Chapitre 48 : Un jour et pour toujours (part 2).

[-Lily, qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il.

Il la prit contre lui pour la mettre en confiance. Il la sentit alors trembler, puis elle fondit en larmes.

-Lily, qu'est-ce qui ne va pas ? répéta James, presque suppliant. Réponds-moi !

Mais Lily continuait de pleurer toutes les larmes de son corps sans parvenir à prononcer le moindre mot. James, complètement désemparé, entra dans la première salle de classe vide qu'il trouva et la fit s'asseoir sur une chaise. Là, il s'accroupit près d'elle et chercha quelque chose sur son corps qui aurait pu justifier son état –des traces de coups, de fatigue ou autre. Elle lui sembla en bonne santé.

-Il faut que tu me dises ce qu'il y a, Lilou ! supplia James. Tu sais que je ne supporte pas de te voir comme ça !

-Je suis tellement désolée… bredouilla Lily.

Elle cacha son visage derrière ses mains pour ne pas qu'il la voie dans cet état. James les prit dans les siennes pour pouvoir la regarder droit dans les yeux. Elle se calma un peu lorsqu'il parvint à établir un vrai contact visuel.

-Là, ça va… murmura James en essuyant sa dernière larme du bout de l'index.

-Oh mon Dieu… soupira Lily. C'est la première fois que je me laisse aller comme ça…

Elle renifla. James fit apparaître un mouchoir blanc qu'il lui tendit.

-Merci, dit-elle tout bas.

James lui sourit et la laissa reprendre ses esprits sans la presser. Pour lui montrer son soutien, il reprit sa main en caressant tendrement le dessus avec son pouce.

-J'espère que tu ne pleures pas comme ça tous les jours depuis Little Hangleton, avoua-t-il.

Lily tenta un faible sourire.

-A vrai dire, je me retiens depuis Little Hangleton, c'est pour ça que j'ai littéralement craqué aujourd'hui… en te voyant…

James haussa les sourcils.

-Tu n'y es pour rien, s'empressa d'ajouter Lily. C'est juste que…

Elle renifla encore et son regard se fit fuyant. James demeura patient.

-Ca paraît tellement insensé, comme histoire… soupira-t-elle.

Elle se leva, respira profondément et alla se poster près de la fenêtre. Comme James l'avait fait avant elle, elle parcourut du regard le parc et sourit en voyant les première année, qui à eux seuls faisaient plus de bruit que tous les autres élèves autour d'eux.

-Quand je pense qu'on était comme eux il y a quelques années… dit-elle tristement. Notre seul souci c'était d'arriver à l'heure aux cours de McGonagall pour ne pas perdre trop de points…

-Non, ça c'était ton seul souci, fit remarquer James. Le mien, c'était d'arriver à jouer au Quidditch malgré la stupide règle qui interdit aux première année de faire partie d'une équipe…

James eut un nouveau pincement au cœur. Il se souvenait encore parfaitement de toutes les fois où le capitaine de l'équipe de Gryffondor de l'époque –James Randol– l'avait fait prendre des douches glacées pour le dissuader de revenir perturber les entraînements. Et à chaque fois, James était revenu… L'année suivante, il avait passé les tests et avait aussitôt été sélectionné.

Sa nostalgie dut se voir sur son visage, car Lily avait froncé les sourcils et l'interrogeait du regard.

-Il y a un problème avec le Quidditch ? s'enquit-elle.

James hocha lentement la tête.

-Tu veux en parler ? demanda Lily, voyant qu'il n'en disait pas plus.

-Il n'y a rien à dire. Le Quidditch et moi, c'est du passé.

Lily ne comprit pas.

-Pourquoi est-ce que tu dis ça ? demanda-t-elle. Tu parlais de faire des tests pour intégrer une équipe de professionnels…

-Je ne peux plus faire de Quidditch, avoua tristement James. Les médicomages ont dit que ma colonne vertébrale avait pris trop de coups pour que je puisse prendre le risque de la heurter encore une fois, par un cognard ou une mauvaise chute.

-Entre la fois où Dumbledore t'a projeté contre un arbre, et la fois où c'est Voldemort qui t'a projeté contre la tombe ?

-Ouais. Les deux fois, mon dos en a pris un coup. Ils ont dit que la colonne vertébrale est une partie du corps trop fragile pour qu'on joue avec.

Lily hocha la tête.

-Pour combien de temps est-ce que tu es dispensé ? interrogea-t-elle.

-Définitivement.

Lily resta muette de surprise.

-Je ne sais vraiment pas quoi dire… bredouilla-t-elle.

-Parce qu'il n'y a rien à dire, répondit James.

Il s'efforça de sourire mais le cœur n'y était pas. On aurait pu lui retirer tout son argent, tous ses biens, mais on lui avait enlevé le Quidditch. Une partie de lui-même, et une partie de sa liberté. Voldemort avait frappé fort, à Little Hangleton. Il avait frappé très fort…

James dut respirer profondément pour refouler la vague de fureur qui emplissait son cœur et qui n'attendait que d'exploser. Tous ses rêves d'avenir s'étaient écroulés à cause d'une erreur. Il ne pourrait plus virevolter dans les airs comme une feuille prise dans les filets du vent, ni sentir l'adrénaline monter à chaque fois qu'un cognard sifflait à ses oreilles, ni entendre les explosions des supporters quand il marquait un but… D'ailleurs, il ne marquerait plus aucun but de sa vie. C'en était fini des tonneaux, des feintes et des tirs imparables. Toutes ces portes qui se fermaient si brusquement…

-Tu devais me dire quelque chose, toi aussi, rappela-t-il pour ne plus y penser.

Le masque de chagrin de Lily réapparut aussitôt sur son beau visage aux yeux rougis par les larmes. Son regard se reperdit dans le vague. James retrouva toute son anxiété.

-Tu m'inquiètes vraiment, Lily, tu sais, avoua-t-il. Je ne t'ai jamais vue comme ça…

La jeune femme avait refermé les yeux, comme si elle espérait que ses paupières retiendraient les larmes qui perlaient au coin de ses yeux. Elle resta un long moment ainsi, silencieuse et immobile. James se demanda même un instant si elle n'était pas en train de prier. Puis, elle se décida à parler. Sa voix fut lente et triste, et dissimulait tant bien que mal un léger tremblement. Et par dessus tout, son air désolé laissa supposer que ce qu'elle allait lui révéler l'impliquait de près ou de loin. La patience de James fut mise à rude épreuve.

-Avant que je ne commence, avança-t-elle prudemment, je tenais vraiment à ce que tu saches que tu n'y es pour rien dans cette histoire et que le problème vient entièrement de moi. Je… J'ai passé les plus beaux moments de ma vie à tes côtés et…

-Tu vas rompre ? coupa James.

Lily soupira de lassitude.

-Ecoute, je ne…

-Est-ce que tu vas rompre, ou pas ? insista James.

Le silence de Lily fut révélateur.

-Ok… murmura James.

Ses oreilles se mirent à bourdonner alors que la nouvelle envahissait peu à peu son corps et son esprit. C'était forcément une plaisanterie… Elle ne pouvait pas lui faire ça maintenant, alors qu'elle venait de lui annoncer qu'elle l'avait pardonné, alors tout allait si bien entre eux !

En dépit de la rage et du chagrin qui revenaient prendre son cœur d'assaut, James resta debout face à Lily et attendit la suite. Il ne craquerait pas devant elle, de toute manière. L'humiliation était déjà suffisamment importante.

-Vas-y, je t'écoute, dit-il sèchement.

Lily fut froissée par la dureté de sa voix. Elle voulut se rapprocher de lui, déposer sa main quelque part sur son corps, mais il se recula pour l'en dissuader, le regard sévère.

-Ne sois pas injuste… supplia Lily. Je t'ai dit que tu n'y étais pour rien !

-Alors pourquoi ? lança James, soudainement agressif.

-Ne t'énerve pas, s'il te plaît… pria Lily. C'est déjà suffisamment dur comme ça !

James poussa un juron.

-Pour qui est-ce que c'est le plus dur, hein ? rétorqua-t-il. Pour celui qui casse ou celui qui encaisse tout ?

-Ne commets pas l'erreur de croire que je le fais de gaieté de cœur, murmura-t-elle, déçue de sa réaction. Le choix que j'ai fait est le plus dur que je n'ai jamais eu à faire.

-Choisir entre deux partis avantageux ?

-Bon sang, James, ne sois pas stupide !

-Je suis stupide parce que je ne comprends pas ! s'énerva James.

Le crier le soulagea quelque peu. Désemparé, il prit place sur la chaise la plus proche et se frotta les yeux comme s'il désirait y voir plus clair. Lily, elle, ne bougea pas.

-Pourquoi m'avoir dit que tu me pardonnais, si c'est pour m'annoncer ensuite que tu veux rompre ? demanda-t-il plus calmement.

-Je ne veux pas rompre, rectifia Lily. Si cela ne tenait qu'à moi, je resterais avec toi jusqu'au jour de ma mort.

-Ca ne tient qu'à toi, Lily.

-Non.

James soupira.

-Dans ce cas il va falloir être plus précise, dit-il. Le choc est passé, je suis prêt à tout entendre. Mais tu me dois des explications.

Lily renifla et, à son tour, se frotta les yeux. James nota cependant que contrairement à lui, elle le faisait pour essayer les quelques larmes qui contre toute attente s'étaient remises à couler sur ses joues.

-Qu'est-ce que ça changerait, de tout d'expliquer… soupira-t-elle. Le problème restera le même.

-Si les mois que nous avons vécus comptent pour toi, tu me dois des explications, persista James. J'ai le droit de savoir pourquoi tu mets fin à mon rêve…

Ses paroles durent toucher Lily, car ses larmes rompirent toutes les barrières qui les retenaient. James ne fit rien pour la consoler, même si cœur se serra et même si voir des larmes dans ces grands yeux verts l'insupportait. Lui aussi, eut envie de pleurer. Si Lily le laissait derrière elle, c'était un autre rêve d'avenir qui s'en irait pour ne plus revenir. Que lui resterait-il ? Ses amis, qui feraient leur vie de leur côté et finiraient par oublier qui étaient les Maraudeurs…

-Voldemort a fait de moi son Horcruxe, lâcha finalement Lily. J'ai un morceau de son âme en moi et je n'ai pas d'autre choix que de vivre avec ça…

La première réaction de James fut de soupirer de soulagement devant le fait que personne n'avait pris sa place dans son cœur. Puis, lentement, ses dernières paroles imprégnèrent sa tête et un frisson parcourut son échine. Il eut l'impression que la température ambiante avait chuté de plusieurs degrés en quelques secondes. Son père lui avait un jour parlé des Horcruxes, de longues années auparavant –à vrai dire, son père en avait parlé à sa mère sans se douter que leur fils jouait derrière la porte de son bureau avec un gnome qu'il avait ramené de la forêt. Le petit garçon qu'il était n'avait pas très bien compris, mais James se souvenait avoir entendu parler de choses horribles au sujet de meurtre, d'âme divisée et d'immortalité. Cela lui suffisait amplement pour refuser de croire que Lily ait pu être utilisée à des fins aussi malsaines.

-Qu'est-ce que tu racontes ? s'enquit-il, les sourcils froncés. Voldemort aurait fait de toi son Horcruxe ?

Lily hocha la tête.

-C'est lui-même qui me l'a dit, précisa-t-elle. Quand tu étais inconscient…

Alors, James fut forcé de la croire. Il s'autorisa quelques secondes de désespoir, puis reprit ses esprits et réfléchit à toute allure. Il ne laissa pas la panique s'installer et ne perdit pas ses moyens : Lily avait besoin de lui pour surmonter cette épreuve car de toute évidence, elle était totalement désemparée et ne savait pas que faire face à une telle horreur.

-Tu vas commencer par sécher tes larmes, dit-il posément en reprenant ses mains. Tu n'es pas seule face à ça, d'accord ?

-Vas t'en, supplia Lily. Pars, oublie-moi, trouve quelqu'un d'autre…

-Tais-toi, si c'est pour dire des bêtises pareilles. On va commencer par le début et on trouvera une solution. Qui est au courant ?

Lily essuya ses larmes du revers de sa manche et respira lentement pour se calmer. Elle s'assit sur la chaise que James venait de quitter prit sa tête entre ses mains, le regard résolument fixé sur la table. Ses sanglots s'estompèrent.

-Voldemort est courant, déclara-t-elle, et Regulus Black… Oui, Regulus Black est au courant. Je ne sais pas comment il a su, mais il est courant…

-C'est tout ? questionna James. Juste vous trois ?

Lily acquiesça.

-Et Dumbledore ? demanda James. Tu lui en as parlé ?

-Non, et je ne veux pas qu'il sache.

-Il va falloir le prévenir, pourtant, avertit James. Lui seul peut avoir une idée de ce que nous devons faire.

-Je n'irai pas voir Dumbledore !

James soupira et se mit à faire les cent pas dans la salle de classe, à la recherche d'une solution qui de toute évidence n'existait pas.

-J'aurais encore préféré que tu m'annonces que tu ressortais avec McCartee, marmonna-t-il. Dans quelle galère on est, maintenant…

-Tu n'es pas obligé de m'y accompagner, assura Lily. C'est pour ne pas te mêler à ça que je voulais tout arrêter avec toi…

-Les gens qui s'aiment s'unissent pour le meilleur et le pire, rappela James. Je préfère vivre avec toi et ce morceau d'âme qu'avec n'importe qui d'autre. On va trouver une solution…

-La seule solution, c'est la mort, James.

Le jeune homme ignora sa dernière remarque.

-Mon père pourrait nous aider, médita-t-il. Il a parlé d'Horcruxes avec ma mère, quand j'étais môme.

-Regulus est formel : il n'y a rien à faire. Le seul moyen de détruire l'Horcruxe, c'est de détruire le corps qui le contient. Je ne veux pas mourir…

-Et tu ne mourras pas, promit James. Viens contre moi…

Lily obéit sans rechigner et se serra contre lui. James sentit son cœur dépaysé battre contre son torse. Il caressa doucement son dos et embrassa ses cheveux pour l'apaiser. Lily laissa sa tête aller contre son épaule et s'abandonna à lui.

-Je serai toujours à tes côtés, quoi qu'il arrive, jura-t-il à son oreille. Je ne te laisserai jamais tomber…

-Tu vas vivre avec une fille sous le contrôle de Voldemort ?

-Tu n'es pas sous son contrôle…

-Mais je le rends immortel…

-N'y penses plus… Je suis là, maintenant.

James n'imaginait pas la satisfaction qu'avait dû ressentir Voldemort le jour où il avait mis son plan à exécution. Lily Evans, horcruxe… Il avait fait d'une pierre un petit nombre de coups : tout d'abord, il se rendait immortel, puis il s'en prenait directement à l'héritier Potter en attaquant celle qu'il aimait qu'il aimait, puis il s'assurait que cet Horcruxe ne serait pas détruit, puisque personne au sein de l'Ordre n'oserait tuer une innocente, même pour la bonne cause… Il se procurait également par la même occasion une petite place parmi les proches de Dumbledore, si jamais le fragment d'âme qu'il avait placé en elle lui permettait de pénétrer dans son esprit. C'était décidément très bien joué de sa part…

Il n'avait cependant pas pensé que le phénomène inverse avait des chances de se produire. Si Voldemort avait créé un lien entre leurs deux esprits, Lily pourrait elle aussi s'incruster dans ses plans et en faire profiter l'Ordre du Phénix…

James eut une exclamation de surprise en réalisant que cela était déjà arrivé une fois. Il n'avait pas cherché à comprendre, sur le coup, mais son comportement étrange, son entêtement quand elle avait voulu le persuader que c'était Voldemort qui avait fait revenir Carl, sa soudaine envie de vérifier quelque chose sur la carte du Maraudeur le jour même où Hilary et Lyudmila avaient disparu…

-Vous êtes mentalement liés, n'est-ce pas ? demanda-t-il tristement.

-Il a été très présent, ces derniers temps, admit Lily. C'est comme si… comme s'il était toujours là au creux de mon estomac, quand ça ne va pas et que je suis faible…

James passa une main dans ses longs cheveux et fut surpris de la sentir frissonner. Elle répondit à son regard interrogateur par un air désolé.

-Voldemort a passé sa main dans mes cheveux, exactement comme tu le fais, expliqua-t-elle.

James voulut répondre mais on frappa à la porte de la salle de classe. Les deux Gryffondor, surpris, ne bougèrent pas.

-C'est moi… dit Sirius en entrant.

-Sirius ! s'exclama James, mi étonné, mi heureux.

Il caressa furtivement la joue de Lily puis accueillit son meilleur ami à bras ouverts.

-Comment tu vas, vieux frère ? s'enquit Sirius en l'étreignant chaleureusement.

-Bah, j'ai survécu à pire, ne put s'empêche de répondre James. N'est pas Potter qui veut, hein !

Tous deux rirent de ce rire retenu qui accompagne les situations trop graves pour qu'on puisse les trouver dôles.

-Et toi, alors ? demanda James.

Il n'eut pas besoin de préciser qu'il faisait allusion à Hilary pour que Sirius comprenne où il voulait en venir. Il n'eut pour toute réponse qu'un sourire triste.

-C'est la vie, pas vrai ? soupira Sirius.

Oui, c'était cela, la vie, et James ne pouvait rien y faire, aussi se contenta-t-il de hocher la tête. Se faire à l'idée qu'Hilary ne reviendrait jamais ne serait pas le plus aisé des défis qu'il se devait de réussir. Il ignorait pourquoi elle s'était rendue avec Lyudmila à Little Hangleton. Il ignorait comment elle était morte. Avait-elle pensé à lui, pendant ses dernières minutes de vie ? Serait-elle morte heureuse ? Serait-elle contente de retrouver son père dans ce monde que les vivants ne pouvaient connaître ?

-Et bien, ça ne va pas, Lily ? s'exclama soudain Sirius.

Il s'approcha d'elle et l'embrassa sur le front. Lily se força à sourire.

-Si si, ça va, assura-t-elle.

Elle lança un regard furtif vers James, qui comprit que Sirius ne devait rien savoir de ce qu'elle lui avait tout juste avoué.

-Bon, je suggère qu'on retrouve tout le monde dans la salle commune, lança-t-il alors. On y sera mieux que dans cette vieille salle de classe…

-Tu viens voir les autres à l'entraînement, plutôt ? suggéra Sirius.

James sourit tristement.

-Je ne préfère pas… avoua-t-il.

Sirius parut surpris de l'entendre donner une telle réponse.

-Je vois. Tu es dispensé et ça te foutrait les boules de nous voir dans les airs si toi tu n'as pas d'autre choix que de rester dans les tribunes, c'est ça ?

-C'est un peu ça, ouais… dit James, abattu.

Sirius lui donna une tape amicale censée le réconforter.

-Bah, t'en fais pas va, même sans entraînement tu vas tous leur clouer le bec, au prochain match, lança-t-il avec enthousiasme. Tu reprends avant fin avril, au moins ?

-Euh… James ne reprendra pas le Quidditch, intervint timidement Lily.

-Hein ?

Sirius les dévisagea comme s'il était persuadé que l'un des deux finirait par craquer et se mettrait à rire, mais son visage se décomposa quand il réalisa que ce n'était pas une plaisanterie.

-Ah merde…

Il se mordit la lèvre de culpabilité.

-Cornedrue, je suis désolé, je ne s…

-Tu ne pouvais pas savoir, coupa James avec une certaine dureté. Je vais monter dans la salle commune. Vous n'aurez qu'à me retrouver après l'entraînement. Personnellement, je n'ai pas le cœur à fouler la pelouse d'un stade.

Sirius ne dit rien, mais James n'attendait aucune réponse. Doutant que Lily désire assister à l'entraînement, il lui tendit la main pour que tous deux rejoignent la tour de Gryffondor.

-James ! appela Sirius.

Le jeune homme, la main sur la poignée, se retourna vers son ami et l'interrogea du regard.

-Je suis content que tu t'en sois sorti, dit seulement Sirius.

James lui adressa un sourire sincère.

-Et bien… Malgré mon dos qui me lâche et malgré ce qui est arrivé à Hilary… moi aussi, je suis content de m'en être sorti, avoua-t-il.

-Tu as des nouvelles de Rosanna ?

-Pas depuis qu'elle a tenté de m'arracher la tête.

Sirius eut une moue dubitative.

-Je me demande si elle savait que c'était toi, son fils, qu'elle attaquait… dit-il.

-Je crois que les démons se fichent pas mal de leur progéniture, répondit James. Et puis, peut-on vraiment dire que cette créature soit ma mère ? Tu la reconnaîtrais, toi ?

-Non, admit Sirius.

-Vous voulez que je vous dise ? lança James. Le seul truc que je regrette dans la mort de Rush, c'est qu'il ait entraîné mon père dans sa chute.

-Tu ne peux pas dire ça… lui reprocha Lily. Tu as tué un homme…

James haussa les épaules et sortit de la salle de classe, la tête lourde, peut-être parce qu'elle était trop pleine d'interrogations. Où pouvait être le juste milieu entre laisser un homme détruire des vies sans rien faire et détruire la vie de cet homme pour l'empêcher de détruire celles des autres ? Avec du recul, James ne trouvait pas son acte si monstrueux que ce qu'il avait pensé dans les jours qui l'avaient suivi. Peut-être cela choquerait-il les gens s'il leur avouait qu'il ne regrettait plus ce qu'il avait fait. Le meurtre d'une personne, aussi vile soit-elle, restait un meurtre. Mais il avait vu ce qu'était devenu sa mère. La condamner à une vie éternelle sous forme de démon était bien pire que la mort.

Néanmoins, cette année aurait certainement été la plus riche en catastrophes. James ne doutait pas que chacun des Gryffondor qui arrivaient au bout de leurs études à Poudlard quitterait le château avec une maturité inespérée pour des jeunes de dix-huit ans à peine. Tous avaient grandi et s'étaient affirmés. Ils étaient devenus ceux que le destin avait fait d'eux, avec des principes, des buts et une vision de la vie bien particulière. Les enfants qu'ils étaient le jour où ils étaient arrivés à Poudlard étaient loin. A l'époque, James se voyait déjà champion du monde. Mais le sort en avait décidé autrement… Sirius, lui, avait juré ne jamais tomber amoureux d'une fille, car il les trouvait trop stupides et « trop chochottes ». Au final, il venait de perdre celle avec qui il avait voulu construire quelque chose de vraiment sérieux. Et Lily… Lily avait clamé haut et fort que personne à Poudlard ne la ferait quitter le droit chemin. James se souvenait toujours de la fois où elle avait déclaré à Gwen qu'elle n'était là ni pour s'amuser, ni pour les garçons. Au final, Miss préfète n'avait pas été si exemplaire, et avait surtout largement rompu ses engagements… Mais James serait le dernier à s'en plaindre.

C'était fou, l'évolution de chacun. Sur le coup, personne n'avait réalisé tous ces changements, mais c'était assez incroyable de regarder en arrière et de constater, simplement de constater le chemin qu'ils avaient parcouru. Il n'y avait pas encore si longtemps que cela, lui-même s'amusait à humilier publiquement Servilo. Des humiliations parfois méritées, mais parfois gratuites, basées sur un simple sentiment de haine. Mais si Rogue laissait sa haine l'emporter, lui, cela donnait autre chose. Il en avait fait les frais plus tôt dans l'année et avait bien failli y laisser sa vie. Il comprenait désormais ce que Dumbledore voulait dire lorsqu'il lui avait assuré que personne ne naissait singulièrement mauvais. On pouvait naître avec de vilains défauts, comme la rancune et la jalousie, mais c'était l'histoire de chacun qui faisait le reste. Il était bien placé pour le savoir : avait-il l'âme d'un assassin ? Non, et pourtant…

Lorsqu'une jeune femme l'appela depuis l'autre bout du couloir, il eut la folle impression d'entendre la voix d'Hilary, virevoltante et légère, puis réalisa que c'était juste une triste illusion car c'était Gwenog qui accourait vers lui, mi-soulagée, mi-inquiète. Comme la plupart de ceux qui étaient déjà venus lui rendre visite…

-Comment tu te sens ? s'enquit-elle en l'étreignant brièvement.

Elle n'attendit même pas la réponse avant d'en venir à ce qui lui brûlait sans doute les lèvres :

-Il paraît que tu ne peux plus faire de Quidditch ? C'est McGo qui est venue me prévenir qu'il faudrait trouver deux nouveaux poursuiveurs avant la finale…

De tout Poudlard, Gwenog était sans aucun doute celle qui comprendrait le mieux la sensation de vide qu'il éprouvait à chaque fois que quelqu'un mentionnait le mot « Quidditch ». C'était ensemble qu'ils s'étaient promis de percer chez les professionnels, après tout. Leur passion était aussi forte chez l'un que chez l'autre.

-C'est vrai, ce qu'elle m'a dit ? demanda-t-elle puisqu'il ne répondait pas.

Alors, il hocha lentement la tête. Son visage se décomposa sous l'effet de l'incompréhension.

-Attends, tu n'es pas sérieux… s'exclama-t-elle. Toi, arrêter le Quidditch ? C'est ridicule !

-Je n'ai pas le choix, Gwen…

-Mais… bredouilla Gwenog. Ils ne peuvent pas te faire ça ! Tu es pour le Quidditch !

James haussa les épaules.

-J'ai eu la colonne vertébrale brisée deux fois en tout juste un an, rappela-t-il. Les Médicomages ont dit qu'une troisième fois était fortement déconseillée, pour la simple raison qu'en cas de troisième fois, ils ne pourraient peut-être pas la remettre en place…

-C'est ridicule, persista Gwenog. Si tu abandonnes le Quidditch, tu vas te faire auror et tu vas affronter des mages noirs des plus puissants. Il suffit que l'un d'eux t'envoie valser dans les airs pour que ta colonne se brise à nouveau ! C'est limite encore plus dangereux que le Quidditch !

-Bon, n'en parlons plus, d'accord ? s'impatienta James. On m'a interdit de refaire de la haute voltige, un point c'est tout.

-Et depuis quand est-ce que tu prêtes attention aux ordres qu'on te donne ?

James soupira d'agacement.

-Ecoute, Gwen, à quoi ça sert de faire joueur pro si c'est pour se prendre une mauvaise chute et crever deux ans après ? bougonna-t-il. J'ai eu presque une semaine pour me faire à l'idée que le Quidditch et moi, c'est terminé, alors s'il te plaît, ne viens pas me remettre le doute maintenant que j'ai fini par accepter que c'était pour mon bien.

Gwenog sembla ne pas en croire ses oreilles.

-Alors tu abandonnes la partie ? résuma-t-elle avec colère. Tu ne vas pas te battre pour vivre ta passion ?

-J'en ai assez de me battre pour tout, tu peux comprendre, ça ? s'énerva James.

Gwnog fit non de la tête.

-Je pensais que tu étais un battant, dit-elle, visiblement déçue. Je pensais que tu abattais les difficultés au lieu de te laisser abattre par elles. Maraudeur un jour et pour toujours, c'est ça ? Et bien permets-moi d'en douter…

-Mais qu'est-ce que tu attends de moi, à la fin ? gronda James. Que je continue le Quidditch et que je me rompe le dos encore une fois ? Que je finisse ma vie paralysé ?

-Que tu prouves à tout le monde que n'est pas Potter qui veut, comme tu le dis si bien !

James soupira à nouveau.

-Tu me fatigues, Gwen, répliqua-t-il sèchement. Laisse-moi passer.

-Avec plaisir, répondit-elle sur le même ton.

James reprit sa route sans se retourner une seule fois vers elle, le cœur encore une fois empli de colère. Elle refusait tout simplement de comprendre que c'était sa santé qui était en jeu. James ne tenait pas à terminer sa vie dans un lit d'hôpital, complètement paralysé. Il lui restait encore trop de choses à vivre. Il avait un avenir avec Lily. Ils se marieraient, fonderaient une famille…

Je pensais que tu étais un battant

Et il le serait, ce battant. Il chasserait les mages noirs. Il avait tellement de personnes chères à son cœur à venger… Andrew, Nikita, sa mère, Britney, Luke, Steven, Hilary, et même son père… Il lutterait sans répit et finirait par oublier qu'un jour, il avait voulu dédier sa vie au Quidditch…

Je pensais que tu abattais les difficultés au lieu de te laisser abattre par elles...

Mais James ne se laissait pas abattre, bien au contraire. Il reprenait son envol malgré le tas de cendres sur lequel il avait reposé ces derniers temps. Plus de père, plus de mère, plus de rêve, rien que l'ombre d'un projet qui lui demanderait énormément de temps et de force. Même Lily lui requerrait de l'attention : il devrait veiller sur elle et faire en sorte que jamais Voldemort ne remette la main sur elle. Et même Remus : il faudrait le soutenir car la vie qui l'attendait ne serait pas des plus faciles. Un loup-garou avait toujours énormément de mal à trouver un métier stable au salaire convenable. Et Sirius : pas de réel projet d'avenir, plus de petite-amie, plus de vraie famille sur qui compter. Et Peter… Que ferait-il, Peter ? Aurait-il ses ASPICs ? Se laisserait-il prendre dans les filets des sorciers perfides désirant se servir de lui pour parvenir à leurs fins malhonnêtes ?

James ne put que relativiser : il était loin d'être le seul à avoir des problèmes. Mais si tous restaient unis, ils parviendraient à s'en tirer. Là était la politique du monde : diviser pour mieux régner. Mais ils resteraient unis. Maraudeurs un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie…

oOo

-Accueillez tous chaleureusement notre ami Severus, qui est de retour parmi nous après de longues années d'absence ! lança gaiement la stupide sorcière aux grandes dents.

Severus l'avait toujours appelée comme ça, en raison de ses grandes dents, justement. Il avait toujours pensé que si elle tombait, elle pourrait rester coincée dans le plancher, les dents trop profondément enfoncées dans le sol. Il avait même essayé de la pousser trois fois afin de vérifier sa théorie. Mais à chaque fois, ses petits bras d'enfant n'avaient pas eu assez de force pour parvenir à la faire basculer et la stupide sorcière aux grandes dents avait cru qu'il s'amusait à lui donner des fessées. Cela risquait de très vite changer. Ses bras d'enfants étaient devenus des bras de jeune homme, sans doute moins musclés que ceux de Potter –maudit soit-il– mais suffisamment puissants pour la renverser. Il fallait qu'il tente le coup, et si ses dents ne restaient pas coincées, il s'efforcerait de l'ensorceler pour les faire s'allonger un peu. Et alors, il retenterait sa chance…

-Et n'oubliez pas : Severus est notre ami ! Alors dites bonjour à Severus !

-Bonjour Severus… dirent mollement les têtes de poulpe géant assises en cercle autour de lui.

Severus les retrouvait sans aucune joie. Toutes ces têtes, toutes ressemblaient à celles de moldus handicapés mentaux. Et il n'aimait pas le moldus, encore moins les moldus handicapés. Le pire était sans doute qu'ils n'avait conscience ni du fait qu'ils étaient moldus, ni du fait qu'ils étaient handicapés.

-Alors, Severus, dis au groupe ce qui t'amène ici ! dit la stupide sorcière aux grandes dents avec ce même enthousiasme excessif. La dernière fois, c'était ta tante qui t'amenait car tu avais subi un traumatisme : tu avais perdu tes parents…

-Je suis tombé amoureux…

Les têtes de poulpe eurent toutes une expression choquée. La stupide sorcière aux grandes dents le dévisagea comme s'il avait commis la pire des horreurs.

-Je sais, c'est abominable, admit Severus. Mais pas plus que vos dents…

La stupide sorcière fut trop stupide pour réagir.

-Euh… Assieds-toi avec les autres, Severus, nous allons tous t'aider… Car nous sommes tous tes amis ! dit-elle. N'est-ce pas, les autres ? Severus est notre ami, mêmes s'il est tombé amoureux !

Les têtes de poulpe restèrent molles et impassibles. Peut-êtres ressemblaient-ils à des retraités moldus, après tout…

-L'essentiel, c'est de réaliser que la vie continue, déclara la stupide sorcière aux grandes dents. Qui peut donner à Severus quelques conseils ?

-Ecouter les petits oiseaux qui chantent, répondit une tête de poulpe.

-Bien ! se réjouit la sorcière aux grandes dents. Dis-moi, Severus, quand tu écoutes les petits oiseaux qui chantent, tu…

-J'ai envie de les avada kedavraser, coupa durement Severus.

-Oh, Severus… reprocha la sorcière.

-Oh, Severus, répétèrent les têtes de poulpe.

-Oh, Severus, reprit la sorcière.

-Oh, Severus…

-Oh, Severus ! Severus ! s'exclama Regulus en le secouant.

Severus poussa un cri d'horreur et se réveilla en sursaut, manquant de heurter Regulus qui s'était penché vers lui pour le secouer.

-Bon sang, Reg', quelle heure il est ? marmonna-t-il en se frottant les yeux pour reprendre ses esprits.

-Midi dix.

Severus réalisa qu'en effet, il faisait déjà bien jour. Il était d'ailleurs le seul à être resté dans son dortoir, les autres s'en étant allés sans prendre la peine d'arranger leurs lits –de toute manière, les elfes étaient là pour ça.

-Dis-donc, tu faisais un cauchemar ? s'enquit Regulus. Tu t'agitais dans ton lit comme si…

-Je rêvais que Potter était mon frère et qu'on me l'avait caché pendant toute ces années, mentit Severus, alors tu m'étonnes que j'étais agité !

Regulus haussa les sourcils.

-Ca alors c'est un drôle de rêve, admit-il. Bon, lève-toi, ça fait des heures que je t'attends !

-Ouais, deux minutes…

Severus s'étira paresseusement et tira sa couette de côté. Des petits oiseaux chantaient l'arrivée des beaux jours dans le parc.

-Stupides bestioles, maugréa-t-il.

Regulus le regarda, sceptique.

-C'est des oiseaux, quoi… dit-il.

-Je le sais, merci.

Il enfila le premier pantalon qu'il trouva et saisit la chemise que lui tendait son ami.

-Tu ne prends pas de douche ? demanda celui-ci.

Severus grimaça.

-Ai-je quelqu'un pour qui me faire beau ? grogna-t-il. Non, alors pourquoi prendre une douche ?

Regulus ne répondit rien mais son regard suspicieux resta résolument fixé sur lui. Severus n'aimait pas cette sensation et entra dans son jeu : s'ils restaient les yeux dans les yeux, il pourrait tout savoir sur ses secrets et ça, Regulus le refuserait.

Comme prévu, son ami détourna très rapidement la tête, agacé.

-Tu sais très bien que j'ai horreur que tu fasses ça avec moi, bougonna-t-il.

-Parce que tu as trop de secrets ?

-On a tous des secrets et tu devrais respecter les miens. Moi, je respecte les tiens.

-Je n'ai aucun secret, répliqua Severus.

-On a tous des secrets, répéta Regulus. Et contrairement à toi, je n'ai pas besoin d'être legilimens pour deviner quel est ton secret…

-Je n'ai pas de secret.

Severus sortit de son dortoir et lui fit signe de le suivre, mais Regulus ne bougea pas.

-Ca va bientôt faire trois mois, déclara celui-ci, l'air innocent.

Cependant, Severus sut aussitôt ce dont il voulait parler. Il avait fait le même calcul avant de se coucher, la veille… Mais Regulus ne pouvait pas le savoir, ça. Personne ne le savait. Ce que Regulus voulait dire, c'était que trois mois auparavant, Hilary était morte. Il ne se souciait pas de Lyudmila, lui…

-Ca fait vide, n'est-ce pas ? reprit Regulus. On ne les voyait pas tant que ça et pourtant, maintenant qu'elles ont disparu, on réalise à quel point elles prenaient de la place…

-Je ne vois pas de quoi tu parles, mentit Severus avec une mauvaise foi qui fut évidente.

Au fond de lui, son cœur tambourina plus fort encore, car la vérité était exactement ce qu'avait dit Regulus. Il n'avait pas passé tant de temps avec Lyudmila. Et pourtant, cela avait suffi…

Se l'avouer lui serrait la gorge. Il savait ce qu'il avait toujours pensé au sujet des filles. Ce qu'il avait rabâché à Regulus quand celui-ci avait avoué être tombé sous le charme d'Hilary Potter. Bien sûr, tout était relatif : tomber amoureux de la cousine de Potter était la pire des choses qui soit arrivé à Reg. Tandis que lui, il avait jeté son dévolu sur Lyudmila, qui était beaucoup moins sage, beaucoup plus Serpentard, et surtout, beaucoup moins Potter…

Mais… Lyudmila restait une fille. Il n'avait pas pu en tomber amoureux. C'était juste… c'était juste un coup de cœur dû à sa différence mais cela n'allait pas plus loin… Lui, Severus Rogue, amoureux ? Et au fond, pourquoi éprouver un sentiment qui ne serait jamais partagé ? Non, c'était juste un coup de cœur…

-Tu pourras nier autant que tu le voudras, Sev', ça ne changera jamais rien à ce que moi j'ai vu. Tes regards pleins d'espoir, ta complicité avec une Gryffondor, tes efforts pour paraître présentable les jours où tu savais qu'elle viendrait te voir…

-Tu dis n'importe quoi, marmonna Severus. Tu sais très bien ce que je pense des filles.

-C'est pourquoi je sais très bien que tu n'avoueras jamais, répliqua Regulus. Mais moi, je sais. Je te connais par cœur, tu sais.

-Je n'ai rein à avouer.

Regulus le fixa le temps de quelques secondes, puis soupira et le rejoignit hors du dortoir sans le moindre regard. Severus s'en voulut de ne pas lui faire assez confiance pour lui révéler ses sentiments les plus profonds. Mais il avait toujours été trop fier. Pour qui passerait-il, s'il en venait à avouer être tombé amoureux, lui qui avait passé son temps à répéter aux autres que l'amour était la plus stupide des inventions du monde après les moldus ?

-Tu sais, je crois qu'Hilary a de la chance car même après sa mort, nombreuses seront les personnes qui penseront à elle, déclara Regulus. Lyudmila, en revanche, est morte et personne ne se souviendra d'elle.

-Je me souviendrai d'elle, réfuta Severus. C'était une excellente amie et alliée.

Regulus eut un rire sceptique.

-Nier tes sentiments n'est pas le meilleur moyen de lui rendre hommage, fit-il remarquer. Elle méritait sûrement mieux.

Severus ne répondit pas.

-Combien de fois es-tu allé la voir au cimetière, depuis qu'elle est morte ? s'enquit Regulus.

Severus garda une nouvelle fois le silence. De toute manière, Regulus connaissait parfaitement la réponse.

-Tu devrais y aller, conseilla sincèrement le cinquième année. Il est important que ceux qui tenaient à elle aillent lui rendre un dernier hommage. Même tardif…

-Parlons d'autre chose, tu veux ? bougonna Severus. C'est mon dernier jour à Poudlard. J'aimerais m'amuser et en profiter à fond avant le départ de demain matin, d'accord ?

Avec une mauvaise humeur qu'il savait due à la vérité face à laquelle Regulus venait de le placer, il quitta la salle commune et traversa les cachots venteux, bien décidé à se remplir l'estomac des derniers délices que cette école pourrait lui offrir.

oOo

James alluma la dernière bougie et reposa à sa place dans le chandelier celle dont il s'était servi depuis le début. Avec satisfaction, il nota que Peter avait fait brûler de l'encens dans un coin de la pièce et les effluves parfumées, mêlées à la lumière tamisée, créaient une ambiance toute particulière, semblable à celle du jour où ils avaient officiellement formé leur groupe. C'était en fin de première année, peu avant la fin de l'année scolaire. Seulement, à l'époque, ils avaient choisi une salle de classe vide qu'ils avaient soigneusement verrouillée afin de ne pas être dérangés. Cette fois, c'était la Cabane Hurlante qui avait servi de lieu sacré, en souvenir des nuits de pleine lune, pas toujours très drôles pour Remus, mais toujours bénéfiques pour les liens qui les unissaient tous les quatre.

Sirius avait déniché dans la salle sur Demande un vieux tapis de style oriental, qu'il avait déroulé sur le sol afin qu'ils puissent s'asseoir sans ramasser l'épaisse couche de poussière qui décorait le plancher. Dans un coin de la pièce, ils avaient déposé leurs affaires, les tassant le plus possible afin de libérer un maximum d'espace. Etaient ainsi entassés la cape d'invisibilité que James avait récupérée par l'intermédiaire de Dearborn, la carte du Maraudeur, une grande bouteille de bierraubeurre, des provisions selon les goûts de chacun et un objet appartenant à chacun des garçons, cher à leur cœur. Tous avaient eu pour ordre de le déposer dans un petit sac de velours, pour que les autres ne le découvrent qu'au moment précis où la cérémonie l'autoriserait.

Remus, lui, avait déposé au centre du futur carré, sur un coussin de velours noir, un gros ouvrage qui semblait encore trop neuf mais qui pourtant portait déjà les marques de toutes les fois où on l'avait feuilleté. Sur la couverture de cuir clair avait été gravé plus ou moins élégamment un titre et le nom des auteurs.

Comment devenir un bon Maraudeur en 100 leçons,

Par Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue.

James en resta bouche bée.

-Tu l'as terminé… murmura-t-il, hébété.

Remus avait entrepris, depuis que ses amis s'étaient fait animagus pour lui, de rédiger entièrement le livre de leur amitié, mais avait toujours refusé de le leur montrer avant ce jour. Il l'avait surtout écrit lors des longs séjours à l'infirmerie qui ensuivaient ses métamorphoses mensuelles, éclairé à la faible lueur de sa baguette magique quand Mrs Pomfresh était endormie, et rattrapant son retard dans la journée, quand ses amis avaient cours et ne pouvaient lui rendre visite. C'était peut-être pour cela que Mrs Pomfresh l'avait toujours gardé si longtemps, d'ailleurs : il était fort possible qu'elle ait pensé que cette fatigue était simplement due à une faiblesse.

-Je vous avais dit qu'il serait prêt à temps pour notre dernière nuit, rappela Remus.

James croisa le regard pétillant de Sirius. Tous deux s'assirent l'un à côté de l'autre, bientôt imités par Peter et Remus. Le silence se fit. Alors, James étendit les bras, les paumes de ses mains tournées vers le haut. Moins d'une seconde plus tard, Sirius, à sa droite, déposa sa propre main dans la sienne, puis Peter, à sa gauche, en fit de même. Tous les quatre formèrent un carré parfait, puis fermèrent les yeux. Les flammes dansantes des bougies venaient se trémousser au-delà des paupières closes de James comme des ombres. Les ombres des garçons qu'ils étaient avant ? Il n'aurait su le dire. Mais dans un tel moment de sérénité, où leur amitié était à son apogée, tout devait forcément avoir une signification. Chaque son, chaque signe leur rappellerait une bêtise, un fou rire ou une simple anecdote, mais ces simples choses, mises bout à bout, avaient fini par former leur histoire, un morceau de leur existence qu'ils auraient aimé prolonger jusqu'à l'éternité.

-Il y a de cela six ans, nous avons juré sur tout ce qui nous était cher de ne former qu'une seule et même personne, commença lentement James, d'une voix lente et posée, pour ne pas rompre la quiétude installée. Notre pacte était clair : ne jamais rien laisser nous séparer.

Il marqua une courte pause pour que ses paroles soient assimilées dans tous les esprits. Ce fut Sirius qui reprit, sur le même ton, de sa voix grave qui accompagnait ses grands discours :

-Le destin en a décidé autrement et il y a de cela quelques mois à peine, les Maraudeurs ont failli disparaître. Mais l'union a toujours fait la force et nous avons surmonté cette épreuve avec triomphe pour ensuite reprendre notre envol.

-Nous avons frôlé le sol et atteint les plus hauts cieux, reprit Remus. Mais nous l'avons toujours fait ensemble. Ce n'était pas l'un qui souffrait, c'était nous quatre. Ce n'était pas l'un qui bouillonnait de joie, c'était nous quatre. Quatre garçons, quatre corps mais un seul cœur.

-Ce cœur qui aujourd'hui bat si fort dans notre poitrine qu'on voudrait lui dire de s'arrêter, mais on ne peut pas, car arrêter ce cœur qui bat en nous, c'est arrêter le cours de cette amitié éternelle, acheva Peter.

Ils rouvrirent les paupières. Rien n'avait changé, hormis les petits sourires tristes qui illuminaient désormais leurs visages. Remus fut celui qui prit l'initiative suivante : il posa une main sur son cœur et leva l'autre, comme pour jurer sur l'honneur. Les autres firent de même.

-Je n'oublierai jamais la fois où Cornedrue a dansé et fait un strip-tease au rythme de l'hymne de Poudlard, sur la table de son salon, dit-il.

Les autres éclatèrent d'un même rire au souvenir de cet épisode pour le moins burlesque.

-Je n'oublierai jamais la fois où Queudver s'est endormi dans son assiette de petits pois, renchérit Sirius.

James se souvint du visage tout vert de son ami lorsqu'il avait réalisé où il se trouvait et rit de plus belle.

-Je n'oublierai jamais la fois où Patmol s'est jeté dans l'eau glacée du lac pour aller rejoindre les sirènes qui l'appelaient ! s'exclama-t-il.

Cet épisode avait sans doute été l'un des plus pitoyables de la vie de Sirius, puisque pas moins d'une trentaine de témoins avaient assisté à la scène.

-Je n'oublierai jamais la fois où Lunard est allé chatouiller McGo en pensant qu'il s'agissait de Philippa Williamson !

Et pendant plus d'une heure, ils se remémorèrent leurs folies, leurs fous rires, leurs erreurs et les situations honteuses dans lesquelles ils s'étaient tous retrouvés. James riait tellement qu'il en avait mal au ventre, et on jugea bientôt nécessaire l'ouverture de la bouteille de bierraubeurre. Ils étaient allés l'acheter ensemble à Pré-au-Lard le week-end précédent, et avaient pris la taille géante, si bien qu'il fallait être deux pour la porter. Sirius et Peter l'amenèrent au centre du carré et Remus la déboucha comme il put –autrement dit, à coups de sortilèges. Au final, le bouchon en liège sauta si haut qu'il s'enfonça dans le bois pourri du plafond.

Ils burent tous au goulot plusieurs fois puis commencèrent à feuilleter le livre que Remus avait écrit. Comme ils ne pouvaient se pencher à quatre au-dessus des pages claires, James entreprit une lecture à vois haute afin que tout le monde en profite. Remus y avait énuméré les cent choses qui selon lui résumaient le mieux les sept années qu'ils avaient passées à Poudlard. Les leçons étaient parfois sérieuses, parfois totalement loufoques, et étaient toujours accompagnées d'exemples concrets reprenant un Maraudeur en pleine action.

-Leçon numéro dix-sept : être le plus séducteur de tous. « -Eh, Evans, est-ce que… -Non, Potter, je ne veux pas sortir avec toi ! -Nan, je voulais juste savoir si tu pouvais me prêter ton manuel… »

-Leçon numéro dix-huit, poursuivit Sirius en prenant le relais, savoir insister : « Eh, Evans ! -Je n'ai pas mon manuel, Potter. -Ouais, je sais, mais je voulais savoir si tu voulais… -Non, Potter, je ne veux pas sortir avec toi. -Un jour tu changeras d'avis… »

Même James ne put s'empêcher de rire. Il avait vraiment été lamentable, dans sa méthode de séduction. Le pire était qu'il lui avait fallu plus d'un an pour le comprendre…

-Leçon numéro trente-huit : toujours avoir un arbre à portée de main.

-Leçon numéro cinquante-deux : toujours mettre son professeur de potions hors de lui. A défaut d'un professeur de potions, se munir d'un professeur de métamorphose. Il existe une variante nécessitant un professeur de défense contre les forces du mal particulièrement pitoyable. Attention aux représailles, cependant : certains coupent les langues.

L'ouvrage s'achevait avec la leçon numéro cent : avoir les meilleurs amis du monde. Quand Jameslut ces ultimes mots, il estima qu'il était temps de sortir leurs objets personnels. Peter avait eu la bonne idée d'apporter une petite boîte en fer. Chacun y déposa son trésor. James avait apporté un jouet qu'il avait toujours eu, aussi loin que sa mémoire lui permettait de remonter dans le temps : il s'agissait d'un petit balai ensorcelé et capable de voler seul dans les airs –ou du moins, il avait été capable de le faire, un jour lointain. Sirius, lui, avait pensé que l'objet qui le représentait le mieux était un petit sac de billes avec lesquelles il avait avoué avoir joué des heures et des heures quand il était enfant. Après les railleries amicales des trois autres, il avait déposé le sac dans la boîte métallique de Peter. Celui-ci avait emmené l'emballage de ses friandises préférées –les Chocoballes à la fraise. Remus, lui, s'était simplement muni d'une photo d'eux quatre dans leur dortoir. Le cliché avait été pris par Franck peu de temps après leur premier Noël à Poudlard, si bien que James arborait encore une affreuse coupe de cheveux et qu'il manquait quelques dents à Peter. James, entre deux moqueries envers Peter et lui-même, fut touché par le geste de Remus, et savait que les autres l'étaient tout autant. Néanmoins, personne ne prononça le moindre mot et la photo fut déposée dans la boîte comme les autres objets.

-On devrait l'enterrer quelque part, suggéra Peter. Elle y resterait pour l'éternité…

Les trois autres hochèrent la tête, enthousiastes.

-Au pied du Saule ? proposa Remus.

-Ou sous notre arbre, dit James.

-Bonne idée ! s'exclama Sirius. En souvenir de toutes les heures que nous avons passées sur nos vieilles branches…

-Quand James espionnait Lily, pouffa Remus.

-Et quand on espionnait Servilo, ajouta Peter.

-Bon, adjugé-vendu, sous notre arbre ! lança Sirius.

Ainsi, ils se précipitèrent tous dans le parc et coururent à vive-allure jusqu'au bord du lac. Leur arbre se tenait là, grand et fort, et sembla même les accueillir. Soudain euphoriques, les quatre Gryffondor s'agenouillèrent et se mirent à creuser la terre avec leurs ongles, comme des enfants dans un bac à sable. La lune était bien haute dans le ciel : la nuit devait déjà être bien avancée. Pourtant, ils continuèrent jusqu'à ce que le trou soit si profond qu'il leur fût impossible d'aller plus bas en raison de la taille de leurs bras. Là, ils firent glisser la boîte en fer, prononcèrent quelques mots solennels, et commencèrent à reboucher le trou. James et Sirius ne résistèrent pas à la tentation de se barbouiller mutuellement de terre humide, et leur chamaillerie dégénéra en vraie bataille.

Finalement, ils reprirent place autour du livre dans la Cabane Hurlante et retrouvèrent tout leur sérieux. Sirius déposa sa main sale sur l'ouvrage comme un prêtre aurait pu le faire avec la Bible, respira profondément et tenta vainement de masquer la nostalgie qui s'était soudainement emparé de lui.

-Je jure solennellement que les Maraudeurs passeront toujours avant toute chose dans ma vie, et que si la mort frappe chez l'un d'eux, je serai celui qui ouvrira la porte. Un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie.

Remus déposa sa main sur celle de Sirius. Contrairement à celui-ci, il ne chercha pas à cacher sa tristesse : ses yeux brillaient de larmes immobiles.

-Je jure solennellement avoir été sincère tout au long de ces sept années et de l'être encore avec vous jusqu'à la fin de mes jours. Puisque sans vous je ne suis plus rien, je ferai en sorte qu'ensemble, nous soyons tout. Un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie.

Peter ajouta sa main, la plus sale de toutes.

-Je jure solennellement que ma vie n'a un sens que depuis que les Maraudeurs sont entrés dans ma vie. Tout comme Peter rime avec Maraudeurs, je ferai tout mon possible pour que destinée rime avec loyauté. Un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie.

James, le cœur battant la chamade, sut que son tour était venu. La main qu'il déposa sur celle de Peter était tremblante, mais sa voix ne le fut pas.

-Je jure solennellement que où que vous soyez, quelle que soit l'heure et quels que soient vos problèmes, je serai là pour vous comme vous avez été là pour moi pendant ces sept années. Vous êtes les soleils qui chassent mes ténèbres, les brises qui chassent mes nuages. Sans vous, Cornedrue ne pourrait plus exister : Lunard, tu es mon cerveau ; Patmol, ma moitié ; Peter, mon estomac…

Tous pouffèrent de rire.

-Mauraudeurs un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie…

-… et même quand on sera morts, on sera toujours unis, acheva Sirius.

Ils restèrent un instant là, leurs mains liées, puis estimèrent qu'il était temps pour eux de rejoindre leurs camarades dans la salle commune. Ils réalisèrent avec joie que pour eux, la soirée continuerait, car Franck et les filles avaient réussi à organiser une petite fête où tous les Gyffondor étaient conviés.

Lily fut d'abord répugnée par les mains sales de James et refusa de danser avec lui sous prétexte qu'il salirait sa robe blanche –celle dans laquelle il la trouvait très angélique– mais en voyant que nombreuses étaient les filles qui l'invitaient à danser, elle revint sur sa décision et se mit elle-même à rire lorsque deux traces marron trahirent les mains baladeuses de James.

-C'est le dernier jour, tout est permis ! se défendit celui-ci en riant.

-Ah, vraiment ?

Lily, les yeux pleins de malice, saisit un verre de jus d'orange sur la longue table installée spécialement pour l'occasion et le renversa sur la chemine blanche et tachée de terre de James. Celui-ci poussa une exclamation de surprise. Lily, elle, éclata de rire.

-Tu vas devoir retirer ça, minauda-t-elle, un petit sourire espiègle aux lèvres. Allez, montre-nous tes muscles…

Sa dernière phrase attira quelques regards curieux et rapidement, un cercle se forma autour d'eux deux, principalement composée de jeunes demoiselles que la situation enthousiasmait plus que leurs partenaires masculins. Quelques jaloux virent même se placer auprès de James afin de lui faire de la concurrence. Ce fut notamment le cas de Franck et de Dave Goujon, mais James, hilare, resta le favori des spectatrices.

Il désira cependant prendre une douche pour se nettoyer de la terre et du jus de fruit dont il était couvert, et après une longue série d'embrassades, Lily le laissa enfin monter. La vision d'un Sirius maussade et replié sur lui-même sous sa couette fut la seule chose capable de faire retomber son euphorie.

-Eh, Patmol, qu'est-ce que… ? bredouilla-t-il.

Puis, en déplaçant son regard jusqu'à la photo posée près de son ami, il comprit ce qui n'allait pas.

-Tu n'as pas le cœur à faire la fête sans elle, c'est ça ? demanda-t-il tristement.

Sirius se contenta de hausser les épaules.

-C'est juste que tout le monde en bas s'amuse, soupira-t-il. Chacun se réjouit de toutes les belles choses qui lui soient arrivées, mais pour moi, au final, cette dernière année à Poudlard aura été plutôt un échec qu'une réussite.

James s'approcha de lui et l'étreignit aussi fort qu'il le put, comme s'il avait voulu lui transmettre une partie de sa force et de sa gaieté, et Sirius répondit à son étreinte avec cette volonté d'aller mieux en puisant dans tout ce que son frère de cœur pouvait lui donner. Aussitôt, James sentit sa gorge se serrer et la fête qui se déroulait dans la salle commune lui sembla très lointaine.

-Ca va bientôt faire trois mois, murmura-t-il. Il est temps de passer à autre chose, désormais…

-Je sais… Je sais… Mais… il y a seulement deux belles choses qui soient arrivées dans ma vie : vous et elle. Et ce soir, alors que tout le monde s'apprête à quitter Poudlard avec des rêves plein la tête, je réalise qu'elle est morte en entraînant nos projets dans sa chute. Qu'est-ce que je vais faire, une fois dehors ? Chercher du travail, en trouver peut-être, et affronter le quotidien, seul comme un sorcier vieux avant l'heure ?

-Nous serons là ! rappela James. Tu n'as pas déjà oublié nos promesses ? Une nuit et pour la vie !

-Tu vas devenir auror, tu vas fonder une famille avec Lily, vous allez être heureux…

-Mais toi aussi, tu le seras ! s'exclama James. Hey, Patmol, ne te laisse pas abattre ! Tu es jeune et beau, pourquoi serais-tu malheureux ? Descends et tu verras comme la vie vaut la peine d'être vécue ! Tu n'imagines pas le nombre de filles qui seraient volontaires pour te remonter le moral !

Sirius secoua la tête.

-Tu crois vraiment que j'ai envie de me faire allumer par toutes ces midinettes ? Ce serait une insulte à sa mémoire…

-Hilary aimait la vie, assura James. C'est en restant cloîtré dans ton lit que tu insultes sa mémoire. Elle aurait préféré te voir déchaîné et profiter de toutes les belles choses de la vie plutôt que dans ce dortoir à te morfondre… Et si tes sentiments étaient sincères, cela ne constituera en rien une trahison. Tu l'auras aimée jusqu'au jour de sa mort, et je crois que c'est cela le plus important… Elle savait aussi bien que moi qu'il n'est pas bon de ressasser le passé. Vous avez vécu votre histoire en profitant de chaque seconde. Il n'y a plus grand chose d'autre à faire, désormais…

Sirius hocha tristement la tête et respira profondément. S'il sembla hésiter le temps de quelques secondes, il finit par se lever, passa un coup de peigne dans ses cheveux noirs et se mit de l'eau sur le visage.

-Prêt à recharger les batteries… lança-t-il en rejoignant James devant la porte.

-Tant mieux. La vie est trop courte pour ne pas profiter à fond de ce qu'elle a à nous offrir…

La fête continua, mais James se sentit refroidi par la peine de son ami. Lily s'en aperçut et lui proposa de passer le reste de la nuit plus tranquillement. Lorsque, une petite heure plus tard, il se décida à accepter sa proposition, un dernier regard vers Sirius lui fit comprendre que celui-ci avait saisi le message : il dansait avec pas moins de quatre jolies filles de sixième et cinquième années.

-S'il en a besoin de quatre pour remplacer Hilary, il n'est pas sorti de l'auberge, fit remarquer Lily.

James haussa les épaules.

-Je préfère le voir comme ça que déprimé comme tout à l'heure, répondit seulement James. Il aura besoin de ça pour remonter la pente. On n'oublie jamais totalement les gens qu'on a aimés, tu sais. Surtout quand on les a aimés aussi fort qu'il a aimé Hilary…

Pour ceux qui avaient préféré dormir quelques heures avant le grand départ, le réveil fut difficile. James dut secouer Peter trois fois de suite avant qu'il ne parvienne enfin à bouger le moindre petit orteil. Franck, lui, opta pour la douche froide afin de vaincre une bonne fois pour toutes ses bâillements. Remus, habitué à la fatigue, fut le seul qui se leva sans se plaindre.

L'heure de boucler ses valises arriva trop vite. James acheva la sienne avec mélancolie et la descendit dans le hall, où elle alla s'entasser avec celles des autres élèves, ceux qui ne savaient pas la chance qu'ils avaient de pouvoir revenir en septembre. La Grande Salle était déjà remplie de tous ces jeunes sorciers ravis de retrouver leurs familles, ceux qui avaient encore tant d'années d'études à Poudlard devant eux. Ceux qui ne connaissaient du château que la partie qu'on avait bien voulu leur montrer, et qui ignoraient par conséquent tous ces secrets qui rendaient l'école plus belle encore.

James s'assit entre Lily et Sirius à la longue table des Gryffondor et apprécia son dernier petit-déjeuner dans l'enceinte du château. Il aurait voulu prendre de tout : du jus d'orange, de citrouille, de pomme, du thé, du café, du lait, du porridge, des toasts, du bacon, des œufs… Mais son estomac lui cria d'arrêter lorsqu'il attaqua le bacon. Il remonta alors dans la tour des Gryffondor avec Sirius et se laissa mollement tomber dans son fauteuil favori, auprès de la cheminée qui ne brûlait plus depuis l'arrivée du soleil. A demi-conscient, il observa une dernière fois les lieux, avec ce regard attentif qui caractérise la dernière inspection d'un lieu. Les fauteuils de velours usé. Les tables pas toujours stables. Le tapis tâché d'encre. La fenêtre qui donnait sur le parc. L'arrière du portrait de la grosse dame. Le blason de Godric Gryffondor. Les escaliers menant aux dortoirs.

-Il est temps qu'on y aille, Cornedrue… soupira Sirius.

Comme un fantôme, James rejoignit silencieusement les autres dans le hall bondé et fut agressé par le brouhaha infernal qui y régnait. Les hiboux tenus en cage hululaient lorsque les chats en panier sortaient les griffes. Les première année ne tenaient pas en place. Un instant, James eut l'impression d'être de retour Chemin de Traverse, le premier jour des soldes magiques.

-Comment on retrouve les autres, maintenant ? marmonna-t-il.

-Je suis juste là, derrière toi, précisa Gwenog en tapotant son épaule.

-Fantastique, mais j'avais dit les autres.

-Ils sont tous réunis dans la Grande Salle, déclara Gwenog. Les professeurs voulaient nous adresser leurs adieux…

James et Sirius échangèrent un regard surpris mais la suivirent jusqu'à la Grande Salle. Ils furent les derniers à arriver. Cela fit sourire Dumbledore.

-Décidément, Messieurs Black et Potter, vous vous serez fait remarquer jusqu'au tout dernier jour de votre scolarité… plaisanta-t-il.

-Pour une fois, ça n'était pas volontaire, se justifia Sirius.

-J'ose l'espérer. Bien, maintenant que nous sommes tous réunis, nous allons pouvoir commencer…

Tous les professeurs –James fut étonné de constater qu'ils étaient vraiment tous venus– se relevèrent et la table sur laquelle traînaient les restes de leur petit-déjeuner disparut quand McGonagall frappa dans ses mains. A la grande surprise de tous, elle fut celle qui prit la parole.

-Il y a de cela plus de sept ans maintenant, vous êtes arrivés dans cette salle, terrifiés à l'idée d'être répartis dans ces quatre maisons qu'aujourd'hui, vous connaissez si bien. J'ai l'impression que c'était hier encore que je vous accueillais afin de vous mener jusqu'au Choixpeau Magique.

Le temps d'une seconde, James se revit, s'avançant vers le tabouret au milieu de cette même estrade qui se tenait désormais en face de lui, et coiffant le vieux chapeau qui l'avait ensuite envoyé à Gryffondor. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres.

-Nous vous avons tous vus passer de l'enfance à l'adolescence, pour certains avec beaucoup d'insolence…

Son regard se posa furtivement sur James et Sirius, qui durent redoubler d'efforts pour ne pas éclater de rire. Oui, ils lui en avaient fait voir de toutes les couleurs, à la pauvre McGo…

-… pour d'autres, dans le plus grand sérieux et le plus grand désir de travailler. Le fait est que ce matin, nous pouvons constater que vous avons atteint notre objectif : vous êtes tous devenus de jeunes adultes prêts à affronter la vraie vie, avec vos principes et votre façon de voir les choses, avec vos opinions et vos goûts, mais avec des diplômes et assez de ressources pour je l'espère mener vos projets à bien.

Elle hocha la tête et laissa Dumbledore continuer.

-L'avenir a pu vous faire peur, un jour, poursuivit-il, et pourquoi pas ce jour où vous êtes arrivés à Poudlard. Mais puisque c'est aujourd'hui le début de cet avenir parfois redouté, parfois attendu, je tenais à rappeler à chacun et chacune d'entre vous qu'il n'est jamais trop tard pour faire marche arrière. Il arrive des fois où l'on réalise en cours de chemin qu'on se trompe de route et que notre voie se trouve loin derrière.

James ne sut si cela fut un effet de son imagination ou pas, mais il eut l'impression que les yeux de Dumbledore glissaient sur Rogue et ses amis de Serpentard. Cela ne l'étonna pas beaucoup. La seule chose étonnante fut de les voir sérieux et non moqueurs comme ils avaient l'habitude de l'être quand quelqu'un avait espoir qu'un jour, ils changeraient de camp.

-Il n'est jamais trop tard, répéta Dumbledore. L'essentiel est de se souvenir que l'erreur est humaine. Cela est valable pour tous. L'avenir risque d'être incertain, mais si vous ne laissez pas vos erreurs prendre le dessus sur ce que vous êtes, vous saurez trouver quelle voie est la vôtre. Même s'il est tard, même si vous pensez avoir tout gâché. Respectez vos convictions et vous ne vous perdrez pas en chemin…

Ses paroles furent ponctuées par quelques applaudissements, et les élèves commencèrent à repartir vers le hall. Certains professeurs les rattrapèrent et échangèrent des poignées de mains à ceux qu'ils avaient appréciés. Le professeur McGonagall rappela les Gryffondor et attendit que l'attention se soit dispersée avant de s'adresser directement à eux. Devant son air ému, James sut qu'elle s'apprêtait à les gratifier de mots qu'elle n'avait pas l'habitude de dire à ses élèves et en fut touché. Quand finalement, elle reprit la parole, ils l'écoutèrent tous attentivement : Lily, les yeux grands ouverts ; Peter, la bouche légèrement entrouverte ; Alice, tout sourire ; Franck, impatient ; Remus, sérieux ; Hestia, les yeux rivés sur elle ; Sirius, intrigué et Gwenog, amusée…

-Je… J'ai vu défiler un bon nombre d'étudiants qui comme vous ont été à Gryffondor pendant sept ans, dit-elle avec mélancolie. J'ai toujours regretté certains d'entre eux, tandis que d'autres m'ont soulagée en s'en allant. D'autres encore m'ont laissée assez indifférente. J'entends pas là que la relation que nous entretenions n'avait jamais dépassé celle d'un professeur envers ses élèves. Ce que je tenais à vous dire, c'est que malgré les fois où vous m'avez faite bouillir de colère –en particulier vous deux ! ajouta-t-elle en désignant James et Sirius du bout de son long doigt. Malgré ces fois où j'ai été sur le point de vous étrangler, j'ai été très satisfaite de votre comportement de ces deux dernières années, de votre comportement à vous tous. Ca n'a pas toujours été facile : Poudlard a été sur le point de se noyer, puis vous avez eu un professeur de défense contre les forces du mal particulièrement agressif et violent, puis vous avez subi la perte de deux de vos camarades… Face à tout cela, vous avez su garder votre calme et en avez même fait plus que ce que nous attendions de vous en de telles circonstances. S'ajoutent à cela les excellents résultats que vous avez ramenés de vos examens… Je dois avouer que je suis très fière de vous, beaucoup plus que ce que j'aurais pu imaginer. Et… vous ferez partie de ces élèves que je regretterai toute ma vie. Je tenais à ce que vous le sachiez…

Franck fut le premier à réagir : apparemment décidé, il tendit sa main à McGonagall, qui la serra en souriant. Cela marqua le début d'une longue série de saluts entre les élèves et la directrice des Gryffondor, puis d'autres professeurs vinrent s'en mêler. Ainsi, à sa grande surprise, James échangea une poignée de mains chaleureuse avec Slughorn, qui lui accorda même un sourire.

-J'ai été heureux de vous avoir comme élève, aussi étonnant cela puisse-t-il vous paraître, avoua-t-il.

-Et aussi étrange que cela puisse-t-il vous paraître, j'ai eu pire, comme professeur, assura James en toute honnêteté. Et ce malgré les préjugés que vous aviez sur moi…

Slughorn rougit légèrement.

-Vous savez ce que c'est : parfois, on laisse sa jalousie prendre le dessus sur la raison… Ne lui dites rien de tout cela, d'accord ?

James jeta un regard rapide à Lily, qui discutait joyeusement avec le professeur Dearborn, puis hocha la tête et sourit à son tour.

-Je ne lui dirai rien, promis !

Les diligences tirées par ces étranges créatures ailées et repoussantes n'attendaient plus qu'eux, et à peine eurent-ils pris place que déjà, ils se mirent en route en direction de la gare de Pré-au-Lard. Personne ne voulut rompre le silence. On aurait annoncé la mort de quelqu'un que l'ambiance n'aurait pas été plus maussade.

Puis, ce qui devait arriver arriva, et ils durent monter une dernière fois dans le Poudlard Express. Le voyage, cependant, leur ramena le sourire, et le temps passa si vite qu'après trois tournois d'échecs que Remus gagna, une bonne dizaine de batailles explosives dont les victoires revinrent à James et Sirius et des heures de bavardages au sujet de tout et n'importe quoi, Dave Goujon vint leur annoncer qu'ils arriveraient d'ici un petit quart d'heure. L'agitation retomba et le silence reprit sa place, alors que chacun tentait d'assimiler la nouvelle : quinze minutes plus tard, il leur faudrait tourner une longue page de leur vie et en commencer une autre, incertaine et inconnue. James, cette fois, ne se laissa pas gagner par la nostalgie et sentit même l'excitation le gagner à mesure que le train se rapprochait de la gare. C'était certes la fin d'une époque, mais celle qui s'annonçait n'avait aucune raison d'être moins belle. Ils quittaient juste l'enfance pour gagner leur indépendance, leur liberté. Mais pourquoi noircir le tableau ? Il aurait certainement d'excellentes notes à ses APSPICs, entrerait à l'école des aurors, se marierait avec Lily –si elle le désirait, tout du moins– et la vie continuerait. Jusqu'au chapitre suivant…


Hey!! Le tout c'est de se dire que quand on veut on peut... Je voulais terminer cette fic avant mon départ, et j'ai terminé cette fic avant mon départ. Avec l'aide d'Ombeline, évidemment. Que serais-je sans elle...

C'est donc 4 chapitres qui vont être postés aujourd'hui, écrits dans la précipitation, corrigés plutôt rapidement, mais qui sont bien terminés...

Bon alors du coup, j'ai pas répondu aux quelques reviews que j'ai reçues pour le dernier chapitre. Je tiens à m'excuser auprès de ceux qui me les ont envoyées, mais vous z'en faites pas: vous aurez votre réponse quand même!

Bref, trève de bavardages inutiles, de toute manière je vous revois dans encore 3 chapitres...49: Bribes de vie 1; 50: Bribes de vie 2;51: Et les années passèrent... Je vous donne rendez-vous cet après-midi pour tout ça!!

Ps: Annouille: merki merki merki merki... lol