Chapitre 42 : 24 heures de la vie d'un sorcier
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Le 31 décembre 1978, à 2h du matin – La Tête de Sanglier – Pré-au-lard
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« Je me noie dans un verre de Bièraubeuuuuurre
Ainsi finit tristement James Potteeeeeer
Il fut ivre non de la liqueeeuuur
- Bon cidre crémeux d'ailleurs –
Mais de la belle et chatoyante couleeeuur
Des yeux de Lily Evans, son âme soeeeuur »
- Okay, James, debout mon gars… Avale ça…
- Lunaaard ! s'exclama James avec son insupportable sourire béat. Viens donc t'asseoooooir !
- Seulement si tu bois ça avant… dit Remus, en le regardant d'un air inquiet.
James avala cul sec ce qu'il pensait être une nouvelle boisson agréable. Par chance, il en avait déjà bu plusieurs gorgées avant que l'information « beuuâârk » n'atteigne son cerveau imbibé d'alcool.
- C'EST QUOI CE TRUC INFAME ?!
- Une Potion Dégrisante. Lily l'a préparée quand Alberforth m'a prévenu que tu étais encore dans son bar à 2h du matin, en train de te morfondre sur je-ne-sais-quoi. Je me demande si elle n'a pas un peu corsé le goût de la potion, pour te donner une leçon… réfléchit-il à haute voix. Tu aurais au moins pu appeler Peter, il habite à trois rues d'ici…
- Je ne veux pas parler, je veux boire. Et dormir.
- Super philosophie, mon vieux, mais au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, les problèmes qui t'ont fait boire sont toujours là – et non résolu – quand tu te réveilles. D'ailleurs, quels sont ces problèmes ?
- Lily ne veut pas m'épouser.
- Comment ça, « elle ne veut pas t'épouser » ?
Remus ouvrit de grands yeux.
- Tu lui as demandé ?
- Bah, j'ai pensé que ce serait plus poli. Mais finalement, j'aurai peut-être du tenter la manière troll : l'assommer et la traîner de force devant un mage-marieur.
Remus se frappa le front du plat de la main.
- Tu es sûr que tu n'es plus ivre ?
- Non, c'est bien mon humour normal.
- Gé-nial. Bon, raconte tout à ton vieux Lunard.
- Je l'ai invité dans un super resto, je lui ai parlé de nous, j'ai sorti la boîte…
- L'écrin, corrigea patiemment Remus.
- Tu ne m'aides pas beaucoup, là… j'avais sorti l'écrin, elle savait ce que j'allais lui demander, et … rien… pas d'étincelle d'enthousiasme dans ses yeux, pas de sourire, pas de… je ne sais pas moi ! Un « oui » par exemple !
Remus se tut. Il ne savait sincèrement pas pourquoi Lily aurait dit non. Mais même s'il comprenait les filles un peu mieux que son ami, lui-même devait admettre que leurs réactions pouvaient être parfaitement irrationnelles. Il fit mine d'observer les bouteilles en verre vert et or des Bièraubeurres crasseuses qu'Alberforth entassait sous son bar, pendant que James lui racontait tout en détail, jusqu'à l'interruption par le Patronus de Frank.
- Elle n'a pas dit non, à strictement parler. Il y a de l'espoir.
James le regarda comme s'il voulait y croire – il savait que Remus était ce que Lily avait de plus proche d'un meilleur ami il la connaissait donc très bien.
- Lily dit les choses franchement. Elle t'aurait dit non, insista Remus. Et puis… rappelle-moi combien de fois est-ce que tu as demandé à Lily de sortir avec toi avant qu'elle ne dise oui ?
- 1063 fois… Non, attends, peut-être que c'était 1064…
- James…
- Quoi ?
- Tu sais très bien ce que je veux dire. Va lui parler, grand malin. Tu auras plus de réponse qu'en m'interrogeant, moi…
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Soir du 31 décembre 1978 – Maison Potter
La petite Nymphadora jouait à cache-cache avec Charles et William, Percy boudait, les jumeaux se regardaient en éclatant de rire depuis leurs couffins, Peter riait aux blagues de Sirius, Mrs Potter discutait joyeusement avec Dumbledore, McGonagall et Bathilda Tourdesac en servant du thé à tout le monde (dans le but inavoué de le substituer au traditionnel Champagne du Nouvel An). James n'était pas le boute-en-train que tout le monde attendait, mais il était tolérablement enjoué les Londubat tentaient de le dérider dans la cuisine, à grands renforts de « Et si on jouait à mélanger des choses et à voir ce que ça donne » (un des jeux favoris de Frank, d'après Alice, qui leur avait ainsi concocté des cakes surprise : une part moutarde, une part fraise carotte, une part poisson crème anglaise, et j'en passe – de quoi entraîner la faillite de Bertie Crochue).
Dans le petit salon, où Molly et Arthur avaient mis les jumeaux (et derrière les rideaux duquel Remus soupçonnait Nymphadora de s'être cachée – vus les gloussements qu'on entendait dans cette direction), Lily regardait par la fenêtre, son lait de poule intact à la main.
- Vous vous êtes disputés ? Je sais que votre couple marche comme ça, mais James tire franchement la tronche depuis deux jours… fit Remus.
- Non, on ne s'est pas disputé.
- Alors qu'est-ce qui s'est passé ?
- Ca me regarde.
Elle sembla réaliser la sécheresse de sa voix. Et le fait que Remus savait parfaitement de quoi il était question il voulait seulement sa version des faits).
- Excuse-moi, Remus.
Il émit un petit bruit de gorge.
- Comment avance votre étude? A Belby et toi? demanda-t-il pour changer de sujet.
Elle le regarda suspicieusement.
- James t'a demandé de me poser cette question?
Remus ne répondit pas, mais lui lança un regard insistant.
- Rien qu'un collègue de travail. Promis, soupira-t-elle.
- Allez, viens, c'est le grand décompte…
Et en effet, dans le grand salon, la belle voix de Ted criait avec les autres « Onze… dix… neuf… huit… sept… »
- Six ! Cinq ! Quatre ! reprirent Remus et Lily. Trois ! Deux ! Un ! Bonne année 1979 !
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Peter donna un coup dans un caillou. Lui qui était habituellement si réservé avait choisi de projeter son malaise sur cet innocent morceau de roc.
Il ressentait de plus en plus pesamment le déséquilibre qu'avait introduit le couple James-Lily dans leur petit groupe de garçons. Les Maraudeurs étaient entrés dans une nouvelle ère avec Lily. Ils devaient mieux se tenir, éviter leurs plaisanteries les plus graveleuses devant elle, grandir. Il appréciait Lily il regrettait seulement le glorieux âge des Maraudeurs. De ses quatre amis, il était celui qui s'était le moins bien acclimaté à la vie active. Il ne savait pas ce qu'il voulait faire de sa vie. Sa mère lui avait obtenu un poste de commis au Bureau de la Législation magique, grâce à ses relations, mais très honnêtement, ça ne l'intéressait pas, et ses collègues lui avaient fait comprendre que sans compétences en Droit magique, il ne pourrait jamais que trier des dossiers. Même Remus, qui travaillait pourtant dans le magasin de ses parents (sa seconde nature l'empêchant d'avance d'espérer un poste mieux payé et plus intéressant) s'accommodait beaucoup mieux de l'après-Poudlard que lui. Le flegme lupin lui manquait.
A vrai dire, la seule chose qui le rendait véritablement heureux, ces temps-ci, était que Juliette passait de plus en plus souvent à Pré-au-lard. Comme lui, elle avait fini sa dernière année d'école. Elle travaillait pour Gringotts et faisait des tas de stages à l'étranger, mais à présent, son pied-à-terre n'était plus un institut situé dans des terres polaires, mais le seul village britannique uniquement habité par des sorciers. Beaucoup plus pratique pour l'inviter à dîner.
Il y avait de la lumière chez les Meliflua. Peter vit une ombre fluette descendre les marches du perron.
- Salut ! Bonne année !
Elle lui claqua la bise, et Peter fut bien content que l'obscurité cache la couleur de ses joues.
- Tu veux rentrer ? Il y a quelques amis encore là…
- Non merci, je vais aller me coucher… Je sors de soirée, dit-il avec l'air nonchalant qu'il avait toujours envié à Sirius. Je vais me coucher…
- Dommage ! dit-elle de sa voix toujours enthousiaste. Je te vois demain alors ?
- Demain… oui, demain… dit-il d'un air rêveur.
Juliette le regarda partir. Dans sa tête, tout allait vite. Elle était peut-être la seule Mangemort à connaître Peter Pettigrew. Et elle l'appréciait vraiment. Mais elle était aussi peut-être la seule à savoir qu'il était à Heathrow. C'était elle qui avait tenu la baguette pointée vers lui. Elle s'était placée comme son adversaire exclusif, et aucun sort véritablement nuisible n'avait franchi ses lèvres. Elle l'avait protégé. Mais pour combien de temps ?
Elle était aussi la seule à savoir que Peter faisait partie de cet « Ordre » dont leurs espions leur avaient parlé. La seule à savoir que Peter avait un complexe d'infériorité par rapport à ses camarades. La seule à être aimée de Peter, et à avoir sa confiance.
Tout ça faisait beaucoup d'avantages.
Beaucoup d'armes.
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Lily tenta de soigner sa migraine, mais elle était incapable d'avaler sa propre potion Anti-gueule-de-bois. L'amertume restait sur la langue pendant des heures, malgré tous ses efforts. Elle descendit prendre son petit déjeuner dans la cuisine des Potter.
Elle avait dormi dans la chambre de James, dans le seul vrai lit auquel aient eu droit les invités du Réveillon. Elle enjamba un Sirius endormi, dans un sac de couchage en plein milieu du couloir du premier étage, et s'appliqua à lui écraser mesquinement les pieds au passage. Sirius était à l'endroit précis où il s'était endormi, ivre mort, après le troisième couplet de «De bon matin, j'ai rencontré l'hippogriffe » (De trooois grands maaaages qui allaient en voyaaaageuh).
Les ronflements de Remus s'élevaient du canapé (donc il dépassait de beaucoup, au niveau des jambes), mais Peter était rentré chez lui, assez tôt. Les Weasley étaient partis en même temps que Ted et Andromeda, enfants obligent.
Ces deux-là n'avaient rien fait dans les règles et ça leur avait plutôt réussi. Ca ne rassurait pas vraiment Lily sur le fait d'épouser James.
Au cours de la dernière semaine, le monde entier avait semblé s'être ligué contre elle pour la forcer à repenser à leur dîner au restaurant. Mme Guipure faisait de la publicité pour ses soldes sur les robes de mariée. Pétunia avait fini d'envoyer ses lettres de remerciement pour les invités de son mariage. Et les pages mondaines et le supplément « Mariages » de la Gazette n'avait jamais été aussi constamment remplies. Ce n'était pas vraiment compliqué de comprendre pourquoi autant de monde se mariait.
« Je ne veux pas me marier pour les mauvaises raisons, avait-elle dit à James la veille. Pas parce que j'ai peur de l'avenir, pas parce que l'avenir est incertain, et vraisemblablement sombre, … et surtout, je ne veux pas t'épouser « parce que si je dois mourir, ce doit être mariée à toi. » »
Il avait écouté. Et répliqué. « Et qu'est-ce que tu penses de « Je veux me marier avec toi pour les bonnes raisons : parce que je t'aime, parce que je ne m'imagine mon avenir qu'avec toi, parce que l'avenir semblera moins sombre et incertain avec toi à mes cotés, et parce que si je dois mourir, je veux être enterré à côté de toi. »
Un vrai rhéteur latin, son James. Il savait reprendre point par point son argumentation et ne pas du tout la faire atteindre la conclusion de départ.
Elle était en train de mordre dans une tartine quand elle entendit les pas de James dans les escaliers. Une tête ensommeillée et des cheveux … structurés à la James, apparurent dans l'embrasure de la porte de la cuisine.
- C'est toi qui fait bouillir une potion au beau milieu de ma salle de bain ?
- Ca se pourrait bien… habitues-toi, ce n'est qu'un de mes nombreux défauts. Une Potion de Dégrisement, répondit-elle à sa question silencieuse. J'ai pensé que ce serait utile pour certains.
Il haussa les épaules et s'assit à côté d'elle, en l'embrassant au passage. Puis il attrapa une tartine avec ses dents, et un des pieds gelés de sa fiancée dans ses mains chaudes.
Quand leurs amis se réveillèrent pour faire un brunch entre amis, Lily et James arboraient un sourire apaisé – et Lily une jolie bague à l'annulaire gauche.
- Mazel tov ! s'écria Sirius lorsqu'il fut réveillé (si on peut dire). Alléluia ! Merci Merliiin, ta longue barbe n'en fleurira que plus !
Et il se rendormit aussi sec sur le canapé (alors encore occupé par Remus, qui le repoussa avec un air dégoûté sur le tapis), un pouce levé en signe de victoire.
Ainsi s'ouvrit l'année que Bathilda Tourdesac surnommerait dix ans plus tard l'Année de la Terreur. Sur une odeur de sapin, de confiture, et un bruit de ronflement.
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Court sur patte ce chapitre. Pour la peine, je mets la suite bien vite. Accio reviews !
