Hey~
Merci beaucoup à Ai-neha, Ic'ilver, et Larien Faelivrin pour leurs reviews !
Fufufu... Vous avez vraiment cru qu'ils étaient en voie de réconciliation ? x) Vous n'aviez pas tout à fait tort ! Mais avec ce petit OC que je rajoute ce sera bien plus compliqué que ça ! Au prochain chapitre je mettrai d'ailleurs Sylver et son histoire un peu plus en avant parce que malheureusement on n'en sait pas assez sur la vie de mon petit loup x3
Sur ce je vous souhaite une bonne lecture ! N'hésitez pas à laisser un petit commentaire à la fin :)
Nergal : the deathly pale aristocrat
La cyborg ne cessait de jouer sur son interface audio entre les coups de feu trop puissants pour ses oreilles et les directives du chirurgien qui s'improvisait instructeur. Ce dernier avait beau se battre au sabre ses compétences en tir étaient loin d'être médiocres, même si ce n'était pas vraiment ce genre de cours dont elle avait besoin – l'acuité visuelle de son œil en titane était très développée, en plus d'un viseur qui lui donnait la trajectoire à suivre. Le seul inconvénient restait son bras qui lui ne se coordonnait pas forcément à sa cible. Moineau rechargea son blaster en billes absorbantes (Sylver lui avait fait tout un discours pour l'interdire d'utiliser de vraies balles.) et en pointa le canon sur une bouteille maintenue en suspension par le fruit du démon de Law.
-Tiens tes repères.
-Facile à dire !
L'objet se mit à virevolter dans les airs. Elle dut se concentrer un peu plus pour que son système parvienne à cibler la bouteille et suivre chacun de ses mouvements.
-Plus vite.
Il acquiesça. Cette fois sa proie d'échauffement ne faisait pas que tournoyer sans but. Elle s'approchait, s'écartait, s'enfuyait comme si elle était dotée de vie et enfin se jetait sur elle. Lorsque la petite bouteille lui fonça dessus Krys ne put s'empêcher de tendre la jambe en l'air et d'y mettre un coup de pied, la brisant ainsi en morceaux au détriment de celui qui la contrôlait. Il souffla et croisa les bas sur sa poitrine.
-Miss pourquoi je pers mon temps à t'enseigner comment on tient un flingue si t'es pas fichue de l'utiliser !
-Je sais très bien m'en servir ! C'est juste que je suis pas encore habituée à mon œil gauche !
-Tss… Franchement, tu pourrais faire un petit effort ! C'est la dixième fois que tu l'éclates !
-Et alors ? Tout le monde peut se tromper !
-Dix fois la même erreur j'ai plutôt l'impression que tu te fous de ma gueule !
-Exactement ! Je te fais tourner en bourrique et puis je me fous de ta gueule !
Alors qu'ils continuaient de se crier dessus tels des enfants sans aucun jugement propre une troisième voix se dégagea de leur cacophonie sourde.
-Quoi encore ?! crièrent-il de concert.
Les oreilles du loup s'aplatirent un peu contre son crâne face à cette soudaine agressivité. Il soupira, bien content de ne pas être mêlé à leurs engueulades puériles.
-Calmez-vous tous les deux. On vous entend depuis le sous-marin.
-Mais Sylver c'est lui !
-Comment ça c'est de ma faute ?! rétorqua le capitaine outré. Facile de te plaindre Krys-ya mais en attendant c'est pas moi qui vise à côté !
-Tu parleras moins quand je t'aurais mis mon poing dans la gueule sale crétin prétentieux !
Le mink tapa dans ses mains pour attirer leur attention.
-Arrêtez un peu de vous chamailler !
-Grrr… fit Moineau en serrant les dents, bras croisés.
-C'était juste un problème de communication, et d'inattention, ajouta Law.
Sylver haussa nonchalamment les épaules. Il s'occuperait de leurs soi-disant problèmes une autre fois, se dit-il, avant de leur tendre un escargophone.
-Votre second m'a demandé de vous le donner. Si jamais ça tourne mal vous n'avez qu'à l'utiliser. Sois prudente Krys, on n'en sait pas beaucoup sur cette île.
-Je garde un œil sur elle, marmonna le pirate.
-C'est justement ce qui m'inquiète.
Il ne releva pas la provoc malgré ce sourire malicieux qui habillait les babines grises et le regard approbateur de la cyborg. Cette dernière s'empressa de fourrer le petit escargot dans sa besace et de le pousser devant, criant au loup qu'ils ne seraient pas longs. Il se laissa traîner sans protester. Ces derniers jours leurs conversations se limitaient soit à celle d'un patient, lui, et de son docteur débutant, soit à celle d'un instructeur et de son élève. Mais il espérait bien profiter de cette virée en reconnaissance sur leur point de ravitaillement avant Yellow Moon qui s'avérait être une île ordinaire de commerce pour élever un peu le débat.
L'ex-commandante progressait avec une étonnante rapidité dans les bois, son blaster caché dans les pans de sa longue cape. Ses pas étaient calculés, efficaces, si bien que sa démarche était silencieuse tandis que la sienne faisait craquer les feuilles mortes. Il accéléra un peu le pas pour la rattraper. Un petit coup d'épaule lui fit lever les yeux.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Pas la peine d'être si tendue Krys-ya ! On n'est pas en mission spéciale de la Marine tu sais !
-C'est pas drôle…
-Tu te tracasses pour rien.
-Tu dis ça mais on a vu la même chose. Ces usines…
En effet avant même qu'il ne cache le sous-marin sur une côté vide depuis le pont ils avaient pu observer de gigantesque tours se dresser depuis le coeur de l'île, crachant leur fumée grisâtre dans le ciel. Il acquiesça.
-Ouais. C'est bien pour ça que je t'ai faite m'accompagner. On va avoir besoin de ton « superbe » œil miss !
-Oh, fit-elle à moitié surprise. Normalement tu me dirais de rester tranquille et ne pas chercher à savoir ce que c'est.
-C'est pas faux, petit chiot ! Mais il se trouve que ça m'intéresse autant que toi. Je te rappelle qu'on dans le Nouveau Monde et qu'ici les infos sont cruciales pour survivre, alors on va enquêter un peu là-dessus.
La jeune fille jusqu'alors un peu froide et fermée lui lança un sourire radieux, des étoiles plein les yeux comme une gamine de huit ans. Elle prit ses mains entre les siennes.
-Plus vite ! On a tant de choses à voir !
-Quoi ?
-Allez ! cria-t-elle en partant au trot.
-Moineau ne t'écarte pas !
-Suis-moi crétin !
-C'est quoi ce ton insolent ?!
Il s'élança à son tour malgré lui gagné par son stupide enthousiasme. La cyborg tenait fort son poignet dans sa course et se retournait de temps à autre pour lui sourire. Quant à lui il préférait ne pas dire ce qu'il avait sur le coeur.
Ça, c'était bien la fille qu'il avait connue. C'était ce à quoi ressemblait sa personnalité sans médicaments pour interférer. Tantôt triste, tantôt joyeuse. Moineau était une panoplie de couleurs de la plus froide à la plus chaude que peu de gens comprenaient. Mais il était de ce petit pourcentage et il en était fier.
La forêt ne tarda pas à se faire un labyrinthe de troncs serrés derrière leur dos tandis qu'ils rejoignaient lentement les rues en marge, puis les petits quartiers d'habitation, et enfin les grandes allées marchandes pleines de monde, main dans la main. Était-ce un jour de fête ? De grands ballons rouges s'élevaient dans le ciel. Elle les fixait, émerveillée, et souriait inconsciemment à ceux qui les lançait. Son regard se perdait partout dans la foule : il y avait tant à voir ! Elle était particulièrement fascinée par les danseuses de rue qui malgré le brouhaha arrivaient à s'attirer toute une foule autour d'elles. Le chirurgien soupira, las de ses enfantillages, puis consentit à la laisser grimper sur ses épaules, qu'elle puisse mieux les regarder. La grâce dans leurs gestes la laissait sans voix. Tous les regards étaient braqués sur leurs courbes hallucinantes qui durant leurs pirouettes et roulements de bassin faisaient tinter les piécettes de leurs costumes.
-Moineau ?
Celle-ci était trop obnubilée par les saltimbanques pour entendre autre chose que leur musique. Il exerça une petite pression sur ses cuisses. Elle sortit de sa contemplation avec une moue boudeuse qui l'accusait d'avoir gâché le spectacle mais pour sa défense il pointa du doigt toutes les autres allées en fête qu'il leur restait à voir. Elle se mit alors à battre des jambes contre sa poitrine. En dépit de cette excitation toute niaise la brune était extrêmement attentive au mouvement des foules du haut de son perchoir. Elle surveillait les gens, bien sûr, mais encore plus ces hommes en noir, leur fusil à l'épaule. Peut-être de simples gardes nationaux. Et même si aucun des deux n'en parlait Moineau les avait dans le collimateur et aidait le chirurgien à les éviter par des petits coups qui mine de rien orientaient sa direction.
Tout à coup elle tapota sa casquette, lui donnant l'ordre implicite de s'arrêter. Elle serra ses larges épaules et s'en servit pour atterrir agilement sur les pavés. Devant eux se dressait une petite boutique pour enfants. Il avait déjà un sourire en coin, pensant qu'elle allait lui faire un caprice jusqu'à comprendre ce qui l'intéressait tant. Sa prothèse gauche avançait lentement vers la vitrine, toute tremblante comme si elle crevait de peur. Quand ses doigts d'acier rencontrèrent enfin la vitre elle eut un brusque sursaut. Une jolie poupée de bois dans sa robe à froufrous blancs semblait la regarder yeux dans les yeux. Des fils partaient de ses membres et se terminaient au plafond. Sans ça ce petit pantin se serait écroulé, tout comme elle avait envie de se laisser tomber devant cette chose « abominable ». Son visage se crispait de dégoût tandis que le capitaine pirate posait une main compatissante au sommet de son crâne.
-C'est terminé Moineau, chuchota-t-il.
-Ce qu'il m'a fait, je sais qu'il te l'a fait aussi… Je me sens bête d'avoir cru tout ce qu'il disait ! Pour être honnête j'avais fini par bien l'aimer. Je pensai qu'il me comprenait, et qu'avec lui je serai une meilleure personne.
-Il ment sans arrêt.
-Tu te trompes ! répliqua-t-elle en fixant toujours la petite poupée. Quand tu as dit qu'il avait une affection particulière pour moi t'avais pas tort. Doffy… me traitait comme un animal de compagnie, tu sais, mais il me laissait toujours voir une lueur d'espoir de temps en temps pour pas que je ne devienne trop docile. Il voulait que son jeu dure et il n'avait pas l'intention de me libérer à la base. Je te l'ai pas dit mais j'ai encore une dette envers lui.
-Tu t'en es sortie seule Krys-ya, il n'a rien à voir avec…
-Ça ne me plaît pas plus qu'à toi mais il m'a vraiment sauvé la vie. (Sa deuxième main vint se coller contre la vitre.) Le jour où on le reverra, parce que c'est sûr qu'on sera amenés à le revoir, je voudrais que tu me promettes une chose : laisse-moi lui parler.
Ses yeux s'écarquillèrent. Il eut un mouvement de recul, choqué par sa demande.
-Qu… Pourquoi tu voudrais lui parler ?! fit-il d'une voix plus indignée qu'il ne l'aurait pensé.
-Tu vas trouver ça bizarre, j'ai encore envie de savoir ce qu'il avait derrière la tête quand il m'a intégrée à sa famille.
-Hm, comme tu voudras…
Il était un peu réticent mais ne le lui fit pas savoir. Doflamingo était un vrai taré pourtant ça ne l'avait même pas étonné qu'il porte un intérêt tout particulier à Moineau. Cette dernière lui ressemblait dans un sens, mais plus fragile psychologiquement, il avait donc pu la manipuler à sa guise en brandissant des fils de marionnettiste comme ceux derrière la vitrine. Une des facettes actuelles de la jeune fille se trouvait être son œuvre et il n'y avait rien qu'il puisse y faire, d'ailleurs il n'avait aucun intérêt à la changer.
Celle-ci eut tout à coup un spasme. Son poing métallique se resserrait sur le blaster qu'elle cachait contre sa cape tandis que ses cercles orange de ciblage s'agitaient tout autour. Elle repérait plusieurs formes immobiles au bout de chaque intersection, cachées derrière les bâtiments. Krys plissa les paupières, un peu inquiète.
-On devrait y aller… chuchota-t-elle.
-Viens. On va passer par le toit.
Il la traîna dans une petite ruelle adjacente loin des festivités locales et la fit grimper sur un caisson pour l'aider à atteindre le haut des boutiques. Une bourrasque inattendue la fit chavirer mais lorsque la brise fut passée et qu'elle rouvrit les yeux son coeur fit un bond dans sa poitrine. D'ici la vue était encore plus merveilleuse que depuis les épaules du chirurgien ! Elle arrivait même à distinguer ces danseuses exotiques dans la foule d'admirateurs. Malheureusement sa contemplation se finit la tête plaquée contre les tuiles. Elle lâcha un grognement mécontent mais obéit aux signes de son « coéquipier » et rampa ainsi de l'autre côté avant de se laisser doucement glisser vers le bas. Ces hommes qui semblaient vouloir les traquer n'étaient plus dans son viseur néanmoins elle restait sur ses gardes.
La cyborg avançait la mine boudeuse, déçue de ne déjà plus pouvoir s'aventurer librement au milieu du labyrinthe coloré. Ses bottes traînaient mollement sur le sol, si bien que le pirate se retournait toutes les trente secondes, agacé de l'attendre. Il saisit son bras.
-On y retournera, d'accord ? Là c'est trop dangereux.
-Je crois pas qu'ils nous cherchaient… grommela-t-elle.
-On sait jamais. Je te rappelle que tu es portée disparue et que je suis ton kidnappeur alors on va certainement pas courir le risque !
-Ils s'en foutent pas mal de ma disparition. Je parie qu'ils ont pas cherché bien loin pour me retrouver…
-La Marine. Mais Doflamingo, ne crois pas qu'il ait pris ça à la rigolade.
Elle eut un sentiment de malaise.
-Parlons plus de lui…
-C'est juste la vérité Moineau. Même si Sacha t'a dit qu'un autre cobaye prenait ta place ça ne veut absolument pas dire qu'il a accepté ta disparition. Tu n'imagines vraiment pas l'importance qu'il accorde à…
-Ça suffit ! s'écria-t-elle en dépit de son expression insensible. Je le connais… autant que toi.
Par-dessus tout elle aurait détesté qu'il finisse sa phrase, qu'il prétende connaître « l'importance qu'accorde Doffy à ses jouets ». Ça il n'en savait rien ! L'idée que sa laisse et son collier l'attendent au pied du lit gigantesque du flamant l'horripilait. Elle aurait donné n'importe quoi pour tout oublier du frottement du cuir contre son cou et cette sensation d'étouffer chaque fois qu'il tirait sa chaîne pour la faire venir plus proche de lui. Toujours plus proche. Et elle avait beau obéir, désobéir, ne rien dire, le résultat était le même.
Law ne rajouta rien après ça mais lorsqu'il serra son poignet elle était convaincue qu'il comprenait son trouble, à défaut de n'avoir jamais eu les détails de ses mésaventures. Elle trouva un certain réconfort appuyée contre son bras même si ce fut de courte durée. La capitaine et l'ex-commandante dans un mouvement commun s'écartèrent l'un de l'autre et s'élancèrent à la poursuite des hommes qu'ils venaient d'apercevoir passer dans l'ombre de la ruelle d'en face, transportant chacun une caisse en bois. Le noiraud avait beau être rapide elle n'était pas loin derrière. La cyborg tapotait nerveusement sa tempe dans sa course, un peu effrayée à l'idée que son œil en titane les perde de vue. Les chiffres qui les séparaient défilaient à toute vitesse dans le coin droit de son affichage visuel. Plus que dix mètres. A l'agitation soudaine des cercles orangés elle devina qu'ils avaient conscience d'être poursuivis. Krys se sépara du chirurgien en prenant l'allée de pavées qui montait en pente. Celle-ci donnait effectivement une vue d'ensemble sur les autres petites rues et ainsi elle retrouva leurs deux hommes et cette mystérieuse cargaison qu'ils semblaient protéger avec grande précaution. Elle rebroussa chemin juste de sorte à avoir assez d'élan pour se jeter dans le vide et piqua un sprint. Ses bottes se décollèrent du rebord avec légèreté. Elle effectua une pirouette légère dans les airs avant d'atterrir accroupie, stoppant nette la fuite de ses proies qui n'osèrent pas aller plus loin face au double canon de son blaster. Le capitaine pirate déboula juste derrière eux son nodachi à la main, resserrant ainsi l'enclos invisible autour du bétail effrayé. Il esquissa un sourire malicieux.
-Tu veux jeter un œil petit chiot ?
-Avec plaisir !
Elle s'approcha d'une démarche féline de leurs deux fugitifs aux yeux tout écarquillés d'étonnement, mimant le sourire de son coéquipier. L'homme avait si peur sous sa casquette d'employé qu'il suivit du regard le mouvement de son pistolet jusqu'à sa tempe.
-Pour qui vous travaillez ?
-N… er…
-Ner ? Articule, chuchota-t-elle en pressant plus fort son arme à feu.
-Nergal Van Burnhell ! déclara-t-il d'une traite.
-Hm. Ça te dit quelque chose Law ?
-Jamais entendu parler.
Elle haussa nonchalamment les épaules.
-Qui est ce Nergal ?
-Huh ?! gémit l'homme de main.
-Allez, réponds ou tu vas m'obliger à t'éclater la cervelle.
-L-Le Lord Nergal…
-Continue.
-Laisse tomber Krys-ya, coupa le chirurgien.
Il se glissa agilement à ses côtés, une main dans la poche l'autre sur son épée d'un air confiant.
-On a juste besoin de voir ce qu'il y a là-dedans, lança-t-il en indiquant les caisses du menton. Ouvrez-les.
Ils déglutirent de concert mais obéirent néanmoins. Le sourire sanguinaire du pirate et la mine faussement gentille de la cyborg ne leur laissaient pas vraiment le choix de toute façon. Ces deux derniers se jetaient des regards complices. Lorsque les couvercles en bois de ces grosses boîtes tombèrent leur surprise fut telle qu'ils lâchèrent chacun un grognement exaspéré avant de se jeter la faute dessus. La caisse contenait des packs de bonbons colorés.
-Tu nous as fait courir pour des sucreries ! Nan mais t'es pas sérieuse ?!
-Quoi ? C'est toi qui prétendais qu'y avait un truc louche ici !
-Tu pouvais pas juste me demander de te trouver tes bonbons à l'orange adorés ? Avoue-le ! C'était ça que tu cherchais !
-Crétin comment j'aurais pu savoir que c'était des bonbons là-dedans ?!
-J'en sais rien miss ! Avec tes petits pouvoirs douteux j'imagine !
Une voix inconnue vint tout à coup se mêler au débat. Elle était claire, moqueuse, et extrêmement hautaine.
-Superbe. Des voleurs le jour du festival ! Il ne manquait plus que ça pour gâcher cette journée déjà affreusement débordante de joie…
Ils se retournèrent, alarmés. Alors qu'ils piaillaient comme des enfants deux groupes d'hommes en uniforme noir, des soldats visiblement, avaient bloqué les seules échappatoires. Law eut beau examiner chaque infime possibilité ils étaient pris au piège et la personne qui se tenait droit devant eux ne semblait pas prête à les laisser filer en douce. Son apparence quant à elle avait rendu Moineau muette. Elle n'arrivait plus à décrocher son regard de sa peau cadavérique, grisâtre comme s'il n'avait pas connu le soleil depuis des décennies malgré le temps radieux, et pourtant il était d'une beauté stupéfiante. Sa bouche pâle était légèrement incurvée tandis que son nez témoignait de ses bons gènes, avec une minuscule bosse sur l'arrête qui ne le rendait que plus intimidant encore dans sa tunique richement décorée en fils d'argent. Quant à ses cheveux ils étaient d'un noir aussi profond qu'une nuit sans Lune, et ébouriffés d'un air moins stricte que ce qu'il laissait paraître sur son faciès. Le contraste avec les paillettes d'or de ses yeux fins était énorme mais lui conférait un charme indéniable, si bien qu'elle ne réussit à se défaire de son magnétisme qu'en prenant conscience de la grimace dédaigneuse qu'il leur adressait.
-Vous n'avez pas l'air de comprendre la gravité de la situation ! clama-t-il d'un ton presque théâtral. Les employés que vous venez d'agresser sont mes employés, et ces cargaisons, m'appartiennent. Je ne tolère pas ce genre de comportement.
Elle pressa fort la paume du noiraud. On devrait se battre ? Il répondit un faible soupir. Ça voulait probablement dire que se défendre serait suffisant. Mais alors que l'étau d'hommes se resserrait autour d'eux Moineau eut une tout autre idée. Elle abaissa son blaster qui jusqu'alors était pointé entre les deux yeux du mystérieux étranger.
-C'était un malentendu ! On avait pas l'intention de voler quoi que ce soit !
-Et qu'est-ce qui me le prouve, lady ? rétorqua-t-il avec une moue curieuse.
-Vous n'avez que notre parole !
Le coude du chirurgien se perdit entre ses côtes mais elle ne se tut pas pour autant et son audace sembla beaucoup plaire à leur interlocuteur.
-Et puis pourquoi on volerait des bonbons ? D'après votre tenue je devine qu'il y a des trésors plus importants ici…
-Perspicace, lady. Mais ça ne change rien au fait que vous avez été très impolis envers moi. (Son sourire s'agrandit sur ses joues creuses.) J'aurais tiré un immense plaisir à vous faire exécuter, cependant…
-Oï. On se tire Moineau.
Le rookie la saisit sans prévenir par les épaules et se retourna. Les soldats leur barraient toujours la route. Tout ça pour des caisses de friandises ? Franchement, il y avait autre chose derrière et il ne se cachait pas l'envie de le découvrir, mais un profond dégoût s'y opposait. Même de dos la jeune fille trouvait le moyen d'observer le noble par-dessus son épaule. Elle était complètement hypnotisée par cette moue énervée qui tordait sa lèvre, puis sembla se résoudre à lâcher la quête de ses yeux dorés. Son poing d'acier s'enfonçait dans le ventre d'un garde qui bloquait le chemin tandis que le pirate découpait les autres sous sa room. Des bras et des jambes en rondelles s'écrasèrent sur les pavés. Il posa un regard noir sur l'aristocrate souriant à l'abri derrière ses hommes de main. Son petit air suffisant avait le don de l'énerver.
-Hmm… fit-il penseur. Monsieur Trafalgar je présume, et lady, ce sera un plaisir de vous revoir ce soir.
-Ce soir ? s'écria la cyborg.
-C'est un jour de fête ! On peut bien passer l'éponge pour cette fois j'imagine, et sans mentir, parce que lady me semble être d'une amusante compagnie. Je suis certain que la réception que j'organise au château sera à votre goût. Alors, je vous dis à ce soir. Et si monsieur ne se présente pas qui sait si un petit appel au gouvernement ne le fera pas changer d'avis !
Elle écarquilla les yeux, si surprise par son insolence vis-à-vis de l'homme qui venait de décimer ses soldats. Celui-ci semblait tout autant étonné. Il savait les nobles prétentieux, pas suicidaires. Moineau lui broya le poignet avant qu'il ne s'avance pour lancer une réplique cinglante au Lord. Elle répondit à son invitation distinguée par un hochement de tête maladroit et traîna de force le rookie enragé derrière elle comme on traînerait un gamin turbulent. Il se débattait vainement contre sa poigne métallique, mais plus par petite crise de colère que réelle envie de s'échapper.
-Nan mais t'as vu ça ?! cracha-t-il. Il nous a pris pour des putains de voleur !
-C'est un peu ce qu'on était en train de faire…
-Il m'a insulté !
-T'as pas été très poli non plus.
-Qu… Tu prends la défense de ce petit bourge !
-Je dis juste qu'on est en tort et qu'il a été plutôt sympa de nous laisser partir. Regarde, il nous a même invités à une soirée.
-Putain t'es aveugle ? A ton avis pourquoi un noble inviterait de « vulgaires » pirates dans sa sublime demeure ? dit-il avec une grimace de dégoût.
-Tu peux arrêter avec tes préjugés…
-C'est la réalité miss ! Et j'ai pas envie d'aller là-bas pour être une bête de foire !
-Ok. On demandera l'avis de Sylver.
Elle souffla, lui aussi. Mais contre toute attente ce n'était pas tant aux réflexions du capitaine qu'elle songeait. Son coeur se serrait dans sa poitrine tandis qu'ils rebroussaient chemin jusqu'au sous-marin. Elle était profondément mal à l'aise et se demandait sans arrêt si Law s'en était rendu compte, ou pire si ces prunelles d'or fondu avaient capté toute l'attention qu'elle leur portait plus tôt. Le noble aux allures macabres l'avait littéralement envoûtée.
Lorsqu'ils rejoignirent le submersible jaune poussin une bonne partie de l'équipage les attendait sur le pont, tout curieux d'entendre leurs aventures – ou mésaventures – dont le loup. Celui-ci les prit à part. Il croisa les bras sur sa fidèle blouse blanche.
-Qu'est-ce que ça a donné ?
-Plutôt amusant, mentit Trafalgar. On a trouvé un trafic.
La jeune fille arqua un sourcil. Une caisse de sucreries, elle n'appellerait pas tellement ça un trafic, mais apparemment il valait mieux embellir les faits. Au moins pour sauver son stupide ego. Elle en rajouta une couche.
-On a rencontré quelques difficultés mais Law a été si courageux…
-Et toi Moineau, fit-il avec un sourire mi-menaçant mi-admiratif, sans ton aide on aurait bien pu perdre leur trace. Je te suis tellement reconnaissant !
-Et puis n'oublie que tu as été si doué en négociations !
-Et toi si fidèle alors qu'il te faisait les yeux doux !
-Enfin c'est normal, jamais je ne regarderai un autre homme que toi !
-Surtout pas une espèce de cadavre aux yeux jaunes !
-Cela va de soi !
Le mink arborait une moue déconcertée qui se creusait au fur et à mesure que le ton montait en hypocrisie. C'en était presque drôle. En revanche il se demandait bien qui était ce fameux « cadavre ».
-Nergal Van Burnhell ! articula le pirate en crachant presque sur les syllabes, en prime un regard noir vers la cyborg qui elle ne semblait pas retenir beaucoup de haine pour ce nom.
-Il nous a gentiment invités à sa réception.
-Après nous avoir menacés !
-Je te le répète on était les premiers à être hostiles.
-Franchement regardez un peu ça Sylver ! Miss Moineau qui se fait charmer en un clin d'œil, si c'est pas ré-pu-gnant ! Tu crois vraiment que sa petite altesse s'intéresse à toi ? T'es qu'une distraction à ses yeux !
-La ferme. Moi j'irai là-bas ce soir.
-Certainement pas !
Son refus la fit grimacer de colère. Elle serra instinctivement la crosse de son pistolet comme chaque fois qu'elle était contrariée, et lui le pommeau de son épée.
-Je n'ai pas d'ordres à recevoir de toi. J'y vais un point c'est tout.
-Viens pas pleurer après !
-T'en fais pas pour ça, partenaire.
Ce dernier mot glissa comme du poison sur sa langue. Les Heart vinrent troubler l'échange électrique entre leurs yeux. Ils se massèrent autour d'eux avec de larges sourires néanmoins un peu forcés comme s'ils cherchaient à détendre l'atmosphère, mais ils ne réussirent qu'à l'envenimer en dépit de leurs bonnes intentions.
-On pourrait peut-être accompagner Krys-chan capitaine ! proposa Shachi.
-C'est pas cool de la laisser seule, renchérit Penguin.
Sylver se racla la gorge, reportant ainsi toute l'attention sur lui.
-Je m'en charge.
-C'est n'importe quoi ! rétorqua sèchement la jeune fille. J'ai pas huit ans je peux très bien y aller toute seule !
-Alors ça jamais, murmura Law. Ne crois pas que je… qu'on va te laisser filer en douce chez ce type bizarre !
-Ben t'as qu'à venir alors. Ou tu préfères qu'il passe un petit appel chez la Marine ?
-Je me fiche pas mal des menaces d'un fils à papa ! Si je viens c'est pour garder un œil sur toi miss !
-Très bien. T'auras qu'à me regarder danser avec eux, ils sont sûrement plus doués que toi !
-Tss… J'ignorai que t'étais si attachée aux nobles !
Elle mima une grimace. C'était de la pure méchanceté rien que pour lui remémorer ce qu'ils étaient capables de faire aux gens comme elle, et que par conséquent elle ne pouvait juste pas les apprécier. Mais ce n'était pas tant la classe sociale qui l'intéressait, juste l'homme. Une patte réconfortante se posa sur son épaule.
-Il n'y a aucun problème à ce qu'on y aille tous les trois j'imagine, dit le mink.
-Bah comme ça vous pourrez peut-être lui expliquer en chemin la différence entre aristo et pirates !
-Taisez-vous un peu. Moineau n'a pas tout à fait tort, nous pourrions essayer de le rencontrer et voir ce que l'on peut en tirer.
-Croyez-moi Sylver c'est une perte de temps… Elle veut juste aller lui faire des courbettes !
Contre toute attente la jeune fille resta silencieuse. Elle darda un bout de langue, le regard malicieux et provocateur qui fit froncer ses sourcils. Elle avait beau se moquer de sa colère il ne perdait pas non plus une miette de ses sourires en coin. A vrai dire la différence entre véritable intérêt et mise en scène était trop minime pour qu'il se permette de la laisser côtoyer un noble de pacotille. De plus ce n'était pas Sylver qui allait le lui refuser ! Il donnerait sûrement n'importe quoi pour que sa fillette jette son dévolu sur un soi-disant meilleur parti, se disait Law, faisant de lui le seul capable de prouver qu'elle faisait fausse route.
Ses genoux s'étaient ramollis lorsqu'il avait finalement rejoint sa cabine. Tous les entendre bavasser en joie de cette fête ridicule l'insupportait. Qu'est-ce qu'il y avait de bien là-dedans ? d'extraordinaire ? Rien ! Les nobles n'étaient rien ! Rien que des idiots abasourdis par leurs musiques de « bon goût », aveuglés par l'étincelle de leurs bijoux et trop cupides surtout pour prendre la peine de s'intéresser ne serait-ce qu'à la souffrance de gens comme Moineau, ces derniers rêvant de pénétrer dans leur monde utopique. Les portes de ce prétendu paradis aisé lui étaient offertes sur un plateau d'argent et pour ça il ne pouvait lui en vouloir mais ça ne justifiait aucunement le désir évident qu'elle éprouvait pour l'aristocrate. Au premier coup d'œil son regard d'or l'avait subjuguée, le laissant quant à lui perplexe face à ses chances. Il ne s'imaginait vraiment pas que ça puisse arriver ! Jusqu'alors elle n'avait jamais témoigné un si grand intérêt pour d'autres hommes ! Voir même pour lui… Ce pincement au coeur qu'il avait eu à la voir si éprise d'un étranger le forçait à se demander, bien que ça le fasse grimacer d'y penser, si Nergal ne se rapprochait pas d'un idéal à ses yeux. Au fond il ne savait pas grand-chose des préférences de Moineau mais il lui semblait que le Lord réunissait tous les critères qu'il s'était imaginés. Il serra les mâchoires devant la glace de sa salle de bain.
« En quoi est-il mieux ?! »
Une montagne de doutes s'écrasait sur son reflet. Il avait toujours pensé être à l'image de ses attentes, mais c'était décevant de se rendre compte subitement qu'un autre par sa simple présence pouvait briser toutes ses croyances. Il en voulait terriblement à Nergal. Plus que ça, il avait sincèrement envie de le tuer.
