Disclaimer : Les personnages de White Collar ne sont pas à moi.
Retrouver sa confiance
Sous les yeux de Peter Neal se détourna et marcha vers la porte. Il était clair qu'il avait pris une décision et qu'elle n'était pas en faveur de Peter.
L'agent réalisa en un éclair que s'il laissait le jeune homme passer la porte il n'aurait plus aucune chance de le revoir, du moins pas à l'initiative de Neal.
La façon dont il marchait et se tenait indiquait clairement qu'il était sur le point de tourner la page, de tirer un trait sur toutes ces années qu'ils avaient traversé ensemble.
Peter sentit son cœur se serrer, d'angoisse et de chagrin.
Neal et lui avaient partagé tant de choses, comment le jeune homme pouvait il avoir le désir de partir de la sorte, de faire comme si rien ne s'était jamais passé, comme s'ils n'avaient jamais rien partagé.
- J'ai trouvé les vidéos tu sais. Dit il vivement.
Neal marqua un temps d'hésitation, il ne s'attendait pas à ce que Peter fasse mention des vidéos. Il se doutait qu'il les trouverait tôt ou tard, après tout il les avait laissées dans ce but, mais il n'avait pas prévu que Peter en parlerait dans un moment pareil.
Il fit un nouveau pas en avant, avec effort, il devait quitter cette chambre avant d'entendre d'autres mots qui lui donneraient envie de rester et d'écouter à nouveau Peter.
Peter sut qu'il n'avait pas encore réussi, que le jeune homme désirait toujours partir et le laisser derrière lui, comme on laisse quelque chose dont on n'a plus l'utilité.
Maintenant il savait vraiment ce que Neal avait du endurer à l'époque de sa sortie de prison.
Il ne voulait pas l'accepter, c'était bien trop dur. Il n'y avait pas tellement de façons pour retenir son ami, et il n'en voyait aucune pour l'heure. Il ne savait pas quoi dire, mais il ne voulait pas laisser Neal s'en aller, alors il lança la première chose qui lui passait par la tête.
- Alors, tout ce que nous avons traversé, tout ce que nous avons partagé, rien de tout cela ne compte plus ? Tu tournes les talons et tout s'efface ? Où est passé celui qui me disait que j'étais son meilleur ami ?
Ce n'était pas exactement le bon choix, mais il n'avait rien trouvé d'autre à dire. Il le regretta en voyant les épaules de Neal se raidir et le jeune homme se retourner lentement.
Neal soutint son regard en silence quelques instants et lorsqu'il ouvrit la bouche pour parler Peter eut le pressentiment qu'il n'allait pas aimer ce qu'il allait entendre.
- Peut être est-il mort le jour où tout s'est terminé pour lui à New-York. Peut être avait il déjà commencé à mourir le jour où celui qui lui avait fait croire qu'ils étaient amis et qu'il avait sa place quelque part lui a signifié que leurs routes se séparaient. Qu'il n'était finalement qu'un criminel.
- Je n'ai pas dit cela Neal. Protesta Peter douloureusement frappé.
- C'était cependant le message qui en découlait. Tu vois, je l'ai parfaitement reçu. J'en ai pris mon parti. Je suis vraiment navré de t'avoir fait croire que cela ne m'avait rien fait, que nous étions toujours amis, mais avais-je un autre choix ? Maintenant que tout est clair et que nous savons tous les deux ce qu'il en est vraiment, si tu veux bien m'excuser, j'ai à faire ailleurs.
Neal se détourna pour la seconde fois et Peter lança à nouveau la première chose qui lui venait.
- Je t'ai cru.
Neal tourna la tête pour lui adresser un regard perplexe.
- Comment cela ?
- Quand j'ai vu les vidéos que tu avais laissé pour moi, surtout la dernière. Je t'ai cru. Cela m'a profondément touché.
Il vit les yeux de Neal s'écarquiller, le jeune homme secoua la tête et revint vers lui lentement.
- Non Peter, ne fait pas cela... souffla t'il. Ne les utilise pas contre moi.
- Ce n'est pas mon intention. Je ne tenais qu'à te dire ce que ces vidéos m'ont inspiré. Parce qu'elles m'ont montré qui tu étais vraiment, derrière le masque que tu montres à tout le monde. Parce que je te suis reconnaissant d'avoir assez eu confiance en moi pour le faire. Parce que je ne peux pas croire que celui qui a tourné ces vidéos et qui les a laissées pour moi puisse avoir totalement disparu le jour où j'ai cru t'avoir perdu. Non... pardon, le jour où j'ai fini de te perdre. Je veux bien accepter cela Neal, que notre amitié appartienne au passé à tes yeux, mais tu dois toi accepter que je me refuse à penser de même. Quoi qu'il arrive, je continue à te considérer comme un ami. C'est cet ami que je suis venu retrouver et c'est cet ami que je veux aider à présent, quoi qu'il m'en coûte.
Neal fronça les sourcils.
- Peter, pense à ta famille. Tu as déjà bien assez de problèmes. Elizabeth et votre fils ont besoin de toi. Tu devrais retourner vers eux.
- Nous savons tous les deux que je ne le peux pas. Si je retourne en Amérique à présent je vais sans doute me faire arrêter à peine descendu de l'avion. Je ne serai pas plus avancé et ma famille non plus. Voilà pourquoi je préfère et de loin rester avec toi et t'aider dans la mesure de mes moyens. Je me doute que je ne pourrai pas faire grand chose, mais j'essaierai tout de même.
- Peter, je ne peux pas t'entraîner dans une opération aussi risquée. Murmura Neal.
- Alors il ne fallait pas me laisser des indices pour te retrouver. Riposta Peter. Ce jeu de piste que tu m'avais organisé avait quel sens s'il n'était pas prévu pour me conduire vers toi ?
- Il était seulement prévu pour te conduire aux vidéos. Pour que tu saches ce qu'il en était vraiment. Répondit franchement Neal. Je voulais que tu tires un trait sur le passé.
Peter fit un pas en arrière, douloureusement frappé par le propos.
Il se laissa tomber sur le lit et ferma les yeux.
- Je vois... je me suis donc trompé sur toute la ligne... et je ne peux m'en prendre qu'à moi. Laissa t'il tomber avec résignation. Je suis vraiment navré d'avoir perturbé tes projets, je ne dérangerai plus.
Neal resta un moment silencieux et immobile. La logique et la raison auraient voulu qu'il sorte sans attendre, qu'il reprenne la mission en cours, mais le maintien de Peter était parlant et alarmant, l'agent donnait l'impression d'avoir baissé les bras et cela le tracassait fortement.
Le Peter Burke qu'il avait quitté n'aurait jamais baissé les bras, il aurait défendu sa position sans faiblir jusqu'à le convaincre.
- Toi aussi tu as changé. Dit il finalement.
Il entendit Peter soupirer.
- J'ai perdu un ami, j'ai essayé de faire mon deuil et au moment où j'y étais presque parvenu j'ai découvert qu'il n'était pas mort. J'ai du me reconstruire une seconde fois après eu cette information. J'ai eu du mal, non seulement je devais taire ma découverte à tout le monde, au FBI comme à ma famille et à mes amis, mais en plus je ne cessais de me demander ce que faisait l'ami que j'avais perdu de vue. Chaque fois que je n'étais plus occupé je me remettais à penser à ce qu'il devenait. Je ne pouvais m'empêcher de me faire du soucis pour lui et parfois je ressentais de la colère et de la déception en pensant qu'il m'avait menti. Qu'il n'avait pas eu assez confiance en moi pour me dire la vérité. Parce que je savais qu'il était assez brillant pour me faire passer l'information sans que personne ne le sache. Le jeu de piste dans lequel je me suis retrouvé engagé me l'a démontré. J'ai été en colère, j'ai été blessé, j'ai été déçu et j'ai été obligé de faire avec.
- Jusqu'au jeu de piste. Murmura Neal qui commençait à voir où Peter voulait en venir.
Peter approuva d'un signe de tête.
- Oui, jusqu'au jeu de piste. Il m'a fallu du temps pour trouver le courage de prendre connaissance du premier indice, j'ai repoussé l'instant un certain temps, parce que j'avais peur des conséquences que cela aurait, pour moi, pour ma famille et pour mon ami disparu.
- Mais tu as fini par en prendre connaissance, et ensuite tu as suivi les pistes jusqu'au dénouement.
- Oui. Un dénouement qui m'a conduit jusqu'ici, ainsi que Scott, qui a poussé June et sa famille à sponsoriser notre voyage. Parce que l'ami disparu en question compte aussi pour d'autres que moi. Qu'il leur manque et qu'ils aimeraient le revoir ou du moins savoir qu'il va bien, qu'il est heureux et qu'il s'en sort bien.
Neal sentit des larmes lui venir aux yeux. Peter parlait d'une voix atone, ce qui n'était en rien du à un quelconque manque d'intérêt pour ce qu'il était en train de dire.
Plus alarmant encore, les nombreuses pauses que marquait l'agent, la façon dont il recommençait à respirer difficilement.
- Peter... tu dois te reposer. Dit il en se retournant vivement.
Peter rouvrit les yeux et le fixa avec résignation.
- Mais si je m'endors quand je me réveillerai tu seras parti et nous ne nous verrons plus. Alors je veux profiter de ta présence encore un peu.
- Tu as de nouveau du mal à respirer.
- Je sais. Je commence à m'y faire je crois. J'arrive à respirer assez pour rester conscient. C'est un progrès je trouve, pas toi ?
- Je n'en suis pas certain. Répondit Neal avec prudence.
Peter se laissa aller à une légère grimace et battit des paupières. Neal se rapprocha, décidé à le faire se recoucher.
- Tu es encore fatigué, tu dois te reposer. Tu dois te coucher à présent. Je vais parler avec Kenneth et je vais voir ce que je peux faire pour que tu sois couvert au même titre que moi. Par contre, je ne te promets rien, je ne vois pas du tout quel rôle tu pourrais jouer dans l'affaire en cours. Il est plus que probable que Kenneth refuse tout net.
Peter sourit et s'étendit lentement.
- Je sais, mais je sais que si mon ami veut vraiment quelque chose il trouve toujours un moyen de l'obtenir.
Neal le regarda tirer la couverture à lui et fermer les yeux.
Il ne savait trop comment prendre les derniers mots de l'agent.
Peter avait presque souri en prononçant ces mots, comme s'il faisait une bonne plaisanterie.
Avant que Neal ait pu se décider à poser des questions il était déjà trop tard pour le faire, Peter s'était endormi et il n'avait pas le cœur de le tirer du sommeil alors qu'il était encore si fatigué, presque faible.
Il resta un moment à la même place, à regarder Peter dormir.
Cela aussi c'était nouveau pour lui, dans leur ancienne vie Peter ne se serait pas laissé aller au point de s'endormir en sa présence. Même s'ils avaient plus ou moins confiance l'un dans l'autre elle n'allait pas jusqu'à là.
A moins que ce ne soit une forme de pudeur de la part de l'agent qu'une véritable défiance envers lui.
Neal n'aurait pas non plus accepté de dormir en présence de n'importe qui, il n'aurait pas accepté de dormir en présence de la plupart de ses associés, mais il avait succombé à la fatigue en présence de l'agent sans éprouver la moindre crainte. Parce que c'était Peter et qu'il savait qu'il pouvait le faire sans risques.
Il était partagé entre l'émotion de voir Peter dormir en sa présence et le sentiment que ce n'était sans doute pas seulement parce que l'agent lui faisait confiance, mais parce qu'il était trop fatigué pour résister à l'envie de dormir.
Il ne pouvait pas écarter cette éventualité, tout comme il ne pouvait pas non plus écarter l'éventualité que Peter lui fasse assez confiance désormais.
Il ne voulait pas pour autant se laisser par trop submerger par l'émotion. Il avait besoin de rester assez détaché pour réussir à convaincre Kenneth. Même si ce dernier connaissait l'attachement qu'il éprouvait pour les Burke il ne tenait pas à ce qu'il croit que cet attachement puisse être un frein pour la mission. S'il venait à penser qu'elle puisse être menacée il pourrait mal le prendre.
Il quitta la chambre sans faire de bruits, ouvrant la porte avec son passe et la refermant de même.
Il marqua un pause dans le couloir, pour se reprendre et commencer à réfléchir.
A suivre
