Merci à tous pour vos reviews (Je n'ai pas encore eu le temps de répondre personnellement à tout le monde mais ça sera fait au plus vite !). Un gros merci à Barbie pour sa correction et approbation du titre de ce chapitre. Quelle idée j'ai eu avec les "Ceux qui ...", tsss.

Bref, bonne lecture à tous !


Ca sent la vieille guenille & l'épicier cafard
dans ce chagrin des glandes qu'on appelle l'amour

HFT - Confessions d'un Never Been


Ce matin-là, Dominique Weasley se réveilla de plutôt bonne humeur. Une fois n'est pas coutume, elle put profiter tranquillement de la salle de bain et se laissa bercer par l'eau chaude coulant sur ses épaules avec une délectation non feinte. Après s'être extirpée de la douche à cause des coups qui retentissaient sur la porte depuis quelques minutes et l'empêchaient de se détendre tout à fait, la jeune fille s'habilla rapidement, ses longs cheveux mouillés rendant peu à peu l'arrière de sa chemise transparente.

- Et bien enfin, râla Joana Mayer lorsqu'elle ouvrit la porte.

Et la jeune fille la bouscula avant de s'engouffrer dans la salle de bain en soufflant. C'était Sainte Mangouste qui se fichait de la charité mais Dominique décida de laisser couler, pour l'instant du moins. Joana le lui paierait un jour ou l'autre.

Le dortoir était toujours très animé le matin. Molly courrait toujours dans tous les sens pour se préparer et retrouver ses affaires de cours, Camille révisait ses leçons de la journée à voix haute et même Isabel, qui n'était pourtant pas très matinale, faisait l'effort d'aider sa cousine à préparer ses manuels et devoirs pour ne pas perdre de temps.

Comme d'habitude, Molly agita sa baguette devant elle et ses cheveux devinrent souples et bouclés. Pendant trois secondes. Dominique les sentit ensuite instantanément s'emmêler et se raidir sur sa nuque. Comme depuis six ans, sa cousine eut une moue dépitée avant de passer à autre chose. Certaines fois, elle lui disait qu'elle ne comprenait pas et que ce sortilège démêlerait une pelote de laine ou qu'elle pourrait essayer de les couper pour voir s'ils repoussaient normalement. Mais même Molly ne pouvait se faire d'illusions sur la tignasse de sa cousine : ce n'était que par pure politesse.

Et de toute façon, toute personne ayant essayé de couper ses cheveux de plus de trois centimètres avait eu des problèmes. Dominique se souvenait encore de la punition octroyée par sa mère huit ans plus tôt alors que les ciseaux s'étaient retournés contre sa tortionnaire et, si elle riait de la situation à présent, la gamine qu'elle était avait beaucoup pleuré.

- M'attendez pas, je vais faire un tour dehors.

En vérité, elle comptait faire deux ou trois petits tours de stade avant d'attaquer le premier cours de la semaine et Molly n'était pas dupe. Sa cousine était heureusement trop occupée pour lui faire la morale.

La jeune fille n'attendit d'ailleurs pas que ses paroles arrivent jusqu'à son cerveau et se faufila en dehors du dortoir, sac de cours sur l'épaule. Elle parcourut la distance qui la séparait du hall en petites foulées et, fière comme un paon de ne pas être essoufflée, se faufila à l'extérieur après avoir salué son petit frère et ses amis qui allaient prendre leur petit déjeuner.

Elle dévala rapidement le sentier excentré qui menait à la fois au stade de Quidditch et à la forêt interdite et bifurqua à droite au dernier moment, s'éloignant momentanément de son premier objectif.

Son œil aiguisé avait repéré une silhouette familière près de l'enclos des licornes et la jeune fille rejoignit son cousin au pas de course. James Potter, plus calme que jamais, caressait distraitement le bébé licorne qui lui avait léché le visage lors d'un cours de Soins aux Créatures Magiques. C'était dans ces moments-là que Dominique préférait son cousin car il lui paraissait presque sympathique.

Il n'y avait pas qu'avec les licornes que le Gryffondor avait un don - et elle-même n'avait pas assez de mauvaise foi pour affirmer le contraire - mais avec toutes les bêtes. Elle se souvenait encore d'Errol, le vieil hibou de ses grands parents, particulièrement gentil mais vraiment vieux et très sourd, écoutant la moindre des paroles de James et s'exécutant tout naturellement. Il y avait aussi eu Stevens, le chat de sa sœur Victoire, une horrible boule de poils qui passait ses journées à les griffer et à détruire les maisons de poupées de Dominique, que seul James avait su mater. Depuis, sa mère avait refilé Stevens aux Potter et, apparemment, le chat les écoutait seulement quand James le lui ordonnait. Elle se demanda ce qu'ils en faisaient lorsqu'il était à Poudlard. Elle-même aimait les animaux mais l'ancien chat de sa sœur était vraiment affreux et elle n'en aurait pas voulu à sa tante Ginny si elle l'enfermait dans la cave durant l'année scolaire.

Il y en avait eu d'autres des animaux, chez les Weasley et, à chaque fois, James savait les apprivoiser à la première rencontre.

- Et tu veux devenir Attrapeur ? Ouvre une ménagerie plutôt, lança la jeune fille, taquine.

Le Gryffondor sursauta et se tourna vers elle, l'air brusquement moins calme. Le bébé licorne, qui avait bien grandi en quelques mois, renâcla et fit brusquement demi-tour.

- Tu l'as fait fuir, lui reprocha James.

- Pourtant, ils aiment bien les filles d'habitude.

La jeune fille venait de lui tendre le bâton pour se faire battre et James le lui fit comprendre en la détaillant des pieds à la tête avec une moue suggestive. Sa cousine riposta par un coup de poing dans l'épaule bien mérité et le brun esquissa une grimace de douleur. Petite mais efficace.

- Quand je serai l'attrapeur le plus célèbre au monde, je pourrai m'offrir un élevage de licornes et de dragons si je veux, affirma le jeune homme, revenant au sujet initiale.

Dominique leva les yeux au ciel mais ne releva pas. De toute façon, l'orgueil de James était beaucoup trop développé pour qu'elle arrive à lui rabattre le caquet sur ce sujet, surtout après avoir essayé vainement pendant des années.

Au lieu de ça, elle se contenta de prendre appui sur la barrière, faisant face à son cousin. Un sourire mutin s'afficha sur son visage.

- Prêt pour demain ?

- Et comment ! acquiesça James en se détendant soudainement.

Demain, on était le premier avril.

oOoOoOoOoOoOo

Quelques heures plus tard.

- Tu aurais pu faire attention, reprocha Nella Flint.

La jeune fille, les larmes aux yeux, tourna la tête vers son petit ami qui, pour sa défense, avait l'air plus que penaud. Pour la sixième fois au moins, il lui répéta qu'il était désolé.

Désolé ou pas, l'index de Nella avait vraiment une drôle de couleur oscillant entre le vert et le violet. Il était vraiment temps qu'ils arrivent à l'infirmerie ou elle allait tomber dans les pommes.

Tout avait commencé en cours de Botanique, lorsque le professeur Londubat avait fait travailler les septième année sur la Crocodilius, une plante des plus carnivores qui possédait aussi la particularité d'être particulièrement vicieuse et méchante. Il n'avait pas fallu longtemps à Nella pour se faire mordre. Le temps que Wil laisse échapper celle qui leur avait été assignée et cette dernière s'était jetée sur sa main et lui avait mordu l'index alors qu'elle était en train de mettre ses gants de protection.

La douleur avait été immédiate, comme si des dizaines de petites aiguilles s'enfonçaient dans sa chaire au même moment. La suite avait été peu glorieuse. Sujette à la douleur, Nella s'était mise à hurler peu glorieusement et Londubat avait ordonné à Wil de l'accompagner à l'infirmerie où, apparemment, Pomfresh possédait un antidote. Encore heureux. Elle n'avait aucune envie de mourir à cause d'une Crocodilius.

- Franchement, tu aurais pu mieux la tenir, ajouta-t-elle. C'est pas parce que tu n'as aucune ambition qu'il faut saboter les études des autres.

S'en prendre au Gryffondor lui faisait mieux supporter la souffrance.

- Ecoute, je …

- AAAAAAAAAAAAAH !

Son cri aigu fit sursauter son petit ami. Lorsqu'il se retourna vers elle, il remarqua d'abord les grosses coulées d'eau sur son visage terrifié et ses yeux qui regardaient alternativement le sol et sa main. Wil se risqua à baisser les yeux lui aussi.

- AAAAAAAAAAAAAH ! hurla-t-il à son tour.

- Ne crie pas, paniqua Nella. Ne crie pas ! MAIS FAIS QUELQUE CHOSE ! RÉCUPÈRE… NOM D'UN TROLL, ÇA...

saigne.

Une flopée de sang s'échappait de son doigt. Enfin, son absence de doigt. Ce dernier, lui, reposait sur les dalles de pierre du troisième étage. Hypnotisée, Nella ne put détourner son regard bleu de sa main, sentant son visage devenir étrangement moite. Lorsqu'elle releva les yeux, son petit-ami était étrangement flou.

- Je crois que… je ne supporte pas le… sang.

Ce fut la dernière chose dont la Serdaigle se souvint car tout devint noir autour d'elle et elle se sentit glisser vers le sol.

oOoOoOoOoOo

- Il parait que Flint a perdu sa main en cours de Botanique, lança Joana Mayer, les yeux étrangement brillants, à l'intention d'Isabel Lowell qui venait de se laisser tomber sur l'un des poufs à ses côtés.

Les deux Poufsouffle étaient les seules de leur maison à avoir cours de Divination à cette heure-ci. Joana, qui n'assistait pourtant pas au cours de Botanique, avait décidément l'air bien informée. Isabel, pour la faire mariner, prit tout son temps pour sortir sa plume et un parchemin qu'elle positionna avec soin devant les deux tasses de thé posées devant elles. Son regard se posa ensuite innocemment sur deux filles de Gryffondor qui avaient l'air de prendre tout ça très à cœur et qui se disputaient déjà pour être la première à pouvoir lire dans les feuilles de thé alors que Vancouver n'était même pas arrivé.

Il fallut que Joana se mette à tousser bruyamment pour attirer son attention. Lorsque la jeune Batteur se retourna vers son amie, celle-ci lui lança un regard rempli de reproches.

- Bon d'accord. Elle s'est faite mordre par Vahna. Mais c'est son doigt qui est tombé, d'après Potter.

- Beurk, marmonna Joana, dégoûtée. C'est quoi Vahna ?

- Londubat donne des noms à ses plantes. Celle d'Arthur et moi s'appelle Jolia. Et celle de Dom et Camille Anahala.

Joana eut l'air un peu plus dégoûtée mais les deux Poufsouffle n'eurent pas plus le temps de disserter sur l'étrange passion du directeur des Gryffondor pour les plantes - et pas les plus dociles - car Vancouver pénétra dans la salle de cours. Immédiatement, la plupart des bavardages se turent.

L'étrange professeur commença par leur rendre leur devoir de la dernière fois et, comme d'habitude, les deux jeunes filles récoltèrent un O. Pourtant, aucune de leur prédiction ne s'était réalisée, surtout pas celle de Joana qui avait poussé le vice à imaginer un bal de fin d'année à Poudlard.

De toute façon, seule l'imagination comptait dans ce cours, renfila Isabel Lowell d'un air dédaigneux. Vivement la fin de l'année.

Comme depuis deux ou trois semaines, les élèves eurent pour consigne de lire dans les feuilles de thé. Joana fut celle qui alla chercher l'eau chaude dans une théière rose particulièrement affreuse et qui datait visiblement d'une époque lointaine.

- Je sais plus quoi inventer moi, chuchota la jeune fille en versant l'eau chaude dans leur tasse respective. On a dit que le mois d'août allait être caniculaire et c'est passé. On a dit que Pré-au-Lard allait être visité par le Ministre de la Magie et c'est passé. On a dit qu'une espèce d'animal rare et éteinte depuis des millénaires allait être découvert en Norvège et c'est passé.

- On trouvera bien, répondit Isabel sur le même ton. On trouve toujours.

Quelques minutes plus tard, les deux Poufsouffle contemplaient leur tasse d'un air morne. Les feuilles de thé qui flottaient à la surface ressemblaient à tout sauf à des feuilles de thé. Un coup d'œil autour d'elle permis à Isabelle de se rendre compte que la plupart des élèves avait l'air aussi désespérés qu'elles, hormis les deux filles de Gryffondor qui prenaient des notes à une vitesse affolante.

- On dirait un soleil, tenta Joana en bougeant tristement l'une des feuilles.

- Oui, mais il y a un trait plus long juste derrière, déclara son acolyte.

- Un bonhomme avec un gros ventre ?

Elle loucha vers son professeur et retint un rire nerveux. A bien y réfléchir, disserter sur le physique de Vancouver n'était peut-être pas la meilleure chose à faire pour récolter une bonne note. Il y avait tant de choses à dire que n'importe qui se vexerait au premier paragraphe. Quoique, Vancouver n'était pas normalement constitué. Des rumeurs voulaient qu'il vienne d'une autre planète et même Isabel se laissait aller à y croire après quelques cours de Divination particulièrement étranges.

- Une femme enceinte ? proposa Joana.

- Hé, tu te souviens de cette prédiction stupide ? On avait dit que Lastek allait se marier avec Assem. Tu n'as qu'à dire …

- … qu'elle va tomber enceinte, répondit la Poufsouffle qui venait de comprendre. Et ce truc là, on dirait un chiffre. Un cinq. Très bien, Assem va tomber enceinte le cinquième mois de cette année.

- On devrait peut-être la prévenir qu'il ne lui reste qu'un mois, ricana Isabel.

Les deux filles pouffèrent pendant quelques minutes puis, Joana aida son amie à trouver une signification à sa propre tasse. Elles rendirent leur parchemin à Vancouver avec un grand sourire et celui-ci hocha la tête, apparemment satisfait, lorsqu'il parcourut rapidement leur rédaction.

Ce cours était décidément d'une nullité absolue, conclut Isabel en se précipitant hors de la salle, suivie de près par Joana.

oOoOoOoOoOo

01 avril au matin, très tôt avant le début des cours

- Où est Louis ?

- Il arrive !

- Et Molly ?

- Elle se coiffe.

- Quoi, mais elle ne se rend pas compte de …

- Oh, c'est bon James, la ferme !

Ces derniers mots avaient été prononcés par Albus Potter qui, l'air complètement endormi, avait la tête posé contre le sablier des Serdaigle et ne semblait tenir debout que grâce à ce dernier.

Outre le Serpentard, il y avait aussi Rose Weasley qui, assise au pied du sablier des Poufsouffle, relisait attentivement quelques notes, Hugo et Lily qui discutaient à voix basse tout en jetant régulièrement des petits coups d'œil à James, qui devenait de plus en plus rouge au fur et à mesure que les minutes passaient. Dominique n'était pas loin de rejoindre l'état léthargique d'Albus et bavait allégrement contre le mur derrière les sabliers.

Bref, les cousins Potter-Weasley préparaient un mauvais coup.

- Je ne vois pas l'intérêt de se réunir à cette heure-là, rajouta Albus, particulièrement de mauvaise humeur. Surtout que tu n'as pas besoin de nous !

- C'est LA blague du premier avril, lui reprocha James. On la fait ensemble depuis des millénaires.

- Des millénaires, ouais, grogna Albus. Et mon cul, c'est de l'hippogriffe.

Si les deux frères ne s'entretuaient pas avant.

Heureusement, Louis Weasley finit par arriver, Molly à ses côtés, ses cheveux roux attachés en une grosse natte sur le côté de sa tête. Tous deux avaient l'air en pleine forme, ce qui sembla encore plus agacer Albus, sûrement jaloux de voir que la plupart des gens arrivaient à avoir l'air normaux à six heures du matin.

- Vous êtes en retard, signala James avec autorité tandis que Louis et Molly s'arrêtaient devant le petit groupe, à peine dissimulé par les quatre sabliers.

- Il est six heures cinq, remarqua Louis avec justesse.

- Peu importe, coupa Rose, endiguant sans le savoir une nouvelle dispute. On y va avant que le petit-déjeuner soit prêt.

Albus avait raison, songea Dominique tandis que Lily l'aidait à se tenir droite. On n'a pas besoin d'être quinze pour soudoyer des elfes de maison.

Mais, comme chaque année, James tenait à ce qu'ils soient tous réunis pour la préparation de la blague du premier avril. Il tenait à réunir toute sa famille et préserver leur petite tradition comme l'avait fait Fred avant lui et Roxanne encore avant. C'est vrai que c'était à peu près la seule occasion pour les cousins d'être tous ensemble. La jeune fille se souvint que, la dernière fois où elle les avait eus presque tous à portée, était le lendemain de l'agression de Camille. Un assez mauvais souvenir donc.

La petite bande se dirigea vers les cuisines avec plus ou moins d'entrain. Albus, tout comme elle, se faisait presque porter par Rose qui râlait tous les deux mètres environ à cause du poids du garçon. Elle-même, si elle avait lâché Lily, trainait des pieds à côté de son frère, qui discutait à voix basse avec Molly, le visage mutin. Tout était normal en soi.

Une minute. Le visage mutin ? Louis ? Ce grand dadais coincé ?

Foi de Dominique, quelque chose se tramait. Pour preuve, lorsqu'elle ralentit le pas, Molly et Louis cessèrent leurs messes basses.

- Perdez pas de temps et passez aux aveux, murmura-t-elle. De toute façon, je saurais vous faire parler.

Molly lança un regard perplexe à Louis qui poussa un gros soupir face à la théâtralité de sa sœur. Malgré tout, ils abdiquèrent vite et ralentirent l'allure, jusqu'à presque s'arrêter, tandis que les cinq silhouettes devant eux s'éloignaient de plus en plus.

- De toute façon, tout le monde est au courant, révéla Molly. J'allais te le dire en repartant.

- Sauf James, précisa Louis. Lui, on lui dit pas.

- Et pourquoi je suis pas encore au courant et pourquoi … James ? Qu'est-ce qu'il ne doit pas savoir ? C'est son idée pourtant !

- Nous avons décidé de la modifier un peu. Enfin, j'ai eu l'idée et on l'a mise en application avec Albus, expliqua son frère.

Dominique fronça les sourcils, de plus en plus curieuse. Leur blague était pourtant l'une des plus drôles de leurs années à Poudlard, qu'avaient-ils voulu changer ?

- Nous trouvions ça idiot que seuls les Serpentard soient touchés, reprit Louis qui, décidément, n'avait jamais autant parlé. Et Albus n'était pas vraiment d'accord.

C'est vrai que, maintenant qu'elle y pensait, son cousin vert et argent n'avait pas râlé très longtemps pour la blague dont allait être l'objet sa maison. C'était à présent limpide et elle se maudit de ne pas l'avoir compris avant.

- Et bien ? le poussa-t-elle à continuer.

- Tu sais que les Serpentard devaient se retrouver avec les cheveux rouges toute la journée ? résuma Molly.

- Et bien, nous avons décidé d'une petite variante. Grâce à une petite potion de notre invention à Albus et moi, tout le monde aura les cheveux aux couleurs d'une autre maison. Mais pas n'importe laquelle.

- Dis, dis, dis, piailla Dominique qui ne retint même pas le fait qu'elle-même allait se voir doter d'une couleur ridicule sur le crâne.

- Nous sommes partis du principe qu'une seule maison ne correspondait pas toujours à une personne. Toi-même …

- Ouais, c'est bon !

Il n'était pas non plus obligé de lui rappeler qu'elle avait failli atterrir à Serpentard en compagnie de Roxanne qui était alors Préfète des verts et argents. Remarque, à une époque, elle n'aurait pas détesté se retrouver parmi les serpents de son année. Mais elle était sûre et certaine qu'elle aurait assassiné Ayling pour sa maladresse et Heather Moorehead pour … parce qu'elle était Heather Moorehead tout simplement et qu'il n'y avait pas besoin de raison valable pour ne pas aimer cette fille.

- Bref, résuma Molly, nos cheveux reflèteront la deuxième maison nous correspondant autant, ou presque, que celle où nous sommes à présent.

oOoOoOoOoOo

Une heure et demi plus tard, la tignasse blonde de Dominique était à présent verte. Si cette couleur n'était pas sa préférée - Joana dirait que cela jurait avec son teint -, ce n'était pas très étonnant.

Leur petite blague avait marché comme sur des roulettes !

La potion préparée par Louis et Albus, que James avait réussi à verser dans les pichets de jus de citrouille après avoir retourné le cerveau des dix-huit elfes de maison présents dans les cuisines ce matin-là, mettait plus d'une heure à agir. Il était presque huit heures et tous les élèves, ou presque, étaient en train de déjeuner avant leur premier cours. Les plus matinaux étaient déjà repartis mais Albus l'avait assurée que la teinture tiendrait toute la journée. La brillante jeune fille qu'elle était en potions avait été un peu jalouse de ne pas y avoir pensé elle-même mais la panique ambiante lui réchauffait le cœur.

Personne ne comprenait ce qu'il se passait, surtout pas James qui, à l'autre bout de la salle, avait l'air éberlué et louchait vers ses cheveux - eux aussi vert -, son visage n'étant pas loin d'aborder la même couleur.

- C'est trop coooool ! s'exclama-t-elle.

Avant de se retourner vers ses amis, n'ayant pas encore eu la curiosité de découvrir quelle aurait pu être leur maison.

Arthur, et ce n'était pas étonnant, arborait une chevelure bleue, tout comme Molly d'ailleurs. Camille, Isabel et Anatole avaient une tignasse rouge. Et Joana, tout comme elle, avait les cheveux verts. Visiblement, tous ne partageaient pas son hilarité. Cette dernière avait l'air paniquée, surement effrayée à l'idée que la teinture soit permanente. Arthur paraissait ennuyé.

Seule Molly était aussi joyeuse qu'elle et riait aux éclats.

- Regarde ! Albus a les cheveux rouges ! Et dire que c'était son idée, il doit être furieux.

Furieux n'était sûrement pas l'adjectif adéquat pour décrire Albus qui fulminait dans son coin, hurlant sur Scorpius Malefoy (cheveux bleus), comme si ce dernier pouvait être tenu pour responsable. Arborer les couleurs de la maison de son frère devait être une vraie torture pour lui.

Le plus drôle, c'est que James réagissait exactement de la même façon et que ni Carlson, ni Jordan (cheveux jaunes tous les deux) ne parvenaient à le calmer, Flint étant toujours à l'infirmerie à cause de son doigt. Finalement, Louis Weasley (cheveux rouges), se dirigea vers son cousin et discuta quelques instants avec lui avant de prendre la fuite. Il venait sans doute de révéler à James qu'il l'avait doublé dans sa blague et ce dernier était devenu plus blanc que vert maintenant.

- J'ai une crampe à l'estomac, gémit Dominique qui n'en pouvait plus de rire.

- Regardez les professeurs, lança Anatole en rejoignant soudainement l'hilarité générale.

Tout le monde comprenait peu à peu la signification de la couleur de leurs cheveux et, si certains avaient presque l'air satisfait, d'autres paraissaient grognons. Ou furieux, à l'instar d'Heather Moorehead (cheveux rouges), qui hurlait devant la table des professeurs.

Ces derniers n'avaient pas été épargné.

Londubat avait les cheveux jaunes, tout comme Lastek (celui-ci devait être un Poufsouffle jusqu'au bout des ongles car, à ce qu'elle en savait, il avait été dans la même maison qu'elle) et Joly. McGonagall avait les cheveux bleus (ce qui n'était pas très étonnant) et Assem une tignasse rouge (elle avait l'air encore plus revêche que d'habitude).

Son estomac se serra lorsque son regard bleu rencontra celui, plus noir, de son professeur de Potions. Néanmoins, elle chassa très vite ses idées noires, ce qui n'était pas très difficile car Moorehead avait encore haussé le ton et faisait un véritable esclandre.

- ROUGE ! JE NE PEUX PAS ME PROMENER COMME ÇA ! TROUVEZ LE MOYEN DE NOUS ENLEVER ÇA TRÈS VITE !

De là où elle était, Dominique put voir Scott reculer sa chaise de quelques centimètres. Peut-être qu'elle avait postillonné au visage de son Directeur de Maison.

- ON DIRAIT UNE GRYFFONDOR ! beugla-t-elle en grimaçant comme si elle avait prononcé un gros mot.

Curieuse, Dominique se désintéressa de la jeune fille pour se tourner vers les Serpentard. Très peu arboraient une chevelure rouge. Heather Moorehead était l'une des rares. Elle trouva très vite ce qu'elle cherchait et ne fut pas surprise des cheveux bleus d'Isaac Nott. La couleur ne lui seyait pas du tout mais il n'avait pas l'air si perturbé que ça. Étonnement, la discrète Harriet Moorehead avait les cheveux rouges, tout comme sa sœur. Quant à Ayling, il buvait tranquillement un bol de café au lait sans paraitre perturbé par sa tignasse jaune, peu différente de ses cheveux habituellement blonds.

- JEUNES GENS !

- JEUNES GENS ! UN PEU DE CALME !

Cette fois-ci, tout le monde s'arrêta de parler, de crier ou de gémir, au choix. Il faut dire que McGonagall avait magiquement amplifié sa voix et que le son strident venait de leur détruire trois ou quatre tympans. Dominique ne retira ses mains de ses oreilles que lorsqu'elle fut certaine que la voix de leur directrice avait été réduite à un décibel à un peu près normal.

- Je suis certaine que tout ceci n'est pas dangereux, affirma la Directrice qui s'était avancée au bord de l'estrade professorale.

Derrière elle, Scott faisait signe à Moorehead de se taire, ce qu'elle fit avec plus ou moins de bonne volonté.

- Le ou les auteurs de cette blague seront bien évidemment punis, reprit-elle en balayant la salle d'un regard vif. Néanmoins, profitez de cette journée pour vous poser les bonnes questions. Les couleurs de vos maisons sont-elles si importantes que ça ?

Personne ne moufta, sûrement pas peur d'une retenue, mais la réponse était sans équivoque. Oui, cela faisait bien rire Dominique d'avoir les cheveux verts mais pour rien au monde elle n'aurait échangé sa maison. Et, à en voir les têtes de ses amis, ils étaient tous d'accord avec elle.

Néanmoins, ce bref discours parut calmer les esprits. La plupart des élèves se mirent à rire, souvent des cheveux de leurs amis, et le reste de la journée se passa à découvrir dans quelle maison les autres auraient pu atterrir, la signification de la couleur ayant très vite fait le tour de Poudlard.

Dominique réussit à recroiser tous ses cousins. Si Hugo avait les cheveux rouges, ceux de Lily et Rose étaient verts (ce qui réconforta un peu Albus et plongea un peu plus James dans une bouderie sans équivoque). Au final, la plupart des élèves avaient changé de couleur de cheveux, hormis quelques Gryffondor qui avaient une tignasse rouge (ce dont ils ne manquèrent pas de se vanter auprès des autres) et certains Serpentard qui arboraient une couleur verte qui parut les satisfaire au plus haut point). Les cheveux de certains élèves présentaient aussi plusieurs couleurs. Dominique s'en rendit compte quand elle croisa Gemma Lysenko en début d'après-midi, pour un cours de Sortilèges.

- Tu rigoles et je te jure qu'on ne retrouvera jamais ton corps, menaça la Préfète-en-chef tout en relevant le nez d'un air snob.

Dominique ne put résister à l'envie de pouffer devant les cheveux rouge de la jeune fille et… sa frange verte, contrastant avec l'ensemble. Apparemment, Gemma pouvait très bien appartenir à toutes les maisons, hormis Poufsouffle. Ce n'était pas non plus très étonnant.

Néanmoins, le soir venu, lorsqu'ils apprirent que le cours de Duels était annulé à cause d'un déplacement de Wiertz en Bavière, les couleurs sur leur tête étaient plus pâles, presque délavées.

oOoOoOoOoOo

- Horrible, commenta nonchalamment le miroir de la salle de bain des Serdaigle.

Gemma Lysenko le fusilla du regard sans moufter, consciente qu'il n'avait pas tort. Elle avait une ronde avec Potter ce soir-là et venait de passer vingt minutes à tenter de camoufler sa tignasse verte et rouge avec plus ou moins de succès.

La dernière tentative avait été la bonne. La jeune fille avait plaqué sa frange verte sur le sommet de son crâne, créé un chignon sophistiqué pour discipliner son épaisse tignasse et dissimulé tout ça sous un foulard solidement noué dans sa nuque. Presque rien ne dépassait.

Elle avait conscience d'être ridicule mais il valait mieux ça que de donner l'occasion à Potter de la tacler sur les deux couleurs de ses cheveux. Bon, évidemment, il avait bien eu le temps de les repérer dans la journée mais autant ne pas lui donner le bâton pour se faire battre.

La jeune fille retourna rapidement dans son dortoir, attrapa sa baguette magique qu'elle avait laissé sur sa table de chevet et disparut dans les escaliers sans un regard pour Nella Flint qui lisait un livre sur son lit, sa main enveloppée dans un épais bandage. Cette dernière n'avait pas fait un seul geste signifiant qu'elle pouvait l'avoir vue.

Gemma retint un soupir peiné avant de se souvenir des paroles très dures qu'avait eu son ancienne meilleure amie. Ce n'était pas de sa faute et, en plus, elle avait d'autres soucis en tête.

Elle parvint rapidement à la salle des Professeurs et y pénétra pour chercher son itinéraire du soir. Les rares professeurs présents la regardèrent à peine, son couvre-chef passant bizarrement inaperçu. D'ailleurs, au fond de la pièce, le professeur Assem arborait un fin voilage sur la tête, dissimulant avec brio ses cheveux rouges.

Les professeurs auraient très simplement pu effacer toute trace de ce sortilège mais peut-être qu'ils jouaient le jeu - en partie du moins - afin de créer une sorte de cohésion entre les maisons. Tu parles.

Ils avaient essayé les cours de Duels et n'avaient récolté que des ennuis, surtout en début d'année lorsqu'ils avaient tous finis par se taper dessus. Ils avaient essayé les beaux discours, une licorne avait été attaquée.

Elle-même avait essayé de fréquenter Weasley et, preuve ultime, elles n'étaient jamais d'accord sur rien.

- Bonne soirée Miss Lysenko, lui souhaita Londubat en lui tendant le fameux parchemin. N'oubliez pas, si vous avez un problème vous envoyer votre Patronus ici.

La Préfète-en-Chef opina du chef, songeant méchamment qu'il ne fallait pas compter sur Potter pour ça. Cette andouille n'arrivait toujours pas à sortir autre chose que de la fumée de sa baguette.

En parlant de ce singe de Potter, elle tomba nez à nez avec lui en ressortant, comme la dernière fois et... il arboraitun vieux bonnet noir qui lui donnait l'air d'un cambrioleur.

- Cachots, grogna-t-elle en l'esquivant par la droite.

Son homologue ne moufta pas et ils descendirent silencieusement jusqu'au sous-sol, Gemma remerciant les Fondateurs chaque minute qui passait car Potter n'avait toujours pas fait de commentaire sur sa dégaine. En même temps, il avait l'air aussi ridicule qu'elle et, cette fois, elle n'hésiterait pas à le remettre à sa place.

Plongée dans ses pensées, Gemma réalisa soudainement qu'elle ne ressentait plus aucune peur envers lui. Juste une sordide haine et un profond dégoût qu'elle n'était pas prêt d'avoir envie de faire disparaitre. C'était une évolution positive. Débarrassée de ce problème, elle se sentait enfin soulagée.

L'année avait mal commencé. Et elle se terminerait mal, rien ne pouvant faire revenir sa mère.

Comme d'habitude à chaque fois qu'elle pensait à Stella Lysenko, ses yeux s'embrumèrent.

Mais, dans sa peine, elle avait eu de la chance. Abel, bien sûr.

Un fin sourire s'afficha sur son visage.

Et, bon d'accord, elle était bien obligée de s'avouer que Dominique la distrayait, parfois. Quand elle ne cherchait pas à avoir raison et qu'elle ne jouait pas à la petite peste sans cervelle. Bon, ce n'était pas la plus intelligente de Poudlard, encore moins la plus gentille, elle n'était pas très humaine et un peu nombriliste mais … leurs joutes verbales la détendaient, comme un vieux rituel qui réchauffe le cœur. Ouais, Weasley pouvait être cool parfois.

Et puis, tout était une question de semaines. Après les ASPIC, les vacances arriveraient vite et elle rentrerait chez elle et oublierait tout ce qui s'était passé à Poudlard cette année-là. Elle ferait sa formation de Guérisseur à Tallahassee, en Amérique, réussirait haut la main parce qu'elle était la meilleure, et peut-être qu'elle prendrait un appartement… où Abel pourrait emménager dès la fin de ses études, qui sait.

L'autonomie et la liberté. Elle ne rêvait de rien de plus.

Une voix grave se fit entendre et Gemma sursauta, croyant que Potter s'adressait à elle. Étonnement, il avait l'air aussi surpris qu'elle et regardait étrangement vers la droite.

Super, encore des élèves qui ignoraient le couvre-feu pour faire des bêtises toutes plus stupides les unes que les autres. Quelques semaines plus tôt, avec Louis Weasley, ils avaient découvert deux élèves de Poufsouffle de troisième année qui tentaient d'installer des pétards dans une armure, juste devant la salle de Mé de dire qu'ils avaient été sévèrement punis.

La jeune fille suivit mécaniquement Potter qui se rapprochait de plus en plus du bruit, le menton relevé, à la manière d'un fin limier. Elle faillit néanmoins lui rentrer dedans lorsqu'il s'arrêta net et ouvrit de grands yeux ronds quand il se jeta contre le mur, le regard fixé sur quelque chose qu'elle ne voyait pas.

- Pousse-toi, ordonna-t-il en grognant.

La jeune fille hésita à avancer jusqu'au bout du couloir mais songea qu'il n'y avait pas beaucoup de choses qui auraient pu forcer Potter à lui parler sans l'insulter. Elle obéit donc, se fondant à son tour contre le mur, l'oreille tendue.

Des bribes de conversations inaudibles lui parvinrent aux oreilles. Les protagonistes étaient au moins deux.

Le couloir dans lequel ils se trouvaient se coupait un ou deux mètres plus loin, traversé par un autre couloir qui, elle le savait, desservait une salle de cours de Potions et le bureau de la Directrice des Serpentard avant d'atterrir près de leur salle commune.

La Préfète-en-Chef ne tarda pas à voir ce qui avait tellement surpris Potter car deux ombres se dessinèrent dans le couloir devant eux, éclairé par la clarté de la nuit. Bientôt, elle vit apparaitre Assem elle-même et le professeur Wiertz. La première, plus petite que l'Auror, avait le visage relevé vers ce dernier et la bouche tordue dans un rictus de fureur. Ce dernier dissimulait entièrement le reste de son corps avec sa carrure athlétique et, s'ils ne pouvaient entendre ce qu'ils se disaient, nul doute que ce n'était pas une conversation chaleureuse.

Les deux professeurs disparurent aussi vite qu'ils étaient venus, toujours en parlant, et les deux Préfet-en-Chef patientèrent de longues secondes avant de se décoller du mur.

- Je croyais qu'il était en Bavière, s'exclama Potter en avançant finalement de quelques pas, glissant avec précaution sa tête dans le couloir adjacent pour vérifier qu'ils étaient bel et bien partis. Qu'est-ce qu'il fout là ? Et je rêve ou ils étaient en pleine dispute.

D'abord éberluée, puis septique, Gemma se demanda un instant si Potter n'était pas en train de lui parler avant de se rendre compte que ces mots n'étaient destinés qu'à lui-même. Tournant en rond, le garçon paraissait en profonde réflexion.

Elle avait eu peur, soudainement.

Mais il n'avait pas tort. Pourquoi leur cours de Duels avait été annulé si Wiertz était dans le château et non en Allemagne comme la note placardée dans leur salle commune l'affirmait ? Que foutait-il avec Assem ? Dans tous les cas, il ne paraissait pas l'apprécier.

C'est cette constatation qui ouvrit les yeux à Gemma.

- Peut-être qu'il a tout deviné lui aussi, s'exclama-t-elle sans faire attention à l'endroit où elle se trouvait et avec qui.