JAuteur : Ariani Lee
Série : Kingdom Hearts
Pairing : AkuRoku
Disclaimer : La liste des cent thèmes est disponible sur le net (c'est toujours la même vous aurez peut-être remarqué ?) Axel et Roxas ne m'appartiennent pas, ni aucun des membres de l'Organisation XIII ou personnages de Kingdom Hearts qui pourraient être mentionnés ici : Ils sont tous la propriété de Square Enix et des studios Disney. Bande d'ingrats qui les a fait mourir !
Résumé : UA. Où Axel et Roxas s'associent pour participer à une compétition mais...
Traduction du titre : « Sport »
Note de l'auteur : Je pense qu'Axel doit avoir 27 ans, mais il m'arrive parfois de prendre des libertés avec son âge, vu que ça n'a pas été établi officiellement.
Auto-évaluation : ****
Note de l'auteur: dédicace à Johnny Weir, mon patineur préféré :-)
Axel et Roxas en cent thèmes.
Sport
Impulsion.
Axel.
Blanche, la glace. Couverte de sang. Des cris d'horreur, dans le public. Ses propres cris qu'il n'entend même pas tant ses oreilles sont pleines de ses cris de terreur à elle. « J'ai mal, je ne peux plus bouger ! » La musique qui continue, La Valse des Flocons de Neige de Tchaïkovski, mais tout ce qu'il entend, ce sont les cris, et il ne voit rien d'autre que le sang, qui lentement recouvre la glace d'écarlate.
Roxas se reçut sur le pied droit en souplesse. Tandis qu'il filait sur la glace bondée, il sentait des regards braqués sur lui, mais il n'y prêtait guère attention. A exécuter des figures au milieu de tout ce monde, c'était normal qu'on le remarque. Mais il y avait longtemps - très longtemps - qu'il n'avait plus pratiqué sur une patinoire déserte. Il préférait la foule. Elle avait quelque chose de rassurant.
Il quitta la glace et s'assit pour enlever ses patins. A peine se fut-il posé sur le banc qu'on s'approcha de lui.
- Salut.
Les doigts toujours sur les sangles de ses patins, il releva la tête pour voir son interlocuteur. Un grand type maigre, avec des cheveux rouges.
- Salut, répondit-il.
L'autre lui sourit et désigna du pouce la cafétéria qui se trouvait au bord de la patinoire.
- Tu as un moment ? Je voudrais te parler, mais ça pèle sévère ici.
En même temps est-ce que c'est une tenue pour venir dans un endroit pareil ? Se demanda Roxas en regardant les vêtements pour le moins inadaptés que portait le curieux jeune homme - une paire de basket qui avait connu des jours meilleurs, un blue-jean délavé et un T-shirt noir avec des manches mi-longues, fait apparemment dans une matière des plus estivales. Comme il lui restait une heure avant de devoir rentrer pour le souper, il accepta d'aller prendre un verre et d'écouter ce qu'il avait à lui dire.
Quelques instants plus tard, les deux garçons étaient assis autour d'un lait russe et d'un café. Ils serraient leurs tasses entre leurs doigts pour les réchauffer.
- Je m'appelle Axel, annonça le jeune homme roux. Merci d'avoir bien voulu m'accompagner.
- Moi, c'est Roxas.
- Enchanté, Roxas, dit Axel.
Il tendit une de ses longues mains par-dessus la table, et Roxas la serra. Son visage n'affichait guère qu'un intérêt poli, mais Axel ne semblait pas s'en formaliser. Il but une gorgée de lait russe, reposa sa tasse sur la soucoupe en faïence avec un léger tintement.
- Depuis combien de temps est-ce que tu patines ? Demanda-t-il.
Roxas hésita. Pourtant, Dieu lui en fusse témoin, il se souvenait à la perfection de la première fois où il avait chaussé des patins à glace, du début des cours, de ses progrès... Des premières compétitions amateur, et d'elle...
- Ca fait dix ans. J'ai commencé quand j'en avais six.
- Et tu as déjà participé à des concours ?
Le blond haussa les épaules, l'air réticent, en émettant un son qui pouvait signifier aussi bien oui que non ou peut-être bien.
- Je participe à une compétition locale, expliqua le jeune homme. Le niveau est élevé, on nous impose certaines contraintes, des handicaps ou des conditions farfelues. J'ai réussi dans les cinq premières catégories en me classant dans les premiers, mais la dernière « épreuve » me pose un sérieux souci.
D'accord, mais qu'est-ce que ça a à voir avec moi ? Pensa distraitement Roxas en observant un peu plus attentivement le visage de son vis-à-vis. Il y avait deux petits tatouages violets sous les yeux, d'un vert remarquable, dont l'amande était accentuée par deux fins traits de khôl qui les étiraient vers les tempes. Non, vraiment, pas commun...
- C'est une condition. La dernière épreuve, c'est un programme en couple non mixte.
Roxas pensa qu'il commençait à comprendre ou il voulait en venir. Et ça ne lui plaisait pas vraiment...
- Tous les autres patineurs que je connais participent à la compétition. La réelle difficulté de cette épreuve en fait, c'est de trouver un partenaire qui ait le niveau. Tous les candidats sont à la recherche de la perle rare.
Le blond prit une gorgée de café. Qu'il continue de parler, pitié, qu'il ne doive rien dire, parce qu'il avait la gorge si serrée qu'il aurait du mal...
- Et j'ai pensé à toi. Ça fait un certain temps que tu viens ici, et je t'ai déjà vu plusieurs fois exécuter des figures techniques complexes. Avec toujours un max de monde autour, mais ça n'a pas l'air de t'inquiéter ou de te gêner. Tu es assez sûr de toi et de ton niveau pour ne pas craindre de blesser quelqu'un.
Axel, tu parles d'un nom pour un patineur ! Songea Roxas, un peu amusé malgré son malaise.
- Je t'ai même déjà vu faire un double axel alors qu'il y avait un max de monde. Et à te voir faire, je suis prêt à parier tout ce que j'ai que tu sais en faire des triples.
Hé, mais attends un peu... Le double axel, je ne l'ai fait qu'une seule fois... Il y a des mois...
- Ça fait combien de temps exactement, que tu m'observes ? Demanda-t-il, et il fut soulagé d'entendre que sa voix était normale.
Le jeune homme passa une main dans ses cheveux, l'air pensif.
- Hé bien, là première fois que je t'ai vu... Ça doit faire à peu près un an. C'était l'hiver dernier, avant Noël. Enfin, voilà ce que je voulais te demander. L'épreuve est le mois prochain, dans trois semaines. On a de longs délais, puisqu'on doit faire en fonction de leurs desideratas. Je veux vraiment gagner ce concours. Est-ce que tu accepterais d'être mon partenaire pour ce programme ? Je sais que tu as le niveau pour le faire sans problèmes.
Roxas baissa le nez sur sa boisson refroidie. Il ne voulait pas participer à d'autres compétitions, il n'avait pas envie d'avoir à nouveau un partenaire. Il ne voulait plus jamais ça. Mais une partie de lui le souhaitait malgré tout. La glace, ce n'était pas la même chose seul qu'à deux. Les programmes en couples étaient de très loin ses préférés, à l'époque, avant... Avant que ça n'arrive. Qu'il le refuse ou non, ça lui manquait. Il regarda le jeune homme assis en face de lui, qui attendait sa réponse patiemment. Il ne fallait pas accepter. C'était une mauvaise idée, ça allait mal tourner. Ça ne pouvait que mal tourner. Mais sa bouche s'ouvrit toute seule et il s'entendit dire :
- Je ne sais pas. Je ne saurais pas te dire ça comme ça... Il faut que j'y réfléchisse.
Ah ! Mais merde, c'est pas un non ça ? Pourquoi j'ai répondu ça et pas juste non ?! S'alarma Roxas et regardant Axel fouiller dans la poche de son jean - chose que la position assise rendait tout moins que malaisée. Il en sortit une enveloppe qui avait souffert du transport.
- J'ai déjà créé un programme. Prends le temps de le regarder. Bien sûr, je peux y apporter des modifications, ce n'est pas un problème. J'ai indiqué mon numéro de portable à la fin.
Roxas tendit la main au-dessus de la table, accepta le pli et l'empocha machinalement. Il était passé en pilote automatique. Oh, non, non, non, qu'est-ce que je suis en train de faire ? Mon corps réagit tout seul, je raconte n'importe quoi... Il faut arrêter le massacre avant qu'il y ait des dommages collatéraux !
En s'efforçant de rester calme, il vida sa tasse et se leva. Axel l'imita et, le voyant sortir son portefeuille de son sac de sport, agita la main.
- Non, non, je t'en prie. C'est pour moi, c'est moi qui t'ai demandé de venir.
Toujours un peu groggy, le blond le regarda sortir une poignée de monnaie de sa poche, compter les pièces et les déposer sur la table. Ils sortirent et se dirigèrent vers l'entrée de la patinoire en silence. Une fois dehors, Axel se tourna vers lui.
- Bon, ben j'y vais. J'attends de tes nouvelles. Même pour refuser, préviens-moi, surtout.
Roxas acquiesça puis se mit en marche comme un automate. Il arriva chez lui en ce qui lui sembla être une dizaine de secondes. Il avait vingt minutes d'avance, alors il monta dans sa chambre où il s'affala sur son lit. Putain de journée maudite, philosophait-il en fixant le plafond.
- Roxas, qu'est-ce que tu fais ? Demanda son frère qui passait devant la porte ouverte de sa chambre. Le blond tourna la tête vers lui et lui fit sa réponse habituelle.
- Je me libère de mes frustrations.
Sora leva les yeux au ciel et poursuivit son chemin. Il adorait son frère et il le comprenait la plupart du temps, mais ça, c'était un truc qu'il n'avait jamais percuté. Quel rapport entre le fait d'être frustré et le plafond ? Bah, si ça l'amuse...
Dans sa chambre, le concerné était revenu à la contemplation des lézardes qui se trouvaient au-dessus de son lit et qu'il connaissait sur le bout de doigts.
Recommencer à patiner ? A Patiner sérieusement ? L'idée était à la fois terrifiante et trop tentante. Le fait d'être « partenaires » avait une signification importante pour lui, et il ne connaissait même pas ce type.
- LES GARCONS ! A TABLE ! Appela une voix féminine d'en bas de l'escalier. Distrait un instant de ses préoccupations, il se leva. Il était affamé.
oOoOoOoOo
Il ne regagna sa chambre que bien plus tard dans la soirée. Après souper, il était resté devant la télévision avec sa famille. L'esprit occupé et plus tranquille.
Il se mit à se changer pour se mettre au lit. Il enleva son pull puis son T-shirt et fourra les mains dans les poches de son jean pour les vider avant de le mettre à la corbeille et ses doigts rencontrèrent quelque chose, qu'il sortit pour voir de quoi il s'agissait.
Ah, pensa-t-il simplement. Le répit était fini, son dilemme lui revint avec l'enveloppe - de plus en plus chiffonnée - qui contenait le programme d'Axel. Il s'assit sur son lit en la tenant par les coins, entre ses pouces et ses index. Fallait-il le lire ? Il fallait au moins l'ouvrir pour avoir son numéro et pouvoir lui dire qu'il refusait. Ne pas le faire aurait été grossier, vraiment. Alors il ouvrit l'enveloppe et en sortit plusieurs feuillets couverts d'une écriture volontaire, avec des lettres étroites et penchées vers la droite. Il les parcourut, d'abord en les survolant, puis plus attentivement. C'était plus fort que lui, les termes familiers s'alignaient les uns à côtés des autres, serrés, parfois un peu brouillons, comme s'ils avaient été jetés là à la va-vite, et pourtant...
Pourtant ce programme était meilleur que tout ceux qu'il avait faits jusqu'à maintenant. Tout s'enchaînait avec une fluidité parfaite, et plus il lisait, plus son esprit formait les images de ce que cela pourrait être, il pouvait voir les deux paires de lames virevolter sur la glace, glisser, fendre et s'envoler. Puis le final. Ecrit au milieu de la dernière page, un seul mot, écrit en grand et entouré plusieurs fois. Cinq lettres qui le glacèrent jusqu'à la moelle des os et arrêtèrent son cœur un instant.
Porté
A côté se trouvait un numéro de téléphone. Il se saisit du sien et composa un message, fébrile.
« Je regrette mais je dois refuser ta proposition. Bonne chance pour la suite. Roxas »
Il l'envoya au numéro indiqué. Sa peau s'était couverte d'une sueur froide. Il posa le portable et les feuillets sur son bureau, termina de se débarrasser et jeta ses habits sur le panier à linge déjà rempli. Il voulait dormir, juste dormir. Tout ça était fini, et il ne voulait plus y penser... Il se mit au lit, enfouit son visage dans l'oreiller et remonta la couverture au dessus de sa tête. Il ne se sentait pas le courage d'affronter ça, même s'il en mourait d'envie.
Plus jamais, se disait-il. Plus jamais.
oOoOoOoOo
Lorsqu'il rentra de l'école, le lendemain, sa mère l'attendait dans le salon, souriante. Il remarqua aussitôt ce qu'elle tenait à la main - les feuillets, le programme. Oh, non. Mais il était déjà trop tard, elle était sur lui, l'étreignant.
- Oh, mon chéri, dit-elle en le serrant fort contre elle. Tu te sens prêt à recommencer ?
Elle avait l'air si heureuse, oh, non, non, non...
- Je n'ai pas encore vraiment pris de décision, mentit-il avant de se gifler mentalement. Pourquoi sa voix lui désobéissait-elle ainsi ? Entretemps, sa mère s'était assise dans un canapé et serrait les papiers entre ses mains. Elle avait l'air aux anges.
- Parles-moi en un peu, demanda-t-elle. Comment s'appelle-t-elle ?
- Hé bien en fait, répondit le blond, mal à l'aise - il avait déjà refusé ! - ce n'est pas une fille. C'est un garçon, et il s'appelle Axel.
Le sourire de sa mère s'élargit encore. Il savait à quoi elle pensait.
- C'est bien, non ? Dit-elle.
- Oui, répondit Roxas en détournant le regard. Oui, sans doute.
- Allez, raconte moi, ça ne t'engage à rien...
Alors, il s'assit et répéta ce qu'Axel lui avait dit la veille, de plus en plus mal à l'aise. Il s'enfonçait dans son mensonge et surtout, il se rendait compte qu'il s'y complaisait. Il aurait aimé ne pas avoir refusé.
- Roxas, dit sa mère quand il se tut. Je ne veux pas t'influencer. Mais je pense que c'est une belle opportunité, tu devrais peut-être la saisir. Essayer. Mon chéri, ce n'est pas de ta faute, ce qui est arrivé, ce n'était qu'un accident. Mais tu n'as plus jamais été le même depuis, et... Je sais que ça te manque.
Il la regarda, et elle lui sourit.
- Et puis moi aussi, ça me manque. J'adorais te regarder patiner... Quant au... à la dernière figure, tu m'as bien dit qu'il était d'accord pour faire certaines modifications.
Il faut que j'essaye. Au moins que j'essaye. Si ça ne marche pas, je renoncerai. Définitivement. Si je ne le fais pas... Je le regretterai, pensa-t-il.
- Maman, tu veux bien me donner les feuilles, s'il te plaît ? Demanda-t-il.
Vite, avant que je ne change encore d'avis, ajouta-t-il en silence. Il prit les feuillets, son téléphone et changea de pièce. Nerveux, il composa le numéro et porta le combiné à son oreille.
- Bonjour ! Dit aussitôt une voix pleine d'entrain. Vous êtes bien sur le répondeur d'Axel Lace, c'est vrai. Je ne suis pas disponible pour le moment - c'est vrai aussi. Mais je fais ce que je veux ! Non, je plaisante. Si vous me laissez un message avec vos coordonnées, je vous rappellerai dès que j'en aurai l'occasion. C'est à vous !
- BIIIIIIIIP-
Roxas resta muet pendant plusieurs secondes avant de finalement raccrocher. Il réessaya cinq minutes plus tard, sans résultat. Son portable était éteint. Il hésita un instant, puis décida de prendre le taureau par les cornes. Il retraversa le salon et décrocha son manteau dans le hall d'entrée.
- M'man, je vais à la patinoire ! Dit-il en sortant. Je t'appelle tout à l'heure !
Il referma la porte derrière lui et se mit en route. Vite, vite, avant que je ne change encore d'avis.
Lorsqu'il arriva à la patinoire, il se hâta de se rendre au bord de la piste. Il regarda autour de lui, puis chercha parmi la masse des patineurs la tignasse rouge d'Axel. Pas de trace de lui. Il s'accouda à la barrière dépité. Il lui avait déjà dit non, il devait être en train de chercher quelqu'un d'autre. Bon, je vais lui laisser un message, pensait-il, lorsqu'une voix l'interpella.
- Roxas, tu es là ! J'espérais bien te trouver ici.
Il se retourna. C'était Axel, qui se dirigeait vers lui d'un pas rapide.
- Mon portable, dit-il en arrivant à côté de lui. J'arrive pas à remettre la main dessus, depuis hier soir. Même pas sûr que je l'avais encore quand on s'est parlé.
C'est vrai, tiens, je n'ai pas eu l'accusé de réception pour le message d'hier soir en fait... Songea Roxas.
- Tu peux pas me répondre si je suis injoignable, alors je suis venu ici. Alors, il te plaît ?
Le blond resta interdit un instant. Il tenait toujours les feuillets dans sa main.
- Tout va bien ? Demanda le roux, l'air inquiet.
- Oh, oui, très bien ! Répondit aussitôt Roxas. Je suis venu te dire que j'acceptais.
Ça y est, je l'ai dit ! Pensa-t-il. Le visage d'Axel s'éclaira d'un grand sourire. Il allait dire quelque chose mais le téléphone de Roxas se mit à sonner. S'excusant d'un geste, il décrocha.
- Roxas ?
- Oui, maman, excuse-moi, tout va bien.
- Vraiment ?
La voix était pressante au bout du fil, malgré les efforts évidents qu'elle faisait pour ne pas laisser transparaître son impatience.
- Oui, maman. J'ai accepté.
Il pouvait presque l'entendre sourire au bout du fil.
- C'est formidable, chéri. Je suis désolée mais il faudrait que tu rentres, ça va être l'heure du souper.
- Oui, j'arrive tout de suite.
Il raccrocha et se retourna vers Axel qui souriait toujours.
- Je dois y aller, désolé...
- Pas grave. Je vais aller retenir la piste pour... Quand est-ce que ça t'arrange, en fait ?
- Les vacances de Noël commencent vendredi. Quand tu veux, j'aurai tout le temps.
Axel acquiesça et lui tendit une main qu'il serra.
- Oh, attends ! Dit-il tout à coup.
Il sortit de la poche de son jean un morceau de papier et un Bic.
- Donnes-moi ton numéro. Je me débrouillerai pour te faire savoir ce qu'il en est.
- D'accord.
Il utilisa le dos du roux comme écritoire pour noter ses coordonnées (que je ne dévoilerai pas par soucis de sa vie privée, vous comprenez...), puis il rentra chez lui au pas de course. Il avait la gorge serrée, mais il se sentait beaucoup, beaucoup plus léger...
oOoOoOoOo
- Ça coûte combien de retenir la patinoire comme ça ? Demanda Roxas avec une certaine appréhension, en contemplant l'immensité blanche et vide de la glace.
- Oh, rien, répondit Axel qui cherchait une prise d'électricité pour brancher sa chaîne hi-fi. Le dimanche, on a le droit de l'utiliser gratuitement pour s'entraîner. A condition de vraiment s'entraîner, évidemment. Ah, voilà !
Il fit passer son bras sous un gradin et brancha l'alimentation. Ce jour là, il était habillé de façon plus adaptée - un survêtement conçu pour le patin à glace.
- On a deux heures devant nous, dit-il. Pour commencer, je vais te montrer le programme tel que je l'ai composé, seul. Tu me diras si ça te convient. S'il y a des rectifications à faire, il faudrait qu'on le fasse aujourd'hui.
- D'accord.
Roxas s'assit sur les gradins, à côté du blaster, et regarda son nouveau partenaire aller se placer au centre de la piste et se mettre en position. Il lança la musique et Axel partit en même temps qu'elle, les mains étendues à hauteur de sa poitrine, comme s'il tenait celles de quelqu'un. Un instant plus tard, il lâchait son compagnon imaginaire et se lançait dans une paire d'axels.
Ça n'arrêtait pas. Roxas n'en revenait pas, il n'avait jamais vu ça ailleurs qu'à la télévision, dans les compétitions de très haut vol. Il voyait Axel patiner pour la première fois, et c'était... bluffant. Il enchaînait les sauts de valse, les flips et les loops, bouclait, voltait, pivotait il allait de pas chassé en double ou triple axel, simulant les figures en duo. Roxas se mit à attendre avec impatience le moment où il poserait ses mains dans les siennes et où ils le feraient ensemble. Combien elle lui avait manqué, la sensation, la communion totale avec l'autre pendant la « danse ». Il connaissait le programme, il l'avait lu et relu, et il brûlait d'envie de le rejoindre sur la glace, de le surprendre. Mais il s'abstint. Le programme arrivait à son terme et le final avec lui. Axel fila sur quelques mètres, les bras en croix, puis s'arrêta avec la musique. Il se tourna vers lui.
- Alors, qu'est ce que tu en penses ? Demanda-t-il.
- Parfait ! Répliqua Roxas.
Je peux le faire ! Se dit-il. J'en suis capable, c'est sûr.
- Génial. On va commencer tout de suite alors ?
Roxas hocha la tête et sourit en se levant. C'était la première fois, pour Axel, qu'il le voyait sourire. Il le rejoignit sur la glace, et soudain, ils se retrouvèrent face à face, exactement dans la même position de départ : les bras levés à hauteur de la poitrine, comme pour tenir celles de l'autre. Il y eut un silence embarrassé, puis Axel lâcha un petit rire gêné.
- Ah bah oui, fallait bien en arriver là, dit-il.
- Mais... Je n'ai encore jamais exécuté un programme de... de ce côté-là !
Il était un garçon, il avait toujours eu la place du meneur avant. Voilà que c'était à lui - car c'était à lui, sans le moindre doute - de se laisser guider, lancer. Enlacer. Il déglutit et ses joues se colorèrent. Apparemment, Axel avait suivi le cheminement de sa pensée sur son visage.
- Désolé, mais c'est à toi que revient le rôle de... De la fille, en fait. C'est pour ça que je n'ai pas inclus trop de corps à corps.
- Il y en a quand même, hein, répliqua Roxas.
Axel haussa les épaules.
- Si jamais tu veux laisser tomber, tu peux encore le faire.
Roxas secoua vigoureusement la tête.
- Non, surtout pas ! Je veux le faire ! De toute façon, c'est plus logique comme ça. Déjà, c'est surtout toi qui seras noté, et surtout, tu es beaucoup plus grand que moi.
Le jeune homme le regarda en souriant.
- C'est vrai que t'es petit. Un mètre soixante-cinq, c'est ça ?
- Oh c'est bon, monsieur Je-Mesure-Un-Mètre-Quatre-Vingt-Cinq-Et-Je-M'y-Crois. A côté de ça, t'as l'air d'avoir été taillé dans une allumette, j'aurais presque peur que tu te casses en morceaux ! Tu vas arriver à me soulever, t'es sûr ? Répliqua Roxas d'une voix acide, vexé. Non, il n'avait pas fini sa croissance. Oui, il y avait de grandes chances qu'il pousse encore de dix bons centimètres dans l'année. Mais l'autre sourit et, rapide comme l'éclair, le saisit par la taille et le souleva à bout de bras, sans montrer de difficulté.
- Tu vois. T'es plus léger que certaines filles que j'ai déjà porté, je suis sûr.
Roxas ne se vexa pas cette fois. Il ne l'entendit même pas. Il était raide comme une planche. Ne pas paniquer, ne pas paniquer, je peux le faire, je vais le faire. Il s'efforça de rester calme jusqu'à ce qu'il le repose sur ses patins. Il se détendit et se retourna.
- Bon, allons-y alors. On commence bien comme ça ?
- Oui, c'est ça. Je viens derrière toi, dit Axel en joignant le geste à la parole. Tu laisses tes poignets dans mes mains. Plus lâches. Voilà, comme ça.
- C'est super différent, s'effara Roxas, surpris par ce contact d'un genre nouveau. Donc ce n'est pas moi qui entame, hein.
- Non, tu attends mon impulsion. On part vers la gauche, cinq pas, on se sépare et on fait deux axels d'affilée. Et arrête de sourire comme ça ou je te casse le nez.
Roxas ricana sans méchanceté. Lui et Axel s'entendaient déjà vraiment bien, même si ce dernier était bien plus âgé que lui. Vingt-trois ans. Le blond reprit correctement la position - comment se tenait-elle déjà ? Axel bougea, il le suivit, s'efforçant de se laisser guider. Un pas, deux, trois, quatre et cinq. Ecart, impulsion, axel, réception, impulsion, re-axel, réception... Ratée.
Roxas dérapa sur la glace et tomba par terre, se cognant douloureusement la hanche.
- Ça fait une éternité que je n'ai pas patiné en couple, s'excusa-t-il, le regard piteux. J'ai besoin de me réadapter un peu.
Axel sourit et lui tendit la main pour l'aider à se relever.
- Si tu patinais un peu seul, pour te réhabituer ? Tu n'enchaînes pas quand il y a du monde.
- Trop dangereux, c'est sûr. Je veux bien.
- OK, je te regarde. Comme ça j'en verrai un peu plus sur tes talents !
Il s'éloigna et alla prendre la place qu'avait occupée Roxas un peu plus tôt, et lui mit de la musique. Un morceau calme. Roxas fit quelques pas chassés, pivota, fila sur la glace comme une flèche. Tout cet espace, comme c'était grisant, après tout ce temps ! Des gradins, Axel cria :
- SAUTE !
Il ne se fit pas prier. Trois pas, une impulsion, et boucle piqué, doublée dans la foulée. Il s'arrêta dans une gerbe de poussière de glace et salua cérémonieusement.
- Continue, continue ! Le pressa Axel.
Il repartit, s'enhardit. Son compagnon le regarda faire un instant. Des premiers pas un peu hésitants, il retrouva rapidement une assurance qui facilitait tout. Après l'avoir vu exécuter un triple lutz et se recevoir avec une élégance de danseuse étoile, Axel se leva et le rejoignit sur la piste. Il ne s'aperçut pas de sa présence tout de suite. Le jeune homme commença à tourner autour de lui, en exécutant de petits sauts, jusqu'à ce qu'il le remarque enfin. Ils se sourirent.
- Allez, dit le roux. Double boucle piqué, synchro.
Roxas hocha la tête.
- Un, deux, trois.
Ils sautèrent en même temps, se reçurent avec une demi-seconde de décalage. Pas mal du tout pour un premier essai.
- Bon, plus compliqué. Triple Lutz.
- Un, deux, trois !
Saut, une demi-seconde de décalage à l'impulsion, réception synchrone. La musique se tut et Axel décrivit un large cercle, son corps négligemment penché sur la droite, pour venir se placer derrière Roxas. Il lui prit les poignets, les leva. Lâches, les mains. Impec'. Il l'entraîna avec lui. Roxas se laissa guider, recula un peu pour être presque contre son partenaire, comme elle le faisait avec lui. C'était agréable de se sentir soutenu comme ça. Ils firent ça un instant, puis Axel lâcha ses mains, les posa sur sa taille.
- Attention, flip ! Dit-il.
De quoi ?! Les mains le serrèrent plus fort, le soulevèrent, le lancèrent. Il ramena ses bras en croix sur la poitrine pour tourner, les écarta et tenta de se rattraper. Il y parvint de justesse. Ça n'avait de flip que le nom, et il avait le cœur battant.
- T'es pas bien ?! Tu m'as fait peur ! On m'avait jamais lancé, avant !
- Je sais, justement. J'ai déjà entendu dire que c'est plus facile quand on ne s'y attend pas, au début. Tu t'en es super bien sorti, je m'attendais à ce que tu tombes !
Roxas avait du mal à comprendre ce qui le rendait si content, mais bon. Après tout, c'était pas si mal.
- On réessaye ?
- Mouais. On ne devrait pas travailler le programme ?
Axel acquiesça.
- On réessaye la première séquence ?
- D'accord.
Ils se remirent en position. Bien, les mains. On y va.
Dans le silence de la patinoire, il n'y eut plus que le bruit des lames sur la glace, puis les deux sauts, réception parfaite.
- Triple axel ! lança Roxas avec un sourire en coin.
Axel sourit à son tour, ils s'élancèrent, bondirent. La porte s'ouvrit et un couple entra. Axel braqua, s'arrêta, Roxas l'imita. Des nuages de neige volèrent, raclés sur la glace par les lames.
- Mince, j'avais pas vu l'heure ! Excusez-nous ! Ajouta le jeune homme d'une voix forte à l'intention des nouveaux arrivants.
- Pas de problème, répondit la jeune femme. Faites à votre aise.
Ils quittèrent la glace rapidement, cédant la place. Ils se hâtèrent d'ôter leurs patins, de débrancher la radio et de filer à l'extérieur.
- On remet ça demain ? Demanda Roxas.
- Demain, je peux pas. Mercredi ?
- Je dois aller chercher mes résultats au lycée, mercredi, j'ai rendez-vous à quatorze heures. Mais après ça, si ça te va ? Ou le matin ?
- Non, c'est mieux après. Sinon tu seras nerveux.
Bien vu.
- Tu voudrais bien me donner ton adresse ? Demanda Axel.
- Pourquoi faire ? S'étonna le blond.
- Je suis en voiture, je viendrai te chercher.
Le visage de Roxas s'éclaira. Echapper au froid, à la pluie et au vent ? Oh, oui !
- Tu as de quoi noter ?
AKUROKU
A suivre dans le thème numéro 53, « Keeping a Secret »
