Je sais, j'ai été très sadique avec la fin du chapitre précédent mais voilà la suite tant attendu : bonne lecture !


Severus et Pearl échangèrent un sourire satisfait quand Draco entra dans le salon, une valise à la main. Bien calé dans le canapé, Severus étendit les jambes et examina le costume bleu de Draco avec un sourire entendu.

- En Californie, on ne se met pas en costume pour une réception. Cela ne se fait pas.

- J'ai complètement oublié cette fichue soirée, répondit-il en jetant un regard noir à ses propres invités. Tu veux bien me remplacer ? Dis-leur que j'ai eu une affaire urgente. Puis-je t'emprunter ton pilote ? ajouta-t-il en posant distraitement sa valise pour nouer sa cravate.

- Juste mon pilote ? fit Severus en levant les yeux vers Pearl qui était perchée sur un bras du canapé, la main sur son épaule. Pas mon avion ?

Draco se détourna quand sa gouvernante entra précipitamment pour lui apporter les deux mallettes qu'il lui avait demandé de préparer.

- Ton avion et ton pilote, confirma-t-il impatiemment.

- Cela dépend de l'endroit où tu as l'intention de te rendre.

Certain d'avoir tout ce dont il avait besoin pour les quelques jours à venir, Draco prêta enfin attention à son ami.

- Où diable crois-tu que j'aille ?

- Comment veux-tu que je le sache ? Si c'est à Keaton, ne penses-tu pas que tu devrais d'abord appeler Harry ?

- Non, j'ignore quelle sera sa réaction. Je ne veux pas qu'il s'en aille pour m'éviter. Si je prends un vol régulier, il me faudra des heures pour y arriver.

- Pourquoi te presser ? Tu l'as déjà fait attendre six semaines pendant que Ginny Weasley lui tenait la main et lui prêtait son épaule pour s'épancher. De plus, les avions privés sont des jouets coûteux…

- Je n'ai pas le temps pour ces conn...

Draco s'interrompit net quand Neville Longdubas apparut dans l'embrasure de la porte et annonça :

- La voiture est avancée, prête à partir, Severus. J'ai appelé Sirius. Il a fait le plein de l'avion et est prêt à décoller. Draco, quand serez-vous prêt ?

- Je crois qu'il l'est, fit Severus d'un ton pince-sans-rire.

En jetant à Severus un regard dégoûté, Draco prit Pearl dans ses bras.

- Merci, dit-il avec sincérité.

- Je vous en prie, répondit-elle, rayonnante. Transmettez mon bon souvenir à Harry.

- Et présente lui mes excuses les plus sincères, ajouta Severus, qui retrouva son sérieux et tendit la main à Draco. Bonne chance.

Ils le regardèrent franchir le seuil d'un pas rapide, puis Pearl leva les yeux vers son époux.

- Cet homme l'aime tant qu'il se fiche pas mal qu'on le prenne pour un imbécile parce qu'il désire encore Harry après ce qu'il lui a fait à Mexico. La seule chose qui compte pour lui, c'est que Harry l'aime.

- C'est un sentiment que je connais, répondit sombrement Severus en croisant son regard mouillé.

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- Hagrid, tu peux passer prendre un type qui atterrit sur la piste dans vingt minutes ?

On entendait a peine les braillements du talkie-walkie dans le vacarme du gymnase où cent soixante-quinze citoyens de Keaton étaient réunis pour la répétition de la revue historique du bicentenaire qui devait avoir lieu le lendemain, après le défilé. Rubeus Hagrid posa le sabre qui pendait de son uniforme de général et prit l'appareil qui se trouvait dessous pour le porter à ses lèvres.

- Bien sûr, Billius, Harry Potter vient de me dire que j'ai déjà bien assimilé mon rôle.

Hagrid, qui se trouvait splendide en uniforme, chercha Harry qui était chargé de la revue et l'aperçut un peu à l'écart, à côté de son frère et de sa belle-sœur. Ils regardaient la répétition qui se déroulait sur la scène.

- Salut, Julian… Sydney ! s'écria-t-il en fendant la foule. Pardon , Harry, ajouta-t-il et, quand le jeune homme lui sourit, il s'expliqua. Billius Flitwick m'a permis de conduire le taxi le week-end pour gagner un peu plus d'argent. Il faut que j'aille chercher quelqu'un à l'aérodrome. Un type qui atterrit là-bas dans quelques minutes.

- Allez-y ! fit Harry sans prêter attention au coup d'œil furtif et interrogateur que Sydney lança à Julian. Nous avons presque terminé et vous n'avez plus besoin de répéter.

- Je sais, dit-il fièrement. Je connais ma réplique : « Chargez, voici venu l'ennemi tant redouté !»

- Ça, c'est sûr, fit le jeune homme en riant.

Hagrid hésita, lorgna du côté d'Olympe Maxime à l'autre extrémité de la salle, puis se pencha.

- Si Olympe demande où je suis passé, vous pourrez certainement lui dire que j'avais quelque chose de très important à faire.

Harry lui avait délibérément attribué un rôle où il devait rester près de la vieille dame, qui rougissait encore comme une écolière à chaque fois qu'il lui adressait la parole.

- Pourquoi ne le lui dites-vous pas vous-même ? murmura Harry. Elle vous regarde.

Hagrid rassembla son courage et s'approcha d'Olympe et d'Athénaïs Maxime, toutes deux vêtues de robes de bal assorties, coiffées des mêmes anglaises.

- Je dois faire un saut à l'aérodrome pour Billius Flitwick, dit-il à Olympe. Je lui donne un coup de main le week-end, en plus de mes activités d'électricien.

- Fais bien attention, Hagrid, répondit timidement celle-ci.

- Ne lui bousille pas sa voiture, ajouta Athénaïs d'un air méprisant.

Hagrid sentit la moutarde lui monter au nez. Il s'éloigna, revint et lui décocha un regard mauvais.

- Athénaïs, fit-il, tenant tête à la vieille femme pour la première fois depuis des décennies. Tu es méchante, hautaine, insensible et tu l'as toujours été ! Je te l'ai dit il y a bien des années, et c'est toujours vrai.

- Et toi, rétorqua-t-elle en devenant toute rouge, tu es un bon à rien !

Il planta son chapeau de général sur son crâne et mit les mains sur ses hanches d'un air menaçant.

- Ce n'est pas ce que tu pensais quand tu étais jeune, que tu me courrais après en essayant de me détourner d'Olympe !

Puis il s'éloigna, laissant Olympe bouche bée devant sa sœur jumelle furibonde et blessée, car elle commençait à comprendre.

Sydney attendit qu'Harry monte sur la scène pour rassembler les enfants qui devaient répéter à leur tour. Elle pressa la main de Julian et lui demanda :

- Julian, tu crois que c'est Malfoy qui atterrit à l'aérodrome ?

Julian hocha négativement la tête.

- Il n'y a aucune chance. Hier soir, on a annoncé aux infos qu'il donnait une fête pendant tout le week-end, tu te souviens ?

Son visage se décomposa, et il lui tapota la main.

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- Bouclez votre ceinture, accrochez-vous et faites vos prières ! plaisanta le pilote dans l'interphone, tandis que l'avion descendait à vive allure dans le crépuscule tombant et piquait vers le ruban de ciment. Si cette piste avait quinze centimètres de moins, nous n'aurions pas pu nous poser, et s'il faisait plus sombre, nous aurions dû atterrir à Dallas. Evidemment, ils n'éclairent pas ce bout de trottoir la nuit. A propos, votre taxi attend en bas.

Sans détacher les yeux des cassettes vidéo qu'il avait emportées pour les visionnées dans l'avion, Draco boucla sa ceinture. Quelques minutes plus tard, il leva le nez en plissant le front car le pilote venait d'écraser le frein en touchant la piste. L'appareil à la ligne élancée roula sur le tarmac en cahotant avant de s'arrêter à quelques centimètres de l'extrémité de la piste, dans un crissement de freins.

- Après deux atterrissages ici, M. Snape va devoir changer les freins, dit le pilote, un peu secoué et on ne peut plus soulagé. Quelles sont les consignes pour ce soir, monsieur Malfoy ? Je prends une chambre pour la nuit dans un motel ou je rentre directement sur la côte ouest ?

Draco appuya sur le bouton de l'interphone qui se trouvait sur la console entre les deux canapés, hésita et affronta une réalité qu'il avait voulu ignorer depuis qu'il était parti : il ne savait absolument pas si Harry le détestait plus à présent qu'il ne l'avait aimé, ni quel accueil il lui réserverait, ni combien de temps cela prendrait de le convaincre de revenir avec lui en Californie, ni même s'il y parviendrait.

- Prenez une chambre pour la nuit, Sirius, dit-il enfin. Je vous renverrai le taxi.

Le pilote était encore en train de couper les moteurs quand Draco descendit la passerelle. Le chauffeur de taxi était au garde à vous devant la portière ouverte de son taxi, vêtu de l'uniforme de la guerre de Sécession le plus ridiculement inauthentique que Draco eût jamais vu. Il se dit que cela devait pourtant être cela.

- Savez-vous où habite Harry Potter ? lui demanda-t-il en se glissant à l'arrière, puis il posa sa mallette. Sinon il me faut un annuaire. J'ai oublié d'apporter son adresse.

- Bien sûr que je sais où il habite, répondit le chauffeur qui scruta le visage de Draco et prit un air féroce quand il le reconnut.

Puis il prit place sur le siège et claqua la porte avec une violence inutile.

- Vous êtes bien Malfoy ? demanda-t-il quelques minutes plus tard, quand ils passèrent devant l'école primaire avant de pénétrer dans un quartier pittoresque du centre qui s'étendait autour du palais de justice, avec une place entourée de boutiques et de restaurants.

Draco contemplait la ville où Harry avait grandi.

- Oui.

A un kilomètre à peine du centre, le taxi s'arrêta devant une jolie maison de plain-pied, dont la pelouse rasée était plantée de grands arbres, et Draco sentit les battements de son cœur s'accélérer tandis qu'il cherchait de la monnaie dans sa poche.

- Combien vous dois-je ?

- Cinquante dollars.

- Vous plaisantez !

- Pour tout autre, la course en coûte cinq. Mais pour une canaille comme vous, c'est cinquante dollars. Maintenant, si vous voulez que je vous conduise où Harry se trouve au lieu de vous laissez ici, où il n'est pas, ça vous en coûtera soixante-quinze.

Partagé entre l'étonnement, la colère et l'inquiétude, Draco résolut de ne pas prêter attention à ces injures et se rassit.

- Où est-il ?

- Au lycée où il s'occupe de la répétition de la revue historique.

Draco se rappela qu'il était passé devant le bâtiment et son parking bondé. Il hésita, impatient de le voir, de mettre les choses au point, de le prendre dans ses bras si il le lui permettait.

- Est-ce que par hasard, vous sauriez aussi combien de temps il y sera ? demanda-t-il d'une voix teintée de sarcasme.

- Ça peut durer toute la nuit, mentit Hagrid par pur dépit.

- Dans ce cas, allons-y.

Le chauffeur acquiesça d'un brusque mouvement de tête et s'écarta du trottoir.

- Je ne comprends pas pourquoi vous êtes si pressé de le voir, dit-il en jetant regard noir à Draco dans le rétroviseur. Vous l'avez laissé tout seul face aux journalistes et aux flics après l'avoir laissé dans le Colorado. Quand vous êtes sorti de prison, vous n'êtes pas non plus venu le voir. Vous étiez trop occupé avec vos poules de luxe et vos fêtes pour vous soucier d'un gentil garçon comme Harry qui n'a jamais fait de mal à personne ! Vous lui avez fait honte devant tout le monde, devant toute cette petite ville ! Ceux qui ne sont pas de Keaton le déteste parce qu'il a fait son devoir au Mexique. Seulement ce n'était pas ce qu'il fallait faire. J'espère, conclut-il, qu'il va vous crever les yeux ! Si j'étais son papa, je sortirais mon fusil et j'irais à votre rencontre, dès que j'apprendrai votre venue ! Et j'espère bien qu'il le fera.

- Vos deux vœux seront probablement exaucés, dit calmement Draco en sortant un billet de cent dollars qu'il lui tendit. Retournez à l'aérodrome chercher mon pilote. Ce n'est pas une canaille, vingt-cinq dollars devraient suffire.

Il y avait dans sa voix quelque chose qui fit hésiter Hagrid qui se retourna sur son siège.

- Vous avez l'intention de vous rabibocher avec lui ? C'est pour ça que vous êtes ici ?

- Je vais essayer.

Tout hostilité disparu de ses traits.

- Votre pilote attendra quelques minutes. Je veux voir ça. Et puis vous aurez peut-être besoin d'un ami dans cette cohue.

Draco ne l'entendit pas. Il avançait déjà à grands pas vers l'école.

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Il repéra Harry dans la foule avant même que les portes se soient refermées derrière lui. Il dirigeait un cœur d'enfants, vêtus de divers costumes, certains dans des chaises roulantes, tandis qu'une pianiste les accompagnait sur scène.

Il resta planté là, paralysé, à écouter le doux son de sa voix, à contempler ce sourire si beau, avec une tendresse qui le déchirait. Avec son jean et son sweat-shirt, ses cheveux bruns en bataille, il était adorable… et maigre. Il avait les yeux et les pommettes plus saillantes. La gorge de Draco se noua quand il vit à quel point il avait maigri. A cause de lui. Le chauffeur de taxi lui avait dit qu'il lui avait fait honte devant toute la ville. Il allait réparer cela si c'était possible. Sans prêter attention aux regards sidérés ni aux chuchotements que l'on entendait ça et là, à mesure que les spectateurs dans les gradins remarquaient sa présence et reconnaissaient son visage, il s'avança.

- Qu'est-ce qui se passe, les enfants ? demanda Harry en voyant que certains s'arrêtaient de chanter et se mettaient à murmurer.

Il était vaguement conscient du silence qui avait envahi la grande salle et de l'écho des pas d'un homme sur le parquet, mais il était plus préoccupé par l'heure tardive et l'attention fléchissante de ses élèves.

- Seamus, si tu veux vraiment qu'on te laisse chanter, fais attention, le prévint-il, mais le petit garçon pointait le doigt derrière le jeune homme en chuchotant furieusement à l'oreille de Dean Thomas et Remus Lupin.

- Mademoiselle Sinistra ! fit Harry en levant les yeux vers la pianiste qui était bouche bée. Mademoiselle Sinistra, on reprend.

Mais quand le jeune professeur se retourna, le chœur des enfants se scinda et un petit groupe mené par Seamus Finnigan s'avança.

- Où allez-vous comme ça ? explosa Harry quand ils passèrent devant lui.

Alors il fit volte face et se figea.

Draco se tenait à deux mètres de lui, les bras ballants. Il avait enfin lu sa dernière lettre, songea Harry, furieux, et il était venu rechercher sa voiture. Le jeune homme brun resta planté là, craignant de parler, de bouger, fixant ce visage à la beauté sévère qui avait hanté ses rêves et tourmenté ses jours.

Seamus Finnigan fit un pas en avant et lança d'une voix forte, rocailleuse et agressive :

- C'est vous, Draco Malfoy ?

Draco acquiesça en silence et d'autres garçons firent soudain un pas en avant, se dispersant devant Harry. Trois d'entre eux étaient en fauteuil roulant et tous prêt à le défendre contre le monstre qui se trouvait au milieu d'eux.

- Alors vous feriez mieux de sortir d'ici, lança celui qui avait une voix de crapaud en levant le menton. Vous avez fait pleure Monsieur Potter.

Le regard solennel de Draco se posa sur le visage pâle d'Harry.

- Il m'a fait pleurer aussi.

- Les héros de cinéma ne pleurent pas, railla l'enfant.

- Parfois si… quand quelqu'un qu'ils aiment leur fait beaucoup de mal.

Seamus leva les yeux vers son professeur bien aimé et vit des larmes couler sur ses joues.

- Regardez ! Vous recommencez ! lança-t-il avec un regard mauvais. C'est pour ça que vous êtes venu ici ?

- Je suis ici, répondit Draco, parce que je ne peux pas vivre sans lui.

Dans l'auditorium, tous restèrent bouche bée devant ce héros qui jouait les durs au cinéma et qui reconnaissait humblement tout cela devant eux, mais Harry ne vit pas leurs regards. Il fendit le chœur des enfants, avança à grands pas, courut… courut se jeter dans les bras qu'on lui tendait.

Ils se refermèrent sur lui avec une force étonnante, sa main caressa son visage baigné de pleurs, le protégeant de l'assistance. Puis Draco se pencha vers lui et lui murmura d'une voix rauque :

- Je t'aime.

Les épaules secouées de sanglots, Harry glissa les mains autour de son cou et, le visage plaqué contre sa poitrine, il s'accrocha férocement au blond

A l'autre extrémité de l'auditorium, Julian enlaça Sydney et la serra contre lui.

- Comment peux-tu être aussi intelligente ? fit-il à voix basse.

Rubeus Hagrid bien que romantique, était aussi d'un naturel plus pratique.

- La répétition est terminée, les amis ! cria-t-il en faisant un clin d'œil à Olympe, puis il éteignit la lumière, plongeant la salle dans une obscurité totale, et trotta en direction de son taxi.

Le temps que l'on trouve l'interrupteur, Draco et Harry avait disparu.

- Grimpez à l'intérieur ! dit Hagrid en saluant d'un geste ample avec son chapeau de général, tandis qu'ils jaillissaient, main dans la main, par les portes du lycée. J'ai toujours rêvé de conduire une voiture en fuite, ajouta-t-il en écrasant l'accélérateur. Où va-t-on ?

Harry était incapable de raisonner calmement.

- Chez toi ? demanda Draco.

- Non, si vous voulez vous câliner, intervint Hagrid. Toute la ville va venir rappliquer à votre porte.

- Où se trouve l'hotel le plus proche ?

Harry lui jeta un regard mal à l'aise, mais Hagrid fut plus expéditif.

- Vous voulez ruiner sa réputation ou arranger les choses ?

Draco baissa les eux vers Harry, muet, impuissant, impatient d'être seul avec le brun. Et dans son regard il lut qu'il en était de même pour lui.

- Chez moi, dit Harry. Nous décrocherons le téléphone et nous débrancherons la sonnette s'il le faut.

Un instant plus tard, Hagrid gara le taxi devant la maison, et Draco chercha la monnaie dans sa poche.

- Combien vous dois-je, cette fois ? demanda-t-il d'un ton pince-sans-rire.

L'homme se retourna et, affichant un masque de dignité blessée, il lui rendit son billet de cent dollars.

- Cinq dollars, aller et retour, y compris la course pour aller chercher votre pilote. Tarif spécial, ajouta-t-il avec un sourire enfantin, pour celui qui n'a pas eu peur de reconnaître qu'il aimait Harry devant la ville entière.

Etrangement touché, Draco lui tendit un billet de vingt dollars.

- J'ai laissé une valise et une autre mallette dans l'avion. Voulez-vous me les rapporter ici après avoir conduit mon pilote au motel ?

- Entendu ! Je les laisserai à la porte de derrière.

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Harry entra dans le salon, alluma la lumière, mais, quand Draco voulu lui prendre la main, il tomba sans un mot dans ses bras, l'embrassa avec un désespoir égal au sien, le serra contre lui et plaqua ses lèvres sur les siennes, tandis que ses mains couraient sur son corps. Draco resserra son étreinte, le dévorant des lèvres, tandis que ses doigts retrouvaient avec avidité sa forme tant aimée.

La sonnerie suraiguë du téléphone à côté d'eux les fit sursauter et Harry tendit une main tremblante.

Draco le regarda porter le combiné à son oreille et sourit intérieurement quand Harry baissa le regard d'un air gêné alors qu'il retirait sa veste.

- Oui, c'est vrai, Madame Dumbledore, dit-il. Il est vraiment là. Je ne sais pas, je vais le lui demander, fit-il au bout d'un instant.

Couvrant le téléphone de la main, il jeta à Draco un regard d'impuissance.

- Le maire et sa femme voudraient savoir si nous… si nous sommes libres pour dîner chez eux ce soir, demanda-t-il.

Draco arracha sa cravate et se mit à déboutonner sa chemise. Lentement, il fit non de la tête et vit ses joues s'empourprer devant l'évidence de ses intentions.

- Je crains que non. Je ne connais pas ses projets immédiats ni avenirs d'ailleurs. Oui, je le lui demanderai et je vous en informerai.

Harry raccrocha le téléphone, puis le décrocha à la hâte, poussa le récepteur sous un coussin du sofa, se redressa et se frotta nerveusement les mains sur les cuisses. Des dizaines de questions lui traversaient l'esprit alors qu'il restait là à regarder le blond, des doutes, des incertitudes, des espoirs, et surtout un sentiment de joie irréel. Draco était bien là dans son salon avec ses yeux tendres, amusés, séduisants.

- Je n'arrive pas à y croire, murmura Harry. Il y a quelques heures, tout semblait si…

- Vide ? fit Draco de cette voix grave, irrésistible, qu'il lui avait tant tardé d'entendre. Et dénué de sens ? ajouta-t-il en s'avançant vers le brun.

- Et désespéré, dit Harry en hochant la tête. Draco, j'ai… J'ai tant de choses à t'expliquer si tu veux bien. Mais je…

Sa voix se brisa quand il l'attira dans ses bras et il caressa le visage du blond de ses doigts tremblants.

- Mon Dieu, tu m'as tant manqué !

Draco lui répondit en posant sa bouche sur ses lèvres. Il glissa les mains dans sa crinière sauvage et Harry se plaqua contre lui avec cette passion sauvage, avec cette ardeur provocante qui avait hanté ses rêves en Amérique du Sud et l'avait réveillé en sursaut, trempé de sueur, en prison. Puis il mit fin à leur long baiser.

- Montre moi ta maison, dit-il d'une voix si rauque qu'il eut peine à la reconnaître.

Ce qu'il lui demandait en réalité, c'était de lui montrer sa chambre. Ce qu'Harry comprit. Le brun le mena tout droit où Draco voulait aller mais, quand il franchit le seuil et aperçut les meubles de rotin blanc, les murs vert pale, le grand lit crème, l'armoire, la pièce était tellement semblable à ce qu'il avait imaginé qu'il s'arrêta net.

- C'était bien comme ça ? fit Harry, comme s'il avait lu dans ses pensées.

- C'est exactement comme je me l'imaginais quand…

Harry vit ses traits contractés et termina sa phrase d'une voix morne.

- Quand tu étais allongé sur ton lit dans ce bateau, tu m'imaginais dans cette pièce parce que je te l'avais demandé. Quand, poursuivit-il avec une honnêteté brutale, tu croyais encore que j'allais t'y rejoindre… quand tu étais loin de te douter que je te tendrais un piège, que je te livrerais au FBI, que je te ferais tabasser et renvoyer en prison.

Draco le regarda avec un pauvre sourire.

- Quand tout cela était vrai.

Harry s'écroula sur le lit, tourné vers lui, le regard franc et interrogateur.

- Est-ce qu'on pourrait rester un peu ici et parler ?

Draco hésita. D'une part, il mourrait d'envie. D'autre part, Harry était visiblement bouleversé et ils ne pouvaient pas partir du bon pied sans régler les différents passés.

- Un tout petit peu, acquiesça-t-il.

Harry dressa une pile de coussins contre la tête de lit. Draco lui enveloppa les épaules de son bras. Harry se blottit contre lui, une main sur sa poitrine, et le blond se souvint des matinées passées au lit dans le Colorado, dans la même position, et sourit.

- J'avais oublié à quel point tu es fait pour moi.

- Tu penses à nos petits matins dans le Colorado, fit Harry d'un ton qui n'avait rien d'interrogateur, et Draco baissa la tête.

- J'avais oublié aussi à quel point tu étais perspicace.

- Pas perspicace du tout. J'y songeais aussi.

Harry sourit et, hésitant, fit une tentative pour aborder une discussion plus périlleuse.

- Je ne sais pas par où commencer, dit-il. Je ne sais même pas ce qui a fini par t'amener ici.

Sous l'effet de la surprise, Draco fronça les sourcils.

- C'est Weasley qui m'a amené ici. Tu ignorais qu'elle avait l'intention de me rendre visite ? Elle s'est pointé chez moi, en Californie, ce matin, poursuivit-il comme Harry le regardait d'un air ébahi, dans un tailleur stricte mais élégant et un authentique insigne du FBI.

- Ginny est venue te voir ? fit-il, sidéré. Ginny Weasley ? Pas ma Ginny ?

Draco se raidit.

- Evidemment, "ta Ginny" !

Il se rendit brusquement compte que, bien qu'il lui eût dit qu'il l'aimait, Harry avait tout juste admis qu'il lui avait manqué.

- Je m'étais mis dans la tête, ajouta-t-il d'une voix tout à fait neutre, que tu avais envie que je ne vienne pas seulement pour faire la paix. Maintenant que j'y pense, c'est simplement la conclusion que j'ai tirée en voyant ces cassettes. Je crois, fit-il d'une voix crispée tout en retirant son bras, que mieux vaudrait que nous en discutions dans le salon. Ou peut-être demain, dans le hall de mon hôtel, où que ce soit.

- Draco, dit-il en tremblant et en s'agrippant à son bras, n'essaie pas de quitter ce lit ! Si jamais tu me rejettes encore une fois sans me laisser m'expliquer, je ne te le pardonnerai pas. Ginny est mon amie. Elle était présente quand j'étais désespéré et seul.

Draco laissa retomber sa tête sur l'oreiller et l'enveloppa dans ses bras.

- Mais qu'est-ce que tu as pour me ramollir le cerveau comme ça ? fit-il d'un ton ironique mais soulagé. Dans le Colorado, tu avais fait de moi une espèce de yo-yo et voilà que ça recommence. Donc je suis venu parce que Weasley a fait irruption chez moi ce matin en brandissant son insigne pour balancer sur mon bureau une enveloppe contenant deux cassettes vidéo et une lettre.

La jalousie latente qu'il éprouvait encore à l'égard de son amitié pour Weasley et sa propre culpabilité donnaient à ses propos une note sarcastique.

- Entre le moment où elle a exprimé des doutes sur la légitimité de ma libération et celui où elle a voulu me gifler, elle a quand même réussi à me dire que, contrairement à ce que Voldemort voulait me faire croire à Mexico, tu n'avais pas eu l'idée de me tendre un piège en faisant mine de me rejoindre. Elle m'a aussi expliqué que c'étaient une visite à Reine Black et la mort de Théodore qui, combinées, avaient fini par te pousser à me livrer.

- Qu'y avait-il dans ces cassettes et dans la lettre ?

- Sur l'une des bandes, la conférence de presse que tu as donné à ton retour du Colorado. La lettre, c'était celle que tu avais écrite à ta famille quand tu étais sur le point de t'en aller. L'autre bande provient des archives du FBI. Elle nous montre tous les deux à Mexico.

A l'évocation des événements de l'aéroport Harry tressaillit dans ses bras.

- Je suis désolé, murmura-t-il d'une voix brisée en se cachant le visage contre sa poitrine. Je suis tellement triste ! Je ne sais pas si nous pourrons l'un et l'autre oublier ça.

Devant sa réaction, Draco prit une décision mais ne lui en parla pas tout de suite.

- Mais enfin qu'est ce qui t'a pris d'aller voir Reine Black ? demanda-t-il en lui prenant le menton.

La sonnette retentit, mais ils n'y prêtèrent pas attention.

- Dans ta lettre, lui répondit Harry en soupirant, tu disais que cela faisait longtemps que tu souhaitais te réconcilier avec elle. Et puis tu as dit aussi que tu avais l'impression que nous attirions la malédiction en semant autant de malheurs autour de nous Alors j'ai décidé d'aller lui expliquer que tu l'aimais et que tu regrettais votre éloignement.

- Et elle t'a ri au nez.

- Pire. D'une façon ou d'une autre, nous nous sommes mis à parler de William. Immédiatement elle m'a dit que tu l'avais assassiné après que vous vous étiez disputés pour une fille et elle m'a tendu un dossier bourré de coupures de presse où tu reconnaissais lui avoir tiré dessus. Et je…

Harry aspira par à-coups, malheureux de porter une accusation contre son amant.

- Je me suis rendu compte que tu m'avais menti, Draco. J'ai tenté de me persuader que c'était à elle que tu avais menti, pas à moi, mais quand Théodore Nott a été tué, cela faisait trois personnes avec lesquelles tu t'étais querellé, toutes mortes de ta main. C'était du moins ce que les apparences donnaient à penser. Je me suis dit… J'ai commencé à croire, comme ta grand-mère, que tu étais fou. Je t'ai trahi. Et j'étais convaincu que c'était pour ton bien.

- Je ne t'ai pas menti au sujet de William, fit Draco en soupirant. C'est à la police de Ridgemont que je n'ai pas dit la vérité.

- mais pourquoi ?

- Parce que mon grand-père me l'a demandé, parce qu'en cas de suicide, on fait une enquête sur les causes éventuelles. Mon grand-père et moi, nous ne voulions pas que cette vieille carne soit contrainte d'affronter l'homosexualité de William, le jour où les flics l'apprendraient. Je n'aurais pas dû prendre cette peine, ajouta-t-il d'un ton crispé. J'aurais mieux fait de la laisser face à ce qu'elle aurait considéré comme une honte. Cela n'aurait pas pu faire de mal à William.

- Connaissant ses sentiments pour toi, et surtout son dégoût de l'homosexualité, dit Harry, comment as-tu pu me conseiller d'aller me réfugier chez elle si j'étais rejeté.

- Parce que ta famille si aimante et protectrice t'aurait mis à la porte, vraiment ?

Le sourire radieux qui avait illuminé son existence dans le Colorado apparut sur les lèvres d'Harry.

- On ne sait jamais, qui sait ?

Harry déboutonna encore un bouton de la chemise du blond et posa un baiser sur sa gorge.

- Réponds-moi !

- Si tu continu comme ça, tu auras plus de chances d'avoir mal aux fesses qu'une réponse à ta question.

- Je suis très gourmant, Draco. Je veux les deux.

Draco lui prit tendrement le visage entre ses mains et lui caressa les joues de ses pouces.

- Nous nous en occuperons ce soir, si tu es d'attaque.

Harry se mordit les lèvres, les épaules secouées de rire.

- Si je m'en tiens à un souvenir qui s'estompe, je crois que toi aussi tu devras l'être.

- D'attaque ? répéta Draco ravi de ce marivaudage et de cet amour joyeux qu'Harry lui avait toujours donné.

Le brun acquiesça.

- En fait, je le suis depuis que j'ai lu ta lettre. Tu en as la preuve à portée de main.

La sonnette retentit à nouveau, ils n'y prêtèrent pas davantage attention, mais Harry retira sa main d'un air coupable sans plus chercher de « preuve », comme Draco l'avait espéré.

- Est-ce que tu vas me répondre, oui ou non ?

- Oui, soupira le blond. Dans la lettre que je t'avais envoyé, je t'avais bien dis que je lui aurait écrit avant toute chose. En fait, j'aurais d'abord prévenu Dobby, pas elle.

- Dobby ? Le vieux domestique ?

Draco opina du chef.

- Mon grand-père et moi, nous lui avons fait jurer le secret, mais il sait ce qui c'est passé. Il était dans le couloir quand le coup est parti dans la chambre de William et il m'a vu sortir de la mienne en courant. Je l'aurais relevé de son serment et je lui aurais demandé de dire la vérité à sa maîtresse.

- C'est ta grand-mère, Draco. Ne l'appelle pas comme ça. Elle t'aime plus que tu ne l'imagines. Si tu la voyais maintenant, si tu lui parlais, tu comprendrais quel fardeau c'est pour elle…

- Pour moi elle est morte, Harry, l'interrompit-il d'un ton quelque peu mordant. Je ne veux plus entendre prononcer son nom ni que l'on y fasse allusion.

Harry ouvrit la bouche pour protester, mais se ravisa.

- Tu ne donnes jamais de seconde chance, n'est-ce pas ? fit-il d'un ton rieur.

- Exact, répliqua Draco implacablement.

- Sauf à moi.

Il frotta son poing fermé contre la joue d'Harry.

- Sauf à toi, admit-il.

- Combien de chances aurai-je ?

- Combien t'en faut-il ?

- Beaucoup, je le crains, dit Harry avec un soupir si gros que Draco éclata de rire et le prit dans ses bras.

Quand il le lâcha, il remarqua la petite chaîne d'argent qu'il portait au cou et qui apparaissait sous son col.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Draco.

Harry baissa le menton.

- Quoi ?

- Ça, dit le blond en enroulant un doigt autour de la chaîne.

Craignant que la vue de l'anneau lui rappelle l'horreur de Mexico, Harry mit hâtivement la main sur sa gorge.

- Ne t'occupe pas de ça, s'il te plaît !

Draco plissa les yeux devant son anxiété manifeste et fut de nouveau envahi par des soupçons auxquels il n'était guère accoutumé.

- Qu'est-ce que c'est ? insista-t-il en s'efforçant de rester raisonnable. Un cadeau de ton ex-petite amie ?

- Quelque chose comme ça. Je ne le porterai plus.

- Voyons un peu, dit Draco.

- Non.

- Un amant a le droit de connaître le goût de ses prédécesseurs.

- C'est d'un goût exquis ! Tu apprécierais. Lâche ça !

- Harry, le gronda-t-il, tu es un sale menteur. Qu'est-ce qui est attaché à cette chaîne ?

Sans lui laisser la moindre chance de lui résister, il écarta sa main et tira sur la chaîne.

Une alliance de platine tomba dans sa paume, dont les diamants scintillaient à la lumière.

Submergé de tendresse, il le serra contre lui.

- Pourquoi craignais-tu de me la montrer ?

- J'ai peur de tout ce qui peut te rappeler Mexico. Je n'oublierai jamais le regard que tu m'as jeté avant de comprendre que je ne les avais pas menés à toi par hasard… fit-il d'une voix mal assurée. Ni du changement qui s'est opéré sur ton visage quand tu t'en es rendu compte. Jamais. J'aurai toujours peur de revoir ce regard.

A regret, Draco retarda le moment de lui faire l'amour et l'éloigna de lui.

- Débarrassons-nous de ça.

- De quoi ? fit Harry, pris de panique. Où vas-tu ?

- Tu as un magnétoscope ?

Sa frayeur se mua en perplexité.

- Dans le salon.

Il l'entraîna aussitôt dans la pièce.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Harry à Draco, tandis que démarrait la cassette. J'espère que ce n'est pas Dirty Dancing, ou une scène érotique de l'un de tes films.

Draco glissa un bras autour de lui et dit calmement :

- C'est la cassette que j'ai visionnée plusieurs fois aujourd'hui, celle que le FBI à confisquée à Mex…

Harry secoua violemment la tête et tenta de lui arracher la télécommande.

- Je ne veux pas voir ça. Pas ce soir ! Plus jamais !

- Nous allons la regarder ensemble, Harry. Toi et moi. Ensuite, ce ne sera plus un obstacle entre nous, ça ne nous fera plus de mal et tu n'auras plus peur.

- Ne m'oblige pas à regarder ça ! dit le brun alors qu'on entendait déjà des cris dans l'aéroport.

- Regarde l'écran ! ordonna Draco impitoyablement. Nous y étions ensemble, mais je n'ai su qu'aujourd'hui ce que tu faisais pendant qu'on m'emmenait et j'ai l'impression que tu ne t'en souviens plus très bien.

- Oh si ! Je me rappelle exactement ce qu'on t'a fait ! Et par ma faute !

Draco lui tourna la tête vers le poste de télévision.

- Regarde-toi ! Et tu verras comme moi… un homme qui souffrait plus que moi.

Harry tourna péniblement les yeux vers l'écran et fixa d'un regard vide cette scène qu'il désirait oublier. Il s'entendit hurler qu'on ne fasse pas de mal à Draco, il aperçut Ginny qui le tirait en arrière, lui criait que tout était fini, Voldemort qui venait vers lui avec un sourire mauvais avant de laisser tomber l'anneau dans sa main. Il se vit le serrer contre lui en pleurant.

- Harry, murmura Draco avec une tendresse douloureuse, tandis qu'il l'attirait contre lui, tu vois ce que je vois. Ce n'était qu'un anneau, un morceau de métal et des pierres. Mais regarde comme c'était important pour toi !

- C'était l'alliance que tu avais choisie ! répondit Harry d'un air farouche. C'était pour cela que je pleurais.

- Vraiment ? le taquina-t-il gentiment. J'ai cru que tu trouvais les diamants trop petits.

Harry resta d'abord bouche bée, puis laissa échapper un ricanement hystérique tout en refoulant ses larmes.

- Maintenant regarde ! fit Draco avec un grand sourire. C'est ce qui me plaît le plus. Ne t'occupe pas de ce qu'ils me font, ajouta-t-il comme Harry détournait les yeux tandis que les Federales levaient leurs matraques. A la droite de l'écran, vois comment tu traites Voldemort ! Tu as un crochet du droit du tonnerre, mon cher !

Harry se força à regarder et fut un peu étonné et honteusement ravi de se voir attaquer cet homme là.

- Je ne me rappelais pas bien tout ça, murmura-t-il.

- Non, mais je parie que Voldemort se souvient encore de la suite des événements. Quand Weasley t'a entraîné, que tu ne pouvais plus l'atteindre ni avec tes mains, ni avec tes ongles, tu…

- Je lui ai donné des coups de pied, poursuivit Harry, sous le choc.

- Bien placés, déclara fièrement Draco. Tu n'as pas idée du nombre d'hommes sur cette terre qui meurent d'envie d'en faire autant !

Harry hocha la tête en silence et regarda la fin de la cassette. Un médecin plongeait une seringue dans son bras, tandis que Ginny le soutenait.

- Je vais démolir légalement Voldemort avant d'en finir avec cette histoire. J'ai rendez-vous au Texas avec le comité directeur de la justice pénale dans deux semaines. Quand j'aurais vidé mon sac, il se retrouvera dans l'une de ses propres cellules.

- C'est un démon !

- Et toi, dit Draco d'un air sombre en lui prenant le menton, tu es un ange. As-tu idée des sentiments que j'ai éprouvés chaque fois que j'ai vu ce film ?

Harry fit non de la tête.

- Je me suis senti aimé. Incroyablement, totalement, inconditionnellement aimé. Même quand tu me prenais pour un assassin dérangé, tu te battais et tu criais pour me défendre. Je n'ai jamais vu quelqu'un ayant autant de courage…

Il lui embrassa le coin de l'œil, fit glisser sa bouche sur sa joue, jusqu'à la commissure de ses lèvres.

- Ou autant d'amour à donner.

Il mit ses mains sous son sweat-shirt et descendit jusqu'à la fermeture de son jean.

- Donne le moi, mon amour… tout… tout de suite.

Draco entrouvrit ses lèvres, caressa sa peau nue, et quand Harry eut ouvert grand sa chemise et qu'il se mit à le caresser à son tour, ce fut son propre gémissement qu'il entendit. Mais le tintement qui lui parvint aux oreilles était celui de la sonnette et ces coups répétés dans sa tête, il se rendit compte que c'était un poing qui frappait à la porte. En jurant, Draco se redressa avec l'intention de l'emmener dans la chambre. Il tendit la main.

- Harry !

La voix de Julian accompagna une nouvelle série de martèlements.

- C'est mon frère ! dit Harry.

- Pourrais-tu lui suggérer de s'en aller et de revenir demain ?

Le brun allait acquiescer, mais Julian se mit à crier avec enjouement :

- Je te conseille vivement d'ouvrir cette porte. Je sais que tu es là.

Alors Harry tira sur son pull et tenta de reprendre une allure descente.

- je ferais mieux d'aller voir ce qu'il veut.

- J'attends dans la cuisine, dit Draco en se passant la main dans les cheveux.

- Puisqu'il est là, j'aimerais qu'il fasse ta connaissance.

- Maintenant ?

Draco baissa les yeux avec une moue qui en disait long, puis regarda Harry avec amusement.

- Comme ça ?

- Tout compte fait, répondit le brun en rougissant jusqu'aux oreilles, tu ferais mieux d'attendre dans la cuisine.

Harry ouvrit au moment où Julian levait la main pour frapper à nouveau. Il dévisagea son petit frère d'un air entendu.

- Désolé de vous interrompre. Où est Malfoy ?

- Dans la cuisine.

- Je l'aurais parié, fit Julian en riant.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda Harry, exaspéré, gêné et rayonnant à la fois, car il venait de comprendre un peu tard que ce devait être lui qui avait transmis sa lettre à Ginny.

- Autant vous l'annoncer à tous les deux, déclara Julian en s'engageant dans le couloir d'un pas nonchalant.

Il fit une halte devant la chambre. Il s'amusait visiblement beaucoup.

Draco buvait un verre d'eau devant l'évier quand Harry arriva dans son dos

- draco, voici mon frère Julian.

Draco sursauta, se retourna, les yeux rivés sur un visage qui ne lui sembla pas non plus inconnu.

- Vous avez raison, j'étais à Mexico avec Harry, fit-il en hochant la tête.

Alors Draco lui tendit la main et dit :

- Je suis heureux de vous rencontrer en des circonstances plus plaisantes.

- mais pas à cet instant précis, plaisanta Julian en lui serrant la main, et Draco éprouva une sympathie immédiate pour cet homme lui aussi plus jeune que lui. Si j'étais vous, poursuivit-il, je me servirais quelque chose de plus corsé que de l'eau. Papa veut vous voir tous les deux à la maison, expliqua-t-il devant la mine perplexe d'Harry. Immédiatement, souligna-t-il d'un ton comique. Sydney et maman sont en train d'essayer de le convaincre que ce sera beaucoup plus agréable s'il attend chez lui au lieu de venir ici, ce qu'il était bien décidé à faire, comme il ne parvenait pas à vous joindre au téléphone.

- Pourquoi est-il si impatient de nous voir ?

Julian s'adossa mollement au mur, les mains dans les poches, haussa les sourcils et regarda Draco.

- Avez-vous une idée de la raison pour laquelle le père d'Harry est… disons déterminé à avoir une petite conversation avec vous ?

Draco vida son verre d'eau et le remplit à nouveau.

- J'ai une petite idée.

- Harry, lui ordonna Julian en ricanant, va te brosser les cheveux et n'aie pas l'air si… ah !... si délicieusement ébouriffé. J'appelle papa et je lui dis que nous arrivons illico.

Harry tourna les talons et courut dans sa chambre, en lui criant par-dessus son épaule que le téléphone du salon était décroché.

Quand il réapparut dans la cuisine, Draco était en train de se raser dans la salle de bain. Il en émergea quelques instants plus tard avec une chemise propre, les cheveux peignés. Quand il entra à son tour dans la cuisine, Julian cessa de fouiller dans les placards et lança par-dessus son épaule :

- Je suppose que, cette fois, vous savez où Harry a mis la vodka ?

- Cette fois ? s'étonna Draco, qui ne pensait qu'a son entrevue avec son futur « beau-père ».

- Harry a une étrange manie, expliqua Julian, qui se pencha et jeta un coup d'œil sous l'évier. Quand il y a quelque chose qui le tracasse, il range… disons qu'il remet de l'ordre.

- Je sais, dit Draco.

- Alors vous ne serez pas surpris d'apprendre, enchaîna Julian qui, poursuivant ses veines recherches, ouvrit le réfrigérateur, que depuis qu'on vous a libéré il a rangé chaque armoire, chaque tiroir et chaque placard, et repeint le garage. Deux fois. Jetez un coup d'œil dans ce frigo, fit-il en désignant les compartiments de la porte. Vous remarquerez que les bouteilles et les pots sont classés par ordre décroissant, les plus grands à gauche. Sur l'étagère du dessus, il a inversé le schéma à des fins artistiques, de sorte que ce sont les plus petits objets qui se trouvent à gauche. La semaine dernière, tout était classé par couleur. C'était quelque chose à voir !

- J'imagine ! dit Draco, partagé entre l'amusement et le regret de l'avoir tant fait souffrir.

- Ce n'est rien, poursuivit Julian, très pince-sans-rire. Regardez-moi ça !

Il ouvrit un placard et lui montra les diverses boîtes de conserve sur les étagères.

- Il a classé ses produits d'épicerie par ordre alphabétique.

Draco faillit s'étouffer de rire.

- Il a quoi ?

- Regardez vous-même.

Draco jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule de son interlocuteur. Paquets, flacons et boîtes de conserve attendaient en rang et au garde-à-vous sur le devant.

- Abricots, asperges, betteraves, murmura-t-il avec incrédulité, clous de girofle, cornflakes, cumin, farine, gelée, jus de pommes, haricots secs… (Il regarda Julian.) Il a mal rangé les haricots.

- Non, dit Harry, qui pénétra dans la cuisine en se donnant un air nonchalant quand les deux hommes se tournèrent vers lui. Ils sont classés à L.

- L ? fit Draco en essayant vainement de garder son sérieux.

- L… comme légumineuses, leur expliqua-t-il.

Mort de rire, Draco l'attira dans ses bras, enfouit son visage dans son cou et savoura le bonheur de le retrouver.

- Où est la vodka ? lui murmura-t-il à l'oreille. Julian en veut.

Harry jeta la tête en arrière.

- Après les amandes.

- qu'est-ce qu'elle fiche là ? fit Julian en écartant les boîtes de haricots pour la prendre.

- A… comme Alcool, naturellement, déclara Draco du ton le plus neutre possible, ses épaules tressaillant d'un éclat de rire retenu.

- Naturellement, confirma Harry en gloussant.

- Dommage que nous n'ayons pas le temps d'en boire, déclara Julian.

- Je n'en ai pas envie, dit Draco.

- Tant pis.

La voiture de patrouille de Julian attendait au bord du trottoir. Il leur ouvrit la porte. Draco se glissa avec réticence sur le siège arrière, et ses traits se crispèrent.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Harry, tellement attentif qu'il remarquait aussitôt le moindre changement de ton ou d'expression.

- Ce n'est pas le moyen de transport que je préfère, c'est tout.

Draco vit son regard s'assombrir, mais le brun se ressaisit instantanément et lui répondit délibérément par une boutade :

- Julian, tu aurais dû prendre le 4X4 de Ron. Draco lui trouve plus de… charme.

Les deux autres éclatèrent de rire.

A suivre…


Alors, ça vous a plu ? Il me semble que vous l'attendiez avec impatience celui-là ! Dîtes-moi ce que vous en avez pensé…
Prochain chapitre : la confrontation Draco/révérend James Potter. Cela risque de provoquer quelques étincelles lol !
A bientôt !