Reviews

Rumi Aww, merci beaucoup, ca fait tellement plaisir! En espérant que la suite te plaise ;)

Chapitre 44


Connie se mordit la lèvre quand il vit les épaules descendre plus bas encore, bien qu'il eut pensé que ce n'était pas possible. La serviette sur la tête d'Eren ne les cachait pas suffisamment. Il essayait tant bien que mal d'essuyer le garçon, gêné par les mains serrées autour de ses poignets.

-Tu vas finir par me faire mal, tu sais.

Eren répondit par un énième petit reniflement, pinçant légèrement les lèvres. Mais il ne le lâcha pas pour autant, desserrant à peine la pression. Connie soupira doucement en arrêtant ses frictions sur le crâne du garçon, et fit glisser la serviette sur ses épaules.

-Pourquoi tu agis comme ça ? demanda-t-il brusquement.

Malgré la tête baissée, il apercevait les yeux rougis, les traits tirés, les sillons tracés par les larmes. La peau était rouge, à la fois à cause de l'eau glacée et du frottement de la serviette.

-Tu te doutes bien qu'en usant de la violence, tu ne vas pas arriver à grand-chose…, ajouta-t-il.

-Je sais…, gémit Eren.

Le brun lâcha les poignets de Connie, ses mains venant cacher son visage. Connie ne se sentait pas à l'aise. Il tendait fréquemment l'oreille, espérant pour son camarade que personne d'autre que Bertold ne les surprendrait. Même si Eren était seul responsable de ses actes, il pouvait sentir sa détresse.

-…Tu ne pourrais pas comprendre ça…, ajouta le brun.

Bougonnant brusquement, Connie attrapa les mains et les écarta de son visage.

-Ah oui ?

Eren eut un tout petit geste pour le repousser, sans insister cependant. Il ne faisait que montrer sa réticence à se dévoiler. Tout en mourant d'envie de le faire. Se confier, juste un peu. Si Connie n'était pas franchement un érudit sur le sujet, il savait écouter en silence jusqu'à ce qu'il ait fini. Il le savait pertinemment. Mais il s'agissait tout de même d'un sujet particulier, brûlant.

- Si tu ne m'expliques pas, je ne risque pas de comprendre ton problème, ajouta Connie.

Eren secoua la tête vivement.

-Tu ne connais pas ces choses-là, toi… ! souffla-t-il.

Connie grimaça légèrement. Même si c'était vrai, il était tout de même en mesure de saisir ce qui perturbait son camarade.

-Et alors ? grogna-t-il. Tu préfères recommencer ? Tu veux essayer jusqu'à réussir ta connerie ? Merde, Eren ! Qu'est-ce que t'as dans la tête, hein ?

Les mains dans les siennes tremblaient légèrement. Pour un peu, il s'en serait presque voulu de lui faire la morale, à le voir aussi bas. Mais il le fallait, non ? Il ignorait comment ce genre de choses pouvaient tourner, mais il doutait que ce fût très agréable pour l'une des deux parties –rien que l'idée le faisait frissonner d'horreur.

Il vit ses lèvres bouger un peu, d'abord sans son. Puis sa voix, presque implorante, suppliante, dans un petit gémissement misérable.

-Tu ne sais pas…

Connie se retint d'envoyer de nouveau une réplique, plus cinglante.

-…Quand tout…Ce que tu veux c'est…Pouvoir le toucher…Juste un peu…

Eren hoqueta, renifla légèrement encore. Bordel, songea Connie, il allait de nouveau pleurer ? Ou s'était-il seulement arrêté, au moins ?

-A…Alors…Imagine…Quand tu l'as…A-à ta portée…

Connie soupira, et dans un élan altruiste posa son front sur le crâne incliné d'Eren. Il l'entendait mieux, d'ici.

-Moi…Je perds complètement…Les pédales…Quand il est là…

Possible. Connie avait déjà remarqué qu'Eren se conduisait un peu étrangement quand Jean était dans les parages. Lorsqu'il apparaissait, cela provoquait souvent un blanc si Eren parlait, où il avait tendance à s'arrêter un –bref- instant dans ses mouvements.

Mais Jean ne rendait jamais ces regards. Ses sourires étaient toujours tournés vers…

Hum ?

Connie fronça les sourcils, saisissant quelque chose qui lui avait échappé jusque-là. A dire vrai, les histoires des autres le dépassaient, et il préférait ne pas mettre son nez dedans.

Mais il fallait l'admettre.

Jean n'avait d'yeux que pour Marco.
Depuis très longtemps.

Il lâcha une main, pour glisser la sienne dans le dos d'Eren et frotter la peau froide et frissonnante. A ce moment-là, il se rappela qu'ils étaient trempés, presque frigorifiés et à la merci de l'air glacé qui les enveloppait.

-Concentre-toi sur autre chose, alors, marmonna Connie.

-J'essaie…J'essaie, merde… !

Les cheveux mouillés lui chatouillaient le bout du nez. Il souffla lentement pour les réchauffer. Il comprenait mieux pourquoi le garçon, outre à cause de sa haine des titans, se jetait à corps perdu dans son entraînement. Au moindre relâchement, il faiblissait. Dans ces moments-là, il devait facilement perdre pied. Ce qui l'étonnait, c'était que personne, dans son entourage proche, n'agissait. Y avait-il seulement quelqu'un au courant ? Il doutait que Armin ou Mikasa l'auraient laissé faire s'ils avaient su, mais parfois la réalité pouvait frapper. Très fort.

-De quoi t'as besoin ? murmura Connie. Pour arrêter, je veux dire.

-J'sais pas.

La main qu'il avait lâchée se crispait sur la cuisse de Connie, serrant un bout de tissu mouillé. Il soupira. Il n'y avait pas beaucoup de solutions pour régler la situation s'il voulait que Jeanne ne passe pas de nouveau un sale quart d'heure, il fallait agir assez vite.

Avertir les autorités et le placer sous surveillance ? Il grimaça. Il n'allait sûrement pas faire ça. Ce n'était pas une solution.

Demander de l'aide à leurs camarades ? Certainement pas, Eren accuserait le coup plus violemment, et le rejet dont il serait l'objet le pousserait à quelques nouvelles bêtises.

Alors quoi ? Donner de sa propre personne ? Il avait voulu savoir malgré la réticence d'Eren. S'il ne pouvait rien faire, alors à quoi bon ?

Connie inspira lentement. Il n'aimait pas tellement se retrouver dans ce genre de situation, et sans trop le vouloir il resserra son bras autour des épaules de son camarade.

-S'il faut juste te surveiller…, murmura-t-il.

Il hésita. Oh, et puis…Ce n'était pas si terrible. A part pour les entraînements où il fallait travailler en équipe ou duo, il n'était pas si proche des autres. De qui que ce soit, en fait.

-…Ca devrait être plus sécurisant…, continua-t-il. Non ?

Sous son front, il sentit la tête d'Eren bouger un peu, acquiesçant lentement et silencieusement. C'était au moins ça de gagné, et il retint un petit sourire de victoire en constatant que le garçon avait enfin arrêté de renifler.

-Ca t'évitera peut-être de faire des conneries, comme ça.

A nouveau, un petit hochement de tête. Connie trouvait un peu embarrassant de découvrir le côté docile d'Eren de cette manière. Après un long silence, il jugea qu'il faisait vraiment trop froid pour continuer dans ces conditions et se leva, entraînant son camarade avec lui. A peine Eren était-il debout qu'il se trouvait les yeux tout juste à hauteur de ses épaules.

-Enlève tes fringues, marmonna-t-il en se détournant. Et sèche-toi, tu vas attraper la mort, sinon.

La chaleur dans son dos avait disparu, et Eren opina du chef à nouveau. Après ce qui s'était passé, il s'estimait heureux d'avoir tout de même un soutien, même si Connie…Etait Connie. Obéissant sagement, il fit glisser son pantalon et caleçon, grimaçant au contact désagréable du tissu gorgé d'eau. Une serviette lui atterrit sur la tête alors qu'il était penché, et il la réceptionna de justesse avant qu'elle ne tombât au sol. Eren releva les yeux sur le garçon qui lui tournait le dos pour faire de même, à la différence qu'il pouvait remettre son tee-shirt encore sec par-dessus la serviette attachée autour de ses hanches.

-Pourquoi tu fais ça ? marmonna-t-il.

Connie tourna un peu la tête vers lui et hésita pendant quelques secondes. Il afficha finalement une petite moue.

-Bah…Vous êtes des potes…Je veux dire, Jean et toi. J'ai pas envie qu'il lui arrive un truc. Et toi…J'ai pas envie que t'aies des problèmes…Enfin, plus que t'en as déjà, je veux dire.

-T'es vraiment pas obl…

-Putain, mets ta serviette ! Tu n'vas pas en plus te balader à poil comme Reiner !

Eren pinça finement les lèvres. Ah, mince. La tête de Connie était vraiment amusante. Finalement, savoir que le garçon prévoyait de le chaperonner était plutôt rassurant. Il préférait que ce soit lui que quelqu'un d'autre, d'ailleurs.