Hello...
Je m'excuse du retard :/ J'ai eu plein de travail, et je me disais, allez, écris, écris, fais-le, mais à chaque fois, je n'y arrivais pas. Je m'excuse vraiment et pour la peine, voici un très long chapitre ;)
Merci à chacune d'entre vous, qui me lit, et commente, et plus particulièrement à : amylee, Nameho, HermioneM, FloraFanWinx et SweetyFairy, Demond Eye, Stridou, Nadra, Dracoeur, et brune67 pour ses nombreuses reviews :)
RAR : Dracoeur : Et voilà, tes réponses de suite ! Désole pour le retard :/ Et merci de me suivre toujours !
Nadra : Oui, un peu un 15 juillet bis ^^ La paix n'est pas au programme quand on est la cible de Voldemort hihi. Ne t'inquiète pas, ce sera bientôt le calme total pour eux ! Merci de me lire !
Bonne lecture et... pas taper!
Chapitre 50 : Un peu d'éternité, dans l'éphémère
Le froid. Le silence. La lourdeur. La tension.
Drago flottait, perdu entre le néant, et l'infini. Il s'abîmait, et seul l'effluve vanillé qui vrillait ses narines, lui assurait que ce qu'il vivait, existait bel et bien. Il ignorait la raison de cette suspension dans le vide, de cette impression que le temps s'était arrêté.
En théorie, il aurait dû arborer la forme d'un fantôme, comme sa mère et les autres, non ? D'ailleurs, cela serait agréable. Lui, et Hermione, et leur enfant, et Narcissa. Tous réunis, jusqu'à la fin des temps. Plus de problèmes, de craintes, de tourments…
Hermione désirerait-elle cela ? Elle avait semblé plus que concernée par le sort de la bataille, alors, elle souhaiterait sûrement lutter. Elle ne voudrait pas que…
Les abysses s'éclairèrent brusquement, et Drago redressa sa tête ; un poids lourd avait cessé de l'écraser. Il percevait encore le chant mélodieux des sirènes, la seule et unique rumeur qui lui parvenait.
Drago entrouvrit ses yeux. Merde. Il était vivant ! Hermione, sous lui, était recouverte de sang, et devant lui, des centaines de mangemorts, des acromentules, des Détraqueurs, des Géants et des Trolls, le fixaient. Il déglutit difficilement.
-Ainsi donc…, chuchota Voldemort d'une voix qui les poignarda un à un. Ainsi donc… Severus était prêt à mourir pour… toi ? Prêt à se mettre en travers de l'Avada pour toi ?
Drago jeta un coup d'œil sur la gauche et blêmit. La dépouille de Severus reposait là, les yeux grands ouverts dardés sur Drago. Il avait dû se jeter en travers du sortilège, si Drago se fiait aux propos de Voldemort.
-Mais il n'a fait que retarder une inéluctable destinée, après tout ? ricana Voldemort en dressant sa baguette. Car je suis le maitre de la mort, et que vous allez tous mourir… Puisque vous avez refusé mon compromis.
-Maitre ! haleta une voix hystérique. Je vous en supplie, accordez-lui votre pardon !
Astoria, immobile, à plusieurs mètres, fixait le Seigneur des Ténèbres, les mains jointes, pleurant à chaudes larmes. Voldemort l'observa une brève seconde, avant que son attention ne soit happée par Bellatrix.
Drago suivit son regard, et croisa ses doigts. Bellatrix, folle furieuse, s'était tournée vers Lucius, et le mitraillait d'Avada ainsi que de terribles sorts qui, s'ils l'atteignaient, n'auraient rien à envier au sort de Ronge qu'avait vécu Narcissa.
-Pauvre Malefoy, ricanait Bellatrix. Oser songer que l'on peut ainsi nuire à une Black… Comme si les Malefoy étaient plus purs que les Black ! Le jour où tu as pointé ta baguette vers Cissy, tu signais ton arrêt de mort !
Drago songea juste un instant au corps chaud d'Hermione, entre ses bras. Il n'avait que quelques secondes encore, pour la protéger, et pour la sauver… Comment pouvait-il…
Il n'avait plus le temps, Voldemort allait mettre sa menace à exécution, et puis, Hermione était si faible, son visage blanc…
Le regard fiévreux de Drago survola l'Ordre. Les Weasley, Luna, Blaise, Pansy, Ron, les nombreux fantômes, autant du château que ceux qu'avait ramenés Voldemort depuis la pierre, les aurors en faction, les professeurs, les élèves qui avaient voulu combattre, les sirènes qui fredonnaient depuis le lac noir, les centaures, les elfes de maison, les gargouilles de pierre vivantes, Angelina plus loin, qui scrutait Hermione, se…
Les elfes de maison. Drago voulut s'administrer une gifle. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Mais quel abruti ! Les elfes de maison, pardi !
-Tu as osé pointer ta baguette sur ma sœur ! clama Bellatrix à l'adresse de Lucius.
-Ta sœur était ma femme, et mon comportement ne regarde que moi ! riposta Lucius en lui renvoyant l'Avada.
Bellatrix s'acharnait, endiablée, devenant encore plus violente à chaque coup de baguette.
Drago pâlit. Il ne fallait pas qu'il rate sa chance, la vie d'Hermione en dépendait… La sienne par assimilation.
Il croisa les yeux bleu clair de Dumbledore. Il semblait que le directeur appréhendait tout ce qui se déroulait sur le champ de bataille, que malgré son état de fantôme, il comprenait tout. À nouveau, Drago se sentit sondé. Une demi-seconde où il suppliait qui que ce soit de faire davantage diversion. Qu'il ait juste le temps d'appeler Ticky.
Drago revint vers Hermione, la serrant contre lui. Son sang tâchait leurs chemises, et Drago devait se pencher afin de toujours discerner son souffle, de plus en plus frêle.
Et enfin, ce qu'il attendait surgit :
-Maitre ! haleta McNair. MAITRE !
Voldemort tournoya vers son serviteur, s'apprêtant à abattre son courroux sur celui-ci.
-Potter a disparu ! Son cadavre, regardez !
C'était inespéré.
Voldemort fit volte-face, ses iris rouges flamboyant dans leurs orbites. Il noua sa main autour de sa baguette, furieux, et observa l'ensemble de l'Ordre. La dernière des Weasley était postée à plusieurs mètres de l'endroit où s'était tenu Harry Potter.
Un à un, chaque personne présente se tournait vers l'emplacement où Potter sonnait aux abonnés absents.
-Il n'a pas de fantôme non plus ! paniqua Tracey. Oh la vache !
-Où sont Lily et James Potter ? s'étouffa Bullstrode. Ils étaient à côté de lui !
La panique montait d'un cran, alors que l'Ordre, surpris de ce revirement, carrait les épaules.
Le combat entre Bellatrix et Lucius se mutait en une valse mortelle, une ultime danse, et, Andromeda s'était rapprochée de Narcissa, et, silencieuses, elles détaillaient la fin de leur famille, ce pour quoi aucune ne s'était battue.
-Tout n'est pas perdu ! entonna Butcher, en serrant la main de Ham, perdus dans les rangs de l'Ordre.
-Oui, Harry est vivant, et il va s'occuper de vos têtes de serpent ! renchérit Ron en brandissant son poing.
-On va vous éclater la face ! entonna Blaise.
-Est-ce vraiment bien de provoquer son adversaire lorsque l'on est dix fois moins nombreux ? demanda Luna d'une voix légère.
-Euh… je l'ignore, avoua Blaise.
-Ce doit être un effet des Bourkus, soupira Luna. ON VA VOUS PULVERISER !
-OUAIS !
Même les gargouilles de pierre du château se relevaient, et sortaient les épées de leurs fourreaux.
Et enfin, Drago sentit que son heure arrivait. L'agitation éclatait de partout, la tension menaçait de se rompre. Certainement, Dumbledore avait transmis ce que le regard affolé de Drago lui avait communiqué : distraire les mangemorts. Car, les propos des adolescents avaient attisé l'ambiance.
En même temps que Lucius basculait en arrière, achevé par Bellatrix, Voldemort grinça, d'une voix qui les transperça :
-Où est la cape d'invisibilité ? Où est-elle ? NON !
Le cœur de Drago accéléra. Cela dépassait ses attentes. Voldemort, dérobé de la cape, n'était plus le maitre de la mort, et les répercussions allaient être…
Le cœur battant, Drago n'eut qu'à chuchoter :
-Ticky.
L'elfe se matérialisa dans un pop ! sonore. Mais aucun ne le remarqua, car Voldemort venait de scander :
-TUEZ-LES TOUS ! TUEZ-LES ! POTTER, OSE DONC TE MONTRER !
-Ticky, le Hall, vite ! murmura Drago.
Et l'elfe apposa sa main sur l'épaule de son maitre, tandis que Drago enserrait Hermione contre lui. Ils tournoyèrent sur eux-mêmes, et Drago attrapa le regard victorieux d'Angelina qui savait enfin Hermione en sécurité, Narcissa qui pleurait à chaudes larmes, rejointe par le fantôme de Severus, et tous deux, dévisageaient Lucius, puis Drago, qui prenait ses décisions.
Alors que Drago atterrissait sur le sol du Hall, il songea qu'il n'avait pas même une larme pour son père. Et qu'il n'avait pas même eu le temps de s'étonner qu'Harry Potter ait encore survécu à l'Avada. Il serait donc invincible, ce balafré ? Cela était plus que réjouissant, dans l'heure !
En revanche, une tension accabla aussitôt sa poitrine. Hermione était dans un piètre état, et il fallait qu'il se hâte. Mais que faire ? Que faire ?
Des personnes se ruaient dans leur direction, remontant le Parc à toute allure, et Drago distingua à peine Pansy, le fantôme de Dumbledore, ainsi qu'Angelina.
Il tremblait, comme cédant finalement à toute la peur qu'il avait dissimulée, qu'il avait celée, afin d'affronter avec brio les évènements. Il se sentait faiblir, mais il se l'interdisait.
Drago souleva le pan de la chemise d'Hermione. La peur fit accélérer son pouls. Il fallait une potion de cicatrisation puissante, une potion de régénération sanguine… Ainsi que des goutes de dictame, mais où pourrait-il dénicher tout cela ? Où ? Il n'aurait jamais le temps de concocter quoi que ce soit, de…
-Drago ! s'écria Dumbledore, arrivé à sa hauteur. Son collier ! Appuie sur son collier !
Drago jeta un coup d'œil ahuri, presque abruti au professeur. Il faiblissait, il ne se maitrisait plus, il revoyait le cadavre de Severus, de son père, et sa mère morte qui serrait l'enfant de Drago et d'Hermione dans ses bras…
Contre lui, Hermione était morte, elle se refroidissait, son parfum s'estompait, il tremblait de la tête au pied, claquant des dents.
Angelina et Pansy le repoussèrent doucement, mais il tenait fermement Hermione. Balbutiant des paroles incompréhensibles, il vit la brune presser un collier dans le cou d'Hermione, puis agiter sa baguette, murmurant plusieurs mots.
Aussitôt, deux potions jaillirent du médaillon, ainsi qu'un pot de dictame. Avant que quiconque n'ait pu esquisser un geste, Pansy engouffra le contenu des deux premiers flacons entre les lèvres d'Hermione. Durant ce temps, Angelina soulevait sa chemise, et étalait du dictame.
Les lèvres d'Hermione se contorsionnèrent, et elle haleta, alors que la souffrance dévorait son abdomen, le dictame rapprochant les bords éloignés de la plaie.
-Il lui faut une potion analgésique, souffla Dumbledore.
Pansy secoua sa baguette, et un pot fut libéré du médaillon. Elle le fit avaler à Hermione, et lorsque l'ultime goutte roula entre ses lèvres, elle entrouvrit ses yeux chocolat.
Drago la pressait contre lui, insensible à son réveil, les sanglots commençant à venir à bout de lui. Toutes les images défilaient devant lui, il croyait devenir fou. Où était la limite entre la mort et la vie ? Toute sa famille était tombée. Tous ceux qui comptaient pour lui n'étaient plus. Hermione, Severus, Narcissa… L'enfant. L'enfant monstre, qu'il n'avait pu se résoudre à tolérer, et qui…
-Drago, tu m'étouffes, bredouillait une voix rauque dans son cou.
Drago tressaillit, et entrouvrit ses paupières baignées de larmes. Il croisa le regard cannelle d'Hermione et son cœur tomba lourdement dans sa poitrine.
Angelina et Pansy étaient retournées d'un même ensemble à l'extérieur, où l'Ordre achevait de se faire décimer. Le fantôme de Dumbledore, en revanche, avait pris la direction des escaliers.
Puisque chacun allait mourir, leur présence ne changerait rien au sort de la bataille, et Drago se cantonna là, incrédule, terrassé par tout ce qu'il n'avait pas voulu affronter. Sa famille, ses devoirs, ses sentiments.
Drago, muet, ne parvenait à aligner aucun mot, scrutant Hermione comme s'il la voyait pour la première fois. Il peinait à croire qu'elle respirait encore, que le sang sale affluait toujours dans ses veines, colorant ses joues d'une nuance rosée charmante.
Les mots franchirent ses lèvres sans qu'il ne puisse – et ne veuille – les contenir :
-Je t'aime.
Hermione sourit maladroitement à cela, et, faiblement, elle se jucha contre lui, posant sa tête pesante contre sa gorge.
Drago croyait qu'il y aurait un malaise, que cet enfant secret entre eux détruirait leur relation, leur complicité, tous ces liens fragiles qu'ils avaient noués. En une étreinte, ils se répondirent mutuellement. En une étreinte, ils enrayèrent les non-dits, les peurs et les souffrances.
En une étreinte, ils se retrouvèrent, recouverts de sang, ayant bravé la mort pour devenir ce qu'ils étaient. Deux adolescents perdus, et qui se rattrapaient l'un à l'autre sans oser croire que la mort les avait épargnés.
Les deux adolescents s'enlaçaient, comme s'ils ne se trouvaient pas dans un Hall détruit, à l'abri pour quelques secondes encore, comme si leurs amis ne perdaient pas la vie dans le champ de bataille.
-Tu as mis du temps à le dire, chuchota Hermione à son oreille.
Drago acquiesça lentement, dans un état second. Ses doigts frôlaient le ventre d'Hermione, créant une myriade de frissonnements de sa part, et leurs pensées allaient dans le même sens, à cet enfant tu.
Il aurait dû éprouver de la rancune, savoir qu'elle s'était jouée de lui. Mais il était soulagé qu'il ne soit pas question de la progéniture de Voldemort, et une paix s'insinuait tant en lui, à l'idée qu'elle ait eu leur enfant, qu'elle ne l'ait pas rejeté, qu'elle ait toléré cette idée…
Il se sentait lié à elle au-delà des mots, comme si un filet reliait leurs cœurs à leur insu, leur prodiguant des émotions, des sentiments communs, jusqu'à la fin des temps. Il était elle, elle était lui. Elle avait tout risqué pour le sauver à St Mangouste, et si Severus ne s'était pas mis en travers de l'avada, aujourd'hui, il serait mort pour elle.
Le cœur suffoquant sous le flot de sentiments puissants qui le parcourait, il se releva sur ses jambes. Il la maintenait fermement contre lui, doucement, chancelant.
-Je dois y retourner, assura-t-il, sans se reconnaitre.
Il aurait pu demeurer ici, à ses côtés. De toute façon, ce n'était plus qu'une question de minutes. Ils allaient tous trépasser.
Mais il était un homme libre, un homme fort qui tenait ses engagements, qui choisissait la voie qu'il empruntait. Et ni Pansy, ni Blaise, ne s'éteindraient seuls.
-Je viens avec toi, répondit Hermione.
-Hors de question, répliqua Drago.
À cet instant, Pansy revint vers eux, courant comme si elle avait le feu aux trousses.
-On est mal ! On est mal ! hurla-t-elle, paniquée.
Brusquement, tout s'effaça autour d'eux. Le décor s'estompa autour d'eux, cette bulle qu'il avait déployée, comme un cocon. La guerre leur revint de face, et Hermione tira sa baguette, repoussant sèchement Drago. Les cris s'amplifièrent à leurs oreilles, leur parvenant du Parc.
-Tu ne participeras pas, siffla Drago à Hermione.
Hermione ne riposta pas, et fixa Pansy.
-On en est où ?
-MAL ! répéta Pansy en jetant un coup d'œil affolé à l'extérieur. On ne tiendra plus dix minutes… On est à peine cinquante, ils sont au moins mille !
-OUAIS !
C'était la voix de Ron, elle provenait de l'extérieur, et était percée d'un véritable soulagement. D'un même ensemble, Pansy, Hermione et Drago pivotèrent sur eux-mêmes.
Qu'est-ce qui pouvait provoquer l'apaisement du rouquin, dans de telles macabres circonstances ?
Sans se concerter, ils fusèrent, dévalèrent les marches qui conduisaient au Parc, et s'immobilisèrent. Hermione maintenait son bas-ventre douloureux d'une main, et, de l'autre, pointait sa baguette magique.
Sur l'herbe du Parc, les brins d'herbe se teintaient de rouge. Des centaines de corps tombés, laissaient percer leur peau claire, comme outrageant la verdure sanguinolente. Les angles des bras, les postures des mains brandies en dérisoires défenses… Drago avala lentement sa salive. Il connaissait tant de ces personnes… Le flux vivant dans ses veines, gonfla. Comment tous ces gens avaient-ils pu décéder si rapidement ? Pourquoi lui, était-il toujours en vie ?
À quelques mètres, les gargouilles, les Géants, et les Trolls, se livraient à une lutte sans pitié. Les armures de fer se mêlaient à eux, s'empoignant, se jetant sur le côté.
Les loups-garous étaient inoffensifs à présent, mais les mangemorts, les acromentules et les Détraqueurs, anéantissaient les derniers membres de l'Ordre. L'Ordre ne comptait plus qu'une poignée d'hommes et de femmes, rassemblés, qui brandissaient leurs baguettes, se protégeant mutuellement.
Les fantômes les encadraient, brouillant la vue des ennemis par leurs corps translucides, et encourageaient vivement les élèves restants de Poudlard.
Les elfes de maison s'acharnaient, ils avaient formé une troupe avec les centaures, devenant virulents. Des sirènes aussi, rampaient hors de l'eau, et attiraient les mangemorts dans leurs griffes, avant de les engloutir dans les flots et de les noyer.
Malheureusement, tout cela était insuffisant. De plus, Potter et ses parents persistaient à se taire, et aucun signe d'eux n'avait été donné, malgré la recherche virulente qu'effectuait Voldemort.
Jusqu'à ce qu'une silhouette perce les nuages. Un demi-géant chevauchait un hippogriffe et, à vive allure, ils fusaient vers l'attroupement impressionnant.
Les poursuivant, une quinzaine de carrosses de Beaux-Bâtons.
-OUI ! cria victorieusement Angelina, reprenant la fougue de Ron.
Hagrid bondit du dos de Buck, se joignant à la bataille. Le sol trembla lorsqu'Hagrid atterrit brusquement dessus, provoquant la chute de trois mangemorts.
Dans un même ensemble, les portières de chaque carrosse glissèrent sur leurs gonds et s'ouvrirent en grand. En plein vol, près de deux cents élèves en jaillirent, réduisant leurs chutes d'un mouvement de baguette, parant également les sorts qui affluaient déjà.
Drago aperçut nettement le fantôme de Fleur Delacour fuser vers sa jeune sœur, ainsi que la directrice de l'école, Mme Maxime, se poser au sol avec ses élèves.
Un vent de soulagement passa. Tout n'était peut-être pas perdu.
La forêt interdite subit une brève secousse ; Hagrid n'était pas venu seul. Graup se frayait un chemin jusqu'à l'Ordre, soutenu par une demi-dizaine de ses semblables.
-On ne va pas mourir ! gémit Fred, soulagé.
-Heureusement ! renchérit Georges. Imagine qu'on soit brusquement devenus aussi intelligents que Percy !
-Terrassez-les tous ! grinça la voix de Voldemort. Potter, ose te montrer, ou je tuerai chacun de tes amis !
Les yeux rouges luisant de folie de Voldemort se fichèrent dans ceux d'Hermione.
Hermione le soutint une fraction de secondes, puis accourut vers l'Ordre, talonnée de Drago et de Pansy. Tous trois, soulevés par cet espoir titanesque que tout ne s'achèverait peut-être pas aujourd'hui, affluaient vers leurs amis.
-Pourquoi sommes-nous si peu nombreux ? haleta Hermione à Pansy.
-Je n'ai rien pu faire ! justifia la Serpentarde, en jetant un coup d'œil à Ron, dont le bras était ensanglanté.
-Mais vas-y vite ! s'écria Hermione. Je te couvre, fonce, Pan ! Lance le signal !
Les sorts fusaient des deux camps, et l'arrivée des Géants qui s'alliaient à eux, et de l'école de Beaux-Bâtons, avaient soudé les rangs.
Pansy obtempéra, et tourna les talons. Elle s'élançait vers le château, sous le regard flamboyant d'Hermione. La Gryffondor leva sa baguette, auréolant la Serpentarde d'une protection infaillible, réduisant à néant les trois Stupéfix, les deux Doloris, et les cinq Avada qu'elle reçut simultanément.
-Hermione ! s'exclama Blaise, en se tournant vers elle. Tu es vivante ! Ou alors, ton fantôme est très réel, mais…
-Blaise, arrête de divaguer quand tu paniques, ce n'est pas le moment, lâcha distraitement le fantôme de Narcissa en se rapprochant.
Hermione dévisagea Narcissa, plus particulièrement l'enfant qu'elle serrait contre elle. Pansy s'était infiltrée dans le château, elle ne craignait désormais plus rien…
Hermione effectua un pas vers le bambin, presque insensible aux charmes qui sifflaient à leurs oreilles. Drago virevoltait à ses côtés, Angelina également, Blaise et Luna, Ron s'était joint à eux, entrainant bon nombre des Weasley, des professeurs de Poudlard, Lupin et Thonks, Andromeda…
Elle ne voyait plus rien d'autre, obnubilée par l'enfant. Son souffle se heurtait dans sa gorge, et, inconsciemment, elle porta une main à son ventre qui se réveillait.
Au ralenti, elle hissa ses doigts jusqu'à effleurer la joue du petit. Emerveillée, elle visualisa l'enfant, tourner son visage vers elle, et ouvrir ses yeux.
Hermione se perdit dans son regard, et, une larme glissa entre ses cils. Tous les sons s'étaient amortis autour d'elle, et ses amis, qui formaient un cercle étroit autour d'elle, la protégeaient tant bien que mal, durant son inconscience.
Aussi, elle ne vit pas l'éclair rouge fuser vers elle. Elle ne vit rien, juste l'enfant. Blaise entrevit l'éclat vermillon.
-Non !
Brusquement, Blaise la poussa, la projetant au sol, recevant le sort de pleine face.
Il sentit son corps se soulever, et s'effondrer contre une motte de terre, quelques mètres plus loin.
-Blaise ! hoqueta Luna, dans son dos.
Des bruits de pas se rapprochaient de lui, et en quelques enjambées, Drago, Hermione, Luna et Ron, tombaient à genoux contre lui.
-Oh non, gémit Luna.
Le corps de Blaise était zébré de longues estafilades desquelles jaillissait un flot de sang. Il blêmissait de seconde en seconde, et ses propos devenaient confus, troubles.
-Blaise, non, murmura Luna.
-Tu es un idiot, Zab, tu sais ça ? souffla Drago, renversé.
Lentement, Blaise orienta ses prunelles sombres vers celles, acier, de son meilleur ami.
-Je ne t'ai pas vu sourire depuis des semaines, avoua Blaise. Depuis des mois. Si Hermione est celle qu'il te faut pour… vivre… Alors je ne suis… personne pour m'interposer… D'ailleurs, je n'aurais… jamais dû… j'aurais dû te faire… confiance… Excuse-moi pour tout, mec…
Il s'excusait d'avoir révélé la mission à Hermione. Même si celle-ci paraissait ne jamais avoir quitté l'Ordre, cela avait perturbé Drago et avait failli le faire déserter le champ de bataille.
Drago releva son visage détruit vers Hermione.
-Dis-moi que tu peux faire quelque chose ! supplia-t-il en considérant son collier.
Mais Hermione fixait le métis, les sourcils froncés. Ses réflexions furent interrompues par un craquement sonore. Puis par un second. Encore un troisième, un quatrième, un cinquième, une dizaine d'un coup, près d'une centaine… Un déferlement de craquements, tandis que des centaines de sorciers surgissaient du néant, dans des éclairs blancs, des zébrures qui provoquaient les pleurs de l'Ordre, qui n'y croyait plus.
L'Angleterre se réveillait, et les sorciers prenaient d'assaut le château, venant soutenir leurs amis, comme ils l'avaient fait pour Le Ministère, puis pour La Gazette.
Et puis, Pansy jaillit du château, accourant aux côtés de ses amis, un sourire gigantesque aux lèvres. Il s'effaça brusquement, en avisant l'état de Blaise, et elle se précipita vers lui.
-Non ! s'écria Pansy. Blaise !
Luna pleurait, le visage enfoui entre ses mains.
-Il faut agir, murmurait Luna, en se balançant d'avant en arrière.
-C'est étrange, soufflait Blaise. Je suis recouvert… de sang. Et je n'ai pas peur.
-Je ne connais pas le sort ! lâcha Hermione, blême, répondant avec un temps de retard à Drago. Pourquoi t'es-tu mis devant, Blaise ? Pourquoi as-tu fait ça ? Je croyais… je croyais que tu avais toujours été faux avec moi, uniquement motivé par ta mission…
Blaise la vrilla un instant de ses iris ténébreux. Ses paupières s'alourdissaient.
-Alors… tu n'as rien compris aux Serpentards, pouffa-t-il à moitié dans son glissement de conscience.
Les pleurs montèrent aux yeux d'Hermione et elle baissa ses cils, honteuse, ses doigts cramponnés à des brins d'herbe
-Il faut l'amener voir Pomfresh ! s'exclama Ron, se redressant. Si quelqu'un peut l'aider, c'est elle !
-Protego ! jeta Pansy, alors qu'un Avada effleurait Drago. Oui, il faut tenter ça, c'est notre seule chance…
-Maintenant, Tom, affronte-moi !
Chacun tressaillit, et, durant une seconde, ils relevèrent leurs visages. Les sorciers, les Détraqueurs, les elfes, les sirènes, les acromentules, les Géants, les Trolls, les centaures, Voldemort… un à un, ils orientèrent leurs regards vers Harry Potter.
-Harry ! s'exclama Ginny.
Il venait de surgir du Hall du château, encadré de plusieurs fantômes, ceux de ses parents, Sirius également, ainsi que celui de Dumbledore. Il tenait une cape entre ses mains ainsi que sa baguette, et avait planté ses yeux émeraude, dans ceux, rouge sang, de Voldemort.
Voldemort dressa la baguette de sureau, la tournant vers le ciel.
-Puisque vous osez résister, puisque Potter a finalement survécu, vous m'obligez à vous terrasser !
Un ébranlement saisit la terre, et nombreux chavirèrent. Une fente fissura le Parc sur une cinquante de mètres, et elle s'agrandit brusquement, comme intimée par un séisme. Heureusement, les personnes qui entouraient la faille s'écartèrent.
Dans le même laps de temps, Voldemort porta ses doigts osseux à la marque des Ténèbres. Des craquements résonnèrent de nouveau, alors que son armée s'enrichissait de nombreux mangemorts.
-Pansy, reviens de suite ! cracha sa mère, depuis les rangs de Voldemort. Reviens, tu nous fais honte !
La brune l'ignorait, dévisageant Blaise avec douleur.
-On se bouge de suite, assena brusquement Hermione en se relevant, reprenant pied.
Les sortilèges, les charmes et les attaques avaient repris leur cours, sauvages, assassins, meurtriers. Ils les frôlaient sans arrêt, relevant les cheveux emmêlés d'Hermione, effilochant leurs capes, les rasant.
-Luna, Ron et Pansy, vous conduisez Blaise à l'infirmerie, pressa Hermione, déployant un protego autour d'eux. J'ai lancé un sort qui doit stabiliser au moins l'hémorragie… Luna, tu resteras aider madame Pomfresh, tandis que…
-Mais…, débuta Ron.
-Ensuite, Ron, Pansy, vous prenez les élèves qui sont à la tour de Gryffondor, et vous les faites évacuer par le passage secret de la Salle sur Demande, poursuivit Hermione.
-Hermione, ça va aller ? chuchota Pansy.
-Oui, claqua Hermione. Allez-y vite, dépêchez-vous, ils vont tenter de s'infiltrer dans le château, et tous les sorciers ont leurs enfants ici… S'ils les prennent en otage, nous sommes finis.
Aussitôt, Pansy et Ron établirent une protection autour d'eux ainsi que de Luna et de Blaise. Luna fit léviter le corps de Blaise, et ils se dirigèrent vers le château.
Drago et Hermione échangèrent un regard. Les iris acier survolaient l'abdomen d'Hermione, sur lesquels les doigts de la Gryffondor étaient noués.
-Hermione ? appela Drago.
Elle venait de tomber à genoux, et, haletante, elle peinait à se remettre sur ses jambes.
-Maudite Gryffondor, gémit Drago en s'accroupissant à son niveau. Hermione, ça va ? Hermione ?
-Il faut la conduire avec Pomfresh.
La voix du fantôme de Severus, fit sursauter Drago. Ces fantômes devenaient trop nombreux à son goût… D'ailleurs, deux autres flottaient, suivant Hermione où qu'elle aille. Ses parents ?
Mais le combat s'intensifiait dans son dos, il fallait qu'il se joigne à eux ! Hermione était extrêmement faible, elle ne pouvait rester avec lui…
-Vas-y, Drago, murmura Narcissa.
L'esprit embrumé, Drago appela Ticky. Hermione tenta de résister, mais elle ploya sous la volonté de fer de Drago. Et lorsque l'elfe l'emporta pour la conduire auprès de l'infirmière, jurant de ne pas la laisser une seconde sans surveillance, Drago put enfin respirer. D'ailleurs, les deux fantômes qui filaient Hermione, empruntèrent le même chemin.
Drago tourna sur lui-même, et s'engagea aussitôt dans les combats, le cœur allégé.
Harry Potter les avait tous contournés, et encadré de plusieurs fantômes, avait engagé un combat avec Voldemort.
Voldemort. Il n'était d'autres personnes que Drago souhaitait achever, à présent qu'il discernait le fantôme de Lucius Malefoy, flotter au loin, sa cane d'argent perpétuellement dans son poing. Les assassins de sa mère.
Le seul apaisement qu'il avait pu obtenir, durant les dernières heures, était que Bellatrix n'avait jamais été informée de l'état d'esclave de sa sœur. Peut-être Narcissa n'avait-elle pas été publiquement humiliée devant l'ensemble des mangemorts…
Drago se mit aussitôt à courir dans la direction de Potter et de Voldemort. Il dut éviter les poings gigantesques des Géants, les charmes des mangemorts…
Potter commençait à se dessiner, sa silhouette se traçant. Comment diable avait-il survécu à l'avada ? Etait-il invincible ? Etait-il réellement l'Elu ? Certes, la prophétie existait, mais elle ne disait en aucun cas que seul Voldemort devrait passer l'arme à gauche !
-Drago !
C'était Bellatrix, sa voix glaciale et enfantine à la fois, si perdue dans sa folie, et dans l'adolescence qu'elle n'avait jamais voulu quitter, partagée entre Andromeda et Cissy…
Drago pivota vers elle, mais le fantôme de Narcissa s'interposa entre eux.
-Laisse-le Bella, souffla Narcissa. Laisse-le être libre.
Bellatrix se figea, et son regard sombre disparut derrière ses paupières lourdes. Elle paraissait peiner à respirer.
-Cissy, il ne peut pas… Il est avec nous, relança Bellatrix.
-Laisse-le être libre comme j'ai voulu l'être, murmura Narcissa.
Bellatrix s'écarta, détournant son visage, comme honteuse. Seules elles deux paraissaient pouvoir appréhender la portée des mots de Narcissa.
Drago allait reprendre sa course, lorsqu'il se figea.
Lentement, il observa les corps décimés qui s'étalaient au sol, les personnes qui pleuraient, celles qui ripostaient et qui luttaient, deux camps qui s'affrontaient pour que leurs générations futures connaissent ce qu'elles voulaient leur laisser.
Ses iris gris survolèrent Lucius, puis Bellatrix, Andromeda, plus loin, et enfin Narcissa qui ne lâchait jamais le bambin, et que Severus suivait comme son ombre.
Il réalisa enfin ce qui se déroulait. Depuis le début, il avait tout vécu sans trop y croire, mais désormais, tout était réel. La lutte, les flammes autour d'eux, le château démoli, les morts…
L'odeur pestilentielle soulevait son estomac, et les cris qui jaillissaient de toutes parts, faisaient rêgner une confusion inquiétante. Quelque chose de funeste subsistait, et cela étai accentué par les fantômes au corps grisâtre, au sang qui teignait l'herbe, aux appels à l'aide…
Un contraste perdurait ; celui, des cadavres, muets et calmes, allongés au sol, presque paisibles, et la tension, la haine, qui habitaient les vivants, qui les faisaient pousser des hurlements, danser, esquiver, bondir, lancer des charmes…
Hermione. S'il survivait, ils seraient ensemble. Le décès de cet enfant serait difficile à surmonter. Peut-être impossible. Mais ensemble, ils y parviendraient. Ils en auraient d'autres. Ils survivraient. Ils seraient ensemble. Pour toujours. Il fallait qu'il se rattache à cela, juste ça.
Drago leva sa baguette. Cette pensée le pénétrait, s'immisçait dans chacune de ses cellules, et Drago renaissait à chaque battement enfiévré de son cœur. Il allait vivre. Oui.
-Spero patronum !
Un aigle royal jaillit de sa baguette. Sa lumière blanche irradiait, et, d'un revers d'aile, il balaya une dizaine de Détraqueurs. Avec élégance, il s'éleva dans le ciel, puis, plongea vers un attroupement de silhouettes encapuchonnées.
Drago atteignit Potter une poignée de secondes plus tard. Le brun était en difficulté ; s'il esquivait bon nombre des sorts de Voldemort, il peinait à éviter ceux dont le mitraillaient plusieurs mangemorts, aux alentours.
-Malefoy a reviré sa cuti ? lança Sirius Black. T'es dans l'Ordre, Malefoy ?
Drago ne prit même pas la peine de lui répondre. Un déferlement de jets verts fusaient vers lui.
-Protego ! Stupéfix !
Désormais, les fantômes de Black, du couple Potter, de Dumbledore, de Severus et de Narcissa, se tenaient à leurs côtés.
-Je te couvre, Potter, mais débarrasse-nous de cette râclure ! cracha Drago dans sa direction. Sectusempra !
Harry lui adressa un coup d'œil ébahi, mais opina.
-Sale petit avorton, siffla Voldemort entre ses lèvres étroites. Tu vas payer, Malefoy, pour toi, et pour ton père, et pour ta traitresse de mère et pour Granger !
-Cela m'étonnerait, ricana Drago.
Drago repoussa deux mangemorts, et, sort sur sort, envoya valdinguer un troisième.
Un avada frôla son épaule, directement lancé par Voldemort. Drago se jeta au sol, et le jet vert transperça Yaxley.
Le blond se remit sur ses pieds. Déjà, un charme violet menaçait de le cribler ; mais, un écran apparu de nulle part, le repoussa souplement. Il venait de Pansy, qui, talonnée de Ron dont le bras était en écharpe, et d'Angelina, remontait le champ d'un pas précipité, dans sa direction.
Drago lui adressa un bref sourire, et jeta un « Doloris ! » à McNair. Celui-ci s'effondra à genoux.
-Où est Hermione ? s'enquit Angelina.
-En sécurité, promit Drago. Stupé… Ah !
Un sort de taille avait atteint sa jambe.
-Merde, jura-t-il en se courbant afin d'éviter une autre rafale. Et Blaise ?
-Pomfresh y arrivera, répondit Pansy.
-Pan, bafouilla Drago en appuyant sa main sur sa plaie, Weasmoche, il faut…
-Weasmoche ? répéta Ron d'un air narquois. Il faut quoi ? Tu crois que…
-Faut aider Potter ! reprit Drago, furieux.
-Ah mais c'est une véritable love story, commenta Sirius Black.
Ron, Pansy, Angelina et Drago –malgré sa blessure – réussissaient à éloigner les mangemorts, mais la victoire d'Harry n'était pas pour autant assurée. Dans leurs dos, il reculait, tenu en joue par Voldemort. Le Seigneur des Ténèbres détenait la plus puissante baguette, et la maniait avec une dextérité que le Survivant peinait à égaler.
Drago fit apparaitre un tissu, et effectua un garrot autour de sa jambe, grinçant des dents.
-Comment on se débarrasse de l'autre ? s'irrita-t-il à l'adresse de Dumbledore.
Dumbledore, assis en tailleur sur une surface de terre immaculée de sang, contemplait les combats avec un air intéressé.
-Se débarrasser de qui, monsieur Malefoy ? l'interrogea Albus, une lueur amusée dans ses yeux bleu clair.
-Mais de Voldemort, pas de Potter ! aboya Drago, haletant.
Une acromentule tentait de percer sa poitrine à l'aide de ses pinces, et, il venait de trébucher en tentant de la repousser. Ron vint à son secours, et d'un geste de baguette, envoya voltiger son agresseur.
-Pourquoi ont-ils collaboré avec les araignées ? balbutiait Weasley, en sueur. Pourquoi ?
-Je m'en fous, mais si tu veux survivre, on a intérêt à aider Harry ! lança Angelina.
Ils adressèrent tous quatre un coup d'œil à Potter, qui à présent, se défendait, sans pouvoir riposter, soutenu par sa famille.
-Il faut que seul un univers d'amour entoure Harry, pour qu'il réussisse, révéla soudainement Dumbledore. Drago, vous devez témoigner autre chose que de la haine pour lui.
-Oh oh ! s'exclama Sirius en frottant ses mains.
Drago secoua sa tête, et évita un sortilège, ralenti par sa cuisse. Dumbledore n'était tout de même sérieux ? Et pourquoi le Black lui collait-il autant à l'arrière-train ? Ne pouvait-il pas aller soutenir son filleul ?
-C'est dément, ce que vous dites ! s'exclama Drago envers Dumbledore.
-Oui… c'est souvent pour cela, que ça fonctionne, ajouta Albus.
-Merde Drago, on te demande pas de lui rouler une pelle ! vociféra brusquement Angelina.
Elle était un peu trop flamboyante, celle-là. Pas étonnant qu'elle et Hermione s'entendent si bien !
Un Géant s'avança jusqu'à eux. Le sol chaloupait sous leurs pas, à mesure qu'il se rapprochait. Drago, incertain par sa jambe meurtrie, bascula. Pansy et Ron se mirent à ses côtés, lançant aussitôt plusieurs sortilèges. Aucun ne fonctionnait, et ils avaient beau les alterner, le Géant, imperturbable, se saisit d'un bloc de pierre qu'il brandit au-dessus de sa tête.
-On est morts, couina Pansy.
Angelina les écarta, et fonça vers le Géant. Elle s'enfonça habilement entre ses jambes, et jeta un charme sur une verrue proéminente qui se tenait à la base de sa nuque.
Elle renouvela son geste. Interloqué, le Géant ouvrit ses mains, lâchant le bloc de pierre, qui s'écrasa sur sa tête dans un craquement sinistre.
Angelina se poussa, et il dégringola au sol. Elle revint vers les trois autres, d'un air tranquille.
-Soins aux créatures magique, programme de cinquième année, railla-t-elle.
Mais ses yeux s'agrandirent d'effroi, visualisant quelque chose qui se passait derrière eux. Drago, Ron et Pansy se tournèrent, et horrifiés, aperçurent Potter, faible, emporté par une bourrasque magique, se faire pulvériser vingt mètres plus loin.
-Po-Potter ! balbutia Drago. Je ne te hais pas ! Je t'aime bien même !
Harry se redressa lentement, et lui décocha un coup d'œil incrédule.
-Qu'est-ce qu'il attend, alors ? s'étonna Drago auprès de Dumbledore. Allez, qu'il le terrasse !
-Oh mais votre déclaration ne lui est d'aucune utilité, répondit Albus.
-Hein ? s'écria Drago, scandalisé.
-Oui, je voulais juste voir jusqu'où tu pourrais aller, avoua Dumbledore, pas repentant, tandis que Ron riait nerveusement.
-Il va se faire tuer, Albus, siffla Rogue en désignant Harry. Cessez vos plans aliénés et aidez-les, que nous ne soyons pas morts pour votre plaisir !
-Oui, je sais bien… Drago ? L'unique moyen d'achever Voldemort est certainement l'épée de Gryffondor. Voldemort me parait résistant, je me demande si en tuant Severus, il n'a pas fait de la baguette de sureau, un nouvel horcruxe…, lâcha Dumbledore d'une voix tranquille.
Drago perçut sa mâchoire se décrocher. Non seulement Dumbledore le faisait s'humilier, en lançant des déclarations douteuses à Potter, mais en plus, il savait ce qu'il fallait faire ! Et pour couronner le tout, il abordait une éventuelle renaissance de Voldemort comme s'il établissait les nouvelles options que l'on proposerait aux cinquième année…
-Un nouvel horcruxe ? murmura Ron, blanc comme un linge.
Drago n'écouta pas même la réponse du vieux directeur. Il lança un regard à Pansy, et tous deux se ruèrent vers l'emplacement du cadavre de Londubat.
Oui, les conditions à réunir pour l'élaboration d'un horcruxe étaient présentes. Le sacrifice d'une personne, la mort donnée intentionnellement, et à l'aide d'un Avada direct.
Oui, peut-être que Voldemort avait voulu faire un horcruxe de l'enfant qu'il aurait eu d'Hermione. Celle-ci se serait sûrement mise en travers de l'Avada que Voldemort aurait pu jeter à l'enfant.
Un frisson répugné prit Drago.
La silhouette décharnée de Neville se traçait. À ses côtés, une vieille femme pleurait. Sa grand-mère, pour ce que Drago en savait. Elle sanglotait, et ce n'était pas étonnant. L'ultime personne pour laquelle elle luttait, pour laquelle elle se maintenait en vie, s'était éteinte. Et même l'esprit de Londubat, installé à ses côtés, ne pouvait la réconforter.
Drago éprouva une vague de remords. Il ralentit et fut soulagé d'apercevoir l'épée à plusieurs mètres de la dépouille. Il n'aurait pas à affronter le désespoir de la vieille femme.
Pansy attrapa l'épée, la lui tendit et, tous deux reprirent le chemin en sens inverse.
La bataille était désormais un véritable carnage. Voldemort avait soi-disant voulu minimiser la perte de sang sorcier, cependant, concrètement, il en était tout autrement, car les cadavres s'amoncelaient. Toujours plus farouches, les sorciers déployaient leurs forces, rugissant de chacun des côtés. Les élèves, l'Ordre, les anglais, les mangemorts, les aurors… Une véritable valse, et les jets de lumières tirés de partout, éclairaient les lueurs démentes qui miroitaient dans de nombreux regards.
Drago et Pansy traversaient cet océan d'ombres et de lumières, serrés l'un contre l'autre, leurs baguettes brandies, se hâtant, ralentis par le boitement de Drago. Si Potter trépassait, ils seraient tous morts. L'empire de Voldemort. Hermione, Pansy, Drago, Blaise… Trahison à haut niveau. Drago n'osait imaginer ce qu'il adviendrait d'eux…
Drago lorgna, plus loin, son aigle, qui repoussait toujours avec autant de vigueur, les Détraqueurs qui planaient.
Une seconde, il songea à Hermione et à Blaise. Il pria pour que l'infirmerie soit bien gardée. Si ce n'était pas le cas, au moins, Ticky les protègerait.
Le soleil était haut à présent, mais un vent glacial faisait vibrer les capes et l'herbe sanglante. L'odeur putride des cadavres, de mort, souillait les lieux, vrillant l'odorat de chacun…
-C'est infect, marmonna Pansy en enfouissant son nez dans le col de sa veste, marchant à l'aveuglette.
Drago entrevit Butcher et Ham, qui luttaient encore. Au sol, il distingua Tonks, sa cousine, décédée. Il n'avait pas la force de chercher, mais il savait qu'elle devait errer non loin de là, sous forme de fantôme. D'ailleurs, il se demanda combien de temps encore, ces fantômes demeureraient avec eux. C'était la pierre qui les avait fait apparaitre, ils n'étaient pas de même nature que le Baron Sanglant ou la Dame Grise… et cette pensée le fit battre plus rapidement des cils. Narcissa, l'enfant, et Severus, disparaitraient bientôt. Et pour toujours.
Des elfes de maison s'acharnaient également, brandissant des poêles, assommant avec, ou bien jouant de leurs doigts pointus, scandant sortilège sur sortilège.
Drago discerna Tracey et Bullstrode. Elles prenaient part aux festivités. Les Greengrass également, et Drago se précipita, évitant intentionnellement les yeux amoureux d'Astoria.
Plus loin, Greyback effectuait des ravages. Même de jour, il mordait, et ses crocs se plantaient avec virulence dans les chaires fraiches qui l'entouraient. D'un coup de main sec, il repoussa Cho Chang, inerte, et se rua sur un jeune auror.
Drago détourna la tête avec répulsion.
-Accélère, Drago, accélère, supplia Pansy du bout des lèvres, remuée par le décor qu'ils traversaient péniblement.
Le cœur battant, il obtempéra. Il espérait que Potter serait à la hauteur. Sinon… Il valait mieux ne pas méditer là-dessus.
Sur leur gauche, le château finissait de tomber en ruine. Trois tours s'étaient écroulées, et la cour intérieure, qu'une brèche béante dans le mur dévoilait, était retournée. Des ogres saccageaient tout, abattant leurs poings dans la pierre des colonnes.
Quelques Géants de Voldemort s'approchaient de la tour de Gryffondor, et Pansy fut soulagée d'avoir, ainsi que l'avait ordonné Hermione, mis les jeunes en sécurité.
Drago repéra Andromeda, près du cratère qu'avait produit Voldemort durant son accès de fureur. Elle protégeait le cadavre de Tonks, que des acromentules se disputaient.
Depuis qu'ils avaient quitté le groupe, seules deux minutes avaient défilé.
Enfin, entièrement retournés par ce qu'ils venaient de voir, Pansy et Drago parvinrent au niveau de Ron, d'Angelina, et des nombreux fantômes. Devant eux, près du Lac Noir, Harry avait désormais la lèvre fendue, et claudiquait péniblement, tandis que Voldemort ne paraissait pas faiblir.
Potter était vivement encouragé par les sirènes qui scandaient une litanie entrainante, toutes leurs voix mêlées et portées haut.
Le garrot de fortune que Drago avait établi à sa jambe, commençait à être imbibé de sang, et le blond glapit. Leur course avait développé la douleur de sa plaie.
-Allez, bouge-toi ! s'exclama Angelina. Plus le temps passe, plus les gens tombent !
Son intonation laissait suinter la panique qui la rongeait. Drago mit de côté la souffrance qui déferlait depuis sa jambe, et, boitillant, s'approcha de Potter.
-Eh bein, t'en as mis du temps, blondinet, pouffa Sirius Black.
-Patmol ! réprimanda James Potter, à plusieurs pas.
-Vite, Malefoy ! s'écria Lily. Harry ne tiendra plus longtemps !
Drago perçut que Severus et Lily se dévisageaient. Mais il n'y prêta pas attention, et se précipita vers Potter. Il fallait en terminer.
Drago entendait les pas d'Angelina, de Ron et de Pansy dans son dos, lui indiquant qu'ils le poursuivaient.
-Potter ! appela Drago. Potter !
La silhouette de Dumbledore s'était redressée, et il filait vers eux à toute allure. À cet instant, Harry se retourna et Drago jeta l'épée à ses pieds. Le brun s'effondra au sol, balayé par un nouveau sortilège de Voldemort.
Voldemort relevait encore la baguette de sureau, et ses lèvres formaient les mots ultimes.
Drago, Ron, Pansy et Angelina accélérèrent, dressant leurs bâtons magiques à leurs tours, déployant une bulle protectrice autour d'Harry.
-Experlliamus ! tonna la voix d'Hermione.
Drago dévisagea, furibond, le corps frêle d'Hermione remonter vers eux, alors, qu'entre ses mains, elle détenait désormais la baguette de Voldemort. Elle était talonnée de Ticky, honteuse, et de ses parents certainement, sous forme de fantômes.
-Sale petite catin ! vociféra Bellatrix.
-Bella ! protesta Narcissa. Non !
Mais Bellatrix fusait vers eux. Dans le même laps de temps, Drago attirait Hermione vers lui, les yeux d'Hermione s'obscurcissaient, et Harry saisissait le manche de l'épée en se relevant.
-Je vois dans ton cœur et je vois ta peine, souffla la baguette de sureau, d'entre les mains d'Hermione.
-Rendez-moi ma baguette, miss Granger, murmura Voldemort d'une voix froide qui les fit tressaillir. Je vous épargnerai éventuellement…
Bellatrix s'apprêtait à se jeter sur Hermione, son poignard à la main, mais un râle noir émanant de la baguette de sureau, la repoussa brutalement.
Hermione, immobile, ses prunelles grandes ouvertes tournées vers la baguette, buvait ses paroles.
-Et ton cœur est noir, reprenait la baguette. Et ton cœur n'existe plus, la magie noire t'a contaminée, tu es l'une de nous… Rejoins-nous, et détruis. Ecoute la douleur qui est en toi…
-Hermione, n'écoute pas, supplia Drago en posant ses lèvres contre sa tempe, ses mains devenant moites.
Cet évènement avait soudain mis fin à la lutte qui sévissait entre Voldemort et Harry. Les fantômes de Black, des parents de Potter, de Dumbledore, de Severus et de Narcissa, Ron, Pansy, Angelina, Harry, Voldemort… chacun était tourné vers Hermione.
Ses mains tremblaient et elle ne pipait plus un seul mot, ses iris noir charbon.
-J'ai vu ta douleur, et je sais ta souffrance. Tout peut s'arrêter aujourd'hui.
-J'aime Drago, chuchota Hermione.
-Moi aussi, je t'aime, lâcha aussitôt Drago.
Il connaissait les yeux d'Hermione par cœur, et l'ambre qui les habitait depuis plusieurs jours, lui manquait. Il redoutait ce qui allait arriver, il percevait son sang qui s'était glacé dans ses veines, et ses jambes risquaient de le faire s'écrouler d'un instant à l'autre, tant elles étaient faibles.
-Choisis-nous. Avec la pierre, nous ferons revenir ton enfant. Tu as la puissance de tous les tuer, renchérit la baguette.
Doucement, le fantôme de Narcissa s'approcha d'Hermione. Elle pencha ses bras, jusqu'à incliner le bambin vers Hermione. Le gazouillis de l'enfant captura l'attention d'Hermione.
-Hermione, tu nous as nous ! scanda Ron en s'approchant. Hermione !
Cependant, la magie noire avait été bien trop pratiquée durant des mois, durant trop de temps pour que cela soit anodin, pour qu'aucune répercussion ne se fasse.
-Hermione, je suis là pour toi, jura Angelina.
-Moi aussi Hermione, rappela Pansy.
-Blaise s'est sacrifié pour toi, chuchota Drago à son oreille. Je… j'ai voulu donner ma vie pour la tienne.
À sa plus grande honte, devant un tel assemblement, il sentit ses yeux se liquéfier, et des larmes chaudes rouler dans son cou.
-Hermione, je me bats pour toi aussi, aujourd'hui, cria Harry.
-Que de niaiserie, ricana froidement Voldemort. Vous allez finir par lui arracher des pleurs.
Il leva sa main, s'apprêtant à reprendre son bien, mais, Hermione venait de lancer la baguette à Harry. Ses réflexes d'attrapeur jouèrent pour lui. Leste, il saisit le bâton de bois en plein vol, et le trancha en deux, à l'aide de l'épée.
Une épaisse fumée noire s'en dégagea, alors qu'un hurlement à faire éclater les vitres, provenait de Volemort.
Aussitôt, le Seigneur des Ténèbres dressa ses mains en direction d'Harry. Une flamme verte jaillissait de ses paumes jointes…
-Harry ! s'exclama Hermione, revenue à elle, les yeux chocolat.
Son appel fut repris par les fantômes, par chacun. Le Survivant brandit l'épée devant lui, et les sorciers qui l'entouraient, déplièrent leurs bras, dardant un puissant bouclier. Le sort ricocha sur la protection, et fondit vers Voldemort.
Dans le même élan, Harry suivit le charme turquoise, l'épée en avant, et, enfonça l'épée dans le buste de Voldemort, au moment où son sortilège destructeur le percutait.
Harry lâcha la poignée. La fumée noire de l'horcruxe se dissipa.
Le corps de Voldemort bascula lentement en arrière.
-NON ! MAITRE !
Bellatrix fut répétée par des centaines de mangemorts. Elle dérapa sur l'herbe humide, reprit son zèle, et déguerpit vers la dépouille.
Succinctement, les bras gauches de Pansy et de Ron se mirent à saigner, terminant là un Serment Inviolable.
Peu à peu, les fantômes que la pierre avaient fait apparaitre, se dissipèrent.
-Maman ! Severus ! appela Drago, blême.
-Drago, le pressa Narcissa. Ma tombe est au Wilmcoft Cimetière, dans le Nord. Trouve-la, et entrepose-la où tu vivras, je demeurerai sous forme de fantôme avec toi, pour toujours…
-Drago, ajouta Severus, dans ma cape, il y a des souvenirs. Prenez-les. Prenez soin de vous.
-Je suis tellement fière de toi, chuchota Narcissa, les yeux trempés.
Des appels et des craquements sonores créaient un chahut infernal. Les acromentules se repliaient en vitesse, tandis que l'Ordre, les aurors, et les secours, projetaient un sort anti-transplanage sur Poudlard, afin de retenir les mangemorts restants. La chute du Lord provoquait la fuite de centaines de fidèles, si bien que les restants n'avaient plus aucune chance.
Les fantômes s'estompaient de plus en plus.
Hermione et Drago purent seulement jeter un coup d'œil à leur enfant, et celui-ci disparut.
Hermione empoigna violemment la main de Drago à cette vision, et il gémit.
Harry échangea quelques phrases avec ses parents, avec Dumbledore, puis Sirius, et ils se volatilisèrent. Finalement, Hermione pivota vers les deux fantômes qui l'avaient traquée tout le long.
-Je suis tellement désolée, sanglota-t-elle en agitant sa baguette.
Leurs prunelles s'éclaircirent, et ils parurent quitter la confusion dans laquelle ils étaient depuis longtemps. Un oubliette se rompait.
-Her… Hermione ? balbutia l'homme.
Mais déjà, son corps se défragmentait.
-Ne sois pas désolée, chérie, nous t'aimerons toujours, chuchota la femme.
Et tous deux ne furent plus à leur tour. Angelina s'approcha d'Hermione passant un bras autour de sa taille, comme pour la soutenir.
-Est-ce qu'on a… vraiment gagné ? lâcha finalement Pansy, hagarde.
-J'ai cru qu'on en viendrait jamais à bout, révéla Ron en s'essuyant le front de son bras blessé.
-Il faut qu'on aille se soigner, songea Hermione à haute voix. Et voir Blaise ! C'est de la folie, j'y crois pas…
Leur groupe se démantela. Ron et Harry prirent la direction des Weasley, tandis qu'Angelina gagnait les rangs de Beaux-Bâtons afin de discuter avec ses anciennes camarades.
Les luttes avaient cessé, et désormais, les incarcerem fusaient de toutes parts, regroupant tous les mangemorts et les anciens loups-garous. Les Trolls et les Géants avaient été maitrisés, et reposaient dans un coin.
Les Détraqueurs étaient enfermés dans une bulle où leurs spirales négatives étaient incapables d'atteindre les sorciers désormais.
Les sirènes avaient repris une mélodie joyeuse, et leurs cordes vocales vibraient souplement, emplies d'allégresse, et d'une mélancolie lourde, suffocante.
Hermione, Pansy et Drago partirent vers le château – le blond s'arrêtant un instant pour récupérer les souvenirs de Severus, ainsi que pour demander à ce que son corps soit transféré au manoir Malefoy.
Puis, Drago enlaça Hermione. Côte à côté, ils suivirent Pansy dans le dédale de couloirs du château ravagé.
Oui, des réparations de masse allaient devoir s'effectuer, mais cela était le dernier de leurs soucis.
Oui, il faudrait qu'Hermione et Drago discutent sérieusement de tout ce qui s'était déroulé depuis des mois, de cet enfant, de leur futur…
Oui, il avait perdu son père. Voir les fantômes se dissiper avait achevé son cœur. Oui, il avait souffert. Non, il ne serait plus malheureux. Il allait faire des choix, il serait un homme libre, sûr de lui.
Oui, une vie entière restait à construire.
Et ce ne fut que lorsqu'ils entendirent Blaise se glorifier que la vue du sang ne l'intimidait plus, qu'ils purent enfin rire. Rire. Et le soulagement qui transperçait leurs rires les portait loin. Haut, haut, très haut. Dans le ciel. Par-delà les nuages, surplombant les étoiles, quelque part entre Mercure et le Soleil. Là où la chaleur faisait fondre la moindre résistance.
La chaleur d'une victoire, d'un rire, d'une étreinte. La chaleureuse paix que des mois glaciaux venaient de faire aboutir. Paix.
HHHH
-Et un, et deux, et trois ! Hip, hip, hip, HOURRA !
La phrase eut de nombreux échos, elle tourna, elle tournoya, elle passa dans chaque bouche, chaque lèvre se déforma pour la prononcer, pour lui donner son accent… Sa prononciation, une personnalité, une part infime de ce que chacun avait accompli pour sauver Poudlard. L'univers magique.
La porte qui séparait la Grande Salle du Hall avait été détruite et personne n'avait rétabli ce détail. On avait seulement retaillé la pierre à l'aide de baguettes. Cela demeurait grossier, mais au moins, la Grande Salle paraissait plus grande, ainsi liée au Hall.
Le Hall et la Grande Salle avaient été nettoyés par les elfes. La magie avait opéré, et un miracle s'était produit dans ces deux pièces.
On avait aménagé une estrade, chacun mettant la main à la pâte. Scrimgeour s'était prononcé, entamant un discours assez bref. Puis, d'autres lui avaient succédé, rendant hommages aux morts. À présent, la nuit était tombée, et les Bizar'Sisters déchainaient le public, arborant un air rapide, presque fou.
Des centaines de tables rondes se dressaient de parts et d'autres des Salles. Des plateaux magiques, recouverts de garnitures, se promenaient parmi les invités.
Tout cela avait été rapidement mis sur pieds. Le plus long avait été de restaurer les lieux, d'encercler les mangemorts, de les conduire au ministère, de reconnaitre les corps…
Il était presque incongru qu'en dépit de tous les décès qui accompagnaient cette journée, l'on puisse penser à fêter quoi que ce soit.
Il avait également fallu aller chercher les jeunes élèves, que Pansy et Ron avaient guidé jusqu'à la Tête du Sanglier.
Tout cela avait demandé une énergie considérable.
Mais c'était terminé. Et les salles, richement décorées, tourbillonnaient de couleurs, d'esclaffements, de lumières, de félicité…
La table la plus allègre était la leur.
Hermione, Drago, Blaise, Luna, Pansy, Ron, Harry, Ginny et Angelina.
L'alcool coulait à flots, les plats défilaient sur leur table, et les taquineries s'enchainaient, les gloussement, et puis la tristesse qu'ils dissimulaient.
Chacun d'entre eux avait cumulé des surprises durant la journée, et, ils découvraient un à un, les rôles qu'ils avaient tous joué.
-Bon, lâcha Drago à Hermione, ok, je veux bien pour le chat… Même si j'ai quand même deux ou trois scènes assez intimes de moi où tu m'observais sous forme de chat… Et ça ne me plait pas tant que ça…
Hermione opina, les joues rouges, en portant un nouveau verre de whisky pur feu à ses lèvres.
-Mais Pansy, le Serment Inviolable, c'est quoi ce délire ? s'exclama Drago.
Aussitôt, Blaise, Luna, Angelina, Ginny et Harry se penchèrent.
-Ah ah, démasquée ! pouffa Hermione.
Hermione et Blaise étaient parvenus à quémander une autorisation auprès de Madame Pomfresh, malgré la gravité de leurs blessures. Ils pouvaient passer la soirée avec leurs amis, à condition d'être raisonnables. Mais visiblement, Hermione ne tenait pas parole, et Drago la surveillait d'un œil attendri.
Pansy expliqua alors à mi-voix, quelques évènements qui avaient conduit à ce Serment, et la portée de celui-ci.
-Je crois quand même, débuta Harry, que mes deux plus grands chocs, sont déjà, la déclaration d'amour de Malefoy… - des rires se déclenchèrent aussitôt – et d'avoir appris que ce même Malefoy nous avait aidés pour les horcruxes ! Merde Malefoy, ça me tue de le dire, mais c'est grâce à toi qu'on a réussi.
Ils levèrent simultanément leurs verres dans la direction du blond, qui tira un sourire en coin.
-Si j'avais su que Potter me dirait ça, un jour, fanfaronna-t-il.
-Ne délire pas non plus, c'est Harry qui a fait le sale boulot, claqua Ginny.
-D'ailleurs, Potter, reprit Drago, sans se départir de sa superbe, tu es réellement immortel ? Combien de fois peux-tu survivre à l'Avada Kedavra ?
Harry, hilare, répondit, et chacun tendit l'oreille dans sa direction.
Drago avait posé sa main contre la nuque d'Hermione, caressant lentement le début de sa crinière. Il la percevait, frémissante, contre lui. Ils avaient tant de choses à se dire, qu'ils ne parvenaient pas même à débuter une conversation. Pas même à s'isoler, douteux de ce qui en découlerait.
Mais une paix transcendait Drago, et il se sentait tant en fusion avec elle, qu'il pouvait patienter. Pour des années encore.
-Mais Harry, où étais-tu ? questionna Ginny. Quand tu as disparu, tout à l'heure.
-C'est vrai, ton corps s'est volatilisé, mais tu ne t'es pas manifesté avant longtemps, rappela Ron.
-Je suis parti au bureau de Dumbledore avec le directeur et mes parents, expliqua Harry. Il fallait… je devais être sûr que la pierre ne pourrait vraiment pas ressusciter qui que ce soit avant d'anéantir Voldemort.
-Oh, elle le peut, avoua Luna, d'une voix légère.
-Oui, confirma Harry. Mais tu avais raison, ils seraient malheureux. Seuls eux reviendraient, mais leurs âmes ne s'attacheraient pas aux corps.
Lentement, ils opinèrent, et Hermione se servit un nouveau verre qu'elle déglutit.
Ron avait du mal à parler, et Ginny aussi. Ils se forçaient à adopter une apparence joyeuse, soulagés de retrouver Hermione, mais nombreuses étaient leurs difficultés.
En revenant parmi les Weasley, ils avaient découvert le corps de Bill, et celui de leur père. Molly, d'ailleurs, ne participait pas aux festivités, elle était rentrée aussi vite que possible au Terrier.
Luna également, était terrassée. La mort de son père avait anéanti le semblant de famille qu'elle avait conservé.
Pansy avait paru insensible à l'incarcération de ses parents. Mais elle avait passé l'après-midi dans un laconisme inquiétant, et Ron s'attendait à la voir fondre en larmes d'un moment à l'autre. Il ignorait s'il aurait la force de la soutenir lui-même.
Pour Harry, l'annonce de la mort de Remus et de Tonks l'avait peiné. Andromeda s'occuperait de Teddy, son petit-fils, mais il avait promis de l'épauler. Andromeda ne l'avait pas vraiment écouté ; lorsqu'elle avait vu Bellatrix se faire conduire au Ministère, et le corps de Tonks s'éloigner d'elle, peu de choses avaient eu de l'importance.
Les aurors qui résidaient en faction dans le château s'étaient éclipsés. L'Ordre s'était dissipé dans le pays, repérant les fugitifs, démantelant les réseaux. De nombreux sorciers étaient repartis. Les élèves de Beauxbatôns demeuraient au château, en revanche.
-Vous savez qu'ils ont embarqué Tracey, Nott, Bullstrode et d'autres ? lâcha Ham en prenant place avec eux.
-Nott aussi ? releva Hermione, songeuse.
-Yep, approuva Butcher en s'installant.
-Je croyais que vous étiez proches, dit Pansy. Que cela vous affecterait ?
Ils haussèrent simultanément les épaules. La tablée entière battit des cils, alors qu'un flash blanc les assaillait, violentant leurs rétines.
-Vous êtes les guerriers ! Les sauveurs ! pépiaient les journalistes. Alors, donnez-nous vos anecdotes. Vous ne connaissiez pas la guerre, contrairement à la génération précédente. Quel effet avez-vous ressenti ? Avez-vous été choqués, ou apeurés ?
Depuis la fin des hostilités, les journalistes avaient envahi le château, espérant obtenir chaque témoignage possible, criblant chaque scène de photos… Drago avait été patient, n'en repoussant aucun. Jusqu'à ce qu'ils aient l'audace d'ouvrir la porte des cabinets, lorsqu'il y était.
Depuis, une des journalistes avait revêtu une perruque sur son crane rasé à blanc.
Rita Skeeter se pavanait plus loin. Elle était certainement la plus virulente, et si perfide, qu'elle les isolait afin d'être certaine qu'ils ne fuiraient pas.
-Je commence à regretter d'avoir exterminé le grand chauve, souffla amèrement Harry en les congédiant.
-Je crois que ce n'est que le début, murmura Ginny.
-Oh non… Si on leur envoie un Bourkus, ils ne nous embêteront pas, relativisa Luna.
-Pas s'ils sont munis de gousses d'ail ! répliqua Blaise,sceptique.
Tout cela ne convenait plus à Hermione. Elle riait à gorge déployée, oui, mais elle n'avait plus envie de réfléchir. Elle souhaitait tourbillonner. Virevolter, que le vent de sa danse effrénée, soulève sa robe de cachemire.
Elle voulait rire et pleurer. Elle était à deux doigts de s'effondrer, elle le percevait. Elle avait beau tout repousser, paraitre forte et brave, ces derniers mois l'avaient menée au bout d'elle-même.
Aussi, ses prunelles ambrées tournées vers la piste, elle attendit patiemment que les journalistes s'éloignent suffisamment. Lorsque cela fut fait, elle tira la bouteille de whisky à elle, et versa une loupée dans son verre, qu'elle sirota, muette.
Ham et Butcher se retirèrent. Elle perçut les regards de ses amis se poser sur elle.
-Je suis désolée… pour tout, avoua-t-elle finalement, sans oser soutenir leurs yeux.
-Tu ne nous as rien fait, répliqua Harry.
-Si.
Son ton ne tolérait pas de réponses. Les doigts de Drago tracèrent des cercles sur ses épaules.
-Je vous expliquerai tout… mais pas ce soir, murmura-t-elle, la gorge nouée. Ce soir… je veux oublier qui je suis, ce que j'ai fait, et pourquoi tant de gens sont morts aujourd'hui.
-Hermione, réprimanda Ron – car il savait ce qu'elle insinuait par là. Arrête…
-On fait des choix, et ils ne sont pas toujours bons, claqua Hermione.
Angelina se manifesta en se raclant la gorge.
-Cela dit, Hermione… Personne n'est éternel.
Hermione fit un geste de sa main, signifiant qu'il fallait laisser tomber. Elle s'appuya à la table et se releva sur ses jambes.
-Ce soir, je veux oublier, répéta-t-elle avec force en se tournant vers Drago. Ce soir, je veux danser.
Drago soutint la détresse de son regard ambré, et se leva. Il lui tendit sa main. Et soudain, il n'y eut plus qu'elle. Plus les Gryffondors et les Serpentards, et Angelina et Luna, à leur table, qui les observaient, surpris et touchés.
Il n'y eut plus rien d'autre qu'elle. Entièrement galvanisé, il tressaillit longuement lorsqu'elle joignit ses doigts aux siens, le suivant en direction de la piste.
Le cœur de Drago battait lourdement dans sa poitrine. Des bribes de cette longue année défilaient dans sa tête, les mois tumultueux où il n'affrontait rien, où il se laissait déchoir.
À présent qu'il avait décidé ce qu'il voulait être, il ignorait comment il avait pu se comporter de la sorte.
Ils pénétrèrent la piste sombre, et Drago rapprocha aussitôt Hermione de son torse. Elle nicha sa tête dans son cou, et il frémit, humant avec délice, le parfum vanillé embaumer.
Il la maintenait serrée contre lui, craignant qu'elle s'envole. La densité d'Hermione, tout ce qu'elle était, ce qu'elle avait accompli récemment, tout s'imposait à lui.
Les lèvres contre ses cheveux emmêlés, il se laissait aller, il peinait à croire qu'elle était là, vivante, dans ses bras, qu'elle avait bataillé à ses côtés, qu'elle avait tourné le dos au Lord… Il lui manquait des morceaux au puzzle, il n'appréhendait que peu de choses.
-Drago ? chuchota Hermione à son oreille. C'est à toi, que je dois le plus d'excuses.
Il baissa ses iris acier vers elle, la faisant frissonner sous la puissance de son regard.
-Je t'en dois aussi, lâcha-t-il. Je t'ai laissée seule face à beaucoup de choses.
-Non, tu étais toujours avec moi, rétorqua Hermione.
-Alors, tu n'as pas à t'excuser. Car ce soir, tu es avec moi.
Le sourire d'Hermione s'agrandit, et les larmes montèrent à ses prunelles chocolat.
Ils s'écartèrent, alors qu'Hagrid et Madame Maxime les éborgnaient presque en valsant rapidement.
-Je t'ai trahi, pourtant, chuchota Hermione.
Elle parlait de l'enfant. Drago remonta sa main, et effleura doucement sa joue. Leurs peaux collées, ils respiraient d'aise, et les lumières qui oscillaient au-dessus d'eux, les éclairaient brièvement.
-Il y en aura d'autres ? murmura Drago, en la scrutant, essayant de deviner jusqu'où elle concevait leur relation.
Le souffle d'Hermione se heurta à sa gorge. Un instant, elle se figea, et le détailla, la lèvre tremblante. Drago s'immobilisa à son tour. Il lui en coutait de s'ouvrir tant, tout son être le conjurait de se taire, de n'en révéler que le strict minimum.
Il redoutait de s'être trop avancé, d'avoir trop révélé l'importance qu'elle incarnait à…
Hermione se jeta contre lui, joignant abruptement leurs lèvres. Leur baiser fut long, et salé par les larmes qui coulaient sur leurs joues. Hermione l'enlaçait davantage, se plaquant contre lui, caressant ses cheveux dorés, éperdue dans leur étreinte.
Le rythme de leur danse était décalée par rapport à celui que proposait les Bizar'Sisters, mais ils s'en moquaient éperdument. Somme toute, cette danse calme convenait tout aussi bien à Hermione.
-Je t'aime, susurra Hermione à son oreille, sanglotant encore.
Drago referma ses bras autour de sa taille, inhalant profondément, se rassérénant de ce cœur qui battait à l'unisson avec le sien, de ce cœur qui tambourinait à ses oreilles, avec une déflagration plus forte encore, que la musique qui vrillait leurs tympans.
Même cet après-midi où ils s'étaient promenés en balai, avant qu'elle n'ait à partir pour Voldemort, il ne s'était pas tant senti uni à elle.
Alors, il décida de briser les barrières. Il colla son front au sien, et la lorgna :
-Je t'aime bien plus encore.
Hermione sourit, intimidée, et, sans décrocher leurs regards une seule fois, ils tourbillonnèrent sur la piste, toute la nuit, au rythme de la musique. Au rythme de leurs cœurs unis.
HHHH
Drago jaillit des souvenirs de Severus, l'estomac noué. Il s'effondra sur le canapé de la salle commune de l'appartement des préfets, les jambes en coton.
Il avait l'impression d'avoir été un pantin tout au long de cette année. Tout avait été prémédité, écrit même.
Severus et Dumbledore avaient tout organisé.
Drago éprouvait une fureur à cette pensée, et, en même temps, un grand trouble. Sans cette intervention, peut-être n'aurait-il jamais pu évoluer, peut-être aurait-il dû suivre aveuglément Voldemort et son père, les meurtriers de Narcissa tout en ignorant l'acte qu'ils avaient commis...
D'ailleurs, apercevoir sa mère, le lendemain de sa mise à mort, ainsi, assise sur son fauteuil…
Ses ultimes pensées avaient été pour lui. Elle avait laissé ce qu'il restait pour que Drago puisse se sortir de là. Sans tout cela, il n'aurait jamais su que la miss-je-sais-tout de Poudlard était… celle qu'il lui fallait. Celle sans laquelle il n'aurait jamais pu braver quoi que ce soit.
Toutefois, savoir que dès le départ, on les avait établis ensemble dans le but qu'ils se rapprochent… Lui déplaisait, laissant songer que cette relation avait été avisée depuis des mois par deux hommes bien rusés.
Il faudrait qu'il aille au coffre fort que lui avait laissé Narcissa, et qu'il en retire les souvenirs de sa mère. Andromeda avait déclaré que Narcissa en avait entreposé à son égard là-bas.
Du reste, il devrait également s'occuper de l'héritage Malefoy que le décès de son père allait engendrer. La fortune allait se déverser sur lui, et, pourtant, il avait envie plus que jamais, de faire ses preuves. De gagner cet argent de lui-même, de créer cette entreprise qu'il avait esquissée dans ses projets de fuite.
La fuite. L'intervention de Pansy, puis d'Angelina, et celle d'Hermione, avait tout changé. Tout s'était mué en plusieurs minutes pour lui, renversant tout ce qu'il croyait savoir.
Mais… à présent que tout s'achevait, il aurait bien aimé prendre Hermione avec lui et partir. Transplaner, la première destination qui leur passerait par la tête.
Les grands déserts Africain, les rizières asiatiques, les îles équatoriales… Le monde s'ouvrait à lui. À elle. À eux.
Avant cela, il aurait quelques papiers à faire. Enterrer Narcissa et Severus dans le jardin d'une maison digne. Le manoir Malefoy, avec toutes les souffrances dont il était synonyme, était exclu.
Une nouvelle demeure où il établirait leurs sépulcres. Drago était persuadé que Severus aurait également un fantôme. Etant donné qu'ils n'avaient pu partager leurs existences de leurs vivants, entravés par Voldemort, par Lucius, par leurs sangs, au moins, Narcissa et Severus se verraient unis dans l'infini.
C'était le plus beau présent que Drago pouvait offrir, à deux êtres sacrifiés pour lui.
Ses iris aciers pivotèrent vers la chambre d'Hermione, où la Gryffondor sommeillait encore.
Il ignorait quels seraient ses projets. Elle avait abordé l'Australie, où elle devrait récupérer deux tombes. Elle avait paru si nauséeuse à cette mention, que Drago n'avait pas eu la force de la questionner.
Drago s'enfonça dans le canapé, observant le jour se lever. Peut-être que Blaise avait eu raison sur toute la ligne. Que les yeux d'Hermione, ayant viré au marron récemment, signifiaient bien qu'elle ne lutterait pas aux côtés de Voldemort.
Hermione.
Ce prénom représentait tellement la jeune fille qui l'insupportait, avec ses dents longues, son sang sale et son savoir si vaste, et la femme qui l'avait supporté, qui l'avait aidé à être ce qu'il n'avait jamais cru pouvoir être…Que c'en était stupéfiant. Ce contraste l'emplissait d'amusement. Toutefois, c'était l'image de la femme qui l'emportait, et, il commençait tout juste à appréhender le rôle qu'Hermione détenait dans sa vie.
Il avait eu bien des révélations, lorsqu'il avait réalisé que par le refus qu'elle témoignait en ne désirant pas se rendre au Lord, il ne souhaitait pas la forcer. Il ne l'avait pas agressée, ni menacée.
Mais cet enfant… Il aurait dû être furieux qu'elle se soit servi de lui, qu'elle n'ait rien dit, qu'elle l'ait laissé spéculer sur la progéniture de Voldemort. Or… il avait été paniqué pour Hermione, à l'idée qu'elle succombe aux sortilèges dont elle la tiraillait.
L'amour qu'il portait à Hermione, était d'une richesse telle, qu'il ignorait si un jour, il en connaitrait l'intégralité. Il se surprenait à chaque heure, il s'étonnait lorsqu'il la prenait dans ses bras, se satisfaisant juste de son effluve, alors qu'il avait tant de questions à lui poser.
Seulement, il percevait son malaise, alors, malgré les tourments qui le ravageaient à l'idée qu'il ne connaissait rien d'Hermione, il se taisait. Il préférait savoir Hermione en paix, plutôt que de l'être, lui.
Des coups sourds furent frappés au portrait. Drago consulta rapidement sa montre. Sept heures.
Il se leva, et s'approcha du portrait. Le chevalier du Catogan demeurait muet, ce qui était une réelle bénédiction en soi.
Une quinzaine d'aurors, baguette au poing, lui firent face.
-Etes-vous bien Drago Lucius Malefoy, né le 05 juin 1980 ?
Drago blêmit, et faillit perdre de sa superbe. Mais il croisa ses bras, et reprit son air indifférent, assez glacial.
-Puis-je savoir de quel droit vous venez perturber ma nuit ? répliqua-t-il froidement.
-Ne m'obligez pas à répéter, lança l'auror en tête.
-Oui, c'est bien moi, mais que me voulez-vous ? siffla Drago.
-Nous ne vous voulons rien. Allez-y ! jeta l'auror à ses coéquipiers.
Aussitôt, cinq d'entre eux bousculèrent Drago, s'immiscèrent dans l'appartement, et partirent au pas de course vers la chambre d'Hermione.
-Qu'est-ce que vous croyez faire ? s'enflamma Drago en tirant sa baguette.
Il aperçut dans le dos des aurors, Angelina, Ron, Pansy, Blaise et Dipsy – l'elfe des Malefoy. Cette vision le rendit anxieux, et il lui sembla, à nouveau, que quelque chose lui échappait.
Hermione jaillit dans son dos. Un auror la précédait, deux l'encadraient, un quatrième les talonnait, et le cinquième pointait sa baguette sur elle.
Drago perçut la fureur le ronger. S'ils savaient, ces cinq avortons, qu'elle pouvait les balayer d'un coup de baguette… Et peut-être même juste du revers de sa main… Pourquoi ne protestait-elle pas ?
-Vous allez me répondre ? scanda Drago. Vous venez en pleine nuit pour l'embarquer où ? Au ministère ? Avec les tarés que nous venons d'affronter ? On a risqué nos vies pour que vous nous foutiez au trou ?
-Veuillez baisser d'un ton, je vous prie, dit calmement le chef des aurors. Je sais que cela peut vous prendre de surprise, mais nous suivons les commandes. Etes-vous bien Hermione Jean Granger, née le 19 septembre 1979 ?
Hermione acquiesça lentement. Contrairement à Drago, elle ne paraissait pas surprise. D'ailleurs, leurs amis, face à eux, tous menottés par des liens en corde, ne bronchaient pas non plus.
-J'exige un avocat ! tonna Drago.
-Drago, chuchota Hermione. Ça va aller.
-Miss Granger, reprit le chef des aurors, vous êtes accusée de divers crimes. Nous retenons : haute collaboration avec le Seigneur des Ténèbres, haute trahison envers la société anglaise, emprunt d'un objet du Ministère pour usage illégal, notamment le Retourneur de Temps dans votre cas, transformation en Animagus non règlementée, usage de la Magie Noire, non assistance à personne en danger lors de votre visite au Manoir Malefoy. D'autres chefs d'accusation vous seront présentés au tribunal. Tout ce que vous direz à partir de maintenant, pourra être retenu contre vous. Je vous demande de nous suivre.
Hermione ne répliqua pas et leur emboita le pas. Elle avait eu le temps d'enfiler une robe de chambre. Ainsi, frêle, le pas trainant, son ventre bandé encore par ce qu'elle avait vécu la veille, Drago se sentit déchiré.
Il talonna aussitôt le groupe, et remonta vers l'auror en tête.
-Mais elle n'a rien fait ! explosa-t-il. Pourquoi l'emmenez-vous ?! Et où, d'ailleurs ?
-Monsieur Malefoy, je peux comprendre votre peine, mais nous suivons le protocole, et des chefs d'accusation importants sont retenus contre l'ensemble de ce groupe. Nous allons ouvrir un procès, ils seront interrogés au veritaserum, des témoins seront appelés. Une enquête va être ouverte, et ils seront soumis à la justice. C'est la loi de notre société, aucun citoyen ne peut s'y soustraire.
-Mais… mais où vont-ils ? bafouilla Drago.
-Nous les conduisons aux cellules du Ministère.
Durant leur discussion, ils avaient atteint le Hall. Le château était plongé dans le plus lugubre des silences, tandis que le jour se levait.
McGonagall patientait à l'entrée des Grandes Portes, dans le Parc.
Drago accompagna le groupe jusqu'aux grilles. Chaque enjambée hachait son souffle erratique, et sa tête tourbillonnait à cent à l'heure.
Il captura les yeux chocolat d'Hermione. Elle esquissa un maigre sourire à son égard, mais elle finit par grimacer.
-Certains ont besoin de soins ! s'exclama Drago. Vous ne pouvez pas les prendre ainsi, Blaise et Hermione ne…
-Monsieur Malefoy ! aboya le chef des aurors, cédant à la colère. Nous sommes compétents, ils seront pris en charge par le service adapté. À présent, si vous ne voulez pas les rejoindre dans les cellules, je vous prie de nous laisser.
Ils franchirent un à un les grilles métalliques du château. Deux aurors ceinturèrent chacun des détenus, et ils transplanèrent dans un craquement sonore. Puis, seul, le chef des aurors dressa sa baguette, et disparut à son tour, laissant un vide à l'emplacement où s'étaient tenus près de vingt personnes, une seconde auparavant.
Un vide surgit également dans la poitrine de Drago.
L'air glacial du Parc transperça Drago, et, impuissant, il se laissa tomber à genoux dans l'herbe givrée.
Son sang battait devant ses yeux, dans ses oreilles, et sa respiration créait une fumée blanche entre ses lèvres.
Il tremblait, et, les yeux fermés, il se demandait ce qu'il allait faire. Dans le but de reconquérir la population anglaise, le ministère était capable de tous les condamner. Même malgré leur innocence.
De plus, les prunelles chocolat d'Hermione persistaient derrière ses paupières closes. Pourquoi n'avait-elle pas protesté ? Se rebeller ?
Un mauvais pressentiment lui tira un gémissement.
Il fallait qu'il trouve Potter au plus vite. Avec sa notoriété, il serait en mesure d'agir. Surtout que ses amis aussi avaient été arrêtés.
Et… Drago ne pourrait jamais tolérer qu'on lui ôte Hermione, à présent qu'il l'avait retrouvée.
