Je suis dans les temps ! je suis dans les temps !
Hum... je me reprends ^^ Donc : Bonjour à tous !
Comme je le disais, j'ai réussi à être dans le temps des 2 semaines... et ceux 'grâce' à un satané volcan. Car en théorie, je rentrais hier du Japon... mais je n'y suis pas allé, comme vous pouvez vous en douter ! Mais, malgré ces terribles vicissitudes 'passionnantes' de ma vie, voici le chapitre ! En ce moment je suis surbookée (épreuves orales à préparer, etc) mais je tiens à continuer à écrire ! D'où : ce chapitre :D
J'oublie toujours le disclaimer, alors une fois de temps en temps ne fait pas de mal : une majorité des personnages est à JKR, tous les éléments des romans sont à elle, et en gros, tout est à elle quoi !
Je voulais aussi remercier lecteurs et revieweurs ! Toujours moins que d'habitude :-( mais tout de même ! Merci :-D et plus particulièrement à Lady Arlequin (et oui, on les adore ^^), Tchitchina (merci ! et la suite, la suite, voilà la suite !), Rosine (here la suite... Et si tu te souviens, des histoires de... chansons ^^), et à telle17, en espérant que tu arrives jusqu'ici (merci encore ! je suis toujours aussi touchée, et... et bien, j'espère une fois de plus que tu continueras à aime !)
Maintenant, je vous souhaite une lecture que j'espère très bonne, et j'attends votre avis. Vraiment, s'il-vous-plaiiiiiiiiiiit *le regard caractéristique de l'auteur qui aime savoir ce que vous pensez*
Bonne lecture encore ! Bergère.
Chapitre 52 : Ce que l'on dit. Ce que l'on pense.
Le lendemain matin, un lundi au ciel brumeux et grisâtre, le château s'éveilla à toute allure, commençant doucement puis de plus en plus vite, comme une immense machinerie que l'on remet en marche : au départ, cela prend un peu de temps, il faut chauffer les machines ; mais une fois cela fait, alors tout s'accélère, les différentes pièces entrent en contact et se frictionnent, les multiples compartiments s'éveillent à leur tour pour prendre leur place, et à 7 ou 8 heures du matin, la bâtisse semble trépider d'une impatience folle.
Tout commença par un immense cri de Peaves, poussé du haut d'un lustre, dans la Grande Salle déserte : la nuit était encore noire, les habitants du château endormis, mais c'était le signal du départ. Dans les tréfonds, aux machines, les elfes entreprirent alors la préparation du petit déjeuner, mais aussi le nettoyage des pièces, l'arrangement des tissus, le récurage des salles de classe. Lentement, l'immense navire poudlarien se préparait à s'occuper des centaines de passagers qui, dormant encore dans les lits de leur dortoirs, comme dans des couchettes de cabines, n'avaient pas conscience du ronflement sourd de la lourde structure. Entre 5 et 6 heures, la marche s'accéléra : il faisait toujours nuit dehors, et les moteurs à vapeur, avec leur pistons puissants et la multitude de travailleurs acharnés qui leur permettait de se mettre en marche, n'ébranlaient pas encore l'édifice. Le Poudlard des élèves et des hommes n'était pas encore conscient de l'éveil qui se déroulait dans les profondeurs des calles et dans la cuisine agitée.
Pourtant, à cette heure-ci, les réveils de professeurs commencèrent à sonner, et lentement, un par un, ils se levèrent, s'habillèrent, se préparèrent, cherchant leurs notes, Minerva classant les emplois du temps, d'autres vérifiant le contenu de leur premier cours, ou l'impeccabilité de leur tenue. Ils étaient les stewards et les chambellans, les marins et les commandants de bord. Vers 6 heures 30, dans son bureau, le capitaine de cette immense bâtisse, drapé de son uniforme coloré et fleuri, ses galons marqués par les rides et la longueur de sa barbe brillante, trônait tranquillement aux commandes, dans un cockpit aux étranges instruments de navigation. Plus bas, tout grouillait désormais. La machine mise en marche jetait de la vapeur à grandes gerbes, dans un tourbillon puissant de pas précipités et de premières rencontres.
Les plus lève-tôt, ou les plus impatients, émergeaient de la ouate du sommeil, et en bâillant et s'étirant se trainaient jusqu'à la salle de bain, s'aspergeaient d'eau en frissonnant, et s'habillaient chaudement en jetant un regard méfiant au temps gris et froid que les premiers vagues rayons d'un jour timide laissaient entrevoir. Ils étaient les premiers des passagers à se lever, et rapidement ils venaient mettre de la vie, par petits groupes, dans leurs salles communes respectives, autour d'un feu ravivé dans l'âtre par les diligents elfes, bonnes et valets qui avaient réanimé le château. Les professeurs, serrés autour d'un café dans la salle des professeurs, mettaient une fois encore au point l'itinéraire de l'immense navire, avec sa tour d'astronomie qui fendait l'air comme une figure de proue, les grands objectifs de ce voyage annuel. Comme chaque année, il s'agissait d'éviter les mêmes pièges, de passer au travers de certains obstacles, et de mener tout le monde jusqu'au bout. Et ce n'était pas facile.
A 7 heures, les assiettes et les couverts prirent leur place sur les tables, et les mets apparurent, tandis que professeurs et affamés prenaient place à leur table respective. Lentement, la pièce se remplie, et vers 7h40, la totalité de l'établissement, mis à part quelques malheureux retardataires, lesquels n'auraient leurs emplois du temps que plus tard – pour certain trop tard. Les directeurs se levèrent, et chacun alla distribuer les emplois du temps des élèves de sa maison, Harry Potter, comme les autres, récupéra son papier, et s'y plongea avec les enfants de son âge, et en particulier le rouquin.
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Severus n'avait pas dormi de la nuit. Il avait laissé Minerva après leur conversation, pour une ronde, et il avait passé la nuit à penser à Harry Potter et, pour cesser d'y penser, à laisser ses pensées dériver vers Minerva. Vers une frustration stupide, une frustration qu'il n'avait pas l'habitude de ressentir et qui parvenait presque à l'énerver davantage. Il n'avait pas embrassé Minerva avant de la quitter, et autant le dire, ce contact lui manquait : il sentait terriblement clairement qu'il se languissait d'un baiser rassurant. Tout l'énervait, l'arrivée de Potter semblait remettre en cause tout son système de pensée et toute sa manière de vivre. Tout, tout partait en lambeaux, et il se rendait compte qu'il n'arrivait pas à tenir seul ; ou si, bien sûr qu'il le pouvait… seulement, il ne le voulait pas. Il avait tellement pris l'habitude de ne pas être complètement malheureux, il avait pris l'habitude d'un certain confort… ce confort, il le savait, il allait falloir qu'il l'abandonne. Et le courage lui manquait.
Lorsqu'au matin il alla prendre son petit déjeuner dans la Grande Salle, la fatigue lui pesant et un mal de crane naissant, tandis que le souvenir des velléités de sa marque ne voulait pas le quitter, il sentit – plus fort encore qu'avant – combien cette année serait mauvais. La journée, de mauvaise augure, n'était qu'une image à court terme de tout ce temps à venir. Il allait falloir se battre contre Potter et les souvenirs, il allait falloir se préparer à toutes éventualités… Personne n'avait parlé de cela, pas même Albus. Personne n'avait évoqué l'éventualité du retour des forces sombres… mais lui y pensait. Les autres étaient sans doute encore trop naïfs, et certains étaient en admiration devant ce gamin prétentieux, jusqu'à en oublier les réalités. Pourtant, dans l'équipe d'enseignants, il était sûr que tous savaient, d'une manière ou d'une autre ; cependant ils oubliaient, et lui non. Ils n'avaient pas envie d'y penser non plus, mais lui ne pouvait s'en empêcher.
Récupérant son emploi du temps, que lui tendait Minerva, il constata non sans un certain soulagement que son Lundi matin était vide jusqu'à 11 heures : cela lui donnerait l'occasion de régler au moins une partie de ce qui le tourmentait. Il commencerait par aller voir le directeur, car cette histoire de marque ne pouvait pas attendre, il était terriblement troublé par ce que cela voulait dire : allait-il ressentir cela dès qu'il serait en présence du garçon, trop près de lui ou croisant son regard ? C'était impossible, comment lui faire cours sans perdre la face dans ses conditions ! et puis, que cela pouvait-il vouloir dire ?
Il secoua la tête. Sans se voiler la face, il fallait reconnaître que c'était là le point le plus sensible, ce qui le tourmentait le plus. Le reste, ce n'était jamais que des détails à côté : des histoires d'ingrédients, de recettes et de manuels. Rien d'important. En attendant, il évitait du regard la table des Gryffondors, de peur de se retrouver à nouveau dans cette situation effrayante.
A peine son petit-déjeuner fini, il se leva et se dirigea vers le bureau du directeur : hors de question, cette fois, de ne pas avoir l'entretien qu'il souhaitait. Le vieil homme lui avait déjà fait faux bond une fois, il ne le supporterait pas une seconde ; et c'était là une affaire importante, quelque chose qui lui tenait à cœur ! Il arriva devant la gargouille, grommela de mauvaise humeur le mot de passe – sorbet citron, franchement, on n'avait pas idée à un poste si important de faire des frasques pareilles – et monta rapidement les marches. Il poussa la porte et récolta une remarque acerbe de la part d'un des portraits. Il fusilla du regard le visage pointu et désagréable de l'ancien directeur qui alla rejoindre l'un de ses ex-collègues deux toiles plus loin, et s'assit sur l'un des fauteuils. Pendant quelques instants il fixa sans la voir la fenêtre qui lui faisait face ; puis il se mit à secouer un genou, régulièrement, dans un mouvement nerveux. Rapidement, il commença à taper en rythme ses doigts contre le dossier, et bientôt, n'y tenant plus, il se releva et parcourut la pièce à grands pas anxieux.
Lorsqu'enfin la porte s'ouvrit derrière lui, il était en train de repenser à cette douleur fulgurante dans son bras, et il sursauta presque. De son côté, le directeur ne manifesta aucun étonnement : il ne s'attendait pas vraiment à le trouver ici, mais quelque part c'était tout à fait prévisible. En entrant, il fit un signe du bras pour inviter Severus à s'assoir, et celui-ci repris place sur le fauteuil quitté précédemment. La main posée sur le genou, il tenta de contrôler le mouvement brusque de celui-ci et releva un regard qui se voulait froid vers son supérieur. En observant la noirceur incertaine de ces yeux pointés sur lui, le sourire d'Albus perdit un peu de sa vigueur et lui-même s'assit assez pesamment à son bureau.
« - De quoi vouliez-vous me parler Severus ?
- De quelque chose d'important, répliqua l'autre d'un ton cassant.
- Naturellement, sourit d'un air un peu condescendant le directeur. Mais quoi ?
- Et bien… Il marqua une pause, se rendant soudain compte qu'il ne savait pas du tout comment commencer. Quand Potter…
- Ah, c'est donc bien cela, le coupa Albus, son sourire renaissant plus virulent que jamais.
- Non, interrompit le maître de Potions.
- Severus, il est inutile de venir me parler de combien ce gamin vous exaspère. Et d'abord, vous ne lui avez même pas encore parlé…
- Mais ce n'est… !
- Je vous ai dit inutile, reprit le directeur en souriant de plus belle.
- Ce n'est pas de cela que je veux parler ! s'exclama finalement Severus en se levant brusquement et en fusillant du regard cet interlocuteur insistant. Je m'en contre-fiche de votre Potter en soi ! J'ai un autre problème !
- Asseyez-vous, recommanda le directeur d'une voix douce après un moment de silence. Si ce n'est pas ça, quoi alors ? Le concerné pris une profonde inspiration et, se rasseyant, chercha à s'expliquer.
- Hier soir, lors du banquet, quand j'ai croisé le regard de Potter, et bien…
- Quoi donc ? interrogea le vieil homme, désormais piqué par la curiosité.
- Ma marque. »
Pendant presqu'une minute, un silence pesant s'installa dans la pièce. Albus jeta à l'enseignant un regard étonné puis, convaincu en un instant qu'il n'y avait pas anguille sous roche, s'absorba dans ses réflexions en caressant doucement sa barbe, les yeux plissés par la concentration. En face, Severus tentait tant bien que mal de maîtriser son impatience, et de se rendre à l'évidence : le directeur avait beau être un homme terriblement brillant, pour ne pas dire génial, il ne pourrait pas lui donner de solution toute-faite à son problème en quelques secondes. Se mordant l'intérieur de la joue pour se forcer à patienter, il attendit en silence, le regard fixé sur le visage légèrement soucieux de son vis-à-vis.
Lorsque finalement le directeur cligna des yeux et se reconnecta avec la réalité, il conserva la même expression froide en attendant une réponse. Cependant, celle-ci ne venait pas et, n'en pouvant plus, le professeur se décida à poser une question.
« - Donc ?
- Je ne sais pas, répondit doucement Albus, c'est étrange. Je ne vois pas comment… Il se tut et, à nouveau, se plongea dans ses réflexions. Dites-moi, reprit-il, qu'avez-vous ressenti exactement ?
- Une douleur, lâcha le professeur Rogue d'un ton froid. Puis, faisant un effort sur lui-même en ce souvenant qu'il était venu lui-même ici à la recherche d'une explication, il précisa. Comme une décharge électrique – ou magique dans ce cas – soudaine, quelque chose de violent. Comme si on m'avait fait subir un endoloris seulement sur ma marque.
- Le même genre de douleur que lorsqu'il vous appelait ? suggéra le directeur.
- Non. Oui. Je…, il ferma les yeux et chercha à se concentrer. Peut être, je ne suis pas sûr. Ca fait longtemps et à vrai dire je m'étais empressé de l'oublier.
- C'est compréhensible, acquiesça-t-il, mais…
- Je sais, je sais, coupa brusquement Severus. Je dirais que c'était plus court et plus intense. Une douleur moins diffuse peut être. Et puis surtout, c'est parti dès que nos regards ont cessé de se croiser. Comme si…
- Comme si votre marque était blessée par son regard, finit Albus. C'est étrange, je ne vois pas pourquoi… Il marqua une pause et, voyant que l'autre l'écoutait avec attention, il s'expliqua. Je veux dire, ces deux cicatrices, la sienne et votre marque, ont bien entendu été faites par une magie de même origine, d'où qu'il y ait une sorte de lien. Mais ni l'une ni l'autre ne devrait pouvoir produire cet effet sur l'autre. Ce comportement ressemble à… je ne sais pas.
- Comment cela ?
- A vrai dire, il semble que votre marque fasse comme une réaction, presque… allergique vous voyez. Mais ça n'a rien à voir avec votre haine à l'égard de ce pauvre garçon. Je me demande s'il a ressenti quelque chose de son côté… Non vraiment c'est étrange. Deux marques magiques de ce genre, si je ne me trompe pas, ne devraient pas faire cela seules.
- Seules ? interrogea Severus en fronçant les sourcils, cela n'annonçait rien que vaille.
- Oui, oui. Sans… sans un catalyseur qui viennent produire une réaction. Il faudrait qu'une autre magie vienne faire le lien entre les deux.
- Je vois, hocha le concerné. Mais ça ne peut pas être n'importe quelle magie, n'est-ce pas ? fit-il en tentant de ne pas s'énerver. Il doit y avoir quelque chose de spécial, sans quoi toutes les marques magiques du même type feraient cela parce que l'aura de je-ne-sais qui vient faire le rapport. Ce serait… trop facile, grinça-t-il.
- Bien entendu, souffla Albus en se levant et en parcourant lentement son bureau jusqu'à sa pensine devant laquelle il s'arrêta. La magie, pour se mettre en place, demande parfois des circonstances très particulières ; et ce n'est jamais sous le coup du hasard qu'elle s'enclenche et fait effet. Non, il lui faut plus qu'un simple courant magique pour faire ça. Et la chose est plus complexe encore lorsqu'il s'agit de magie noire…
- Quoi alors ? s'impatienta Severus. Je le sais tout cela, je n'ai plus 5 ans et j'ai trempé dans la magie noire. Alors quoi ?
- Alors il me semble que seule la magie de l'auteur des deux traces magiques peut créer, consciemment ou non d'ailleurs, un lien entre elles. Oui, je le crois…
- Mais…
- C'est étrange en effet. C'est étrange. Je ne vois pas non plus comment il pourrait encore agir, mais n'oubliez pas…, commença-t-il en se retournant vers Severus.
- Je sais, je le savais depuis le début que ça finirait comme ça.
- Comment cela, finirait ? demanda Dumbledore en fronçant les sourcils.
- Qu'il reviendrait, laissa-t-il tomber. »
Le silence s'installa à nouveau dans la pièce et, tandis qu'Albus revenait à pas lents vers son bureau, le professeur se mit à réfléchir à toute allure. Des pensées se bousculaient dans sa tête, des peurs. Il avait beau y avoir pensé, il se trouvait soudainement face au fait accompli : quoique lui dise Albus maintenant, il était convaincu que sa vie ne serait jamais plus pareille. Il allait bientôt falloir dire adieu à presque tout, rester là et être encore plus désagréable, reprendre son masque froid sans jamais le quitter, pratiquer l'occlumencie avec plus d'assiduité en prévision d'un futur désagréable, dans peu de temps sans doute il faudrait reprendre sa place dans les rangs, rentrer à nouveau dans ce cercle de larcin, de rapine, de meurtre, de souffrance. Il faudrait cesser de ressentir, il faudrait cesser de penser, d'avoir une conscience. Il faudrait dire adieu au seul véritable attachement qu'il avait vraiment créé pendant ce temps d'accalmie, dire adieu à Minerva en un sens. Peut être pas maintenant encore, mais bientôt. Se cacher du moins, même à elle. Cacher son cœur.
« - Je ne crois pas, commença le directeur en interrompant le fil de ses pensées affligeantes, qu'il soit revenu. Severus releva brusquement la tête et le fixa, un vague espoir dans les battements de son cœur qui s'accéléraient. Pas encore du moins. Cependant, nous approchons de temps troublés, c'est certain.
- Qui en doutait ? ironisa-t-il d'un ton cynique.
- Oh, l'espoir Severus, l'espoir, répondit Albus d'un ton emphatique.
- Vous n'avez que ce mot à le bouche, grommela le concerné à voix très basse.
- Quoiqu'il en soit, continua le directeur sans répondre, il va falloir être sur nos gardes. Surtout vous. Même s'il n'est pas de retour, la présence de sa magie au sein de ce château est inquiétante ; et elle n'est pas dans Harry Potter, je l'aurais senti lorsqu'il est passé : dans une magie d'enfant, le moindre dérèglement se ressent. »
Severus choisit de garder le silence : il n'avait rien à dire, et il sentait en lui une vague peur se réveiller. Une peur de devoir à nouveau jouer ce jeu, une peur des représailles, une peur de l'avenir.
« - Vous pouvez en parler à Minerva, fit remarquer Albus simplement. Personne ne vous y force, et même pas moi, mais je ne vois pas qui d'autre pourrait nous être aussi utile.
- Vrai, hocha Severus en se forçant à rester stoïque.
- Il va falloir être très vigilent, il va falloir trouver. Tenez-moi au courant… »
Severus se contenta d'acquiescer d'un geste et se dirigea vers la porte. Bon sang de Merlin, ce gamin était vraiment une malédiction ! Une part de lui-même savait bien que ce n'était certainement pas la faute de Potter, mais il fallait rejeter la faute sur quelqu'un pour ne pas désespérer. Et Potter était la victime parfaite.
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Assise dans son salon mardi soir, une tasse de thé à la main, Minerva repensait au début d'année. Voilà, elle avait eu cour avec Harry Potter. Elle regarda l'eau teintée qui clapotait légèrement dans sa tasse en porcelaine blanche, et laissa échapper un léger reniflement amusé. A vrai dire, ça n'était pas un si grand événement, et elle se demandait maintenant comment elle avait pu se laisser aller à se faire une peur de la taille d'un dragon sibérien. Le gamin était assez ordinaire, souriant et plutôt sympathique, très impressionnable et vite dissipé : il ne différait, de ce point de vue, en rien de ces camarades. Seule la cicatrice sur son front et les chuchotements quasi-perpétuels qui l'entouraient le faisait sortir du nombre ; et puis il ressemblait à son père, physiquement, la ressemblance était frappante.
Dans les nouveaux élèves cependant, il n'était pas le plus remarquable du point de vue des capacités et des facilités. Il ne serait sans doute pas mauvais, elle n'en doutait pas – et elle l'espérait fort, – mais pour être honnête il ne brillait pas encore. Oh, pas qu'en une heure elle puisse se faire une idée précise ; mais tout de même. La petite Granger correspondait davantage au profil de l'élève qui sortirait du lot, et Filius lui avait déjà parlé de sa performance : elle était travailleuse, et avait sans l'ombre d'un doute des facilités. Cette gamine-là était en avance, alerte, intelligente ; elle risquait fort, cependant, d'être mise au ban par ses camarades, à cause justement de ce petit-air d'intello. Tout ce qu'elle pouvait espérer, c'était qu'elle parvienne à s'épanouir – s'épanouir au-delà des notes.
Lentement, elle reposa sa tasse et s'étira avant de jeter un œil à l'horloge dont elle n'entendait même plus le cliquetis régulier : bientôt 23h30. Il serait temps d'aller se coucher. Elle cligna des paupières et d'un regard circulaire balaya la pièce : elle n'en avait pas envie. Elle avait beau se sentir fatiguée, quelque chose en elle était trop agité ; comme si une émotion trop forte lui secouait le cœur et la forçait à rester éveillée encore. Encore un peu, peut être pour trouver, quelque chose, un n'importe-quoi inconnu. Elle laissa retomber ses bras et se leva ; de plus en plus, en elle, elle sentait bouillonner une inhabituelle envie de vivre, de bouger. Comme une envie de danser. Elle se leva et, sans pouvoir s'en empêcher, commença à siffloter un air des Bizarr'sisters en esquissant quelques vagues pas de pseudo-danse. Elle frappait des mains en rythme, fredonnant maintenant les paroles dont elle se souvenait avec un rythme approximatif, sautillant presque, et balançant sa tête et ses hanches sur l'air ; et l'on frappa à la porte.
Soudain ramenée à la réalité, elle étouffa une exclamation, retomba de sa position empruntée, et se morigéna pour s'être laissée aller à ce point. Franchement ! Elle toussota et, tapant machinalement sur le tissu de sa robe, appela d'une voix forte :
« - Entrez ! »
Le tableau qui protégeait l'entrée pivota pour laisser entrer Severus Rogue, un sourire ironique plaqué sur le visage et se tenant droit dans sa tenue noire. Son sourire s'agrandissant jusqu'à quasiment devenir un rire, un rire bas, assez léger pourtant, retenu mais visiblement sincère. Il s'approcha d'elle et, lui saisissant la taille, l'attira à lui et l'embrassa. Il lui avait fallu du temps pour se décider à venir lui parler, et à vrai dire il était tiraillé d'angoisse ; mais les dires du portrait n'avaient pas manqué de lui redonner le sourire et, à vrai dire, il ne savait pas pourquoi il était venu l'embrasser comme cela.
« - Severus ! lâcha-t-elle d'un ton d'accusation que contredisait un demi-sourire dans le regard. »
Le concerné la relâcha et, faisant un pas en arrière, reprit son expression moqueuse et sa tenue droite, quasi-forcée. Comment commencer ? Maintenant qu'il était ici, sa venue lui semblait absurde ; et il sentait que son envie d'éviter le sujet le poussait à s'attarder sur ce que le portrait lui avait dit. Satané portrait ! Il tenta de faire disparaître le grimacement ironique dessiné sur son visage, mais en un instant ses lèvres s'affinèrent à nouveau en un sourire. Tant pis ! s'il ne se moquait pas d'elle d'abord, il ne pourrait jamais arriver à dire ce qu'il avait à dire. Voulait-il vraiment le dire, d'ailleurs ?
« - Votre portrait a beaucoup ri !
- Que vous a-t-il dit ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
- Have you seen the witch, she was on top of the sky…, chantonna-t-il l'air de rien, son sourire s'agrandissant malgré lui.
- Il n'a pas… ! s'exclama-t-elle en fronçant les sourcils. Elle avait envie d'assassiner la malheureuse peinture et, à dire vrai, combattait un sentiment de honte.
- Have you seen the witch, she goes on burning my heart, continua-t-il comme si de rien n'était.
- Severus… tenta-t-elle.
- All around me, deep in my heart, ho, ho, ho…»
Tandis qu'il continuait à chanter d'un air moqueur, accentuant d'une voix suraiguë les onomatopées de la fin de la phrase, elle se mordit la lèvre pour ne pas rire : d'accord, elle passait pour une imbécile ; mais le spectacle qu'il offrait maintenant, alors qu'il commençait même à claquer des doigts pour rythmer la chanson, était inimitable. Non, jamais elle n'aurait cru assister à pareil spectacle, et il n'y avait bien que le fait que sa propre intégrité soit en jeu qui la faisait chercher à mettre fin à cette mascarade.
« - Vous voulez bien arrêter !
- She's always in my head, she's always in my thoughts, and she makes me mad, ha, ha, ha, continua sur sa lancée le sévère professeur, et Minerva se fit la réflexion que ses élèves n'en auraient pas cru leurs yeux – ou leurs oreilles.
- C'est ridicule vraiment…
- She was in my arms, I was in her heart… She is my heart, she's not in my arms…, continua-t-il, lui lançant un regard d'un air de dire : ah bon, vraiment, est-ce moi qui suis ridicule ?
- Severus, franchement…, laissa-t-elle échapper en retenant de plus en plus mal son rire. Enfin, après tout, vous ne chantez pas si mal, fit-elle sur le ton de la dérision, en croisant les bras comme pour faire sentir qu'elle attendait patiemment la fin de cette folie.
- Give her back, give her back; she's my witch, bewitching witch. Il marqua une pause avant de reprendre au refrain. Have you seen the witch, she was on top of the sky…»
Soudain, Minerva, étouffant une fois de plus son rire, plaqua ses mains sur sa bouche dans un signe de compréhension et se mit à pouffer silencieusement sans pouvoir s'en empêcher, cherchant vainement à retrouver le calme. Lorsque finalement elle parvint à parler, d'une voix pourtant encore entrecoupée de rires passagers, sous le regard étonné de Severus qui continuait à fredonner l'air en se moquant d'elle, elle se redressa et lança fortement :
« - Voulez-vous que je vous dise comment vous être en train de vous rendre plus ridicule que moi ?
- Have you seen the witch, she goes on burning my heart…(*), fut la seule réponse qu'elle obtint, accompagnée d'un haussement dédaigneux des épaules.
- Vous, commença-t-elle en le pointant du doigt, connaissez ce morceau par cœur, vraisemblablement en entier ! »
Brusquement, le concerné s'interrompit et, prenant une expression distante pour cacher le ridicule dont il venait de s'affubler, il alla s'assoir sur l'un des fauteuils. Là, agitant sa baguette, il fit apparaître une tasse de thé (et non deux) et commença à siroter comme si de rien n'était, ne tenant pas compte de sa présence ; et ce jusqu'à ce qu'elle-même, à son exemple, s'assoit sur un fauteuil et se remplisse une autre tasse de thé. Elle prit une ou deux gorgée, et il finit par se décider. Cet intermède le faisait presque hésiter à nouveau.
« - Au départ, je n'étais pas venu ici pour vous montrer la qualité de mes cordes vocales.
- Vraiment ? vous m'en voyez très étonnée, se moqua-t-elle.
- C'est cela…, grommela-t-il. Contrairement à vous, il m'arrive d'avoir à penser à certaines choses… importantes.
- Je vous demande pardon ? s'insurgea-t-elle. Qu'y a-t-il donc de si important pour préoccuper Monsieur !?
- Des questions de marques des Ténèbres, lâcha-t-il brusquement.
- Ah, ce n'est que ça…
- Que ça !? rugit-il. J'espère que vous vous moquez !
- Severus, franchement, je ne…
- Que ça ! répéta-t-il. Ah ! cela se voit clairement que ce n'est pas votre bras gauche qui est transpercé d'une douleur aiguë en croisant le regard d'un gamin !
- Vous ramenez encore vos problèmes à Potter ! s'exclama-t-elle à son tour, désormais trop énervée pour continuer à tenter de se justifier.
- Vous osez ! Jamais encore elle ne l'avait entendu hurler ainsi, de tous ses poumons. J'ai une maudite marque de mauvais augure sur le bras, qui se met à me faire mal Merlin sait pourquoi, l'année où ce gamin revient, lorsque je croise son regard ; et de surcroit lorsque Flamel décide de déplacer la pierre ! Et vous osez me dire que je ramène encore la couverture à moi en incriminant Potter ! déblatéra-t-il à toute allure, d'un ton précipité et indigné.
- Est-ce ce que j'ai dit ? Franchement ! Et même si je veux bien admettre que pour cette fois vous avez raison, je n'en démordrais pas, vous mettez toujours tout sur le dos de ce pauvre enfant ! lança-t-elle un ton plus haut encore.
- Et vous vous arrangez toujours pour le dédouaner !
- Il n'a encore rien fait ! vous ne lui avez même pas encore fait cours ! Comment pourrais-je avoir fait cela ?!
- Et qu'êtes-vous en train de faire ? lança-t-il.
- Que suis-je en train de… Pardon !? lui répondit-elle, d'un ton outré, les mains posées sur les hanches et le visage déformé par le pli coléreux de ses lèvres.
- Je croyais pourtant être clair ! cracha-t-il haut et fort, sa voix partant légèrement dans les aigus alors qu'il continuait à laisser libre cours à sa colère. Qu'y puis-je si, en plus d'oser proférer des stupidités pareilles, vous êtes aussi… »
Brusquement, la scène de ménage violente qui avait lieu s'arrêta, et pendant quelques instants à peine un véritable arrêt-sur-image montra Minerva, les bras légèrement levés dans une attitude de défiance, la bouche déjà entr'ouverte pour le couper ; et Severus, se tenant droit et anxieux, torturant ses doigts et hurlant sa colère, les plis de son visage plus marqués par des ridules d'expression que jamais. A la porte, on venait de frapper et le portrait apparu pour demander s'il fallait, ou non, laisser entrer le personnage : à vrai dire, ni l'un ni l'autre n'avait pu entendre le léger coup à la porte, et c'était le toussotement exagéré du portrait qui les avaient sortis de leur torpeur. Et, soudain, comme si quelqu'un avait relâché la tension du fil qui les tenait ainsi en équilibre, tout retomba.
En quelques fractions de seconde, Severus avait repris son masque froid, distant, insensible, et seule restait, dans la lueur de son regard, une brillance de colère. Quant à Minerva, tapant une fois encore machinalement le tissu de sa robe, elle demanda d'une voix neutre au tableau de laisser entrer, et fit un pas en direction de la porte. Le professeur Quirrel, bégayant, apparu dans l'entrebâillement et pénétra lentement dans la pièce ; et lorsqu'il aperçu le professeur Rogue, son regard tressauta et alla brusquement se poser sur Minerva. Dix minutes et quelques phrases plus tard, il ressortit en s'excusant bien fort d'avoir dérangé. Severus, jetant un œil à l'heure et un regard suspicieux au concerné, annonça que lui-même prenait congé et sortit en même temps que son collègue.
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Lorsque la porte se referma, Minerva se retourna vers son salon et tomba sur les 2 tasses posées sur la table. Elle secoua la tête : il était plus que temps d'aller se coucher. Elle se dirigea vers sa salle de bain, se changea, se lava le visage et les dents, et en ressortit les cheveux tressés, dans sa robe de chambre. S'installant dans son lit, elle se saisit de l'ouvrage posé à côté d'elle, mais ne parvint pas à se concentrer dessus longtemps : soudain, elle se rendit compte que, malgré tout, elle connaissait de Severus ce qui était, en général, l'inconnu. Même dans la colère, il se montrait à elle sous un jour que personne d'autre ne voyait ; jamais, même pris de la rage la plus forte contre un élève, elle ne l'avait vu abandonner son masque à ce point. Avec elle, il était autre…
Elle tenta de se concentrer sur l'ouvrage à nouveau, sans succès. Abandonnant dans un soupir, elle le reposa sur la table de nuit, se sépara de ses lunettes, et s'enfonça sous les couvertures. Se rendant compte qu'elle était fatiguée, elle se sentit rapidement partir vers les régions inconnues du sommeil… mais la dernière image qui lui vint fut celle d'un Severus en train de chanter du Bizarr'sisters. Have you seen the witch, she goes on burning my heart…
(*) Alors, oui, je confesse, j'ai créé de toutes pièces ce morceau qui restera dans les annales, n'est-ce pas !
Je vous le traduis donc (approximativement, mais après tout je m'auto-traduis !) :
Have you seen the witch, she was on top of the sky: Avez-vous vu la sorcière, elle était tout en haut du ciel
Have you seen the witch, she goes on burning my heart: Avez-vous vu la sorcière, elle ne cesse de brûler mon cœur
All around me, deep in my heart, ho, ho, ho : Tout autour de moi, au fond de mon cœur, ho ho ho
She's always in my head, she's always in my thoughts, and she makes me mad, ha, ha, ha: Elle est toujours dans ma tête, elle est toujours dans mes pensées, et elle me rend fou, ha ha ha
She was in my arms, I was in her heart…: Elle était dans mes bras, j'étais dans son cœur
She is my heart, she's not in my arms… : Elle est dans mon coeur, je ne suis pas dans ses bras
Give her back, give her back; she's my witch, bewitching witch. : Rendez-la moi, rendez-la moi, c'est ma sorcière, mon ensorcelante sorcière.
Et après, on recommence !
