Bonjour bonjour,
Puisque je suis sur une bonne lancée, voici la suite ! Merci Mimi pour ta rapidité de revieweuse experte ;)
Bonne lecture !
PS : pour la première partie, Adrian Von Ziegler et son album Celtic collection paraît être une très bonne bande son !
Partie IV – Chapitre 2
« Guérir »
15 août 1978, île mythique d'Avalon, quelque part au large de la Grande-Bretagne
Des fleurs dans les cheveux, des robes blanches et des rubans de soie, les tentes claires sur l'herbe verdoyante, les biches sous la cime des arbres, les feux de camps qui rythmaient la nuit, le souffle de la terre sous leurs pieds, les chants jusqu'à l'aube, l'insouciance des oiseaux, l'herbe fraîche sous leurs pieds nus, le son de la harpe emporté par le vent, la respiration du tambour et de la flûte, les étoiles rieuses, et la bienveillance du ciel.
L'univers semblait exister à un autre rythme depuis leur arrivée. Arbres centenaires, prairies vierges de toute présence humaine, champs de fleurs, falaises de granite rose... chaque recoin de l'île avait son âme propre, et le chant du ressac se mariait avec la douceur du vent comme avec le cycle de l'astre solaire. Harmonie semblait le maître mot de cet endroit de légende, et même Heather souriait.
Pour l'union de Frank et Alice, Albus Dumbledore avait tenu à faire un cadeau de mariage des plus singuliers. Il leur avait offert l'accès à la mythique île d'Avalon, lieu tenu si secret qu'il était entré dans la légende. C'était l'île de Morgane la grande, un lieu si chargé en magie que la cérémonie ne pourrait être interrompue par quiconque ayant de mauvaises intentions. A l'abri de la guerre et des hommes, ils ne pouvaient célébrer leurs vœux sous de meilleurs auspices.
Molly Weasley s'était chargée de la logistique, et tous les convives étaient arrivés en ordre dispersé par Portoloin – on ne pouvait transplaner jusqu'à Avalon. De grandes tentes blanches avaient été dressées dans un champ, des buffets luxuriants avaient été préparés par famille et amis, et on avait dîné autour d'un grand feu.
Plus rien n'existait que cet endroit hors du temps où célébrer un amour naissant, une flamme d'espoir au milieu de temps cruels.
Les Maraudeurs avaient préparé un incroyable spectacle d'ombres et lumières pour narrer au mieux l'histoire de la rencontre et des débuts de la relation d'Alice et Frank. On avait beaucoup ri, et pleuré un peu. Augusta Londubat avait dignement essuyé ses yeux dans le mouchoir offert par une Minerva McGonagall en larmes. Dorcas Meadows était venue au bras d'un joueur de Quidditch d'origine albanaise qui ne la lâchait pas du regard, et Erinya Selwin avait accepté de délaisser l'austère tenue des Aurors pour une robe très printanière. Tous avaient répondu à l'appel : les jumeaux Turner, Hannah Robins, Olivier Cooper, Duncan et McConnor de l'équipe de Quidditch. La famille Smith au grand complet s'était retrouvé pour l'occasion : les Gryffondors furent ravis de rencontrer les cousins d'Alice, dont ceux du côté paternel étaient tous moldus. Dumbledore avait fait un long discours un peu confus alors que l'hydromel coulait à flot, et le professeur Chourave avait dû le couper dans une longue digression en annonçant l'arrivée des desserts. Les jumeaux Prewett avaient ensuite sorti flûte et violon, et on avait dansé, des valses les plus douces aux danses irlandaises les plus folles. Sally-Anne avait chanté une vieille comptine celtique au dessus des braises mourantes, et chacun s'était perdu dans la contemplation silencieuse de la voie lactée.
. . .
Les vagues berçaient doucement la nuit, les étoiles se reflétaient sur l'eau en mouvement, et tout souffle de vent s'était apaisé pour quelques heures. Heather s'était éloignée du camp un instant. La foule ne lui était pas facile à gérer, et elle appréciait de pouvoir s'isoler sous le ciel immense. Pour la première fois depuis des semaines, elle n'avait pas peur ; elle savait que rien ni personne ne pourrait les atteindre dans ce lieu béni des dieux, que le mystère de Dumbledore avait ouvert pour eux. L'héritière Proskoff ne se faisait pourtant aucune illusion : quel que soit le miracle que le directeur de Poudlard avait réalisé pour les accueillir ici, cette parenthèse enchantée serait limitée. Avalon les abritait pour quelques jours, mais ne les tolérerait pas une minute de trop. Toute ancienne magie a ses règles, ses dangers, et ses limites à ne pas franchir.
Jouant avec ses bagues, Heather sourit dans le noir. Alice était tellement belle, au matin, resplendissante dans cette robe de coton blanc qui volait au vent, des fleurs dans les cheveux et des anneaux d'argent aux poignets. Elle était une fée, une fée vibrante d'amour et de vie au son de la harpe de Sally-Anne. Pieds nus foulant l'herbe, elle avait couru jusqu'à Frank, et ils avaient tournoyé un long moment sous les branches du saule pleureur, sur les rives d'une rivière absolument féerique. Fabian Prewett avait longuement parlé – d'amour, de vie, d'espoir, de confiance et de rêves. En gaélique, il avait béni le couple, béni la foule, et, haut dans le ciel, un phénix avait fait écho à son chant. Au son de la harpe, ils avaient tous chanté, dansé, valsé sous les nuages blancs, et pendant trois jours, la vie n'avait été qu'une succession de fêtes, de roulades dans l'herbe et de danses acharnées. Flûte, violon, cornemuse, harpes et tambours n'avaient pas cessé de jour comme de nuit. Tout geste devenait une danse, chaque inspiration se paraît de grâce, et le monde éclatait d'une beauté intacte, épargnée par les bassesse des hommes. Les enchanteurs avaient fait preuve de leurs talents en créant d'éphémères sculptures de verre et d'eau, les mésanges et les passereaux avaient joué avec les convives, les enfants avaient apprivoisé biches, écureuils et renards, et tous avaient retrouvé un peu de l'innocence que la guerre leur avait enlevé ces derniers mois. Heather s'était sentit revivre, comme si Avalon lui redonnait la possibilité de voir, de sentir, de ressentir à nouveau pleinement.
À quelques pas de là, Sirius regardait la sorcière russe contempler la voie lactée. Il n'avait pas envie de l'interrompre. Deux longues tresses encadraient son visage à peine maquillé, et elle avait piqué des pensées sauvages dans ses cheveux. Ses sombres cernes auraient pu passer pour la conséquence de trois jours de fête ininterrompue, si Sirius n'avait pas su la vérité de leurs nuits agitées. Le châle de cachemire gris dans lequel elle s'était enroulée masquait ses épaules et ses bras, mais il pouvait deviner la noirceur de la Marque pulser avec cette énergie qui le réveillait parfois la nuit, lorsqu'elle finissait par s'endormir dans ses bras. Il ne parvenait pas à la lâcher du regard, du moins jamais complètement. Cela l'effrayait, et ses peurs se transformaient souvent en colère stérile que la jeune russe désamorçait généralement en criant plus fort que lui. Leurs amis râlaient ostensiblement, mais jamais très longtemps. Tous devinaient le ballet incertain qui se jouait entre les deux amants, et aucun n'avait osé intervenir, tant la danse se nouait et se dénouait selon des règles qui leur échappaient.
- Tu peux venir si tu veux.
Sirius laissa tomber la cigarette qu'il s'apprêtait à allumer et vint s'asseoir dans l'herbe auprès de la Gryffondor. D'instinct, elle su se blottir contre lui, dans ce creux de l'épaule et du cou qui semblait la protéger du monde entier.
- Jill aurait dû être là.
Heather n'avait pas quitté les vagues et l'horizon étoilé du regard. Depuis la Marque, sa voix était restée rauque, plus lente, plus mesurée. Elle ne prononçait plus de mots inutiles, écoutait davantage mais ne riait plus, comme en retrait du monde. Sirius vint poser sa tête contre la sienne. Elle sentait la fleur d'oranger et les fleurs des champs, la forêt et l'hydromel.
- Elle est là, en quelque sorte. Avec toi, avec nous, avec Hannah.
- En quelque sorte.
La lune illuminait les flots en contre-bas, jouait sur les bagues d'argent d'Heather. Derrière eux, le chant solitaire d'une harpe avait repris.
- Moi aussi, j'aurais aimé rester ici pour toujours, souffla-t-il en devançant la demande muette de la jeune femme. Mais soyons raisonnable : James finirait par se noyer définitivement dans l'hydromel, et Remus se construirait une cabane dans les bois loin des hommes pour pouvoir hurler à la lune tranquillement sans avoir à partager son chocolat. Ça ne semble pas la meilleure des choses à faire, qu'est-ce que tu en penses ?
La plaisanterie arracha un doux sourire à Heather, qui se releva brusquement.
- Viens, allons nous baigner.
. . .
L'aube se leva dans une explosion de roses tendres et d'oranges dorés. Sur la plaine, chacun s'éveilla avec la surprise qui suit la fin d'un rêve délicieux. La parenthèse enchantée d'Avalon devait bien finir un jour.
Frank et Alice irradiaient tant de bonheur qu'ils paraissaient flotter au dessus du sol. Lily nattait ses longs cheveux, les yeux perdus dans la contemplation de la forêt où elle avait admiré James gambader sous sa forme animale pendant des heures. À ses côtés, Molly Weasley tentait tant bien que mal de faire entendre raison à Charlie, qui s'escrimait à vouloir ramener au Terrier biches et écureuils apprivoisés pendant la nuit. Erinya Selwin était assise en tailleur sous le saule pleureur de la cérémonie, plongée dans une méditation apaisée et souriante. Remus – qui avait subi la transformation pendant la nuit de l'autre côté de l'île – parut à l'orée du bois, l'air profondément en paix – avec lui, avec le loup, avec le cycle de cette vie qui était la sienne.
Dumbledore, sirotant une infusion de rose et de sauge, adressa un muet remerciement aux grands enchanteurs qui l'avaient précédé en ces lieux. Avalon était un haut lieu de guérison. Il était ravi de constater sur ses proches les effets de la puissante magie qui était à l'œuvre ici. C'était son cadeau de mariage, autant aux Londubats qu'à leurs amis.
Un petit rappel de la beauté qui habitait encore leur monde, et qu'il leur faudrait protéger.
18 août 1978, Wisteria cottage, comté du Wiltshire, banlieue de Salisbury
Inspirer.
Le regard de Jill – terrifié, implorant, puis résigné, farouche. L'éclair verdâtre de la mort sous les ruines de l'abbaye. Le silence.
Expirer.
La douleur, comme une lame acérée, un étau de glace sur le cœur, une conscience qui se frotte à la sienne, la possède, la souille d'une noirceur visqueuse, et un rire, un rire qui résonne au creux même de son ventre.
Laisser les larmes couler. Laisser la douleur emplir son être. Accepter de ressentir. Les émotions ne sont que des nuages ils passent dans le ciel, pour ne pas s'attarder. S'autoriser à embrasser l'intensité de la douleur, de la peine, de la peur. Les émotions ne tuent pas elles nous enseignent, elles sont ce qui nous définit et nous guide. Elles sont notre âme et ce qui nous relient au monde. Laisser les larmes couler.
- Je veux que tu me cites les sons qui t'entourent.
Le bruit du vent dans les branches. Le son des cloches de Salisbury. Le rire de Sally-Anne dans la cuisine. Les oiseaux que Peter nourrit sous l'amandier.
- Très bien. Je veux maintenant que tu me décrives les sensations physiques en rapport avec le monde qui t'entoure.
L'herbe grasse sous mes doigts. La fraîcheur de l'argent sur mes bras. La douceur du soleil sur mes joues. Le vent dans mes cheveux.
- Ouvre les yeux. Donne moi cinq objets de couleur rouge.
Les roses dans l'allée. La nappe sur la table du jardin. Les cheveux de Lily à la fenêtre de la cuisine. La camionnette sur la petite route à travers champ. Les fraises dans le potager.
- Très bien. Comment te sens-tu ?
- Vivante.
Assise face à son élève, Erinya Selwin sourit.
20 août 1978, place des Arcanes, Oxford, Grande-Bretagne
Les clochers de la célèbre ville universitaire rêvassaient sous le chaud soleil d'été. Les vieilles pierres de Hertford college semblaient vouloir conter une histoire à qui aurait la curiosité d'écouter, mais Severus Rogue n'avait guère le temps de se laisser aller à une leçon d'histoire mythique. Il aurait adoré pourtant, passer ses journées à compulser les ouvrages incroyables de la bibliothèque universitaire sorcière, se plonger dans l'histoire de l'art des potions, s'oublier dans les délicatesses de la magie ancienne qui créait à chaque recoin de la vieille ville une atmosphère si particulière.
Ses précieux ouvrages sous le bras, il se hâtait vers son point de rendez-vous. Lucius Malfoy n'était pas homme à patienter, même sur l'une des plus jolies terrasses de la ville. Avec un juron étouffé, le Serpentard bouscula un groupe d'étudiantes qui le fusillèrent du regard avant de reprendre une intense argumentation sur l'art difficile de la chiromancie face à la fiabilité de la cartomancie.
- Tu es en retard.
Severus ne prit pas la peine de répondre et prit place en face de l'héritier Malfoy, qui sirotait un verre de Whisky-Pur-Feu probablement hors de prix.
- De quoi as-tu besoin, Lucius ?
Ce dernier eut un sourire carnassier. Rogue n'était pas du genre à tourner autour du pot, il appréciait ce tempérament.
- J'ai besoin de ton aide, Severus.
Le Mangemort haussa un sourcil interrogateur vaguement moqueur. Depuis quand le riche et puissant héritier de l'illustre famille Malfoy s'abaissait-il à chercher l'aide d'un obscur Sang-Mêlé ?
- Mademoiselle, remettez-nous la même chose.
Plus intrigué qui ne le laissait paraître, Rogue savoura en silence le liquide ambré en attendant que son interlocuteur veuille bien lui exposer son problème.
- L'Angleterre sorcière vit dans la terreur – les magasins n'ouvrent presque plus, les gens sortent au minimum, le couvre-feu instauré par le Ministère a des horaires de plus en plus restrictifs – , mais il s'agit maintenant de saper les fondations du pouvoir qui nous fait encore barrage. Tu sais que le Magenmagot nous résiste encore : Dumbledore, Marchbanks, Ogden sont des vieux sorciers malins, ils ne nous laisseront pas mener les affaires comme nous l'entendons pour l'instant. Le Maître est d'avis de frapper un grand coup, et de passer outre le Magenmagot.
- Tu m'intéresses, continue.
- Nous allons assassiner le Premier Ministre et ses plus proches collaborateurs.
Rogue prit le temps d'avaler une gorgée brûlante de Whisky. Un éclair passa dans son regard sombre. Ils allaient renverser le monde.
21 août 1978, Wisteria cottage, comté du Wiltshire, Grande-Bretagne
La pluie tombait paisiblement à la fenêtre, battant un rythme léger au carreau qui réveilla Heather bien plus tôt qu'à l'accoutumée. Immobile et silencieuse, elle resta un instant à contempler le gris du ciel par la fenêtre, alors que le vent lui apportait l'odeur douce de l'herbe mouillée. Elle était seule, Sirius avait dû se lever discrètement pour sa virée en moto matinale habituelle. Sentant poindre les questions inquiétantes auxquelles elle refusait de répondre dix jours, la Gryffondor rabattit les couvertures et se tira de la tiédeur du lit. Elle n'était pas prête à mettre des mots sur sa relation avec Sirius.
D'en bas lui parvenaient des chuchotements et des odeurs de pain grillé. L'horloge murale n'indiquait que huit heures du matin. Quelque chose se tramait. Heather enfila un sweat-shirt sur son short de pyjama et noua ses cheveux en un chignon rapide. Les escaliers ne firent pas un bruit sous ses pieds nus.
- L'Ordre est inquiet. L'Angleterre s'enfonce dans la terreur et le Ministère s'enlise dans l'inaction.
Lily se resservait du café, assise prêt de James et Remus, tandis que Sirius fumait une cigarette moldue à la fenêtre. Frank opina du menton en déposant les journaux du jour sur la table.
- Une nouvelle maison a été incendiée, on est sans nouvelle des enfants. C'était la résidence d'un haut fonctionnaire du Département de la Justice magique.
- Nous avons les poings liés. Sans informations intérieures, nous avons constamment une longueur de retard.
- Et nous ne sommes pas assez pour organiser des patrouilles assez fréquentes, renchérit Lupin en sucrant outrageusement son chocolat chaud.
- Dumbledore n'a pas de plan ? s'enquit Alice en se mordillant les lèvres.
Frank haussa les épaules, James baissa les yeux.
- Selwin assure que si. Mais sans info solide, ils ne veulent rien risquer. L'ordre est de faire au mieux sans trop s'exposer. Le réseau doit rester secret, et sûr.
- En définitive, on est condamné à rester assis à attendre qu'ils nous tombent dessus les premiers, c'est ça ?
Pettigrow avait une voix amère qui ne lui ressemblait pas. La pluie tambourinait aux fenêtres, l'orage grondait au dessus du clocher de Salisbury. Heather quitta l'encadrement de la porte dans lequel elle s'était dissimulée tout au long de la conversation.
- Je vais y retourner.
Un grand silence surpris accueillit sa déclaration. Sirius écrasa brutalement sa cigarette sur le rebord de la fenêtre.
- Non, Heather. Tu ne vas pas retourner à la merci de ces malades sanguinaires.
Il s'avança d'un pas, les poings serrés. La colère et peur tendaient son visage aristocratique à l'extrême. Heather ne recula pas. Elle avait un regard très doux, serein.
- Il le faut, Sirius. Avec ou sans toi. Car si je ne le fais, qui le fera ?
L'héritier Black aurait voulu crier, casser quelque chose, laisser éclater la tempête de sentiments que lui inspirait cette terrible idée. Il ne le fit pas. Il connaissait trop bien Heather pour savoir qu'il ne la ferait pas changer d'avis.
- Jill ne peut pas être morte en vain, Sirius.
Sa voix rauque tremblait un peu, alors qu'elle plongeait son regard mordoré dans le sien. Il aurait voulu la soustraire à ces horreurs, l'emmener loin d'ici, lui promettre une vie plus belle, moins sale. La voir sourire réellement à nouveau. Mais ses souhaits restaient au conditionnel, quand les horreurs de la guerre s'étalaient au présent sur les
couvertures des journaux.
23 août 1978, manoir Proskoff, Londres
Anastazie Proskoff n'avait posé aucune question. Peu lui importait où et avec qui sa fille avait passé le mois écoulé. Heather avait retrouvé des couleurs, c'est tout ce qui comptait, et elle avait entouré sa fille de ses bras un long moment sur le seuil du manoir londonien. Vladimir avait accueilli son aînée d'un sec hochement de tête appréciateur. Il savait l'atrocité de l'épreuve à laquelle elle avait été soumise, et été favorablement impressionné de la voir reprendre une vie normale. Il nota pourtant le changement infime dans son regard, son détachement un peu froid et ses moments d'absence. Heather avait la voix cassée de ceux qui ont trop crié, et posait un regard étrangement distant sur le monde qui l'entourait. Paradoxalement, elle semblait moins vulnérable qu'un mois auparavant – car après une telle torture, de quoi aurait-elle pu avoir peur ?
Alexander aurait voulu sauter dans les bras de sa sœur, mais quelque chose le retint. Elle lui semblait plus distante, plus froide qu'auparavant. Elle lui sourit pourtant, et l'entraîna sur le balcon qui surplombait le jardin. Alexander contempla un instant le visage volontaire de sa sœur, ses yeux qui oscillaient constamment entre le brun et l'or, la délicatesse des nombreuses nattes qu'elle avait relevées en chignon. À travers le chemisier blanc qu'elle portait avec une élégance digne de leur mère, il pouvait deviner la noirceur de la Marque qui ondulait sur son avant-bras. Un frisson d'excitation lui parcourut la nuque. Le gros chien noir s'était posté devant la porte vitrée qui menait au balcon, leur tournant ostensiblement le dos pour lui laisser un peu d'intimité.
- Alexander, je voudrais que tu me promettes quelque chose.
- Oui, bien sûr, tout ce que tu voudras !
Son enthousiasme enfantin résonnait étrangement contre les murs de la demeure familiale. Il sentit le poids du regard de son aîné se poser sur lui, et hésita un instant. Heather avait un air grave, elle lui semblait avoir vieilli. Où était passée sa sœur qui riait aux éclats, se moquait du monde et lui promettait le ciel ?
- Je ne sais pas ce que le futur nous réserve, Alex. Je ne sais pas la force des vents qui nous poussent. Ce que je sais, c'est la force de ta volonté, de ton esprit, de notre nom.
Il hochait la tête, jouait avec la lourde chevalière qui ornait son annulaire gauche, sentant confusément que la conversation était très sérieuse.
- Quoiqu'il se passe, quoi que les mois qui arrivent nous apportent. Je voudrais que tu me promettes de toujours prendre les décisions qui te sembleront justes, pas celles qui te sembleront correspondre aux attentes de ceux qui t'entourent. Tu auras des choix à faire, en ton âme et conscience. Nous sommes la sommes de nos actes, Alexander, pas de nos regrets. Quoi que tu fasses, où que tu ailles, sois sûr que tu es le maître de ta direction, pas le pion de qui que ce soit ou d'une quelconque cause. Tu as compris ?
Alexander Proskoff était un adolescent remarquablement intelligent. Pourtant, il ne sut complètement interpréter le discours de sa grande sœur, mais hocha la tête en signe d'assentiment.
- Je te le promets, Heather.
26 août 1978, manoir Malfoy, comté du Wiltshire, Grande-Bretagne
L'altière porte d'entrée du manoir Malfoy pivota sur ses gonds sans résistance, et Heather Proskoff pénétra dans le hall somptueux. Les lustres brillaient de mille feux pour compenser la grisaille extérieure, et un elfe de maison trottina vers elle avant de la saluer avec déférence. Elle lui laissa sa longue cape bordée de fourrure et Patmol s'ébroua longuement sur le tapis persan qui faisait la fierté de la maîtresse de maison. Heather leva les yeux au ciel avec agacement, mais le gros chien noir semblait particulièrement content de lui.
Au bas des escaliers, Lucius Malfoy resta immobile un instant. Elle avait changé. Quelque chose dans son regard avait changé. Elle restait belle pourtant, comme intouchable dans sa petite robe noire dont les manches courtes laissait éclater la noirceur de la Marque qui ornait son bras. Lucius haussa un sourcil alors qu'elle s'avançait vers de sa démarche souple.
- Tu ne t'en caches pas, remarqua-t-il en désignant la Marque du menton.
- Après ce que j'ai enduré pour l'avoir, je peux m'en vanter un peu, non ?
Le ton était moins narquois qu'autrefois, mais plus froid. La voix éraillée gardait ce charme slave si sensuel chez elle, mais ne souffrait aucune réplique. Lucius s'inclina avec grâce et déposa un doux baiser sur sa joue.
- Je suis heureux de te voir, Heather.
Dans le petit salon, un silence tendu se fit à l'arrivée du couple. Bellatrix eut une grimace à mi-chemin entre sourire et grognement, tandis qu'Alecto osait un petit sourire. Occupés à fumer à la fenêtre, Rosier et Amycus ne firent aucun commentaire. Quelque chose dans le regard de glace de Rosier fit frissonner Heather, et elle lui offrit son regard le plus inexpressif. Seul Rogue parut réellement heureux de la voir, et il leva sa tasse de café en sa direction.
- Bienvenue, Proskoff. Nos réunions manquaient cruellement d'animation ces derniers temps, il était temps que tu nous reviennes.
Impériale, l'héritière Proskoff refusa d'un geste de la main les sucreries qu'un elfe leur proposa sur un plateau d'argent. Elle commanda un thé Sencha, et garda un silence poli alors que les Mangemorts se concertaient sur les différentes actions à venir.
- J'ai cherché partout, j'ai fait jouer tous mes contacts, impossible de remettre la main sur ce foutu chaman, gémissait Bellatrix en réduisant en miettes un innocent muffin sous le regard implorant du chien noir qui s'était posté derrière elle.
- C'est un des plus puissants legilimens du pays, Bella, tenta de la calmer Alecto. S'il ne veut pas être retrouvé, il est capable de faire oublier à une ville entière qu'il habite juste sous leur nez.
Alecto Carrow avait une voix tranquille, presque désabusée. Ses longs cheveux noirs tombaient en cascade sur ses épaules dévoilées par un bustier de satin hors de prix. Heather nota avec amusement que Rosier ne semblait pas pouvoir détacher son regard de la peau de porcelaine de sa voisine de table. D'une main aux ongles parfaitement manucurée, elle sucrait sa troisième tasse de café, mais finissait par oublier de la boire et la laissait refroidir.
- Pourrait-on faire pression via sa famille ? proposa Amycus. Personne ne peut résister si on menace de torturer ses proches à mort.
La future épouse Lestrange secoua la tête en signe de dénégation. Cette approche avait déjà été tentée. On avait fouillé toutes ses adresses connues et ses planques secrètes, on avait interrogé ses voisins et collègues, on avait soudoyé la moitié du Bureau des Aurors et acheté tous les contrôleurs des frontières. Le chaman n'avait pas quitté le pays, c'était une certitude.
- Le Maître va me tuer, gémit Bellatrix en se tordant les mains.
- Voyons, Bella, te tuer serait une punition bien trop douce pour te châtier comme il se doit. Le Maître a bien plus d'imagination que cela.
La voix d'Heather résonnait comme une douce moquerie, vibrante de menace. Le silence se fit, tendu, et même Rosier fronça les sourcils. L'espace d'un instant, il entrevit les dégâts causés par la fameuse cérémonie de juillet. Heather Proskoff n'avait plus peur de rien.
- Bon, puisque nous sommes dans l'impasse, passons à autre chose, enchaîna Rogue de sa voix traînante en faisant se taire Bellatrix d'un geste de la main. Lucius et moi sommes en train de mettre au poing l'opération contre le Ministre. À vous la tâche conjointe de vous en prendre aux homologues moldus de notre gouvernement. Si nous voulons déstabiliser ce pays, nous devons aussi en passer par les instances non-magiques.
Rosier et Amycus approuvèrent d'un même hochement de tête. Heather demanda une nouvelle théière d'un claquement de doigts, et Patmol déroba avec adresse un muffin sur le buffet. On sortit des plans, des photographies du 10 Downing Street, un portfolio des différentes cibles. Les préparatifs durèrent jusqu'à fort tard le soir, et Heather bailla ostensiblement pour signifier son ennui. Lucius sourit face à cette insolence et signifia la fin de la réunion avec sa superbe habituelle.
- Bellatrix, Alecto et Evan, à vous les dirigeants moldus. Soyez prêts pour le 3 septembre.
27 août 1978, Wisteria cottage, comté du Wiltshire, Grande-Bretagne
Heather avait dénoué sa petite robe noire, défait ses cheveux, quitté cette bague de fiançailles qu'elle détestait. Sa baguette n'avait pas bougé du bureau. La douche était assez chaude pour lui brûler la peau, mais elle ne le sentit pas. Méthodiquement, elle avait savonné chaque centimètre de sa peau, comme si la simple présence des Mangemorts avait suffit à la souiller de façon irrémédiable.
Sirius remonta dans la chambre alors qu'elle sortait de la salle de bain dans un nuage de vapeur. Il haussa un sourcil moqueur.
- Tu transformes ma chambre en sauna ?
Pour toute réponse, elle haussa les yeux au ciel et s'apprêta à enfiler une tenue plus appropriée à un dîner entre amis. Le Maraudeur l'arrêta d'une main, et l'attira contre lui. Il sentait la moiteur de sa peau irradier à travers ses vêtements, et les tremblements presque imperceptible qui la traversaient. Avec douceur, il lui saisit le menton, la forçant à le regarder dans les yeux.
- Heather, c'était exemplaire ce que tu as fait chez Malfoy. J'ai rédigé le compte rendu à l'Ordre, et ai eu une grande discussion avec Selwin. Grâce à toi, nous avons toutes les informations pour contre-carrer leurs plans. Je suis très fier de toi.
Heather hocha doucement la tête, et se blottit contre le Gryffondor. Il sentit les larmes qui mouillaient son tee-shirt, et la serra un peu plus fort contre lui.
- Je suis là. Je ne te lâche pas.
1er septembre 1978, Grande Salle, château de Poudlard
Les flambeaux allumaient sur les vieux murs de pierres des silhouettes fantastiques. Dans l'imposante cheminée qui jouxtait la table des professeurs, un feu ronflait joyeusement. C'était étrange, de voir Poudlard vidé de ses hordes d'élèves. Heather s'abîma un instant dans la contemplation de l'immense salle. Le plafond magique affichait un ciel sans nuage d'un bleu profond où se dessinaient de gracieuses constellations et elle crut même voir passer deux étoiles filantes. Toute l'équipe pédagogique n'était pas encore arrivée la rentrée des classes n'aurait lieu que deux jours plus tard. Au centre de la vaste table de bois, le directeur discutait à voix basse avec son adjointe. Le professeur McGonagall avait le même visage rigoureux qu'à l'ordinaire, et hochait la tête d'un air entendu à chaque fin de phrase de Dumbledore. À l'extrémité de la table, le professeur Chourave semblait absorbé dans l'étude d'un antique grimoire, tandis que Pomona Pomphresh sirotait un grog devant les flammes avec un contentement certain. Patmol s'était roulé en boule devant les flammes et semblait dormir. Un vague air de Duke Ellington résonnait sous les hauts plafonds, et Heather sourit, assez agréablement surprise de découvrir les goûts musicaux du directeur. Un claquement de talons vint interrompre sa rêverie, et Erinya Selwin parut, habillée de son habituel ensemble tailleur-pantalon noir et perchée sur de vertigineux escarpins. Elle salua ses collègues d'un signe de tête bref, et se tourna vers son élève.
- Comment vous sentez-vous, Heather ?
Le vouvoiement ne dérangea pas la jeune femme, qui leur servit un verre de vin rouge.
- Je suis inquiète, professeure.
- Nous allons trouver une solution. Il est impensable que nous assistions au massacre du gouvernement britannique moldu sans rien faire.
- Ils sauront que quelqu'un a parlé, objecta sombrement Heather. Et une fois le chaman retrouvé, Voldemort n'aura même plus à sonder nos esprits lui-même. Je serais découverte
Erinya Selwin suspendit son mouvement, le verre à portée de lèvres. Sa voix se fit plus ferme encore.
- Nous allons trouver une solution, Heather. Je ne vous exposerai pas.
. . .
Il était encore tôt lorsque Heather salua ses collègues et se retira dans ses appartements du quatrième étage, à deux pas de la bibliothèque. Le petit salon confortable aux couleurs de Gryffondor comprenait une large cheminée, et un sommaire espace cuisine. Les étagères étaient pleines de livres, de boîtes de thé aux origines diverses, et d'un service à thé d'inspiration asiatique aux motifs bleus délavés. Un confortable bureau de bois sombre donnait sur une des larges fenêtres qui surplombaient le parc, l'autre s'ouvrant sur un large balcon. Au loin, la Forêt interdite paraissait un gouffre noir au milieu de la nuit. Une porte de bois chêne donnait sur sa chambre et la salle de bain attenante. Une autre porte conduisait à une confortable pièce dédiée à l'art des potions. Les étagères aux tiroirs méticuleusement étiquetés montaient jusqu'au plafond, divers ustensiles étaient pendus à des crochets au mur de pierre, et des fourneaux étaient parfaitement aligné sur une large paillasse au centre de la pièce. D'étroites fenêtres fendaient le mur sud, un progrès agréable comparé à la noirceur humide des cachots. Heather sourit. Elle se sentait bien ici, malgré les hordes de souvenirs qui l'assaillaient depuis son arrivée la veille – l'image d'Owein flottait comme un fantôme qui la suivait à chacun de ses pas, chacun de ses gestes. Poudlard restait leur maison, après tout.
Deux bras forts l'enserrèrent par derrière et elle ferma les yeux.
- Tu sens le chien mouillé.
- Patmol avait besoin de se dégourdir un peu les pattes, répondit Sirius dans son cou.
L'éclat du feu de cheminée découpait leurs silhouettes sur le mur, un vent tranquille soufflait aux fenêtres. Ils étaient en sécurité. Pour quelques heures encore, le monde ne pouvait les atteindre. Les mains de Sirius glissèrent doucement sous son pull en cachemire alors qu'il venait lui mordiller le cou. Elle soupira doucement, ferma les yeux. Sirius sentait la terre, l'herbe mouillée et la profondeur des forêts.
Lorsqu'elle consentit à rouvrir les yeux, ils étaient allongés devant le feu de cheminée, enroulés dans des couvertures d'une douceur indécente. Elle faillit glousser devant le cliché d'une telle scène, et Sirius eut un sourire narquois.
- Oui, on dirait un mauvais film moldu à l'eau de rose.
Heather haussa les épaules avec fatalité, sa peau nue délicieusement tiède contre celle de Sirius. Il inspira à plein poumons son odeur sucrée, où la fleur d'oranger se mêlait à l'odeur des vieux livres, et à une petite note de sauge.
- Qu'est-ce que tu ressens quand Malfoy te touche ?
Heather suspendit son geste pour saisir ses vêtements et lui jeta un regard stupéfait. Sirius n'avait pas prévu de se lancer sur un terrain si glissant, mais maintenant qu'il avait mis les deux pieds dans le plat, il ne pouvait guère reculer.
Avidité. Désir. Plaisir coupable. Colère.
- Est-ce que tu es en train de me faire une crise de jalousie, Black ?
Le Maraudeur reconnut le ton persiflant d'Heather se sentant prise au piège. Il n'aimait pas ce que cela pouvait signifier.
- Qu'est-ce que je dois en conclure ? rétorqua-t-il en se redressant sur un coude, son visage s'était fermé. Tu refuses de parler de ce qu'il se passe entre nous. Tu refuses de parler de Rhys-Meyer, et tu refuses de parler de Malfoy. Que dois-je en penser ? Juste attendre que tu ailles mieux pour que tu puisses te passer de moi ?
Heather resta coite un instant. Doucement, elle entreprit de natter ses cheveux pour calmer les tremblements de colère qui l'agitaient. Elle se força à garder une voix mesurée, alors qu'elle aurait voulu hurler.
- Qu'est-ce que tu veux entendre, Black ?
- Rien, finalement. C'était une erreur, j'imagine. Je te laisse. Contacte-moi pour ta prochaine sortie chez les dégénérés.
Il avait cette même voix froide qu'autrefois face à sa mère. Cette voix qui voudrait supplier pour un peu d'amour, un geste, un regard qui rassure, mais ne sait que cracher sa colère blessée. Heather ne bougea pas et le regarda s'habiller en silence.
La porte claqua et l'écho de ses pas s'éloigna dans le couloir du quatrième étage.
3 septembre 1978, manoir Potter, Londres
- James, monocle, cigares, costume gris et agenda de cuir. Non, tu ne peux pas garder tes baskets.
Lily avait été nommée responsable de l'opération, et commençait à amèrement le regretter. Dans le grand salon des Weasley, elle tendait à chacun sa tenue sans se soucier des regards perplexes de ses camarades.
- Non, Sirius, tu ne peux pas garder ton jean troué. Un ministre ne porte pas de jean.
C'était comme gérer une classe d'enfants pas sages. Frank et James gloussaient en contemplant l'air pincé de Sirius dans son élégant costume trois pièces. Dorcas semblait particulièrement perplexe devant le grand chapeau à volants qu'elle était sensée porter – élégance de la reine oblige – et Kingsley Shackelbot soupirait devant les clefs de voiture que lui avait tendues Lily.
- Dorcas, tu es sensée être la reine d'Angleterre. Tu ne peux pas garder un couteau visible à ta ceinture.
Lily soupira. Elle commençait à douter du bien fondé de l'opération. À partir des informations fournies par Sirius et Heather, l'Ordre avait décidé d'infiltrer le 10 Downing Street et de se faire passer pour les membres du Gouvernement moldu. Les Mangemorts n'avaient pas prévu de faire dans la discrétion : une action violente faisait partie de leur plan pour provoquer la terreur. Lily grâce à ses origines moldues, paraissait la mieux placée pour préparer et accompagner ses compagnons avec le plus de discrétion possible. La mission était double : prendre la place du gouvernement pour stopper l'attaque Mangemort, mais aussi préserver le secret de la magie aux yeux des moldus.
C'était pas gagné.
4 septembre 1978, salle des potions, Poudlard, Écosse
L'air sentait la sauge, l'essence de menthe et la poudre de basilic sacré. Les flambeaux avaient été réduit à un éclairage minimum pour éviter tout accident – les essences pures des plantes ayurvédiques étaient extrêmement inflammables.
Regulus Black leva la tête de son chaudron pour jeter un regard à leur professeure. En ce jour de rentrée, le professeur Slughorn avait confié les septièmes années à Heather Proskoff, officiellement assistante du Maître des Potions et en apprentissage dans l'art des Poisons et de leurs Antidotes. Certains Serpentards avaient ricané en la voyant entrer la pièce – tous savaient pour son mariage prochain avec Malfoy, sans ignorer son passé avec Rhys-Meyer. L'héritière de la très noble famille Proskoff ne leur avait pourtant pas laissé le loisir de s'amuser à ses dépends. Impériale dans son ensemble tailleur-pantalon sombre, elle faisait claquer ses talons hauts sur les dalles humides en défiant du regard quiconque aurait voulu tester son autorité.
- Par Merlin, pas commode la nouvelle madame Malfoy, avait soufflé le cadet des Dolohov à l'oreille de Black.
- Vous seriez surpris, Achille, susurra doucement Heather en passant près de lui. Mais avez-vous réellement envie de passer votre première soirée de cours en retenue avec Monsieur Rusard ?
Le Serpentard baissa vivement la tête vers son grimoire en marmonnant une excuse.
- Bien, maintenant que j'ai votre pleine attention, nous allons commencer ce premier cycle d'approfondissement Potions par quelques ouvertures sur le monde extérieur. Jusqu'au mois de décembre, vous traiterez avec moi de l'art ayurvédique magique du continent indien et de l'art des guérisseurs himalayens. Le professeur Slughorn se chargera du cursus traditionnel qui vous mènera aux ASPICS. Bien que votre évaluation soit la responsabilité exclusive d'Horace, sachez que je suis parfaitement habilitée à faire de votre année un enfer s'il vous venait à l'idée de troubler mon cours. Des questions ?
Le sourire carnassier de la Gryffondor laissa place à un grand silence studieux.
. . .
La Marque lui vrilla l'avant-bras de douleur avant la fin de la journée. Avec angoisse, Heather abandonna ses recherches à la bibliothèque pour se précipiter dans le bureau d'Erinya Selwin. L'enseignante leva ses grands yeux clairs vers son élève et referma son ouvrage dans un claquement sec.
- Il vous appelle ?
La Gryffondor hocha la tête en signe d'assentiment en tentant tant bien que mal de contrôler les bouffées de panique qui montaient en elle comme les vagues d'un tsunami. Erinya Selwin eut un drôle de sourire.
- N'ayez aucune crainte, je me suis occupée de tout.
4 septembre 1978, manoir Malfoy, Londres
Lucius avait une mine sombre et Heather sortit de la cheminée en répandant de la cendre partout. Il l'attira contre lui sans cérémonie, cherchant sa peau, cherchant ses lèvres. Il sentait le musc, le bois et le cuir précieux. Heather s'abandonna une seconde à cette étreinte passionnée qui la laissa tremblante de désir dans l'entrée.
- La mission a échoué. Des Aurors les attendaient. Bella est hystérique et le Maître très contrarié.
Heather fronça les sourcils. Comment leur plan avait-il pu être déjoué ? Lucius resta silencieux, l'air préoccupé, et l'entraîna à sa suite dans une succession de couloirs qu'elle n'avait jamais empruntés et qui les menèrent à un immense et lumineux grenier dominant le parc.
Il était là.
Bellatrix saignait du nez, et ne semblait pouvoir rester immobile plus d'une seconde. Le parquet grinçait lugubrement sous ses pas agités. Alecto grimaçait en tenant son bras gauche contre elle. Une vilaine estafilade sanguinolente barrait son visage de poupée boudeuse. Evan restait silencieux, de vilains bleus marquant son visage et ses mains. Ses yeux sombres brillaient d'une lueur si mauvaise que personne n'osait l'approcher de trop prêt.
Heather nota la présence de Rogue, des Nott et de Avery senior. Lord Voldemort leur tournait le dos, jouant lugubrement avec sa baguette en contemplant le parc.
- Que s'est-il passé ? chuchota-t-elle à l'oreille de Lucius.
Mais ce fut une voix doucereuse et terrible qui répondit à sa question, alors que Tom Jedusor daignait leur faire face. Heather baissa les yeux, mais ne trembla pas. Un loup hurlait à la mort au creux de son ventre, elle ne l'écouta pas.
Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer. Se sentir vivante. Se sentir présente. Être forte.
- Il s'est passé, ma chère Heather, que nous avons été trahis.
Le rythme cardiaque de la Gryffondor ne s'emballa pas. Elle resta calme, attentive à ce qui se jouait autour d'elle. Lord Voldemort n'avait pas l'air particulièrement agressif. Il sait, ou croit savoir quelque chose. Ce n'est pas un interrogatoire. C'est un jugement.
- Je pensais vous avoir choisi parmi les plus puissants, les plus loyaux.
- Amycus ne vous aurait jamais été déloyal, Seigneur !
La voix d'Alecto trembla sous le plafond de bois, et elle se laissa tomber à genoux devant son maître. Sa voix était rauque, hachée de sanglots pitoyables. Tom Jedusor haussa un sourcil.
- Oh, Alecto, c'est admirable de vouloir protéger ton frère. Je crois savoir que votre lien est si fort qu'il peut ressentir ta peine, et toi la sienne, n'est-ce pas ?
Alecto hocha la tête avec difficulté. Le sang et les larmes se mêlaient sur son visage pâle. Rosier s'était levé et rapproché imperceptiblement, fauve prêt à se jeter au devant d'elle pour la protéger de leur maître, qui sourit.
- Ne t'en fais pas, Evan, je ne lui ferai pas de mal. Enfin, pas trop.
Heather se ferma à la suite. Il y eut des cris et des larmes, et Alecto se tordit sur le sol un instant. Rosier ferma les poings, ne détourna pas les yeux de la scène, affrontant la douleur de celle qu'il aimait avec une froide colère qui fit s'éloigner tous les autres témoins de la scène. Dans un coin de la pièce, la silhouette prostrée d'Amycus sanglotait misérablement sur le sol, implorant le Seigneur des Ténèbres de cesser.
- Je cesserai quand tu auras une explication convaincante à me proposer, Amycus! rugit Voldemort en libérant Alecto de son maléfice. Comment as-tu pu livrer à nos ennemis les détails parfaits d'une opération si secrète que même moi je n'étais pas au courant des détails ?!
Amycus Carrow ne savait pas. Il ne se souvenait ni d'avoir été attaqué, ni d'avoir rencontré qui que ce soit de suspect au cours des trois derniers jours. Tout ce qu'il savait, c'est que le Seigneur des Ténèbres avait senti quelque chose d'incohérent dans ses souvenirs. Quelque chose de factice, que même Tom Jedusor ne pouvait briser. Et sa frustration de ne pouvoir découvrir qui se cachait derrière cette manipulation incroyable de mémoire le rendait particulièrement agressif envers ses Mangemorts. Heather sourit intérieurement, Erinya Selwin avait vraiment fait du bon travail.
Il était pourtant temps de jouer avec les limites. Heather prit la parole d'une voix humble mais assurée, qui fit converger tous les regards dans sa direction. Lucius ne lâcha pas sa main, chaude et ferme dans la sienne. Stupidement, elle y trouvait du courage.
- Maître, je crois savoir qui a pu manipuler avec tant de talent la mémoire d'Amycus et le pousser à tout révéler.
Lord Voldemort eut un sourire carnassier. Le pari d'intégrer la Proskoff aux Mangemorts portait ses fruits. Erinya Selwin ne passerait pas l'hiver.
Et voilà !
Alors, je me suis permise de faire un long chapitre ici.
D'abord, Avalon : j'ai un peu pété un câble, j'avoue. Mais il leur fallait à tous un peu de magie, d'innocence, de bonheur. Et pour une fois que Dumbledore peut réellement se rendre utile. Bref, j'espère que vous avez apprécié cette parenthèse enchantée.
Ensuite, la petite scène entre Erinya et Heather : ce sont de vrais techniques de contrôle émotionnel et d'enracinement que j'utilisais avec ma psy pour contrer des attaques de panique. Je les ai un peu mixées à ma sauce pour les rendre adaptable à Heather, et j'en suis assez contente je dois dire. Heather commence à reprendre du poil de la bête : elle guérit. Elle oscille encore, vacille pas mal. Sirius est pour une grande part responsable de cette évolution, mais leur histoire commence à leur faire peur, d'où l'engueulade de fin de chapitre. Ils vont avoir du mal à trouver un équilibre, ces deux-là. Et le souvenir d'Owein qui flotte dans Poudlard ne va pas aider, surtout maintenant que Heather y enseigne. (Je l'adore en enseignante, vraiment beaucoup beaucoup beaucoup.)
Sinon, la menace Mangemort est de plus en plus présente, et c'est Erinya qui va devenir une cible. Rogue reste mon préféré de tous les Serpents, et il est vraiment beaucoup plus sympathique dans ma tête que dans l'oeuvre originale haha.
En espérant que ça vous a plu, et dans l'impatience de vos retours,
Simplement vôtre,
Hélène
