Voili voilou le nouveau chapitre tout nouveau tout beau ! Je suis impressionnée par le nombre de rewiews que je reçois en ce moment - je vais vraiment rougir - je pensais pas que les gens attendaient à ce point mes chapitres... ça doit être parce que qu'il se passe des choses... j'en ai entendu plein dire "c'est pas trop tôt !"... sincèrement, je pensais la même chose... et c'est moi qui m'embarque dans ces histoires toute seule sans l'aide de personne (si ce n'est de mes lecteurs attentifs, ce qui est finalement énorme) pour ceux qui pensent que c'est bientôt fini, je peux vous annoncer que ne c'est pas encore le cas et que vous avez encore quelques frustrations en perspectives (ouf ? Zut ? à vous de décider XD) Le plus frustrant pour moi a été d'écrire ce chapitre. J'ai vraiment cru que je n'arriverais jamais au bout... il m'a posé pas mal de difficultés... mais bon, je me suis bien amusée à l'écrire quand même et j'espère que vous vous amuserez aussi à le lire... Au programme, un petit paragraphe culturel et une jolie chanson qui entameront un peu la joie d'Edward... mais voyez par vous-même...
Chapitre 48 : Bonheur parfait ? (Edward)
Le réveille-matin, survivant malgré le traitement indélicat qu'il subissait depuis le début de notre séjour à Ilix, sonna à sept heures tapantes, me vrillant le cerveau. Ce fut pour moi un effort presque insurmontable de lever le bras hors des draps pour l'éteindre d'une grande claque. Toutefois, le silence bienheureux qui retomba ensuite en valait largement la peine. Je renonçais à ouvrir les yeux, trop heureux de rester nicher dans ce confort. Ce bien être. Je me sentais, bêtement, profondément, irrationnellement heureux, tellement que je me sentais réchauffé jusqu'aux orteils part ce sentiment de bonheur si puissant qu'il en est presque douloureux.
Je soupirais d'aise, me pelotonnant un peu plus dans le creux des bras de… Roy…
Mais oui, c'est ça, ce bonheur que j'éprouve, pensais-je dans le brouillard cotonneux qui sépare la veille du sommeil. Il est à côté de moi, que dis-je, je suis dans ses bras ! Parce qu'hier, il m'a dit…
Je t'aime…
Je sentis un sourire cavaler insidieusement sur mes lèvres, comme pour exprimer le trop-plein de joie que j'éprouvais en repensant à cet instant. Je pouffais de rire en repensant à la dispute que nous avions juste après. C'est vrai, c'est moi qui avait commencé…. Mais si Hugues avait été là, il nous aurait sans doute traité de vieux couple !
En revanche, quand j'arrivais au moment ou il m'avait immobilisé pour le chatouiller, je me sentis rougir. D'abord parce que tout le monde nous avait vu à ce moment-là, mais aussi parce que le sourire un peu sadique qu'il m'avait adressé à ce moment là était très… excitant. Quoique, jamais autant que le regard qu'il m'avait lancé juste avant de m'embrasser. Il était si brûlant que j'avais eu l'impression d'avoir été passée aux rayons X, mis à nu, alors qu'il n'avait fait que… me regarder !
Il faut dire que j'avais attendu depuis si longtemps le moment ou nous pourrions de nouveau nous embrasser que j'en étais tout tourneboulé. Je sentis mon cœur battre la chamade, et ouvris les yeux. Nous étions dans NOTRE chambre, comme j'avais maintenant le droit de l'appeler. A côté de ma tête, sur l'oreiller, s'était endormi un des chatons. Je gratouillais affectueusement sa tête et il se mit à me lécher les doigts. Je ris en sentant la langue râpeuse de la boule de poil. Je penchais la tête vers lui, jusqu'à ce que je touche son museau de mon nez, et qu'il lèche à son tour celui-ci. Je me redressais ensuite en frottant mon visage, peinant à garder les yeux ouverts, mais d'une indubitable bonne humeur. J'entendis Roy pousser un vague grognement, sans doute parce qu'en m'asseyant j'avais entraîné les draps avec moi. Il se retourna comme pour échapper aux rayons du soleil d'été qui entraient dans la pièce, enfouissant son beau visage dans les plis de son oreiller.
– Rooooy ? chantonnais-je à son oreille.
– Mmm…. Marmonna-t-il en cherchant visiblement à se rendormir le plus vite possible.
Je déposais un baiser sur sa joue. Pas de réaction. Un dans le cou. Il tressaillit légèrement. Sentant que j'étais dans la bonne voie, je lui mordillais très légèrement le lobe de l'oreille.
– GYAAAAAAAAAAAAAAH ! ! cria-t-il en se redressant pour de bon, instantanément parfaitement réveillé.
Rejeté en arrière par la brusquerie de sa réaction , je lui jetais un regard interloqué, tandis qu'il reprenait son souffle.
– Euh… bonjour... ? fis-je d'un ton hésitant.
– Ne me… mordille… plus jamais… l'oreille… dès le matin… fit-il avec l'air de quelqu'un qui a vécu une émotion forte.
– Uh… d'accord, si ça te met dans cet état, je le ferais plus, fis-je d'un ton contrit. Désoléééé !
– Pourquoi tu tenais tant à me réveiller ? fit-il d'un ton plus calme.
Je baissais la tête, un peu gêné. Ca ce dit pas, ça se fait… néanmoins, je me résolus à exposer ma requête à voix haute.
– J'voulais un bisou avant de partir… fis-je en me tripotant les doigts.
C'est bon, j'ai pas l'air d'un gosse, moi, pensais-je honteusement, avant de sentir une main chaude se poser sur ma tête pour m'ébouriffer les cheveux. Je lui lançais un regard et me sentis fondre comme du chocolat au soleil tandis qu'il approchait son visage du mien ; je savourais ce moment de bonheur. Enfin, il écarta ses lèvres des miennes et me repoussa doucement, sans cesser de me regarder avec tendresse.
Rhaaaaaaaaaaaaaaaah j'ai plus envie de partir.
– Allez, courage, quand il faut y aller, il faut y aller.
– Mouf… pas envie d'aller bosser, jveux rester avec toiiii ! fis-je en me laissant retomber contre son torse.
– Allons, Ed, ne fait pas l'enfant…
– CHUIS PAS UN GOSSE ! grognais-je en sentant un mot détesté sur le point d'affleurer.
Sans répondre, Roy se redressa pour s'asseoir sur le lit en me soulevant du même coup. Surpris par sa force, je levais les yeux vers lui pour croiser son regard. Je le vis pencher la tête de côté et crus un instant qu'il allait m'embrasser, mais il se contenta de me regarder avec un sourire irrésistible.
– Prouve-le alors, fit-il d'un ton légèrement moqueur avant de me pousser doucement vers la porte de la salle de bain.
Je me laissais faire un peu à contrecoeur, puis une fois enfermé, me préparais à la hâte, sachant que j'avais traîné. Une fois lavé et habillé, les cheveux encore mouillés par ma douche, je retraversais la pièce pour partir au travail. Je jetais un coup d'œil au grand brun nonchalamment allongé sur le lit, déjà à moitié endormi.
Ah, qu'est-ce qu'il est beau décidément ! pensais-je en détaillant son visage. Je peux pas partir comme ça…
Sur cette dernière pensée, je lui sautais purement et simplement dessus pour l'embrasser à pleine bouche pendant quelques trop brèves secondes, avant de me redresser et reprendre une posture plus professionnelle. Je m'amusais intérieurement de le voir avoir cette expression surprise. Il faut dire qu'on avait eu tellement de mal à faire les choses simplement jusque-là que cela nous semblait un peu surréaliste de pouvoir nous embrasser librement, sans avoir peur que l'autre nous repousse. A cette pensée, mon visage s'illumina d'un grand sourire, que je crus voir reflété dans celui que m'adressa Roy.
– Cette fois j'y vais ! fis-je avant de partir d'un bon pas.
Une fois la porte refermée derrière moi, je traversais le couloir d'un pas sautillant, le visage fendu par un sourire que l'on pourrait qualifier de béat.
Et qui fut d'ailleurs qualifié de béat par Breda quand il me vit descendre. Après quelques sous-entendus grivois d'Havoc que je rabrouais violemment en rougissant (nous n'avions fait que parler, nous embrasser et dormir, ce qui était amplement suffisant à mon goût.) je pus enfin petit déjeuner en paix. Enfin, de manière aussi pacifique que possible quand Breda demandait d'un ton narquois ce que je lui avais fait pour qu'il me chatouille à mort au milieu de couloir et Havoc ce qui s'était passé une fois la porte refermée. En fait, si je m'étais levé du pied gauche comme c'était habituellement le cas de matin, je leur aurait sans doute balancé des pots de confiture jusqu'à ce qu'ils se taisent. Mais j'étais dans un tel état de paix intérieure et de béatitude que leur propos semblaient être des taupinières que je survolais de très loin, assis sur mon petit nuage.
Une fois qu'ils s'en furent aperçu, ils arrêtèrent de s'adresser à moi pour discuter entre eux, sans changer de sujet pour autant. Je pus ainsi me concentrer sur ma tartine de pain beurrée, qui semblait être la meilleure que j'ai jamais mangée, puis il tapotèrent mon épaule pour me ramener au monde réel, et je les suivis vers la voiture.
oOoOoOo
Que dire de la matinée de tour de garde ? je l'ai passée béatement assis sur le siège, le regard dans le vide, bêtement, déraisonnablement, excessivement, définitivement HEUREUX.
Ah si, vers neuf heures, comme Havoc m'avait posé une fois de trop la question franche et indiscrète sur ce qu'il s'était passé la nuit dernière pour que j'aie cette expression, je dus le courser jusqu'à ce qu'il se terre sous le tapis rouge de l'entrée. Il ne ressorti par jusqu'à ce que j'ai accepté ses excuses et reçu la confirmation que j'étais bel et bien calmé, mais du alors affronter les regards courroucés des quelques serviteurs parcourant les couloirs.
Un jour un va se faire virer pour de bon, pensais-je avec un sourire gêné, vague écho de l'expression catastrophée d'Havoc qui se rendait compte de son acte. Cette petite expédition sportive fut des plus salutaires, puisqu'elle me tira un moment de mes réflexions cotonneuses enrubannées de rose. Une fois sorti de cette bouffée écoeurante, je m'aperçu que j'avais eu le comportement d'une adolescente typique et eus un instant envie de vomir. Une fois cette envie passée, je décidais que la vie était trop courte pour qu'on la gâche, laissais là ces considérations tout aussi adolescentes pour apposer mon oreille contre la serrure de la porte.
– Tu fais quoi Edward ? demanda Breda.
– Bah, j'écoute aux portes, ça se voit, répondis-je, irrité que sa question m'empêche de comprendre ce qui se disait de l'autre côté.
– Arrête, écouter les réunions secrètes de diplomates, c'est un coup à se faire coffrer !
– Maiiis, il y a personne, fis-je avec un signe désinvolte de la main. Prévenez-moi au pire. Puis je ne fais rien de mal, je veux juste savoir ou ils en sont des négociations, parce que cette histoire traîne…
Enfin, ça a des bons côtés aussi ce voyage, je dis pas… pensais-je tandis qu'un sourire béat commençait de nouveau à dévorer mes joues. Sentant que j'allais de nouveau repasser en mode Bêta béat, je secouais à tête avant de la poser de nouveau contre la serrure. Breda haussa les épaules et espionna le couloir, assisté par Havoc qui n'avait pas l'air d'avoir envie d'être compromis encore plus aujourd'hui.
– … Salicorna ?
Tiens, ça me dit quelque chose… c'est pas un nom de ville ? Pensais-je après avoir capté uniquement le dernier mot de la question. Je pressais un peu plus mon oreille contre la porte, pensant que j'allais peut-être en savoir plus sur les démarches des diplomates.
– Oui, ce n'est pas mauvais en accompagnement, mais avec le vinaigre, ça à tendance à brûler l'estomac si on en mange trop.
– En effet, j'ai une préférence pour ces petits artichauts au vinaigre que l'on a parfois en apéritif…
– L'acidité est la même…
– Non, décidément, ce que je préfère, c'est les dolmas.
– Un peu vernaculaire, non ?
Bon sang. Je rêve ou ils parlent bouffe ?
Non, ça doit être un langage codé, comme les alchimistes d'états dans leurs carnets de voyage. C'est pas possible autrement…
– C'est vrai qu'il y a des cuisines plus raffinées dans le pays, mais les choses les plus complexes ne sont pas forcément les meilleures
– J'avoue que vous marquez un point.
– Toutefois, le problème reste entier…
Ah, ils vont bosser quand même ! Après tout, ça arrive à tout le monde de faire des digression, pensais-je, un brin rasséréné.
– … à quel restaurant allons-nous ce midi ?
A ces mots, je sentis le sol se dérober sous mes pieds et glissais d'une vingtaine de centimètres le long de la porte. Havoc me jeta un regard inquiet, se demandant sans doute la raison de ma réaction.
– Il est quelle heure ? murmurais-je.
– Dix heures moins le quart, répondit-il.
Je me donnais une grosse claque sur le front, adossé à la porte, sous le regard interloqué des deux autres. Oh bordel, on est vraiment pas rentrés nous si il parlent bouffe des neuf heures du matin.
– Suicidez-moi… murmurais-je.
– T'en fais pas un peu trop ?
– Oui après tout, il y a du soleil, on est entre potes…
– On a pas de paperasses à remplir…
– Bref, on est en vacances !
– Mais je veux pas être en vacances moi ! J'ai besoin d'action ! De missions ! de bastions !
Je me mordis lèvre suite à mon lapsus tandis que les deux autres éclatèrent de rire. Havoc me tendit une main secourable pour que mon postérieur retrouve sa place première, à savoir la chaise. Comme le rire persistait, je haussais un sourcil interrogateur.
– Tu ne connais pas la bastion ? demanda Breda.
Je secouais négativement la tête.
– C'est vrai que tu es mineur chez nous… soupira Havoc. Tu picoles tellement ici qu'on l'oublierait presque…
Comme je faisais une moue boudeuse, Breda s'empressa d'expliquer en détail que la Bastion était une bière immonde brassée dans un des pires tripots de Central, et que c'était ce goût si particulier de levure doublé d'un prix défiant toute concurrence qui lui avait donné une certaine forme de réputation et empêché celle-ci de rejoindre le cimetière des alcools mort-nés.
– Oh, très intéressant… fis-je avec un sourire mal à l'aise.
Pourquoi il me raconte ça ? pensait-il avec inquiétude (A : Et je suis sure que vous autres lecteurs, vous vous posez aussi la question, et vous avez bien raison, ça n'a rien à foutre là. Mais bon, c'est la vie… Ed : Toi, retourne écrire sérieusement et ferme-là au lieu de confirmer ton incompétence ! A : Méchant ! Chuis pas journaliste non plus ! :'( Ed : Tait-toi ! )
– Non, en fait, ça m'avait juste amusé que tu dises Bastion au lieu de baston… Je crois que je te ferais goûter en entrant.
– Je crois que je m'en passerais, répondis-je avec un sourire grimaçant.
C'est pas bon pour la santé de boire des trucs qui fermentent avec de la sciure de bois…
– T'es sur ? La bastion, c'est une étape de la vie mon gars ! fit Breda avec un sourire.
Comment dire ? Là maintenant, j'ai pas spécialement envie de la franchir, surtout après la description que tu viens d'en faire. Cette conclusion formulée, je cherchais un moyen de détourner habilement le sujet, ce que je parvins à faire avec beaucoup de peine. Finalement, après une polémique sur la fermentation des alcool qui ne concernait plus qu'Havoc et Breda, le silence retomba sur le couloir.
Etape de la vie, hein ? Pensais-je soudainement. Bizarrement, je sentis une brusque montée d'adrénaline quand ses mots refirent surface. Peut-être parce que ça me faisait penser à quelque chose, qui, pour le coup, n'avait vraiment rien à voir avec l'alcool.
Oh la la…
Je n'y avais pas pensé, mais… Il y a ça aussi.
J'avais tellement envie d'être à ses côtés que j'ai pas du tout fait gaffe. J'avais envie de l'embrasser… bah oui, ça arrive ce genre de choses que voulez-vous ! Je suis quand même un type normal (enfin, je crois) ça arrive à tout le monde de tomber amoureux !
Bon, sans doute que les types de mon âge font pas les choses comme ça… Peut-être qu'eux, ils font les choses dans l'ordre, par exemple…
Quand j'y réfléchis, on a dormi dans le même lit avant de bien s'entendre, il m'a embrassé avant d'essayer de me dire qu'il m'aimait… C'est n'importe quoi, non ? C'est tout juste si on peut dire qu'on est en couple (rhah ça fait con, « en couple » c'est pas nous, quand même ? !). Pas étonnant que je me sente paumé comme ça !
Surtout que maintenant, le lit… quand j'y réfléchis…
Quand on est… un couple… on est censé faire… des choses…
J'essayais d'imaginer avec plus de précision les possibilités dans ce domaine et me sentis terriblement confus, et tandis que je me contorsionnais dans l'intensité de mes réflexions, une autre partie de moi me regardait de loin, comme étonnée qu'on puisse se poser des questions de ce genre.
PAS POSSIBLE !
Plus encore que la stupide question du « Comment on est censé s'y prendre ? » se profilait vaguement la tentation du « On est vraiment obligé ? », l'instinct basique des personnes qui sont très satisfaites de ce qu'elles ont péniblement obtenu et qui n'ont pas forcément envie d'aller plus loin.
Bon sang… la vérité, c'est que je FLIPPE A MORT !
– Edward, ça va ? On dirait que tu t'es prit un choc électrique.
Je jetais un coup d'œil à mon bras dénudé (j'avais remonté mes manches de chemise jusqu'au coude) et constatais que j'avais la chair de poule. Je pris trois grandes inspirations pour me rasséréner.
Non, je me complique la vie, j'ai le temps, tout mon temps. Et puis, c'est Roy.
Le mot magique qui fait loi, pensais-je avec un sourire, réconforté par cette pensée. Roy, c'est Roy.
C'est vrai, pourquoi il me sauterait dessus après tout ?
Nooooooooooooooon, aucun risque, c'est pas comme s'il l'avait déjà fait !
Euh…
…
– Edward, ça va ?
oOoOoOo
Au moment de quitter la pièce, nous nous levâmes tous trois en voyant arriver Hugues qui nous lança un grand sourire.
C'est sur qu'il est content, il a une nouvelle photo compromettante dans son portfolio, pensais-je en me remémorant à la veille, tiraillée entre l'amusement attendri de savoir que je pourrais retrouver ce moment immortalisé par ses soins et la pression sans cesse croissante de ne rien pouvoir faire sans sentir le poids des regards des autres militaires. Ah, s'ils étaient pas là, je me ferais quand même moins de soucis par rapport à cette histoire, pensais-je, ignorant encore ce que c'était réellement que d'avoir du soucis à ce faire.
Finalement, quand, en arrivant devant la voiture, je levais les yeux vers Hawkeye, ou plutôt, l'homme qui l'accompagnait, je sentis mon cœur se gonfler de joie et grimper de nouveau sur son petit nuage… Que de fois je l'avais espionné du coin de l'œil, le cœur battant, espérant réussir enfin à lui dire ce que je ressentais. Ou même avant, quand j'essayais de mettre le doigt sur ce que je ressentais précisément. Maintenant que je le savais, et bien… j'avais envie de l'embrasser en pleine rue.
Mais bon, avec les autres… Havoc et Breda qui me charrieraient, et les habitants qui pourraient être choqués, ce n'était pas une bonne idée. Aussi ne le fis-je pas. Mais cela n'avait pas la moindre importance, puisque de toute manière, au sourire rayonnant qu'il m'adressa, je devinais que cette affection était lisible et réciproque. Je répondis tout naturellement à son sourire, et quand, après l'avoir dépassé, je me retournais vers Havoc et Breda, il avaient des traces d'étonnement mal dissimulées.
– Ben qu'est-ce qu'il y a ? fis-je avec étonnement, en ouvrant la porte de la voiture.
– Non, rien.
– Mais siii, il y a quelque chose ! fis-je en trépignant de frustration.
– Bah, c'est très bête, mais je me disais juste que c'était la première fois que je te voyais avec une comme ça…
– Hein ? Qu'est-ce qu'elle avait ma tête ?
– Elle était belle, répondit Breda avec une franchise qui me paralysa de surprise avant de s'asseoir à sa place.
Voyant que je n'avais pas l'air décidé à bouger, Havoc appuya sur ma tête et me fit asseoir à l'arrière, tandis que je suivais ses mouvements comme un automate. Il claqua ensuite ma porte et prit la place du conducteur. Tandis qu'il démarrait la voiture, un concept totalement nouveau tentait de se faire une place dans mon esprit.
Belle tête ?
Moi ?
Beau ?
S'ensuivit un long blanc.
oOoOoOo
Quand je repris conscience du monde dans lequel je vivais, Lulu était accroché à mon bras comme un bigorneau à son rocher. Je sens venir une après midi reposante, tiens, pensais-je ironiquement. Mais j'échappais avec bonheur avec la dînette, la séance de coiffure et autres tortures variées qu'invente les fillettes pour profiter des ados trop gentils puisqu'elle me traînait dans son sillage pour écouter sa mère jouer au piano.
Elle avait lâchement abandonné les draps propres à sécher sur le buis, la plonge à Breda et les toiles d'araignées les plus inaccessibles au lendemain, et s'était assis sur le fauteuil à vis trônant devant le piano pour en caresser les touches avec talent. Ce qui avait pour effet miraculeux de calmer Lulu, qui, assise sur un tabouret haut à côté de sa mère, regardait ses mains, fascinée par leur habileté. Et moi, j'écoutais la mélodie qui jaillissait des cordes tremblantes qui formaient le cœur de cette bête noire, étonnée qu'elle arrive à en tirer autant de douceur et d'harmonie. Accoudé au piano à gauche de la fillette, je me laissais bercer par les mélodies que jouaient Ambre. D'abord une cascade, puis la marche d'un dragon, ensuite seulement la douceur d'une voix d'enfant… les notes qu'elles tiraient de l'instrument m'évoquaient des centaines d'images, des centaines de mondes et de sentiments qui me plongèrent dans une profonde rêverie. Lulu secoua ma main pour je vienne jouer avec elle, puis renonça en voyant mon manque de réaction et parti jouer seule dans le jardin. Pour l'heure, j'avais la surprise de reconnaître une mélodie familière entrelacée dans les arrangements fluides. Il me fallu un moment pour mettre le doigt sur ce que je ressentais, ce tiraillement, ce sentiment soudain de retomber en enfance, quand ma mère me chantait des berceuses…
C'est ça…
Cette air… cette chanson… je la connais…
Yo ho… sur l'heure… hissons no-os couleurs…
– Hisse… et ho, l'âme… des pirates, ja-mais ne mourra, chantais-je à mi-voix.
– Il y a, les morts, il y a les vivants…et l'on ne peut fuir le temps…Tu connais cette chanson ?
Je hochais affirmativement la tête, sans trop savoir quoi répondre. Elle abandonna les notes de vieil ivoire du piano pour lever les yeux vers moi.
– Qui te l'a apprise ? demanda-t-elle avec un étonnement non dissimulé. Quelqu'un du pays ?
– Non… fis-je d'un ton hésitant. C'était ma mère qui la chantait parfois…
– Oh… elle est venue à Ilix ? Ou a rencontré un habitant ?
– Je pense pas, répondis-je, la gorge brusquement serrée à l'évocation de se souvenir. Peut-être que c'était mon père qui l'avait rapporté de voyage…Lui… lui il voyageait.
– Et ta mère ne voyage jamais ?
– Non…
Elle a trouvé sa dernière demeure…
En voyant que la tristesse avait assombri mon visage, Ambre s'excusa à mi-voix, sentant qu'elle avait touché malgré elle un point sensible. Dans le silence qui avait envahi la pièce à vivre, on entendait même le son des verres entrechoqués dans l'eau mousseuse de la vaisselle. Sauf que ma tête était envahie par la voix pourtant douce de ma mère, chantant celle mélodie, comme s'il s'agissait d'une berceuse.
– Dites… qu'est-ce qu'elle raconte, cette chanson ? murmurais-je d'une voix un peu rauque.
Si pleine de mots inconnu qu'enfant, j'étais convaincu qu'il s'agissait d'une autre langue, elle pouvait prendre un sens, avoir une histoire, une signification… L'idée de comprendre une chanson après l'avoir entendue pendant des années m'émut au plus haut point.
– MANON LA GUEUSEUH N'AVAIT JAMAIS D'CULOTTEUH ! chanta à tue-tête Lulu en entrant dans la pièce, nous faisant sursauter et faisant éclater l'émotion qui régnait comme s'il s'agissait d'une vulgaire bulle de savon. VAZ'Y CHEVALIER, FOURRE-Z'Y TA RAPIEREUH, VAZ 'Y CHEVALIER, FOURRE-Z'Y PAR DERRIERE !
– LULU ! TU N'AS PAS HONTE ? ! s'exclama Ambre en se levant du tabouret avec tous les signes caractéristiques qu'une mère vraiment pas contente.
Elle traversa la pièce pour arriver face à une fille juste un peu étonnée, et visiblement incapable de comprendre ce qu'elle venait de chanter. Quand à moi, je clignais des yeux, véritablement choqué de l'avoir entendu chanter un truc pareil. Ambre prit trois grandes inspirations avant de recommencer à parler d'une voix plus normale.
– Non mais sérieusement, qui t'as apprit ça ?
– Tonton ! répondit-elle en souriant de toutes ses dents.
Ce ne fut pas le cas d'Ambre qui ouvrit de grands yeux, choquée. Je la vis pâlir et même vaciller et accouru avec inquiétude pour la rattraper par le bras.
– Oh non… Pas lui… murmura-t-elle d'un ton tragique.
MOUAHAHAHA !
J'ai honte...
Pardon, je pouvais pas m'empêcher de faire une fin à pseudo suspens pour ce chapitre. Mais il faut dire que l'arrivée d'un nouveau personnage, ça se fête, non ?
Qui est ce curieux personnage ? Pourquoi Ambre a l'air si catastrophée ? Vous le saurez au prochain épisode (ou pas XD)
La suite dans quinze jours seulement, puisque même moi, glandeuse devant l'éternel, j'ai pris la décision de bosser pour mon Bac... :S
En espérant que vous tiendrez d'ici là ;)
