Chapitre 44 : Adieu

Harlock ouvrit lentement l'œil, l'anesthésie lui avait donné un horrible mal de crâne et la lumière trop forte de l'infirmerie lui faisait mal à sa vue. Il souleva son bras blessé et vit qu'un bandage avait été posé. Son flanc, lui aussi, avait été soigné. Il se releva un peu et sentit un violent vertige. Le docteur s'approcha et le poussa doucement pour le forcer à se rallonger.

- Vous avez perdu beaucoup de sang capitaine, vous devez restez couché, Ordonna le médecin.

- Mon fils ? Interrogea Harlock d'une voix faible.

- Il est dans le lit à côté de vous.

- Qu'est-ce qu'il a ? S'inquiéta le capitaine en se relevant malgré l'ordre du médecin.

- Je ne sais pas. Depuis que nous l'avons amené à bord il est inconscient. J'ai fait une analyse de sang qui n'a rien montré.

Harlock tourna la tête et vit son fils qui semblait dormir. Il était relié à une perfusion.

- Lorsque vous irez un peu mieux je tenterai de le réveiller en utilisant une solution d'adrénaline.

- Pourquoi ne pas le faire maintenant ?

- Cela ne risque de le maintenir éveillé que quelques heures, je pense que vous préféreriez être en meilleur état pour pouvoir lui parler.

- Faites la dialyse comme vous l'avez fait pour moi, proposa le capitaine

- L'analyse de sang montre que le médicament antirejet est encore actif. Il faut attendre. Reposez-vous capitaine.

Le médecin sortit une seringue de calmant qu'il planta dans la valve de la perfusion de sérum physiologique. Le capitaine repartit dans le pays des rêves pour quelques heures.

Il se réveilla et regarda vers son fils. Il souffrait beaucoup moins et il n'avait plus cette envie de vomir liée à l'anesthésie. Il portait une chemise d'infirmerie qu'il ferma du mieux qu'il put et s'assit doucement sur le lit.

- Mark ? Appela-t-il.

Le souverain de Gaia ne répondit pas. Le médecin apporta au capitaine sa longue robe de chambre bleu nuit. Harlock la passa puis la ferma en se levant doucement de son lit.

- Allez-y doucement capitaine, Conseilla le docteur. Ne présumez pas trop de vos forces. Vous n'avez plus vingt ans.

Le capitaine s'assit sur la chaise placée près du lit de son fils et lui saisit la main.

- Mark ? Réveille-toi mon grand, supplia-t-il.

Il n'y eut aucune réaction du souverain et le médecin prépara la seringue. Il regarda le capitaine qui lui fit un signe positif de la tête. Il injecta le produit et le rythme cardiaque de Mark augmenta ainsi que son activité cérébrale. Lentement, il sortait de son sommeil profond. Il entendait la voix de son père qui l'appelait mais il se sentait si fatigué. La voix de son père se fit plus forte et il ouvrit les yeux. Harlock poussa un soupir de soulagement et caressa les cheveux de son fils.

- Capitaine Harlock ? S'enquit-il péniblement.

Harlock surpris par cette appellation, hésita quelques secondes. Il était normal que Mark soit incapable de l'appeler papa ou même père vu qu'il ne l'avait pas élevé mais il se dit qu'avec le temps cela viendrait. Désormais ils allaient pouvoir rattraper le temps perdu. Harlock sourit et serra la main de son fils plus fermement.

- Je suis là Mark, le rassura-t-il avec tendresse.

Le souverain tourna la tête et vit le visage tuméfié mais souriant de son père. Son cœur se serra. Il se rappela la bataille qui avait fait rage dans la timonerie et les larmes de Mark se mirent à couler. Il posa sa main sur la joue tuméfiée de son père :

- Je suis désolé, S'excusa-t-il entre deux sanglots.

- Il ne faut pas, ce n'est pas de ta faute. Tu étais sous l'emprise des nanos, le consola son père, ça va aller maintenant.

Le médecin s'approcha

- Comment vous vous sentez ? S'enquit-il auprès de son patient.

- Je suis très fatigué.

- Ce n'est pas normal, en conclut le médecin. Est-ce que vous avez des douleurs ? Des vertiges ?

- Non, j'ai juste envie de dormir, Affirma-t-il d'une voix faible.

- Mark ? Reste avec moi ! Insista son père en voyant que son fils fermait les yeux.

Ses appels furent sans succès, Mark se rendormit et son activité cérébrale diminua à nouveau. Le médecin sortit une seringue et fit une nouvelle prise de sang.

- Qu'est-ce qu'il a doc ? Vous m'aviez dit que cela le maintiendrait éveillé quelques heures ! S'inquiéta Harlock.

- Calmez-vous ! Ordonna le médecin. Il n'est pas conseillé dans votre état d'avoir une tension artérielle qui grimpe en flèche !

Le médecin plaça l'échantillon dans la machine et lança la procédure. Quelques minutes plus tard, l'appareil afficha les résultats à l'écran et en voyant le visage anéanti du médecin le capitaine se leva et s'approcha de lui inquiet.

- Qu'est-ce qu'il a ? L'interrogea Harlock quelque peu sur les nerfs.

- Je crois que vous devriez vous asseoir capitaine, lui conseilla le médecin en montrant la chaise.

- De quoi est atteint mon fils ? Insista Harlock en criant.

Comprenant qu'Harlock refuserait d'obéir tant qu'il n'avait pas la réponse à sa question, le médecin céda :

- Il est victime d'un empoisonnement et je ne sais pas par quoi il est causé, révéla le praticien.

Harlock secoué par cette nouvelle alla s'asseoir. Il était très pâle et c'était la première fois que le docteur Zéro le voyait dans cet état.

- Vous pouvez le soigner ? S'enquit Harlock d'une voix blanche.

- Tant que je ne sais pas de quel poison il s'agit, je ne peux rien faire.

- Vous n'avez pas identifié le poison ? Paniqua le capitaine.

- Il est inconnu de l'ordinateur.

Harlock regarda son fils et réfléchit. Il n'y avait pas beaucoup de possibilités concernant cet empoisonnement.

- Est-ce qu'il est possible qu'il ait fait une mauvaise réaction aux anti nanos de Ryo ?

- Non, vous avez reçu les mêmes.

- Je ne suis pas à moitié Mazone, souligna Harlock.

- Le principe des anti nanos est de combattre les nanos de Sylvidra, cela ne peut pas affecter l'organisme de l'hôte.

- Sauf si Ryo en a changé le principe. Il pourrait très bien avoir programmé un système de défense chargé de répandre du poison dans l'organisme de la victime en cas d'échec pour éliminer le problème, supposa Harlock qui commençait à sentir la colère envahir son âme.

- Les anti nanos ont marché capitaine, sinon votre fils vous aurait abattu. De plus cette accusation peut aussi s'appliquer à Sylvidra et de vous à moi je la pense plus capable de faire ça que Ryo ! Soutint le médecin.

- Je n'en suis pas si sûr, après tout, il voulait le faire abattre. Il s'est peut être servi d'Ellie pour parvenir à ses fins. Est-ce que vous pouvez faire une dialyse et récupérer les nanos ?

- Je pense que oui. La procédure risque de prendre cinq heures. Vous devriez en profiter pour vous reposez un peu, suggéra le médecin.

- Hors de question ! Je retourne à ma cabine passer mes vêtements de pirate. Il est temps que je reprenne la barre ! Décida Harlock en sortant.

Il était beaucoup trop inquiet pour pouvoir dormir. De plus il fallait qu'il sache où en était la situation avec Gaia. Il marcha péniblement jusqu'à sa cabine en prenant appuis sur les parois de l'Arcadia.

Toshiro tentait désespérément de pénétrer dans l'ordinateur central de Gaia en espérant y trouver des informations susceptibles d'aider à soigner Mark. Il eut la mauvaise surprise, une fois les pare-feux franchis de trouver un ordinateur complètement vide. De plus le système qui avait effacé les fichiers ne permettait pas de les récupérer. Ils étaient définitivement perdus.

Harlock, habillé de pied en cape alla à l'ordinateur qui lui annonça la mauvaise nouvelle. Il fallait donc aller sur Terre, fouiller les laboratoires. Il retourna à la timonerie et vit que l'Arcadia était stationné au niveau de la face caché de la lune. Il contacta le Liberté et Kei répondit immédiatement.

- Heureuse de vous voir sur pieds capitaine ! Se réjouit-elle.

- Où en sont les troupes de Gaia ?

- On les a eues capitaine. C'est terminé ! Annonça-t-elle joyeusement.

- Et l'armée du Consortium ?

- Les militaires se sont barrés. Ils ont pris tous les vaisseaux de guerre dès le début du conflit et ils sont partis avec les politiciens qui avaient eu le temps de les rejoindre.

- Pourquoi ont-ils fui ? S'étonna Harlock.

- La population s'est révoltée. Elle a massacré les religieux de Gaia et les politiciens du Consortium. En plus tous nos vaisseaux sont bloqués ici à la demande de Ryo.

- Pourquoi ?

- Les révoltés voulaient se rendre sur Terre pour la nettoyer de la totalité des Mazones présents.

- Sabu, scanne la capitale de Gaia et repère les activités des Mazones ! Ordonna-t-il.

- Que comptez-vous faire capitaine ? S'enquit Kei.

- Je dois me rendre sur Terre pour trouver des renseignements sur les nanos utilisées sur mon fils.

- C'est vrai, votre fiston ! Avec tout ce qui s'est passé je n'ai pas pensé à vous féliciter pour avoir réussi à le récupérer ! S'exclama Kei joyeusement.

Lorsqu'elle vit le visage d'Harlock s'assombrir elle s'inquiéta :

- Quelque chose ne va pas ?

- Il a été empoisonné et le médecin ne sait pas par quoi, Indiqua Harlock. Je dois aller sur Terre pour trouver un moyen de le sauver.

- Je viens avec vous ! Décida Kei sur un ton qui ne permettait pas au capitaine de refuser. Hors de question de vous laissez y aller seul dans l'état où vous êtes !

Un vaisseau quitta le Liberté puis un second quitta l'Arcadia. Le capitaine emportait avec lui un analyseur portable ainsi qu'une tablette numérique pour y stocker les données. Une douleur au flanc lui rappela qu'il était blessé et il serra les dents en pilotant en attendant que la douleur diminue. Sabu envoya les données sur la tablette numérique du capitaine. Les Mazones apeurés avaient désertés la ville et il n'y avait pas de militaires non plus. Harlock se posa dans la cour du palais de Sylvidra puis, escorté par Kei, il alla à l'infirmerie. Tout comme l'ordinateur principal, celui de l'infirmerie avait été nettoyé. Le capitaine consulta sa tablette et vit qu'il y avait un autre laboratoire en ville et il décida d'aller tenter sa chance là-bas. Il vit en s'y posant une moto ainsi qu'un véhicule militaire et demanda à Sabu de scanner le bâtiment. Quelques minutes plus tard celui-ci le rappela pour lui confirmer l'absence de tout être vivant. Harlock et Kei se posèrent et commencèrent l'exploration.

Ils arrivèrent dans la salle où se trouvait le tube de Mélina Church. Harlock brancha Alors sa tablette sur l'ordinateur pour récupérer toutes les données. Par chance cet ordinateur semblait avoir été oublié par les Mazones et le capitaine y trouva les renseignements qu'il envoya à Toshiro pour qu'il les lui décode.

- Qu'est-ce qui s'est passé ici capitaine ? S'étonna Kei en regardant les cadavres des soldats Mazones.

- Aucune idée.

Il s'approcha et vit une importante mare de sang sans corps et des traces de pas ensanglantés ainsi que les traces des roues du brancard qui avait emmené Ellie. Il se mit à genoux et effectua un prélèvement dans le sang coagulé qu'il mit dans l'analyseur. Toshiro se manifesta grâce à la radio qui se trouvait fixée sur la cape du capitaine.

- Ca y est, j'ai décodé Hans...

Toshiro n'utilisait jamais le prénom de son ami et le fait qu'il le fasse ne pouvait annoncer qu'une mauvaise nouvelle. Il donna l'analyseur à Kei et s'éloigna.

- Qu'est-ce que ça donne ?

- Je ne sais même pas par quoi commencer car les nouvelles sont tout sauf bonnes.

- Je t'écoute.

Harlock s'efforçait de garder son calme même si son instinct lui disait que ce qu'il allait apprendre allait lui faire mal.

- Sylvidra a piégé les nanos qu'elle a fait implanter à Mark. Si on venait à couper le faisceau d'onde qui les contrôlait le poison se répandait immédiatement dans le corps de l'hôte. Pareil s'il ne recevait pas le traitement antirejet et sur le même principe la moindre tentative de lutte ou d'extraction de ces saloperies aboutissait au même résultat.

- Tu sais de quel poison il s'agit ? S'enquit Harlock qui commençait à trembler sous l'effet de la douleur qui lui poignardait le cœur.

- Oui mais je n'ai pas le contrepoison. La seule à l'avoir c'est Sylvidra. Il s'agit d'une plante qui poussait sur l'ancienne planète des Mazones et je doute qu'il y en ait sur Terre. Il n'est même pas sûr que cette plante existe encore. Hans, je suis désolé mais Mark est condamné.

Harlock s'effondra contre le mur et glissa jusqu'au sol. Ses larmes se mirent à couler. Sylvidra avait été jusqu'à empoisonner son fils pour que celui-ci ne puisse rejoindre son père. La douleur qu'il ressentait lui était insupportable. Il commençait à suffoquer et il respira profondément pour essayer de réguler son rythme cardiaque qui commençait à s'emballer. Lui qui espérait avoir toutes les années qu'il lui restait à vivre pour rattraper le temps perdu avec son fils, il venait d'apprendre que cela n'arriverait jamais.

- Combien de temps ? S'enquit-il péniblement.

- Vingt-quatre heures, maximum.

- Est-ce que cela va être douloureux pour lui ?

- Hans...

- Réponds-moi Toshiro !

- Oui.

- J'aurais mieux fait d'accepter qu'il se fasse abattre ! Il aurait moins souffert ! Ragea Harlock en se relevant.

- Ne dis pas ça. Tu as fait ce que ton cœur te dictait de faire, affirma Toshiro tristement.

- Et à cause de cela il va souffrir le martyr ! En plus j'ai trompé Ellie avec ce monstre en espérant le sauver ! Quel idiot je fais ! Je ne sais même pas si elle aura la force de me pardonner ! Se reprocha Harlock en colère.

- Ne dis pas ça ! Je suis sûr qu'elle comprendra et qu'elle te pardonnera. Tu es un père et tu as tout fait pour sauver ton fils. Tu n'as rien à te reprocher !

Harlock appuyé sur le mur tentait de retrouver son calme. Il devait rejoindre son fils et rester près de lui jusqu'au bout, c'était là qu'était sa place. Il retournerait voir Ellie après la mort de Mark. Kei l'observait de loin. Elle comprit en le voyant s'effondrer qu'il n'y avait pas de solution pour Mark. Elle détourna le regard par respect et regretta qu'Ellie ne soit pas présente pour le soutenir dans cette épreuve. L'analyseur se manifesta et afficha les résultats.

- Oh mon Dieu, Non ! S'exclama Kei en voyant le nom d'Eliza Zone s'afficher à l'écran.

Elle regarda la mare de sang et mit la main devant sa bouche pour ne pas crier. Elle se demanda en voyant cela si la jeune maman avait pu s'en sortir. Elle regarda le sol et vit les traces des roues du brancard.

- Quelqu'un devait être là et l'a secourue, supposa-t-elle pour se rassurer. Mais si c'était des soldats de Sylvidra, paniqua-t-elle.

Elle tremblait en regardant à nouveau l'écran. Elle se dit que l'appareil se trompait peut être.

- Pourtant l'ADN ne ment pas. La totalité de l'ADN des membres de l'Arcadia est fiché dans l'ordinateur, l'analyseur n'a pas pu se tromper ! Ragea-t-elle au bord des larmes.

Ses mains tremblaient de plus en plus et elle n'allait pas tarder à lâcher l'appareil. Soudain elle reçut un appel de l'Arcadia. Elle appuya d'une main tremblante sur le bouton de réponse.

- Kei, calme-toi ! Ordonna Toshiro sèchement. Je viens de voir l'analyse, Harlock ne doit rien savoir tu entends ? Retrouve ton calme tout de suite !

- Mark va mourir et Ellie est peut-être déjà morte comment voulez-vous que je garde mon calme ! S'indigna Kei au bord des larmes.

- Pense à Frank et à Marie ! Harlock est peut-être tout ce qui leur reste. Alors si tu veux qu'ils puissent garder leur papa il ne doit rien savoir pour le moment ! S'il l'apprend dans l'état où il est je crains le pire ! Insista-t-il fermement.

- Je ne veux pas lui mentir, protesta Kei dont les larmes commençaient à couler.

- Kei si tu tiens à lui tu dois te montrer forte, est ce clair ?

Elle prit de longues inspirations et ferma les yeux pour retrouver son calme. Un souvenir vint lui envahir l'esprit. Elle se rappela des soirées de poker avec Ellie et Mazu pendant que les bébés dormaient dans la pièce juste à côté et qu'Ellie gardait son baby phone à la ceinture pour être sûre que ses bébés n'avaient besoin de rien. Kei après cela s'effondra en larmes et sortit précipitamment pour qu'Harlock ne la voie pas dans cet état. Elle était au bord de la crise de nerfs. Tout ceci lui paraissait tellement injuste. Ils avaient vaincus Gaia ainsi que le Consortium et Ellie ainsi que Mark ne seraient pas là pour fêter cette victoire. Harlock qui avait déjà tellement souffert dans sa vie allait souffrir encore plus. Elle réfléchit et contacta le Victoire.

- Officier radar, vous me recevez ?

- Oui.

- Veuillez contacter la Résistance et demander à Ryo qu'il pirate tous les satellites militaires et qu'il recherche le vaisseau de Sylvidra de toute urgence ! Ordonna-t-elle fermement.

- Pourquoi veux-tu retrouver Sylvidra ? S'étonna Toshiro.

- Pour lui arracher le remède qui sauvera Mark ! Ragea Kei en retournant dans la salle.

Elle retrouva un Harlock calme, très pâle au regard horriblement triste au point qu'elle en eut mal au ventre. Harlock se contenta de se diriger vers la sortie. Pour sa lieutenante il était clair qu'il désirait retourner auprès de son fils. Kei le suivit et ils décollèrent sans échanger un mot.

Ils retournèrent tous les deux à bord de l'Arcadia et Harlock alla directement à l'infirmerie. Il posa la main sur le front de son fils.

- Je suis près de toi Mark, murmura-t-il à l'oreille de l'ancien souverain de Gaia.

La dialyse était terminée et le docteur Zéro examina ce qui avait été récupéré. Il n'y avait que les antis nanos de Ryo. Les nanos de Sylvidra lors de leur destruction s'étaient dissoutes dans le sang du souverain de Gaia et c'était cela qui formait le poison qui était en train de le tuer lentement. Harlock s'assit devant le regard désolé du docteur.

- Il est un peu chaud non ? S'inquiéta Harlock.

- Je vais vérifier sa température, indiqua le docteur Zéro.

Il prit le thermomètre électronique et le mit dans l'oreille de Mark. L'appareil afficha trente-sept degrés et huit dixièmes. Le docteur le posa puis il commença à déshabiller le souverain de Gaia, aidé par son père. Kei pendant ce temps contacta une nouvelle fois la base de retrait en espérant que le vaisseau de Sylvidra avait été localisé.

- Je ne sais pas où il est Kei. A mon avis cette garce s'est bien planquée surtout maintenant qu'elle sait que son plan a échoué, indiqua Ryo. Pourquoi veux-tu la voir ?

- Je n'y tiens pas mais Mark est en train de mourir et elle est la seule à pouvoir le sauver. Cette salope a créé des nanos qui empoisonnent leur hôte en cas de destruction !

- Oh, ce n'est pas vrai ! S'exclama-t-il écœuré. Où est Harlock ?

- Avec son fils. Tu as besoin de lui parler ?

Il eut un silence puis Ryo répondit

- Non, cela peut attendre.

- Il faut que je te parle de quelque chose. Je n'en n'ai pas parlé à Harlock, révéla-t-elle en s'éloignant des membres d'équipage présents dans la timonerie pour ne pas être entendue.

Une fois qu'elle fut suffisamment éloignée elle regarda autours d'elle puis elle annonça à Ryo :

- Je crois qu'Ellie a été grièvement blessée et je ne sais pas où elle est, lâcha-t-elle en murmurant.

Il y eut un autre silence.

- Je sais, indiqua-t-il d'une voix triste. Je l'ai fait transporter sur notre base de retrait.

- Et ? S'inquiéta Kei.

- Elle est toujours en salle d'opération. Les médecins n'ont pas beaucoup d'espoir. Je pense qu'il faudrait que l'Arcadia vienne assez vite pour qu'Harlock puisse lui dire adieu.

Kei horrifiée lâcha le combiné et la communication fut coupée. Elle fut prise d'un haut le cœur et se précipita hors de la timonerie. Elle courut jusqu'aux premières commodités où elle vomit le contenu de son estomac. Elle s'essuya la bouche du revers de sa manche puis elle s'effondra en larmes entre la cloison et le siège. Elle n'arrivait plus à s'arrêter de pleurer.

La fièvre de Mark ne cessait d'augmenter et le médecin plaça des sacs de glace sur son corps. Le froid lui fit reprendre connaissance et il sourit en regardant son père.

- Où est ce que tu as grandi ? S'enquit Mark doucement.

- J'ai grandi à Heiligenstadt, en Allemagne centrale.

- C'est comment, enfin, rectifia-t-il, c'était comment ?

- C'était une zone d'anciennes montagnes, très boisée. C'était très vert et très calme. Un endroit épargné par la folie des hommes.

- J'aurai bien aimé voir comment c'était.

- Et toi, où as-tu grandi ?

- La nouvelle Terre dans la nébuleuse du Sablier.

- Au moment des Noos c'était une jeune colonie humaine, se rappela Harlock comment ... ?

- Ma mère a installé son vaisseau là-bas, dissimulé sous une cité créée par des Mazones qui faisaient croire qu'il s'agissait d'une communauté religieuse. C'est là-bas qu'elle a commencé à se refaire une armée en capturant des humains pour féconder la totalité des femmes Mazones qui restaient, que je devais diriger. Je suis tellement désolé.

- Et moi. Quand je pense à toutes ces années perdues que je ne retrouverai pas, révéla-t-il alors qu'une larme coulait sur sa joue.

Mark se leva du mieux qu'il put et prit son père dans ses bras.

- Cela n'a plus d'importance. Je suis heureux de pouvoir enfin te connaître et d'être près de toi, même si je sais que je n'en ai plus pour longtemps. Je suis content d'être débarrassé de ces nanos et de pouvoir te serrer dans mes bras. Je n'ai pas peur de ce qu'il m'attend. Rien ne vaut cet instant et si je dois donner ma vie en échange je m'en moque.

Harlock le serra dans ses bras de toutes ses forces. Il souffrait d'entendre son fils parler ainsi. Pour lui cette situation était d'une cruauté sans nom. Il allait perdre son fils alors qu'il venait juste de le retrouver. Mark se sentait bien et c'était la première fois de sa vie. L'étreinte chaleureuse de son père le rassurait et lui procurait un calme ainsi qu'une sécurité absolue. Il avait l'impression qu'en étant dans ces bras il ne risquait plus rien. Il posa la tête sur l'épaule de son père puis il murmura :

- Papa, avant de perdre conscience à nouveau.

- Mark ? Appela Harlock paniqué.

Voyant que son fils ne répondait pas il le coucha sur le lit et le médecin approcha. Le docteur l'ausculta et souleva les deux paupières de Mark. Il regarda Harlock tristement et lui annonça :

- Le poison est en train de s'en prendre au cerveau. Je suis désolé mais il ne reprendra plus conscience.

Harlock horrifié se releva brusquement et se colla dos contre le mur sans quitter son fils du regard. C'était trop rapide. Il avait tellement de choses à lui dire. Pourquoi n'avait-il pas droit à un peu plus de temps ? Une idée un peu folle lui vint. Elle était pour lui la seule chance de pouvoir arriver à communiquer avec son fils.

- Vous allez brancher les transmetteurs cérébraux sur moi et sur Mark, décida-t-il.

- Dans votre état ce ne serait pas raisonnable ! Vous allez ressentir tout ce qu'il ressent ! Douleurs incluses !

- Ce n'est pas comme si j'allais hurler pendant des heures je serai dans le même état d'inconscience que lui et je pourrai...

- Etre avec lui ! Comprit le médecin en colère. C'est non capitaine vous êtes trop affaibli ! Vous avez toutes les chances de faire une crise cardiaque !

- Je veux être avec mon fils et vous ne m'empêcherez pas ! C'est un ordre docteur ! Cria le capitaine en serrant les poings de colère.

Le médecin savait qu'il n'arriverait pas à le raisonner. Comment faire comprendre à un père désespéré qu'il ne doit pas risquer sa vie pour quelques minutes de plus avec son enfant ? Il se dirigea vers l'armoire et sortit l'appareil. Il le posa sur la table et approcha du lit qu'occupait Harlock un défibrillateur en cas d'urgence. Pour lui, faire cela équivalait à tuer son patient. Harlock avait toutes les chances de mourir avec son fils.

Le capitaine déshabilla le haut de son corps et s'allongea. Le médecin plaça les électrodes chargées de surveiller son rythme cardiaque puis il plaça sur le front celles qui devaient lui permettre de communiquer avec Mark. Il regarda le capitaine puis il brancha à regret les dernières sur le front de Mark. Il alluma la machine et le corps d'Harlock convulsa de douleurs. Le médecin voyant cela voulut couper la machine mais Harlock lui saisit le bras. La douleur était atroce et le capitaine à son tour sombra dans l'inconscience.

Tout était noir. Harlock se concentra appelant son fils de toutes ses forces. II pouvait sentir sa présence. Mark était tout près de lui. Une lumière envahit lentement les lieux et il se retrouva dans une pièce entièrement blanche du sol au plafond. Une silhouette trouble se matérialisa et s'affina. Harlock sourit en voyant son fils. Il s'approcha de lui et le prit dans ses bras.

- Qu'est-ce que tu fais là ? S'étonna Mark

- Je suis venu pour t'emmener à Heiligenstadt, Révéla Harlock. Je vais te montrer l'endroit où tu aurais dû grandir. Là où tous les Harlock ont grandi de père en fils.

Harlock unit son esprit à celui de Mark. Il chercha dans ses souvenirs ceux qu'il avait de plus précis de la région et une fois que l'image fut claire et précise il se sentit flotter. Il garda son fils serré contre lui et la pièce disparut pour faire place à de vieilles montagnes boisées et à de l'herbe fraîche et douce. Il reconnut le parfum des fleurs de la région et la douceur du vent. Tout était si précis dans sa mémoire. Il relâcha son étreinte et les deux hommes se retrouvèrent à fouler le sol de la région.

Mark s'accroupit puis posa la main sur le sol et caressa l'herbe. Elle était si douce, d'une couleur vert tendre. Il la regardait admiratif. Il leva les yeux et vit le lac dont l'eau si pure colorait de bleue une bonne partie de la zone basse. Il vit alors le château médiéval dont les hautes tours blanches dominaient cette douce vallée.

- C'est magnifique !

Il se releva et son père le prit par le bras.

- Viens, je vais te faire visiter, proposa Harlock en souriant.

Ils cheminèrent tout deux sur les chemins de terre où Hans courait étant enfant. Il l'amena près de la cabane que son père et lui avaient construit lorsqu'il était un tout jeune enfant, avant qu'il ne disparaisse à jamais. Mark rit en voyant le crâne peint sur l'un des murs en bois.

- Ton obsession de la piraterie ne date pas d'hier, plaisanta-t-il.

- Disons que le passé des Von Harlock est un peu trouble.

- Tous un peu pirate sur les bords, comprit Mark en souriant.

Il regardait admiratif ce coin de paradis. L'endroit où son père avait grandi. Il respira profondément pour s'imprégner des odeurs et se tut pour entendre chaque son. Il entendit les oiseaux se disputer, les abeilles bourdonner, les cris stridents d'un oiseau de proie. Il se sentait calme, apaisé, serein, comme si il était arrivé à la fin d'un long voyage et qu'il avait enfin trouvé l'endroit où finir ses jours. Il regarda la forêt qui dominait tout et vit un groupe de biches courir à travers les bois. Ils reprirent leur route en direction du château et passèrent derrière une vieille grange.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? L'interrogea-t-il étonné.

- Oh ça ! S'exclama Harlock un peu embarrassé, c'est la grange du père Muller.

Mark avait remarqué la gêne de son père et se dit qu'il y avait peut-être quelque chose que celui-ci tenait à garder pour lui ce qui l'amusa et il décida de pousser ses investigations.

- C'est un endroit où tu jouais souvent ?

- En quelque sorte.

- Seul ?

- Non.

- Ah ! Bluffa Mark. Elle s'appelait comment ?

- Elle s'appelait Greta, révéla Harlock tristement. Elle s'est mariée l'année où j'entrais à l'académie militaire. Elle a été tuée pendant l'invasion des Illumidas.

- Je suis désolé, je n'aurai pas dû, s'excusa Mark.

- Ce n'est pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir. J'ai dû remonter trop loin dans mes souvenirs, c'est tout.

- Elle a été...

- La première, oui...

Il s'approcha de son fils qui s'était avancé vers la grange et passa son bras autours de ses épaules.

- Viens, il y a d'autres choses à voir.

Ils reprirent leur route et Hans amena son fils jusqu'au château. Mark vit alors les portraits de ses différents ancêtres puis son père le mena dans les jardins. Ils allèrent s'asseoir sous le saule pleureur dont les racines trempaient dans la rivière en contrebas et ils discutèrent. Mark raconta à son père son enfance qui ne fut guère heureuse. Il fut élevé par des Mazones nourricières jusqu'à ce qu'il soit en âge d'apprendre à gouverner. Il fut ensuite emmené à sa mère qui se contenta de lui enseigner la manière dont il fallait régner, l'histoire des Mazones. Pas une seule fois elle le considéra comme son fils. Pour elle, il était un élève. Elle n'avait jamais eu le moindre geste tendre à son égard, il avait grandi dans un monde froid et distant. Il pensait que sa vie se résumerait à ça, régner dans la solitude. Il avait très tôt multiplié les conquêtes féminines cherchant désespérément et inconsciemment ce dont il avait été privé pendant l'enfance. Ce fut en Ellie qu'il le trouva. Lorsque son fils lui fit cette révélation, Harlock ne dit rien. Il se dit que s'il n'avait pas fini dans les Limbes, les choses auraient été différentes pour Mark. Peu importait de la manière dont il avait été conçu. Il n'avait pas à payer pour sa mère. Ce qui le faisait enrager c'était qu'il payait la haine que sa mère vouait à l'humanité.

- La situation est bizarre n'est-ce pas ? Deux hommes, un père et son fils, amoureux de la même femme, commenta Mark calmement en le regardant. Elle t'a choisi. J'aurai dû l'accepter au lieu de m'acharner. Pas une seule fois elle n'a cédé à mes avances. Elle t'aime profondément papa. Prends soin d'elle d'accord ?

Le cœur d'Harlock se serra et ses larmes coulèrent. Il ne savait plus depuis combien de temps ils étaient là, assis à discuter. Il ne voulait pas laisser partir son fils. Il le prit dans ses bras et murmura

- Prends mon corps ! Tu as tellement de chose à découvrir maintenant que tu es libre. Il suffit que tu transfères ton esprit dans mon cerveau et je transférerai le mien dans le tien. Je mourrai à ta place. C'est mon devoir de père de te protéger.

- Ne dis pas ça. Tu dois rester pour tes jumeaux et pour Ellie. Elle a besoin de toi.

Harlock resserra son étreinte et il vit un homme marcher le long des berges de la rivière. Il venait vers eux d'un pas régulier. Pour le capitaine l'incompréhension était totale. L'homme se rapprochait et son instinct lui disait qu'il venait pour lui prendre son fils. La silhouette se fit de plus en plus précise. Il portait un pantalon noir, un tee-shirt et une chemise blanche. Ses cheveux bouclés noirs étaient coiffés en catogan et il souriait avec douceur. Kurt Wilson au bout de plusieurs minutes arriva à leur hauteur.

- Mark ? Appela-t-il. Il est temps, il faut y aller.

- Non ! Refusa Harlock fermement gardant son fils serré contre lui. Emmène-moi à sa place.

- Papa... Protesta le souverain.

- Je n'ai pas pu le protéger de sa mère, alors laisse-moi faire cela pour lui ! Supplia-t-il.

- Vous pensez à vos jumeaux ? Vous voulez qu'ils grandissent sans leur père ?

- Ils auront toujours Mark, Suggéra Harlock.

- Ce n'est pas comme cela que ça marche, Hans. Je suis venu chercher mon frère. J'ai répondu à son appel, affirma Kurt d'une voix douce.

- Papa, je dois y aller.

- Encore quelques minutes, implora-t-il.

- Mark, si tu restes, tu l'emmèneras avec toi. Il faut partir, insista Kurt.

- Papa, il faut me laisser m'en aller, affirma Mark en défaisant l'étreinte de son père.

Harlock voulait résister mais c'était comme si ses forces s'envolaient. Il regarda son fils se relever et se préparer à partir.

- Je t'aime, papa. On se reverra, beaucoup plus tard. Je serai toujours là, affirma-t-il en posant sa main sur le cœur du capitaine de l'Arcadia.

Mark rejoignit son frère et ils commencèrent à s'éloigner. Harlock ne pouvait plus bouger. Toute son âme lui disait de partir à la poursuite de son fils mais ses jambes ne lui répondaient plus.

Le cœur de Mark s'était arrêté, six heures après que le médecin ait relié le père et le fils mentalement. Harlock fit un arrêt immédiatement après, et le docteur commença le massage cardiaque. Toshiro appela Kei pour qu'elle se rende de toute urgence à l'infirmerie et en entrant elle vit le docteur au-dessus d'Harlock en train d'essayer de relancer le cœur. Kei plaça un tube dans la gorge du capitaine puis elle brancha le ballon pour le ventiler. Le médecin lança le défibrillateur. La décharge fit battre le cœur du capitaine quelques secondes puis celui-ci cessa à nouveau de fonctionner. Le docteur reprit le massage et attendit que le défibrillateur soit rechargé. Une seconde tentative n'eut pas plus de succès.

- Hans, ne me fait pas ça ! Supplia le docteur en pleurant. Je t'interdits de mourir tu m'entends !

- Je crois qu'on ne va pas y arriver, se désola Kei en pleurant.

- Il va revenir ! C'est le syndrome des cœurs brisés ! Il faut faire le massage jusqu'à ce que cela reparte !

- Mais cela fait vingt minutes maintenant !

- Tant que le cerveau est irrigué on peut y arriver ! Affirma le médecin qui usait de toutes ses forces pour sauver son capitaine et ami.

Kei souleva la paupière du capitaine et passa rapidement une lumière grâce à sa mini lampe. La pupille réagissait. Le cerveau fonctionnait toujours. Le docteur savait que ses chances de sauver le capitaine de l'Arcadia étaient de plus en plus minces. Il commençait à fatiguer et craignait de ne plus avoir assez de forces pour garder un rythme régulier. Le défibrillateur lança une nouvelle décharge et le cœur repartit. Le médecin regarda anxieux le moniteur cardiaque. Les pulsations se stabilisèrent et devinrent régulières.

Le docteur et Kei se regardèrent en souriant. Ils vérifièrent l'activité cérébrale et virent avec soulagement que celle-ci augmentait. Alors que les deux amis se réjouissaient de cette bonne nouvelle, ils n'avaient pas vu la larme qui coula de son œil valide. Ils ne s'aperçurent du phénomène qu'en voyant un filet continu de larmes glisser sur le visage du capitaine. Harlock, bien qu'étant inconscient, pleurait la mort de son fils. Le docteur changea la perfusion du capitaine puis il lui administra un médicament destiné à soutenir le cœur. Il s'approcha alors du corps de Mark et commença à lui enlever sa perfusion.

- Kei ? Appela-t-il au bord des larmes, tu veux bien m'aider à préparer le corps de Mark. On va le placer dans un caisson réfrigéré autonome.

Kei s'approcha et tous deux retirèrent les différents appareils qui l'avaient gardé en vie puis ils lui remirent ses vêtements de militaire de Gaia. Le corps fut ensuite placé dans le caisson puis transféré dans le hangar où la dépouille de Mimée avait été entreposée.

- Vous ne craignez pas qu'il se mette en colère en voyant que le corps de son fils n'est plus à l'infirmerie ? S'inquiéta Kei.

- Je ne veux pas qu'il voie cela en émergeant de son sommeil.

- Il en a pour longtemps ?

- Je n'en sais rien. Son cœur a été pas mal malmené donc je pense qu'il en pour facilement quinze jours avant d'être en état de tenir debout.

Le médecin regarda Kei et vit qu'elle avait l'air préoccupé.

- Qu'est-ce qu'il se passe Kei ?

- Je vais donner l'ordre à l'Arcadia de faire route vers la base de retrait. Je vais avertir Yattaran de la situation.

- Normalement c'est au capitaine de donner cet ordre.

- En temps normal mais on risque de manquer de temps... Enfin d'après ce que m'a dit Ryo c'est Ellie qui n'en a peut-être plus pour longtemps, révéla-t-elle tristement en callant le cercueil de Mark.

- Ils en sont sûrs ? S'inquiéta le docteur bouleversé par cette nouvelle.

- J'ai reçu un message de Ryo pendant que l'on descendait au hangar. Ellie est sortie du bloc mais elle est dans le coma et les médecins ne sont pas optimistes.

- Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Explosa le doc.

- Je ne sais pas. Je sais juste qu'elle a été grièvement blessée avant le début de la bataille. Ryo ne m'a rien dit de plus. Il veut parler à Harlock.

- Il veut l'achever, oui ! Cracha le médecin.

Il n'arrivait pas à croire à ce qui se passait. Comme si cela ne suffisait pas que le capitaine ait perdu son fils, il risquait de perdre aussi la mère de ses jumeaux. Il retourna à l'infirmerie veiller sur son patient tandis que Kei retournait à la timonerie. Yattaran mis au courant de la situation indiqua à Kei qu'elle pouvait partir. Il gèrerait le Victoire et le Liberté. Il échangea avec Kei un long regard emplit de tristesse puis la communication fut coupée.

L'Arcadia ayant été pas mal abîmé pendant le conflit, le voyage de retour se fit à vitesse lente.

Harlock ouvrit l'œil le lendemain et vit en regardant par le hublot que l'Arcadia faisait route vers une nouvelle destination. Il apprit du médecin qu'ils allaient à la base de retrait et que le corps de son fils était dans le hangar. Le docteur Zéro s'inquiéta du calme d'Harlock. Il le voyait, le capitaine était abattu et il n'avalait rien. Constatant cette triste situation il installa plusieurs perfusions destinées à compenser le fait que l'appétit du capitaine s'était envolé. Petit à petit, il reprenait des forces malgré tout si bien qu'en arrivant près de Mars, quinze jours plus tard, il pouvait marcher.

Ryo, après l'opération d'Ellie venait la voir tous les jours. L'état de santé de la jeune femme ne s'améliorait pas. Son coma devenait de plus en plus profond et les médecins attendaient l'autorisation de la débrancher. Pour eux, tout était terminé. Alors que l'Arcadia s'approchait de l'astéroïde où était cachée la base de retrait, Ryo essayait de trouver un moyen de sauver Ellie. De plus la situation devenait compliquée.

A part la planète d'Amos, toutes les autres planètes avaient perdues leur gouvernement et malgré l'installation de la loi martiale avec couvre-feu, le désordre régnait. Ryo avait fini par donner l'ordre aux vaisseaux de ce dispersés pour aller surveiller chaque planète de l'Ancien Consortium. Les médecins qui le voyaient venir tous les jours visiter son amie blessée le trouvait amaigri et de plus en plus pâle. Il ne dormait pratiquement plus et il ne mangeait presque plus. Il refusait l'idée qu'Ellie soit condamnée aussi, travaillait-il sur ce qu'il espérait arriverait à lui sauver la vie.

L'Arcadia pénétra dans la base au moment où Ryo mettait une touche finale à sa tentative de traitement miracle. Il était assis sur une chaise, face au lit d'Ellie et regardait pensivement la seringue qui contenait peut être la clef de sa survie. Un officier des communications lui annonça par radio que l'Arcadia était arrivé et il se prépara mentalement à recevoir le capitaine de l'Arcadia. Les prochains jours risquaient d'être les pires de la vie de Ryo.

Pendant ce temps Kei essayait de trouver le courage d'annoncer à Harlock la triste nouvelle. Elle respirait profondément devant la porte de la cabine d'Harlock et la main tremblante elle se décida à frapper. Il l'autorisa à entrer et elle s'approcha de lui doucement en tremblant. Harlock vit immédiatement l'agitation de la jeune femme et s'en inquiéta :

- Qu'est-ce que tu as Kei ?

- Je ne sais pas comment vous annoncez cela, avoua-t-elle en pleurant.

L'inquiétude gagna le capitaine qui en voyant l'état de sa lieutenante s'attendit à apprendre une catastrophe.

- Je t'écoute, indiqua-t-il d'une voix blanche.

- C'est Ellie, lâcha-t-elle alors que ses larmes commençaient à couler.

Le cœur du capitaine s'emballa et il serra les accoudoirs de toutes ses forces. Son visage blêmit et il attendit que Kei se décide à lui annoncer le pire.

- Je ne sais pas comment c'est arrivé mais elle a été grièvement blessée sur Terre et elle est à l'hôpital.

- Quelles sont ses chances ? S'enquit-il péniblement.

- D'après les médecins, il n'y a plus d'espoir.

Harlock se leva, il avait besoin de sortir. Il avait la sensation d'étouffer. Il s'avança en titubant jusqu'à la porte et s'appuya dessus. Ellie, la femme qu'il aimait de toute son âme était perdue. Il devait s'agir d'une erreur. Au moment de la bataille il lui avait ordonné de se cacher. Comment avait-elle pu être blessée. Comment la mère de ses enfants pouvait-elle être condamnée. Il avait du mal à respirer. C'était trop dur pour lui d'envisager cela. Il revit le visage souriant d'Ellie. Il se rappela de la douce chaleur des bras dont elle l'entourait pour lui redonner courage au moment où il attendait des nouvelles de Mark. Comment son rayon de soleil pouvait-il lui être enlevé si brutalement ?

Il ouvrit la porte. Il devait en avoir le cœur net. Il fallait qu'il voie Ellie. Il sortit et avança tel un robot à travers les coursives de l'Arcadia. Il ne réagissait pas en croisant les membres de son équipage qui le voyait avancer pâle comme un linge. Sabu l'officier radar voulait l'informer de la situation sur les différentes planètes et son regard croisa celui du capitaine. Ce qu'il vit le bouleversa. Le regard du capitaine était mort. Il recula et le regarda passer. Toshiro se servit de ses caméras pour le regarder quitter l'Arcadia.

Harlock s'avança à travers la base et vit beaucoup d'officiers qu'il avait formés le saluer avec respect mais avec le visage grave. Le capitaine comprit que toute la base était au courant de la situation.

Ryo se leva de son siège et s'approcha d'Ellie. Il injecta la solution dans la valve de la perfusion et se pencha près du visage de la jeune femme.

- Bonjour Ellie, c'est Ryo, la salua-t-il d'une voix émue. Je sais ce que les médecins te disent perdue mais je veux quand même garder un peu d'espoir. J'ai créé des nouveaux nanos qui pourront, je l'espère en tout cas, te soigner.

Une larme roula sur sa joue qu'il essuya rapidement.

- Je te demande de t'accrocher. Pense à tous ceux que tu vas laisser derrière toi, tes enfants, Nynna, moi et Hans. Tu ne peux pas choisir de nous abandonner comme cela. Qui plus est j'ai demandé à Nynna de m'épouser el elle a accepté. Il faut que tu sois là pour elle, pour ce grand jour. Tu la connais elle pleurera toute la journée. Il lui faut quelqu'un de fort pour la soutenir et tu sais que je n'aurai pas le droit de la voir dans sa robe avant la cérémonie. Tout le monde dit que cela porte malheur ! Nynna a trouvé le papier que tu as fait pour que nous devenions les tuteurs de tes jumeaux en cas de malheur. Je veillerai sur eux comme si c'étaient les miens, mais c'est toi leur maman et ils ont le droit de t'avoir près d'eux alors s'il te plaît, bats toi de toutes tes forces et reviens nous ! Ragea Ryo en pleurant.

Au moment où il disait ses mots une infirmière entra et vint lui annoncer qu'Harlock était dans le couloir. Ryo s'essuya les yeux rapidement puis il murmura une dernière chose à Ellie

- Si tu meures, il ne s'en sortira pas. Il y restera aussi, c'est une certitude. Alors si tu l'aimes fait tout ce que tu peux pour revenir.

Il sortit et vit le capitaine s'approcher. Il marchait lentement. Il semblait avoir perdu toute énergie. Leur regard se croisa. Celui d'Harlock fit peur à Ryo autant qu'il lui fit ressentir une douleur insupportable. Les deux amis ne se dirent pas un mot. En voyant les yeux rouges de Ryo et son état de santé il craignit que tout ne soit déjà fini.

Il entra et trouva Ellie sous respirateur. Il s'approcha et déposa un baiser sur son front. Il s'assit sur le lit, se pencha puis il se serra contre elle. Le docteur Zéro arriva à son tour à l'hôpital de la base et demanda à voir le dossier médical d'Ellie. Kei l'accompagnait et ils restèrent tous les deux dans le couloir. Aucun d'entre eux ne voulant entrer car ils ne désiraient pas voir leur capitaine dans un état de détresse aussi profond.

- Oh bon sang ! S'exclama le docteur horrifié.

- Qu'est-ce que ça donne ? C'est mauvais à ce point-là ? S'inquiéta Kei qui était très pâle.

- Elle n'a aucune chance, je vais devoir conseiller à Harlock de la débrancher. C'est terminé Kei.

La jeune femme choquée s'assit sur un des fauteuils installés contre le mur crème du couloir. Le docteur regarda Kei puis se décida à entrer. Il trouva Harlock près d'Ellie, la tête posée sur le cœur de la jeune femme. Le médecin était anéanti. Il n'avait aucune envie d'annoncer cela à Harlock mais le fallait. Il s'approcha du lit et se racla la gorge. Le capitaine bougea à peine et il se lança :

- J'ai lu son dossier médical, Hans, et il faut la débrancher. L'acharnement ne servirait à rien.

- Je peux voir le dossier ? S'enquit le capitaine d'une voix douce comme s'il craignait de perturber Ellie dans son sommeil.

- Je ne te le conseille pas, affirma le médecin qui ne voulait pas que son vieil ami ait accès à certaines données.

- Il s'agit de la femme que j'aime, donne-moi le dossier ! Ordonna Harlock glacial.

Le docteur Zéro s'inclina et le capitaine parcourut le dossier. Il s'arrêta en base de la page et les larmes se mirent à couler.

- Elle était enceinte de six semaines, S'effondra-t-il en lisant cette donnée que le docteur voulait garder secrète.

- Ils ont fait une analyse ADN. C'était un petit garçon. Je suis désolé Hans.

- On a le temps avant de faire cela n'est-ce pas ? Souhaita Harlock sans quitter Ellie du regard.

- Ca ne presse pas. Quand tu seras prêt.

- Pas maintenant. Pas aujourd'hui, refusa Harlock en essuyant ses larmes.

- Très bien.

- Dis aux hommes de descendre de l'Arcadia. Ils peuvent aller se dégourdir les jambes on ne va pas repartir de si tôt.

- Je m'en occupe. Tu as pris le médicament pour le cœur. Tu dois faire attention…

- C'est fait, ne t'inquiètes pas.

Le médecin sortit en refermant doucement la porte derrière lui. Le calme du capitaine l'inquiétait. Il le sentait, tout ceci était en train de le détruire et il risquait d'avoir du mal à relativiser. Il se dit que si le capitaine avait ses jumeaux avec lui cela l'aiderait à franchir le cap mais comme ils étaient à bord du vaisseau-cité, il ne fallait pas compter là-dessus. Il alla voir Kei puis tous les deux donnèrent quartier libre à l'équipage qui fut heureux de pouvoir se détendre un peu. Toshiro regarda les membres d'équipage sortir et attendit patiemment le retour d'Harlock.

Il reçut plusieurs heures plus tard, alors que la nuit artificielle venait de tomber sur la base, un message d'Harlock lui demandant d'envoyer un robot médical brancardier. L'ordinateur savait ce que son ami voulait faire et il s'inclina. La zone de l'hôpital où Ellie se trouvait était déserte la nuit et Harlock savait qu'il ne serait pas déranger. Il coupa les alarmes des moniteurs puis il débrancha les électrodes. Le robot infirmier arriva et plaça le brancard à côté du lit. Harlock souleva doucement Ellie et la posa délicatement dessus. Il raccorda le tuyau d'oxygène sur celui du brancard puis posa les différentes perfusions et sacs sur les crochets prévus à cet effet sur le brancard. Il embrassa Ellie sur la joue.

- On va partir pour un long voyage mon amour, murmura-t-il. Quelle que soit ta destinée je resterai près de toi. Je ne t'abandonnerai pas.

Ellie fut transportée à bord de l'Arcadia puis le vaisseau décolla. Toshiro s'occupa des différents instruments de mesure et envoya les codes d'accès de la base.

Les portes s'ouvrirent et l'Arcadia quitta les lieux sous les regards catastrophés des membres d'équipage qui accoururent sur le quai en voyant le vaisseau décoller. Kei et le docteur restèrent en retrait regardant l'élégant partir pour la mer d'étoiles.

- Adieu, capitaine, Murmura le docteur Zéro en pleurant. »

A suivre…..