Sixième année

- Qu'est-ce que tu fais ?

Mina lui caressait les cheveux. Louis adorait ça…

- J'écris à mes parents et à mes sœurs.

- Tu t'excuses encore pour le feu dans la forêt interdite ?

- Oui.

- Tu regrettes ? demanda-t-elle, inquiète.

- Pas du tout.

Il l'embrassa furtivement, et elle l'emprisonna dans ses bras pour prolonger leur baiser. Il aurait pu continuer très longtemps ainsi… Mais il devait envoyer ses lettres. Il se redressa sur le canapé et rangea sa plume. Ils écrivaient si peu à ses parents et à ses sœurs que l'effort méritait d'être salué. Il se faisait du soucis pour Victoire, en ce moment, qui ne lui écrivait quasiment plus.

Il décida de se rendre à la volière, Chouquette étant introuvable. Il soupira et s'emmitoufla dans son écharpe pour affronter le froid et les marches qui le conduiraient à la tour où se trouvaient les chouettes.

- Je t'accompagne ! lui annonça Mina.

- Non reste au chaud. Je n'en ai pas pour longtemps. Et ça serait quand même humiliant que tu attrapes froid à cause de moi avec tout ce qui s'est passé, ironisa Louis.

Mina s'esclaffa, et resta sagement sur la canapé de la salle commune, prés du feu. Dehors, il neigeait. Louis se rendit en quatrième vitesse à la volière, pour retrouver sa petite-amie le plus vite possible. Et les plumes des volatiles qui faisaient les coursiers se mêlaient aux flocons de neige. Il n'y avait pas grand monde. Mais il tomba sur une forme, une silhouette recroquevillée sur elle-même, assise à même les marches glacées. Il l'analysa un moment, sans bouger, découvrant une écharpe bleue et bronze, de longs cheveux châtains et des baskets rose fuchsia aux pieds…

- Tu vas attraper froid si tu restes ici Allénore !

L'interpelée releva la tête et Louis écarquilla les yeux. Deux sillons de larmes creusaient ses joues rondes et toutes pales. Il rangea sa lettre sous sa cape et se posa à ses côtés sans poser de questions.

- Je crois que je suis misanthrope…, finit par déclarer Allénore.

Sa voix s'était brisée et elle sanglotait, ses paroles s'enfonçant dans sa gorge.

- Tu es sans conteste, la personne la plus gentille que je connaisse. Je te vois mal haïr le genre humain…

Il se retenait de la prendre dans ses bras. Parce qu'il le voulait, bien sûr qu'il le voulait… Mais s'approcher d'Allénore, s'était comme s'approcher d'un moineau. On ne savait jamais quand il allait s'envoler, et si on n'y prenait pas garde, au prochain pas, elle ne serait plus là… Alors il se contenta d'être présent et d'attendre. Puis, quand elle cala sa tête contre son épaule, qu'elle la nicha prés de son cou, son cœur rata un battement et ses doigts se mirent à fourmiller. Ses mains caressèrent la cascade de ses cheveux, naturellement, pour l'apaiser. Et Allénore se calma. Ses larmes se tarirent et son sourire, si doux et si chaleureux, se remit à briller.

- Vous êtes vraiment des extraterrestres, vous les, garçons ! se plaignit-elle. Même Albus qui est si gentil ne se rend pas compte des dégâts qu'il peut causer. Et ne parlons pas de Scorpius et de sa maladresse… Pourquoi est-ce qu'Edward ne m'aime pas ?

- Encore Edward ?

Elle hocha la tête et il vit ses yeux scintiller et s'humidifier de nouveau. Edward ne la méritait tellement pas… Louis ne comprenait toujours pas, comment une fille comme Allénore pouvait être attirée par un crétin comme Edward. Un crétin qui se moquait bien d'elle dans son dos, et qui s'amusait à jouer avec elle comme on jouait avec un yoyo. Il avala sa rage, qui avait infiltré ses veines. Ca le mettait hors de lui. La voir comme ça, ça lui faisait mal. C'était presque physique, et il le sentait dans son muscle cardiaque. Elle l'aimait tellement, Edward … C'était donc ça, avoir un pincement au cœur ?

- On n'est pas tous comme ça…, finit-il par avouer.

Allénore releva la tête et plongea son regard dans le sien.

- Non. C'est vrai. Tu n'es pas comme ça, toi…

Allénore se cala contre Louis, qui l'enlaça. Ils formaient une seule et même masse informe maintenant… Et ils restèrent ainsi, dans le froid et le silence. Mais Louis s'en accommodait parfaitement … Il continuerait de réparer à la glue les miettes d'un cœur brisé, le temps qu'il faudrait. C'était ce que faisaient les amis.