Chers lecteurs,

Je vous livre aujourd'hui le chapitre 51 d'Être une famille. J'espère qu'il vous plaira car il réside principalement dans deux conversations pourtant très importantes pour la suite de l'histoire. Je vous remercie encore et toujours pour votre fidélité et pour les nombreux commentaires reçus à chaque nouvelle publication. Comme vous le voyez, j'ai une certaine avance sur les prochains chapitres et je peux vous dire que d'ici quelques chapitres, l'intrigue va considérablement avancer. J'ai en effet l'espoir de ne pas finir cette fiction à une centaine de chapitres comme j'ai l'habitude de le faire ^^

Je vous souhaite une bonne lecture et vous dit à dans deux semaines,
Patmol25

Etat de la fic : 64 chapitres écrits - en cours d'écriture

Prochaine publication : mercredi 22 novembre 2016


Chapitre 51 : A cœur ouvert

Sa valise était presque terminée et Harry finissait d'y déposer une pile de pantalons. Tous nettoyés, repassés et pliés par un elfe de maison. Son linge sentait bon la lessive utilisée habituellement par les serviteurs de la famille et cette odeur était étrangement réconfortante. Sa malle était moins remplie qu'à la rentrée de septembre car il avait laissé une partie de ses affaires au château et n'avait pris que le nécessaire pour une dizaine de jours de vacances.

Il jeta un coup d'œil à son réveil en forme de dragon posé sur sa table de chevet, la gorge serrée. Le Poudlard Express allait bientôt entrer en gare du quai 9 3/4 de King's Cross et le ramener à l'école. Harry était partagé entre son envie de quitter la maison et le dépit de retrouver Poudlard, les autres élèves et son quotidien.

Le plus angoissant était en fait de refaire face à Théodore. Après leur expérience, ils s'étaient couchés, se saluant de manière gauche. Ça avait été aussi maladroit le lendemain. Depuis, ils ne s'étaient pas revus et n'avaient pas échangé de courrier. Comment devait-il agir face à lui ? Après tout, ils s'étaient tous les deux mis d'accord pour ce qu'ils avaient nommé une… expérience.

« Quel fichu bazar, » souffla Harry.

Dans quoi s'était-il encore fourré ? Une douche chaleur naquit dans le creux de son estomac en se rappelant la sensation des lèvres de Théodore sur les siennes. Embrasser un garçon n'avait pas été désagréable. Loin de là. Lui qui s'était éructé à chaque sous-entendu graveleux de son frère ou son cousin concernant son attrait pour les garçons se sentait soudain très stupide.

Comme si elle ressentait son incertitude – ce qui était probablement le cas –, Hedwige hulula d'une voix douce en déployant ses ailes blanches. Elle s'envola de son perchoir et vint se poser sur le haut du montant de son lit et tendit le bec comme pour lui faire un baiser. Harry sourit doucement à sa chouette et la caressa avec douceur. Sa première et vraie amie.

Il sursauta lorsque trois coups légers se firent entendre contre la porte en bois de sa chambre.

« Harry ? Je peux entrer ? »

La voix de sa mère s'était élevée de l'autre côté de la cloison. Il donna son assentiment d'un ton faible en s'assurant du regard que sa chambre n'était pas trop en désordre. La porte s'ouvrit en grinçant et sa mère apparut.

Elle était vêtue d'une robe sombre et de bottes en cuir de dragon qui étincelaient de richesse. Ses longs cheveux blonds ramenés en un chignon relâché, élégant sans être trop strict. Elle s'avança dans la pièce avec un sourire doux en jetant un regard circulaire autour d'elle.

« Tout est prêt ? »

« Presque, » confirma t-il en lui adressant un sourire crispé. « Il ne me reste plus qu'à mettre mes affaires de toilettes dans la malle et remettre Hedwige dans sa cage. »

Aussitôt, sa chouette piailla en signe de protestation mais elle ne s'envola pas par la fenêtre entrouverte. Merci Merlin, elle n'allait pas prendre la fuite et inquiéter son maître. Elle lui avait déjà fait le coup une fois.

Ayeline hocha la tête et vint s'asseoir au bout de son lit, croisant élégamment ses jambes. Son fils lui lança un regard étonné, attendant qu'elle prenne la parole. Elle retint un soupir en l'observant avec attention. Harry avait grandi et prit quelques centimètres en une poignée de mois. Ses cheveux avaient poussé un petit peu mais il avait refusé de les couper lorsqu'elle lui avait proposé avant la rentrée. Ses yeux bleus étaient ternes et remplis de questionnements : Harry n'était pas bien et un terrible sentiment de culpabilité lui enserra la gorge.

« Je suis désolée, Harry, » commença t-elle. « Je n'ai pas été très présente durant ces vacances. Le département de l'éducation magique est à ses premiers balbutiements depuis quelques mois et j'ai pleins de choses à gérer. »

« Ce n'est pas grave, » glissa l'enfant.

Sa voix était basse et il haussa les épaules d'un air distrait. Il se détourna de sa mère en se dirigeant vers son bureau sur lequel se trouvait des rouleaux de parchemins scellés : ses devoirs donnés par les professeurs de Poudlard. Il prit son temps pour les rassembler, évitant ainsi de croiser le regard de la sorcière.

« Si c'est grave. Je ne pensais pas que je serais si peu présente mais… Ça se passera différemment durant les vacances d'été. »

« D'accord. C'est bien. »

Harry était vraiment pas loquace. Ayeline fronça les sourcils alors que le gamin lui tournait toujours le dos. Elle se releva et s'approcha de lui à pas vif, ne lui laissant pas le temps de fuir. Ses mains se posèrent sur ses épaules et avec douceur, elle le fit pivoter sur ses pieds pour qu'ils se fassent face.

« Ces vacances étaient catastrophiques, ne nous mentons pas. »

Une rougeur colora les joues du gamin et il cligna des yeux rapidement, obligé de croiser son regard. Il tenta de se dégager de sa poigne mais Ayeline resserra ses doigts autour de ses épaules, le maintenant immobile.

« Nous nous sommes écharpés tous les quatre inutilement, nous causant plus de souffrance qu'autre chose. C'était stupide de notre part, » poursuivit la blonde en pesant chacun de ses mots. « La parution de cet article nous a tous déstabilisé. Ça a été… difficile pour ton père et moi de voir nos deux enfants dans des positions si délicates. En seulement quelques lignes, j'ai découvert que tu avais quitté Poudlard pour boire un coup avec des sorciers plus âgés et que ton frère avait un réel problème avec la drogue. »

Harry baissa la tête vers le sol et une vague de honte le frappa de plein fouet. Jusque là, il avait uniquement prit en considération ses propres sentiments. Il était gêné que ses parents découvrent son incartade, horrifié à l'idée que tout Poudlard le sache, inquiet pour son frère, écœuré de voire que les apparences étaient si importantes pour ses parents.

En réalité, cela avait dû être une réelle souffrance pour Ayeline de lire l'article de Rita Skeeter. Il avait été persuadé que seul le fait que l'ensemble de la communauté sorcière avait probablement entendu parler de cette édition du Chicaneur l'avait mis hors d'elle. Avec davantage de recul, il reconnaissait que cela devait être difficile de faire face à ça. Et aux innombrables reproches et mots durs d'Adam.

« Je… Je n'aurais pas dû aller aux Trois Balais. »

« C'est vrai, tu n'aurais pas dû. Quand j'ai vu cet article, tous les scénarios possibles et imaginables m'ont traversé l'esprit. Tu es une cible de choix et nous avons toujours été très clair à ce sujet. N'importe quoi aurait pu t'arriver ce soir là et personne ne savait où tu étais. »

À présent qu'elle lui disait cela sans cris, sans colère, Harry se sentit transpercé par les mots calme de sa mère. Il déglutit et secoua la tête d'un air désolé, les yeux toujours rivés sur le sol.

« Non seulement tu quittes la sécurité de Poudlard mais en plus de cela, tu vas dans un endroit bondé réservé aux adultes où tu fais tes premières expériences avec l'alcool et la cigarette. Ce n'était pas ta place. Tu as quatorze ans, Harry. Quatorze ans ! »

« Je… Je n'ai pas pensé à tout cela, » marmonna t-il. « Enfin… je savais que vous seriez furieux si vous le saviez mais… je voulais juste m'amuser. Tout est tellement compliqué. Le Tournoi. Chez les Gryffondors. Papa. J'avais envie de m'amuser. »

Ayeline fut touchée par la tristesse qui suintait dans la voix de son fils. Elle soupira bruyamment et relâcha ses épaules, sachant qu'il ne tenterait pas de se détourner d'elle. La sorcière passa une main sur son menton en l'observant.

Harry se balançait d'un pied sur l'autre d'un air gêné. Ses yeux, qu'elle savait remplie de tristesse et probablement de larmes, fixaient le bout de ses chaussettes noires.

« Nous avons tous été jeunes, Harry, » confia t-elle d'une voix calme. « Nous avons tous voulu voir ce que provoquait l'alcool et autres joyeusetés que l'on découvre à l'adolescence. »

L'adolescent leva un regard surpris vers elle. Un sourire discret étira ses lèvres. Pensait-il sincèrement qu'elle ne s'était jamais amusée ? Qu'elle-même n'avait jamais été attiré par ce genre de soirées et de bêtises ?

« Seulement, aujourd'hui, je ne suis plus à ta place et je suis ta mère. Le jour où j'ai été convoqué pour la première fois par Karkaroff concernant les frasques d'Adam à Durmstrang, j'ai mieux compris les inquiétudes et les colères de mes propres parents. »

« Je ne voulais pas te faire du souci. »

« Je sais. Tu as juste voulu sortir avec un garçon que tu apprécies beaucoup et te changer les idées. Mais tu es un enfant différent des autres, Harry. Tu es le Survivant, tu fais partie de la famille Jedusor. Tu ne peux pas te permettre de vivre juste comme les autres. »

« C'est injuste ! Ça a été comme ça toute ma vie. J'ai envie d'être normal, » s'écria t-il. « Pourquoi tout le monde me voit comme le fils du Seigneur des Ténèbres ? On regarde toujours cette foutue cicatrice alors que… j'en ai assez. »

Ses bras s'étaient raidis le long de son corps au bout desquels ses poings s'étaient serrés rageusement. Il papillonna rapidement des yeux afin d'y chasser les larmes qui s'y étaient accumulées.

« Oui c'est injuste, » confirma Ayeline en soupirant un coup. « Pourtant, je ne te dirais jamais de faire comme si tout cela n'existait pas. Tu ne peux pas ignorer ces éléments lorsque tu agis et que tu prends une décision. Quand tu sors de Poudlard sans protection, tu agis comme si tout le monde se fichait de te voir déambuler dans Pré-au-Lard. C'est faux. »

« Je ne serais jamais normal alors ? » geignit Harry d'une voix plaintive.

Il frotta le sol du bout de ses orteils de son pied droit et prit une brusque inspiration. Il se détourna de sa mère, le cœur au bord des lèvres puis alla s'asseoir sur son lit.

« Tu es normal avec tes particularités, » contra Ayeline en tirant la chaise de son bureau pour se placer face à lui. « Tu es différent et c'est cela que tu dois prendre en considération. »

« Et ce n'est pas fini n'est-ce pas ? »

Sa voix était plus amère qu'il ne l'avait pensé. Il releva la tête et planta son regard dans les yeux bleus de sa mère si semblables aux siens. Elle le regarda avec une pointe d'inquiétude et il ne lui laissa pas le temps de répondre.

« Je suis le Survivant. On sait tous que ça signifie quelque chose. On en parle jamais mais soyons honnête : papa ne m'a jamais confié la moindre chose concernant ses soi-disant recherches au sujet de notre lien, de notre histoire commune de cette nuit d'octobre. »

« Tu n'as pas confiance en lui ? »

« Pourquoi ? Je devrais ? »

Sa récente rencontre avec le professeur Dumbledore revenait dans son esprit avec force. Une nouvelle vague de colère le traversa et ses poings se serrèrent à nouveau. Quand quelqu'un allait-il lui parler de cette foutue prophétie ? Quand quelqu'un allait-il daigner lui expliquer ce qu'il devait faire pour apaiser l'âme noire de son père ?

« C'est ton père. »

« Et alors ? Il a bien essayé de me tuer. Et à plusieurs reprises si je me souviens bien. »

« Ne sois pas injuste, chéri. Tom ignorait totalement à ces moments là que tu étais son fils. Dumbledore a parfaitement orchestré sa mise en scène. »

« Alors, ça explique tout ? Il a essayé de tuer à deux reprises un enfant mais comme je n'étais pas son fils à ce moment là, ce n'est pas grave ? »

A présent qu'il avait ouvert la bouche, Harry se sentait incapable d'arrêter de déverser toute cette rancœur qui semblait brûler à l'intérieur de lui.

« Ce n'est pas ce que j'ai dis. »

La voix d'Ayeline était mesurée et prudente. Elle connaissait suffisamment son fils à présent pour remarquer qu'il se laissait envahir par la colère et elle ne souhaitait pas que cette conversation s'achève, encore une fois, dans les cris.

« Ton père a commis des actes terribles par le passé. Nous en avons déjà discuté. Il fait tout aujourd'hui pour effacer ces actes et construire un nouveau parcours. »

Un grognement dubitatif lui répondit.

« Tu ne lui as pas pardonné. Tant que tu ne le feras pas Harry, tu n'arriveras pas à être apaisé parmi nous. Tu es… tu es notre enfant. Tu as été loin si longtemps et j'ai tellement cru que je ne te reverrais jamais. Mais nous pouvons maintenant passer à autre chose et bâtir ensemble l'avenir de notre famille. »

À nouveau, Harry sentit ses yeux se remplir de larmes et sa gorge se serra douloureusement. Il était bouleversé par les mots de sa mère et une forte émotion le saisit. Pendant des années, être persuadé qu'il n'avait plus de famille avait été une douleur quotidienne avec laquelle il avait dû apprendre à composer et à grandir.

« Tu le soutiens ? Entièrement ? Totalement ? » demanda t-il d'une voix éraillée par les larmes.

Sans trop pouvoir l'expliquer, Ayeline eut le sentiment que dans cette question résidait une information capitale pour son fils. Elle fronça les sourcils et approcha une main de son visage. Elle caressa avec douceur sa joue droite et décida à jouer la carte de la franchise, ne pouvant se résoudre à lui mentir.

« Oui. Ton père est mon époux. Je me suis mariée à lui en toute conscience avec la ferme intention de le soutenir dans son projet d'avoir une place influente dans notre société. Il a dévié de ses projets initiaux il y a une quinzaine d'années mais je ne l'ai jamais quitté. Je savais qu'il reviendrait à la raison. »

« Mais… mais je l'ai déjà entendu te dire des choses horribles. Il t'a aussi blessé l'été dernier quand nous sommes partis en Bulgarie, » protesta faiblement Harry.

« Tom… Tom est un homme dur. Froid. Et incapable de se dépatouiller avec les sentiments des autres et ceux qu'il ressent. Il apprend petit à petit et je l'encourage dans ce sens là. Mais il a été et sera toujours un sorcier au caractère tenace. »

C'était probablement la première fois que Harry ressentait autant l'amour que sa mère portait à son père. Il fut déboussolé par ce constat, partagé entre la beauté de ce sentiment profond et la crainte de ce que tout cela impliquait.

« Je sais qu'il… je sais qu'il est noirci par pleins de choses. »

Il ignorait si Ayeline comprenait ce qu'il voulait dire par là mais elle ne lui demanda pas davantage d'explications. Au contraire, elle sourit tristement en hochant la tête.

« Ce n'est pas un homme foncièrement bon. Je ne dirais jamais une telle chose, ça serait mentir. Il est animé par des volontés et des actes qui peuvent être sombres mais aujourd'hui, il est en capacité de passer par d'autres voies pour répondre à ces desseins. »

Harry brûlait de parler de la prophétie, de Dumbledore, du rôle qu'il avait en tant que Survivant. Mais, sachant pertinemment que ce n'était pas une bonne idée, il garda les lèvres closes. Sa mère irait peut-être tout raconter à son père et Harry ne pouvait pas prendre ce risque.

Non, il devait d'abord comprendre par lui-même tout cela avant d'envisager de le partager avec quelqu'un. Et surtout avec un membre de sa famille.

x x x

Dans son bureau directorial, Sirius se laissa tomber dans l'énorme fauteuil lui étant réservé. Il poussa un soupir profond, ignorant les regards des anciens directeurs de Poudlard. S'ils pouvaient avoir des discussions intéressantes, il n'avait aucunement envie d'échanger avec eux ce soir là. Les élèves étant rentrés chez eux pour les vacances étaient revenus ce soir, redonnant un nouveau souffle de vie au château.

Il occupait le poste de directeur depuis 6 mois mais avait l'impression d'être encore un stupide débutant débordé par tout ce qu'il devait gérer : les courriers, les rendez-vous, les entretiens avec les enseignants, ceux avec les élèves, les conseils de discipline, l'organisation du Tournoi des Trois Sorciers. Et la liste s'allongeait indéfiniment !

Dernièrement, Sirius s'était demandé s'il appréciait réellement cette nouvelle fonction. Il savait parfaitement que sa cousine, Narcissa, avait interféré en sa faveur auprès de Jedusor afin de remplacer Dumbledore.

La cheminée du bureau s'embrasa subitement puis les flammes firent apparaître Remus. Ce dernier affichait un sourire doux et il épousseta sa robe noire pour faire disparaître les fines particules de poussières s'y étant accrochées suite à son voyage par le réseau de cheminette.

« Bonsoir ! »

Remus lui sourit chaleureusement et s'installa sur un fauteuil face au bureau encombré de rouleaux de parchemins. Il soupira d'aise au confort du siège et ferma un bref instant les yeux pour savourer ce bien-être qui l'envahissait chaque fois qu'il faisait un pas dans cette pièce. Et ce, depuis même sa scolarité à Poudlard.

Un léger bruit le fit revenir à la réalité et il ne fut guère surpris de voir qu'un plateau en argent avec deux tasses et une théière fumante avait fait son apparition.

« Les elfes de maison semblent savoir le moment précis où un invité entre dans ce bureau, » soupira Sirius en roulant des yeux. « Tu imagines si je souhaitais avoir des rencontres discutables en toute discrétion ! »

« Tu ne le ferais probablement pas à Poudlard. »

« As-tu seulement idée de la chambre démente que j'ai en haut ? » demanda l'homme avant d'éclater de rire.

Le Loup-garou sentit des frissons de joie traverser son corps face à ce rire si semblable à un aboiement de chien. Sirius allait mieux. Il avait repris du poil de la bête depuis sa libération d'Azkaban. Après y avoir passé une décennie, Remus s'était sincèrement demandé si son esprit était suffisamment sain pour prétendre à une vie à l'extérieur. En quelques mois, Sirius avait balayé ses doutes d'un mouvement de la main !

« Comment va ma chère petite cousine ? »

Les joues de Remus s'empourprèrent malgré lui et il lança un regard sombre à son meilleur ami. Ce dernier se contenta d'afficher un grand sourire goguenard et leur servit une tasse de thé à chacun. Il ouvrit le dernier tiroir de son bureau et en sortit, à l'effarement de l'autre sorcier, une bouteille de Whisky-Pur-Feu dont il versa une lampée dans sa tasse.

« Sirius ! Tu peux être appelé à tout moment pour un souci à Poudlard, » sermonna t-il en le regardant sévèrement.

« Deux gouttes de Whisky en fin de journée ne feront pas disparaître mes compétences directoriales, » rassura Sirius avant d'avaler une gorgée de sa boisson. « Je suis sûr que Dumbledore avait aussi son coin caché d'alcool. »

« Le professeur Dumbledore préférait plutôt les bonbons au citron. »

Le tableau de Phineas sembla s'animer d'un coup et un reniflement désapprobateur retentit à l'entente de l'ancien directeur de Poudlard. Sirius jeta un regard mauvais aux tableaux qui s'agitaient, peu enclin à subir une de leurs nombreuses disputes.

« Alors, Nymphadora ? » insista l'animagus.

« Elle est blessée de ne pas t'avoir vu depuis plusieurs semaines. »

Ce n'était pas exactement la réponse qu'attendait Sirius et celui-ci grimaça doucement, acceptant le reproche de plein fouet. Il s'enfonça dans le fauteuil en passant une main sur son visage.

« Je n'ai pas eu le temps, » souffla t-il. « Je sais que je les invite toujours, elle, Andromeda et Ted à la maison une fois par mois pour un déjeuner mais… Andromeda refuse toujours de m'adresser la parole. »

« Tu abandonnes ? » provoqua Remus en arquant un sourcil réprobateur. « Ta cousine ne veut plus te parler et tu abandonnes ? »

« Elle est persuadée que je soutiens corps et âme Jedusor, » grogna Sirius avec un soupçon de colère. « Elle ne comprend pas que j'essaie de trouver un équilibre dans cette nouvelle organisation de notre société. Nous n'avons pas le choix ! »

Et cela, il n'avait aucunement la possibilité de l'expliquer à sa cousine. Ils avaient pourtant été si proches lors de leur jeunesse. Andromeda avait été un modèle à ses yeux : la seule de ses cousines à s'opposer farouchement à l'éducation rigide, ancestrale et discriminatoire de la famille Black. Elle s'était échappée de l'emprise familiale jusqu'à être reniée après avoir épousé Ted, un moldu.

À présent, Andromeda pensait qu'il avait renié tout ce qu'il était durant son adolescence et qu'il avait réellement rejoint le Seigneur des Ténèbres. Il avait tenté de lui expliquer son point de vue concernant la position de l'homme dans leur société, la place de Harry – son faux filleul, son besoin de se relancer dans de nouveaux projets. Mais Andromeda refusait de le rencontrer. Tous ses courriers revenaient fermés sans qu'elle ne daigne les ouvrir.

« Sirius, c'est effectivement ce que certaines personnes peuvent penser, » soupira tristement Remus. « Tout le monde sait qu'il a tout fait pour pousser Dumbledore hors de Poudlard. Tu es celui qu'il a choisi pour le remplacer même si officiellement, tu as été élu par le conseil d'administration de l'école. C'est suffisant pour que Andromeda estime que tu as la Marque des Ténèbres tatouée sur ton bras gauche. »

« Ça n'arrivera jamais ! » s'écria Sirius. « Il est peut-être devenu plus humain, moins monstrueux mais je ne soutiens toujours pas ses idées discriminantes à l'égard des moldus, des nés-moldus et des sangs-mêlés. Pour l'instant, il n'en parle pas ouvertement lors de ses interviews mais les sorciers près de lui savent pertinemment ce qu'il envisage. »

L'ancien enseignant de Poudlard connaissait suffisamment son meilleur ami pour reconnaître la souffrance que le rejet de sa cousine provoquait. Lui qui avait pensé, en quittant Azkaban, retrouver son filleul ainsi que sa cousine et sa famille avait dû faire face à une nouvelle désillusion. Sa famille était bien petite et à présent, il échangeait davantage avec Narcissa alors qu'ils s'étaient cordialement détestés une décennie plus tôt.

« Je le sais mais Andromeda l'ignore. Elle n'est pas encore prête à entendre cela et à comprendre pourquoi tu as accepté de te rapprocher de lui. Mais ce n'est pas une raison pour mettre Nymphadora de côté. »

« J'ai causé suffisamment de mal chez eux. Elles se sont déjà disputées à plusieurs reprises à mon sujet. Andromeda a tellement peu confiance en moi qu'elle a interdit sa propre fille de rejoindre l'Ordre du Phenix. »

« Nymph est tout à fait capable de gérer sa relation avec sa mère, » rétorqua gentiment Remus, parfaitement au courant des différents entre les deux femmes. « Bien sûr que ça la touche mais laisse la régler ça avec Andromeda. Ne le fais pas à sa place en la repoussant. »

Sirius laissa les mots pleins de bon sens de son ami faire son chemin dans son esprit et il hocha la tête, la gorge serrée. Il devait laisser le temps faire son œuvre même s'il avait terriblement envie d'intervenir et d'aller secouer sa cousine. Ça ne ferait probablement qu'empirer la situation…

« Nymph ? » taquina Sirius en observant avec plaisir les joues de Remus se colorer de nouveau. « C'est une gentille fille. Une bonne sorcière. »

« Je sais, » murmura Remus, les yeux brillants de plaisir. « Sa maladresse est toujours aussi maladive mais… loin de m'en agacer, je la trouve si charmante. »

Une nouvelle fois, Sirius éclata de rire et fut sincèrement heureux de voir son ami s'épanouir avec Nymphadora Tonks, sa petite cousine. Il n'aurait jamais imaginé ces deux là ensemble mais après tout, pourquoi pas ?

« Comment se passe le boulot ? Je ne t'ai pas vu non plus ces derniers temps ! »

Remus rayonna de joie à cette interrogation et il se redressa dans son fauteuil, les yeux remplis d'excitation. Depuis quelques semaines, un poste de fonctionnaire lui avait été proposé au Ministère de la Magie et plus particulièrement au département de contrôle et régulations des créatures magiques.

Se rendant à présent quotidiennement au quatrième étage du Ministère de la Magie, Remus s'était offert une nouvelle garde-robe avec une panoplie de robes noires sobres, classiques mais de bonne qualité. C'était la première fois, hormis son emploi d'enseignant à Poudlard, qu'il avait enfin une place et un rôle dans la société.

« L'unité de capture des loups-garous a bien été dissoute. Nous allons procéder à une nouvelle vague d'enregistrement avec le bureau de l'enregistrement mais c'est vraiment dans l'objectif de recenser les loups-garous du pays et d'établir des premiers statistiques sur leur situation sociale. »

Et les résultats allaient probablement être lamentables !

« Donc la nouvelle vision du Ministère de la Magie est d'enfin laisser une chance aux loups-garous ? » demanda cyniquement Sirius en secouant la tête. « Il était temps que ces crétins de véracasses prennent conscience de l'absence de danger de ces boules de poils. »

« Nous sommes deux loups-garous à travailler à présent dans cette section et ça permet vraiment de montrer à nos autres collègues que non, nous n'allons pas nous transformer en bête féroce en un claquement de doigt. »

« Ça aurait son côté pratique, » fit remarquer le sorcier aux cheveux noirs avec un sourire amusé aux lèvres. « Ça s'annonce comment ? »

« Nous travaillons sur les aménagements possibles pour permettre l'accès aux droits pour les loups-garous, notamment celui à l'emploi. On va essayer de trouver les arrangements les plus pratiques et bien sûr, les moins onéreux pour inciter les employeurs à embaucher des loups-garous et leur donner les moyens humains et financiers pour que les sorciers concernés puissent s'absenter lors de la pleine lune. »

Le directeur de Poudlard écouta attentivement Remus, intérieurement surpris par toutes les propositions que le bureau de régulation des loups-garous, entièrement reformé, avait déjà imaginé. S'il avait toujours accepté Remus avec son problème de fourrure, Sirius avait parfaitement conscience des préjugés féroces des sorciers à l'encontre de ces créatures. Malheureusement, il ignorait si la société était prête à faire face à de tels changements et une pointe d'inquiétude pour son ami le traversa.

« Mais, même si ça ne va pas être facile, je sais qu'on va aller jusqu'au bout, » poursuivit Remus d'une voix enflammée. « Il est hors de question que les enfants lycanthropes n'accèdent pas à une scolarité ordinaire. À la dernière réunion de concertation du département, notre section a proposé de rencontrer le département de l'éducation et de l'enseignement magique pour travailler dans ce sens. »

« C'est un travail incroyable, » félicita Sirius, étrangement ému de le voir si épanoui.

« Le plus difficile est de travailler avec les fonctionnaires de l'ancienne unité de capture. Ils ont une haine féroce pour les loups-garous et ne comprennent pas ce changement de direction opéré par le Ministère envers certaines créatures, » confia t-il en soupirant. « Et Diggory me fixe toujours avec insistance, persuadé que Tom Jedusor va soudain bondir de dessous mon bureau en hurlant 'coucou c'est moi'! »

Aussitôt, l'image de la scène s'imposa à l'esprit de Sirius qui éclata bruyamment de rire, son poing tapant contre le bureau avec force. Oh Merlin, il adorerait pouvoir voir une telle chose se passer. Surpris par son éclat de rire, Remus roula des yeux mais un sourire amusé étira ses lèvres et il attendit que son ami se ressaisisse.

« Je n'arrive pas à croire que le retour de Voldemort signe mon embauche en tant que directeur de Poudlard et la tienne au Ministère, » murmura Sirius.

« Moi non plus, » approuva Remus en étendant ses jambes dans un soupir. « Nous avons combattu pour l'Ordre du Phénix aux côtés de James et Lily il y a presque quinze ans et à présent, nous sommes bannis du groupe. Peut-être que finalement, ils ont raison de prétendre que nous soutenons Tom. Je ne sais plus quoi en penser. »

« Je ne soutiens pas Tom malgré les nombreuses preuves de sa bonne foi. Je ne lui fais pas entièrement confiance. Ni à Ayeline ni à aucun Mangemort, » rétorqua durement l'ancien prisonnier d'Azkaban dont les yeux gris s'étaient voilés. « Je fais partie d'un autre camp. »

Le loup-garou l'observa songeusement un instant avant de se pencher vers lui par-dessus le bureau. Ses yeux le fixaient d'un air impassible et Remus eut le rappel piquant que son ami avait été élevé dans les traditions ancestrales des sangs-purs où le contrôle des émotions était le maître mot.

« Lequel ? »

« Harry. »

La réponse était plutôt inattendue et il fronça les sourcils en affichant un air grave. Remus émit un léger grognement avant d'attraper sa tasse de thé fumante dont il avala une gorgée, perdu dans ses pensées.

« Tu penses qu'il va se détourner de ses parents ? » supposa t-il au bout de quelques instants.

« Je ne peux pas croire que Harry va adhérer à tous les principes de sa famille. Il n'a pas été élevé dans cette vision et il a le cœur trop bon pour cela, » répondit le directeur d'une voix forte. « Mais, il ne pourra pas rejoindre Scrimgeour ou l'Ordre du Phénix. Ils haïssent Harry pour son nom et pour ce qu'il représente. »

« Comment peux-tu être aussi sûr de toi ? Harry a quatorze ans et c'est encore un enfant qui a été confronté à des événements qu'une majorité de sorciers ne sera jamais amené à vivre. N'oublie pas non plus qu'il n'est pas le fils de James et Lily, » sermonna Remus.

« Crois-tu que je ne l'ai pas compris ? » rétorqua Sirius d'une voix grondante. « Harry Jedusor n'est pas Harry Potter. Je l'ai parfaitement intégré et je sais que je ne suis pas son parrain. Mon filleul est mort quelques mois après sa naissance sans même que je ne le sache. J'ai fais une demande à Godric's Hollow pour faire installer une tombe à son nom à côté de celles de James et Lily ! »

À présent, Sirius était légèrement essoufflé, emporté dans son élan. Il se rassit dans son siège duquel il s'était levé sans même s'en apercevoir. Remus le dévisageait avec ses yeux mordorés grands ouverts et le visage rempli de culpabilité.

« J'ai simplement appris à connaître Harry, fils des Jedusor, au cours de ces derniers mois, » ajouta t-il plus calmement. « Il a survécu au sortilège de la mort, non pas parce qu'il faisait face à son père mais parce qu'il a en lui le pouvoir d'empêcher Tom Jedusor de redevenir Lord Voldemort. Dumbledore a toujours gardé le silence sur cela mais James et Lily m'ont confié que leur enfant était en danger car il était un danger pour le mage noir. »

Ils avaient déjà eu cette conversation au sujet des dernières confidences des Potter à leur meilleur ami. Remus hocha lentement la tête, l'estomac contracté douloureusement. C'était difficile à admettre mais Sirius avait probablement une vision juste de la situation actuelle.

« Alors… le camp de Harry qui n'a pas encore conscience d'avoir son propre parti. »

Des coups timides contre la porte retentirent subitement et Remus tourna un regard inquiet dans cette direction. Sirius s'assura d'un coup d'œil que rien de compromettant ne traînait dans la pièce puis il adressa un dernier sourire confiant à son ami.

« Le voilà justement. En tant que directeur de Poudlard, me voilà contraint de le sermonner au sujet de son escapade aux Trois Balais avec les septièmes années. Et tu auras l'occasion de le voir un coup, » déclara t-il d'une voix amusée. « Entre Harry ! »


Je suis impatiente de découvrir vos impressions pour ce chapitre :)

Patmol25