Chapitre 50 : Juliette et les reproches
Juliette se tenait face à Lisa Verpey qui la fixait intensément et pas de la manière la plus sympathique… *Elle peut arrêter de faire sa bouche en cul de poule ? Pourquoi il faut qu'elle tape toujours la pose celle-là ?* Les deux vertes se foudroyèrent du regard puis prirent une gorgée de Bière au Beurre en même temps, sans se lâcher du regard.
« J'adore quand on est toutes ensembles ! Rien qu'entre filles, commenta Pansy joyeusement.
_Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu de petit moment comme celui-là. » Rajouta Millicent.
Les autres filles Serpentard foudroyèrent du regard les deux jeunes vertes. Juliette reporta son regard sur Lisa. A côté d'elle, Inézia était face à Marion qui ne pouvait s'empêcher de la regarder d'un air dégoûté, aussi peu sympathique. Inézia la dévisageait sans broncher, les lèvres pincées de rancune. De l'autre côté de Juliette, Nono se tenait raide et complètement écartée d'elle. Entre les deux jeunes filles, il y avait un écart qui en disait long sur leur relation. Un si grand écart qu'il y aurait eu une place pour Théodore. Face à Nono, Daphné n'avait pas bonne mine et semblait dévisager toutes les filles d'un mauvais regard, comme soutien à sa grande amie Lisa. Et encore à côté, pour finir cette tablée, Pansy et Millicent se faisaient face avec un grand sourire, heureuses de pouvoir partager un moment entre filles. *Heureusement que ces moments sont devenus rares parce que je n'aurais pas pu les supporter !* Commenta mentalement Juliette tout en fixant Lisa.
« Bon alors les filles, du nouveau sur les amours ? » S'enquit Pansy.
Un long soupir s'échappa de la table. Juliette et Nono tournèrent la tête pour se dévisager hautainement. Leur rivalité se voyait comme le nez au milieu de la figure.
« Lisa, j'ai appris que vous avez rompus Montague et toi ? » Demanda Millicent avant une gorgée de Bière au Beurre.
La verte pinça les lèvres d'agacement tandis que Juliette esquissait un sourire. *Et PAF ! Dans ta face !* Lisa releva soudainement la tête comme si ce geste lui permettait de retrouver sa fierté. Sur un ton fort, elle annonça en plantant son regard dans celui de la cousine :
« C'est pour mieux pouvoir approcher Blaise de nouveau.
_Évidemment, tu n'as toujours pas digéré, lança ironiquement Juliette. Tu n'arrives pas à l'oublier. La page va être difficile à tourner, mais je serais là pour toi, lui souffla-t-elle avec un rictus machiavélique.
_Comme c'est gentil ! S'exclama faussement Lisa avec un sourire de dégoût.
_Hum ! Intervint Pansy pour calmer le jeu. Sinon, vous racontez quoi de beau ? »
Un grand silence s'installa durant lequel, elles se dévisagèrent toutes à l'exception de Pansy et Millicent qui gardaient toujours un grand sourire, ne s'apercevant pas que ce rendez-vous au Trois Balais était une mauvaise idée. Puis telles des marionnettes, elles prirent toutes une gorgée de Bière au Beurre espérant combler ce silence par des actions. Cela n'accentua que l'effet ridicule et absurde de la situation.
« Rien, finit par répondre Juliette à la question donnée.
_Ça se passe bien avec Théodore ? Demanda Pansy pour tenter une conversation maintenant qu'elle venait de comprendre la mauvaise idée qu'elles avaient eus, elle et Millicent.
_Bien, aussi bien que ça peut se passer, répondit-elle. Enfin, ça se passerait sûrement mieux si des personnes… sensibles, je dirais, arrêteraient de faire leurs yeux de cocker devant lui pour essayer de nous séparer. Enfin, je dis ça, je ne dis rien ! Fit-elle en haussant la voix dans le but d'intimider Nono qui la dévisageait.
_Excuse-nous si certaine personne n'ont pas la chance de plaire autant que d'autres, répliqua la brune.
_La nature en a gâté certains, conclut Juliette avec un rictus.
_Tsss… Siffla Marion qui observait la scène.
_Tu vas lui parler à Claude ? En profita Daphné tout en échangeant un regard amusé avec Lisa.
_Oui, quand je le croiserais… Soupira-t-elle.
_Ah, parce qu'il t'évite maintenant ? Ricana Lisa.
_Je ne fais pas des numéros de charme pour attirer l'attention alors il me remarque moins, c'est sûr, rétorqua-t-elle pour toute attaque.
_Eh bien, c'est à croire que les numéros de charme ça marche, pouffa Lisa.
_C'est vrai, j'avais oublié que tu es une experte en la matière ! Intervint Juliette pour défendre sa cousine.
_T'es jalouse ? Lui jeta Lisa avec un sourire exagéré.
_Pff… Jalouse d'une fille qui n'a aucune dignité ? Jalouse d'une fille qui se fait toucher le cul par tous les mecs en oubliant sa fierté ? Explique-moi ce qui est à envier là-dedans ? »
Absence de réponse. Lisa en cherchait une. Une réponse percutante. Mais tout ce qu'elle fit ne fut que dévisager la verte assise en face d'elle avec un regard qui signifiait : « attend que je revienne en force et tu verras ! » Face à elle, Juliette lui jeta le même sourire exagéré que Lisa lui avait jeté quelques secondes plus tôt.
Si des petits moments entre filles comme celui-ci n'avaient pas eu lieu depuis longtemps, c'était bien parce qu'elles n'éprouvaient plus de plaisir à se retrouver toutes ensembles. Leur clan soudé au départ de la première année, c'était au fil des années dissout jusqu'à complètement exploser. Des personnalités avaient évolué, certaines s'étaient révélées, d'autres s'étaient endurcies, toutes avaient changé depuis le début de leur scolarité. Elles n'étaient plus les fillettes qui entraient pour apprendre dans une école avec en tête, la belle formule : « le monde est beau, le monde est gentil ».
Juliette finit sa Bière au Beurre le plus rapidement possible pour quitter cet endroit qu'elle ne supportait plus avec toutes ces personnes les unes les plus fausses que les autres. En plus de la chaleur habituelle des Trois Balais, cette tension entre elles ne faisait qu'augmenter la température. Les autres aussi en faisaient de même. Il n'y avait plus rien à dire, plus à rien à mettre au clair. Ces retrouvailles auraient au moins eu le mérite de les mettre toutes sur le même point, de connaître leurs ennemies, comme leurs amies. Ce fut Marion et Nono qui quittèrent le bar avec un signe de tête par politesse. La porte se refermait lorsque Juliette et Inézia se levaient. Elles lancèrent un simple : « à plus » en direction de Pansy et Millicent, aucun regard pour les deux autres, Lisa et Daphné, avant de quitter elles aussi les Trois Balais. Au moment où elles partaient, les chaises de Lisa et Daphné raclèrent signe qu'elles sortaient elles aussi. Pansy et Millicent étaient donc seules à une grande table pour huit. Ces huit chaises vides étaient la représentation parfaite dans laquelle se trouvaient les relations entre les filles de Serpentard de quatrième année. Des fantômes, rien de plus. Une relation fantôme et artificielle. Il ne servait à rien de le nier, des clans s'étaient formés au fil des années et les clans se défiaient entre eux.
Théodore avait décidé de virer à gauche. Juliette suivit le mouvement de sa langue, sa bouche collée contre la sienne. Les mains du jeune garçon ne cessaient de la caresser et de l'étreindre pour lui procurer de la chaleur jusqu'à halètement. De son côté, Juliette le pressait contre elle donnant de l'impulsion dans leur baiser fougueux. Une séance de bécotage qui avait lieu dans la salle des trophées, là où tous les couples avaient pour habitude de se retrouver à des heures tardives. La salle des trophées n'étaient pas réputée seulement pour les montagnes de trophées que Poudlard avait accumulés au fil des siècles mais pour les rendez-vous de bécotage entre couple.
« S'il vous plaît ! » Intervint une voix.
Cette voix mit un terme à leur baiser. Les deux verts se retirèrent et sans se lâcher l'un à l'autre, ils dévisagèrent celui qui avait réussi à leur gâcher ce moment. Pour la troisième fois de leur nombreuse séance de bécotage, ils découvrirent Percy Weasley, le préfet des Gryffondor et le préfet-en-chef qui plus est.
« Cela fait la troisième fois que je vous reprends à une heure aussi tardive dans cette salle à vous… bref, pour non respect du couvre-feu et de la bienséance à respecter dans l'enceinte du château, donc pour faire court : pour non respect du règlement, je vous annonce que vous irez en retenue d'une heure et ce à décidé et à mettre au point demain matin pour…
_C'est ça Weasley, le coupa Juliette en levant les yeux l'air lasse. Fait briller ton insigne de préfet-en-chef.
_Miss. Gadish ! L'arrêta Percy. Vous vous trouvez en présence d'un préfet mais aussi du préfet-en-chef ! Vous n'êtes pas dans la situation où vous pourrez riposter. Je vous suggère fortement de rejoindre vos dortoirs.
_D'accord, on y va Monsieur le Préfet-en-chef, ricana Juliette d'un regard intimidant qui fit déglutir Percy.
_Cool ton Pog, commenta Théodore en désignant son insigne de préfet-en-chef.
_C'est un insigne ! » Cria Percy outré.
Les deux verts ne prirent même pas la peine de se retourner. Ils sortirent de la salle des trophées en se tenant la main et retrouvèrent l'air frais et humide des cachots. Ils traversèrent ensembles le tableau qui servait d'entrée à leur salle commune et avant de se quitter, se retrouvèrent encore quelques instants.
« Je t'aime, lui murmura-t-il avec l'accent bulgare.
_Je t'aime. » Lui répondit-elle avec l'accent français.
Puis après un baiser, ils se lâchèrent enfin pour rentrer dans leur dortoir. Mignon ou ridicule – à vous de choisir – ils avaient inauguré ce petit jeu de se parler avec les accents qu'utilisaient leurs invités de Beaubâton et de Durmstrang lorsqu'ils se mettaient à parler l'anglais.
Lorsque la jeune fille rentra dans le dortoir, certaines vertes n'étaient pas encore couchées. Pansy et Millicent parlaient ensembles, emmitouflées dans leurs couvertures. Lisa et Daphné occupaient le poêle pour discuter. Inézia et Nono devaient déjà dormir puisque les rideaux de leurs deux lits à baldaquin étaient tirés. Marion lisait comme tous les soirs, sa lampe de chevet allumée. Elle leva simplement les yeux vers sa cousine lorsqu'elle entendit la porte du dortoir se refermer.
Juliette ne perdit pas de minute pour enfiler son pyjama et aller se brosser les dents dans la salle de bain. Elle revint ensuite dans les dortoirs avec une brosse à cheveux qu'elle posa sur sa table de chevet. En se retournant, elle sursauta légèrement car sa cousine, Marion, se tenait derrière elle. Celle-ci lui accorda un léger sourire avant de s'asseoir sur le bord du lit de sa cousine. Juliette suivit son mouvement, devinant qu'elle souhaitait parler.
« T'étais avec Théodore ? » Demanda-t-elle directement dans un murmure pour ne pas réveiller celles qui dormaient.
Juliette ne répondit pas. Elle devinait parfaitement où elle voulait en venir. Au moins, sa cousine avait le mérite d'engager le sujet directement sans chercher à tourner autour du pot pour préparer le terrain. La verte n'aurait peut-être pas supporté de la voir tâter le terrain avant d'engager le sujet qui devait la travailler depuis la soirée de samedi dernier.
« Tu ne veux pas répondre ? Reprit Marion sèchement sur un ton si froid qu'il en surprit Juliette.
_Je sais ce que tu vas dire… Soupira-t-elle pour toute réponse.
_Bien, ça m'évitera de tout t'expliquer.
_Tais-toi, lui ordonna Juliette avec un regard méprisant.
_Tu savais que Nono était sur Théodore, continua tout de même Marion. Tu le savais et t'en as fait qu'à ta tête.
_Attend, et si moi aussi j'étais sur lui ? Hein ? Tu n'y as pas pensé à ça, évidemment !
_Oh si, j'y ai pensé ! Mais ce n'est pas vrai. Tu ne l'aimes pas, je le sais. T'en as même rien à faire de lui. Tu t'en fiche ! C'est un passe-temps, c'est tout.
_Tu ne sais même pas ce que tu dis, trancha Juliette en lui lançant un regard noir.
_Si, je le sais !
_Non, tu ne sais pas !
_Arrête ! Arrête ! Arrête ! La stoppa Marion ce qui surprit sa cousine. Tu savais que Nono voulait être avec lui et tu savais qu'elle comptait l'approcher pendant la soirée, et tu lui as mis des bâtons dans les roues parce que tu savais très bien que Théodore avait encore des sentiments pour toi. Tu le savais et t'as quand même agis.
_Je peux dire la même chose, ricana-t-elle. Tu savais que Millicent, Daphné et Inézia étaient sur Claude, et toi aussi t'en as quand même joué.
_Pour Inézia, je ne le savais pas, merci de me l'apprendre. Et ce n'est pas du tout la même chose. Nono était censée être ton amie !
_Depuis quand elle m'aime bien celle-là ! Lui cracha Juliette agacée par cette discussion. Vas-y, fais-moi croire qu'elle avait de l'affection pour moi ! Vas-y, prend son parti !
_Tu ne l'aimes pas ! S'écria Marion pour insister. Je le sais, tu n'en as rien à faire de Théodore ! Nono, au contraire, si ! Ça t'a servi à quoi ? A montrer que tu pouvais plaire autant que Lisa ? Wah, je suis épatée… ! S'exclama-t-elle ironiquement.
_Tu comptes me faire la morale toute la nuit ? Souffla Juliette d'exaspération. Tu prends son parti, tu te ranges carrément de son côté. Tu n'essaies même pas de relativiser. C'est Théodore ! Ce n'est pas comme si on parlait de la fin du monde, quand même ! Je ne t'ai rien dit pour Inézia, je n'ai pas pris son parti, je n'ai même pas essayé de la défendre ! Pas une seule fois je suis venue vers toi pour t'en parler ! Je suis restée neutre et toi tu… Tu me dégoûtes ! Lui cracha-t-elle. Merde, je suis ta cousine ! Tu me connais depuis quatorze ans et elle, depuis seulement quatre ans, et tu la défends, elle !
_Je la défends parce que je défends le côté juste ! Ce n'est pas juste ce que t'as fait à la soirée. Tu ne l'aimes pas alors qu'elle oui ! C'est ça qui m'énerve chez toi. Tu ne penses qu'à toi, t'es égoïste !
_Ah, excuse-moi ! Je suis tellement désolé ! » Lui balança Juliette avec exagération.
Sa cousine se leva en levant les yeux au ciel. Elle commença à partir lorsqu'elle se retourna comme pour dire encore quelque chose, puis, finalement, elle décida de s'abstenir ce que Juliette jugea comme une décision sage. Rageusement, elle tira les rideaux de son lit à baldaquin puis rabattit les couvertures sur elle. Elle était en colère, oui ! Très en colère contre sa cousine ! Marion avait l'absurdité de défendre Nono qu'elle ne connaissait que depuis quatre ans. Et elle, alors ? Où se plaçait Juliette dans tout ceci ? Pas une seule fois, Marion n'avait essayé de relativiser et de prendre un parti neutre. Et puis, c'était seulement Théodore, pas la peine d'en faire toute une histoire. Nono n'avait qu'à tourné la page car il ne servait à rien de ruminer sur cela.
