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La mort est une amie pour les vivants qu'elle libère (Pierre Gélinas)


Hinata et Shika étaient entourées par une horde de spectateurs captivés, composée de la quasi-totalité des membres de Fuki.

Tous avaient distinctivement entendu le nom de la technique que la Hyûga venait d'annoncer, mais celle-ci n'avait pas encore enlevé le sceau, comme si elle était soudain devenue hésitante. Cela paraissait étonnant au vu de la résolution dont elle avait fait preuve un instant auparavant. La technique devait être d'une puissance phénoménale pour ainsi faire douter Hinata…

- Rédemption… Mais quelle sorte de jutsu est-ce exactement… ? s'interrogea Han, obnubilé par le combat que se livraient les deux kunoichis.

Jiraya se tourna vers lui, un petit sourire sur le visage.

- Tu le saurais, si tu avais rejoint Amaterasu.

Voyant que Han fronçait les sourcils de contrariété, Jiraya ricana puis leva les bras en signe d'apaisement.

- Je plaisante, je plaisante. Hinata était une des neuf Capitaines d'Amaterasu, et son nom de code était Rédemption. Et comme tous les Capitaines, elle possède une technique ultime, si puissante qu'elle nécessite une quantité phénoménale de chakra. Et c'est à ça que servent nos masques : A accumuler le chakra nécessaire à la réalisation du chakra.

Jiraya fit une pause, puis ajouta :

- Contrairement aux autres Capitaines, Hinata a toujours jalousement gardé le secret sur sa technique. Itachi est le seul à part elle à l'avoir vue…

L'ermite se tut, puis dit dans un souffle :

- Et ce dernier m'a ensuite confié que la technique d'Hinata était la plus puissante des neuf, et la plus impressionnante qu'il ait jamais vue.

Han digéra l'information, puis répondit :

- Incroyable… Mais, si j'ai bien compris, c'est à peu près la même chose que la technique qui t'a permis de libérer Hashirama et Bee… Ne pourrait-on pas alors utiliser le chakra du masque d'Hinata pour utiliser Extase une fois de plus ?

Jiraya écarquilla les yeux. Comment avait-il pu ne pas y penser ? Il devait arrêter Hinata et…

- Non, fit soudain la voix grave de Sasori.

Les deux shinobis se tournèrent vers le créateur des masques, qui débita d'une voix monocorde :

- Sur chacun des masques, se trouve un sceau de reconnaissance de chakra. Ainsi, le chakra contenu dans le masque d'Hinata ne peut être utilisé que par Hinata, et elle seule.

Jiraya et Han baissaient la tête, dépités, lorsqu'une explosion de chakra les alerta, et ils reportèrent leur attention sur le duel.

De toute évidence, Hinata avait fini par lancer sa technique, et elle laissa toute l'assistance sans voix. Shika elle-même avait abandonné un court instant son air flegmatique tant elle était impressionnée.

Rédemption était très différente des autres grandes techniques des Capitaines. Alors que ces dernières modelaient le plus souvent le chakra en un dôme, avant de déchaîner l'enfer à l'intérieur, celle d'Hinata était très originale puisque la cible de sa technique n'était non pas l'adversaire, mais elle-même.

En effet, une sorte d'armure fantomatique composée de chakra pur avait entouré Hinata, qui irradiait à présent d'une puissant lumière. Mais ce n'était pas tout. La Hyûga flottait dans les airs, au moyen de six magnifiques ailes de chakra qui flamboyaient dans la nuit, et un diadème brillait de mille feux sur son front.

Toute cette lumière dont Hinata était nimbée la rendait méconnaissable, et amplifiait sa beauté comme sa sévérité. L'ange de la rédemption était arrivé.

- Splendide… Elle est absolument splendide, commenta Jiraya, un sourire béat sur le visage.

Deidara lui donna un léger coup dans les côtes, au cas où l'ermite pervers aurait eu l'esprit mal placé. Il pouvait être très jaloux, même si, comme tous les garçons, il rechignait à l'avouer.

Pendant que ses amis affrontaient les Ombres, Deidara s'était envolé à la poursuite des fuyards impériaux, et les avait abattus sans aucun remord. Il s'était ensuite envolé vers la baie de Tokyo pour s'assurer qu'aucun renfort ennemi n'arriverait dans l'immédiat. Et de toute évidence, ils seraient tranquilles encore un moment.

En revanche, cela faisait un bail qu'il n'avait pas vu Tobirama. Peut-être avait-il été tué, ou il s'était enfui…

Mais Deidara avait tort car Tobirama était tout ce qu'il y avait de plus vivant, et il se trouvait à quelques mètres du chef de la résistance…

L' Ombre avait depuis longtemps entamé les hostilités, mais ni lui ni Hidan n'avaient reçu de blessure pour le moment. En dépit de toute sa haine et de sa soif de vengeance, Tobirama se bloquait à chaque fois qu'il était sur le point de la toucher. Hidan, quant à elle, fuyait le combat, tout simplement.

- Ce combat ne mène à rien, lâcha Hidan dans un soupir lorsque le poing de Tobirama s'arrêta à un cheveu de son front. Une fois de plus.

- Ce n'est pas possible ! rugit Tobirama entre ses dents serrées. Pourquoi est-ce que je n'y arrive pas ?! Pourquoi est-ce que je ne peux pas me résoudre à te tuer…

- C'est parce que tu n'es pas quelqu'un de mauvais, se hâta de répondre Hidan.

Tobirama ricana.

- De mauvais ? Quelle vision simpliste du monde tu as Hidan… Et puis, de toute façon, ce n'est pas de ça qu'il s'agit, et tu le sais très bien. C'est l'amouuuuur !

Le bras droit de Madara avait fortement insisté sur la dernière syllabe, montrant ainsi tout son mépris pour la source de sa faiblesse.

- Apparemment, j'ai encore des sentiments pour toi, c'est fou hein ? Si tu te suicidais, ce serait tellement plus simple. Je serais sans doute triste pendant quelques temps, mais ensuite, je serais libre ! Libre et puissant ! ajouta ensuite Tobirama, les yeux fous.

Pour une des premières fois, les yeux d'Hidan s'embuèrent de larmes.

- Arrête, Tobirama. ça ne te ressemble pas. Minato t'a trahi, selon toi, et tu penses que tu auras ta vengeance en servant Madara et en massacrant Fuki ?

Hidan secoua la tête énergiquement.

- En agissant ainsi, ce n'est pas notre vie que tu détruis, c'est la tienne !

Tobirama se figea. Apparemment, les arguments d'Hidan avaient porté.

- Peut-être bien, concéda-t-il finalement. Mais je veux bien sacrifier mon existence pour ça…

Parce que c'est tout ce qu'il me reste. Parce que ma vengeance et ma haine sont les seules choses sur lesquelles je peux compter désormais.

- Arrête de dire des âneries pareilles ! s'emporta Hidan. Je ne te reconnais plus, Tobirama. Où est passé le gamin souriant avec qui nous partagions de si bons moments ?

Le visage de Tobirama se ferma.

- Il est mort. Et tu es la prochaine sur la liste.

Sur ces sinistres paroles, l'Ombre sauta, et donna un puissant coup de pied dans l'estomac d'Hidan, qui se courba sous la douleur.

Pour la première fois, Tobirama avait su bannir ses émotions et l'avait frappée.

A la haine de ce dernier s'était ajoutée une colère sourde. Alors comme ça la femme dont il était amoureux depuis si longtemps l'avait toujours vu comme un gamin… Il allait lui montrer qu'il n'en était plus un.

- Tu es décidément très robuste, fit Tendô de son habituelle voix atone.

Kimimaro sourit, dans un masque de sympathie qui ne lui allait pas très bien.

- Je te retourne le compliment, Pain. Je n'avais encore jamais rencontré d'adversaire aussi tenace que toi. Et dire que tu n'es qu'un cadavre en fin de compte…

Le visage de Tendô, jusqu'alors inexpressif, se contracta imperceptiblement. Il n'aimait pas la lâcheté, et pourtant il avait affronté l'Empire sans jamais se montrer. Il détestait envoyer un pantin combattre à sa place, et pourtant il l'avait toujours fait. Il haïssait ce jutsu pour l'avoir cloué à jamais sur un fauteuil, et pourtant il le bénissait chaque jour.

Car ses corps étaient les seuls ninjas sacrifiables de Fuki, qui, en véritable peau de chagrin, voyait ses quelques membres disparaître peu à peu.

- Je sais ce que tu penses, que je suis un couard pour envoyer un macchabée se battre à ma place. Mais tu te trompes du tout au tout. La première fois que j'ai utilisé cette technique, ma vie était en danger, et je serais mort sans l'invocation de Gedou Mazou.

Depuis ce jour maudit, il n'y a pas un matin où je me demande si j'ai bien fait de recourir à cette extrémité.

Le regard de Tendô se fit plus flou, et ses rinnegans s'attardèrent sur le pâle éclat de la lune dissimulée par les nuages.

- Être prisonnier de ce fauteuil est une torture quotidienne, crois-moi. Ceux dont les jambes peuvent les porter ne savent pas la chance qu'ils ont…

Kimimaro haussa les épaules.

- Je suppose que ça doit être difficile à vivre, en effet. Mais au moins, tu es vivant. Et tu le resteras encore longtemps, en recourant à ces cadavres pour te battre.

Les yeux étranges du shinobi se plissèrent, puis il répondit d'une voix douce.

- C'est une façon de voir les choses, en effet. Mais si ça te dérange tant que ça, détruis donc ce cadavre et viens affronter mon vrai corps…

Le sourire de Kimimaro se mua en rictus, et elle repoussa la mèche qui lui cachait les yeux.

- Compte là-dessus !

Et une centaine d'os jaillirent à nouveau vers Tendô, qui murmura les deux mots de puissance.

- Shinra Tensei. (répulsion céleste) .

L'une semblait indestructible, l'autre possédait le bouclier ultime en la personne de la gravité. Ce combat aurait pu durer indéfiniment si les ninjas avaient eu des réserves de chakra illimitées. Mais ce n'était pas le cas. Nagato puisait dans ses dernières ressources, et Kimimaro semblait à bout. Tous d'eux appréhendaient avec une forte anxiété le dernier baroud d'honneur qu'ils s'apprêtaient à livrer.

- Oui, tu as été un bon adversaire, dit soudain Kimimaro, dont l'expression avait radicalement changé. Son visage était devenu froid, et une flamme brûlait au fond de ses yeux.

Nagato comprit que la kunoichi allait jouer son va tout, et ça ne lui plaisait pas du tout.

Au-delà de son manque de chakra, il était exténué. Il n'avait pas eu de vraie nuit de sommeil depuis de jours, et manipuler ses corps aussi longtemps l'avait usé.

- Et pour cette raison, je vais te faire l'honneur de t'achever avec les Six Danses, reprit-elle.

C'est l'unique technique de mon invention, et personne n'y a jamais survécu.

L'avertissement laissa Tendô sans réaction, bien qu'en réalité Nagato accentua sa concentration, curieux de voir ce que son adversaire avait en tête.

- Commençons ! conclut Kimimaro en fermant les yeux, puis en commençant à réciter :

Rikousiraka no Maï. (la danse du bouleau de la sagesse)

Aussitôt, la kunoichi se mit à s'élever dans le ciel nocturne, et Nagato vit que les excroissances sous ses pieds étaient à nouveau apparues et s'étaient enfoncées dans le sol.

Mais cette fois-ci, Kimimaro avait décidé de laisser une partie de ces extensions osseuses du talon à l'air libre, ce qui donnait l'impression que la jeune fille se trouvait sur des échasses.

« Cette danse porte bien son nom… » maugréa Nagato intérieurement.

Non seulement cette astuce permettait à la kunoichi de résister au Shinra Tensei, mais elle lui donnait également la possibilité d'attaquer à distance, en courbant les os qu'elle avait au bout de ses pieds. Qui plus est, la portée de Kimimaro devenait dès lors infinie, puisqu'elle pouvait agrandir ses échasses quand elle le souhaitait…

« Cependant, je peux toujours la faire sortir du sol en utilisant le Banshou Tenin…» pensa ensuite Nagato.

Mais Kimimaro sembla lire dans ses pensées, et s'empressa de préciser :

- Le bout de mes excroissances osseuses est formé d'un os perpendiculaire à l'axe. A la manière d'une ancre, en fait. Tu ne pourras plus m'arracher du sol, Pain.

Nagato blêmit. La situation devenait franchement compliquée pour lui.

- Fukyuusidaya no Maï (la danse du saule éternel)

Le malaise du chef de Fuki redoubla lorsqu'il vit une épaisse armure d'os recouvrir le corps de la Kaguya. Passer outre cette protection serait quasiment impossible…

- Je ne vois pas en quoi ce sont des danses, remarqua-t-il néanmoins, un sourcil levé.

Kimimaro lui répondit par un horrible sourire.

- Oh tu comprendras bien vite, mon petit Pain. Disons que ces six Danses n'en forment qu'une seule, mais lorsque cette dernière commencera, ce sera la fin pour toi.

Tendô fit mine de bouger, mais Kimimaro intervint :

- C'est inutile, j'ai déjà accompli mes deux premières « danses » protectrices, tu ne peux plus m'arrêter désormais. Ta seule chance serait de fuir, mais ce serait contre tes nobles principes, évidemment…

Bien que Tendô ne montrât aucune expression de crainte, Nagato n'en menait pas large. Il était à court de solution. Cependant, il se sentait encore capable de résister aux attaques de son adversaire, via le Shinra Tensei. Il fallait juste espérer que les quatre prochaines « danses » ne seraient pas trop redoutables…

- Yukaharuni no Maï. (la danse de l'orme joyeux)

Cette fois-ci, Kimimaro se concentra et composa plusieurs mudras que Nagato n'avait jamais vu. Serait-ce un Ninjutsu spécifique au clan Kaguya ?

Suite à l'exécution de la technique, Nagato ne vit aucun changement notable sur Kimimaro, si ce n'est que les os de cette dernière devinrent légèrement plus étroits.

- Que se passe-t-il exactement ? marmonna le corps de Pain.

- J'ai changé la composition de mes os, répondit Kimimaro d'une voix dans laquelle perçait la fatigue. Ils sont toujours aussi solides, mais ils sont à présent trente fois plus légers. Ce qui me permet…

- D'augmenter énormément ta vitesse, conclut Nagato. Impressionnant, mais ça ne suffira pas. Je t'arrêterai avant avec mon Shinra Tensei.

Kimimaro se contenta de ricaner, puis toussota avant de passer à la suite.

- Enenkaede no Maï. (la danse de l'érable embrasé)

Une fois encore, elle composa des signes, mais cette fois-ci la séquence était connue de Nagato. Un jutsu Katon, à ce qu'il lui semblait.

Et en effet, Kimimaro se mit à cracher du feu… sur son propre corps.

D'abord abasourdi, Nagato comprit peu à peu lorsqu'il vit les flammes redoubler d'intensité sans que la kunoichi ne fasse état d'une quelconque douleur.

- Lors de ta danse précédente, tu as changé la composition de tes os. Je pense que tu en as profité pour les rendre à la fois inflammables et résistants au feu. Curieux mélange ma foi…

- Bingo, sourit Kimimaro. C'est en effet un curieux mélange, mais il est très efficace, crois-moi.

Nagato ne pouvait le nier. Le corps de son adversaire était désormais envahi par les flammes, la tête de la jeune fille étant bien à l'abri sous le masque osseux procuré par la deuxième danse.

- Hinoki no Maï. (la danse du cyprès endeuillé)

Cette fois-ci, le nom de la danse laissa Nagato dubitatif. Le cyprès endeuillé ? Il n'avait aucune idée de ce que cela allait être. Sûrement un jutsu lié à la mort, ou à l'obscurité.

Soudain, Kimimaro mit ses bras en croix, puis les frotta énergiquement l'un contre l'autre.

Le son provoqué par le frottement, d'un aigu extrême, glaça le sang de Nagato. Quel était ce maléfice ?

La vérité lui apparut bien vite. Un genjutsu, et superbement réalisé, il devait l'avouer. Nagato avait complètement oublié que son rinnegan ne le protégeait que contre les illusions qui utilisaient le sens de la vue. Il était totalement démuni face aux genjutsus sonores, et Kimimaro semblait le savoir parfaitement.

« C'est d'ailleurs le type de genjutsu que les vieux ermites crapauds avaient utilisé sur le Pain de l'autre monde » songea Nagato.

En temps normal, il aurait sans doute trouvé la parade, mais là, il était à bout.

Peu à peu, la vue de Tendô décrut, jusqu'à ce qu'il devienne complètement aveugle. Un nuage obscur s'était formé autour de lui.

Il entendit néanmoins distinctement la voix de Kimimaro, qui avait bien l'intention de finaliser son œuvre :

- Seikyuukunugi no Maï. (la danse du puissant chêne)

Nagato n'avait pas besoin de ses yeux pour comprendre que cette dernière partie de la danse fournissait à la kunoichi tout un arsenal de destruction massive composé d'os contondants et pointus.

Il était mal barré.

Tendô se concentra ensuite sur son ouïe, le seul sens valable qui lui restait. Il devait absolument se tenir prêt lorsqu'elle arriverait, sans quoi ce serait la fin. Il n'aurait pas de seconde chance.

Il y eut soudain un sifflement, et Nagato n'hésita pas une seconde.

Ni une ni deux, il hurla à pleins poumons :

- Shinra Tensei ! (la répulsion divine)

Le jutsu parut faire effet, puisqu'il entendit très distinctement le juron de Kimimaro.

Néanmoins, les échasses de cette dernière allait la faire revenir par un effet de balancier, Nagato le savait bien. Il espérait seulement que ce serait dans plus de cinq secondes…

« Plus que trois secondes… » pensa Nagato en se mordant la lèvre.

« Deux… »

C'est alors qu'il entendit à nouveau le sifflement, et il comprit que c'était terminé. La Kaguya avait accru sa vitesse avec la troisième danse, et ça faisait toute la différence.

Celui qui manipulait le corps de Tendô eut l'impression d'être percuté par un avion à réaction, puis une migraine caractéristique lui confirma l'amère vérité. Tendô était tombé.

Nagato se redressa tant bien que mal sur son siège, puis réactiva Jigokudô. Ce dernier pourrait ressusciter Tendô, à condition bien sûr que le corps soit à peu près entier…

Jigokudô fut sur le toit de l'immeuble en quelques instants, et Nagato se concentra pour regarder vers le sol, malgré l'obscurité. Il déglutit lorsqu'il vit que du plus puissant de ses corps, il ne restait pas grand-chose. Kimimaro l'avait littéralement annihilé.

« Je vais devoir me trouver un nouveau cadavre » soupira l'homme au Rinnegan, avant de repousser cette idée dans un coin de sa tête. Il y avait plus urgent.

Jigokudô utilisa un nouveau déplacement rapide pour arriver au rez-de-chaussée de l'immeuble, et Nagato vit quelques uns de ses subordonnés se tourner vers lui.

- Yo chef ! s'exclama Jiraya. Tu as vu comme elle a la classe notre petite Hinata ?

Les rinnegans du corps de Pain s'agrandirent de stupeur. Quelle technique incroyable !

Il se força cependant à se détourner du spectacle, et vit que le regard de Jiraya était devenu anxieux.

- Ce corps… Pourquoi es-tu venu avec ton corps le plus précieux ?

- J'ai pris ce que j'avais sous la main, avoua Nagato. Tendô a été détruit. Il faut absolument envoyer des ninjas pour s'occuper de Kimimaro.

Avant même que Jiraya ait pu transmettre l'ordre de son chef, Hashirama s'avança vers Jigokudô.

- Je m'en occupe. C'est la moindre des choses après avoir servi Madara pendant deux ans.

- Heureux de te voir libre, sain et sauf, répondit Nagato via le corps de la résurrection. Mais tu es sûr de te sentir assez en forme pour le faire ? Et tu penses pouvoir y arriver seul ?

- Parfaitement, fit Hashirama d'une voix assurée. J'ai mis un certain temps à me remettre de la libération du sceau et du jutsu de Jiraya -l'ermite leva les yeux au ciel lorsque Jigokudô se tourna vers lui- mais il me reste beaucoup de chakra.

Le corps de Pain acquiesça, puis se força à faire un sourire, chose qu'il n'affectionnait pas particulièrement, même lorsque la situation n'était pas aussi critique.

- Bonne chance, j'ai confiance en toi Hashirama.

Ce dernier hocha la tête, puis partit sans se retourner. Il aurait bien voulu voir à quoi ressemblait le fameux Rédemption, mais il avait également un besoin urgent de s'entraîner, et cette Kimimaro allait être parfaite pour ça.

Il sortit en hâte du hall du bâtiment, et repéra instantanément la Kaguya, qui lui montrait son dos. La jeune femme avait mis fin aux Six Danses juste à temps, son taux de chakra étant proche du seuil critique.

Il se précipita vers elle, puis pila lorsqu'il l'eut rejointe.

- Kimimaro…

La kunoichi fit aussitôt volte-face.

- Senju ? Tu as réussi à leur échap… ?

Sa voix se perdit dans la nuit lorsque ses yeux se posèrent sur le front de son vis-à-vis.

Disparu. Le sceau avait disparu.

- C'est impossible… fit ensuite Kimimaro d'une voix chevrotante. L'Empereur lui-même m'a juré que sceau était indestructible !

- Madara est loin d'être le dieu omniscient qu'il prétend être, rétorqua Hashirama en dégainant son katana. Cela le répugnait d'affronter une kunoichi aussi fatiguée, mais il le fallait.

- Je vois de la pitié dans tes yeux, Senju, et ça ne me plaît pas ! rugit alors Kimimaro.

Tu es tellement certain de ta victoire… Et pourtant, elle va t'échapper.

Sur ces paroles prophétiques et énigmatiques, elle sortit un long parchemin de sous sa cape, et l'étala devant elle.

Hashirama essaya de discerner ce qui y était écrit, mais sans succès. Il n'était pas nyctalope, et la Lune avait désormais complètement disparu sous les nuages sombres.

- Ninpô : Kuchiyose no jutsu ! (jutsu d'invocation) fit la voix glaciale de Kimimaro.

Hashirama recula malgré lui lorsqu'il reconnut les deux silhouettes qui venaient d'apparaître devant lui.

- Ce n'est pas possible…

Kimimaro éclata de rire.

- Bien sûr que si ! Figure-toi que mon ami Tobirama a eu la gentillesse de me laisser ce parchemin, en cas de coup dur. Un parchemin d'invocation qui contient deux ninjas ressuscités par l'Edo Tensei…

Hashirama plissa les yeux. Il avait oublié que Tobirama maîtrisait lui aussi le jutsu abominable d'Orochimaru. Après tout, le Nidaime Hokage en était l'inventeur, mais cette technique était tellement répugnante…

- Au moins, tu n'as pas invoqué Itachi… murmura Hashirama comme pour se rassurer.

- C'est vrai, répondit une Kimimaro un poil déçue. Je suppose que ce bellâtre de Tobirama l'a gardé pour lui... Enfin, je pense que ces deux-là suffiront, tu ne crois pas ?

Hashirama jugea inutile de lui répondre et garda les yeux rivés sur ses deux nouveaux adversaires, prêt à réagir au premier mouvement suspect de leur part. Le premier était Zabuza, et l'ancien Capitaine pouvait se révéler destructeur. Cependant, toute l'attention d'Hashirama était dirigée vers le deuxième. Il n'aurait jamais pensé revoir celui qui avait été son meilleur ami en cet instant.

- Darui…

Kimimaro ne cacha pas sa surprise.

- Tu le connais ? Personnellement je ne l'ai jamais vu…

- Il a fait partie d'Amaterasu, mais pas longtemps, expliqua Hashirama d'une voix triste. Il a été tué au début de la guerre de l'élu. Je ne connais pas l'identité de son meurtrier, bien que beaucoup pensent qu'il s'agit de Madara en personne.

Hashirama fit une pause, puis ajouta :

- Je ne l'ai connu que six mois, et pourtant nous étions devenus les meilleurs amis du monde. Mais c'était surtout un ninja exceptionnel. Un véritable maître du Raiton, qui rivalisait avec votre Ombre, ce Rai. En parlant de ce type, j'ai d'ailleurs été hyper surpris lorsque j'ai appris qu'il avait rejoint Fuki !

- Tu n'es pas le seul, répondit Kimimaro, une nuance d'amertume dans la voix. Cependant, lorsque tu auras fini de raconter ta vie, on pourra peut-être commencer ce combat ?

Hashirama s'étonna d'avoir pu parler aussi facilement de tout ça avec son ennemie, et supposa que ses deux ans de mutisme en étaient la cause.

Une fois que la réincarnation du Senju eut quitté l'immeuble, tous les regards avaient à nouveau convergé sur Hinata. Ils avaient hâte de voir l'ange à l'œuvre.

Entourée par Fuki, Shika savait que sa défaite était inéluctable. Cependant, son sceau lui intima de continuer le combat contre Hinata. Madara n'avait bien évidemment aucune raison de prendre soin de ses ex-adversaires., et les envoyer à la mort lui allait à merveille.

C'est ainsi que la Nara joignit ses mains, puis se servit de la lumière émise par Hinata pour utiliser la manipulation des ombres.

- Kage mane no jutsu… (la manipulation des ombres) grommela Shika, encore plus blasée qu'à l'accoutumée.

Quelque chose lui disait que sa technique n'allait pas faire long feu contre Rédemption…

Et en effet, Hinata s'échappa tranquillement de l'ombre, comme si de rien était.

Le chakra émis par Rédemption en cet instant égalant celui d'un bijuu, le Hijutsu de la Nara serait totalement inefficace.

Mais le corps de Shika semblait ignorer les concepts de logique et de raison, et sortit un kunai de sa poche. Les kunoichis reconnurent les parchemins explosifs qui y étaient accrochés, mais Hinata ne s'en formalisa pas. Elle avait une confiance aveugle en sa technique.

Dans un geste de désespoir, Shika projeta alors l'arme vers son adversaire, qui explosa à quelques mètres de cette dernière. Le kunai avait heurté un champ de force invisible et avait immédiatement explosé.

- Ma défense est du niveau de Susanoo. Aucune attaque ne passera, commenta Hinata avec un brin de suffisance.

La voix d'Hinata était grave, forte et éthérée, et n'avait plus rien de celle d'un mortel. Sasori supposa que l'exceptionnelle densité de chakra qui entourait la kunoichi en était la cause.

- Ou alors c'est un Genjutsu inhérent à sa technique, supposa Nagato via Jigokudô.

L'ange ferma alors les yeux, et une épée de lumière apparut dans chacune de ses mains.

- C'est terminé, ajouta Hinata sur le même ton péremptoire.

Et elle disparut aux yeux des spectateurs avant de réapparaître instantanément devant Shika.

Sasuke lui-même n'avait rien vu avec son sharingan. La vitesse de Rédemption était tout simplement irréelle.

Il y eut ensuite un flash de lumière et la Nara s'effondra, inconsciente.

Voyant cela, certains spectateurs firent un pas en avant, inquiets pour Shika, mais Hinata les interrompit de sa voix déformée.

- Elle va bien, ne vous inquiétez pas. En revanche, Hashirama a des problèmes on dirait…

Neji activa son Byakugan et confirma l'allégation de son amie.

- Ils sont trois contre lui… Et deux d'entre eux possèdent un chakra étrange. On dirait…

- Edo Tensei… compléta Hinata en serrant le poing.

Le chakra de cette dernière se fit soudain encore plus menaçant, et elle disparut à nouveau.

Rédemption fut aux côtés d'Hashirama en un instant, l'éblouissant lui et ses ennemis.

Kimimaro n'arrivait pas à reconnaître la Hyûga, dont la puissance éclipsait toutes les personnes présentes.

La stupeur passée, Hashirama reprit ses moyens et articula d'une voix faible :

- C'est toi, Hinata ?

- Oui. Besoin d'aide ?

La voix de son amie fit frissonne le Senju, qui opina du chef.

- Elle a utilisé la réincarnation des âmes, et l'un des deux morts-vivants se trouvent être…

- Darui, conclut le concerné.

Hinata se tourna vers l'ancien shinobi d'Amaterasu et plissa les yeux.

- Je suis heureux de te revoir, Darui, bien que j'aurais espéré que cela se passe autrement.

- Bonsoir Hinata, tu as beaucoup changé, sourit le dénommé Darui. Tu étais beaucoup moins jolie la dernière fois que je t'ai vue.

La kunoichi ne rougit même pas. Tout comme Naruto, elle avait pour habitude de sceller ses émotions lors de chaque affrontement.

- Merci. Bien que je ne puisse pas te retourner le compliment…

Darui sourit, sous les yeux d'un Hashirama mortifié. Le Senju ne savait pas quoi dire à son ami décédé.

Darui le comprit et lui lança :

- Ne t'en fais pas, Hash. Un jour, tu me retrouveras pour de bon et on pourra parler autant qu'on le voudra. Alors à la prochaine, et le plus tard possible !

Pour Kimimaro, les dernières paroles de Darui furent la goutte qui fit déborder le vase.

- Vous avez fini ?! tempêta-t -elle, furieuse de voir ses prétendus esclaves parler ensemble du bon vieux temps.

Répondant à l'injonction de leur maîtresse, les deux morts-vivants joignirent leurs mains et s'apprêtèrent à composer des mudras.

Aucun d'entre eux n'eut le loisir de finir sa technique, puisque Hinata jaillit devant eux et plongea ses deux épées dans leur cœur respectif. Du moins à l'endroit où aurait dû se trouver ledit organe…

Epoustouflée par la vitesse de Rédemption, Kimimaro ouvrit un peu plus ses yeux, avant de retrouver son habituel sourire narquois.

- C'est inutile, ce n'est pas une attaque aussi simple qui en viendra à bout…

A peine avait-elle fini sa phrase que les corps de Zabuza et de Darui tombaient en poussière, sous les yeux d'une dizaine de personnes, les autres ninjas de Fuki ayant enfin rejoint Hashirama et Hinata.

De toute évidence, les lames de lumière d'Hinata étaient venues à bout de l'Edo Tensei.

- Le Fuuinjutsu n'était-il pas le seul moyen de les vaincre ? glissa Han à Kushina.

La femme haussa les épaules.

- Je le croyais aussi, mais de toute évidence…

Après un silence, elle reprit :

- Je suppose que la quantité de chakra dégagée par ces lames était trop importante, voilà tout. Une telle densité, une telle pression… Rien ne peut résister à ça.

Sasuke remarqua alors que quatre des six ailes d'Hinata avaient disparu, annonçant probablement la fin prochaine de la technique.

Tobirama jeta un regard mêlé de suffisance et de pitié sur Hidan, qui présentait un visage tuméfié. Tous deux avaient depuis longtemps perdu le compte des coups qu'elle avait reçu.

- Pourquoi ne ripostes-tu pas ? Tu comptes sur ton immortalité pour te protéger ? ricana Tobirama avec un zeste d'envie dans sa voix.

Cela n'échappa pas à Hidan, qui ferma les yeux. Tout le monde enviait son pouvoir, mais elle n'y attachait que fort peu d'intérêt. Quelle ironie quand on y pensait ! Certains hommes auraient tué père et mère pour obtenir sa capacité, mais elle…

Elle voulait mourir, voilà tout. La douleur et la maladie se révélaient plus fortes au fil du temps, et Hidan en avait plus qu'assez de se shooter à la morphine chaque jour pour connaître une nouvelle journée de torture le lendemain.

- Si j'en avais eu le pouvoir, je te l'aurais déjà donnée, mon immortalité, dit alors la kunoichi à mi-voix.

Tobirama la regarda dans les yeux, et fut surpris d'y lire de l'honnêteté. C'était impossible, voyons, se morigéna-t-il aussitôt. Pourquoi Hidan rejetterait-elle son pouvoir, et pourquoi le donnerait-elle à lui qui plus est ? Lui que tout le monde avait trahi et rejeté ?

Il fut rappelé à la réalité par la voix douce d'Hidan.

- Tobirama, tu veux que je te confie un secret ?

Après que l'Ombre eut pesé le pour et le contre, il opina du chef.

- J'ai mal. Je souffre d'une maladie assez rare qui aurait me tuer depuis longtemps, et jour après jour je dois m'accrocher à cette vie misérable. Jour après jour, je maudis ce pouvoir qui m'a été donné et qui prolonge mes souffrances. Je veux que tout s'arrête !

Tobirama fut soufflé par ce qu'il venait d'apprendre. Il n'aurait cru possible qu'Hidan soit une miraculée, mais aussi qu'elle le vive aussi mal.

- Mais… Il me semblait que tu pouvais perdre ton immortalité, non ?

- C'est vrai, confirma Hidan sans attendre. Mais depuis plus de deux ans, j'ai accompli cet horrible rituel toutes les semaines. Et sais-tu pourquoi ? Parce qu'il y a des personnes qui comptent pour moi, et que ma capacité me donne le pouvoir de les protéger.

Hidan baissa la tête, puis murmura d'une voix triste :

- Voir un sourire de gratitude sur le visage d'un ami est la seule chose qui me fait tenir.

Tobirama resta muet devant tant d'empathie et d'abnégation, mais son cœur redevint vite dur et froid.

- Je suppose que tu veux m'attendrir, que je te prenne en pitié, mais le fait que tu souffres ne m'arrêtera pas ! Je sais que Pain se cache à cette étage, et il mourra ce soir, quoiqu'il arrive. Cependant, tu as encore le choix : tu peux mourir avec lui ou me laisser passer.

Hidan lui répondit par un regard de défi :

- Je n'ai jamais abandonné un ami, et je ne compte pas commencer aujourd'hui !

Tobirama comprit le sens caché de la phrase, et fronça les sourcils. Alors comme ça, Hidan continuait à prétendre qu'elle ne l'avait pas trahi ?

- Fais ce que tu veux, dit-il au bout d'un moment. Si ça t'amuse de jouer le rôle du bouclier humain, alors soit. Mais n'oublie pas que tu est immortelle, pas indestructible. Combien de temps tiendras-tu avant que tes jambes ne puissent plus te porter ?

Hidan eut un petit rire.

- Oh je ne tiendrais pas aussi longtemps, répondit-elle alors. Il est vrai que j'ai accompli le rituel toutes ces années, mais la vérité c'est que… J'ai cessé de le faire il y a quelques semaines.

Le visage de Tobirama se figea.

- Tu veux dire que…

- Oui, j'ai perdu petit à petit toutes les faveurs de Jashin. Il m'en reste quelques une mais je ne suis plus immortelle, Tobirama.

Le bras droit de Madara cilla, puis écarquilla les yeux.

- Tu… Quoi ?

- Je ne suis plus immortelle…

- Ridicule, rétorqua Tobirama en secouant la tête. C'est encore un de tes mensonges pour m'embrouiller l'esprit ou…

- Je ne mens pas ! explosa Hidan.

Tobirama se tut et baissa la tête, tout en levant les yeux pour regarder ceux de son adversaire.

- On dirait que tu dis la vérité…

Il y eut un long silence, qui fut brisé par le rire de Tobirama.

- Magnifique ! Te mettre hors service sera donc plus facile que prévu, n'est-ce pas ?

Joignant le geste à la parole, Tobirama s'élança à l'attaque et porta un coup de poing surpuissant à la kunoichi qui tomba à la renverse. L'Ombre avait touché la tempe, Hidan serait donc inconsciente pendant un petit moment. C'était suffisant pour ce qu'il avait à faire.

Une fois qu'elle se fut assurée de la disparition des deux âmes réincarnées, Hinata se tourna vers Kimimaro, mais cette dernière avait déjà disparue.

- Merde…

- Laisse tomber, fit Deidara d'une voix douce. C'est peut-être mieux comme ça. Trop de gens sont morts aujourd'hui.

Jigokudô hocha la tête. Pour une fois, le maniaque des explosifs avait raison. Que Kimimaro vive ou meure importait peu après tout. Du moins pour le moment.

Le chef de Fuki allait faire une déclaration lorsqu'il se raidit, et ses pensées regagnèrent son vrai corps. Nagato tourna la tête en tout sens, et il l'entendit à nouveau. Ce cri, il le connaissait. Hidan. Comment avait-il pu l'oublier ? La kunoichi n'était toujours pas descendue dans le hall, et à cela il y avait deux raisons possibles.

Primo, elle avait été tuée ou mise hors d'état de nuire. Secundo, elle se battait encore.

Le cri qu'il venait d'entendre étayait sa seconde hypothèse.

« Et pour qu'un combat dure aussi longtemps, son adversaire doit sûrement être… »

- Tobirama ! rugit Nagato.

Tous se tournèrent vers lui, et leur chef ne se fit pas prier pour s'expliquer.

- Hidan est encore en train de se battre, probablement contre Tobirama. Tous au premier étage !

Et indifférents aux bruits menaçants s'échappant de l'édifice qui s'écroulait peu à peu, tout le groupe se rua vers l'immeuble.

Hinata fut bien évidemment la première sur les lieux et gravit l'escalier à une vitesse inouïe… avant de se prendre un mur en pleine figure.

La Hyûga se passa la main sur son visage, et la première chose qu'elle constata fut que Rédemption avait pris fin. Adieu sa super vitesse et sa divine protection. Elle était redevenue la mortelle qu'elle était. Une kunoichi, tout de même, mais le différentiel de puissance était écrasant.

Elle passa un doigt sur la bosse qui poussait lentement mais sûrement sur son front, et dirigea son regard noir vers le coupable. Un mur invisible lui bloquait l'accès au premier étage.

Elle fut bientôt rejointe par tous les autres, y compris Deidara qui avait pourtant eu la riche idée d'emprunter la voix des airs et de passer par la fenêtre.

- Dei, tu ne devais pas passer par…

- Bloqué, la coupa le blond, penaud. Une sorte de mur m'empêche d'entrer.

- Et c'est la même chose ici, soupira Sasuke en passant une main sur le champ de force.

Kushina l'examina, puis poussa un juron.

- Le saligaud. Je ne savais pas que ce Tobirama maîtrisait ce type de Fuuinjutsu…

- Tu peux en venir à bout ? s'enquit Hashirama avec espoir.

Son interlocutrice le fusilla du regard, offensée.

- Evidemment ! Jiraya, bouge ton cul et viens m'aider.

- Devant la courtoisie de l'invitation, je ne peux que m'incliner, maugréa Jiraya en rejoignant sa coéquipière.

Les deux maîtres des sceaux se mirent aussitôt au travail, non sans avoir auparavant répondu à la question de Haku.

- De combien de temps aurez-vous besoin ?

- Environ dix minutes…

- Et voilà, nous serons tranquilles, désormais, ricana Tobirama en parachevant son œuvre.

Il avait en effet profité des quelques minutes d'inconscience de Hidan pour mettre au point sa barrière Ninjutsu, qui s'était étendue à tout l'étage.

Ce fut le moment que choisit Hidan pour se réveiller.

Tobirama se tourna vers elle, et vit que toute trace de tristesse ou de bonté avait quitté ses yeux. La dernière attaque de son ex ami avait semble-t-il légèrement énervé Hidan.

La kunoichi sortit alors deux armes atypiques de derrière son dos, que Tobirama reconnut instantanément.

- Alors voilà tes fameux boomerangs… J'ai entendu dire que tu les manies à merveille…

Hidan avait troqué son ancienne arme, jugée trop encombrante, contre celles-ci il y avait à peu près un an. Et au cours de ces douze mois, de nombreux impériaux en avaient fait les frais… Lesdits boomerangs avaient été fabriqués par Sasori, à partir d'un métal à la fois léger et résistant, alliage de son invention sobrement baptisé Sasorite.

En plus d'être quasiment indestructibles, les armes de Hidan étaient tranchantes comme des rasoirs ce qui lui permettait de récolter son sang aisément.

Mais la force de pénétration des deux armes était dans les faits encore plus grande. En effet, Hidan était récemment parvenue à maîtriser son deuxième élément, le Fuuton, et avait coutume de mettre du chakra vent dans ses boomerangs.

La kunoichi attaqua sans prévenir, avec une brutalité qui ne lui ressemblait pas. Les deux croissants métalliques fusèrent dans un sifflement strident, et Tobirama faillit ne pas parvenir à les éviter.

Mais l'Ombre n'était pas né de la dernière pluie, et il se retourna aussitôt avoir esquivé, prêt à intercepter les armes à leur retour.

Ces dernières dessinèrent une courbe dans la pièce puis retournèrent vers Hidan à pleine vitesse.

Tobirama hésita un instant. Les boomerangs étaient bien plus rapides qu'il le n'avait cru. Et si la protection qu'il s'apprêtait à invoquer ne suffisait pas à les stopper ? Quoiqu'il en soit il n'avait pas le choix. Il devait immobiliser les boomerangs, sans quoi ce combat ne finirait jamais. Et pour bloquer les lames Fuuton, il lui fallait son jutsu défensif le plus puissant. Il ne pensait pas l'utiliser aujourd'hui, mais bon…

- Doton : Yomisakai. (La frontière de l'Au-delà) annonça Tobirama.

Il commençait à réaliser les mudras nécessaires à sa technique lorsque, du coin de l'œil, il vit Hidan lui foncer dessus par derrière.

- Trop prévisible… murmura-t-il alors que ses lèvres se retroussaient en un petit sourire.

Ignorant la menace qui arrivait dans son dos, il composa les derniers signes de sa technique, et un large mur de plusieurs mètres de haut s'interposa entre lui et les boomerangs.

La muraille était ornée de motifs et de masques étranges, et ne payait pas de mine, à première vue. Cependant, une des propriétés de l'invocation la rendait capable d'aspirer le chakra. Les boomerangs seraient instantanément débarrassés de leur enveloppe Fuuton et donc incapables de transpercer sa protection.

Tout à ses pensées, Tobirama ignorait toujours la menace Hidan qui l'atteindrait bientôt.

La kunoichi pensait naïvement que Tobirama ne l'avait pas vu, et fondait sur lui le plus silencieusement possible. C'était une des facultés des ninjas que de se mouvoir vite et sans bruit.

Mais au grand dam de la jashinite, elle se vit contrainte de stopper sa course puisque le sol explosa devant elle, diffusant un nuage de poussière à travers la pièce.

Le bras de Hidan fut ensuite promptement happé par une main non identifiée, et Hidan jeta par réflexe un regard noir au trouble-fête, qui émergeait peu à peu de la poussière.

Et elle constata non sans surprise qu'il s'agissait d'un double de Tobirama. Un clone.

- Tu as caché un clone sous le sol pendant que j'était inconsciente. Pas très réglo tout ça... grogna Hidan en se dégageant de l'emprise du clone.

En guise de réponse, Tobirama tapa dans ses mains et la muraille s'effondra. L'Ombre récupéra aussitôt les deux boomerangs qui étaient tombés par terre après avoir heurté le mur de terre.

- Tu peux parler Hidan… répondit finalement Tobirama avant de se tourner vers la kunoichi.

Prenant un air de vierge effarouchée, il ajouta :

- Mon dieu mais que c'est vil ! M'attaquer par derrière alors que je suis déjà bien occupé avec tes machins.

Une expression de contrariété fugace passa sur le visage d'Hidan, qui n'aimait pas voir ses armes chéries ainsi dépréciées.

- Enfin, je suppose que c'est de bonne guerre, soupira ensuite Tobirama d'une voix lasse.

Lorsqu'il redressa la tête, il vit qu'Hidan avait elle aussi invoqué un clone.

- Tu as moins de chakra que moi, Hidan, railla Tobirama. Invoquer un clone, coûteux en chakra, était la chose la plus idiote que tu pouvais faire.

Hidan eut un petit rire.

- Ma foi ce n'est pas faux. Mais qui sait, peut-être ce clone a-t-il un rôle a jouer dans mon plan ?

Tobirama, sceptique, haussa un sourcil.

- Tu planifies, toi, maintenant ?

Hidan ignora la boutade, et profita du fait que l'ambiance s'était un poil radoucie pour poser une question à son vis-à-vis.

- Au fait, je ne savais pas que tu maîtrisais le Doton ?

Le visage de Tobirama se ferma.

- Mouais… J'ai été obligé d'utiliser cet élément, car le Suiton aurait été beaucoup plus coûteux en chakra et beaucoup moins efficace contre tes boomerangs.

- Et pourquoi le Doton te répugne-t-il à ce point ?

Tobirama plissa les lèvres.

- Parce qu'il montre combien le cadet est inférieur à l'aîné. Tobirama avait beau maîtriser les mêmes éléments que son grand frère Hashirama, il ne put jamais obtenir le Mokuton. Les aléas de la génétique. Je suppose que le type dont je suis la réincarnation a reçu un allèle bidon...

Hidan haussa les épaules.

- Tobirama Senju n'a pas eu besoin du Mokuton pour devenir un grand Hokage. Les Kekkai Genkai ne sont pas tout. Des ninjas comme Namikaze Minato sont devenus bien plus forts que n'importe qui alors qu'ils n'en avaient pas !

Tobirama soupira.

- Tu ne comprends rien. Toi qui ne cherches qu'à mourir, tu ne sais pas ce qu'est la soif de pouvoir.

- Tobirama… susurra Hidan.

- Oui ?

- Tu m'énerves.

Hidan avait à peine finit sa phrase que son clone s'envola vers celui de Tobirama et l'éjecta au loin.

Le clone explosa dans un nuage de fumée, et l'Ombre jura. Voilà qu'il se retrouvait en infériorité numérique. Cependant, il avait un avantage.

Il leva son bras droit et exhiba fièrement les deux boomerangs pour narguer Hidan.

- Ce sont tes armes qui vont causer ta mort. Un scénario alléchant, j'en frémis d'avance !

Une des deux Hidan sourit, et fit un petit geste du poignet.

Un instant plus tard, les deux boomerangs s'envolaient vers Hidan, qui les attrapa avec souplesse. Le sang de Tobirama perlait encore sur le métal froid.

De son côté, l'Ombre n'en revenait pas, et regardait bêtement sa main coupée.

- Des fils de chakra… Depuis le début tu avais accroché des fils de chakra à tes maudits boomerangs ? Tu te l'es jouée marionnettiste, c'est ça ?

- Exactement.

La voix de la jeune femme se brisa à la fin de sa phrase. C'était au-dessus de ses forces.

Elle avait essayé de faire abstraction de ses sentiments, mais tuer Tobirama lui était définitivement impossible. Et c'était contre ses principes.

- Bien. Je pense que ce combat a assez duré, tonna Hidan d'une voix autoritaire. Maintenant, tu vas m'écouter.

Tobirama choisit bien évidemment cet instant pour ouvrir la bouche, mais Hidan le coupa avant qu'il ne puisse en placer une.

- Tu t'es suffisamment épanché sur la haine que tu nous portes, à Minato et moi. Et sur notre trahison. Je pense que c'est à ton tour d'écouter maintenant. Et accroche-toi, car tu te fourvoies totalement dans ta vision des choses.

Bon gré mal gré, Tobirama se tut et attendit la suite.

Hidan se racla la gorge, puis embraya de suite :

- Tout d'abord, sache que je comprends que tu en veuilles à Minato, mais je n'y suis pour rien. Et moi, je ne t'ai pas trahi, bien au contraire.

Tobirama voulut dire quelque chose mais Hidan le coupa :

- Un des ninjas d'Amaterasu m'a tranché la tête… Et toute la nuit, je suis restée immobile, sur le champ de bataille. Attendant que l'un de vous deux ne vienne à mon secours…

Tobirama ouvrit de grands yeux.

- Mais ce n'est pas…

- Et vous n'êtes jamais venus ! Au petit matin, c'est un autre shinobi d'Amaterasu qui m'a trouvé, et m'a permis de retrouver mon corps. Je suis ensuite partie en pèlerinage, mais je n'ai pas rejoint Amaterasu, jamais ! Et tu sais pourquoi ? Pour vous ! Je n'avais pas peur de la mort, mais je ne voulais pas avoir à vous combattre ! Et j'étais bien trop touchée par le fait que vous m'ayez abandonnée pour revenir à Akatsuki, surtout depuis qu'Amaterasu m'avait sauvée, et que j'avais découvert qu'ils étaient loin d'être les pourris qu'on m'avait décrit.

Hidan avait dit tout cela sans reprendre son souffle car elle avait hâte d'en finir avec ce quiproquo. Tobirama, quand à lui, ne savait pas quoi dire.

- C'est pas vrai… Madara nous a dit que tu étais probablement morte ou en petits morceaux, et qu'il était inutile d'aller à ton secours. Nous avons porté ton deuil pendant des jours, jusqu'à ce que l'on nous annonce que tu étais passé du côté d'Amaterasu…

- Ce qui était encore faux, compléta Hidan. Depuis le début, Madara ne fait que nous mentir Tobirama…

L'Ombre accusa le choc et tomba à genoux.

- Non… Peut-être que c'est toi qui mens, tu as dû inventer tout ça pour…

Il se tut lorsque Hidan se campa devant lui et plongea ses yeux limpides dans les siens. Des yeux sincères, songea Tobirama.

Tobirama se massa les tempes avec fébrilité. Depuis plus de deux ans, il vouait une haine sans limite à la femme qu'il aimait, et cette haine n'avait pas de raison d'être ?

Totalement désorienté, Tobirama décida de se rattacher à la dernière chose qui lui restait.

- Et Minato ?

Hidan ferma les yeux.

- Je crois que j'ai compris pourquoi il a agi ainsi. Et tu l'aurais sans doute compris, si tu avais passé autant de temps à réfléchir qu'à le haïr.

Tobirama ne pipa mot, et attendit patiemment la suite des révélations.

- Il est clair que dès le début, Minato savait qu'Akatsuki était mauvaise, et il nous a entraîné dans cette embrouille. Pourquoi à ton avis ?

Tobirama fit mine de réfléchir, mais tout n'était que colère dans son esprit dès lors qu'il pensait à Minato.

- Aucune idée…

- Je pense qu'il l'a fait pour nous protéger.

Devant le scepticisme de son ami, Hidan s'expliqua :

- Minato savait qu'Akatsuki était plus puissante qu'Amaterasu, et qu'ainsi nous avions de meilleures chances de rester en vie… jusqu'à ce qu'il tue Madara.

Tobirama fit la moue, mais Hidan ne se laissa pas déstabiliser.

- De plus, Minato est un homme. Il a des sentiments et des amis. Il avait besoin de nous pour tenir le coup à Akatsuki. Ce qui peut te paraître, avec raison, égoïste.

Tobirama acquiesça avec force.

- Un beau salaud, je te le dis !

- Vraiment ? Tu aurais donc préféré que Minato nous laisse rejoindre Amaterasu, pour qu'ensuite nous nous affrontions sur le champ de bataille ? Plus que tout, Minato voulait notre sécurité.

Tobirama pesa les arguments d'Hidan, et reconnut qu'il y avait une part de vérité dans ses propos.

- Admettons qu'il ait voulu nous protéger. Avions-nous vraiment besoin de protection, Hidan ? Nous étions déjà de puissants shinobis à l'époque. Pourquoi ne nous a-t-il pas fait confiance ? Pourquoi ne pas nous avoir dit ce qu'il projetait de faire ?!

A la fin de son monologue, Tobirama hurlait presque, et Hidan baissa la tête.

- J'avoue que je ne suis pas encore sûre…

- C'est pourtant évident, fit une voix.

Hidan et Tobirama se levèrent d'un bond, et la kunoichi fut rassérénée en reconnaissant Nagato. Juché sur son fauteuil, le chef de Fuki observait l'échange depuis déjà quelques minutes.

- Alors voilà le vrai visage de Pain… marmonna Tobirama. Je pourrais te tuer ici et maintenant.

- Même si tu le voulais, tu n'y arriverais pas, le provoqua Nagato. J'ai confiance en Hidan, elle est pleine de ressources.

- Je la connais bien mieux que vous ! s'emporta soudain Tobirama.

Il détestait l'idée que Hidan ait vécu loin de lui pendant deux ans, qu'elle ait tissé tant de liens alors que lui les détruisait tous.

Nagato soupira.

- Ecoute, je me moque complètement de tout ça, et je te saurais gré de cesser tes enfantillages. J'ai mieux à faire que d'écouter les jérémiades d'un adolescent boutonneux en mal de sensations fortes. Alors laisse de côté l'amoureux transi, tu veux ?

La tirade laissa Tobirama pantois, et Nagato soupira derechef.

- Pour en revenir au sujet qui vous intéresse, je pense avoir les réponses.

- Et comment cela ? l'interrogea Tobirama. Vous connaissiez Minato ?

- Non. Il suffit juste de se servir de son cerveau. Raisonner. Se mettre à la place de votre ami et trouver une justification crédible à ces actes. Bien entendu, une certaine maturité est nécessaire, ce qui t'élimine d'office.

Tobirama encaissa en silence.

- Bref, allons-y. Votre ami Minato veut tuer Madara, mais vous le cache. Pourquoi ? Et bien s'il avait échoué dans sa tentative et que Madara l'avait torturé avec son sharingan, il aurait pu le forcer à révéler le nom de ses complices et vous seriez tombés avec lui. Fin de l'histoire. Minato a fait tout ça pour vous protéger. Un gamin de cinq ans l'aurait compris.

Tobirama serra le poing et Hidan leva les yeux au ciel. Ces deux-la n'étaient pas prêts de devenir amis.

Hidan était parvenue au même résultat que Nagato, mais elle avait bien plus de mal que son chef à expliquer les choses de façon rapide et concise. De plus, l'entendre de vive voix lui faisait du baume au cœur. Minato était bel et bien leur ami, il ne les avait pas trahi.

Néanmoins, Tobirama semblait bien plus affecté. Les yeux exorbités, il faisait le point sur les deux années gâchées. Deux ans de haine pure, à tuer au nom du mal incarné. Et pendant tout ce temps-là, il était dans l'erreur.

- Madara est bel et bien un salaud en fin de compte. Je regrette…

Tobirama s'interrompit soudainement et sa tête tomba contre sa poitrine. Quelques secondes passèrent, puis Nagato se raidit. Cette aura…

- Recule, Hidan.

L'ordre claqua, péremptoire, et Hidan s'écarta de son ami retrouvé.

Un instant plus tard, celui-ci relevait la tête, et les deux membres de Fuki serrèrent le poing.

Un sceau qu'ils connaissaient bien était apparu sur le front de Tobirama.

- Madara a dû le lui placer à son insu… souffla Nagato. Si jamais Tobirama envisageait de le trahir, le sceau s'activait. On dirait que ce salopard de Uchiha lui a aussi ôté sa conscience.

Hidan était au bord des larmes. Alors qu'elle était enfin parvenue à le ramener du bon côté, Tobirama lui échappait à nouveau.

- Il y a danger, signala Nagato. Ton ami a placé une barrière Ninjutsu qui nous empêche quiconque d'entrer ou sortir du premier étage. Kushina et Jiraya y travaillent mais ils ont encore besoin de quelques minutes. Nous sommes donc coincés avec lui…

Nagato ne dit rien de plus, mais Hidan savait ce qu'il pensait. Tobirama était tout simplement plus fort qu'eux. Elle était malade, il était exténué et vulnérable sur ce fauteuil.

Cependant, comme Nagato l'avait dit auparavant, Hidan était pleine de ressources.

- Nagato, recule et sors de cette pièce. Dirigeons-nous vers les escaliers, je nous y attend.

Le chef de Fuki s'exécuta. Il supposa qu'Hidan parlait de son clone, et glissa lentement sur le parquet. Hidan le suivait en marchant à reculons, tenant en respect Tobirama. A chaque fois que ce dernier passait à l'attaque, elle l'interceptait puis le repoussait. Lentement mais sûrement, les trois shinobis se dirigeaient vers la cage d'escalier.

Lorsque Nagato put distinguer le clone d'Hidan, il vit que la peau de dernier avait pris une teinte noire, et qu'il se tenait au centre d'un cercle contenant un triangle.

- Je vois… Le rituel de Jashin. Tu n'étais donc pas le clone mais l'original…

Comme pour lui répondre, la Hidan qui l'avait accompagnée explosa, et il ne resta que celle qui se trouvait dans le cercle. Depuis le début, elle avait laissé un clone parler avec Tobirama à sa place pendant qu'elle préparait le rituel.

Ce dernier le répugnait, mais c'était leur meilleure chance de venir à bout de Tobirama sans le tuer, et en toute sécurité.

Hidan n'avait pas menti à Tobirama. Elle perdait peu à peu les pouvoirs octroyés par son dieu, c'était vrai, et avait ainsi perdu son immortalité. Cependant, elle maîtrisait encore une faveur, celle de la malédiction, leShijihyōketsu (Pouvoir sur la mort par le sang).

Une fois que Nagato se fut placé entre l'escalier et le cercle d'Hidan, cette dernière prit la parole :

- Arrête-toi Tobirama. J'ai goûté à ton sang. Si je m'inflige une blessure, il en sera de même pour toi.

Comme prévu, le zombie ne laissa transparaître aucun signe de compréhension et se remit à marcher.

Soudain, Tobirama s'envola au-dessus d'Hidan pour retomber devant Nagato.

Le cœur battant, la kunoichi fit brusquement volte-face et enfonça un kunai dans sa jambe droite.

Elle tomba à genoux en poussant un cri étouffé.

Malheureusement, Tobirama était devenu insensible à la douleur, et il continua de marcher vers Nagato, indifférent au sang qui coulait de sa jambe.

Affolée, Hidan enfonça plus profondément le kunai, et, avec un sang-froid exemplaire, trancha méthodiquement les tendons de son mollet.

Elle serrait les dents pour ne pas crier tant la douleur était atroce. C'était au-delà de tout.

Tobirama, de son côté, s'effondra comme une poupée de chiffon.

Mais Hidan, dont la vision était embrumée par la douleur, s'aperçut bien vite que l'Ombre avançait encore. Il rampait vers le chef de Fuki, un kunai dans la bouche.

Nagato, lui, n'avait aucune arme, aucun moyen de se défendre. Maîtriser les cinq éléments du Ninjutsu n'avait que peu d'intérêt lorsque l'on était à court de chakra.

- Arrête-toi ! cria Hidan en enfonçant son poignard dans son bras droit.

Rien ne changea, Tobirama avançait toujours.

Lorsqu'il fut à moins d'un mètre, Hidan perça un de ses deux poumons. Haletante, elle cracha du sang un long moment avant de pouvoir jeter un coup d'œil à Tobirama. Qui avançait encore et toujours !

Madara avait apparemment programmé Nagato comme cible prioritaire et Tobirama semblait voué à tuer le chef de Fuki.

En désespoir de cause, Hidan jeta un coup d'œil vers les escaliers, mais elle comprit bien vite que ses amis ne seraient pas là à temps. La détresse dans les yeux de Kushina était sans équivoque.

Et Tobirama bondit.

Comme au ralenti, Hidan le vit s'élever dans les airs, propulsé par la seule force de son bras gauche, avant d'entamer la descente, le kunai toujours bien entre ses dents serrées.

Dans un râle de souffrance, Hidan plongea le kunai dans le bas de son ventre avant de remonter progressivement, tranchant ça et là une multitude d'organes. Elle savait depuis longtemps qu'elle allait mourir. La seule liberté qui lui restait était de la choisir.

« C'est une belle mort, je pense » songea Hidan en arrêtant son kunai à un cheveu du cœur.

Elle glissa un nouveau regard vers Tobirama, et lut dans ses yeux qu'il était toujours vivant. Toujours vivant et prêt à frapper.

« Désolé Tobirama. Désolé pour tout.»

Et le kunai poursuivit sa montée de quelques centimètres.

Tobirama tomba sur le fauteuil de Nagato et ne bougea plus. Nagato déposa le corps de son adversaire sur le sol, puis se rendit aussi vite qu'il le pouvait auprès d'Hidan.

Cette dernière avait les yeux clos, mais l'homme au Rinnegan percevait encore la vie en elle.

Il tourna brièvement la tête vers Tobirama et parvint à la même conclusion. Les deux vivaient encore, mais pour combien de temps ?

Nagato fut tiré de ses noires pensées par le bruit des pas et des murmures.

Il sentit la présence de Sakura à côté de lui. Celle-ci avait immédiatement compris l'urgence de la situation.

- Elle n'est pas censée être immortelle ? souffla Sakura en posant sa main sur le ventre de son amie.

- Oui, mais elle n'est plus…

Tous frissonnèrent en entendant cette voix d'outre-tombe. A l'article de la mort, Tobirama avait encore la force de parler. Nagato fixa aussitôt son front et vit que le sceau avait disparu.

Alors comme ça, lorsque le marqué était sur le point de mourir, il disparaissait… C'était bon à savoir, songèrent de concert Jiraya et Kushina.

- Elle a perdu… cette faveur de Jashin… reprit Tobirama.

Sakura déglutit. Le cœur d'Hidan était touché, et il en était de même pour celui de Tobirama puisqu'ils étaient liés par la malédiction.

Muette d'appréhension, elle examina l'organe de la jeune femme et poussa un petit cri de surprise, puis soupira de soulagement.

- On a de la chance. Elle n'est plus immortelle, mais elle n'est pas encore tout à fait mortelle. Son corps se régénère plus vite que la normale. Elle vivra, à condition que je continue à la soigner sans interruption.

Nagato opina du chef, et Deidara murmura :

- Donc l'autre va mourir ? C'était un gentil en fin de compte ? Je ne m'y retrouve plus moi…

Le chef de Fuki haussa les épaules, puis s'approcha du mourant.

- Tobirama ?

L'Ombre trouva la force de sourire.

- Dites à Hidan que je ne lui en veux pas, je ne lui en voudrai jamais. Elle a bien fait. Bien fait…

Nagato, encore plus sérieux qu'à l'accoutumée, donna son assentiment.

- Je le ferai.

Tobirama sourit encore, puis cracha un véritable flot de sang.

Lorsqu'il fut à nouveau en mesure de parler, il inclina la tête vers Nagato.

- J'ai… des informations pour vous. C'est la moindre des choses… Me racheter…

Nagato se tourna vers les autres membres de Fuki, leur faisant signe de se taire.

- Je t'écoute, Tobirama.

L'Ombre commença alors son exposé. Sa voix était redevenue presque normale, et il semblait calme et serein. Nagato de son côté, l'était beaucoup moins. Il ne voulait pas que Tobirama meure sans révéler ce qu'il savait. La mort de ce dernier était regrettable, mais il ne le pleurerait pas. Cette guerre avait fait trop de morts pour qu'il se paye le luxe de pleurer ceux qu'il ne connaissait pas.

- Edo Tensei… J'ai donné deux corps à Kimimaro…

- Je le sais, répondit calmement Nagato. Nous les avons vaincus…

- Et une petite dizaine d'autres… à Madara, poursuivit Tobirama, imperturbable.

Nagato se mordit la lèvre. Voilà qui était fâcheux mais ils auraient le temps d'y penser.

- Il y a aussi le Triangle…

Nagato fronça les sourcils.

- Le quoi ?

- Le Triangle… Un mystérieux individu qui nous livre des informations sur Fuki depuis un an.

Le regard de Nagato s'éclaira. Ces derniers temps, tous leurs plans avaient été déjoués, comme si l'Empire le connaissait à l'avance. Il avait alors pensé à un traître…

- C'est sans doute un membre… de votre organisation… car il connait la moindre de vos petites habitudes.

- Mais pourquoi ne pas vous avoir donné l'emplacement de notre quartier général en ce cas ? s'enquit un Nagato intrigué.

- Je ne sais… pas. Peut-être a-t-il peur d'être tué dans l'affrontement qui s'ensuivrait…

Nagato hocha la tête. C'était très possible.

- J'ai une dernière chose… à vous dire, murmura Tobirama en ouvrant à demi les yeux.

Peut-être un faux espoir mais… Vous devez savoir, conclut-t-il. Sa voix avait graduellement baissé au point qu'elle était désormais presque imperceptible.

L'Ombre sentait le froid engourdir son corps, et Nagato se baissa vers le mourant pour entendre ses dernières paroles.

Lorsque Tobirama rendit l'âme, Nagato posa ses doigts sur les paupières froides du défunt et les lui ferma avec respect.

- Que t'as-t-il dit à la fin ? lui demanda Haku, qui avait comme les autres entendu le reste.

- Je ne peux rien vous dire pour l'instant, répondit Nagato en se tournant vers lui.

Tous regardaient un instant leur chef avec curiosité, puis reportèrent leur attention sur Hidan

lorsque celle-ci toussa.

- C'est bon, elle vivra ! leur annonça en s'écartant d'Hidan.

Un sourire fugace passa sur les visages de Fuki.

Nagato fixa un moment le visage laiteux de la blessée. Il s'en voulait énormément. S'il avait prévenu les autres plus tôt, peut-être les renforts seraient-ils arrivés avant la création de la barrière et tout aurait été différent.

Soudain, il fut éjecté de ses pensées par une brusque secousse, et il sentit le sol se dérober à ses pieds.

L'immeuble avait vaillamment résisté mais s'écroulait enfin, les dommages causé par le cerbère avaient bouleversé la répartition des masses.

Ni une ni deux, Nagato fit un seul signe, et tous les ninjas de Fuki disparurent.

- Alors voilà notre nouvelle maison… marmonna Deidara d'une voix éteinte en se jetant sur le canapé le plus proche.

Hinata s'empressa de l'y rejoindre, tandis que Nagato envoyait Chikushodô rejoindre ses quatre autres corps dans le nouveau débarras.

Laisser le corps des invocations dans ce QG s'était révélé une idée excellente, puisqu'il avait pu faire revenir par invocation inversée l'intégralité de Fuki.

Cependant, Tendô avait été atomisé et il allait falloir le remplacer. Nagato exprimait ses pensées à haute voix, et il n'eut qu'un faible sursaut lorsque la main de Sasori se posa sur son épaule.

- Chef, j'ai peut-être un plan, dit-il en désignant le cadavre de Tobirama.

C'est à ce moment que le chef de Fuki prit conscience de la présence du macchabée.

- Comment se fait-il qu'il soit là ?

- J'ai scellé son corps dans un parchemin avant d'être invoqué par Chikushodô, expliqua Sasori. je pense que Hidan n'aurait pas aimé que nous le laissions sur le carreau…

Nagato acquiesça, puis sourit. Il avait déjà compris ce que Sasori avait en tête.

Pendant quelques minutes, le champ de bataille qu'était devenue la modeste ruelle tokyoïte retrouva le silence. C'était un silence pesant, à peine perturbé par le bruit de la circulation qui se faisait entendre au loin.

Peu à peu, les habitants des immeubles du quartier osèrent ouvrir leurs fenêtres et constatèrent que le bâtiment qui avait servi de refuge aux résistants s'était écroulé. Tout n'était que ruine, mais ils n'en avaient cure. Tous les regards étaient dirigés vers la centaine de cadavres qui gisait un peu partout sur le bitume. Le quartier ne se remettrait jamais totalement de ses blessures, c'était certain.

Soudain, la réalité sembla se distordre et un vortex se créa au milieu de nulle part.

Les riverains crurent un instant à une illusion d'optique, avant de fermer leur fenêtre et de tirer les rideaux. Cinq personnes toutes de noir vêtues venaient d'émerger comme par magie du vortex, et il y avait peu de chances qu'ils soient là pour parler de la pluie et du beau temps autour d'une tasse de thé.

- Le combat est terminé on dirait… lâcha l'une des silhouettes. De par le ton de sa voix et sa posture, il semblait assez âgé.

- J'avais remarqué, Kita (Nord), claqua la voix de Madara.

L'Uchiha était de fort mauvais humeur et le dénommé Kita se tut aussitôt, attendant les ordres.

- Libérez les Ombres.

Les quatre ninjas hochèrent la tête, et se dispersèrent à travers le quartier pour trouver les Ombres.

Tous les anciens membres d'Amaterasu furent bientôt trouvés et ramenés à leur maître, qui s'étonna de voir que trois manquaient à l'appel. De même que Tobirama, Oonoki et Kimimaro.

Anticipant la requête de son empereur, le plus grand des quatre fit son rapport. Le garde du corps de Madara était connu sous le nom de Minami (Sud). D'ordinaire, à l'instar des trois autres gardes et de l'empereur, il ne sortait jamais du château. Mais à son grand dam, Madara avait insisté pour se déplacer en personne. A l'instar de son coéquipier Kita, il était d'un âge avancé.

- Presque toutes les Ombres ont été retrouvées au milieu de ces gravats, dit-il en désignant les ruines du quartier général. Elles avaient été protégées par une sorte de dôme de glace…

« Haku… » pensa Madara.

- Et les autres ?

- Aucune trace de Hashirama, du Hachibi, de Kimimaro et de Tobirama-san. En revanche, Oonoki a été retrouvé…

- Mort, compléta Nishi (Ouest) de sa voix de baryton.

Madara se gratta le menton.

- Il en manque encore un, non ? Où est Kabuto ?

Les quatre ninjas en noir échangèrent un regard gêné.

- Ils ont utilisé une sorte de sceau de rétention et… Je n'en ai jamais vu de pareil, expliqua Higashi (Est).

Madara pesta. Ses quatre gardes du corps avaient beau être puissants, ils restaient des incapables.

On n'était jamais aussi bien servi que par soi-même…

Une fois devant le dôme de chakra qui entourait un Kabuto immobile, Madara comprit ce que ses subordonnés voulaient dire. La chose aurait été imperceptible pour un homme normal, mais il était loin de l'être.

- J'y vais, déclara l'Empereur à brûle-pourpoint.

Il ne tenait pas tant à sauver Kabuto qu'à tester ses capacités. Et cette étrange technique constituait un défi intéressant.

En un éclair, Madara se retrouva au centre de la bulle. Sitôt à l'intérieur, il fut accueilli par la voix nasillarde de Kabuto.

- Madara-sama, mon empereur bien aimé, espèce de gros salopard !

Madara voulut parler mais Kabuto ne lui en laissa pas le temps et sortit de la bulle comme si de rien était. Le tout en quelques secondes.

Interloqué, Madara supposa que le sceau avait pris fin et sortit à son tour en marchant.

- Madara-sama ! J'ai cru que vous n'y arriveriez jamais… s'exclama Nishi en le voyant sortir du dôme.

- Qu'est-ce que vous racontez, je n'ai mis que…

Madara se tut en regardant l'heure qu'affichait sa montre. Trois heures s'étaient écoulés entre le moment où il était entré et celui où il était sorti de la bulle.

Madara était ébahi par une telle technique. Il s'agissait du sceau de rétention ultime ! Emprisonner l'adversaire sans qu'il ne se rende compte de rien !

La surprise passée, Madara chercha Kabuto des yeux et constata que l'un de ses gardes l'avait assommé et placé avec les autres Ombres. Parfait.

- Madara-sama, quelqu'un arrive.

L'Empereur se mit aussitôt sur ses gardes, mais se détendit en reconnaissant Kimimaro. La Kaguya semblait bien amochée mais surtout fatiguée.

- Votre altesse… murmura-t-elle en s'inclinant, étonnée de le voir sur les lieux.

- Où étais-tu ? l'interrogea Madara.

- J'ai vaincu Tendô, répondit la kunoichi non sans fierté. Je m'apprêtais à vaincre Hashirama lorsque Hinata…

- Pardon ? la coupa Madara. Vaincre Hashirama ?

Kimimaro prit alors conscience que Madara n'avait pas été mis au courant de la libération des deux Ombres et s'empressa de l'en informer.

- Hashirama et Bee ont été libérées du sceau. Je ne sais pas par quel moyen, mais je ne pense pas qu'ils puissent le faire avec les autres, sinon ce serait déjà fait.

Madara serra les poings de fureur. Deux de ses principaux atouts s'étaient fait la malle. Et dire qu'il avait une conscience aveugle en ce maudit sceau !

- Madara-sama ! fit à nouveau la voix de Minami.

Cette fois-ci, Madara ne montra aucun signe de surprise. Il avait parfaitement senti l'aura meurtrière qu'il s'approchait d'eux.

- Approche, qui que tu sois, lui intima Madara.

Obéissant à l'Empereur, trois nouvelles silhouettes émergèrent de l'ombre.

Celui qui semblait être le leader faisait froid dans le dos à Kimimaro.

- Bonsoir, Empereur, ricana ce dernier.

Devant son manque de respect évident, Nishi dégaina son sabre à une vitesse folle et le brandit vers l'inconnu, qui pila.

Cette fois-ci, Kimimaro nota, avec une certaine satisfaction, que de la peur était apparue dans les yeux de l'homme. Qui ne serait pas impressionné par Nishi ?

- Vous possédez des hommes de grand talent, reconnut l'inconnu en baissant son capuchon.

Madara haussa un sourcil en détaillant le visage de son vis-à-vis. Assez jeune, l'homme était un métis et portait des dreadlocks. Mais sa coiffure n'était pas aussi impressionnante que ses yeux noirs. Une lueur de folie pure y brûlait en permanence, et mettait Madara assez mal à l'aise.

- Je ne pense pas vous avoir déjà rencontré. Qui êtes-vous ?

- Nous sommes le Triangle, répondit l'homme aux dreadlocks. Je suis Hannibal Johnson. Voici Lydia Moon…

Une jeune femme sortit de l'ombre et les six shinobis de l'Empire purent distinguer ses longs cheveux blonds qui reflétaient l'éclat de la Lune.

- … Et Hector Vivis.

Le dernier des trois ninjas s'inclina dans une parodie de révérence et réajusta ses lunettes sur son nez.

- Pour vous servir.

Madara les regarda à tour de rôle, puis demanda à Hannibal :

- Que voulez-vous exactement ? Pourquoi ne pas nous avoir donné la localisation de Fuki plus tôt ?

- Pourquoi l'aurions-nous fait ? ricana Hannibal.

Un éclair de rage passa dans les yeux pourpres de Madara.

- Vous êtes avec moi ou contre moi ! Il n'y a pas d'entre d'eux possible pour vous.

Hannibal éclata de rire.

- La politique ne m'intéresse pas. Et je n'ai rien contre Fuki ou contre vous.

- Alors pourquoi diable nous avoir donné des informations sur Fuki ? rugit l'Uchiha.

Le sourire d'Hannibal s'élargit.

- Parce que c'était amusant.

Kimimaro blêmit. Ce type avait un vrai problème apparemment.

- Pour ne pas tuer le plaisir, je voulais que l'Empire et Fuki s'entretuent à petit feu… expliqua Hannibal. Un conflit majeur aurait certes été jouissif, mais si Fuki était détruite, adieu massacre, adieu effusion de sang !

Madara fronça les sourcils. Cet homme était fou à lier, ça ne faisait aucun doute.

- Hannibal a la folie meurtrière et ne trouve du réconfort que dans le massacre. Il aime le sang… déclara Hector Vivis d'une voix atone.

Madara cracha à ces paroles.

- Pourquoi suivez-vous ce dingue alors ?

- Il nous a sauvé la vie, nous avons une dette envers lui, répondit Lydia en affrontant le sharingan de Madara.

- Je vois, dit finalement Madara après un moment de réflexion. Vous avez peut-être été de bons informateurs pour moi, mais vous êtes une nuisance désormais.

L'Uchiha sortit son sabre de son fourreau mais n'eut pas le temps de faire un pas de plus.

Hannibal fit un signe et le triangle disparut instantanément.

- Déplacement instantané. Il n'est pas mauvais, fit Higashi.

Madara ne répondit rien, mais donna un coup de pied rageur dans le vide. Tout allait de travers ce soir.

Alors que tous ses subalternes étaient partis se coucher, usés par les rudes combats qu'ils avaient eu à mener, Nagato veillait encore.

Malgré la fatigue qu'il ressentait, dormir sur ce fauteuil était une vraie torture.

Il repensa alors aux dernières paroles de Tobirama.

« Lorsque j'ai essayé d'invoquer Itachi avec l'Edo Tensei, ça n'a pas marché. Il n'y a que deux solutions possibles. Son âme a été scellée, par un moyen que j'ignore. Ou bien… Ou bien Itachi est vivant. »

Nagato refusait de faire des déductions hâtives. Itachi avait été tué, il en était convaincu. Cependant, la présence du Rikudô Sennin ce soir-là le rendait dubitatif…

Après plusieurs minutes passées à ruminer des pensées stériles, Nagato cessa de résister au sommeil.

Quoiqu'il en soit, il ne dirait rien aux autres. Il refusait de leur faire subir de nouvelles souffrances s'il s'avérait qu'Itachi soit bel et bien mort.


L'élu était tout, voyait tout. La sensation pouvait donner le vertige, mais il s'y était accoutumé. Voilà plusieurs mois qu'il maîtrisait parfaitement cette transe lié à sa formation d'ermite. Son corps psychique se séparait de son corps physique, lui donnant ainsi la faculté d'explorer le monde sous forme de spectre, et de se diffuser dans toute chose.

Lentement, l'élu se sentit léviter vers le château d'Amaterasu. Il eut un sourire triste en voyant les tombe d'Itachi et de Gamataki sur son chemin, mais il continua à avancer.

Partout autour de lui, il percevait la présence des hommes, qui brillaient d'une lueur diffuse, mais eux semblaient incapables de le voir.

L'élu pénétra dans le château en traversant la porte, puis monta l'escalier en lévitant au-dessus des marches. Une fois arrivé en haut, il marcha le long du couloir sombre qui le mènerait vers la pièce qu'il cherchait.

Une fois arrivé au bout du couloir, l'élu reconnut la porte qu'il avait vu maintes fois. Celle du bureau du leader des Fils du Vent, puis du chef d'Amaterasu. Et c'était désormais le bureau de l'Empereur. L'élu franchit la porte du bureau, et découvrit que Madara ne s'y trouvait pas. Il devait être dans sa chambre…

L'élu, toujours sous sa forme d'ectoplasme, fit volte-face, sortit du bureau et vola à travers le couloir. Mais lorsqu'il atteignit finalement la porte qu'il cherchait, il pila. Son souffle était devenu haletant et il tremblait sans pouvoir se contrôler.

L'élu revint lentement à lui et sortit de sa transe. Il ouvrit les yeux et mit un certain temps à retrouver ses esprits. Une fois de plus, il avait été incapable d'aller plus loin. Ce n'était pas encore le moment d'affronter Madara…

Une fois qu'il eut retrouvé son calme, l'élu recommença à méditer, et il ressentit à nouveau cette sensation d'ubiquité et d'omniscience.

Mais cette fois-ci, ses pensées se détournèrent du château pour se concentrer sur une certaine ruelle. Il jeta un bref coup d'œil vers le bâtiment écroulé, puis s'assit en tailleur.

Il demeura longtemps immobile, prostré, assimilant toutes les informations qu'il pouvait trouver sur les lieux.

Lorsqu'il revint à lui, l'élu avait le visage fermé. Les nouvelles n'étaient pas bonnes. Shino avait perdu la vie et Hidan était mourante. Le bilan aurait pu être pire, mais il ne pouvait s'empêcher d'éprouver une profonde tristesse mêlée de culpabilité.