Chapitre 153 un peu long, alors je le coupe en deux et je fais le 153 bis, mais je publie les deux le même jour pour ne pas vous faire languir trop longtemps...


Chapitre 153 bis : Introspection (Nuit du 1er au 2 octobre)

Maintenant je comprenais mieux l'animosité de Watson envers moi. Mon ami avait remarqué dès le départ que je ne laissais pas Hélène indifférente. Et au lieu d'être le logicien froid que j'étais d'habitude en présence du sexe opposé, je m'étais comporté de toute autre manière : gentil, prévenant, taquin... Ne faisant que renforcer les sentiments amoureux d'Hélène à mon égard.

Watson avait essayé de me mettre en garde plusieurs fois, mais j'avais haussé les épaules. Lui, il savait ! Il savait qu'Hélène n'aurait jamais de réponse à son amour pour moi et le pauvre avait eu peur qu'ensuite elle ne fasse une grosse bêtise – du style se donner la mort ou rester prostrée des années en espérant me revoir – à cause de mon comportement équivoque ces deux jours là.

Et moi, je n'avais rien vu, rien compris... et j'avais continué...

Il avait même compris que nous avions eu des relations sexuelles, mais ne sachant pas ce qui s'était réellement passé ce jour là, il avait déduit que j'avais profité de la faiblesse d'Hélène à mon égard pour passer du bon temps avec elle. Et qu'elle, elle s'était donnée à moi et m'avait offert sa virginité dans l'espoir de me faire tomber amoureux d'elle.

Oh mon pauvre ami ! Si vous aviez eu connaissance de ce qui s'était déroulé comme drame ce jour là, jamais vous ne vous seriez comporté de la sorte... Mais Hélène avait gardé le silence et m'avait demandé de faire de même... Préférant se faire passer pour une fille facile et leste plutôt que de vous confier sa tragédie de ce jour là. Peur de vous en faire part parce que sa honte n'avait pas pour fondement une faute qu'elle aurait commise, mais la sensation insupportable que cette humiliation était visible par tous.

Mon ami avait du souffrir en voyant le futur drame se dérouler sous ses yeux en se sachant incapable d'y mettre fin. Il n'avait pas osé me dire non plus qu'il savait qu'Hélène était amoureuse de moi. Mais il avait tenté de me le faire comprendre... et j'étais resté sourd !

Watson avait transformé son angoisse et ses inquiétudes pour le futur d'Hélène en aigreur et les conversations étaient devenues envenimées.

Hélène savait qu'elle n'aurait rien de plus avec moi mais malgré tout, elle avait prit le risque de se passer la corde autour du cou... En transformant l'enfer de son viol en paradis, elle savait qu'il serait de courte durée... Un véritable suicide ! Son premier...

Watson avait tout compris, il avait remarqué qu'elle était amoureuse de moi, il savait que nous avions fauté ensemble, cela l'avait inquiété au plus haut point et il s'était comporté comme un père face à la stupidité de sa fille qui se serait entichée d'un homme qui n'était pas fait pour elle. Et le petit déjeuner à l'auberge de la Couronne s'était envenimé... Il avait osé me dire qu'il savait ce que nous avions fait, et il avait proféré à Hélène que si ses parents voyaient son comportement, ils se retourneraient dans leur tombe...

Mon ami ne savait pas que ce jour là, son fiancé m'avait obligé, sous la menace, à avoir une relation avec Hélène. Il ne savait pas non plus qu'Hélène ne m'avait rien offert... Depuis la veille, elle avait envie de moi et moi j'avais envie d'elle. Mais sans l'histoire du viol, jamais nous ne serions passé à l'acte...

Oh mon pauvre ami ! Comme je vous comprenais maintenant ! Oui Watson, vous aviez eu cent fois raison de m'invectiver de la sorte ! Je ne peux pas vous en vouloir, vous ne connaissiez pas l'intégralité des faits et vous m'avez pris pour un goujat de la pire espèce qui profite des sentiments amoureux et des bonnes dispositions d'une jeune fille pour la coucher sous lui. Le comportement d'Hélène a du vous glacer de l'intérieur : une jeune fille de bonne famille qui se donne ainsi le deuxième jour à un homme... Tout en sachant qu'il n'y aura pas de lendemain... Vous l'avez vue se passer la corde autour du cou et vous avez tremblé des conséquences qui pouvaient découler de nos égarements sous les draps...

Tout était clair maintenant !

Je pouvais comprendre aussi que mon camarade ait bondi d'indignation lorsque j'avais demandé à Hélène de m'accompagner en Normandie et de jouer le rôle de mon épouse ! Watson avait du penser que j'allais l'enfoncer encore plus. Un mois passé à mes côtés... et ensuite le retour brusque à la vie normale pour elle... et le néant ! Son deuxième suicide !

« ça vous dépasserait Holmes… Oui, cela vous dépasserait vraiment ! » m'avait-il lancé avant d'aller se coucher lorsque nous étions encore à Baker Street. Il parlait des sentiments amoureux qu'Hélène éprouvait à mon égard tout en pensant que moi, amoureux, c'était une chose impossible.

Hélas non mon ami ! J'avais déjà été amoureux en étant plus jeune, et je l'étais de nouveau... Malgré tout, je n'avais pas voulu reconnaître les symptômes amoureux qui avaient prit naissance dans mon cœur.

Quand Watson m'avait entendu rejoindre Hélène qui dormait dans ma chambre, il avait une fois de plus bondit d'indignation. Et je ne pouvais pas l'en blâmer...

Les nausées matinales qu'Hélène avait ressenties lui avaient fait penser qu'elle était enceinte de moi... Vu qu'il savait que nous avions franchi la ligne rouge dans un lit, il était logique qu'il pense qu'elle était enceinte de mes œuvres...

Que pouvais-je lui dire ? Que la pauvre s'était faite violer ce fameux vingt-et-un février ? Qu'elle était bien enceinte mais que je n'étais pas responsable de cet état ?

Meredith nous avait sauvé en lui faisant croire que c'était la « mauvaise semaine ».

Et nous étions parti pour Saint-Morelle... J'étais son mari et elle était ma femme...

Watson m'avait vu me comporter en « époux dévoué » pendant notre séjour en Normandie et avait continué à grincer des dents. Ne sachant que faire, ne sachant que dire, il avait continué à déverser son animosité sur nous. Il pensait que je jouais un rôle alors que Hélène non... elle, elle se comportait comme une vraie épouse dévouée...

Watson, en vous donnant l'impression que je jouais un rôle, en fait, c'était à moi que je mentais ! J'étais amoureux d'elle depuis le départ...Je lui avais fait l'amour et j'avais pris du plaisir à vivre à ses côtés... mes baisers n'étaient pas de ceux que l'on donne au théâtre, ils étaient bien réels ! Même sur le balcon, lors du bal... Même sous le porche lorsque nous étions sortis dans le parc de Stoke Moran... J'étais dans la réalité mais je refusais de la voir !

Durant les deux mois que nous avions passé ensemble, Hélène s'était comportée comme si elle était ma véritable épouse... Tout en sachant très bien qu'elle n'aurait sans doute jamais rien d'autre avec moi...

Mon ami avait été témoin de tout cela et il avait vu le futur drame se profiler un peu plus... Je comprenais aussi pourquoi il avait aidé Hélène à laver Louis dans la bassine tout en me disant qu'elle avait raison de s'en occuper et de le prendre en charge si elle en avait envie... Avec un petit garçon à ses côtés, peu de chance qu'elle ne commette l'irréparable lors de la fin de l'enquête et de la reprise de nos chemins respectifs.

Tout en sachant bien qu'elle prenait un risque que je veuille encore moins partager son existence du fait de la présence de cet enfant... Son troisième suicide...

Plusieurs fois Watson avait essayé de m'ouvrir les yeux sur les sentiments amoureux d'Hélène à mon égard mais de manière discrète. Je me souvenais de la fois où je lui avais fait part de mon regret de ne pas avoir droit à un combat titanesque entre Hélène et moi... Il m'avait conseillé de l'épouser et de lui faire des enfants pour le rendre fou lui et madame Hudson... et faire exploser tout le quartier !

Même chose lorsque nous étions à l'église et que, prenant la place d'un prêtre imaginaire, il avait fait semblant de nous marier...

Avait-il sentit un changement de mes sentiments à son égard ? Ou essayait-il de me faire ouvrir les yeux ?

Watson était fort dans les affaires du cœur et je voulais bien parier qu'il avait senti que moi aussi je n'étais pas indifférent à son charme... Une lueur d'espoir pour lui en nous imaginant vivre tout les deux ensemble...

Voilà pourquoi il ne nous avait pas regardé de travers lorsque Hélène s'était mise dans la même selle que moi et que je l'avais obligée à m'entourer la taille avec ses bras, tout en gardant ma main sur son bras ensuite... Il avait du comprendre que j'avais une grande affection pour elle, ou peut-être même plus...

La reprise de dressage à cheval sur la plage avait du lui faire plaisir ! Il avait vu son ami, le froid détective, au supplice en sentant le corps de cette femme derrière lui.

Mon ami s'était donc mit à espérer...

Malgré tout, notre brave Watson avait du perdre son latin plusieurs fois... Hélène lui donnant parfois l'impression de jouer un rôle elle aussi... Ce n'était que lorsqu'elle avait fait sa grande envolée lyrique en me faisant croire que Watson était amoureux de moi qu'il avait vraiment su à cent pour cent qu'elle était bien amoureuse de moi tout en sachant bien qu'elle n'aurait rien en retour !

Les larmes qui étaient apparues aux coins des yeux de Watson n'étaient pas dues à sa blessure à un endroit délicat, elles n'étaient pas feintes non plus... Ce jour là, il n'avait pu que constater l'ampleur des sentiments d'Hélène envers moi... Et remarquer que je n'avais rien compris du message qui m'était destiné ! Comprendre qu'elle savait qu'elle n'aurait rien en retour et que malgré tout, elle continuerait à m'aimer...

La nuit où Hélène était tombée sur le cimetière dans la falaise, Watson et elle s'étaient une fois de plus invectivés car mon ami avait pensé que les nausées de cette nuit là étaient dues au fait qu'elle était enceinte.

Puis, ils avaient eu une grande discussion et mon ami avait promis de la laisser tranquille... C'était ce jour là qu'ils avaient mis leur compte en ordre et soldés leur dettes comme Watson le disait.

Le seul moment où il avait pu ressentir que j'aimais vraiment Hélène, c'était au moment où elle était tombée dans l'eau et que je l'en avais sorti...

Ce jour là, il avait vu ma douleur à l'idée de l'avoir sans doute perdue... Se trouvant sur le dessus de la falaise, il m'avait vu lui rendre la vie et ensuite la serrer contre moi, lui caresser la joue amoureusement, l'embrasser sur le front et sur les lèvres... Il avait ressentit toute mon angoisse et compris que moi aussi je l'aimais ! Même si je ne lui avouais pas...

Il avait bien ri à mes dépends en m'obligeant à la dévêtir, la laver, de la coucher dans le lit et de m'étendre à côté d'elle pour lui tenir chaud... Ce jour là, il avait compris que nos sentiments étaient réciproques et qu'il ne manquait plus que je lui fasse ma déclaration...

Toutes les fois où il m'avait fait croire qu'entre Hélène et Karl ce n'était pas de l'amitié mais de l'amour, c'était du faux ! Juste pour essayer de me faire réagir et me rendre jaloux... Rien à faire ! J'étais amoureux mais je n'avouerais pas mes sentiments !

Mon ami espérait un dénouement heureux entre Hélène et moi... et que nous fassions de tas de petits démons comme il disait...

Désolé Watson...

Désolé Hélène...

Si tu savais combien je pouvais t'aimer en silence, si tu savais combien moi aussi je souffrais en cet instant, depuis le début...Entendre tes aveux m'avaient torturé l'âme et le cœur, te savoir amoureuse de moi, savoir que mes sentiments envers toi étaient partagés depuis le début, savoir que tu voulais vivre à mes côtés, porter nos enfants et devoir te dire « non » m'avait plongé dans une souffrance indicible...

Que faire ? Que choisir ? J'étais plongé dans l'indécision la plus totale.


Rappel de l'auteur pour les lecteurs qui ne se souviendraient plus des taquineries de Watson au sujet d'un mariage entre Holmes et Hélène :

Extrait du « chapitre 64 : Un grain de folie » (Troisième partie)

- Mais oui mon chou ! lui dis-je. (Il me refit son regard torve !) Bon, puisque je n'ai pas le droit de rêver à un affrontement avec Hélène… que me reste-t-il dans cette misérable vie ?

- Épousez-là et faites lui des enfants que diable ! L'instinct maternel est réveillé chez elle ! Brillants comme vous êtes, le résultat ne pourrait être que bon ! Sauf s'ils héritent du fichu caractère de leur père ! Là c'est sûr, ce serait catastrophique pour nous ! Vous leur apprendriez la chimie et ils vous aideraient à faire sauter toute la rue ! Si pas le quartier ! Imaginez la combinaison de vos intelligences brillantes ! Je deviendrais encore plus fou avec tout cet étalage de culture… mais bon… oncle John serait indulgent avec les enfants comme il fut indulgent avec leur père… sauf pour les concertos de piano-violons à trois heures du matin ! L'avantage, si elle adopte Louis, c'est qu'il sera nul en violon, piano, chimie, étalage culturel, déductions… Vous aurez un enfant normal ! Bouffée d'air frais pour oncle John !

- Watson ! fis-je en riant jaune. C'est vous qui rêvez ! J'ai banni les sentiments car ils sont incompatibles avec mon métier ! Alors marié et père de famille, vous oubliez ! De plus, il faut être deux pour se marier et faire des enfants ! Adopter Louis ? Pauvre gosse ! Je ne pense pas que Hélène aurait approuvé notre conversation !

- Laquelle ? Le combat titanesque entre vous deux et jusqu'à la mort ou les enfants qui galopent au 221b et qui nous rendraient fou madame Hudson et moi ?

- Les deux ! dis-je en rigolant. Racontez-lui ça et elle file au triple galop pour Le Havre, ensuite elle traverse la Manche pour Londres et puis elle fuit dans un pays lointain pour se cacher de ma folie et de la vôtre !

- Ma folie ? Mais c'est vous qui voulez l'affronter !

- Certes, mais c'est vous qui voulez que je l'épouse et lui fasse des marmots ! Je ne sais pas lequel des deux programmes la fera courir le plus vite ! On parie que c'est le vôtre ?

- Non, parce que nous n'aurons pas son véritable point de vue sur la question ! Le père des enfants serait taré mais Hélène ferait une bonne mère. Elle a l'instinct maternel ! Elle adore les enfants, ça se voit ! Tiens, que fait-elle ?


Extrait du « chapitre 68 : Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs » (Troisième partie)

Je reculai pour avoir une vue de l'ensemble. Je me tenais devant l'autel, en pleine réflexion. Hélène vint se placer à mes côtés et Watson passa derrière l'autel, à la place habituelle du prêtre. Je le vis sourire. Des bruits de pas derrière nous me fis comprendre que les deux autres étaient finalement entré dans la chapelle.

- Mes biens chers frères et mes biens chères sœurs ! commença Watson hilare. Nous voici réunis tous ensemble pour célébrer l'union de cet homme et de cette femme ! Monsieur Holmes, voulez-vous prendre mademoiselle Stoner ici présente pour épouse ? Promettez-vous de l'aimer, de la chérir et de ne pas trop l'embêter, et ce, jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

Hélène et moi on se regarda fort gênés. Je ne savais plus trop où me mettre !

Les deux autres pouffaient de rire dans notre dos et Watson était goguenard !

- Ah ! Vous auriez du voir vos têtes tous les deux ! Cela valait son pesant d'or ! Je n'ai pas pu résister à la tentation lorsque je vous ai vu debout tout les deux devant l'autel ! Et vu que je n'aurai jamais ce plaisir… Vos témoins sont derrière vous ! Mademoiselle, la porte est derrière vous aussi, je vous autorise à vous enfuir à toute vitesse !


Extrait du « chapitre 69 : ô temps, suspends ton vol ! » (Troisième partie)

- Avance un peu alors ! (Elle passa au dessus du troussequin ce qui ne fut pas chose aisée car il était haut et je la sentis s'asseoir derrière moi). Voilà ! Heureusement que nous ne sommes pas gros !

- Tu veux les étriers ?

- Non, c'est bon ! Par contre, devine qui fronce les sourcils ? Ah non, il sourit un peu ! Le Saint-Esprit qui lui serait tombé dessus tu crois ?

- Qu'une hérétique comme toi croit au Saint-Esprit me laisse pantois !

- Non, mais rien que pour avoir droit au sourire « un peu gentil » qu'il m'a fait, je veux bien y croire !