussi un peu de cette pause dans ses trop longues journées. Pas qu'il s'en plaigne, bien au contraire. Réhabiliter le Sanctuaire de son maître était sans doute la plus merveilleuse des tâches qu'il avait eu à accomplir depuis son arrivée ici. Epuisante certes, mais merveilleuse tout de même. Il prit lui aussi un en-cas et se dirigea rapidement vers les quartiers des guerriers espérant avoir au moins la chance de l'apercevoir un instant. Celui qui, justement, faisait battre son cœur en secret… Il n'avait pas une assez bonne perception du cosmos, pour se rendre compte que celui de son maître le suivait pas à pas, désireux de racheter un peu ses erreurs passées.

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Sanctuaire sous-marin

Les généraux se trouvaient tous réunis pour l'entraînement quotidien dans un cirque creusé à même la roche des fonds marins. Poséidon y assistait parfois auparavant, mais depuis leur retour d'Asgard, il avait mis un point d'honneur à n'en louper aucun quand il était présent et n'avait pas d'autres impératifs. Et ce matin-là, rien n'aurait pu le lui faire rater car Io avait enfin obtenu l'autorisation des médecins de reprendre doucement les exercices physiques.

Depuis leur retour, son jeune général avait été confiné dans ses quartiers, sous la coupe du médecin du royaume et de son Dieu qui passait plusieurs heures par nuit à lui insuffler son puissant cosmos. Mais le fait qu'il n'était pas encore lié autrement que par le cœur, ne se révélait pas aussi efficace que l'avait espéré ce dernier. Or Poséidon n'osait pas encore tenter autre chose, voulant laisser Io entièrement libre de son choix. Il craignait bien trop d'imposer une chose non voulue à l'élu de son cœur.

Car, il devait bien se l'avouer, Io avait pris une importance considérable dans sa vie aussi bien que dans son cœur. Il ne réalisait pas encore tout à fait d'ailleurs, comment cela s'était révélé possible. Mais il était prêt à tout pour combler les espoirs du cœur si pur de son jeune général. Et l'unir de force à son destin était bien loin de ce qu'il désirait au plus profond de lui, même s'il n'osait pas encore se l'avouer. Non, il espérait, bien sûr, le voulait même plus que tout, mais sûrement pas au nom de la toute puissance de Poséidon, mais plutôt celui de l'homme qu'il était.

Le Dieu des Océans se posaient bon nombre de question sur ces fameux liens de cosmos et avait, tout comme ses homologues des autres Sanctuaires, entreprit des recherches intensives sur le sujet et sur ce fameux ennemi peuplant l'immensité cosmique. Ce mal, comme l'avait appelé Odin, et qui ne manquerait pas de revenir à la charge… et au fond de lui, Poséidon était certain que ces liens de cosmos créés aujourd'hui seraient la clé de la victoire de demain, et ce malgré tout le scepticisme qu'il affichait à la ronde. Mais il était également persuadé que les liens tissés récemment auraient, sans nul doute, un impact sur l'avenir. Bien qu'il ignorait encore comment.

Et puis, l'attitude de Zeus, son frère et roi des Dieux, était suspecte. Il refusait les demandes d'entretiens, prétextant un surcroît de travail auquel ni Poséidon, ni Hadès ne croyait. Et il savait de source sure, que ni Athéna, ni Apollon n'y était parvenu non plus.

Sirène et Isaak s'étaient donc retrouvés chargés d'une nouvelle mission, trouver tout ce qu'ils pouvaient qui pourrait les aider à identifier ce mal et à le vaincre. Isaak avait légèrement blêmi à cette annonce mais son compagnon l'avait rassuré d'un sourire, même si des livres d'une valeur inestimable s'étaient retrouvés détruits dans la bataille récente, il y avait bien longtemps que leurs contenus avaient été entièrement scannés et sauvegardés. Et puis les archives les plus sécrètes du Sanctuaire sous-marin étaient encore à l'abri dans un lieu que rien ne pouvait détruire.

Mais dans l'immédiat, seul comptait pour Poséidon, son jeune général qui s'avançait maintenant dans l'arène d'entraînement où Bian l'attendait.

Io se sentait plutôt bien, quoique encore un peu fragile, mais son cosmos qu'il gonflait doucement semblait être quasiment revenu à la normale. Il sourit à Bian et se mit en position de combat. Son pair lui fit un léger signe de tête, lui signifiant qu'il était prêt et le laissa attaquer. Il avait reçu l'ordre, bien inutile d'ailleurs, de son maître de ne pas trop pousser le convalescent. Habitué à s'entraîner avec Io en temps normal, il savait fort bien comment faire pour que ce dernier n'en fasse pas trop pour cette première fois, soutenu par Chrysaor, chargé pour sa part de surveiller le cosmos de leur pair.

Le cœur du Dieu s'élança au même moment que le corps de son général. Il se crispa sur son siège, les yeux rivés sur son cosmos, cherchant à en détecter la moindre altération. Il fut à deux doigts de se saisir d'un des fils de cosmos tournoyant autour du jeun homme, mais se ressaisit au dernier moment. Non, il ne devait pas ! Lui faire confiance. Le laisser redevenir ce pur et beau général qui avait emprisonné son cœur.

Bian le reçut en douceur, lui opposant des coups, pas trop appuyés, mais assez puissants pour que son pair retrouve rapidement une condition physique optimale. Il pouvait sentir le regard de Poséidon vrillé sur ce combat et n'avait nulle besoin d'explication sur la raison de cet intérêt aussi soudain que passionné. N'avait-il pas lui-même connu ce sentiment tout aussi doux que violent ?

Io rendait coup pour coup, retrouvant à chacun d'entre eux, un peu plus de sa puissance et de ses réflexes. Mais la prudence lui fit arrêter ce premier entraînement dès qu'il commença à ressentir les premiers élancements douloureux dans son dos. Sa grimace de douleur n'échappa au regard divin qui, encore une fois, se retint de justesse de se jeter dans l'arène. Bian stoppa tout mouvement dès qu'il vit le geste de renoncement de son pair et laissa doucement son cosmos revenir à la normale, interrogeant Chrysaor du regard qui lui fit un sourire rassurant. Tout allait bien ! Il soupira de soulagement, ayant craint un instant la colère de Poséidon pour n'avoir pas su s'arrêter à temps. Mais Io lui sourit également, plutôt content de ce premier entraînement. Il lui faudrait encore un peu de temps, mais il retrouverait vite sa forme.

Il leva les yeux vers Poséidon en regagnant les gradins autour de l'arène avec Bian pendant que deux autres combattants prenaient leurs places. Il l'interrogea du regard, guettant le moindre signe suspect qui aurait pu refléter du mécontentement sur le visage de celui qu'il servait et aimait. Et totalement inconsciemment, il laissa ses fils de cosmos se tendre vers lui, chercher tout aussi innocemment les siens, comme à recherche d'une caresse, d'une certitude ou d'un… espoir. Poséidon observa sans y croire ces fils qui tournoyaient n'osant pas encore s'enrouler autour des siens… et brusquement cela se révéla à lui. Ce qu'ils ne comprenaient pas ni les uns, ni les autres. L'élément qu'il leur manquait encore. Il le vit là dans les fils de cosmos d'Io de Scylla, c'était l'espoir !

Cette certitude l'ébranla un instant si fortement qu'il perçut immédiatement l'inquiétude d'Io. Il se reprit et le rassura d'un sourire. Il venait de découvrir, presque par hasard, un élément essentiel à leur futur à tous. Il en était certain sans parvenir totalement à en saisir toutes les implications, ni même pourquoi cet élément inné chez les humains était tellement important. Il fallait qu'il voie Hadès et les Dieux jumeaux au plus vite. Et au besoin Shion, car il était justement un humain. Horriblement horripilant, car bien trop fort, bien trop intelligent et bien trop beau, mais un humain quand même. D'accord avec des origines des plus nobles, mais tout de même…

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Sanctuaire d'Athéna

Temple du Bélier

Shion se leva du canapé qu'il occupait depuis plus de deux heures chez son disciple et poussa un soupir de résignation :

- Laissons tomber pour ce soir Mu.
- Je suis vraiment désolé ne pas pouvoir vous apporter plus d'aide Maître, répondit le Bélier d'un air contrit en désignant les nombreux cahiers étalés un peu partout dans son salon.
- Ne le sois pas. J'ai été chevalier du Bélier avant toi, et je ne me suis jamais particulièrement intéressé à la vie de mes prédécesseurs… Tu n'avais aucune raison de le faire plus que moi… Toutes ces vies de chevaliers du Bélier à travers les siècles, continua-t-il en regardant à son tour les cahiers couverts d'une langue connue d'eux seuls. Elles contiennent forcément une réponse à nos questions, j'en suis convaincu.
- D'où vous vient une telle certitude ? interrogea Mu qui n'avait pas encore osé lui poser cette question mais qui avait obéi aveuglément quand le Grand Pope était venu lui dire quelques jours après son retour, qu'il devait impérativement retrouver tous les écrits des chevaliers les ayant précédés dans la charge du Bélier.
- De ce qui s'est passé là-bas, de cette étrange sensation de mémoire se révélant à moi, me guidant vers ce que je devais accomplir ce jour-là. Il sourit avant de se diriger vers la sortie. Ne t'inquiète pas, nous finirons par trouver. A demain !
- Bonsoir Maître.

Et pendant que le Bélier rassemblait et triait les cahiers déjà examinés pour remettre en lieux sûrs ces écrits d'un autre temps, Shion se téléportait au pied de la montagne sacrée pour une petite séance de lecture du ciel étoilé. Il était certain que, quelque part, la réponse était là devant eux, bien plus proche qu'il ne pouvait l'imaginer. Mais bizarrement il avait peur de la trouver, comme si un élément crucial lui manquait encore…

- Ne rentre pas trop tard… retentit la voix de Shiryu dans son esprit.
- Promis, soyez sage en m'attendant… répondit-il en commençant son ascension vers le sommet. Il souriait en songeant au Dragon. Ce dernier feignait toujours d'avoir pleinement récupéré mais Shion et Dohko savait qu'il n'en était rien. Il n'était pas le seul d'ailleurs, tous ceux qui avaient eut à subir les attaques de la sphère maléfique peinaient à récupérer totalement et cela l'inquiétait. Car ce n'était pas tant les blessures physiques qui elles, suivaient un rythme de guérison normale, mais plutôt un soupçon de mal-être rendant difficile pour chacun les actions quotidiennes… et cela même si maintenant, plus aucun d'eux n'était seul au monde et ne le serait jamais plus… Il s'arrêta net à cette pensée et fit soudain demi-tour, prenant une toute autre direction.

A suivre…