Jour 3. Il est 18h. Je suis devant la porte de ma maison, de notre maison, et j'hésite à y pénétrer alors que je ne sais même pas si elle est là. Est-ce qu'elle a terminé sa journée ? Est-ce qu'elle est seulement aller s'entraîner ? Elle était malade hier et ce vent dehors c'est une horreur pour voler. C'est finalement ce qui me pousse à entrer.
« Lily ? »
Personne. Je pose mes clés sur le buffet et mon manteau sur la patère. J'entends les marches de l'escalier grincer mais ce n'est que Shakespeare qui accourt pour me voir. Grosse bête, il fait plus de bruit que nous. Je n'ai jamais vraiment aimé les chats, je dois l'avouer mais celui là, il est plutôt cool. Sûrement parce que c'est celui de Lily.
Je l'emmène jusqu'à la cuisine pour lui mettre à manger et une enveloppe déchirée sur la table attire mon attention. Je la retourne et une lettre en glisse. Je reconnais le cachet, une baguette et un os qui forment une croix, c'est Sainte Mangouste. Je la prends pour la remettre dans l'enveloppe et mes yeux tombent sur deux mots écrits en gras au milieu du parchemin « pas enceinte ».
Boum. J'ai l'impression que quelque chose vient de me tomber au fond de l'estomac. Je suis figé. Mes doigts restent crispés sur le papier et mes yeux ne se souviennent plus que le monde a autre chose à leur montrer que ces deux mots. Mes oreilles bourdonnent, elles entendent à peine les trois coups frappés à la porte. Les six coups. Les neufs coups.
Je finis par sortir de ma torpeur pour aller ouvrir. Amélia est devant moi. Je ne bouge pas. J'ai la poignée de la porte dans ma main, la lettre dans l'autre et je ne bouge pas. Elle me fixe étrangement, je crois qu'elle se demande si je vais bien. Je ne suis pas certain. Elle me dévisage, puis elle me pousse un peu pour rentrer.
Je referme mécaniquement et je plie la lettre avant de la rentrer dans la poche arrière de mon jean pendant qu'Amélia me déballe un paquet de conneries sur les membres de son équipe qu'elle ne peut plus supporter. Je n'entends pas. Je n'écoute pas. Lily a fait des tests. Lily a fait des tests, elle ne m'a rien dit, et je ne peux absolument pas lui en vouloir pour ça.
Je l'ai laissé seule dans la galère, dans l'incertitude, dans l'angoisse. Je l'ai laissé traversé ça toute seule sans qu'elle ne sache trop à quoi je pouvais penser, moi, cet espèce d'abruti qui prend plaisir à lui faire du mal pour se sentir bien. Merlin mais quand est-ce que je vais arrêter d'être un égoïste ? A quoi je pensais ? Aller draguer Harmony devant elle... Aller draguer Harmony tout court... A quoi je pensais ? La lettre de Severus ne m'excuse en rien. J'aurais dû prendre mon courage à deux mains et discuter avec elle.
Je suis un gamin et Lily est plus mature que moi. Je sais ce que c'est de voir la personne que l'on aime nous glisser entre les doigts, pourtant. Je sais le mal que ça fait de se dire qu'on est rien. Je connais l'horreur des remises en question jusqu'à cinq heure du mat' parce que le sommeil ne veut pas nous trouver, parce qu'on ne veut pas le trouver, parce qu'on a peur d'avoir raté un truc, parce qu'on se dit que peut-être, on trouvera le mot pour la retenir. Peut-être... Je sais, je sais comment c'est quand le corps pleure ce que les yeux ne veulent pas exprimer. Je le sais parce que je me souviens.
Je suis aux Trois Balais avec les gars. Les vacances d'hiver sont trop longues. Je pense à elle et c'est aussi agréable que douloureux. Agréable parce que son sourire flotte dans ma tête, douloureux parce qu'elle n'est pas là. Je pensais que ça irait, je pensais que deux semaines passeraient vite, je pensais que je serais assez occupé pour ne pas la laisser trop s'infiltrer dans ma tête, et je pensais aussi que ça nous ferait le plus grand bien à l'un comme à l'autre de nous retrouver avec nous-même, de faire le point chacun de notre côté.
Je n'avais pas prévu qu'elle me manquerait autant. Je n'avais pas prévu ce pincement. J'avais prévu de venir ici pour la croiser, peut-être, au détour d'une sortie à Pré-Au-Lard, mais je n'avais pas prévu ça. Je n'avais pas prévu de la voir rentrer dans ce bar avec Peter Fitzgerald, un de mes élèves de septième année très ami avec elle. Je n'avais pas prévu de les regarder s'embrasser non plus.
« Mec, tu es cocu ! Plaisante Sirius. »
Je me retourne pour ne plus avoir à regarder ce spectacle qui me répugne et je fusille mon meilleur ami sur place. Merlin s'il savait seulement ce que je ressens à ce moment précis il ne jouerait pas avec ça. Lily Evans s'est foutue de moi. Je me suis fait avoir par une élève. Sérieusement, James, tu es débile ou quoi ? Bien sûr qu'elle s'est fichue de toi, tu es juste un prof avec une belle gueule, c'est le gros lot pour les étudiantes, se moque ma conscience.
Sirius, lui, pense que je m'amuse avec elle. Il croit que je joue comme je l'ai fait avec d'autres avant. Il ne sait pas à quel point je suis mal parce qu'il ne sait pas à quel point je suis attaché à elle. Il ne pense pas m'avoir blessé avec sa plaisanterie, il se dit que ça ne m'atteint pas parce que ça ne m'a jamais atteint avant. Si tu savais, Sirius, si tu savais comme je me sens misérable là.
« Tiens ! Salut Evans ! »
Il y a un léger courant d'air et le parfum d'Evans m'enveloppe. Je devine qu'elle a enfin remarqué ma présence et je sens son regard me brûler la nuque. Elle veut me parler, mais moi je n'ai plus rien à lui dire. J'attends qu'elle soit passée pour relever les yeux et les poser sur son dos. C'est évident, elle a envie que je la suive, mais pourquoi ? A quoi ça sert ? Je ne vais pas chialer à ses pieds, j'ai une fierté.
Rémus me pousse doucement, je résiste un peu, et finalement j'y vais. Oui. Je vais mettre les points sur les i, je vais lui faire comprendre qu'il ne faut pas se moquer de moi, je vais lui faire mon numéro de pauvre mec insensible. Je vais lui faire croire que je n'en ai rien à cirer, qu'elle peut bien se taper qui elle veut. Non. Elle ne peut pas. Elle ne peut pas choisir ce... Cet espèce de mec au cerveau à peine fini. Malheureusement, je n'ai pas le luxe de me repayer une fierté donc je décide de jouer l'indifférence.
« Je... Je suis désolée si vous avez vu...
_ J'ai vu, je confirme en m'appuyant sur le mur d'en face.
_ Je ne suis pas... Je ne suis pas une petite allumeuse si c'est ce que vous pensez.
_ Qu'est-ce que vous pouvez bien en avoir à foutre de ce que je pense Evans ? »
Elle se renfrogne et ouvre sa bouche souillée par ce petit con que j'ai envie de massacrer. Je vois qu'elle est confuse et qu'elle ne sait plus quoi dire. Je crois qu'elle est touchée. Oh non. Merlin, non. Elle pleure. Pitié, pas ça. Je détourne le regard et j'essaie de rester fixé sur mon objectif. Ne pas se laisser avoir par les larmes, ne pas se laisser avoir par ses jolis yeux, ne pas penser une seule seconde à la prendre dans mes bras, ne pas penser une seule seconde au désir qui me bouffe en même temps que la colère et la douleur.
« Je vous jure que ce n'est pas ce que vous croyez.
_ Franchement, je suis content pour vous. Au revoir, Evans. »
Je ne peux pas rester une seconde de plus ici, dans ce couloir trop étroit, trop près d'elle, de cette source de problème, de l'objet de mes fantasmes. Bon sang Evans. Des semaines et des semaines que je pense à nos retrouvailles pour en arriver là, à une entrevue avec la souffrance et la trahison.
« Alors ? Me demande Sirius.
_ Alors quoi ? Tu crois qu'on s'est réconcilié en baisant dans les toilettes ?!
_ Ce ne serait pas une première... Me fait-il remarquer.
_ C'est d'Evans là, dont on parle, je lui rappelle en lui jetant un regard noir.
_ Ouais je sais ouais... Evans, la fille la plus respectable, la plus intelligente, blablabla, la fille qui vient de rouler un patin à un gamin juste devant toi. »
Je lui donne un coup à l'arrière du crâne et il grimace avant de me lancer un « Tu vas me le payer ! » déterminé qu'il met à exécution peu de temps après, quand Evans passe devant notre table. Ses yeux sont rouges, je m'efforce de ne pas trop y penser, mais je n'ai pas le choix quand Sirius la force à s'asseoir à côté de nous.
Elle a l'air super mal à l'aise et j'en suis assez content, mais je n'ai aucune raison de me réjouir. Je suis dégoûté par l'attitude qu'elle a eue et je suis un peu piqué dans mon orgueil, je dois l'avouer. Ce qu'elle m'a fait là, personne ne me l'a jamais fait. Aucune fille à qui j'ai donné de l'attention ne m'a rembarré pour aller voir ailleurs.
Je n'écoute pas ce qu'ils se disent, trop absorbé dans mes pensées. Je n'en sors que quand je vois Fitzgerald se rapprocher de notre table. J'essaie de garder mon calme mais des tas d'images se forment dans ma tête. Des images de moi le chopant par le col de sa chemise et le balançant par dessus le comptoir. Après ou avant lui avoir foutu mon poing dans la gueule ? J'en sais rien. J'ai juste envie de le massacrer.
Quand je relève la tête, il est parti mais mes yeux tombent sur un whisky-pur-feu entre les doigts de Lily. Vraiment, Sirius ?
« Il paraît que vous faites toutes sortes de choses irrésistibles quand vous avez bu, la taquine mon meilleur ami. »
Ses joues deviennent rouges. Là, je suis tiraillé entre l'envie de sourire et de frapper Patmol. La soirée du bal de Noël refait surface dans ma tête et je ne peux plus m'arrêter d'y penser. Elle était belle dans sa robe rose... Elle était belle, à me regarder avec cet air inconscient, cet air innocent qui tranchait avec ses paroles provocantes. Elle était belle, à me vouloir, à ne pas savoir s'il fallait qu'elle ouvre ou ferme sa charmante bouche.
Elle était belle là, tout près de moi, quand elle essayait de gérer des émotions qu'elle ne connaissait pas. Elle était belle à croire que tout était possible, à vivre le moment présent, à vouloir penser que notre relation était acceptable et magnifique. Je secoue la tête. Il faut que j'arrête de ressasser ces conneries. Il faut que je replonge dans leur discussion, il faut que je puisse stopper Sirius s'il va trop loin.
« Je vois qu'on se comprend Evans. Alors maintenant, dîtes moi pourquoi vous avez goûté à ce... Chocolat... Alors qu'il y avait un whisky-pur-feu qui vous attendait ici ?
_ Ta gueule Sirius, je marmonne.
_ Bah quoi ? Si on a même plus le droit de parler boissons maintenant...
_ Vous savez Sirius, le whisky-pur-feu est totalement interdit à Poudlard alors que le chocolat, lui, est disponible. Pouvez-vous encore blâmer cette personne dépendante qui a bu une gorgée de chocolat en fermant les yeux assez fort pour imaginer que c'était du whisky-pur-feu ?
_ Evans, Evans, Evans... C'est si simple de vous faire parler...
_ Trop. Alors je vais rentrer maintenant. Toute seule. »
Elle se lève et je vois qu'elle aimerait que je lui cours après mais je ne fais rien. Ses explications, je m'en fiche. Tout ce que je retiens, c'est qu'elle l'a choisi lui, que ça me fait mal, et que c'est vraiment très désagréable. Je sais pertinemment que Sirius va vouloir enfoncer le clou alors je prends mon manteau et je me tire direct pour éviter d'autres commentaires à ce sujet. Je ne supporterai rien de plus.
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« Oh ?! Ça va ?! M'interroge Amélia en me secouant.
_ Ouais, ouais, je réponds, distrait.
_ Ça n'a pas l'air. Elle est où, Lily ?
_ Elle n'est pas à l'entraînement ?
_ Il n'y avait pas entraînement aujourd'hui à cause de la tempête, m'explique t-elle.
_ Sérieusement ?! Je vais la chercher. Envoie moi un hibou si elle réapparaît ici. »
J'enfile mon manteau à la hâte et je transplane chez Sirius pour vérifier qu'elle n'est pas retournée là bas pour me voir... Ou pour discuter avec lui. Je repars quand je constate qu'elle n'y est pas. Direction l'appartement d'Alice. La jeune femme blonde m'ouvre et quand elle me voit, elle me claque la porte à la figure sans ménagement. Eh bien... Ça a au moins le mérite d'être clair.
« Alice, deux secondes ! J'ai juste besoin de parler à Lily ! Je dis en tambourinant à la porte.
_ Non ! Et de toutes façons, elle n'est pas là. »
Je pousse un juron et je descends les marches de l'appartement quatre à quatre. Elle doit être chez Fitzgerald et cette pensée me flanque la nausée. Je ne sais même pas exactement où il habite. Je connais juste le nom de la rue. Peu importe, je vais taper à la porte de toutes les maisons et de tous les apparts s'il le faut, et c'est exactement ce que je fais. Jusqu'à tomber sur la bonne.
« Potter ? Qu'est-ce que vous faites ici ? S'étonne Fitzgerald.
_ Je cherche Lily. Elle est là ?
_ Heu... Non. Elle est passée en coup de vent hier pour me rapporter des cours de l'année dernière et c'est la dernière fois que je l'ai vu. »
Ok. Là, je vais péter un câble. Qu'est-ce qu'elle fiche ?! Où est-elle ?! Je transplane chez Rémus sans grande conviction au cas où elle aurait décidée de faire le tour de mes potes au lieu de me parler à moi, mais elle n'est pas là bas non plus. Même pas la peine d'aller voir chez Queudver, elle n'aurait jamais osé aller chez lui sans moi, elle le connaît trop peu, alors je retourne à la maison.
« Toujours pas rentrée, me lance Amélia qui m'attend à la porte.
_ Bordel mais où elle est ?! Je m'exclame en balançant rageusement mon manteau sur le canapé.
_ Elle est sûrement juste partie faire un tour, calme toi.
_ Partie faire un tour ? Par ce temps ? Non Amélia, je ne suis pas calme. »
Je fais les cent pas dans le salon en me grattant frénétiquement l'arrière du crâne. Je n'aime pas ça. Je déteste ça quand tout m'échappe, quand je ne contrôle rien, et là c'est exactement ce qu'il m'arrive. J'ai besoin de parler avec elle et elle n'est nulle part et je m'inquiète.
Et puis j'ai une idée. Mes yeux se posent sur le tableau de mes parents installé dans l'entrée et je me précipite devant.
« Pouvez-vous faire un tour au quartier général pour...
_ Tu ne vas quand même pas mobiliser l'Ordre pour trouver Lily ?! Me coupe Amélia.
_ Et pourquoi pas ?
_ Ce n'est pas un peu... Excessif ?
_ Non, si Lily est en dan... »
Je m'interrompts quand la porte s'ouvre et qu'un courant d'air froid s'engouffre dans la maison en même temps que Lily. Ses deux grands yeux se posent successivement sur Amélia et moi, elle est surprise de nous voir ici... De me voir ici.
« Ça fait une heure que je te cherche partout ! Je lui lance avec une voix teintée de reproches.
_ Il y a du progrès... Constate t-elle, amère.
_ Amélia est-ce que tu peux nous laisser ?
_ Oula... Il y a de l'eau dans le gaz on dirait, répond-elle en souriant légèrement. »
Elle s'en réjouit et je vois Lily se retenir de lui balancer son sac à la figure à l'autre bout de la pièce. Elles se sont rapprochées depuis quelques temps, je l'ai remarqué, mais Amélia ne change pas et Lily n'est pas dupe, elle sait très bien que ses sentiments pour moi sont toujours les mêmes et qu'elle me sauterait dessus si nous lui en laissions l'occasion, peu importe sa relation avec Lily.
J'attends qu'elle soit partie pour sortir la lettre de Sainte-Mangouste de ma poche et la poser délicatement sur la table de salon. Le regard de Lily jongle entre le mien et le morceau de parchemin. La gêne et l'angoisse se mêlent à sa colère.
« Tu lis mon courrier, maintenant ?
_ Je suis tombé dessus par hasard, et franchement, ce n'est pas la question. Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?
_ Pourquoi je ne t'en ai pas parlé ?! Tu plaisantes ou quoi James ? Tu veux que je te rappelles ce qu'il s'est passé ces derniers jours ? Tu veux que je te rafraîchisse la mémoire ? « Besoin d'air », « On devrait faire une pause », « Je n'en peux plus », « J'ai besoin d'être seul »... »
Je soupire et je passe ma main sur mon visage, désabusé. Oui, elle a raison, qu'est-ce que je peux répondre à ça ? Je lui ai dit tous ces mots, j'ai été stupide. Je n'avais aucune idée qu'elle aurait à traverser ce genre de chose toute seule par la suite.
« Pour ça, Lily, j'aurais été là.
_ Et comment j'étais supposée le savoir ? Tu sais quoi, laisse tomber. De toute façon le problème est réglé. Tu peux rentrer chez Sirius et retourner à ta petite vie de célibataire tranquille qui profite de sa semaine de débauche. »
Elle attrape le parchemin, le froisse nerveusement et le balance à la poubelle d'un geste rageur. Elle n'a même pas enlevé son manteau et je crois que c'est parce qu'elle se demande si elle doit partir étant donné que moi je ne bouge pas. Alors je m'avance vers elle en ignorant ce regard hostile qu'elle me jette et je descends la fermeture de son blouson.
« Ne me touche pas. »
Elle recule et repousse mes mains. Je me rapproche de nouveau, et cette fois, c'est tout mon corps qu'elle rejette de toutes ses forces. Je comprends, mais je veux être avec elle ce soir. Je ne veux pas partir et je ne veux pas qu'elle parte. On a trop de choses à se dire, j'ai des questions à lui poser. Je veux savoir si elle est blessée de ne pas être enceinte, je veux savoir ce qu'elle aurait fait si elle l'avait été, je veux savoir ce qu'elle attend de moi, de nous.
« Lily... Ça n'a jamais été une semaine de débauche... Je m'en voulais juste d'être énervé contre toi pour des trucs dont tu n'es pas responsable, j'avais besoin de me calmer dans mon coin.
_ Tu voulais me faire du mal, tu l'as dit toi même.
_ Je sais ce que j'ai dit. Je sais ce que j'ai pensé. C'était n'importe quoi. »
Elle me fixe d'un œil méfiant et je sais que cette explication ne suffira pas. Et puis sans que je ne comprenne pourquoi, elle se met à pleurer. Je déteste ça. Je déteste quand elle fait ça devant moi et qu'elle me repousse constamment, qu'elle m'empêche de faire quoi que ce soit pour arranger les choses, pour la consoler. Depuis le début, je ne vis que pour ça, pour l'aider.
« J'ai aussi trouvé la lettre de Rogue dans ton sac... Par hasard... J'avoue finalement plein de culpabilité. »
Elle continue à pleurer en plaquant ses mains sur son visage et elle fait plusieurs allés retours dans la pièce avant de revenir se planter devant moi.
« Evidemment... Murmure-t-elle si bas que je l'entends à peine.
_ Ecoute, je suis désolé. Je suis devenu fou quand j'ai vu ça. Tu me connais, tu sais comment je suis, j'ai eu peur et...
_ Bon sang mais quand est-ce que tu comprendras que tu n'as aucune raison d'avoir peur de qui que ce soit quand il s'agit de nous ?! S'écrie-t-elle.
_ Jamais, je crois, je lâche sur un ton résolu.
_ Tu sais pourquoi cette lettre était dans mon sac ? J'avais peur que tu la trouves à la maison et que tu réagisses comme tu as réagis. C'est à peine si je l'ai lue, d'ailleurs, et je ne l'ai mentionné à personne parce que je n'accorde plus aucune importance à Severus et je pensais que c'était pareil pour mon entourage. Je n'y ai même pas répondu, à vrai dire, et je n'ai jamais pensé à le faire. Jamais. Je ne pense pas à lui, et je ne devrais même pas avoir à te le dire. Tu devrais le savoir. »
Je déglutis et pour la première fois depuis que nous nous connaissons, j'ai tellement honte de mon comportement que je n'ose même plus la regarder dans les yeux.
« Tu n'es vraiment qu'un con !
_ Je sais.
_ Tu me refuses les missions de l'Ordre, tu dragues tes amies sans tenir compte de moi, tu m'exclues de ta vie sans me donner le choix, et tu fais tout pour me repousser juste parce que tu es tombé sur une lettre. Une pauvre lettre sans réponse qui n'a aucune signification pour moi. Merlin, James, je suis avec toi. Je t'aime comme une dingue et c'est horrible quand tu te comportes de cette manière. Arrête de croire que je veux fuir. Arrêtons juste de faire semblant, s'il te plaît, de pouvoir se passer l'un de l'autre parce qu'on sait tous les deux aussi bien que c'est faux. Peut-être que tu ne t'es jamais imaginé vivre avec quelqu'un avant, peut-être que tu ne pensais pas que cela pourrait t'arriver, mais on passera notre vie ensemble, James, que tu y croies ou non. Malgré ça, je suis très énervée et très furieuse contre toi pour ce que tu me fais vivre en ce moment et je n'ai vraiment plus envie de discuter maintenant, j'aimerais que tu partes. »
Ses yeux restent plantés dans les miens l'espace d'un instant mais je sais qu'il ne faut pas que je réponde à sa tirade. Je sais qu'il n'y a pas un seul mot qui pourrait m'aider, là. Peut-être que je pourrais jouer de mes charmes, peut-être que je pourrais lui faire les yeux doux, mais ce serait un manque de respect pour ses convictions et elle m'en voudrait indéniablement.
Elle aurait raison. Elle a raison. Sur toute la ligne. Il y a plusieurs années de cela, je me voyais aisément finir ma vie avec Amélia, mais pas de manière heureuse. Je voyais juste cette relation comme une bouée de sauvetage, un « au cas où... ». Je me voyais continuer mes conneries avec d'autres filles, je me voyais devenir le pire des mecs sur terre sans pouvoir rien y faire, et puis Lily est arrivée.
Une gamine de dix sept ans inconsciente et complètement insensée qui s'éprend d'un espèce de connard de vingt quatre ans qui n'a jamais connu la douleur et qui n'a compris le sens de la vie que quand cette fille, cette femme, a osé l'aimer pour celui qu'il était et lui a avoué les yeux dans les yeux, sans détour et de la façon la plus irréfléchie qui soit.
Je croyais, à ce moment là, que mon rôle était de lui apprendre la vie. Je croyais que je pourrais continuer à être son professeur et ce, pas uniquement dans ma salle de classe. Je croyais que c'était à moi de lui expliquer comment fonctionne un couple, je pensais que j'en savais plus qu'elle mais maintenant je réalise qu'elle n'a jamais eu besoin de moi pour comprendre des choses qui m'échappaient.
J'ai vraiment très envie de la serrer dans mes bras mais je me retiens. Elle ne veut pas. Elle ne veut pas de moi là, je le vois dans ses yeux et je l'ai entendu dans le ton de sa voix alors je reprends mon manteau et je retourne chez Sirius. Je reviendrai demain, après-demain, et les jours suivants s'il le faut, mais je me ferai pardonner.
