Posté le : 12 juin 2019
Peter, Paul Mary – Where Have All The Flowers Gone?
Owl City - Fireflies
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You're so far away from me
Dire Straits – So Far Away
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Amora était partie depuis moins d'une heure lorsque Trinité arriva à l'entrée du chemin. L'adolescent se tint là quelques instants, ferma les yeux, et prit une grande inspiration avant de les rouvrir. La maison blanche, perdue au bout de son allée, lui semblait terriblement loin, et à vrai dire inaccessible. Pour être franc, elle le terrifiait.
C'était la troisième fois qu'il se rendait chez Luke et son père depuis l'épisode du cinéma. Les deux premières fois, il était resté sur le perron, à se faire dire par Jarvis qu'ils n'étaient pas chez eux, et qu'ils rentreraient bientôt. Entre temps, il avait envoyé une soixantaine de textos à Luke, passé trente-neuf appels d'appels, et laissé vint-deux longs messages vocaux. Au début, la tonalité sonnait, et Trin' murmurait tout bas à son meilleur ami de décrocher jusqu'à tomber sur la boîte vocale. Mais au bout de la cinquante-et-unième tentative, la tonalité s'était faite unique, comme si le téléphone de Luke était éteint, ou qu'il avait bloqué son numéro. La mort dans l'âme, Trin' s'était contenté de laisser des messages. À la fin du quarante-deuxième, une voix robotique lui avait avoué que la boîte vocale était pleine. Cela s'était passé la veille au soir.
Respirant profondément, il s'engagea dans l'allée. Plus il avançait, plus il lui semblait que la maison s'éloignait, ou alors était-ce lui qui y allait à reculons.
Il grimpa difficilement les trois marches qui menaient à la terrasse, et respira profondément. C'était sa sœur qui l'avait initié à la méditation, mais soit il s'y prenait mal, soit cela n'avait aucun effet sur lui. Il réunit tout son courage, et s'enquit doucement :
« Jarvis ?
« Bonjour, Trinité. Luke et monsieur Stark sont indisponibles.
- Ah… ok, souffla-t-il avant de courageusement demander, comment ça, « indisponibles » ?
- Ils ne peuvent pas vous laisser entrer.
- Ils ne peuvent pas, ou ils ne veulent pas ? insista l'adolescent.
- Ils ne peuvent pas, Trinité, ils sont indisposés. Veux-tu que je t'envoie un message quand le créneau sera meilleur ? »
Indisposés ? Cela voulait dire quoi, ça, ils avaient la diarrhée tous les deux en même temps ? Plus probablement, son meilleur ami ne voulait pas le revoir avant de déménager. Trin' aurait dû l'imprimer, depuis le temps. Il devait s'y résoudre et arrêter de l'appeler, arrêter de venir devant chez lui, arrêter de penser à lui.
Il avait été si stupide !
Trin' aurait tellement voulu pouvoir remonter le temps. Il reviendrait à cette séance de cinéma, et changerait tout. Il n'aurait jamais embrassé Luke, celui-ci ne lui aurait jamais dit qu'il déménageait, et aujourd'hui, il lui aurait ouvert la porte avec un sourire.
Ses poings serrés dans ses pocheset les larmes aux yeux, il rebroussa chemin d'un pas rapide.
Jarvis le surveilla partir de sa caméra extérieure. Les calculs se multipliaient dans son serveur pour vérifier s'il avait prit la bonne décision. Il en doutait encore. Mais ses protocoles lui interdisaient de laisser l'adolescent entrer, ou même lui en expliquer la véritable raison. À la vue, ou la mention, que Luke et son père gisaient inconscients dans leur canapé, il paniquerait et appellerait une ambulance. Or, Luke ne devait en aucun cas se retrouver à l'hôpital et y subir une analyse sanguine. Cela serait révéler ses origines, et le condamner.
Jarvis regarda pourtant Trin' disparaître au bout de l'allée en arrivant à la conclusion qu'une terrible erreur avait été commise.
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Deux jours plus tard
Luke se réveilla avec la gorge sèche et une vague sensation de gueule de bois. Il se redressa avec difficulté, aperçut son père, et commença à le secouer avec panique. Tony lui grogna dessus en entrouvrant les yeux, et l'adolescent souffla de soulagement.
« Jarvis, s'enquit-il aussitôt, quelle heure il est ?
- La question exacte serait « quel jour est-on ?».
- La garce, marmonna Luke. Quel jour on est ?
- Amora l'Enchanteresse est partie depuis quarante-neuf heures.
- L'expédition, souffla-t-il d'une voix blanche. Ils sont déjà en route.
- Tu crois qu'on peut les rattraper ? s'enquit son père.
- Je n'ai aucune idée d'où ils sont partis, marmonna Luke. Peut-être sont-ils allés sur Xandar pour la protéger ? Il y a une gemme là-bas, se souvint-il soudain, c'est par là Thanos doit se diriger. Ils vont sans doute adopter la même stratégie que nous quand nous sommes allés sur Knowhere. »
L'adolescent tourna en rond en marmonnant quelques secondes de plus, durant lesquelles Jarvis lança :
« Je dois vous informer que pendant vos journées d'inconscience, monsieur Trinité s'est déplacé jusqu'ici. Encore. »
Luke ne l'entendit pas, occupé à demander à son père :
« On peut être aux Bahamas en combien de temps ? »
C'est inutile, souffla soudain une voix dans leur tête à tous les deux.
« Pourquoi tu dis ça, Dark Vador ? répliqua Luke sans réfléchir.
- Attends, se bloqua son père, tu entends Loki, maintenant ?
- Comment ça ? balbutia-t-il. Tu l'entends aussi ?
- Eh bien, oui…"
Elle vous a endormi suffisamment de temps pour que vous ne puissiez pas la rattraper, les interrompit Loki. Il est trop tard, Luke, le combat touche à sa fin.
Celui qu'il était dans son ancienne vie avait à peine fini sa phrase que l'adolescent eut la désagréable sensation de perdre le contrôle. Il se vit marcher en arrière sans pouvoir s'en empêcher, et revenir dans la position qu'il avait une minute plus tôt, au moment où son père lançait…
« Tu crois qu'on peut les rattraper ? s'enquit l'ingénieur assis sur le canapé.
- Qu'est-ce que c'est que ce délire ? souffla l'adolescent en se mettant à marcher pour vérifier qu'il avait de nouveau le contrôle.
- Tout va bien, Luke ? s'inquiéta son père en se levant, alarmé par son brusque changement d'attitude.
- Loki, interpella Luke, qu'est-ce qu'il se passe ? »
Amora utilise la gemme du temps, et tu y es à présent sensible.
La même sensation le prit, et il marcha de nouveau en arrière pour revenir où il était quelques secondes plus tôt.
« Tu crois qu'on peut les rattraper ? s'enquit son père.
- Encore combien de fois comme ça ? râla Luke. »
Autant de fois que nécessaire à leur succès, répondit Loki.
« Tu crois qu'on peut les rattraper ?
- C'est pas vrai… souffla l'adolescent. »
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Xandar, système Tranta, galaxie Andromède
Ils se battaient dans le centre-ville de la capitale. Leur vaisseau plein à ras-bord de guerriers Asgardiens s'était posé au moment où Thanos avait mis la main sur la Gemme, et commencé à massacrer la moitié de la population. Ils avaient alors commencé à combattre son armée afin de l'empêcher de remonter à bord de son vaisseau.
C'était déjà la troisième fois que Thor ne faisait que le blesser gravement, et que Thanos se servait de la Gemme du pouvoir pour lui briser les os. Sans leur futur roi, les autres Asgardiens se faisaient submerger, et Thanos parvenait à s'enfuir. Amora remontait alors le temps grâce à la Gemme qu'elle avait dissimulée magiquement, et tout recommençait.
Amora, excédée, remonta une nouvelle fois le temps avant de hurler :
« Vas-tu enfin viser la brolduk de tête, Thor ! »
Elle comprit soudain que cela ne fonctionnerait pas. Lui crier dessus ne détournerait pas le dieu de son désir de vengeance, de son désir de voir le Titan souffrir comme son frère avait souffert. Seule une rafale de fureur et de culpabilité forcerait Thor à modifier son geste et à tuer Thanos sur le coup.
C'était pour être certaine de ne pas échouer qu'Amora s'était rendue sur Midgard pour voler la gemme. Elle s'était faite à l'idée que les Nornes ne lui pardonneraient pas ses tricheries lors de ses parties de poker avec le destin, et elle avait fait ses adieux à Luke. Mais… passer du temps avec Brune pendant le voyage vers Xandar avait immiscé en elle l'espoir de s'en sortir. L'espoir qu'avec cette gemme, il y avait une possibilité, même infime, qu'elle s'en tire avec une énième pirouette, et qu'elle n'arrache rien qu'une dernière chance aux Nornes. Pourtant, de toute évidence, elle s'était bercée d'illusions. Son heure sonnait, et elle pouvait presque entendre Hela chuchoter de nouveau à son oreille :
« Dans ce monde, tout s'échange. Les vivants contre les morts, les morts contre les vivants. Aussi simplement que tu viens de le faire. Ton pied de nez au destin ne restera pas impuni. »
« Les Nornes et toi avez gagné, Hela, souffla-t-elle doucement. J'arrête de fuir. »
Amora leva la tête et jeta un dernier regard à Brunehilde. Sur sa monture ailée, la Valkyrie se battait contre un Léviathan, l'éventrant de sa lance dans un cri de guerre asgardien. Elle avait toujours été tellement plus courageuse qu'elle.
Amora inspira profondément, et s'élança vers Thor et Thanos. Avec un dernier sursaut de bravoure, elle se jeta sur l'arme de Thanos. La lame la transperça, et un glapissement de douleur lui échappa.
« Amora ! cria Thor. »
La magicienne lutta encore quelques secondes pour voir le dieu du Tonnerre enfin avoir le bon sens de viser la tête, et de tuer le Titan sur le coup. Ironie du sort, Amora et lui s'écroulèrent tous les deux en arrière, effondrés l'un près de l'autre. Pauvre bougre, songea la magicienne avec moquerie. Tout ce qu'il voulait était sauver l'univers. Comment disaient les Midgardiens, déjà ? L'enfer était pavé de bonnes intentions. À l'exception qu'Hela n'accepterait jamais Thanos en son royaume, et le laisserait se perdre dans les Limbes. Elle, Amora l'Enchanteresse… peut-être qu'Odin lui pardonnerait ses frasques avec Loki et la laisserait monter au Valhallah.
« Amora ! hurla Brune en descendant de son cheval. »
La magicienne tourna la tête vers la femme qu'elle aimait, et sa conscience lâcha prise juste avant que la Valkyrie n'atteigne sa main.
Le point positif dans tout ça était qu'elle allait payer sa dette envers les Nornes, pouvoir revoir cette vieille branche de Loki de temps en temps, et que Brune allait être canon avec les cheveux courts.
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Cleveland, Etats-Unis, Terre, système solaire, Voie lactée
C'est fini, souffla la voix de Loki.
Luke attendit qu'il ne fasse un bilan du combat, mais rien ne vint. Sa gorge se serra douloureusement. Lorsque l'inquiétude se fit trop forte et qu'il eut réuni le courage de demander, il murmura :
« Que s'est-il passé, Loki ?
Thanos et Amora sont décédés, Thor et Brunehilde sont sains et saufs.
Son souffle resta coincé derrière ses lèvres alors que ses pensées semblaient soudainement ralenties. Elle était partie. Ils s'étaient apprivoisés au point qu'il la considère comme une mère, et elle était partie.
« Je suis désolé, Luke, assura tout bas son père en s'approchant. »
L'adolescent laissa les bras l'entourer sans réagir. Il se sentait comme paralysé.
« On va aller à Asgard, d'accord ? assura Tony. Ce déménagement a bien attendu quarante-huit heures, il peut attendre encore. Je connais un endroit là-haut, la Berge des Âmes, et avec un peu de chance, quelqu'un t'y attendra. »
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Émerveillé et secoué par le voyage, Luke battit des paupières en tentant de retrouver son équilibre. Devant lui, un homme au charisme surnaturel et aux yeux dorés le regardait avec bienveillance.
« Bonsoir, Heimdall, lança son père avec un sourire.
- Bonsoir, Tony Stark.
- Comment va, depuis le temps ?
- La lente marche de la vie le long des branches de l'Yggdrasil, jeune midgardien.
- Jeune, jeune, tu y vas un peu fort. »
Le midgardien lui fit un signe du menton désignant son fils, et le Gardien reporta son regard vers le jeune être aux yeux rouges de chagrin. Heimdall s'avança et s'accroupit devant l'adolescent, cherchant à lui montrer son soutien.
« Ce que tu cherches t'attend sur la berge des Âmes. »
Tony sourit en reconnaissant les vieilles paroles. C'était cette exacte même phrase que lui avait dite Heimdall, quinze ans auparavant.
« Vas-y, souffla l'ingénieur à son fils. Au bout du pont arc en ciel, à gauche. Prends l'armure, tu en as pour un moment sinon. »
Luke hocha la tête, activa l'armure, et décolla. Il atterrit quelques minutes plus tard, regardant autour de lui. Était-il au bon endroit ? Que devait-il attendre, au juste ? Son père était resté très évasif sur ce qu'il allait trouver ici. Il n'y avait qu'un long quai aux pierres beiges, et une eau calme scintillant à perte de vue.
Il attendit, longtemps.
Au moment où il laissa échapper un soupir d'exaspération et s'apprêta à décoller, une voix moqueuse surgit de derrière lui :
« Bah, moustique, qu'est-ce que tu fais là ? Il n'était pas clair, mon adieu ? »
Luke se retourna avec surprise. Flottant au dessus de l'eau, Amora le regardait avec un sourire. Elle avait toujours ses cheveux longs, et avait l'air plutôt en forme.
« Ton adieu ? protesta l'adolescent… Mais… mais tu avais la gemme du temps ! Comment as-tu fait pour mourir, avec la gemme du temps ?
- La gemme du temps, c'était parce que je savais que Thor n'allait pas se laisser convaincre au premier essai. Bien m'en a prit, j'ai dû recommencer quatre fois avant qu'il ne vise la tête. Pour venger son frère, bien sûr. Conneries.
- Alors… Thanos est mort ?
- Oui, une hache en pleine tête. »
Luke ne put s'empêcher de frissonner. Et puis, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver du respect pour Thanos. Il avait été quelqu'un de profondément intelligent, mais que l'angoisse pour non seulement l'avenir de son peuple, mais l'univers entier, avait rendu fou. En un sens, il lui rappelait son père.
« Et… toi aussi, murmura-t-il.
- Je t'ai connu plus perspicace que ça, moustique, se moqua à nouveau la magicienne.
- C'est injuste ! affirma l'adolescent. Je croyais que c'était le destin de Loki, qu'il se sacrifie pour que son frère tue Thanos. Et Loki, maintenant, c'est moi. Pourquoi m'as-tu remplacé ?
- Est-ce vraiment digne d'un vieux baobab d'envoyer au casse-pipe un courageux éphémère ?
- Mais, et Brune ?
- Ce n'est pas grave. On se reverra dans une autre vie. Et toi et moi aussi. Qui sait, peut-être que ce sera à toi de tout m'apprendre sur la magie.
- C'était donc ça qu'Hela voulait dire. Sur les Nornes, le prix à payer…
- Oui, mais comme je te l'ai dit, ce n'est pas grave. C'était une route, Luke, et quand on marche il faut bien qu'il y ait une destination. J'aime le chemin que j'ai pris, et les personnes que j'y ai croisées. Mais je suis arrivée, à présent."
Elle allait le laisser, alors. Il allait se retrouver complètement seul. Trin', ses amis, Amora… il devait tous les laisser derrière lui. Sur le moment, cela lui sembla tout à coup insurmontable, et les larmes montèrent.
« Ne pleure pas, p'tite luciole, lui murmura Amora. J'aurais été très fière d'avoir un fils comme toi. »
Elle s'avança et l'enlaça doucement. Luke la serra étroitement contre lui, absolument pas prêt à la laisser partir. Beaucoup trop tôt, il sentit qu'elle lui échappait, son illusion se dissipant en particules de lumière s'élevant vers le ciel bleu. Amora se détacha de lui et lui sourit une dernière fois avant de disparaître.
Sans savoir que son père l'avait fait quinze ans plus tôt, Luke tomba à genoux sur la berge des âmes.
Effondré de chagrin, il réalisa qu'il ne lui avait pas demandé ce qu'il devait faire, à présent. Elle avait parlé de chemin, mais lui ne voyait pas de raison pour continuer à marcher. Elle était la seconde mère qu'il perdait, et même attaché sur un lit au Shield, il ne s'était jamais senti aussi abandonné.
Le claquement métallique des bottes de son père atterrissant sur la berge le fit sursauter. Rétractant l'armure d'un tapotement sur sa poitrine, Tony s'approcha et s'accroupit près de son fils recroquevillé.
« Hey, mon chevreau, lui chuchota-t-il en voyant son visage barbouillé de larmes. Ne pleure pas, ça me brise le cœur quand tu pleures. »
Luke ferma étroitement les yeux et se laissa faire quand son père le serra contre lui. Il lui fallut quelques minutes pour se calmer suffisamment pour pouvoir parler. Il chercha longtemps quoi dire, et murmura :
« Elle… elle comptait beaucoup pour moi. Elle m'a sauvé la vie, et… elle m'a aidé à tout réparer. »
Tony n'arrivait pas à se rendre compte de ce que son fils avait « réparé ». Certes, il avait tout vu dans la mémoire de son fils, mais ces événements lui faisaient l'effet d'un de ses cauchemars, si tragiques qu'ils en devenaient irréalistes. Il n'avait pas encore digéré tout ce à quoi son fils, lui, l'univers avait échappé. Il ne voyait qu'une seule chose : que son fils était brisé en tellement de morceaux qu'une petite cuillère aurait plus de résultats que tous ses efforts pour lui remonter le moral. Impuissant, l'ingénieur murmura :
« Ça va aller mon grand. Je te le promets.
- Je ne sais pas quoi faire, maintenant, papa, avoua finalement Luke.
- Mais il y a plein de choses à faire, mon grand. Cette école de mutants devrait te faire le plus grand bien. Tu vas y rencontrer des gens aussi spéciaux que toi. Et après cela, ou si ça ne te convient pas… Je te rappelle qu'il reste la paix mondiale à établir, la faim à éradiquer…
- Ce n'est pas ce que Bruce te disait quand tu t'ennuyais ?
- Si, confirma son père dans un petit rire. Absolument.
- Ils te manquent, pas vrai ?
- Un peu, avoua son père avec un sourire de nostalgie. »
Luke le contempla un instant, et lança :
« Tu n'as pas à leur dire pour moi, si cela implique que tu perdes leur confiance.
- Cela va bien se passer, Luke, lui assura son père. Si j'ai bien compris, nous étions dépassés par les événements, la première fois. Et tu avais… comment dire… »
Luke baissa la tête, sans doute assailli par les souvenirs de son massacre au commissariat, et Tony se racla la gorge.
« Enfin, voilà, si je m'y prends bien, la nouvelle passera crème. Tante Nat est déjà au courant, tu sais. Ça ira. »
Luke ne répondit rien, et de nouveau, Tony se trouva aussi efficace pour réconforter son fils qu'un grille-pain. Et encore, Luke adorait le grille-pain quand il était petit, il éclatait toujours de rire quand les tartines grillées bondissaient sans prévenir en le faisant sursauter.
Ces jours-là lui manquaient, il aurait voulu que son fils reste aussi insouciant pour toujours.
« Alors, reprit-il, qu'est-ce que ce sera ? La paix ? La faim ? Mettre les énergies fossiles définitivement à la poubelle ? »
Luke finit par lui sourire doucement, et lancer :
« La conquête spatiale.
- Eh bien, commenta son père. Drôle de sens des priorités, mon fils. Le Nobel, ce n'est comme ça que tu l'auras.
- Tu sais Papa, fit-il d'un ton grave, je ne suis pas un grand fan des humains. J'ai vu ce dont ils étaient capables, à Cleveland, dans les labos du Shield, en Syrie…
- Je comprends, Luke. Mais tu es humain, et moi aussi, et... fit Tony avant de se rattraper à temps sans prononcer le nom de Trin'. Pense à, digressa-t-il, je ne sais pas, moi… l'art, les feux d'artifices, les temples hindous… les pyramides, la tour Eiffel…L'espèce humaine est capable de choses terribles et magnifiques. »
Son père était incroyable, constata Luke avec incrédulité. Il avait été torturé en Afghanistan, failli être tué par celui qu'il considérait presque comme son père, avait vu ce que lui feraient ses amis si son fils déchainait ses pouvoirs… et il pouvait toujours parler avec passion de la Terre et de l'espèce humaine.
« Admettons, capitula Luke. Si c'est pour toi, je veux bien faire passer la transition écologique en premier.
- Tu sais que t'es génial ? lui lança soudain son père. Je te le disais beaucoup quand tu étais petit, mais moins maintenant, et je m'en veux. Je suis fier de toi, mon fils. »
Luke renifla pour ravaler ses larmes, et fit reposer sa tête sur l'épaule de son père. Ils restèrent un long moment sur la berge des âmes à contempler le soir tomber, et Luke laissa ses pensées vagabonder vers son futur.
L'école des mutants était décidément sa meilleure option pour l'instant. Il pourrait y rencontrer d'autres personnes, et prendre un nouveau départ après ces six derniers mois. Peut-être arriverait-il plus facilement à oublier les horreurs et les merveilles qu'il y avait vécues, bien qu'il doutait des deux. Il était difficile de nier avec quelle facilité il pouvait basculer vers la violence, et à quel point il avait mal dormi depuis son retour à Cleveland. Il était également compliqué d'éloigner cette envie de revoir le spatioport, Něråma et Knowhere, ces lieux d'innovations technologiques, et de mystères quantiques irrésolus. Pourtant, il restait terrifié à l'idée qu'il n'arrive quelque chose à son père pendant leur absence. La dernière fois qu'ils avaient été séparés, Luke s'était fait torturer dans un laboratoire avant d'apprendre que son père était mort depuis déjà deux semaines. Non, il ne pourrait pas ressentir cette souffrance-là de nouveau. Sa vie était toujours sur Terre, auprès de son père, pour le protéger et passer avec lui le temps qu'il leur restait. Après tout, Luke vivait deux cent cinquante ans, mais son père ? L'espérance de vie d'un homme était de quatre-vingt ans. Son père en avait déjà soixante. Ajoutez-y un passif d'alcoolisme, un syndrome du sauveur facilitant les prises de risques, du schrapnel dans la poitrine maintenu à l'écart par un simple aimant, et vous obteniez une crise de panique chez son fils unique.
Luke bloqua son train de pensée et se força à respirer calmement. Son début crise d'angoisse se retira doucement, et il remercia Amora pour lui avoir enseigné la méditation. Certes, il avait perdu ses muscles et sans doute ses capacités au combat, mais elle lui apporté tellement plus que ça.
Sentant sa soudaine agitation, son père voulut le distraire et lui lança :
« Thor m'a proposé que nous restions pour la cérémonie. Tu es d'accord ? »
Luke hocha la tête. Il aurait voulu rencontrer Brune, et pourquoi pas parler un peu avec elle.
Il ne fut pas déçu. Ils la croisèrent sur le chemin de leurs chambres d'invités, une bouteille de liqueur à la main. Elle était comme l'illusion que Luke avait vue sur Něråma, à part que sa tête était rasée, et qu'elle était ivre morte.
Elle les dévisagea une longue minute, tanguant légèrement. Elle finit par s'agresser à Tony d'un ton agressif.
« Eh, toi ! Le Midgardien. T'as pas fait ce machin-là, fit-elle en désignant Luke, avec ma Amora, j'espère ?
- Non, réfuta aussitôt Tony, non, bien sûr que non, je l'ai fait avec Loki, vous connaissez Loki ? »
Luke le regarda avec un air absolument outragé.
« Déjà, protesta-t-il, c'est ma mère qui m'a faite toute seule, toi, tu m'as kidnappé dans un hôpital ! Et ensuite, t'as pas honte de me sortir ça comme ça ? J'ai une image mentale, maintenant !
- Mais… C'est exactement ce qui s'est passé, mon chevreau, répliqua son père avec un haussement de sourcils suggestif. »
L'horreur dans les yeux de son fils fut à mourir de rire, et le vengea de la phrase « toi, tu m'as kidnappé dans un hôpital ». Et les quinze années passées à suer sang et eau pour élever cette grenade dégoupillée, alors ? Elles comptaient pour du beurre ?
« Une minute, marmonna la Valkyrie en plissant ses yeux hagards fixant l'adolescent. Tu es Luke, pas vrai ? Son moustique ? »
Sa gorge se noua de nouveau, et l'adolescent hocha la tête. La Valkyrie hocha la tête, se passa une main sur le visage, et sembla dégriser.
« Viens, annonça-t-elle d'une voix plus posée. On va parler. Le prince Thor devrait vous tenir compagnie, midgardien.
- Je n'en doute pas, accepta Tony, rassuré par le changement d'attitude de l'Asgardienne. À tout à l'heure, mon grand. »
Un peu incertain, Luke la suivit dans les couloirs du palais. Maintenant qu'il avait Brune devant lui, il n'était plus certain de savoir quoi lui dire.
Elle l'emmena sur un large balcon avec une vue sur tout Asgard. Le ciel s'édulcorait en pastels, et Luke trouva étrange que peu importe ce que l'on vivait, les couchers de soleil restent les mêmes malgré tout.
Contrairement à ce qu'appréhendait Luke, la conversation s'engrangea naturellement, et ils parlèrent longtemps. D'Amora, de Thanos, des Nornes, de Něråma. À la demande de la Valkyrie, Luke partagea ses souvenirs, et des larmes roulèrent sur les joues de Brune en voyant leurs mois passés sur Něråma et leurs adieux sur le Berge. Elle lui sourit, lui dit qu'elle voyait à quel point Luke avait compté pour elle, et qu'elle était heureuse qu'il soit venu aujourd'hui.
C'est à cette mention qu'elle annonça qu'il était temps qu'ils se rendent à la cérémonie. Bien qu'il ne la connaisse que depuis une heure, Luke trouva le courage de souffler :
« J'avais juste… Je… Je ne lui ai pas demandé… À vrai dire, je ne sais plus trop quoi faire, maintenant. De ma vie, je veux dire.
- Moi non plus, p'tit moustique, avoua Brune. Moi non plus. »
Un court moment passa durant lequel la Valkyrie parut réfléchir, la main sur la rambarde comme pour prolonger la conversation, et retarder le moment où elle allait devoir dire adieu à sa compagne.
« Mais elle n'a pas tort, tu sais, finit-elle par se résigner. Le moment venu, nous la reverrons. Il n'est pas encore arrivé, alors notre objectif, c'est de nous trouver quelque chose à faire pour ne pas que son absence nous soit insupportable.
- Tu as des idées, toi ?
- Ce pour quoi j'ai été entraînée, répondit sans hésitation la Valkyrie. Guider les âmes de ceux tombés au combat, et parfois, m'impliquer dans le maintien de la paix lorsque la menace est trop grande.
- Je ne sais pas si je réussirai à m'impliquer de nouveau, avoua faiblement l'adolescent.
- Tu as quinze ans, Luke. Après ce que tu as déjà vécu, tu devrais seulement t'occuper de chercher la paix et le bonheur. Je te charge d'être heureux, car personne ne peut le faire pour toi. Ton job maintenant, c'est de réparer ces trucs-là. »
Avec un sourire, Brune lui tapota de ses index le front et le cœur. Luke lui rendit son regard, et hocha doucement la tête.
Il allait faire de son mieux.
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Moi, avoir encore tué un personnage ? Naaaan. N'importe quoi.
Avez-vous Dark Phoenix ? J'hésite à y aller à cause des critiques, pourtant cela pourrait bien me servir pour le prochain chapitre. J'ai hâte de le terminer et de vous le proposer, parce que c'est celui où Luke débarque au Manoir des X-Men, pour un ou deux chapitres.
J'espère que ce chapitre vous a plu, et je vous dis à bientôt !
