Quelques jours s'étaient écoulés depuis le soi-disant décès de Sevy Rogue. Les bannières de deuil avaient été retirées de la Grande Salle et le ciel enchanté était de nouveau visible. La routine revenait régir la vie des élèves petit à petit. Harry et Hermione étaient très agacés par l'attitude enfantine de Sirius Black qui ne pensait qu'à s'amuser en cours, au lieu de faire réviser ses élèves. Hermione regrettait les cours structurés et rigides du Professeur Rogue où au moins elle apprenait quelque chose, même Harry se surprenait à regretter le bâtard des cachots. Pas pour la personne qu'il était –odieux, injuste et désagréable– mais pour simplement être un élément constant et imperturbable de sa vie, n'ayant rien à faire qu'Harry soit l'Elu ou le Garçon-Qui-A-Survécu.
« J'aurais jamais pensé t'entendre regretter Rogue, Harry ! S'offusqua Ron, outré.
-Je regrette pas Rogue, pas exactement. Enfin, c'est plus compliqué que ça. Sirius exagère. Il chahute plus que les élèves, on n'apprend rien, demande à Mione ! Il a donné dix points à Neville parce qu'il a trouvé cool la façon dont son chaudron s'est encastré dans le plafond ! Mione dit qu'il y aurait pu avoir des blessés, et elle a raison. Jamais ça serait arrivé avec Rogue.
-Ron, ajouta Hermione. J'adore Sirius, tu le sais, mais donner trente points à Harry parce qu'il a ramassé la plume que Sirius venait de faire exprès de faire tomber devant lui, c'est abuser. Je trouve que c'est plus choquant que le fait que Rogue ne retirait pas de points aux Serpentards quand ils faisaient une bêtise. Et puis, on n'apprend rien. On révise et ceux qui ratent leurs potions ne savent toujours pas pourquoi. Au moins Rogue est capable d'expliquer le pourquoi du comment de la moindre erreur, il dissèque chaque geste, en hurlant, certes, mais au moins on sait pourquoi on a eu ce résultat. Sirius n'est pas un maître des potions, il n'est même pas un professeur possible. Même la Défense Contre les Forces du Mal ne serait pas un poste qu'il pourrait tenir. Il ne pense qu'à faire le clown !
-Moi j'aime bien ses cours ! Persista Ron Weasley, têtu.
-Parce que ce n'en sont pas ! Conclut Hermione en refermant son livre d'un coup sec. »
Hermione remit son bouquin dans son sac et se dirigea vers le château. Ils avaient profité des premiers beaux jours du printemps pour aller réviser au bord du lac. Harry et Ron se levèrent, frottèrent leurs fesses pour retirer toutes traces d'herbe et de sable et la suivirent. Devant la porte menant dans le Hall, Minerva McGonagall les attendait, ou plutôt elle attendait Harry Potter.
« Monsieur Potter, le Directeur souhaite vous voir dans son bureau immédiatement. Le mot de passe est « Dragibus ».
-C'est quoi, « Dragibus » ? Demanda Ron intrigué à Hermione.
-Des petits bonbons moldus aux fruits, répondit la jeune brune en soupirant.
-J'arrive tout de suite, Professeur McGonagall, lui confirma Harry. »
Il prit congé de ses amis, qui remontèrent vers la Tour de Gryffondor et se dirigea vers le premier étage. Arrivé devant la Gargouille ailée, il lui donna le mot de passe et se laissa paresseusement emporter par la vis magique.
« Entre, mon garçon, fit la voix du vieil homme, lorsqu'Harry se présenta devant la porte du bureau directorial. »
Harry réprima un sourire amusé, ce vieux fou de Dumbledore savait toujours tout ce qui se passait ! Il poussa la porte qui n'était pas vraiment fermée et entra dans le bureau.
« Bonsoir, Professeur Dumbledore, dit poliment Harry. Vous vouliez me voir ?
-Oui. J'ai besoin de toi, Harry. Assieds-toi. Un bonbon au citron ?
-Non merci, Monsieur, répondit l'Elu en prenant place dans le fauteuil qu'affectionnait Severus Rogue.
-Sevy m'a confié ses souvenirs de la soirée de marquage de Voldemort. »
Le vieux Directeur montra à Harry, la petite bouteille qu'il tenait entre ses doigts bagués.
« Nous allons utiliser la pensine et aller assister au marquage de Miss Parkinson. L'incantation utilisée par Tom est en fourchelangue, Harry.
-Fourchelangue ? Je vois. Vous voulez savoir, je présume, ce qu'il peut bien incanter.
-Oui. Je ne comprends que quelques mots de fourchelangue, pas suffisamment pour tenir une conversation et surement pas pour traduire une incantation. »
Harry hocha la tête et se pencha vers le bureau pour regarder attentivement les gestes précis d'Albus Dumbledore. Une magnifique pensine de pierre ornée de runes anciennes trônait au centre du bureau. Le vieil homme ouvrit le flacon et à l'aide de sa baguette fit tomber les filaments cotonneux dans le récipient magique. Puis il utilisa la pointe de sa baguette pour remuer la surface du liquide. Il fit un geste de la main vers Harry qui se leva.
« Tu es prêt, mon garçon ? Tu te rappelles comment on fait, je présume ? Il me semble que tu y as plongé, comment dire… accidentellement un jour.
-On peut dire ça comme ça, soupira Harry, les joues rosies par la confusion. »
Albus émit un petit rire et posa sa main sur l'épaule d'Harry, ils se penchèrent et aussitôt que le vieil homme toucha la surface du liquide, tous deux disparurent dans le souvenir.
Harry, très intrigué, assista à la prise de la Marque des Ténèbres par Pansy Parkinson. Il eut le temps de voir le visage effrayé et dégoûté de Théodore Nott, la révulsion sur celui de Sevy, et le ravissement de Pansy. Lorsque Voldemort apposa sa baguette magique sur la peau du bras de la jeune Serpentarde, et lança son incantation, Albus Dumbledore vit le visage d'Harry changer sous la stupéfaction et le jeune Gryffondor se mit à pouffer de rire la main sur la bouche.
« C'est tout ? Riait-il à présent. C'est ça, son incantation ? Mais quel crétin, ce type !
-Harry ? S'étonnait le Directeur de Poudlard. »
Mais le souvenir se terminait déjà, et ils se retrouvèrent de nouveau dans le bureau. Fumseck sur son perchoir, lança une trille de satisfaction en les revoyant. Harry riait toujours.
« Excusez-moi, Professeur, mais je suis surpris. C'est d'une simplicité qui frôle le ridicule. Il dit simplement : « Que la Marque des Ténèbres apparaisse sur ce bras ! » Si c'est aussi simple de la créer, il est capable d'avoir fait la même chose pour la retirer. Du genre « Que la Marque des Ténèbres disparaisse de ce bras ! »
Harry se tordait de rire, les larmes aux yeux. Albus, stupéfait, pâlit et lentement alla s'asseoir dans son grand fauteuil sculpté. Si Harry disait vrai, et le vieil homme n'avait aucune raison de douter de lui, il suffisait d'essayer pour retirer la Marque. Il n'était bien entendu pas certain que ça fonctionne, mais si c'était si simple pour la poser…
Lord Voldemort n'avait bien entendu pas pensé que quelqu'un d'autre puisse parler le fourchelangue, don normalement réservé à la famille Serpentard dont il était le dernier descendant.
Albus passa une main lasse sur ses yeux. « Harry, voudrais-tu essayer de retirer une Marque des Ténèbres ?
-A qui ? Fit Harry méfiant, en se calmant aussitôt.
-Je pensais à Severus, soupira le vieil homme à barbe blanche.
-C'est d'accord, mais il faut lui dire que c'est pas certain que ça marche. Je ne voudrais pas lui faire une fausse joie et qu'il m'en veuille encore plus.
-Je vais lui dire. Tu reviendras ce soir à vingt heures. Severus sera là, il se cache dans ses cachots avec Sevy et Hélèna, tu t'en doutes. Il reprendra ses cours lundi.
-Tant mieux, c'est pas pour dire, mais Sirius n'est pas à la hauteur. Hermione va faire une dépression si elle n'a pas un vrai cours de potions, et Neville va finir par tuer quelqu'un ou faire exploser le château.
-Je sais Harry, je suis au courant, mais c'était lui ou quelqu'un du ministère… Et franchement…
-Pitié ! Pas une autre ou un autre du style Ombrage ! Gémit Harry les yeux écarquillés.
-Tu as compris mon dilemme, Harry, je ne voulais pas prendre de risques.
-Professeur, demanda Harry en se levant du fauteuil dans lequel il s'était assis en sortant de la pensine. Où allez-vous cacher Sevy ? Je me disais que vous auriez pu essayer de l'envoyer en 1978 avec Ellie. Au moins elle aurait pu sortir et avoir une vie normale, et Sevy ça lui aurait fait plaisir de connaitre Sev' là-bas.
-Tu aimais bien le jeune Severus, n'est-ce pas, Harry ? S'amusa le vieux Professeur en lissant sa longue barbe blanche, le regard étincelant.
-Ouais... Mais y a longtemps qu'il n'existe plus. Il n'a même pas les souvenirs de ce qu'on a partagé.
-Je vois ce que tu veux dire. Et oui, tu as raison, je vais envoyer Sevy et sa mère en 1978 pour plusieurs mois. Ils ne reviendront pas à notre époque, d'ici que la bataille finale soit terminée. Il ne faut pas qu'Hélèna se retrouve sur le chemin de Voldemort, tu sais qu'il la convoite. Il pense Sevy mort, c'est mieux qu'ils soient à l'abri dans le passé. Le Professeur Rogue ira passer une nuit sur trois là-bas pour ne pas être affecté par le lien.
-C'est parfait, Professeur. Je suis bien content qu'ils soient en sécurité. Hermione et Ginny en sont malades de voir Ellie enfermée dans les cachots avec juste Dolly. J'ai même pas pu la voir depuis, Rogue ne veut personne d'autre chez lui que les filles. Juste elles deux.
-Je sais, Harry, va maintenant, et reviens ce soir, nous verrons si Severus accepte que sa Marque soit retirée, ou du moins qu'on le tente. »
Harry hocha la tête et sortit du bureau tandis que le Professeur Dumbledore remettait le souvenir de Sevy dans le flacon et rangeait la pensine dans son placard.
Severus Rogue était arrivé par la cheminette dans le bureau du Directeur quelques minutes avant vingt heures. Il était à présent assis dans son fauteuil habituel face à Albus et tripotait vaguement un des mystérieux objets qui trainaient sur le bureau.
« On attend quoi, Albus ? Demanda l'odieux personnage en reniflant d'ennui.
-Harry, il sera là à vingt heures.
-Pfff ! Ne comptez pas trop sur lui, il est tout le temps en retard. Et d'ailleurs que lui voulez-vous ?
-Il a traduit l'incantation et a proposé un contre sort en moins de cinq secondes, vu la simplicité.
-HEIN ? Gronda le maître des potions. C'est si simple que ça ?
-Comme dit Harry, ça frôle même le ridicule.
-Vous voulez qu'on essaie c'est ça ?
-J'avais cette idée, oui. Harry était d'accord pour essayer sur vous.
-Ouais… ricana Severus vénéneux. Il espère sûrement se planter, pour bien me voir déçu et démoralisé. Comme son père, et son parrain ! Aussi monstrueux ! Même sang… peut pas en être autrement... aussi m'as-tu vu et suffisant ! Irrespectueux, cherchant tout le temps l'attention de tout le monde ! Me dégoûte !
-Vous avez tort, Professeur Rogue, fit alors une voix qui fit sursauter le Directeur de Serpentard. »
Harry venait d'entrer dans la pièce sans se faire annoncer. Il avait entendu les insultes de Severus et son regard d'émeraude flamboyait de rage, derrière ses lunettes rondes.
« Je voulais essayer, en souvenir d'un certain Sev' que j'avais connu en 1978 et qui était mon ami. Je l'aimais bien, il était gentil, agréable. Je préférais passer du temps avec lui qu'avec les Maraudeurs qui étaient les pires abrutis qu'on puisse trouver. Surtout deux, James Potter et Sirius Black. J'avais honte de porter le nom de l'un et d'être le filleul de l'autre, et quand je pense à cette époque et à ce qu'ils ont fait à mon ami, je les hais ! J'espère que Sevy va les faire souffrir comme ils le méritent et protéger Sev'. Si j'étais resté coincé en 1978 pour de bon, j'aurais demandé à repasser sous le choixpeau pour être envoyé à Serpentard, là où je devrais être depuis ma première année d'ailleurs. Comme ça Sev' n'aurait pas été tout seul et n'aurait pas fini Mangemort. Il ne le méritait pas. Malheureusement il y a longtemps qu'il n'est plus là. Seulement moi… je n'ai rien oublié. Lui… si. Il ne reste de lui que de la haine et de la méchanceté aveugle. Rien qui ne vaille la peine de s'y arrêter. Qu'il reste un Mangemort ! Il est devenu aussi idiot et borné que James et Sirius. »
Albus et Severus, interloqués, venaient d'assister à la tirade vengeresse d'Harry. Ils virent la tristesse dans les yeux d'émeraude au moment où leur propriétaire tournait les talons et reprenait la porte sans rien rajouter.
« HARRY ! Appela Albus Dumbledore pour tenter de le retenir. »
Mais le jeune Gryffondor ne répondit pas et s'éloigna. Albus regarda Severus d'un air désapprobateur. « Je crois que l'affaire est classée pour l'instant, Harry refusera d'essayer.
-Pfff ! Fit Severus méprisant. »
En vérité, il avait été choqué de ce que le jeune homme avait dit et pensait de lui, de son moi-passé. Severus, qui avait refusé de voir les souvenirs de son jeune double, était un peu perturbé par ce manque d'informations et se demandait ce qu'il y avait bien pu avoir entre Potter et le Sev' de 18 ans. Albus, qui se doutait de ce que pensait le maître des potions le regarda, l'œil brillant.
« Il serait judicieux que vous ayez une conversation avec votre moi-passé dès que possible, Severus. Quand il aura récupéré ses souvenirs du séjour d'Harry, de Miss Granger et d'Hélèna, je vous recommande de les visionner par légilimancie. Sevy vous a pourtant dit que vous aviez eu tort de ne pas le faire, votre fils possède des informations que nous n'avons pas, Harry a dû lui faire des confidences. Il est impératif que nous comprenions les motivations d'Harry pour qu'il accepte de retirer la Marque, même si pour cela il faut que vous lui fassiez vos plus plates excuses, Severus !
-Il peut courir ! Se braqua le monstre des cachots.
-MMmmm, il est possible que vous changiez d'avis, si vous pouviez vous souvenir de ce qui s'est passé en 1978 entre vous. Il est clair qu'Harry aime beaucoup votre moi-passé et qu'il le regrette. Le plus terrible c'est qu'il le présente comme « disparu », presque comme un mort.
-J'ai vieilli, Albus, c'est tout !
-Non Severus, et vous le savez. Vous n'avez pas que vieilli, vous avez changé profondément, tellement que pour Harry, qui vous a connu en 1978, vous êtes mort. Enfin, vous comprenez ce que je veux dire. Pour lui vous êtes deux personnes différentes dont l'une n'existe plus. En outre, Harry me disait cet après-midi qu'il avait peur d'échouer et de vous faire de la peine… Il n'a pas le caractère suffisant de James Potter, Severus, quand l'admettrez-vous enfin ?
-Albus, c'est quoi cette histoire de Serpentard ? Bifurqua soudain Severus qui était déstabilisé par le précédent sujet de discussion.
-Le choixpeau voulait envoyer Harry dans votre Maison lors de sa répartition. Il a insisté d'ailleurs, m'a-t-il dit, mais le jeune Potter s'est braqué violemment. Il venait de rencontrer le jeune Malefoy qui s'était montré fort méprisant et déplaisant comme à son habitude, et le choixpeau venait d'envoyer Monsieur Malefoy à Serpentard. Là-dessus, Monsieur Weasley a raconté à Harry que tous les Mages Noirs et les Mangemorts venaient de Serpentard, cela a suffit à dégoûter Harry qui a supplié le choixpeau de l'envoyer ailleurs. Et le choixpeau a accepté le second choix possible, qui était Gryffondor dans le cas d'Harry.
-Vous voulez dire que Potter est en fait un Serpentard ? Comme… Ellie ? Elle aussi a refusé d'aller à Serpentard. Elle m'a dit que… que je lui avais fait peur, ici dans ce bureau lorsqu'elle m'a vu la première fois, et que Minerva lui avait paru plus rassurante, alors elle a demandé Gryffondor, quand le choixpeau a suggéré Serpentard.
-Vous avez un abord très froid, Severus, et vous le savez. J'ai bien vu la crainte d'Hélèna dans ses yeux le jour où je vous l'ai présentée, ici même. Vous lui avez fait peur, terrifiée même. En plus je venais de vous présenter vous et Minerva comme deux Directeurs de Maison. Minerva lui a souri et lui a dit deux petites choses aimables, vous, vous l'avez toisée avec mépris et le regard tueur, alors Hélèna a influencé le choixpeau par sa peur de vous. Rappelez-vous de ma surprise lors de l'arrivée de Sevy et Teddy. Quand Sevy a dit qui était sa mère, j'ai cru qu'il se moquait de moi, surtout que physiquement il n'a strictement rien d'elle, c'est votre portrait craché. Je me suis demandé qu'est-ce qui avait bien pu se passer de son temps qu'il n'y avait pas eu ici pour qu'Hélèna change ainsi d'avis à votre sujet ! J'ai même pensé à une potion de luxure, un filtre d'amour ou un viol, comme elle d'ailleurs. J'espère que le jour où Voldemort sera vaincu, vous changerez enfin d'attitude, Severus. Si ce n'est pas trop tard… pensez à votre femme, à votre fils et aux autres enfants que j'en suis sûr, vous ne manquerez pas de faire, si vous survivez.
-Albus ! Vous avez pensé que j'avais pu la droguer ou la violer ? MOI !? S'horrifia Severus.
-Tout est possible, Severus et vous le savez. Pour m'atteindre, Tom aurait très bien pu vous droguer ou vous ensorceler pour que vous agressiez Hélèna. C'est son style, comme c'était celui de Lucius, vous le savez. Je vous connais, vous ne feriez jamais une chose pareille de votre propre chef, mais sous influence, tout est possible. Je vous avoue que j'ai été très agréablement surpris lorsqu'Hélèna m'a dit que vous étiez gentil avec elle depuis l'arrivée de Sevy. Ce qui prouve une chose.
-Quoi donc ? Soupira Severus, démoralisé.
-Harry a tort. Sev' de 1978 comme il l'appelle, n'est pas mort. Il est juste endormi quelque part. Il hiberne depuis vingt ans et il faudra bien qu'il montre son nez un de ces jours… »
Sevy habillé en clone de son père, au grand dam d'Ellie, terminait de réduire ses possessions afin de les faire tenir dans sa malle pourtant magiquement agrandie.
« Ça t'apprendra à avoir autant de vêtements, s'amusa Ellie.
-C'est toi qui me dis ça ? Tu as vu la taille de ta malle ?
-Hééééé ! Tu abuses ! J'ai toutes tes affaires de bébé, en plus !
-Où est Papa ? S'inquiéta Sevy en balayant le salon d'un regard circulaire.
-Chez Oncle Albus, répondit la voix d'Ellie depuis sa chambre à coucher. Ragnok a dû envoyer l'or depuis plusieurs jours et il est passé par la cheminette pour aller le chercher. Ah, oui, et Madame Pomfresh devait faire une lettre aussi, pour son double de là-bas. Une sorte de copie de mon dossier médicomagique, je suppose.
-Tu as vu Mione, hier ?
-Oui, tu faisais la sieste, elle est passée pour prendre le thé et m'apporter la correction que Remus a fait de mon devoir sur les créatures nocturnes dangereuses.
-Elle t'a parlé d'Harry ?
-Oooh ! Oui, d'ailleurs j'ai un message pour toi, j'avais complètement oublié, excuse-moi mon bébé, je suis distraite en ce moment. Il dit de te dire qu'il s'entraine toujours et qu'il progresse, tu sais ce que ça veut dire ?
-Oh oui, parfaitement, répondit Sevy un large sourire aux lèvres, en faisant signe à son père qui venait d'apparaitre par la cheminette, de ne pas faire de bruit et d'écouter. Il est toujours fâché après Papa ?
-Il semblerait. Il a dit à Ron et Hermione qu'il en avait assez de son attitude, qu'il était dégoûté qu'il refuse qu'on lui rappelle ce qu'on a vécu en 1978 et que rien que pour ça, il ne lui retirerait pas sa Marque des Ténèbres, même s'il suppliait à genoux.
-T'en penses quoi, Maman ? Demanda Sevy.
-Ton père a tort. Malheureusement. Harry adorait Sev' et le pire c'est que Sev' aussi ! Ils s'entendaient bien, faisaient leurs devoirs ensemble. Je me souviens d'entendre Sev' dire qu'Harry était un cas désespéré en potions malgré son aide. On a passé des moments super là-bas tous ensemble. Harry préférait même être avec nous qu'avec les Maraudeurs. J'ai souvent eu l'impression qu'il avait honte d'eux et souffrait beaucoup de leur attitude, même s'il ne m'en a pas trop dit à ce sujet. Mione doit par contre en savoir beaucoup plus. Je suis prête à parier que Sev' va demander des nouvelles d'Harry et Mione dès qu'il va récupérer ses souvenirs de moi.
-Tu penses qu'Harry regrette Papa ? Je veux dire, celui de dix-huit ans !
-Absolument certaine ! Et si on était restés coincés là-bas sans espoir de retour, ils auraient été meilleurs amis et pour longtemps. Mais ça… c'est même pas la peine d'essayer de le faire comprendre à Severus, il ne voudra jamais l'admettre. Rien que d'y penser… ça serait une offense mortelle ! Il ne voit Harry que comme un doublon de James !
-Et toi ? Tu as connu les deux, tu en penses quoi ?
-Harry ? C'est Lili dans un corps de garçon ressemblant à James, sans les yeux. Il a les yeux de Lili. Le souci c'est qu'Harry est têtu, comme sa mère. Elle n'a jamais pardonné à ton père un mot malheureux et ne lui a plus parlé de toute sa vie, je suis prête à parier qu'Harry refusera maintenant de retirer la Marque de ton père. Ce n'est même plus la peine qu'Oncle Albus essaie de lui demander, il le braquera c'est tout.
-Harry n'est pas du tout comme James, alors ? Pourtant Sirius…
-Sirius ? Il cherche son ami dans Harry, il ne comprend pas qu'ils n'ont rien en commun. Harry méprise les méchancetés que les Maraudeurs ont pu faire. Il a été trop la victime de ce genre de méfaits quand il était petit. Harry est trop curieux souvent, un peu soupe au lait parfois mais il ne ferait jamais de mal à quelqu'un exprès. Jamais il ne ferait une blague cruelle à un autre élève. Ce n'est définitivement pas James Potter. »
Sevy regarda son père qui écoutait sans rien dire. Le maître des cachots soupira et ferma les yeux en se pinçant l'arête du nez entre le pouce et l'index.
Il profita qu'Ellie faisait à présent couler l'eau dans la baignoire sorcière afin de prendre un long bain délassant, pour s'exprimer librement à voix haute.
« J'ai tort, quoi…
-Oui, mais vous êtes aussi têtu l'un que l'autre et je crains que ça ne change jamais. Tu as pourri la vie d'Harry pendant sept ans, tu l'as rendu aussi malheureux que les Dursleys ont pu le faire et rien de ce que tu pourras dire ou faire n'effacera plus jamais ça. C'est d'autant plus dur pour Harry qu'en 1978, tu étais son ami. Tu n'en as aucun souvenir, mais lui si. Et quand il te voit, il cherche Sev' en toi, et bien entendu il ne le trouve pas. Il ne voit que le prof de potions qui le déteste et l'insulte. Lili ne t'a pas pardonné, lui ne fera pas non plus. J'essaierai de convaincre Sev' de t'aider mais je te promets rien.
-Comment tu peux espérer faire ça ?
-Le seul qui puisse convaincre Harry d'essayer de te retirer la Marque, c'est Sev'. Harry le fera pour lui, pas pour toi. C'est ta seule chance. »
L'aube pointait à présent sur Poudlard endormi. Dans le jardin du cloître un petit groupe se tenait près du cratère qui était l'emplacement de la porte temporelle. Une onde magique se fit ressentir, Albus Dumbledore venait d'abaisser momentanément les barrières de protection. Minerva McGonagall remit à Ellie la lettre que Poppy Pomfresh avait préparée pour son double du passé. Severus, le visage figé et sans expression, comme à son habitude quand il avait des choses à cacher, se tenait droit et les bras croisés sur sa poitrine, sa cape voletant dans la brise matinale. Sevy le sourire aux lèvres admirait son père sans rien dire. Albus le regarda quelque secondes, amusé et le prit par le bras.
« Allez Sevy, prends cette lettre, c'est pour mon moi de là-bas. Dans quelques minutes tu vas découvrir ton père sous un nouveau jour très intéressant. »
Le sourire de Sevy s'élargit et il rangea la lettre dans la poche de sa cape. Minerva McGonagall s'approcha alors du jeune Préfet-En-Chef. « Monsieur Rogue, ce message est de la part d'Harry Potter pour votre père, là-bas. »
Le professeur de métamorphose lui tendit alors une mince enveloppe de parchemin. Albus, l'œil en coin, regarda Severus qui fronçait les sourcils et pinçait les lèvres de surprise.
« Je lui donnerai, pas de problème, vous pourrez dire à Harry que ça sera fait dès que je vais le voir.
-Hélèna, Sevy, mes enfants, fit le vieux directeur, prenez bien soin de vous. Là-bas vous serez en sécurité, vous aurez une vie normale. Dans trois jours, Severus viendra vous rejoindre, ou avant si besoin, nous verrons bien. »
Albus Dumbledore prit sa pupille dans ses bras et lui plaqua deux grosses bises sur les joues.
« A bientôt, ma puce.
-A bientôt, Oncle Albus, ou à tout à l'heure, puisque je vais te voir dans quelques minutes, vous aussi Professeur McGonagall.
-Faites nous un beau bébé, Madame Rogue et ne revenez que lorsque tout sera fini.
-Mais il est très beau, mon bébé, vous ne trouvez pas ? S'amusa Ellie en frottant le bras de Sevy qui se mit à rire. »
Sevy se jeta dans les bras de son père et le serra contre lui.
« Je te raconterai, dans trois jours. Ils vont en baver là-bas. Les jumeaux Weasley m'ont envoyé plein de trucs par hibou et Ted m'a laissé son stock avant de rentrer. »
Severus qui avait compris qui seraient les victimes eut un sourire légèrement sadique et frotta les cheveux de son fils.
« J'y compte bien ! Ne les rate surtout pas ! » Il embrassa le jeune homme et le repoussa doucement pour prendre sa femme dans ses bras.
Tandis que Sevy vérifiait qu'il avait toutes les malles réduites dans ses poches et que Dolly ne s'était pas éloignée au risque d'être oubliée, Ellie, enfouie dans les bras de Severus, profitait une dernière fois de son ténébreux époux.
« Tu viens dès que tu as besoin, mon cœur, n'oublie pas. Les bracelets ne fonctionnent pas hors du temps. Tu vas me manquer, rajouta-t-elle entre deux baisers.
-Sev' sera avec toi, murmura Severus.
-Je sais, mais tu vas me manquer quand même, Severus. C'est le Severus de trente huit ans que j'ai épousé, pas celui de dix-huit. »
La terreur des cachots serra sa tendre épouse dans ses bras au risque de l'étouffer et l'embrassa éperdument. Ellie lui caressa la joue, et se dégagea de ses bras.
« On y va maintenant, tu as tout, Sevy ? Dolly ! Viens ! Donne-moi la main ! »
L'Elfe se précipita et saisit la main que sa maitresse lui tendait. Sevy prit l'autre main de sa mère et tous les trois entrèrent dans le cratère. Ellie se retourna dans le brouillard qui se formait à présent autour d'eux pour apercevoir une dernière fois Severus, avant que les ténèbres ne s'installent autour d'elle.
Ellie, Sevy et Dolly, se retrouvèrent quelques instants plus tard, allongés sur l'herbe au centre du jardin du cloître. En 1978, il avait plu dans la nuit et l'herbe était donc gorgée d'eau. Ellie qui avait repris conscience la première, se releva et pesta en voyant sa cape et sa robe trempée. Elle sortit sa baguette de sa poche et se lança un sort de séchage. Elle réveilla ensuite Dolly et Sevy par deux « enervatum » qu'Albus lui avait recommandés. Sevy venait à peine de se sécher qu'Albus Dumbledore, en robe de chambre et bonnet de nuit, baguette allumée à la main faisait son apparition dans le jardin.
« Hélèna ! De retour ? Des soucis ?
-Nous avons une lettre pour toi Oncle Albus, ton moi-futur vient de la donner à Sevy. Mais comment as-tu su que nous arrivions ?
-J'ai mis un sortilège de détection à l'emplacement de la porte. Si elle s'active, je suis prévenu.
-Brillant comme toujours.
-Merci, chère enfant. Si tu nous présentais ? Oooohh ! Mais je reconnais Dolly ! C'était l'Elfe d'Elisabeth, mais ce jeune homme ? Qui ressemble à Severus Rogue, un peu trop pour que cela soit un hasard…
-Son fils, Oncle Albus, enfin, le mien. Sevy est né le 15 juin 1998, c'est le bébé que j'attends, il vient de 2016. Voldemort a tenté de le tuer parce qu'il a refusé de prendre la Marque des Ténèbres, donc nous venons nous cacher ici. Et moi… il me veut comme Dame des Ténèbres.
-QUOI ? S'horrifia le vieil homme, en sursautant, manquant de faire tomber son bonnet de nuit. Venez, mes enfants, vous allez me raconter tout ça devant une bonne tasse de thé. »
D'un pas rapide, ils traversèrent le grand Hall et montèrent au premier étage dans le bureau Directorial. Albus commanda du thé par la cheminette et prit la lettre que Sevy avait sortie de sa poche. Le jeune Serpentard et sa mère sirotèrent une tasse de thé tandis qu'Albus Dumbledore, les sourcils froncés et lissant sa barbe, lisait le long parchemin avec concentration.
Lorsqu'il le reposa, il était perplexe. « Voldemort est persuadé que tu es sa maîtresse ?
-Oui. Et pour l'instant c'est Bellatrix qui tient mon rôle avec du Polynectar, Poppy s'est arrangée pour qu'on me croit à Sainte-Mangouste pour plusieurs mois, j'échappe donc à ses assiduités ainsi, mais il voulait Sevy dans ses Mangemorts, en plus.
-C'est ce que la lettre m'explique. Tu as tué les Malefoys alors ? Demanda le vieil homme en se tournant vers Sevy.
-Oui, Voldemort m'a imposé un duel avec le fils de Lucius que j'ai battu et quand Narcissa s'est jetée sur moi je l'ai avada kedavratisée aussi.
-Narcissa ? Tu veux dire Narcissa Black ?
-Oui, elle était mariée à Lucius, leur fils s'appelait Drago. Il avait mon âge, il était très cruel, un violeur entre autre… expliqua Sevy sans donner plus de détails.
-Lucius ne valait guère mieux, j'ai eu quelques problèmes de cette nature avec lui aussi, mais Abraxas son père qui faisait partie du conseil d'administration de l'école a toujours étouffé toutes les affaires de cet ordre, et il n'y en a pas une qu'une seule, malheureusement. Bien. Je crois que tu vas réintégrer ton appartement du premier, Hélèna, derrière la toile de la sorcière sur son balai.
-Pas de souci. Est-ce que ton moi-futur t'a expliqué pour le changement de nom de Sevy ?
-Non, il a du penser que nous verrions ça ensemble. Quel est ton nom exact, mon garçon ?
-Severus Albus Salazar Rogue.
-Albus ? S'étonna le Directeur, un petit sourire aux lèvres.
-Mon parrain, s'amusa Sevy. Un certain Directeur de Poudlard.
-Voyez-vous ça ! S'extasia Albus visiblement ravi.
-Oncle Albus, Severus et moi, nous avons pensé que Sevy ne pouvait pas utiliser le prénom Severus ni le nom Rogue. Comme tu le sais, c'est un nom de moldu et ici ça ne passera pas. Sevy a été élevé en sang-pur et tout le monde sait ici que le Severus de 1978 n'a pas de famille et qu'il est un sang-mêlé.
-Je sais, oui. Et en effet ce n'est pas possible qu'il y ait deux Severus Rogue se ressemblant autant dont l'un est de sang-pur ou presque on va dire. Avez-vous pensé à un nom ?
-Oui. Nous avons pensé qu'il serait plus facile que Sevy utilise son dernier prénom, Salazar donc et le nom de sa grand-mère Eileen Prince. Ça donnerait Salazar Prince, qui est parfait pour un Serpentard de sang-pur.
-Tout à fait ! Tu es un Serpentard, mon garçon ?
-Oui, et j'étais Préfet-En-Chef en 1998 et aussi en 2016 et chez moi en 2016 Capitaine de l'équipe de Quidditch de Serpentard.
-Nous avons déjà nos Préfets-En-Chef, tu les verras demain, il s'agit de James Potter et Lili Evans.
-Les parents d'Harry, s'amusa Sevy avec un grand sourire.
-Exact, il va bien ? Et Miss Granger ?
-Harry s'entraine pour tuer Voldemort en ce moment, répondit Sevy avec assurance. Et Hermione révise pour ses ASPIC comme toujours.
-Ah. Fit Albus, son regard s'assombrissant soudain. Ça approche, donc. La bataille finale.
-Trois mois au plus tard, normalement.
-Que Merlin leur vienne tous en aide, murmura le vieil homme. »
Il resta songeur quelques instants et s'adressa à Ellie, pensant brusquement à quelque chose qu'il semblait avoir oublié précédemment.
« Mes enfants, je pense que vous le savez, mais il est important que nous en parlions. Il y a trois jours, Severus ici, a enterré sa mère. Je pense que vous n'ignorez pas comment elle est décédée…
-Tobias l'a battue à mort, répondit Sevy avec froideur. Je le savais. Papa n'en a pas parlé, mais je le savais.
-C'est très dur pour lui en ce moment, votre arrivée va lui faire du bien.
-C'est encore très dur pour lui vingt ans après, Oncle Albus, il a du mal à en parler.
-Je vois… Bon. Dès que les élèves vont commencer à se réveiller, je vais envoyer Horace le chercher, je vais lui rendre le souvenir de ta précédente venue, Hélèna. Ensuite vous descendrez tous les deux dans la Grande Salle pour le petit déjeuner. Vous serez présentés aux étudiants et aux professeurs. Minerva et Horace vont être heureux de vous revoir. Enfin, de te revoir Hélèna, ils ne connaissent pas Sevy. Les autres Professeurs ont été soumis au sortilège d'amnésie avec les élèves lors de ton départ en février, donc il ne vous connaissent ni l'un ni l'autre. Tu resteras la nièce d'Horace comme la dernière fois, et cette fois-ci tu seras Hélèna Rogue, l'épouse de Severus, diplômée de Beauxbâtons, venue retrouver son époux en raison de son deuil et pour cause de grossesse. Sevy, tu seras le cousin de Severus, côté Prince. Si le Professeur Rogue vient te retrouver à cause du lien magique, Hélèna, et qu'il est vu par les élèves et les enseignants, il sera le Professeur Prince, le père de Sevy, un ami et collègue d'Horace, ça lui permettra de se déplacer dans le château sans éveiller de soupçons ou de susciter des interrogations. Argus Rusard sera prévenu de le laisser aller et venir s'il le croise en pleine nuit ici. Je pense que nous avons tout prévu. Sevy, je dirai que tu viens de Beauxbâtons, tu parles français ?
-Parfaitement bien.
-Excellent ! Donc tout est arrangé. Je vais vous conduire jusqu'à l'appartement. Sevy, tu logeras chez les Serpentards dans leurs cachots, tu prendras la place de ton père dans le dortoir des 7ème année, lui restera avec ta mère, c'est mieux pour eux, puisqu'ils seront un couple marié ici.
-Aucun souci, Professeur.
-Bien, allons-y mes enfants, j'ai des souvenirs à rendre à un certain jeune homme, annonça Albus Dumbledore avec un large sourire et les yeux pétillants. »
Une fois Ellie et Sevy dans l'appartement du premier étage près de ceux des Préfets avec Dolly pour aider sa maîtresse à défaire sa malle, Albus retourna rapidement dans son bureau au même étage. Il appela par cheminette le Professeur Horace Slughorn qui apparût dans l'âtre, ensommeillé, décoiffé et en robe de chambre.
« Bonjour Albus, tu es bien matinal, tu as besoin de quelque chose ?
-Bonjour Horace, oui, je voudrais que dès que tu seras prêt et les élèves de ta Maison réveillés, tu ailles me chercher Severus Rogue et que tu me le ramènes ici.
-Encore un souci pour ce pauvre garçon ? Il les collectionne ces temps-ci ! Tu peux m'en dire plus ? Fit la voix inquiète du vieux maître des potions.
-Oui, si tu veux. Hélèna est de retour. Elle a pris la porte temporelle ce matin de très bonne heure, Dolly est avec elle, tu te souviens d'elle, je présume.
-Bien sûr, l'Elfe d'Elisabeth, elle n'a pas son pareil pour les ananas confits, mais dis-moi tout ! Ellie n'est pas là par accident ?
-Non, elle est n'est d'ailleurs pas venue seule, confirma le Directeur. Figure-toi qu'il y a un magnifique jeune homme avec elle. Un Serpentard, il va être pour toi, celui là ! Minerva va te l'envier, crois-moi ! Il s'appelle Severus Rogue Junior, tu te doutes qui sont ses parents…
-Merlin, mais il vient de quelle année, ce garçon ?
-C'est le fils qu'Hélèna attend en ce moment, il vient de 2016, il est arrivé en 1997 à la rentrée par accident avec le fils de Remus Lupin, le Préfet des Gryffondors, tu vois qui ?
-Un des Maraudeurs qui torture mes serpents toute l'année, bien entendu que je vois, soupira Horace dans la cheminée.
-Ce sont eux qui ont ouvert la porte temporelle, ils voulaient essayer de sauver leurs parents qui doivent tous les quatre mourir avant l'été 98. Le jeune Lupin est reparti à son époque, mais le petit Rogue doit se cacher ici avec sa mère car Voldemort est persuadé l'avoir tué, là-bas en 1998.
-Il a rencontré Tu-Sais-Qui ? Est-ce que c'est le Professeur Rogue qui…
-Non, Severus adulte n'y est pour rien, il a tout fait pour tenter de sauver son fils, j'ai une lettre de mon moi-futur qui explique tout, je te la montrerai dans la matinée. Le petit a refusé de prendre la Marque des Ténèbres et Tom a tenté de le tuer en jetant son serpent venimeux sur lui, devant Severus.
-Il est complètement fou… Quand je pense, Albus, qu'on l'a connu jeune, ici, un étudiant brillant, un Préfet-En-Chef de valeur, qui aurait cru qu'il serait devenu un des plus terribles Mages Noirs de tous les temps…
-Inutile de ressasser, Horace. Nous devons garder et protéger Hélèna jusqu'à ce que son époux reprenne la porte temporelle pour venir la chercher définitivement. Elle accouchera certainement ici, Poppy du futur a même prévu un double de son dossier médicomagique pour elle ici. Elle sera Hélèna Rogue, Horace, la femme de Severus. On ne peut pas faire autrement, ils sont mariés chez eux, et l'enfant ne mérite pas d'être un bâtard ici ce qu'il n'est d'ailleurs pas. Elle sera née Slughorn, comme la dernière fois, si tu n'y vois pas d'inconvénient. Ce qui permettra qu'elle circule plus aisément parmi les Professeurs et ta Maison.
-Bien entendu ! Pas de souci, Albus ! Quoi d'autre ?
-Le petit… Il ne peut pas porter le même nom que notre Severus ici, en plus il lui ressemble comme deux gouttes d'eau, donc nous avons pris la décision d'utiliser son 3ème prénom qui est Salazar et le nom de jeune fille de sa grand-mère, donc Prince. Tu te souviens d'Eileen Prince, bien entendu…
-Evidemment ! Très brillante en potions, comme son fils. Une fin atroce si tu veux mon avis, battue à mort par un moldu ! Dégoûtant ! Comment ne veux-tu pas que Severus ait pris la Marque des Ténèbres dans son futur ! Tu-Sais-Qui n'avait qu'à le cueillir !
-Lucius Malefoy a fait tout le boulot pour Tom… Crois-moi. Bon, tu te rappelleras ? Salazar Prince sera le cousin de Severus, ça expliquera leur ressemblance. Ah ! Oui ! J'oubliais… Tu risque de croiser le Professeur Rogue dans les couloirs après le couvre-feu, ne t'étonne de rien, tu sais qu'il doit rejoindre sa femme tous les deux ou trois jours à cause du lien magique.
-M'en souviens, Albus ! Les premières âmes sœurs véritables que je rencontre, je ne risque pas de les oublier.
-Je crois que c'est tout, on se voit au petit déjeuner, je vais présenter Hélèna et Salazar aux étudiants, le petit parle français très bien, dit-il, donc il viendra de Beauxbâtons.
-Excellent idée, autre chose avant que je ne file ?
-Oui. Le petit… c'est mon filleul. Termina Albus Dumbledore une nuance de fierté dans la voix. »
On frappa à la porte du bureau d'Albus Dumbledore. Ce ne pouvait être que Severus Rogue qu'Horace avait dû réveiller en fanfare avant de lui demander de se présenter chez le Directeur. Le vieil homme fit entrer le jeune Serpentard qui n'avait pas, il faut le dire, une très bonne mine. Il était pâle, encore plus qu'à l'accoutumée et ses cheveux avaient besoin d'un bon shampooing, en outre il devait très mal dormir car ses yeux étaient rouges et il avait de larges cernes au dessous. Les vêtements du jeune homme étaient froissés et Albus vit que le pantalon d'uniforme du garçon était déchiré. Il se souvint alors de ce que Minerva en colère lui avait dit la veille au dîner: Elle avait puni les Maraudeurs d'une semaine de retenue avec Argus Rusard pour avoir lancé un « diffindo » sur Severus alors qu'il passait dans un couloir.
Il était évident que le jeune Serpentard n'avait pas d'autres vêtements de disponibles, son autre uniforme devait être à la lingerie au soin des Elfes de Maison.
L'arrivée de Sevy et Ellie n'était peut-être pas une mauvaise chose, Severus allait pouvoir penser à autre chose qu'à la mort de sa mère, faire connaissance avec son futur fils qui avait l'air bien déluré selon Albus, et retrouver l'affection d'Hélèna. Que des bonnes nouvelles finalement.
Parrain… Albus était ravi, il n'avait encore jamais eu de filleul. Personne n'avait pensé lui faire cette surprise et c'était ce pauvre gosse de Severus Rogue, le mal-aimé de toute l'école, le souffre-douleur des Maraudeurs qui lui faisait ce cadeau. La vie était injuste, c'était bien connu !
« Severus, mon petit, comment vous sentez-vous ? Vous ne dormez pas très bien, je présume ?
-Je fais aller, Professeur Dumbledore, je ne peux pas prendre de potions de sommeil sans rêve tous les jours vous savez. Il y a des effets secondaires importants, un risque d'accoutumance…
-Severus, je vais un peu bouleverser votre vie, asseyez-vous mon garçon, un bonbon au citron ? Non ? C'est vrai qu'il est tôt et que nous n'avons pas encore déjeuné. Severus, je dois vous faire un aveu. Au mois de février, j'ai dû vous retirer les souvenirs d'une semaine de votre vie, ainsi qu'à toute l'école d'ailleurs.
-Il s'est passé quelque chose ?
-Oui. Mais contrairement à vos camarades vos souvenirs ont été préservés dans un flacon comme pour les pensines, vous savez. »
Severus acquiesçant, Albus reprit son explication. Il brandit en même temps la petite bouteille de cristal entre son pouce et son index.
« Je vais vous rendre ces souvenirs, Severus. Mais avant je vais vous expliquer vite fait, ce qui se passe en ce moment et ce qui s'est passé auparavant. Fin janvier, trois visiteurs ont pris une porte temporelle et sont arrivés ici à notre époque, ces trois jeunes gens, deux filles et un garçon venaient de 1998. Le garçon était le fils de James Potter et Lili Evans, une des filles une née-moldue très brillante, et la dernière jeune femme, votre épouse, Severus.
-QUOI ?
-Celle qui sera votre femme dans le futur. En 1998 vous êtes maître des potions et occupez le poste de professeur d'Horace et aussi celui de Directeur de Serpentard. Vous avez épousé une 7ème année de Gryffondor qui est ma pupille. Elle était enceinte, et est arrivée avec ses amis par accident ici.
-Moi ? Professeur… et marié avec une 7ème année Gryffondor ? Heuuu… vous êtes sûr ?
-Vous avez rencontré votre double du futur également. Il est venu chercher sa femme et ses deux autres élèves. C'est un homme brillant, magiquement puissant, et surtout un Mangemort. Dois-je continuer ou ça suffira pour vous convaincre ? »
Severus était écarlate et baissait la tête. Personne ne savait qu'il avait l'intention de devenir un Mangemort. Le Directeur ne pouvait que dire la vérité.
« Rassurez-vous, mon garçon, je n'ai pas l'intention de vous empêcher de commettre cette folie, le destin est en marche de toute façon, et je ne peux le changer sans raison valable. Hélèna, votre femme, a repris la porte ce matin pour venir se réfugier ici avec un jeune homme qui est votre futur fils et qui lui, vient de 2016. Ils sont menacés de mort. Je ne vous le cache pas.
-Pourquoi ? Demanda le jeune Severus intrigué.
-Votre fils a refusé de prendre la Marque des Ténèbres et Voldemort n'aime pas qu'on lui dise non. Il a donc tenté de tuer Sevy devant vous dans le futur, mais vous avez réussi à le ramener à Poudlard et il a été sauvé.
-Sevy ?
-Severus Albus Salazar Rogue. Mais ici, il sera connu comme votre cousin, Salazar Prince, il vous ressemble de trop, Severus. Vous le verrez dans quelques instants. Ah oui, j'oubliais, c'est mon filleul, alors comme il doit naître dans trois mois ici, n'oubliez pas que j'apprécie particulièrement d'être son parrain. »
Le sourire hilare d'Albus amusa particulièrement Severus qui lui octroya un de ses rares et minces sourires. Il était pourtant chamboulé par ces révélations et entreprit de se masser les tempes sentant une migraine sournoise commencer à poindre.
« Fermez les yeux, Severus, et détendez-vous, je vais vous rendre ces souvenirs, ça ne va pas être très agréable mais ça ne durera pas. Et j'ai une potion anti-migraine de toute façon pour vous. »
Sev' hocha la tête, se laissa aller sur le dossier du fauteuil des visiteurs et ferma les yeux. Albus Dumbledore ouvrit le flacon de cristal et avec sa baguette attrapa les filaments de souvenirs et les déposa un par un sur les tempes du Serpentard qui grimaça. Aussitôt que les premiers filaments furent absorbés, de nouveaux souvenirs apparurent et l'envahirent comme une vague étourdissante. Il commença à se rappeler, il vit les visages, se souvint des noms, revit des scènes complètes passer à tout vitesse. Il soupira en proie à une lancinante douleur dans la tête et se sentit nauséeux.
« Je me souviens… Ellie ! S'exclama-t-il. Oh, Merlin, je vais revoir Ellie, où est-elle, Professeur ? S'il vous plait !
-Tout va bien, Severus, elle est dans son appartement au bout de cet étage, comme la dernière fois. Votre baguette sera reconnue par le tableau, comme la dernière fois également. Nous allons la présenter aux élèves de la même façon que précédemment puisqu'ils ont tous été soumis au sortilège d'amnésie ainsi que les professeurs, à part Horace Slughorn et Minerva McGonagall. Hélèna sera présentée comme votre épouse, nous n'avons pas le choix, elle est enceinte de presque six mois, il ne serait pas correct pour une sorcière de sang-pur de haut rang, d'être enceinte et non mariée. Comme vous êtes mariés à son époque, ça ne changera pas grand-chose pour elle.
-Je… je me souviens… j'ai vu les photos de mariage dans un magasine. Le magasine entier était consacré à l'évènement, c'est le Ministre de l'époque qui a fait la cérémonie.
-Vous allez faire un très beau mariage, Severus. Votre mère aurait été très fière de vous. Je suis sûr qu'elle est très fière de vous, là où elle est, mon garçon. »
Severus soupira et ne répondit pas. Le Directeur avait sûrement raison, sa mère aurait adoré ça ! Dommage qu'elle n'ait pas vécu assez longtemps pour en profiter, à cause de Tobias… oh, mais Sev' allait se venger, il avait tout prévu… pour cet été ! Ce chien de moldu paierait pour ses crimes !
« Professeur Dumbledore, vous avez dit qu'Ellie était menacée aussi, pourquoi ?
-Ah, mon cher enfant, j'avoue que j'ai beaucoup de mal à y croire, et pourtant ! Il semblerait que Lord Voldemort soit amoureux de votre femme et souhaite vous la voler. Votre double du futur aurait fourni pendant un bon moment, du Polynectar à Bellatrix Black veuve là-bas de Rodolphus Lestrange, afin qu'elle prenne la place d'Hélèna dans le lit de Voldemort, votre femme ayant menacé de se donner la mort si elle y était obligée. Lord Voldemort n'a pas hésité d'ailleurs à kidnapper Hélèna dans la Grande Salle, ici-même, en lui envoyant un portoloin avec le hibou de Lucius Malefoy ! »
Severus resta bouche bée devant ces nouvelles. Il ne savait pas s'il devait croire Dumbledore ou pas. Mais dans ses souvenirs un peu confus, il lui semblait que Lucius était mort d'une crise cardiaque le soir de son mariage avec Ellie, juste après qu'ils aient quitté le Manoir Malefoy, alors comment aurait-il pu envoyer un portoloin ? Et Lucius était son ami, il n'aurait jamais fait une chose pareille. Sev' avait l'impression qu'il lui manquait des morceaux du puzzle, il ne comprenait pas tout et restait sur la défensive. Ne pas croire, toujours douter et se méfier, en bref, être un parfait Serpentard. Mais pour l'heure, il n'avait qu'une envie, ou presque, plutôt deux. En premier, prendre une de ces maudites potions anti-migraine avant que son cerveau n'implose et ensuite retrouver Ellie le plus vite possible.
Albus semblait avoir compris les pensées du jeune homme car il lui tendit une fiole que Sev' reconnut comme étant sa fameuse potion tant attendue. Il l'avala d'un trait en fermant les yeux et soulagé redonna le flacon au Directeur.
« C'est bon, Professeur, on peut y aller maintenant ! S'impatienta-t-il en se levant du fauteuil. »
Le vieil homme lui désigna la porte d'un geste ample de la main et suivit Sev' qui sortait sans demander son reste. Ils descendirent l'escalier à vis et longèrent le long corridor sans un mot. Impatient, Sev' se sentit trembler lorsqu'il s'arrêta devant le portrait de la sorcière sur un balai et après une invite muette d'Albus qui hochait la tête, il sortit sa baguette de la poche de sa robe d'occasion et tapota la toile qui s'ouvrit largement. Emu, Sev' reconnu la voix d'Ellie lorsqu'il franchit le passage et s'immobilisa, pétrifié d'angoisse dans le petit couloir de pierre. Le Directeur qui avait compris son émotion et sa peur, posa une main rassurante sur l'épaule du jeune homme et ouvrit lui-même la porte.
Un grand gaillard aux longs cheveux de jais et vêtu tout en noir se précipita vers la porte et retint le battant pour l'ouvrir au large. Il se mit à sourire en voyant le jeune Sev' qui le regardait, surpris.
« Salut P'pa… content de te voir… lui dit Sevy, alias Salazar. »
