Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « tableau ».
Au mauvais endroit au mauvais moment…
Phineas Nigellus Black pestait. Oui, encore. Et qu'on ne vienne pas lui dire qu'il n'était qu'une antiquité rabat-joie. Il avait tout le même le droit de dire ce qu'il pensait. C'était son tableau, nom d'un chien. Et sa vue. Et sincèrement, il commençait à en souper, de cette jeunesse désœuvrée et mal élevée.
Déjà quand il était directeur de Poudlard, il l'avait toujours dit. Les élèves étaient dans cette école pour travailler, étudier, apprendre de nouveaux sorts et enchantements, potions et onguents, plantes et animaux, qui pourraient leur servir dans le monde magique. Ils étaient là pour apprendre à maîtriser le don que Merlin leur avait donné. Et sûrement pas pour s'amuser, batifoler, jouer, ou il ne savait quelle autre activité.
Il avait bien essayé de limiter les entraînements des équipes de Quidditch, ainsi que le nombre de matchs amicaux ou comptant pour la Coupe des Quatre maisons, mais personne ne l'avait écouté. A l'époque, il avait bien cru qu'il aurait à subir une grève des professeurs. Rendez-vous compte, une grève, dans son établissement, à son époque ! Un véritable scandale. Mais il avait dû céder, à contrecœur.
Et encore, tout ceci s'était passé plusieurs décennies, voire siècles, il ne savait pas très bien, auparavant. Il n'osait même pas imaginer l'état dans lequel il serait s'il avait dû être directeur de l'école à cette époque-ci. C'était n'importe quoi. Au fil des générations, coincé dans son tableau alors qu'il aurait préféré être en paix, il en avait vu, des cas qui passaient dans le bureau des directeurs qui le remplaçaient. Il avait assisté à bon nombre d'excentricités, de remontrances, mais il avait l'impression que chaque année, cela dépassait un peu plus l'entendement.
Il y avait d'abord eu les sorcières qui étaient admises en cours avec les garçons, au lieu de faire des classes séparées, ça avait commencé à son époque mais il avait eu beaucoup de mal à se faire à cette « avancée sociale » comme on l'appelait. Ensuite, il y avait eu celles qui demandaient à porter un pantalon sous leur robe de sorcière, comme si c'était là la tenue d'une femme. Puis les jeunes filles aux cheveux courts. Les garçons aux cheveux longs. Les nés-moldus qu'il avait eu bien du mal à accepter, de tout temps d'ailleurs. Ce demi-géant qui avait fait entrer une acromantula dans l'école.
Il ne parlait même pas de la jeune fille aux cheveux roses chewing-gum qui descendait vraisemblablement de sa famille, ni de son cousin, un certain Sirius Black qui lui faisait honte tellement il avait dû être convoqué un nombre incalculable de fois. Il se demandait même comment il avait échappé au renvoi. Ça aurait été lui, il n'y aurait pas coupé, et avec un coup de pied aux fesses, même. Et ces deux-là n'étaient même pas à Serpentard, qui plus est. Une véritable honte pour sa famille.
Mais là, vraiment c'en était trop. Pour qui se prenait-on enfin ? Et surtout, pour qui le prenait-on ? Il était l'un des fondateurs de la très noble et très respectable maison des Black, une des plus anciennes familles de sang-purs qu'il puisse exister, contribuant à plusieurs familles par des mariages avantageux. Il n'allait certainement pas supporter ce genre de comportement devant lui.
On lui demandait déjà de faire le travail d'un vulgaire coursier ou hibou, entre sa maison Square Grimmaud et Poudlard. Rien que ceci était une mission avilissante pour une personne de son rang. Ce Dumbledore se croyait vraiment tout permis, sous prétexte qu'un mage noir avait fait sa possible réapparition.
Phineas se sentait bien loin de toutes ces considérations. Il n'avait pas vraiment suivi le débat sur la légitimité de ce sorcier. Il savait seulement que le gamin insupportable et la fille aux cheveux roses étaient contre lui, et qu'apparemment, certains de ses descendants étaient pour. Afin de le convaincre de les aider, le nouveau directeur n'avait eu qu'un mot à dire : ce sorcier était de sang-mêlé, et il prétendait éliminer tous ceux qui n'étaient pas de sang-pur. Alors qu'il était lui-même un parvenu. Phineas avait trouvé ça horriblement hypocrite. Il y avait des limites à ne pas dépasser, tout de même.
Enfin là n'était pas la question. Il était bloqué dans son tableau, et c'était bien ça le problème. D'un côté, il assisterait à une réunion horriblement ennuyeuse durant laquelle on voudrait probablement son avis sur des sujets qui ne l'intéressaient nullement depuis des siècles. De l'autre, il assistait… à la copulation de deux importuns. Là, juste sous son nez. Dans la chambre où on l'avait entreposé.
Un garçon très brun, Harry Potter s'il se souvenait bien, avec une gamine rousse comme il n'avait jamais vu de roux aussi éclatant. Le jeune homme avait hérité de sa maison, il le voulait bien, c'était dans son héritage, soit. Mais était-ce vraiment une raison pour choisir sa chambre comme lieu de copulation ? C'était tout à fait déplacé, vraiment.
Et si ça ne tenait qu'à lui, il protesterait bien. Mais il n'était pas sûr que ça soit exactement le bon moment. En attendant, il fermait les yeux, essayait de se boucher les oreilles, et attendait. Avec un peu de chance, ça ne prendrait pas trois heures. Quoiqu'il n'en était pas sûr.
De temps en temps, il ne pouvait pas s'empêcher de rouvrir les yeux, pour reposer un peu ses muscles, et ce qu'il voyait était tout bonnement étonnant. Il n'était pas stupide, il avait eu des enfants, mais cette façon de faire… Par Merlin, c'était tout à fait différent de ce qu'il connaissait. Et quelque part, ça avait aussi l'air bien plus agréable.
Il fallait dire que sa défunte femme Ursula, n'était pas, il devait l'avouer et quelques siècles plus tard ça n'avait plus bien d'importance, un canon de la beauté et de la gentillesse. La douceur n'était pas non plus son fort. La besogner était devenu une vraie corvée, qu'ici, cela avait l'air assez agréable. Etonnant…
