Chapitre 48 : Sélections de Quidditch
La première semaine de cours avait passé aussi vite qu'un hippogriffe en chasse. Les étudiants de toutes les années avaient repris leurs marques et les enseignants semblaient s'être concertés afin de leur donner le plus de devoirs possible. Leurs élèves espéraient que cela ne deviendrait pas une habitude de leur part. Les conversations tournaient beaucoup autour des sélections de Quidditch qui devaient avoir lieu le samedi suivant et plusieurs avaient même parié sur les futurs membres des équipes à être formées.
Draco avait passé son vendredi soir avec Harry dans la salle commune des gryffondors avec les autres membres de l'Ordre. Luna aussi avait été présente. Il s'était inquiété de la présence de Dean Thomas et de Seamus Finnigan, mais les deux jeunes hommes l'avaient complètement ignoré, comme si rien ne s'était passé entre eux. Cela conforta le blond dans l'idée qu'il ne s'agissait que d'un évènement isolé.
Le samedi au matin, Draco avait prévu de compléter son devoir de potions avec Hermione. Les deux amis prévirent donc de se retrouver dans la bibliothèque de bonne heure pour pouvoir en finir le plus tôt possible et vaquer à d'autres occupations, comme par exemple, de passer l'après-midi avec un certain gryffondor.
Malfoy sourit en voyant qu'Harry avait accompagné la jeune femme jusqu'à la bibliothèque, il avait revêtu sa tenue de Quidditch pour se rendre aux sélections et Draco le trouva très beau dans celle-ci et il sentit une douce chaleur se répandre dans sa poitrine lorsque le brun sourit dans sa direction et qu'il comprit qu'il était la source de cette bonne humeur. Harry s'approcha tant de Draco que ce dernier crut, pendant une fraction de seconde, qu'il allait l'embrasser, mais il n'en fit rien, puisqu'ils étaient en public.
"On se voit toujours cet après-midi?" Lui demanda Harry un sourire radieux illuminait son visage.
Draco hocha la tête, il savait que son amoureux avait uniquement fait le détour jusqu'à la bibliothèque pour venir le voir et, même s'il ne l'aurait jamais avoué, un serrement agréable lui entoura le ventre. En effet, stade de Quidditch était dans la direction opposée et ils avaient déjà prévu de se voir en après-midi, la veille, donc il n'avait pas d'autres raisons d'être venu jusque-là.
"Est-ce que tu me souhaites bonne chance?" Ajouta Harry en se rapprochant encore un peu plus, cette fois-ci, Draco jeta un œil autour d'eux pour s'assurer que personne ne pouvait les voir, mais, mis à part Hermione, ils étaient bien seuls.
"Tu n'as pas besoin de chance, tu es le meilleur joueur de l'école et tu seras très certainement nommé Capitaine de l'équipe, mais bonne chance tout de même, puisque tu insistes." Répondit-il en levant un sourcil moqueur.
Harry posa un léger baiser sur sa joue, et puis, il recula rapidement avant que le blond n'ait le temps de faire ou de dire quoi que ce soit. Il lança un regard vers Hermione qui rougissait et s'éloigna en riant. "Et bonne chance à toi, un devoir de potions, avec Hermione, le samedi matin, ça, ça devrait être illégal!" Lança-t-il en lui adressant un clin d'œil, avant de tourner le coin, il n'entendit pas les remontrances que son amie lui cria.
Draco et Hermione s'installèrent ensuite à une table et commencèrent à travailler. Après un moment à fouiller dans divers ouvrages et à prendre des notes, la jeune femme leva les yeux vers lui.
"As-tu des nouvelles des sorcières chez qui tu as résidé cet hiver?" Demanda-t-elle sur le ton de la conversation, un air innocent sur le visage, alors qu'elle savait très bien que Draco refusait catégoriquement de parler de ces quatre mois.
Il fronça les sourcils en réponse, se demandant jusqu'où elle tenterait de pousser ses questions et la connaissant assez bien pour se méfier de ses airs faussement innocents. Hermione Granger avait le don de vous tirer les vers du nez sans que vous vous en rendiez même compte, et ce, plus que quiconque. Ce n'était d'ailleurs pas la première fois qu'elle revenait à la charge avec ses questions sur son séjour en Roumanie.
"Oui…" Se contenta-t-il de répondre, méfiant.
"Vous vous écrivez?" Dit-elle, encouragée de voir qu'il avait accepté de répondre à sa question.
"Oui…" Répéta le blond.
Elle hocha lentement la tête, comme si elle analysait sa réponse, ce qui était pour le moins absurde vu qu'il n'avait fait que répondre oui. Puis, elle fit mine, pendant un instant, de fouiller dans le grimoire ouvert devant elle, faisant glisser ses doigts sur le vélin dans un léger bruit de frottement.
"J'imagine qu'elles doivent te manquer un peu, non?" Tenta-t-elle.
Il hésita, se demandant comment elle pouvait savoir une telle chose. "Oui, le cercle me manque, mes sœurs me manquent, la simplicité de la vie là-bas aussi."
Hermione l'écoutait attentivement, car c'était la première fois qu'il en disait autant sur ce sujet.
"J'avais oublié ce que c'était que d'être Draco Malfoy pendant quatre mois et c'était tellement plus facile. Elles ne voyaient que moi, pas mon nom, pas mon passé, pas mes cicatrices ni mon don, juste moi. Contrairement à maintenant." Ajouta-t-il.
"Je comprends." Dit simplement la jeune femme.
Draco eut envie de répondre que non, elle ne pouvait pas comprendre, que c'était impossible, puisqu'elle n'avait rien vécu de ce que lui avait subi. Dans la dernière année, son monde s'était écroulé peu à peu et, dorénavant, il ne pouvait qu'admirer les ruines encore fumantes de ce qu'avait été sa vie et se demander comment il pourrait y rebâtir quoi que ce soit. Comment y parviendrait-il alors que les décombres prenaient encore toute la place et qu'avant de bâtir, il faudrait tout déblayer, à mains nues. Souvent, il ne s'en sentait pas la force ni le courage.
"Je suis là pour toi, si tu as besoin de parler ou quoi que soit." Dit-elle en posant une main très délicatement sur la sienne, leurs peaux se frôlèrent à peine, le chatouillant presque, puis elle retira aussitôt sa main.
Il acquiesça en silence et ils reprirent le travail. Ils eurent fini vers onze heures de la matinée. Le jeune homme s'étira et rangea ses affaires dans son sac, disant qu'il irait bien faire un tour dans le coin du stade, voir si les sélections étaient terminées et, si ce n'était pas le cas, y jeter un œil.
"Y jeter un œil…" Répéta la jeune femme avec un sourire entendu.
"Uniquement pour savoir contre qui l'équipe de Serpentard devra se mesurer." Répondit-il d'une voix faussement détachée. "Tu viens faire un tour avec moi?"
Elle fit une moue. "Tu sais que le Quidditch c'est pas trop mon truc, et puis, j'ai un devoir d'arithmancie que je dois réviser, on se voit ce midi. Tu me raconteras si tu vois quelque chose de… d'intéressant."
Draco la salua et partit en direction du stade, son sac en bandoulière posé sur son épaule. En poussant la porte menant au parc de Poudlard, il constata qu'il faisait très beau, malgré le vent qui s'était levé. Le soleil faisait scintiller la surface du lac noir près duquel les sélections pour l'équipe de Quidditch de Serpentard avaient lieu, mais ce n'était pas celles-là qui l'intéressaient. Il regarda vers le stade et vit, au loin, des étudiants qui volaient sur leurs balais, les sélections n'étaient donc pas terminées.
Le parc était rempli d'élèves qui allaient et venaient, marchant en groupe ou seuls. Tous étaient sortis pour profiter du beau temps ou pour assister aux sélections des équipes ou pour ces deux raisons. Il croisa Ginny Weasley qui le salua, encore revêtue de sa tenue de Quidditch, elle était accompagnée d'une amie de la même année d'étude qu'elle, Draco se souvenait l'avoir déjà aperçu, mais ne connaissait pas son nom.
"Comment ça s'est passé, Weasley?" Lui demanda Draco, en faisant un signe de tête discret en guise de salutation à la jeune femme qui accompagnait la sœur de Ron. "Sûrement bien, à voir ton sourire niais."
Ginny acquiesça vivement, ignorant le ton moqueur du blond auquel elle s'était vite habituée. "Vraiment bien! J'espère être prise, Helen ici me dit que c'est certain, mais je préfère attendre l'affichage avant de me créer des attentes, mais ça s'est vraiment bien passé!" S'exclama-t-elle alors que ladite Helen se contentait de hocher la tête en observant Draco timidement.
"Je n'ai pas vu la sélection, mais je suis certain, moi aussi, que tu seras prise, tu as toujours été une excellente joueuse." Dit Draco et la sincérité était clairement perceptible dans sa voix, ainsi qu'un éclat de fierté, comme s'il la considérait des siens. "Tu essayais pour quelle position?"
"Attrapeur, mais je sais que c'est encore Harry qui sera choisi, c'est le meilleur de l'école à ce rôle, donc j'ai aussi essayé pour le poste de poursuiveuse..." Répondit-elle.
"C'était le meilleur, moi j'ai entendu des rumeurs comme quoi Astoria Greengrass aurait impressionné tout le monde plus tôt en attrapant le vif d'or en moins de huit minutes! Dommage qu'elle joue pour Serpentard." L'interrompit Helen.
"Huit minutes? C'est assez… spectaculaire. Harry aura une adversaire à sa taille, dans ce cas, pas comme avant." Ginny mit aussitôt sa main devant sa bouche, réalisant ce qu'elle venait de dire. "Je suis désolée, Draco!"
"Ça va, Astoria m'a à peu près dit la même chose plus tôt cette semaine… J'ai fait mon deuil de devenir un jouer de Quidditch professionnel, de toute manière." Répondit-il en pinçant les lèvres légèrement. "Qui est encore dans le stade?"
Ginny sourit, sachant ce que cachait cette question. "Harry est encore là-bas…."
Le regard de la rousse le scruta alors plus attentivement, le jaugeant de bas en haut alors qu'elle fronçait ses sourcils. "Mais… tu n'es pas habillé en Quidditch? Pourtant, les sélections de Serpentard avaient lieu ce matin, près du lac… Tu as eu le temps de te changer? C'est déjà terminé?" Demanda-t-elle.
Draco soupira, il avait passé la semaine à dire à tout le monde qu'il ne désirait plus jouer et il avait dû, à chaque fois, passer par un véritable questionnaire, à croire qu'il était impossible que quelqu'un puisse vouloir arrêter de pratiquer ce sport. Il croyait que Ginny aussi était au courant ou qu'elle avait compris, suite à l'échange qu'ils venaient d'avoir, mais il constatait à présent que cela n'était pas le cas.
"Non, j'ai décidé de ne pas faire les sélections." Répondit-il seulement, redoutant toutes les questions qui venaient inévitablement ensuite, à chaque fois. La jeune femme se contenta de hocher la tête lentement et il lui en fut reconnaissant.
"Alors, ça veut dire que tu viendras nous encourager? Je t'avertis, tu n'as pas de le droit de prendre pour ta maison puisque ton petit-…" Commença-t-elle avant de se reprendre, en voyant les yeux exorbités de Draco. "… ton… ton… amie, moi, je serai dans l'équipe de Gryffondor." Tenta-t-elle de se reprendre en bégayant, le moins naturellement du monde.
Helen lança un regard curieux aux deux autres, mais Ginny l'entraîna avec elle vers le château et salua Draco dont le cœur battait à tout rompre, désormais. Il ne parvenait pas à croire que la jeune femme avait failli vendre la mèche de la sorte. Il continua sa progression vers le stade et vit arriver vers lui deux élèves qu'il aurait préféré éviter : Dean Thomas et Seamus Finnigan, encore vêtus de leur tenue de Quidditch, eux aussi. Draco jeta un regard autour de lui, mais il n'y avait personne d'autre près d'eux et nulle part où se dissimuler ou tenter de passer inaperçu. L'irlandais fronça les sourcils en l'apercevant et se dirigea droit sur lui.
"Tu es venu espionner nos sélections pour le compte de ta maison de lâches, Malfoy?" Dit Seamus d'une voix agressive.
"Je ne vois pas trop quel intérêt ça aurait…" Répondit Draco en levant les yeux au ciel. Malgré les évènements qui s'étaient déroulés plus tôt cette semaine dans le couloir en face de la salle commune de Gryffondor, il n'avait pas peur de lui. Cette fois-ci, il était bien prêt à se défendre si l'autre tentait quoi que ce soit contre lui.
"On t'avait pourtant bien prévenu de garder tes distances. Et où étais-tu hier soir? Dans notre salle commune, à nous pourrir l'ambiance. Juste de voir ta sale gueule, j'avais envie de vomir. Tu penses que Dean et moi on n'a pas vu ton petit jeu, la façon dont tu colles aux basques d'Harry, dont tu le regardes sans cesse… C'est quoi? Tu veux te le faire? J'ai entendu des choses sur toi Draco, des rumeurs, mais moi je sais bien que ce sont bien plus que des rumeurs. Que crois-tu qu'il ferait Harry si on lui disait que tu n'es qu'une petite pédale? Tu crois qu'il te laisserait encore l'approcher?"
Tout au long de la tirade de Seamus, Draco avait senti sa magie bouillir en lui, mais il la retenait, se concentrant sur les techniques apprises auprès de ses sœurs du cercle pendant ses quatre mois. Il serra les poings en se forçant à demeurer calme. Il se tourna vers Dean, qui, comme la dernière fois, se contentait de les observer, en silence.
"Et toi, tu ne dis rien? Tu cautionnes ce que dit ton ami?" Demanda Draco, espérant le faire réagir et qu'il se rende compte que tout cela n'avait pas de sens.
La réaction que Dean eut ne fut pas celle à laquelle il s'attendait. Le noir pointa sa baguette vers le blond, il devait l'avoir dans sa main depuis le début de leur altercation, et le stupéfixa sans aucune hésitation. Draco, qui ne s'attendait nullement à ça, vola dans les airs et atterrit durement sur le sol, plusieurs pas plus loin. Seamus courut vers lui, fouilla dans ses poches et en sortit la baguette du blond qu'il lança plus loin, hors de portée. Il envoya ensuite un coup de pied dans les côtes du serpentard. Dean leva le sort et Seamus lui donna un nouveau coup de pied et cette fois-ci, Draco poussa un cri de douleur et se mit à tousser, ses mains se plaquant automatiquement sur son ventre pour se protéger du prochain coup.
"Des mecs dans ton genre, ça me lève le cœur… Je suis certain que tu devais te mettre à quatre pattes souvent devant ton maître et pas seulement pour te prosterner..." Dit Seamus en lui envoyant un autre coup de pied. "Avoue-le donc, espèce de pédé dégueulasse!"
Les mots qui sortaient de la bouche du gryffondor étaient acérés et s'enfonçaient dans le cœur de Draco comme des couteaux affûtés, le blessant comme il n'aurait jamais pensé qu'ils le pourraient. Dean tenait toujours sa baguette pointée sur lui, prêt à intervenir s'il tentait quelque chose.
"Lai-laissez-moi tranquille." Chuchota Draco en gémissant alors qu'un autre coup de pied atterrissait dans son dos, il sentit un poids s'écraser sur son ventre et, lorsqu'il ouvrit ses yeux remplis de larmes, il vit que c'était Finnigan qui était assis à califourchon sur lui et qui lui agrippait le col méchamment. Sa respiration s'accéléra et il tenta de se libérer, mes l'autre homme était beaucoup plus costaud et plus fort que lui.
"Lâche-moi! NON!" Cria Malfoy en se débattant comme un forcené, tandis que l'autre le maintenait au sol fermement.
"Regarde, il chiale comme un bébé, c'est pas un homme!" Se moqua Seamus tandis que le blond maudissait les larmes qui coulaient le long de ses joues de manière incontrôlable, incapable de respirer, la panique prenant le contrôle de son corps. Il tenta d'expirer et d'inspirer, mais il en était incapable, un autre coup l'atteint dans les côtes, mais il ne le sentit presque pas tant la douleur dans sa poitrine était atroce. Comme si son cœur allait exploser.
"C'est la dernière fois que je t'avertis, Malfoy, je ne veux plus te revoir près de nous ou des autres membres de ma maison, sinon, je m'occuperai personnellement de faire de ta vie un enfer." Gronda Seamus en lui crachant au visage, puis il se leva et partit.
Draco se redressa et ramena ses jambes contre lui, ne parvenant pas à reprendre son calme. Il n'eut même pas conscience que les deux gryffondors étaient partis. Il tenta de reprendre son souffle, de se calmer, mais l'air lui manquait, il tira le col de son chandail vers le bas et sentit le tissu craquer et se déchirer sous ses doigts, mais rien n'y fit, il étouffait. La panique le possédait et il avait l'impression que son cœur allait sortir de sa poitrine, il ne pouvait plus respirer, il allait mourir, là dans le parc de Poudlard à moins de deux cents mètres du stade de Quidditch. Sa vision s'embrouilla et il se sentit devenir très faible, puis tout fut noir.
En ouvrant les yeux, Draco constata qu'il était couché sur le ventre, dans un lit qui n'était pas le sien. Son corps était fourbu, comme s'il avait été piétiné par un troupeau de centaures en colère, la cérémonie de la veille avait été très exigeante, mais il avait réussi.
Il cligna plusieurs fois, aveuglé par la lumière du jour qui emplissait la chambre qui était un peu plus grande que la sienne. Il entendit un petit rire et tourna la tête pour en connaître la source. À ses côtés était étendue Melie, entièrement nue, comme la veille, et il constata qu'il était lui-même aussi nu qu'au jour de sa naissance.
"Alors, on se réveille enfin?" Sourit la jeune femme, ses cheveux frisés d'un roux foncé étaient attachés en une épaisse natte de laquelle s'échappait des mèches folles, la peau laiteuse de son corps était parsemée de taches de rousseur et il fut étonné de voir que ses mamelons étaient percés, mais, en même temps, il trouva cela étrangement beau et fascinant. Elle était étendue à ses côtés, sans aucune pudeur et il n'en ressentait pas non plus.
"Je crois que des félicitations sont de mises." Ajouta-t-elle. "Tu as réussi ton rite initiatique Draco, tu es maintenant officiellement notre frère de sang, le premier depuis la fondation de notre clan."
"J'en suis honoré." Dit Draco, d'un ton pensif.
La jeune sorcière fronça les sourcils. "Pourquoi as-tu l'air si triste? Il s'agit d'un jour de célébration, nos sœurs sont en train de préparer un repas en ton honneur, je sens pourtant que tu as le cœur lourd. Que se passe-t-il mon frère? Harry te manque?"
Il soupira et elle passa une main apaisante dans ses cheveux, tentant de le consoler.
"Oui, c'est vrai qu'Harry me manque, mais la vérité, c'est que je suis triste, car je sais que je vais devoir bientôt partir et je n'en ai aucune envie. Autant je veux être avec lui, autant je suis heureux ici et pourtant, je sais que ces deux choses sont irréconciliables… Melie, ici, vous me voyez vraiment pour qui je suis, mais, chez moi, c'est différent. Je n'ai pas envie d'affronter leurs regards, de subir leur pitié, de porter le fardeau associé à mon nom. Ici, personne ne se préoccupe de cela, c'est tellement merveilleux. Là-bas, ils ne voient que ce qui m'est arrivé…" Expliqua Draco, mais il fut interrompu par les doigts fins de la sorcière qui se posèrent sur ses lèvres.
"Tu n'as pas à en parler, je ressens ta souffrance passée et présente, mon frère, par notre lien, nous la partageons toutes avec toi, comme toi tu partages les nôtres. Je comprends ce que tu ressens et je comprends que tu doives partir, même si tu seras toujours le bienvenu parmi nous. Mon cœur bat au rythme du tien, comme celui de nos sœurs, mais je sais aussi que le tien t'entraîne loin de nous." Dit-elle en se penchant vers lui, embrassant son front et caressant ses cheveux.
Il enlaça la jeune femme et cela n'avait absolument rien de gênant, même s'ils étaient tous les deux nus. C'était ainsi, tout simplement. Il n'était pas question de sexualité entre eux. C'était simplement de l'amour, à la fois fraternel, maternel et aussi, d'une tout autre nature, qui ne pouvait exister que dans ce contexte bien précis.
"Il est temps de se lever, n'as-tu pas faim?" Sourit-elle en relâchant lentement son étreinte.
La jeune femme se leva du lit où ils étaient étendus et parcourut les trois pas qui la séparait de sa commode, elle ouvrit l'un des tiroirs et en sortie une robe écarlate qu'elle enfila, c'était la même robe que portaient leurs autres sœurs et qui constituait leur tenue officielle de membre du clan. C'était une longue tunique, ajustée à la taille par un large ruban, les manches étaient longues et l'ouverture était très grande au niveau des poignets, à la façon d'une toge.
Elle saisit ensuite un paquet enveloppé de papier de couleur bleu foncé et d'une cordelette argent.
"C'est sœur Sara qui l'a emballé elle-même, elle voulait que je te le dise." Dit la sorcière.
Draco sourit. Sœur Sara était la fille de huit ans de la mère du clan et elle était toujours en train de suivre le blond partout, curieuse de côtoyer un homme au sein de la vie du clan pour la première fois. Ça ne dérangeait pas Draco de l'avoir avec lui, bien au contraire, la joie de vivre de la jeune fille était contagieuse et elle le faisait souvent rire.
Il déchira le papier et découvrit ce qu'il renfermait : une tunique, de la même couleur écarlate que celle de ses sœurs. Il la déplia et constata que la coupe n'était pas la même, elle était plus masculine, sans ruban, des boutons la fermaient sur le devant et les manches étaient tout aussi amples. L'émotion le submergea, c'était la robe officielle des membres du clan, seuls ceux qui avaient réussi leur initiation pouvaient la porter. Les novices portaient plutôt une robe grise, comme celle qu'il avait portée jusque-là. Il toucha le tissu du bout des doigts, il était doux et souple.
"Merci." Souffla-t-il, trop ému pour parler.
"Tu remercieras sœur Cass, c'est elle qui l'a cousu spécifiquement pour toi." Expliqua Melie.
"J'aimerais pouvoir rester encore un peu parmi vous." Murmura Draco en enfilant la tunique, appréciant le contact de l'étoffe sur sa peau.
La sorcière s'approcha de lui, posant ses mains sur ses épaules, elle était plus petite que lui. "Promets-moi que tu viendras nous voir et que tu me présenteras ce Harry Potter. Cet homme si important qui parvient à t'arracher à tes sœurs."
"C'est promis." Répondit-il.
Lorsque Draco ouvrit les yeux de nouveau, il n'était plus à l'extérieur. Il était couché dans un lit et sentait la douceur des couvertures contre ses doigts. Il soupira de découragement en reconnaissant le lieu où il se trouvait, il était à l'infirmerie de Poudlard. Il vit que les lits étaient tous vides autour de lui, mais que Neville était assis dans un fauteuil, près de lui, il dut faire un bruit en bougeant, car les yeux bruns du jeune homme se posèrent aussitôt sur lui.
"Qu'est-ce que…" Commença Malfoy, se demandant pourquoi Neville était seul à l'infirmerie avec lui.
Le gryffondor rougit un peu. "Je… j'étais dans le parc et je t'ai vu… par terre, tu…euh… semblais te sentir mal et tu as perdu connaissance. Je t'ai pris et je t'ai ramené ici." Bégaya-t-il.
"Tu m'as pris dans tes bras?" Demanda Draco, honteux au possible.
"Personne ne nous a vu, si c'est… ce qui t'inquiète." Clarifia Neville.
Ils se regardèrent un instant en silence et Malfoy détourna le regard. "Je… merci." Murmura-t-il dans un souffle.
"Non…Je-je veux dire, c'est normal, tu aurais fait pareil… Euh, je crois. Ne t'en fais pas. Mais… tu… euh… ça va?"
Draco déglutit faiblement, non, non ça n'allait pas, mais il n'avait aucune envie d'en parler à Neville. Alors, il hocha la tête.
"Oui… Je ne sais pas que j'ai eu. C'est la première fois que ça m'arrive." Mentit-il.
"Ok, je vais aller avertir Harry, alors." Dit le gryffondor en se levant de son fauteuil.
"Non!" S'écria le blond.
Neville fronça les sourcils, ne comprenant pas la réaction du serpentard.
"Je t'en prie, Neville, ne dit rien de cela à personne et surtout pas à Harry. Je vais bien, il n'a pas besoin d'être au courant, ça ferait juste l'inquiéter inutilement." Continua Draco.
"Ok… Draco, je ne pense vraiment pas que…" Hésita le brun.
"Promets-le-moi." Plaida Draco.
Neville soupira, hésita, mais il finit par répondre. "C'est promis."
En même temps, Pomfresh arriva vers eux en trottinant, ses chaussures d'un blanc immaculé claquant sur le sol de pierre. L'infirmière de Poudlard n'avait pas changé depuis la dernière fois que Draco l'avait vu. Ses cheveux gris bouclés étaient remontés en un chignon serré dissimulé derrière son bonnet blanc d'infirmière et ses yeux sévères et bienveillants scrutaient son patient
"Monsieur Londubat, vous pouvez retourner à vos occupations, je vais prendre en charge monsieur Malfoy à partir de maintenant. Merci de me l'avoir amené mon garçon." Dit-elle d'une voix à la fois gentille et autoritaire.
"Bien madame." Dit le brun, puis, se tournant vers le serpentard, il dit. "À plus tard, Draco."
"Merci, merci pour tout." Murmura le blond à Neville alors qu'il quittait la pièce.
Aussitôt, l'infirmière se mit à l'ausculter et lui lança un sortilège de diagnostic en murmurant pour elle-même des : "c'est bien ce que je pensais", "hum…" et "beaucoup mieux". Il se laissa faire sans broncher, espérant qu'elle le laisserait partir lorsqu'il lui dirait qu'il se sentait parfaitement bien maintenant. Elle lui frôla le ventre en voulant prendre son bras et il se recula en sifflant de douleur, elle fronça les sourcils et plongea son regard dans le sien.
"Vous avez mal? Enlevez votre haut, je vous prie, monsieur Malfoy." Ordonna-t-elle d'une voix aimable, mais ferme à la fois. Draco savait qu'il ne servait à rien de s'opposer à ce qu'elle venait de lui demander, cela ne ferait que la rendre plus soupçonneuse. Il retira donc son chandail, non sans pousser un soupir tant ces gestes étaient douloureux, sans compter le frottement du tissu contre les blessures infligées par les coups de pied de Seamus.
Les yeux de l'infirmière s'agrandirent légèrement lorsqu'elle vit les marques violacées sur le ventre et les côtes du jeune homme assis devant elle. Les ecchymoses étaient impressionnantes et elle comprit mieux qu'il se soit reculé sous son toucher. Elle se leva et alla fouiller dans une armoire, puis elle revint avec une potion et la tendit à son patient en l'invitant à la boire. Draco reconnut qu'il s'agissait d'une potion antidouleur et savait qu'elle enlèverait aussi les marques en moins de 24 heures, il la but d'une traite. Pomfresh l'invita ensuite à remettre son chandail qui était déchiré au col et il obtempéra. Il fit mine de se lever, prêt à partir, mais elle lui indiqua de rester assis et approcha un tabouret qui se trouvait le long du mur et s'y assit à ses côtés.
"Monsieur Malfoy, je crois qu'une petite discussion s'impose…" Commença-t-elle, mais elle fut interrompue brusquement par son vis-à-vis.
"Ce n'est rien Madame Pomfresh, j'ai seulement… été heurté par un cognard lors des sélections de Quidditch." Mentit-il d'une voix précipitée. Il n'avait aucune envie d'avouer qu'il avait été assez stupide pour se faire avoir par Seamus et Dean et qu'il n'avait pas été en mesure de se défendre.
Pomfresh plissa les yeux, le détaillant, elle ne semblait pas le croire, ce qui n'avait rien de bien étonnant. "Bien que ces explications me paraissent…assez douteuses, je peux bien vous donner le bénéfice du doute. Même si, en quarante ans de pratique, je peux vous dire que le nombre de blessures provoquées par des soi-disant cognards est si dangereusement élevé que je me questionne sérieusement sur la sécurité de ce sport et sa pertinence au sein de cet établissement scolaire. Par contre, si je peux fermer les yeux sur ces… blessures sportives, je ne le peux pas sur votre autre condition. Depuis quand faites-vous des crises de panique, monsieur Malfoy?"
Draco ferma les yeux un instant et se mordit la lèvre, il eut soudain la nausée, Pomfresh le vit lui approcha une corbeille, mais il ne fut pas malade. Il déglutit péniblement, son sang battait contre ses tempes d'une manière quasi assourdissante. Il avait l'impression de s'être fait prendre la main dans le sac.
"Je ne sais pas… Je… C'était la première fois." Mentit-il.
"Je devrai en aviser votre tuteur, évidemment." Dit-elle.
C'était exactement ce qu'il craignait: qu'elle raconte à son parrain ce qui s'était passé. Cette fois-ci, il savait qu'il ne pourrait pas se défiler, qu'il l'obligerait à se faire soigner, à prendre sa maudite potion. Il n'en avait pas besoin, il s'était toujours débrouillé sans et était capable de se contrôler, la plupart du temps. Il n'avait pas envie de se sentir comme un malade, il n'était pas malade. Il n'avait pas besoin d'aide, de toute manière, il n'y avait rien à faire pour lui.
"Je sais que la guerre a été dure pour vous, vous avez perdu votre famille, mais vous n'avez pas besoin d'affronter tout ça seul. Il y a des… services qui sont disponibles si vous ne vus sentez pas bien." Continua la sorcière.
"Vous ne savez absolument rien de moi!" Se fâcha Draco en se levant brusquement du lit, ignorant les demandes de l'infirmière pour qu'il se rassoie sur celui-ci. "Vous n'avez qu'à tout rapporter à Severus, je m'en fous! Je m'en fous, vous ne pouvez pas savoir comment!"
Il sortit en trombe de l'infirmerie et Pomfresh le laissa faire, après toutes ces années, elle était habituée à gérer de telles situations de crise.
Harry était inquiet, lui et Draco étaient censés se retrouver après le déjeuner dans la cour intérieure et passer l'après-midi ensemble. Il avait attendu une quarantaine de minutes, mais son amoureux ne s'était jamais montré. Tout d'abord agacé, il avait décidé de se rendre à la salle commune des gryffondors pour y trouver Hermione, il savait qu'elle avait passé la matinée avec Draco et peut-être qu'elle avait une idée du lieu où il se trouvait.
La jeune femme avait paru surprise de le voir et s'était interrogée sur le fait qu'il ne soit pas présentement avec le blond. Lorsqu'il lui avait fait part du lapin que Draco lui avait posé, elle avait froncé les sourcils, ne comprenant pas. Elle lui avait dit qu'elle et le serpentard s'étaient quittés un peu plus tôt que prévu le matin même et qu'il lui avait alors dit vouloir se rendre au stade de Quidditch pour voir les sélections. Elle ne l'avait pas revu ensuite, même pas lors du déjeuner et avait pris pour acquis qu'ils étaient ensemble.
À ce moment-là, l'agacement qu'avait ressenti Harry s'était mué en inquiétude. Il était descendu jusqu'au rez-de-chaussée, repassant par la bibliothèque au passage, mais le blond n'y était pas. Il croisa alors Luna et cette dernière lui affirma ne pas avoir vu Draco. Il continua son avancée, se dirigeant vers les cachots et la salle commune des serpentards.
En passant près de salle de classe où se déroulait son cours de potions, il vit Pansy Parkinson qui marchait en compagnie d'une jolie blonde qu'Harry reconnut comme étant Daphné Greengrass, la grande sœur d'Astoria. Draco s'était plaint des deux sœurs, un peu plus tôt cette semaine, disant qu'elles étaient, l'une comme l'autre, hautement désagréables, mais d'une manière diamétralement opposée. Il héla Pansy qui leva la tête vers lui, une lueur indéchiffrable dans le regard. Il s'approcha des deux jeunes filles qui s'étaient immobilisées.
"As-tu vu Draco?" Demanda-t-il sans préambule.
Pansy leva un sourcil. "Toujours aussi poli Potter… et bonjour à toi aussi." Dit-elle de sa voix un peu rauque et dure.
Harry soupira. "Bonjour. As-tu vu Draco?"
Daphné intervint, tout sourire. "Moi je l'ai vu et Pansy aussi, il est dans son dortoir, je crois. Il n'avait pas l'air de trop bien aller, il n'a même pas voulu sortir pour aller manger ce midi et pourtant, j'ai insisté, crois-moi. Je crois qu'il a attrapé un virus, car il n'avait pas l'air très en forme cette semaine. Je trouve ça tellement bien que toi et Dray vous soyez amis! Il faudra que tu viennes passer une soirée avec nous, je sais que tu es le coéquipier de Blaise, en potions. Moi, je n'ai pas pris cette option, car je n'en ai pas…"
"Merci!" L'interrompit Harry qui n'avait pas le temps, ni la patience pour écouter ce feu roulant de paroles sortant de la bouche de la jeune femme qui semblait ne pas avoir besoin de respirer tant elle parlait vite et de manière continue. Il se demanda pendant une seconde comment Pansy, qui était l'opposé de Daphné pouvait être son amie.
"Le mot de passe est "pleine lune"." Dit aussitôt Daphné, pas insultée pour deux sous de s'être fait interrompre si cavalièrement par Harry.
Pansy fronça les sourcils. "Tu lui as donné notre mot de passe!? Mais à quoi tu penses?" Gronda-t-elle, n'en croyant pas ses oreilles.
Harry s'en fut et il put entendre, juste avant de disparaître au bout du couloir la voix de Daphné qui s'exclamait, incrédule : "Mais c'est Harry Potter! Il ne fera pas de mal, voyons!" Il se retrouva devant le mur de pierre dissimulant l'entrée de la salle commune des serpentards en moins de deux et sourit malgré lui en prononçant le mot de passe, se doutant d'où le Directeur de Serpentard avait trouvé son inspiration. Les pierres composant le mur s'écartèrent magiquement dans un subtil son de frottement et de roulement. Il pénétra dans la salle aux plafonds assez bas, le souvenir de la dernière fois qu'il y était venu se rappelant à lui. C'était en deuxième année, lorsqu'il avait pris la place de Crabbe et de Goyle avec Ron, en prenant du polynectar, car ils pensaient que Malfoy était l'héritier de Salazar Serpentard.
"Est-ce qu'on peut t'aider?" Demanda une voix et il vit que celle-ci provenait de Theodore Nott, qui était assis dans un des fauteuils, en compagnie de Blaise Zabini et d'un autre élève que Harry ne connaissait que de vue. Le grand jeune homme aux cheveux brun le toisait avec circonspection, se demandant certainement pourquoi Harry Potter était soudainement dans leur salle commune, seul et ayant l'air, sans doute, un peu perdu.
"Euh, bonjour…" Commença Harry, se rappelant la remarque de Pansy. "Je me demandais si vous n'auriez pas vu Draco Malfoy, par hasard, c'est que Pansy m'a dit qu'il était dans son dortoir."
"Draco Malfoy, tu dis? Hum… Je me souviens d'avoir vu un Draco, un peu plus tôt, mais je ne pourrais pas te dire si c'est un Malfoy. As-tu plus de détails, une description?" Demanda Nott en posant une main sur son menton, faisant mine de se concentrer, comme s'il réfléchissait d'une manière particulièrement intense, son ton était très sérieux. Harry plissa les yeux, troublé, et ne sachant comment réagir.
Blaise sourit et il comprit alors, avec un étonnement absolu que Theodore Nott venait de faire une blague lorsque ce dernier sortit de son rôle et sourit en retour.. Jamais il n'aurait pensé que l'autre homme était le genre à avoir un sens de l'humour. Jamais.
"Ne fais pas cette tête, on dirait que tu viens de voir un scrout à pétard voler." Se moqua Blaise et Harry cligna plusieurs fois des yeux. Depuis quand Blaise Zabini et Theodore Nott étaient-ils si détendus, si… normaux? Était-ce parce qu'ils étaient entre eux, dans leur salle commune et qu'ils se permettaient d'être eux-mêmes à ce moment-là?
"Il est dans notre dortoir depuis la fin de la matinée, il ne semble pas à son meilleur. Pire que le reste de cette semaine, je veux dire." Dit Theodore en pointant une porte au fond de la pièce pour lui indiquer où se trouvaient lesdits dortoirs.
"Il n'a pas voulu sortir pour le déjeuner, alors je lui ai apporté un sandwich, mais je ne crois pas qu'il l'ait touché, il me l'a presque renvoyé à la figure tantôt, le con." Commenta Blaise en levant les yeux au ciel.
Harry les remercia, encore surpris par leur attitude qu'il qualifierait, d'une manière assez choquante, d'agréable. Il se rendit jusque devant la porte du dortoir que les serpentards lui avaient indiqué et cogna deux fois. Seul le silence lui répondit. Il cogna de nouveau, un peu plus fort et un peu plus longtemps.
"Je t'ai dit que je n'avais pas faim Blaise, laisse-moi tranquille!" Répondit une voix qu'Harry reconnut immédiatement.
Il posa sa main sur la poignée, la tourna et pénétra à l'intérieur de la pièce qui était seulement éclairée par les puits de lumière qui donnaient une teinte verdâtre aux murs, puisqu'ils donnaient sur le fond du lac et non sur l'extérieur. Draco était étendu sur son lit, dos à lui. Il vit un plateau posé sur sa table de chevet garni d'un sandwich intouché dans une assiette, d'un verre d'eau et d'une pomme.
"Si tu es venu pour me dire que je dois me lever, tu perds ton temps, je ne bougerai pas d'ici." Commenta Draco sans se retourner.
Harry s'approcha et s'étendit derrière le blond qui se retourna vivement, se demandant sans doute pourquoi Blaise se couchait avec lui. Son regard s'agrandit lorsqu'il constata que c'était non pas le serpentard, mais bien Harry qui était là.
"Harry?"
L'interpellé lui sourit doucement. "J'espère bien, quel autre homme vient se coucher dans ton lit, sinon?"
Draco semblait très surpris de le voir. "Comment as-tu fait pour entrer?"
"Cette chère Daphné m'a donné le mot de passe et tes amis Blaise et Theodore m'ont indiqué où tu te trouvais." Expliqua le brun en posant une main sur le bras de l'autre homme, le caressant.
Draco fronça les sourcils. "Ils t'ont vu rentrer ici? Que leur as-tu dit?" Demanda-t-il, soudainement à cran.
Harry soupira, cette fois agacé par la réaction du blond qui, une fois de plus, ne semblait que se soucier du fait que leur relation devait rester secrète. "Ne t'inquiète pas, Draco, j'ai pris toutes les précautions requises pour que, surtout, personne ne se doute que je suis follement amoureux de toi, que tu as changé ma vie et que nous sommes un couple uni et aimant. Ce serait bien trop épouvantable que quelqu'un se doute d'une telle chose!" Répondit-il sèchement d'un ton sarcastique qui ne lui ressemblait pas, tout en cessant de lui caresser le bras.
"Pas besoin de réagir comme ça…" Dit Draco en levant les yeux au ciel.
S'en fut trop pour Harry qui se sentit perdre patience devant l'attitude de son amoureux. "Figure-toi donc que j'étais mort d'inquiétude parce que je t'ai attendu plus de quarante minutes à l'endroit où tu étais censé me retrouver après le déjeuner et que tous tes amis m'ont dit que tu semblais aller mal, que tu n'avais pas voulu manger dans la Grande salle et que tu étais resté cloîtré dans ton dortoir. Mais ça, Sa Majesté Draco Malfoy s'en balance, j'imagine?"
Le serpentard se redressa en position assise, imité par le brun. "Je me sentais juste un peu fatigué, c'est tout. Tout va bien, pas besoin de t'inquiéter autant, Merlin, je ne suis pas fait en porcelaine! J'ai juste complètement oublié notre rendez-vous, pas besoin de me crier dessus! Je suis désolé, bon!" Dit Draco en montant le ton, croisant les bras sur sa poitrine, retenant une grimace de douleur pour ne pas alerter Harry en bougeant.
Harry soupira et se leva du lit, cette fois-ci, trop en colère pour rester assis. "As-tu fini de me mentir? Tu penses que je ne le sais pas que tu ne fais que ça depuis ton retour? Tes amis viennent tout juste de me dire que toute la semaine ça n'allait pas et moi, crois-tu que je suis assez stupide pour ne rien avoir remarqué. Tout le monde l'a remarqué, Ron, Luna, Hermione, Rogue, Remus et même Neville!"
Draco se tendit soudain. "Neville? Qu'est-ce qu'il t'a dit lui?"
Harry secoua la tête, les sourcils froncés, un air d'incompréhension peint sur le visage. "Quoi? Mais on s'en fout de Neville! N'écoutes-tu pas ce que je suis en train de te dire? Tu me mens en pleine face depuis ton retour, Draco! J'ai essayé plusieurs fois de savoir ce qui se passait, mais tu me ressors toujours les mêmes phrases "Je vais bien", "Tu t'inquiètes pour rien", "Je gère", "Ça va aller mieux ". Mais c'est faux! Tu ne vas pas bien et tu ne gères pas non plus! Laisse-nous donc t'aider pour une fois!" S'emporta-t-il. "Je ne sais plus quoi faire. Je t'aime, mais je ne sais plus comment me comporter avec toi. J'ai l'impression que tu es toujours en train de faire semblant de faire ce que tu crois qu'on attend de toi, mais moi, je n'attends rien de toi. Je veux juste être avec toi, tel que tu es… Mais je ne te reconnais plus, on dirait que tu es absent, on dirait que tu n'es jamais revenu de là-bas!"
"J'ai juste besoin de temps…" Plaida Draco. "Je ne suis pas absent, c'est compliqué, la transition a été difficile entre ce que je vivais au clan et ce que je vis maintenant…"
Harry serra les dents en levant les yeux au ciel. "Ça c'est impossible pour moi de le comprendre, puisque tu ne veux rien me dire de ce qui s'est passé là-bas!" Objecta-t-il en sachant qu'il était injuste de lui reprocher une telle chose, car il savait bien que l'autre ne devait rien dévoiler, mais il était trop en colère et jaloux de ces sorcières, de leurs secrets, du fait que Draco semblait être toujours avec elles en esprit, même quand il était avec lui.
"Tu sais que je ne peux pas en parler, j'ai prêté serment!"
"Je sais. "
Un silence se fit entre eux, puis Harry reprit la parole.
"Je n'ose même plus te toucher, car je sais que même si tu n'aimes pas ce que je fais, tu vas te taire ou m'assurer du contraire, juste parce que c'est ce que tu crois que j'attends de toi." Laissa échapper Harry alors que sa voix se brisait en un sanglot tandis qu'il détournait les yeux, désirant cacher son visage qui ne parvenait plus à retenir sa peine.
"Non, c'est faux!" S'exclama Draco en tentant de poser sa main sur le bras d'Harry, mais ce dernier se recula et le blond constata avec horreur que le sauveur du monde sorcier pleurait. "Harry, écoute-moi, je ne fais pas semblant! Pas avec toi, pas pour ça…"
"Je pense que tu es tellement rendu bon à faire semblant que tu ne sais même plus quand tu joues un rôle ou pas, Draco. J'aimerais te croire, j'aimerais vraiment ça, mais j'en suis malheureusement incapable." Coupa Harry alors qu'un sanglot le traversait de part en part. Draco réalisa qu'il ne l'avait jamais vu pleurer auparavant et cette constatation lui fit d'autant plus mal qu'il réalise qu'il était la source même de la souffrance du brun.
"Harry, je t'en prie…" Tenta Draco qui sentait, lui aussi, ses yeux se brouiller de larmes. "Je ne voulais pas te faire de mal, au contraire. C'est vrai que la rentrée ne se passe pas très bien pour moi, mais je ne voulais pas t'inquiéter, mon but n'était pas de te mentir. Pardonne-moi. Je t'en prie, il faut que tu me croies. Je n'ai jamais fait semblant de te désirer, je t'aime, j'ai envie de toi, mais je ne veux pas te perdre et je sais que tu te lasseras si… si je ne peux pas te donner ce que tu désires."
"Depuis le début je sais qui tu es, ce qui t'es arrivé et j'ai toujours été clair avec toi sur ce sujet, je suis prêt à vivre avec ça. Mais le mensonge, ça, c'est inacceptable pour moi." Répondit simplement Harry. "J'ai besoin d'être seul pour le moment et de réfléchir à tout…ça."
Il sortit du dortoir sans rien ajouter, fermant la porte derrière lui tandis que ses larmes coulaient abondamment sur ses joues. Il se foutait que les autres serpentards le voient de la sorte, il se foutait de tout, son cœur était demeuré dans ce dortoir et il contemplait la plaie béante laissé par son absence en se demandant si c'était ça, avoir le cœur brisé.
Note de l'auteur :
Chers lecteurs,
Ayez pitié et ne me tuez pas svp!
Un chapitre dont le titre aurait aussi pu être "Rien ne va plus". Je pense qu'il fallait vraiment en arriver là, que depuis le premier chapitre (oui, je vais aller jusque-là) on se dirigeait vers ça. Ma théorie c'est que souvent, dans la vie, il faut toucher le fond pour pouvoir se redonner une poussée et remonter.
Je pense qu'on est rendu à se ce point-là dans cette histoire. Vous me donnerez votre avis sur cela et ne craignez pas d'être en désaccord avec moi, cette histoire vous appartient autant à vous qu'à moi, à mon sens.
J'espère donc que ce chapitre vous a plu, que vous serez là pour le et les prochains. Un remerciement très spécial à mon amie qui est intervenante auprès des victimes d'agressions à caractère sexuel et qui répond à mes millions de questions avec une très grande attention et une générosité sans borne.
Je vous remercie de me suivre depuis tout ce temps et de me faire part de votre avis qui m'est si précieux.
À très vite,
-xxx-
Harley
