Je ne vous dit même pas quelle course ça a été pour publier ce chapitre ! Je pars en vacances demain et mes valises ne sont pas encore tout à fait prêtes, mais je ne voulais pas partir sans vous avoir donné la suite ^^
Les réponses que j'ai eues par rapport au dernier chapitre ne m'ont pas déçues, et j'avoue que j'ai bien rigolé en voyant votre impatience ^^ Merci donc à Red Candies, EcrirePourVivre, Atsuchi, Copperspoon, Thefriendlycat, ScarletRain, Bloclang, Flo29jmbPotter, et Aliena pour leurs reviews :D
Juste un petit mot pour Aliena, à qui je ne peux pas envoyer de MP: merci merci merci pour ta review si détaillée. C'est toujours gratifiant de recevoir une review d'une telle qualité et ça me fait très plaisir de voir que tu adhères autant à cette fic et à ma vision de la scolarité des Maraudeurs (et de Remus, tout particulièrement). J'espère que la suite te plaira tout autant que le début :)
Chapitre 42: Les mécanismes de la vérité
Quelque part dans les environs de Pré-au-Lard, un garçon marchait d'un pas tremblant sur le parquet grinçant d'une vieille maison. L'atmosphère sinistre de l'endroit, faiblement éclairé par la lueur du crépuscule, le fit frissonner. Il s'arrêta devant les vestiges d'une chaise et observa avec léthargie les bouts de bois qui l'avaient un jour composée mais qui aujourd'hui gisaient un peu plus loin, arrachés. Après quelques secondes, une vague de nausée le submergea et il dût poser une main sur le mur pour ne pas vaciller. Les yeux rivés sur le sol pour ne pas voir les violentes marques rouges qui dénaturaient les murs, il murmura:
- Vous devriez partir, Mme Pomfresh.
La jeune infirmière venait tout juste de passer par la trape et s'approchait de lui.
- Tiens, bois ça, lui dit-elle doucement en lui donnant une petite fiole. C'est la dernière dose que tu peux prendre.
Le garçon acquiesça et attendit que Mme Pomfresh soit à ses côtés pour détacher sa main du mur et boire une gorgée de la potion. Il sentit l'intensité de son mal de tête s'amenuiser légèrement et exhala un soupir de soulagement. L'infirmière de Poudlard était une bénédiction.
Une douleur aiguë se propagea dans son genou et le ramena à la réalité. Les doigts fébriles, il ôta hâtivement sa cape et la confia à l'infirmière.
- Merci, souffla-t-il. Vous... Vous devriez vraiment y aller, Mme Pomfresh. Je... Je vais juste m'assoir un peu en... en attendant.
La jeune femme eut l'air d'hésiter un instant, déchirée entre la nécessité de partir et ses instincts d'infirmière. Ses yeux s'attardèrent tristement sur le visage de son patient et elle posa une main sur son épaule. Le garçon déglutit, sentant ses jambes fléchir. La sueur perlait sur son front, mais il fit l'effort de rester debout.
Ce ne fut que lorsque Mme Pomfresh s'en alla silencieusement que Remus se laissa s'effondrer.
James avait l'impression que le temps s'était arrêté. Ses yeux étaient fixés sur le petit agenda en cuir ouvert sur ses genoux qui le narguait, lui et son ignorance. Les rouages de son cerveau s'étaient mis à fonctionner à toute vitesse. Il avait chaud, brusquement, et ses mains étaient devenues moites.
- James ?
Remus s'adossa contre le mur et ramena ses genoux contre lui. Il ne voulait plus faire le moindre mouvement. Mais les palpitations de son ancienne morsure sous sa paume devenaient de plus en plus difficiles à ignorer – il devait se dépêcher. Avec un soupir résigné, il commença à se déshabiller. Son corps se recouvrit progressivement de chair de poule et, après avoir dissimulé ses vêtements sous une latte du parquet, il se traina jusqu'au fauteuil le plus proche. Il se pelotonna dessus espérant que le velours, bien qu'endommagé par de violentes taillades, lui réchauffe le corps.
Les fenêtres condamnées de la maison projetaient des ombres menaçantes au sol. Il détourna le regard et enfouit son visage dans ses bras. Il ne voulait pas regarder à travers les panneaux de bois... Il ne voulait pas voir la sphère argentée qui bientôt s'élèverait dans le ciel, illuminant la cabane de son sinistre éclat.
James releva la tête et croisa les regards perplexes et circonspects de Sirius et Peter. Lentement, presque avec détachement, il reprit l'agenda et montra du doigt ce qui l'avait ébranlé. Sirius se rapprocha, curieux, et regarda le petit symbole en forme de cercle vide qui était à côté de la date du jour. James l'entendit retenir sa respiration et attendit... attendit que Sirius parvienne au même raisonnement que lui.
Sirius déglutit mais secoua la tête, les sourcils froncés et le regard troublé.
- Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu veux dire, James ?
Remus contracta sa mâchoire, mordit ses lèvres, fit tout ce qu'il pouvait pour ne pas gémir. La douleur profonde et lancinante qui provenait de sa moelle se propageait dans tout son corps, mais il refusait de Lui donner cette satisfaction. Il n'était plus un enfant.
Remus serra les poings. Il devait se concentrer sur autre chose... n'importe quoi, s'il voulait faire abstraction de la douleur.
Il repensa aux filles de Gryffondor – à Lily, Marlene, Mary, June, Lauren... Elles lui avaient tenu compagnie, elles avaient insisté pour qu'il mange avec elles et l'avaient déterré de la bibliothèque. Tour à tour elles l'avaient réconforté en lui disant que ses amis ne le méritaient pas, comme si ça avait été eux, les fautifs. Il ne les avait pas contredites. Elles avaient été incroyables, et lui leur avait menti. Menti pour dissimuler son secret, la véritable nature de ses disparitions, menti pour ne pas voir l'horreur sur leurs visages... Il leur avait menti comme il avait menti à tout le monde.
James secoua la tête, impuissant. Il ne savait pas quoi répondre – il avait l'impression que c'était toute sa vision des choses qui serait remise en question s'il avait raison, et c'était terrifiant. Mais la lâcheté n'avait jamais fait partie de ses défauts, et il se força à se retourner vers ses deux amis. Peter triturait nerveusement ses doigts, perdu mais conscient de l'agitation générale. Sirius en revanche était blanc comme un linge.
James se leva et essaya de rassembler ses pensées.
- Remus... Remus n'est pas censé être malade avant de rentrer chez lui, commença-t-il en faisant les cents pas. Tu l'as dit toi-même, Sirius. Et... Et Peter, tu dis qu'il est toujours dans un affreux état quand il revient. Et c'est vrai. On a pensé que Mr Lupin faisait du mal à son fils et à sa femme... Mais c'est faux. On a vu Mr Lupin à la gare et il n'est pas comme ça. De toute façon, Remus nous a pratiquement avoué qu'il avait menti et aujourd'hui... Enfin, on l'a vu... Il avait l'air...
Il s'arrêta, incapable de poursuivre.
- Il tenait à peine debout, répondit Sirius. Je ne l'avais jamais vu comme ça.
James acquiesça et retourna s'assoir sur son lit d'un air décidé. L'agenda était encore là, innocemment ouvert sur ses couvertures. James le saisit brusquement. Ses doigts essayèrent d'en feuilleter les pages, mais dans sa hâte et sa fébrilité il ne faisait que les chiffonner inutilement. Il devait forcément se tromper, forcément... Sirius secoua la tête et lui prit doucement l'agenda des mains.
- Il est parti deux jours après ton anniversaire, en mars, dit-il d'une voix rauque en s'arrêtant sur le 29 mars. Je m'en souviens, on était tellement inquiets qu'on a pratiquement fait une nuit blanche.
Les yeux de Sirius parcoururent la page et s'arrêtèrent finalement sur un point dans le coin droit de la feuille. Il cligna et déglutit. James sentit un nœud se former dans son estomac mais il l'ignora et ajouta:
- Et... Et il a manqué le 29 février.
Il attendit que Sirius remonte d'un mois dans l'agenda et retint son souffle. Son sang se glaça dans ses veines lorsqu'il vit Sirius lever les yeux vers lui et acquiescer, très lentement.
Les murs changeaient constamment de forme. Ils s'élargissaient, se contorsionnaient, devenaient de plus en plus menaçants. Les meubles devant ses yeux se dédoublaient et le sol semblait tourner, tourbillonner, se rapprocher...
Remus tomba de son fauteuil. Crac. Une douleur aiguë lui traversa le poignet, lui faisant pousser un gémissement. Tremblant de tout son corps, il se recroquevilla en position fœtale, allongé sur son flanc, et pressa son poignet fracturé contre son torse. Il ferma les yeux et frissonna. Il faisait terriblement froid dans la cabane maladroitement isolée, et il ressentit une pointe de jalousie en pensant à tous les élèves qui avaient la chance de se prélasser devant le bon feu de leur Salle Commune.
Le chagrin le submergea tandis qu'il réalisait tout ce qu'il avait perdu au cours des derniers mois. Il n'avait rien osé faire pour se défendre, préférant regarder avec torpeur le spectacle déchirant qu'était la fin de leur quatuor, regarder ses anciens amis vaincre l'obstacle, vaquer à leurs activités, toujours aussi forts... mais sans lui. À quoi bon rabibocher une amitié lorsqu'elle était vouée à l'échec ? Les efforts inattendus de ses camarades ces dernières semaines l'effrayaient plus qu'autre chose... Il préférait fuir plutôt que de leur faire face.
Mais c'est toi le prédateur..., lui susurra une voix bestiale des tréfonds de sa conscience. Les proies, c'est eux.
Remus tressaillit et se blottit d'avantage. Tout s'éclipsait en lui... Son cerveau s'engourdissait de minutes en minutes, et sa peau était glacée. Seule sa respiration rauque brisait le silence suffocant.
James attendit que quelqu'un dise quelque chose – n'importe quoi. La tension était intenable, mais il ne supporterait pas d'être le prochain à avancer un argument, à confirmer une nouvelle date... à dévoiler le véritable secret de Remus Lupin.
Il se laissa absorber par le silence du dortoir, la crispation, l'horreur... La dernière fois que l'ambiance avait été aussi grave, les garçons avaient abouti à la mauvaise conclusion, noyés par leur fausse hypothèse, leur conviction ultime et révoltante. Tout s'était effondré à partir de là. Mais quelque chose, aujourd'hui, était différent. Le poids qui était tombé dans son estomac lorsqu'il avait vu Sirius acquiescer était autrement plus lourd. C'était le poids de la vérité pure et simple. Une vérité, semblait-il, qui avait toujours été à portée de main, maladroitement dissimulée par Remus à travers des mensonges nébuleux, mais qu'ils avaient été trop aveugles pour déceler.
L'image du petit cercle vide vint flotter devant ses yeux. Trois dates... Il n'avait fallu que trois dates.
Smash!
James sursauta et se retourna vers Sirius. L'agenda était au sol, brutalement jeté par son ami qui faisait désormais les cents pas en se passant une main tremblante dans les cheveux.
- J'arrive pas à croire qu'on n'ait rien vu venir ! s'exclama-t-il avec colère. On est censé être brillants ! Tout colle !
- Je sais, dit James d'une voix blanche.
Peter jeta un regard effaré à Sirius puis se leva et récupéra précipitamment l'agenda.
- De quoi vous parlez ? demanda-t-il en feuilletant les pages d'un air inquiet. Il... Il n'y a rien là dedans...
Personne ne lui répondit. Sirius continuait de se marmonner à lui-même et marchait de long en large dans la pièce. James lui jeta un regard puis se leva silencieusement. Les bruits et les lumières du dortoir lui paraissaient étrangement atténués lorsqu'il appuya ses bras sur le rebord de la fenêtre. Il observa le parc de Poudlard. Tout était calme; le vent n'agitait que très faiblement le feuillage des arbres et le soleil était presque couché. S'il restait quelques minutes, il verrait l'herbe orangée du crépuscule s'éclairer d'une lueur argentée.
Était-ce ridicule qu'il soit si terrifié ?
- ... et je te parie que s'il tenait tant à partir de chez toi cet été c'était à cause de ça ! lâcha la voix de Sirius. Y'a qu'à regarder ce fichu calendrier !
Un bruissement de feuilles se fit entendre tandis que Sirius arrachait l'agenda des mains de Peter.
- Ahah ! s'exclama Sirius en ignorant le cri offensé de son ami. C'est bien ce que je disais, regarde ça !
Sirius prit brusquement James par les épaules et le fit se retourner, lui forçant l'agenda dans les mains.
- Là, regarde, insista-t-il en pointant du doigt la date du 26 juillet. Et le match c'était le 22, pas vrai ?
James soupira et acquiesça silencieusement. Il savait qu'il avait raison mais voir les preuves défiler sous ses yeux était douloureux. Chacune renforçait la terrible vérité qu'il n'osait pas encore énoncer et à laquelle il refusait même de penser.
Sirius... Sirius réagissait différemment. Il était frénétique, agité, énervé. Il énonçait à voix haute tout le raisonnement que James avait déjà accompli – et en agissant ainsi, il rendait la situation plus concrète, plus terrifiante. Il n'y avait aucune incertitude dans sa voix; comme si, tout comme James, il savait.
- Et il est toujours malade avant de rentrer chez lui ! Sacré petit malin, va. C'est... c'est tellement évident !
Évident... James n'en n'était pas si sûr. Sa mère disait toujours que les apparences pouvaient être trompeuses. La gentille vieille femme qui distribuait des bonbons sur le Chemin de Traverse était peut-être une fervente adepte de magie noire. Le petit garçon fatigué qui partageait leur dortoir pouvait en réalité être une bête monstrueuse.
Un frisson parcourut son échine.
- Et il a des cicatrices ! continuait Sirius en agitant ses bras comme un fou. Des blessures ! Peter, c'est toi qui nous l'a dit !
Peter recula en voyant le doigt accusateur que Sirius pointait vers lui.
- O-Oui je l'ai dit mais... mais en quoi ça change –
- Ça change tout !
Sirius poussa un profond soupir et se laissa finalement tomber sur son lit, épuisé et essoufflé. Il resta étendu plusieurs secondes, silencieux, ses yeux fixant le plafond.
- Est-ce que... Est-ce que quelqu'un peut enfin me dire ce qu'il se passe ? demanda timidement Peter. Vous... Vous êtes là à parler de choses... à dire que Remus est malade –
- Malade, ouais, renifla amèrement Sirius en se redressant sur ses coudes.
Mais Peter déglutit et ignora courageusement sa remarque.
- Et vous ne me dites rien... Vous regardez juste ce – ce stupide agenda et vous dites qu'il part et qu'il revient et... Moi aussi je veux comprendre... Moi aussi je suis son ami...
Ami ? Le mot paraissait étrange à James, comme déformé et dénaturé. Pouvaient-ils encore être amis après tout ce qui s'était passé, après tous les mensonges, après... ça ? Pouvaient-ils encore se regarder dans les yeux et proclamer leur amitié inconditionnelle ?
- Vous... vous parlez de tout ça comme si... comme si ça avait un sens, continua Peter en secouant légèrement la tête. Comme si ça voulait dire quelque chose –
- Bien-sûr que ça veut dire quelque chose ! s'exclama Sirius bondissant de son lit. Qu'est-ce que tu crois que c'est, des coïncidences peut-être ? Tu ne trouves pas que ça en fait beaucoup, Pettigrow ? Il part toutes les trois quatre semaines en suivant un espèce de... un espèce de cycle, il est malade et fiévreux avant de partir, blessé et fatigué quand il revient, il a des cicatrices et il disparait aux pleines lunes !
Les paroles de Sirius résonnèrent dans tout le dortoir. James sentit sa poitrine se resserrer, son coeur se mettre à battre dans ses oreilles, sa respiration devenir difficile.
Cycle. Cicatrices. Pleine lune.
Les mots étaient tous là. James ne pouvait plus y échapper. L'horreur, la pitié et la crainte qui se confondaient en lui le pétrifiaient, et il laissa pour la première fois l'évidence le frapper. Il ne pouvait ni rejeter ni tolérer la vérité; il pouvait seulement la voir avec une lucidité insoutenable. Remus Lupin était un...
- Attendez un peu, souffla Peter entre deux rires nerveux, comme s'il ne croyait pas lui-même ce qu'il allait dire, vous êtes en train de me dire que Remus est un –
- ... loup-garou.
Remus exhala douloureusement. Les minutes passaient, interminables, rythmées seulement par les battements irréguliers de son cœur. Son front était trempé de sueur mais il le ressentait à peine. Il n'était plus rien. Les pensées cohérentes glissaient peu à peu de son esprit; les phrases n'en étaient plus, les mots se suivaient sans aucun sens...
Son corps se mit à trembler violemment. Remus sentit qu'il ouvrait la bouche. Ses lèvres luttèrent pour articuler un mot, même s'il ne savait pas lequel. James. Sirius. Peter. Un mot pour lui rappeler son humanité. Mais un cri guttural lui déchira la gorge. Il était trop tard.
Des rayons argentées filtrèrent à travers les panneaux de bois et se projetèrent sur les murs ravagés de la vieille maison. L'astre lunaire entamait sa progression, sourd aux hurlements que provoquait son éclat.
