Disclaimers : Bien évidemment, je ne possède rien.

AN : Je sais, je sais. D'habitude, je poste le samedi. Mais voilà, en jeune fille que je suis, je ne serais pas "at my place" demain soir. Un grand dilemme s'est alors offert à moi. Poster ce soir, un jour en avance, ou dimanche, au milieu de mes révisions de maths. Avec un peu de chance, je n'aurais même pas eu le courage de le faire du tout, d'ailleurs. Alors, la réponse est là, dans ce chapitre posté un vendredi. Diantre, je change mes habitudes. C'est assez rare pour être noté. Mais on s'en fiche un peu, non ?

Ce chapitre contient peu d'action, mais Edward est totalement perdu. Soyons honnêtes, j'adore cet Edward complètement déboussolé, alors j'ai aimé écrire ce chapitre. Et ça m'a fait presque mal au coeur de me dire que dans deux "updates", lui et Bella seront réunis. Bref.

Bonne Lecture.


Le jour avait passé, la nuit était tombée, et nous roulions toujours. Nous avancions doucement, nous accordant quelques pauses, infimes, et un certain nombre de détours. Comme si elle était vraiment avec nous, comme si nous essayions de semer James, de le perdre derrière nous. Et il nous suivait, toujours.

Nous n'avions pas prononcé un mot depuis plusieurs heures. Emmett lui-même semblait s'accommoder de ce silence.

Nous continuions à avancer, machinalement. Nous étions perdus chacun dans nos pensées. Moi dans les miennes, et les leurs à la fois.

Les yeux de Carlisle n'avaient plus quitté la route une seule fois. Lorsqu'il s'accordait un regard dans le rétroviseur, il vérifiait seulement que James n'apparaissait pas derrière nous, soudainement. Emmett et moi aurions pu le lui confirmer, mais aucun de nous n'était prêt à ouvrir la bouche. Notre silence, métaphore de notre escapade. Tant qu'il ne se passait rien, aucun mot ne franchirait nos lèvres.

Le même paysage défilait autour de nous, toujours aussi terne, toujours aussi sombre. Il faisait nuit, mais rien ne semblait troubler cette nuit. Pas un bruit. Nous n'entendions pas les pas de James, alors qu'il courait toujours derrière nous, certainement. Nous n'entendions pas le bruit du vent dans les arbres, pas le froid qui cependant semblait mordre le monde autour de nous. Nous étions coupés de la réalité, sans en avoir eu l'intention. Tout entiers tournés vers notre but.

Mais le mobile de Carlisle vibra, doucement, d'un seul coup. Il était silencieux, pourtant, mais il semblait bousculer notre quiétude, étrangement. Le premier son à nous atteindre. Je restai un instant, les sourcils froncés, à fixer le petit téléphone dans ma main. Les yeux d'Emmett semblaient aussi rivés à l'écran, où venait d'apparaître le nom de l'appelant. Esmé.

Je me figeai. Nous n'avions demandé à aucun membre de notre famille de nous contacter, de nous appeler. Je retenais mon souffle, et Emmett faisait de même. Je me tournai vers Carlisle. Ses lèvres étaient serrées. Il avait vu le nom s'inscrire sur le téléphone. Ses sourcils étaient froncés. Il essayait de se concentrer sur la route, encore.

Je laissai passer une sonnerie, puis une autre. Les vibrations remontaient le long de mon bras. Indifférent au monde en cet instant, je me contentai de laisser mes doigts glisser sur le coté du téléphone.

Et puis, rapidement, je collai le mobile à mon oreille. N'entendant tout d'abord qu'une respiration, brève et brusque. Sèche.

-Carlisle.

Cela avait sonné plus comme une requête que comme une question. Je me figeai, les yeux clos. Je m'étais attendu à la voix chaude et douce à la fois de ma mère. Pas aux intonations plus fières, plus pures de Rosalie. Je fronçai les sourcils. La peur ne dominait pas dans son ton. Pas de panique, pas vraiment. De la déception, de la déconfiture. Mais pas de panique. Pas de rires non plus. Je soupirai. Mes doigts s'agrippèrent plus violemment encore au téléphone. Mes lèvres se séparaient sans un bruit. Emmett posa doucement une main sur mon épaule, comme pour me calmer. Je lui en fus reconnaissant. Je parvenais maintenant à articuler.

-Edward.

Un temps d'arrêt de l'autre coté du fil. Une inspiration brève.

Je savais que Rose, comme moi, se repassait mentalement notre dernière conversation. Elle attendit un instant pour répondre.

-Nous sommes à Forks.

Forks. La voix de Rose était claire. Forks. Mes sourcils se levèrent, et je me mordis la lèvre. Non.

Emmett haussa à son tour les sourcils. J'articulai silencieusement le nom de la ville dans sa direction, et il se rapprocha du mobile pour entendre la conversation. Je hochai la tête, oubliant un instant que Rose ne pouvait pas me voir.

-Elle est avec vous ?

Ma voix tremblait légèrement, et cela se sentait même dans un murmure.

-Elle reste là, autour de la ville. Elle ne se montre pas, elle ne rentre pas. Elle reste juste à proximité. Comme si elle attendait quelque chose, un signal. Pour attaquer.

James.

Mon souffle se fit plus brusque, nettement moins humain. La paume d'Emmett autour de mon épaule se serra un instant, et je m'adossai au siège, tentant de reprendre un semblant de contenance.

-Pourquoi êtes vous rentrées ? Depuis combien de temps ?!

Je n'avais pas eu l'intention d'être aussi dur, d'être aussi sec. J'ouvris les yeux. Carlisle était toujours concentré sur la route, mais ses pensées étaient toutes dirigées vers ma voix, et les mots que je pourrais prononcer.

-Quelques heures seulement, Edward. C'est elle, elle a rebroussé chemin au bout d'une journée. Elle avait commencé à nous suivre vers l'Ouest, comme… Comme on l'avait prévu. Elle restait assez près de nous. Nous pouvions l'entendre, nous pouvions la sentir. Elle n'est pas très discrète, elle est encore jeune.

Je serrai mon poing sur mon genou. Tout cela, je le savais !

-Et puis, d'un coup, nous ne pouvions plus la voir, plus la trouver. Nous avons tourné pendant quelque temps, mais elle n'était nulle part. Elle était repartie vers Forks. L'odeur de… Son odeur a diminué, Edward, elle n'est plus aussi forte sur Esmé. Victoria a sans doute compris qu'elle n'était pas avec nous. Nous l'avons suivie, nous sommes rentrées. Esmé est partie vérifier, voir si elle était bien autour de la ville. Elle ne s'approchera pas, pas pour l'instant. Nous sommes… Nous veillons sur le Chef Swan, maintenant.

Au moins un réconfort, en cet instant.

-Bien.

-Edward. Est-ce qu'il est… Est-ce qu'il vous suit toujours ?

Oui. Oui, bien sur.
Et pourtant, ces mots, je ne devrais pas les prononcer. Au moment où Rosalie prononça ces mots, je me concentrai, plus que jamais, pour percevoir les pensées de James. Je me tendis, irréellement attiré vers son esprit.

Et j'avais du me laisser distraire par la conversation avec Rosalie. Alors que je lui parlais, j'avais laissé le reste en second plan, me concentrant sur les mots et non plus les pensées.

Non. Non, ce n'était pas possible. Il nous suivait… Toujours.

Il nous suivait, je sentais son esprit. Je pouvais l'atteindre. A peine.

Je le savais auprès de nous ! Je le sentais, je le touchais presque. Et je ne l'entendais pas. Un murmure impénétrable, insurmontable. Un vaste écho, inébranlable. Non.

Il était loin. Trop loin. A la limite de mon pouvoir. Comme s'il savait exactement… Il avait ralenti, il avait pris ses distances d'avec nous en quelques instants.

-Ralentis, soufflai-je à Carlisle.

Ma voix n'avait été qu'un murmure, à peine perceptible. Affolé. Et pourtant, il hocha la tête. Je nous sentis décélérer, lentement.

J'entendais le traqueur. J'entendais son esprit, à quelques kilomètres de nous. Et pourtant… Et pourtant, je ne discernai rien. Aucune de ses pensées. Seulement une masse, une masse unique, un bloc que je ne parvenais pas à ébranler. Qu'il avance de quelques mètres… Qu'il se rapproche… A peine.

-Je vous rappelle.
Je fermai le mobile d'un geste brusque, avant de le jeter sur la banquette arrière, à coté d'Emmett. Je respirai. Une fois, deux fois. Attendis un instant de plus. Rien de plus, cependant.

Emmett haussa les sourcils, et le tapotement de Carlisle sur le volant s'accentua. Je me tournai vers eux, indécis. Ils me réclamaient une explication, un compte rendu de la situation. Je ne la comprenais pas encore moi-même. Je leur résumai la situation d'Esmé et Rose en quelques secondes. Espérant que, ces quelques instants écoulés, James serait de nouveau à portée d'oreille, d'esprit. Mais rien, toujours rien.

Je continuai à scruter la nuit devant moi. Elle s'éclaircissait légèrement, petit à petit. Je secouai la tête. James semblait mieux connaître la région que nous, maintenant. Jusqu'à présent, nous avions toujours eu l'avantage d'être en terrain connu. Et cela… La première mauvaise nouvelle.

J'attendis encore un instant. Je sentais peser sur moi les regards de Carlisle et Emmett. Petit à petit, ils se firent interrogateurs.

-Il est trop loin, murmurai-je alors, comme un aveu.

Une seconde, et le pied de Carlisle trouva la pédale de frein.

Une seconde, et nous étions parfaitement arrêtés, sans le moindre crissement de pneus. Comme si nous n'avions jamais démarré. A cela près que nous étions à plusieurs centaines de kilomètres de la maison. Nous nous étions arrêtés avant qu'aucun de nous ait eu le temps de penser aux implications de ma confession.

-Où sommes nous ? demandai-je alors, d'une voix basse.

-Nous venons à peine de passer Vancouver.

Le ton de Carlisle était plus calme que le mien. Aussi bas, aussi dépité. Peut-être qu'il ne comprenait pas encore la profondeur de ce que je ressentais.

-Tu ne l'entends plus ?

Je hochais la tête, de gauche à droite.

-Un murmure indistinct. Je ne suis pas capable de le déchiffrer.

Je fermai les yeux. Le même, encore. Toujours. Il ne s'était pas rapproché.

Ce n'était pas pire, ce n'était pas mieux. Comme s'il s'était arrêté aussitôt après nous.

-Il est toujours là. Il se tient seulement à une certaine distance… A la limite de là où je pourrais capter ses pensées. Comme s'il savait exactement comment se jouer de mon don. Comme s'il le connaissait. Je ne m'en suis rendu compte que pendant la discussion avec Rosalie. Il a profité de ce moment pour s'éloigner. J'ai été distrait…

-Tu sais où il est ?

-Je pourrais trouver son esprit. La direction, du moins.

Carlisle hocha la tête. Emmett était resté silencieux jusqu'à présent. Lorsqu'il prit la parole, il nous prit de court.

-Nous ne sommes même pas surs qu'il croie encore que Bella est avec nous, n'est-ce pas ?

J'écartai les bras, légèrement, en signe de défaite. Le jour se levait, encore.

-Exactement. Rose a dit que… la femme avait arrêté de les suivre au moment même où l'odeur… son odeur s'était fait moins forte. Elle a disparu, ici aussi, n'est-ce pas ?

Carlisle fronça les sourcils, avant de hocher la tête. Je serrai le poing, avant de l'enfoncer dans le siège, sous moi.

Nous avions voulu l'emmener le plus loin possible. Le traqueur, je veux dire. Le plus loin possible vers le Nord. C'était fait.

Nous avions alors pensé à lui tendre une… embuscade, bien que le terme ne soit pas approprié. Revenir sur nos pas, nous heurter à lui, de front. Trois contre un, nous étions certains d'avoir le dessus. Etait-ce toujours envisageable ?

Je me tournai vers Carlisle et Emmett. Leurs yeux étaient bruns, noirs comme ils l'étaient rarement. Faire demi-tour reviendrait à reculer vers Vancouver. Retourner vers la civilisation, les hommes. S'il était possible que mon père résiste à un tel appel du sang, il n'en allait pas ainsi pour Emmett. Je ne pouvais pas décider de mettre notre existence en danger pour un plan qui ne porterait pas forcément ses fruits. Réfléchis, Edward. Que ferait Jasper dans cette situation ?

Nous étions toujours trois, trois contre un. Emmett, avec sa force physique hors du commun, pourrait sans doute résister à n'importe quelle attaque de front. Mais rien ne garantissait que James rechercherait un conflit aussi direct. Si nous pouvions nous approcher suffisamment près de lui pour que je puisse capter ses intentions… Et le plan m'apparut alors, clair. Il allait falloir nous séparer, pour que chacun de nous puisse utiliser ses atouts au mieux.

Carlisle, le plus calme d'entre nous. Il prendrait la voiture, et continuerait vers le Nord, encore, sans s'inquiéter de ce que nous devenions. Il était le seul à pouvoir le faire.

J'étais sans conteste le plus rapide. Le seul également à posséder un don, au sens où nous l'entendions. C'était à moi d'aller à la rencontre de James, mais simplement pour l'espionner. S'il continuait à suivre Carlisle, et que je rebroussais chemin, à pied… Nous n'aurions pas d'autre choix que de nous croiser, à un moment donné.

Et Emmett, le plus fort d'entre nous, me suivrait, mais plus doucement. Restant liaison entre Carlisle et moi. Patrouillant entre nous, prompt à venir en aide à l'un de nous, au cas où la situation dégénèrerait. Il me suivrait, pour que je ne sois pas seul au cas où je rencontrerais soudainement James. Nous l'affronterions à deux… Laissant Carlisle en dehors de tout cela.

Je relevai le visage, conscient des regards de Carlisle et Emmett posés sur moi. Je réfléchis un dernier instant, tentant de me convaincre que mon idée était la seule qui puisse mener à quelque chose.

Et je leur exposai ce à quoi j'avais pensé. Emmett hocha la tête, un petit sourire aux lèvres.

Savoir qu'il pourrait mener le combat suffisait à son bonheur.

L'expression de Carlisle était plus dure à déchiffrer. Ses sourcils étaient froncés, et il semblait perdu dans ses pensées. J'effleurai son épaule du bout des doigts.

Il se tendit instantanément, comme revenant à la réalité. Je souris, à peine.

-J'oblique sur Denali, objecta-t-il.

Je fronçai les sourcils. Obliquer vers Denali ?

Largement à l'Ouest d'ici. Rien à voir avec notre projet de remonter vers le Nord, indéfiniment. Nous nous éloignerions moins, moins vite.

Il haussa les épaules.

-Au cas où… Les choses tourneraient mal. Nous pouvons compter sur le soutien de Tanya et des siens.

Je relevai un sourcil. Un seul.

-Laurent est parti par là. Nous risquons de le croiser.
-Et ?

-Entre nous et James… Il risque de devoir prendre parti.

-Tu penses qu'il… Le rejoindrait ?

-Je ne sais pas. Je ne sais pas, et ça me frustre.

Carlisle s'autorisa un sourire. Je le fixai sans comprendre.

-Si tout se passe bien, il ne me suivra pas vers le Nord, non ?

Je soupirai.

Non. Pas si tout se passait bien. Seulement si le plan de secours fonctionnait. Je haussai les épaules, ma manière d'acquiescer sans trop m'avancer.

Emmett sourit.

-C'est parti ?

Sa voix sonna comme une question, et pourtant son corps entier était tendu. Il était déjà prêt à courir.

Carlisle, Emmett, et moi.

Mon père me fixa un instant, avant de hocher la tête, légèrement.

Je touchai ma poitrine, vérifiant que mon mobile se trouvait bien dans la poche.

A ma gauche, Emmett fit de même. Carlisle posa les yeux sur le sien, sur la banquette arrière.

J'ouvris ma portière et la claquai. Emmett me suivit, alors que Carlisle mettait le contact.
Je serrai la main de mon frère, brièvement, avant de m'élancer en direction du Sud.

Les pensées de James étaient toujours aussi floues.