Je m'assois enfin sur le lit, épuisée. Mes deux amies me fixent intensément. Ça fait deux heures que je leur fais un exposé de tout ce qu'il s'est passé depuis deux mois. Seulement deux mois… J'ai du mal à croire que ma vie entière a été bouleversée en aussi peu de temps. Je n'arrive même plus à me rappeler ce que j'étais avant.
« Je suis si envahissante que ça ? »
– Donc c'était toi qui avais attaqué mon frère ? demande finalement Roxanne.
– Pas moi, je rectifie. Gondul. Je l'ai arrêtée dès que j'ai pu. Je suis désolée, vraiment, vraiment désolée…
– Ça va, Gin, calme-toi. Ce n'est pas grave. Il pensait – et pense toujours – qu'il s'est évanoui à cause du froid et qu'on l'a traîné dans une ruelle pour lui faire les poches.
– Lui faire les poches ? Nous n'avons pas…
– Toi non, mais les gens qui sont passés par là après, si, me coupe Roxanne. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas grave.
Je ramasse une cape et la roule en boule avant de la jeter dans mon sac à l'autre bout de la pièce. Elle tombe pile à l'intérieur. Panier !
– Tu ne pouvais pas du tout nous parler de tout ça, alors ? dit Judith. Mais le soir où on s'est retrouvées toutes les trois invisibles devant la Grosse Dame, ça n'avait pas de rapport avec les Valkyries. Pourquoi nous avoir caché…
– Le problème, c'était Virtanen. Enfin, Kausmaki. Tu réalises à quel point elle pouvait être dangereuse ? Elle aurait pu vous tuer. Elle a failli faire ça aux jumelles, à Potter et à moi, et elle a même tué une sirène.
– Je comprends... Tu sais où est Gondul en ce moment ?
– Pas vraiment.
Gondul, t'es où ?
« Je ne t'en parle pas. Imagine si quelqu'un te faisait de la légilimencie ? Je ne suis pas dans les parages donc je ne peux pas t'aider à te protéger convenablement. On se revoit en Angleterre. »
– On peut lui parler ? demande soudain Roxanne.
Je me fige. Elle veut parler à Gondul. Zut. Gondul, est-ce que…
« Non. »
– Hé bien, dis-je, en théorie oui, tu peux lui parler, sauf qu'elle n'a pas envie de te parler.
– Et pourquoi ça ? réplique Roxanne en croisant les bras.
« Parce qu'elle est stupide, voilà pourquoi. »
– Parce qu'elle pense que tu es… euh… mentalement déficiente.
Roxanne rougit fortement en fronçant les sourcils, et m'attrape la main. Ses doigts touchent la bague. Il y a un instant de flottement, puis Gondul se met à brailler des insanités. Roxanne retire lentement sa main, l'air satisfaite, tandis que je la dévisage, surprise.
– Qu'est-ce que tu lui as dit ? je demande.
– Ce que je pensais d'elle, répond Roxanne, et son sourire s'élargit.
– Quelle drôle d'histoire, n'empêche, dit Judith au bout d'un moment en commençant à ranger ses affaires dans sa valise. Une Valkyrie. Ça semble assez irréel. Enfin, j'ai appris à faire avec ce genre de révélations, dans le monde de la sorcellerie.
– Comment ça ? s'exclame Roxanne, indignée, en fourrant machinalement des vêtements roulés en boule dans ses bagages.
– Tu sais, on est nées-moldues, dit Judith. Enfin, JE suis née-moldue, et pour Ginger c'est tout comme. Quand on nous a annoncé qu'on était sorcières, au début, on avait du mal à y croire. En tout cas, moi, c'est comme ça que je l'ai vécu.
– Moi aussi, j'affirme. Je me souviens très bien. C'est Smith qui me l'a dit et j'étais sûre qu'il était fou ou qu'il avait l'intention de me kidnapper, au début.
Judith explose de rire.
– C'est pas drôle ! je m'écrie en souriant malgré tout. J'avais vraiment peur ! Moi, je n'avais pas mes parents pour me rassurer et me dire quoi faire.
– C'est vrai, soupire Roxanne. Ça ne t'embête pas de savoir que tu n'en as pas ?
– Non, je réponds en souriant. Je ne suis pas seule dans ce cas. Après tout, il y a Gondul. Et puis aussi, toutes les autres Valkyries que vous avez vues là-haut et qui me rendent visite en rêve, parfois.
– Te voilà bien accompagnée, fait Roxanne.
– C'est marrant, mais j'ai l'impression que tu es sarcastique, Rox.
– Moi, sarcastique ? Pas le moins du monde !
OoOoO
Le lendemain matin, nous sommes prêtes. Animaux en cage sous le bras, valise à la main, nous descendons les étages. Avec un sortilège de lévitation, j'emmène mes affaires sans problème tout en bas, jusqu'au Hall d'entrée. J'entrevois Peterson, vaguement bleu, un sourire un peu niais plaqué sur le visage.
– Ils n'ont pas réussi à lever le sort, m'explique Philip Downs en arrivant près de moi. Pauvre garçon. J'espère qu'un jour on réussira à le rendre normal.
Brusquement, Peterson se met à brailler une chanson digne d'un enfant en maternelle.
– Ou pas, ajoute Philip en souriant.
– Et dire que je suis sortie avec lui, soupire Judith.
– Il n'a pas tellement changé, moi, je trouve, dit John Crease. Au fait, comment vas-tu, Ginger ?
– Bien.
Il attend visiblement que j'ajoute quelque chose. Mais je n'ai pas l'intention de dire à tout le monde ce qu'il s'est passé en bas. Ça pourrait donner de mauvaises idées à quelqu'un.
– James Potter a répondu exactement la même chose, insiste Downs. Tu vas te contenter de dire pareil que lui ?
– Bien essayé, je rétorque en souriant, mais cette fois-ci, effectivement, je vais m'en contenter. Tu liras les idioties que racontera la Gazette du Sorcier à propos de ça. Il y aura sans doute un mot dessus.
– Je ne suis pas abonné à la Gazette.
– Dommage.
Et sur ce, je m'éloigne pour rejoindre Judith qui était partie dire au revoir à ses amis de France. Evidemment, Perséphone Verdoré n'est pas là. Les triplées ne sont toujours pas revenues. Je crois qu'on ne les verra pas en Angleterre. Dommage… j'aimais bien Psyché. Elle va me manquer.
Judith parle longuement avec le groupe de Perséphone. Je reste trois secondes avec elle, puis je laisse mon regard vagabonder. Armand, mon ex-petit ami, main dans la main avec Greta Lebrun, a l'air d'avoir envie de se cacher six pieds sous terre. A côté, son ami Théophile Frégate regarde les filles de Poudlard d'un air de conquérant. Quel crétin, celui-là.
Je remarque une fille française à côté de moi qui le regarde en soupirant. Tiens tiens. Je l'attrape par la manche et lui souffle à l'oreille :
– Savais-tu que sur tous les vêtements de Théophile Frégate, sans exception, est cousu son nom ? Tu sais, comme pour les enfants en bas-âge qui risqueraient de perdre leurs affaires…
La fille pouffe de rire, se tourne vers une amie qui vient de demander « Qu'est-ce qu'elle a dit ? * » et lui traduit tout. Je souris. Vous avez devant vous Ginger Enderson, la plus grande colporteuse de ragots.
– Enderson.
Je me tourne. Horreur, c'est cet abruti de…
Mon cœur se met à battre frénétiquement, mon souffle me manque, j'ai envie de vomir. Je sens mon visage chauffer. Nom d'un strangulot, qu'est-ce qu'il se passe ?
– Euh, Enderson, ça va ? me demande Potter, perplexe.
– Je pète la forme, je réponds en m'efforçant de reprendre contenance.
Sans doute des réminiscences de la séparation entre l'Horcruxe et moi. Oui, ça doit être ça. Il faudra que je demande à Gondul.
– Si tu le dis. J'ai besoin de te parler.
– C'est pas vraiment le moment, je rétorque en faisant un léger signe de tête désignant les deux commères françaises près de moi.
– Et ce sera quand, le moment ? s'énerve-t-il. Ça fait deux semaines que j'essaie de te parler et que tu…
– Plus tard, je le coupe.
– Tu me dois quelque chose, n'oublie pas.
– Tiens donc ! je m'exclame en croisant les bras. Et en quel honneur ?
Il s'approche de moi. J'ai l'impression qu'il va m'embrasser et j'avance mon genou pour être prête à lui envoyer un coup dans la zone sensible. Mais il ne fait que placer ses lèvres près de mon oreille.
Il faisait ça souvent, avant ? Autant je m'en fichais, mais maintenant ça me gêne, cette proximité.
– J'ai menti à mon père et au Ministère pour toi, souffle-t-il. Et je ne sais même pas si ce que j'ai fait est une bonne chose ou non. Autant que je sache, la criminelle dans l'histoire, ça peut aussi bien être toi. Ou ton amie tarée, Gwenaëlle Andres.
Qui ? Ah oui, le surnom de Gondul. Tiens, j'avais oublié à quel point Potter sentait la menthe.
– Pas mon amie, je réponds très doucement en m'efforçant de bannir l'odeur de mon esprit. Je te l'accorde, elle est tarée. Mais nous étions dans notre bon droit.
– « Nous » ?
Je m'éloigne brusquement. Un rictus moqueur étire ses lèvres. Je le regarde froidement.
– Laisse tomber, Potter. Trop compliqué pour toi.
– Ginger ! Tu viens ?
Je me retourne vers Judith, valise en main, agitant le bras à quelques mètres de là pour que je la repère. Visiblement, elle a fini de dire au revoir à tout le monde.
– Tu permets, Potter ? dis-je en me tournant vers lui. J'aimerais bien avoir au moins une conversation intéressante dans la journée et c'est probablement pas avec toi que je l'aurai.
– Evidemment, rétorque-t-il. Tant que tu feras partie de la conversation, ce ne sera jamais intéressant. Enderson, je n'oublie pas que tu me dois quelque chose.
– Je t'ai sauvé la vie à un match de Quidditch, ok ? je soupire, excédée. Je t'ai fait léviter avant que tu ne percutes le sol. Nous sommes quittes. Fiche-moi la paix, maintenant.
Je tourne les talons et m'éloigne de lui sans qu'il ne cherche à me retenir. Tant mieux.
– De quoi tu parlais avec Potter ? me demande Judith quand je l'ai rejointe.
– Des conditions de travail des marins au Tibet, je réponds. Où est Roxanne ?
– Elle a avancé dans le bateau qui nous ramène pour réserver une cabine. Et il n'y a pas la mer au Tibet. Sérieusement, de quoi as-tu parlé avec Potter ?
Nous rejoignons Roxanne, sans que Judith n'ait réussi à me faire cracher le sujet de ma conversation avec James Potter. Dans le compartiment se trouvent également les jumelles Jones, dont les regards suivent le moindre de mes gestes tandis que je range ma valise sur les porte-bagages, que je tapote la tête de Pilpel et que je m'assois avec un sac de bonbons sur la banquette en face d'elles.
– Bon, qu'est-ce qu'il y a, j'ai une saleté sur le nez ou quoi ? je m'agace.
– Pas du tout.
– On se demandait juste si Claudia avait raison.
– J'ai fait des recherches.
– Elle en a conclu quelque chose.
– Je lui assure que j'ai raison…
– …mais je ne la crois pas !
– Pourrais-tu nous dire qui a raison et qui a tort ?
Je fronce les sourcils. C'est très perturbant, les conversations avec les Jones.
– Allez-y, dis-je.
– Est-ce que le truc autour de ton doigt, c'est un… euh, un « H » ?
J'ouvre des yeux ronds en même temps que Roxanne et Judith qui sont au courant. Comment les jumelles ont-elles pu deviner qu'il s'agissait d'un Horcruxe ?
– Ne cherche pas, me dit Claudia. Em', j'ai gagné. Tu me dois deux Mornilles.
Emma, boudeuse, sort deux pièces d'argent de sa poche et les lâche dans la main de sa sœur.
– Vous avez parié dans mon dos ? je m'exclame.
– Y a pas de mal à ça, si ? dit Claudia en penchant la tête sur le côté.
– Toi, tu as bien parié sur le dos de ton amie Judith Thomson, non ? ajoute Emma.
– QUOIIIII ? s'écrie Judith, rouge de fureur.
– Une minute, je peux t'expliquer ! je crie en mettant les deux mains devant moi pour prévenir une attaque.
OoOoO
Quelques heures de voyages et de longs éclats de rire plus tard, le bateau amerrit enfin sur le lac noir de Poudlard dans une grande gerbe d'eau. Je promène un regard ravi sur le château. Enfin ! J'ai l'impression que ça fait une éternité que nous avons quitté notre chère école de sorcellerie. Dire que ça fait à peine deux semaines. En tout cas, je suis contente d'être de retour. Mes amies, à mes côtés, semblent penser de même. Elles descendent les premières, et je m'apprête à les suivre quand quelqu'un m'attrape par la manche. Je me retourne vers les jumelles, étonnée.
– Sérieusement… Tu nous as sauvé la vie, Enderson.
– On aura toujours une dette envers toi.
– Ne dites rien de ce que vous avez deviné, ce sera déjà très bien, je souffle, gênée par ces remerciements.
Je n'ai rien fait moi, c'est Gondul qui a sauvé tout le monde !
– Tu peux nous demander tout ce que tu veux, on ne te fera pas payer, reprend l'une.
– En d'autres termes : paris gratuits, complète l'autre.
– Merci, c'est gentil, mais…
Je n'ai pas le temps de dire que je n'ai pas l'intention de refaire des paris, même gratuits, avec elles, que les jumelles Jones ont filé. Je pousse un petit soupir résigné et m'apprête à repartir quand je croise le regard de Potter juste en bas de la rampe faisant le lien entre le bateau et le plancher des vaches, m'attendant patiemment. Sauf que moi, je n'ai toujours pas l'intention de lui parler. Il croyait m'attraper comme ça, hein ?
Voyant que je ne bouge pas, il commence à s'approcher pour monter sur le voilier. Ni une ni deux, je fais volte-face et m'éloigne à grands pas vers la poupe du bateau, tout en ignorant les sensations qui accompagnent la vision de Potter dorénavant : nausée, vertige, etc. J'ai une nouvelle théorie : sa vue me dégoûte tellement que ça me donne envie de faire un malaise. C'est très certainement ça.
Pas un chat. Je me glisse derrière des barils d'énergie magique (pour pouvoir faire voler le bateau. Comment croyiez-vous que cela marchait ?) et me transforme en corbeau. Trente secondes plus tard, Potter surgit. Il regarde tout autour de lui.
– Enderson ! Tu ne m'échapperas pas éternellement, tu sais ?
Je compte là-dessus, pourtant, moi…
Il soulève l'un des barils et me voit derrière. Bah, je suis sous forme de corbeau, il ne risque pas de me reconnaître. Même s'il risque de trouver bizarre qu'un corbeau se trouve à bord d'un bateau. Quoi que dans sa petite tête de linotte, il ne risque pas d'y réfléchir longtemps.
Un éclair de lucidité passe dans ses yeux quand il me remarque. Se pourrait-il que… Furieusement prise d'un doute, je commence à battre des ailes mais le débile de service se jette sur moi et enferme mon corps et mes ailes dans l'étau serré de ses mains.
– Qu'est-ce que tu croyais, Enderson ? souffle-t-il alors que je croasse en essayant de me libérer. Je ne suis pas un crétin.
MAIS LACHE-MOI PAUVRE IDIOT !
– Crôaaaa !
– Pas contente, hein ? fait-il, goguenard.
J'ai envie de lui faire bouffer ces cheveux, à cet abruti à lunettes.
– Maintenant, on va pouvoir parler.
Avec un corbeau ? A-t-il véritablement l'intention d'essayer de faire la conversation à un corbeau ? Ce gamin m'étonnera toujours. Par sa bêtise, s'entend. Non mais franchement…
– Transforme-toi en humaine, m'ordonne-t-il.
Bah tiens ! Tu veux un café avec ?
– Crôa !
– Je m'y attendais, soupire-t-il.
Il sort sa baguette et fait apparaître une longue corde. Il l'attache précautionneusement autour de mes ailes, sans mal malgré le fait que je m'agite. Cela fait, il me repose à terre. J'essaie de m'envoler, en vain. Je pousse un croassement de colère.
– Et qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ? sourit-il.
Abruti congénital.
Je me lève sur mes deux pattes et me mets à courir sur le pont à toute allure. J'entends un juron derrière moi et un bruit de course. Zut, Potter me poursuit ! Que faire, maintenant ? Je slalome entre les jambes des marins qui ont l'air bien étonnés de voir le sosie du Survivant courir plié en deux et les bras tendus en avant pour essayer d'attraper un corbeau croassant et aux ailes attachées.
J'atteins enfin la passerelle et je file à toute vitesse en me demandant si je vais m'en sortir, quand deux mains m'attrapent et me portent en hauteur. C'est Roxanne, accompagnée de Judith. Elle me lance un bref regard accompagné d'un clin d'œil, puis tourne la tête vers Potter qui vient d'arriver.
– Roxanne, la salue-t-il, essoufflé. Ma très chère cousine. Pourrais-je, euh, récupérer cet oiseau ?
– Pourquoi ? demande-t-elle candidement. Moi, je le trouve mignon. Je crois que je vais le garder.
– Ce n'est pas un corbeau normal, insiste Potter. Donne-le-moi, il pourrait être dangereux.
– C'est toi qui es pas normal, à poursuivre des oiseaux innocents, rétorque Judith. Tu ne nous cacherais pas des tendances zoophiles, par hasard ?
– Très drôle, Thomson. Rendez-le-moi.
J'aimerais bien qu'on cesse de parler de moi comme si j'étais un animal stupide.
– Non, c'est décidé, on le garde, décrète Judith.
Une lueur de panique passe dans les yeux de Potter. Je comprends ENFIN : il ne sait pas que Judith et Roxanne savent déjà tout. Il essaye de me protéger. Ou simplement de m'attraper ? On ne sait jamais, avec celui-là.
– Ecoutez… cet oiseau, vous savez… hem… qui c'est ? chuchote-t-il avec un air de conspirateur.
Quelle balance ! Heureusement qu'il ne connaît pas mes secrets ! Minute… si, il connaît beaucoup de choses depuis cette horrible nuit. Misère.
Les filles s'échangent un regard qui traduit exactement ce que je viens de penser, et se tournent vers Potter :
– On sait très bien qui c'est, répond Roxanne sur le même ton.
– Et on sait très bien que ce qui n'a RIEN à faire dans un dortoir de garçon. Ni entre tes mains, par ailleurs, ajoute Judith.
– Sur ce, bonne soirée, mon gars, lui souhaite Roxanne.
– Et n'essaie pas d'embêter G… euh… l'oiseau. On sera là pour le protéger, compris ? le menace Judith.
Potter, impuissant, ne peut que leur lancer un regard furieux en les regardant s'éloigner.
– Ma pauvre choute, il t'a vraiment maltraitée ! s'écrie Judith en retirant enfin ces affreux liens qui serraient mes ailes.
– Crrr.
J'ai essayé de faire « grr » pour marquer mon mécontentement causé par l'emploi du « ma pauvre choute », mais quand on est corbeau, ça ne le fait pas trop.
– Tenace, le cousin, commente Roxanne. Je me demande ce qu'il voul-hééééé !
Roxanne tombe à la renverse. Un rapide coup d'œil m'apprend que ses lacets viennent de s'attacher entre eux. Judith n'a pas le temps de dégainer sa baguette que Potter lui lance un Tarentallegra.
– Désolé les filles, mais je n'aurai probablement pas d'occasion plus belle que celle-ci ! Accio Ginger!
Tu veux pas hurler plus fort, il y a des gens en Nouvelle-Zélande qui n'ont pas encore compris que j'étais un corbeau.
Mais je ne ressens pas l'attraction qui devrait accompagner le sort. Mince ! Je repousse encore les sortilèges ! Mais pourtant, je croyais qu'étant une Valkyrie découverte… Mais il y a une autre incohérence : tout au long de ma scolarité, je me suis pris une masse de sorts en pleine tête alors que j'étais une Valkyrie. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
– C'est pas vrai ! s'exclame Potter. C'est pas elle ! On s'est trompés !
Hahaha, trop bon ! Ils vont tous croire que le corbeau qu'ils se disputaient n'était pas moi ! Jouant le jeu pour bien les embêter – après tout, mes amies m'ont bien appelée « pauvre choute » – je m'envole vers la forêt en poussant des croassements indignés, comme si j'étais un simple animal maltraité. Ça va leur faire les pieds, tiens !
Je survole la forêt un long moment en regardant les lumières allumées du château plongé dans le crépuscule. Ce spectacle m'avait manqué… Sous moi, les feuilles commencent à apparaître sur les arbres la masse noire du feuillage est trouée de longues branches nues entre lesquelles je virevolte.
Que sera ma vie sans Gondul, à présent ? Oh, elle m'a promis de me revoir… Mais je ne sais pas quand elle reviendra. Ça peut être demain, ça peut être dans cent dix ans. Quoi qu'il en soit, je n'aurai plus constamment sa voix acerbe mais plutôt rassurante pour m'accompagner.
« Ne t'en fais donc pas. Je ne t'oublie pas. »
Je vole ainsi jusqu'à apercevoir ma fenêtre. Elle est allumée pourtant, Jude et Rox n'auront pas eu le temps de rejoindre notre chambre. Quelqu'un est dans notre dortoir mais qui ?
Je fonce à l'entrée et me transforme dans un buisson environnant. Mes amies et mon ennemi sont à deux ou trois cent mètres d'ici, de l'autre côté du château : parfait. Je pense que je vais bien m'amuser, quand ils viendront me demander « mais où étais-tu passée ? ». Je rentre en vitesse au château et montre quatre à quatre les étages jusqu'au tableau de la Grosse Dame qui me laisse entrer après que j'aie dit le mot de passe. Je grimpe ventre à terre les escaliers jusqu'au dortoir des filles. J'ouvre notre porte en grand.
-X-X-
« … »
– C'est quoi ? s'exclame Roxanne, quelques mètres devant moi.
– On aurait dit Ginger ! s'écrie Judith, paniquée.
Il a dû lui arriver un truc terrible. Et pourtant, moi, James Potter, pour une fois, je n'y suis pour rien.
-X-X-
– …AAAAAAAAAARGH !
Je m'arrête de hurler pour reprendre mon souffle. C'EST QUOI CE BAZAR ? Ou plutôt, C'EST QUOI CETTE ABSENCE DE BAZAR ! La chambre est rangée, RANGEE ! Ca fait des années qu'on vit dans un foutoir ! Je m'y étais habituée, moi ! Qui est le TARE qui a rangé la chambre ? Oh, si ce sont les elfes, je vais les trucider ! Mais COMMENT vais-je faire pour retrouver mes affaires, dans ce non-bazar ?
Tiens, un quatrième lit ! Je ne l'avais jamais remarqué. Une minute. On n'a PAS de quatrième lit. D'où sort-il ? Et très, TRES inquiétant : des vêtements qui n'appartiennent ni à moi, ni à Roxanne, ni à Judith, sont posés dessus.
ALERTE ROUGE ! DES ENVAHISSEURS VENUS D'AILLEURS !
Sans blague, c'est quoi ce binz ? Qui est l'imbécile qui a OSE mettre ses affaires sur ce lit, dont l'emplacement était utilisé avant par Pepsi et surtout par ma malle, et qui maintenant est inutilisable ? …oh my god, j'ai soudainement un affreux doute. Je me retourne vers le coin des armoires, les yeux fermés, redoutant de trouver ce que je risque d'y trouver.
J'ouvre les yeux.
Une quatrième armoire.
Je me rue dessus, paniquée. Qu'est-ce que c'est que ça ? Je fais un cauchemar ? Eh non, l'armoire est bien remplie, par des affaires pliées et bien rangées – vision d'horreur ! – et comble de l'horreur, par une valise qui n'est ni la mienne, ni celle de Roxanne, ni celle de Judith.
Je referme la porte de l'armoire et m'appuie dessus, le souffle court. Il y a une nouvelle élève ici. Une nouvelle dans la chambre. Une nouvelle qui s'est permis de RANGER notre lieu sacro-saint et qui s'est ACCAPARE un lit. ET A AJOUTE UNE ARMOIRE.
J'entends un bruit presque imperceptible, mais qui explose comme une bombe dans mes oreilles alertes. La poignée de porte s'abaisse doucement, la porte s'ouvre. La personne entre…
-X-X-
« … »
– L'histoire se répète, on dirait ! s'exclame Roxanne. Tu crois qu'elle fait ses vocalises ?
– On ferait mieux de se dépêcher, remarque Judith tandis que nous arrivons finalement tous les trois dans le Hall d'Entrée. Je suis pratiquement sûre que c'est Ginger qui hurle comme ça.
– Je peux venir voir ? je demande.
Elles se retournent vers mon sourire ravi d'enfant sur le point de trouver un paquet bien rempli de chocogrenouilles, interloquées. Elles m'avaient oublié. Diantre ! Comment peut-on m'oublier ?
– Pas le moment, James, me dit Roxanne.
Et elles se mettent à courir jusqu'à la salle commune. Je les suis à la même vitesse. Elles m'ont déjà oublié. Elles ont l'air vraiment inquiet, dis-donc. Pire que des mères poules, ces deux-là.
– Pêche au sirop, souffle Roxanne à la Grosse Dame qui nous laisse entrer.
Elles grimpent quatre à quatre les escaliers des dortoirs des filles. Je me rue au dortoir des garçons, entre dans ma chambre, referme la porte à clef, trouve la trappe secrète dans le mur près du lit de Thomas et y entre en me traînant à genoux. Je suis plus rapide que les amies d'Enderson, j'assisterai avec elles au spectacle en même temps. J'arrive au bout du passage et ouvre l'autre trappe, qui mène comme vous l'avez compris jusqu'au couloir du dortoir des filles. J'arrive sur le pas de la porte de la chambre de ma cousine en même temps que celle-ci et Thomson. Roxanne s'étonne.
– Comment t'es arrivé là, toi ?
– Pas le temps, s'exclame Judith, et elle ouvre la porte.
Le spectacle est incroyable. Pour commencer, la chambre est bien rangée. Oui, j'ai déjà vu cette chambre, l'année dernière notamment, mais ça c'est une autre histoire… Bref, elle est nickel. L'année dernière, j'ai dû nager parmi les affaires des filles fichues pêles-mêles les unes par-dessus les autres pour atteindre le sac de… bref, ça ne vous intéresse pas, et c'est un truc dont il vaudrait mieux que je ne parle pas trop. Je découvre notamment un nouveau lit – ou peut-être était-il là avant ? – et une armoire flambant neuve. Mais surtout, il y a…
– … MAIS C'EST QUOI CE BORDEEEEEEEEEEEEEEEEEL ! …
Ginger Enderson, face à…
– …j'ai fait quelque chose de mal ?
…son sosie. Du moins semble-t-il. Même tignasse rousse très emmêlée, je la reconnaîtrais entre mille. D'un autre côté, il n'y en a pas mille, des tignasses pareilles. Tant mieux, d'ailleurs.
Le sosie se retourne vers nous et nous dévisage je me rends alors compte qu'il ne s'agit certainement pas du sosie d'Enderson. C'est un visage que je connais… Oui… Par tous les slips sales de Merlin ! C'est la Vermeil, la fille mignonne aux cheveux blancs de Beauxbâtons ! Mais où sont passés ses cheveux blancs ? Et surtout, que fabrique-t-elle ici ?
