«Rosanna, on fait quoi maintenant ? »
La question de Markus la tira du sommeil dans lequel elle était déjà à moitié enfoncée, blottie dans ses bras.
« De quoi tu parles ? » murmura-t-elle sans même ouvrir les yeux.
« Nous deux, on fait quoi maintenant ? » reformula le wraith.
« On trouve un E2PZ, on rentre sur Atlantis et on se fait enlever ces maudits traceurs » grommela-t-elle, ensommeillée.
« Je le sais ça, ma douce humaine. Je parlais de notre relation. »
Les mots se frayèrent difficilement un chemin entre les brumes du sommeil, jusqu'à atteindre son cerveau, la réveillant tout à fait.
« Ben, on est ensemble, non ? » demanda-t-elle après quelques instants de réflexion.
« Oui, mais qu'est ce que ça change par rapport à avant ? » demanda le wraith, factuel comme d'habitude.
« Bonne question... » maugréa-t-elle tout en réfléchissant.
Dans son dos, Markus soupira.
« Je dois avouer que même le rôle exact d'un reproducteur sur une ruche m'échappe » grommela-t-il.
« C'est pas les wraiths qui ont « mérité » de se reproduire avec la reine ? » demanda l'artiste.
« Oui, mais comment ça se déroule exactement, je n'en ai pas la moindre idée. Je connais bien sûr le fonctionnement biologique de la reproduction, et j'ai vu quelques bribes de souvenirs de reproducteurs dans l'Esprit, mais disons que le... degré d'intimité entre une reine et ses mâles m'est inconnu. »
« Ah ouais, quand même ! Vous avez pas des genres de porno chez les wraiths ? »
« Porno ? »
« Des films, ou des images dont le but est d'exciter sexuellement en montrant justement des actes sexuels. »
Le wraith prit le temps de réfléchir.
« Non, les reproducteurs montrent parfois des souvenirs aux scions pour les humilier et leur rappeler leur place, mais le but est juste de maintenir l'ordre de dominance. »
« Scions ? »
« Tous les alphas qui ne se sont jamais reproduits, comme moi. »
« Pourquoi avoir un nom spécifique pour ça, alors que vous êtes l'immense majorité, et puisque je suppose que la plupart d'entre vous le reste toute leur vie ? »
«Je suppose que c'est tout simplement parce qu'un alpha scion est physiologiquement différent d'un reproducteur. »
« Physiologiquement ? Vous avez un genre d'hymen qui se rompt ou quelque chose comme ça ? »
« Un hymen ? »
« Les humaines ont une espèce de membrane qui bouche l'entrée du vagin, et qui se rompt, bien entendu, lors de la première pénétration. On peut donc différencier une femme vierge d'une femme déjà active sexuellement. »
« Ah, je comprends. C'est vraiment étrange, pourquoi avoir ainsi une membrane inutile? »
« Organe vestigial, je suppose. Mais explique-moi donc cette histoire de physiologie. »
« Je ne connais pas le détail exact, mais en gros, lorsqu'un alpha devient un reproducteur, ses taux d'hormones et quelques autres choses changent au contact de la reine, afin qu'il soit capable de conserver son statut de reproducteur. »
« En gros, il devient un genre de super-alpha ? »
« C'est exact. »
« Comme si vous étiez pas déjà assez bourrins comme ça ! »
« Les reines entretiennent des harems plus ou moins étendus, et la compétition est très forte entre les mâles pour être le prochain à la saillir. Un reproducteur à bien plus de chances de se faire tuer par un autre reproducteur de sa ruche que par un ennemi. »
« Au moins, tu ne risques rien de ce côté là.» ricana-t-elle.
« Je ne vais pas m'en plaindre... » murmura-t-il, la serrant contre lui en un geste possessif. « Mais je ne sais tout de même pas ce que tout ça implique... » poursuivit-il, pensif.
« Mais tu m'en poses, de ces questions ! On est ensemble, c'est pas bien sorcier, non ? »
« Rosanna, ça l'est peut-être pour toi, mais je n'ai absolument aucune expérience dans ce genre de relations. Je ne connaissais même pas la notion d'amitié avant de te rencontrer ! » murmura-t-il, patient.
« Bon, par quoi veux-tu que je commence ? » capitula-t-elle.
« Et bien, explique-moi par exemple ce qui change entre un mâle humain et une femelle humaine quand ils sont en couple ou pas. »
« Ah, ça c'est facile. Le niveau d'intimité. Un couple est beaucoup plus proche que des amis par exemple, et même si le sexe sans aucune relation ou sentiment stables se démocratise, a priori le sexe, la nudité et les contacts très intimes sont réservés aux couples. »
« Contacts très intimes ? »
« Dormir ensemble, s'embrasser, ce genre de choses. »
« On dort ensemble depuis plus d'un an .» fit-il sobrement remarquer.
« Je sais... D'ailleurs, sur Atlantis, il a suffit que je dorme deux nuits dans ta chambre pour que tout le monde croie qu'on était ensemble. » bougonna-t-elle.
« Et c'est mal ? »
« Heu... Je suppose que non. Je n'étais juste pas prête à l'entendre. » murmura-t-elle en rougissant.
« Et maintenant ? »
« Je ne sais pas, Markus, honnêtement. Je ne suis pas sûre que je serais capable d'affronter le jugement « bien-pensant » des gens. »
« Tu me rejetterais ? » demanda-t-il, inquiet.
« Non ! Jamais ! » s'écria-t-elle, serrant fort son bras contre elle. « Mais je ne le crierais pas sur tous les toits, surtout que, pour l'instant, je ne sais pas trop où on en est. » conclut-elle.
« Alors on est deux. »
Pour une fois, sa tendre humaine semblait presque aussi perdue que lui. Il se rendait bien compte qu'en acceptant leurs sentiments, ils avaient amené leur relation à un tout nouveau stade, dont il ignorait encore le cadre. Son instinct lui soufflait des choses, dont il n'était pas sûr qu'elles entrent dans ces limites, et la dernière chose qu'il voulait, c'était lui faire du mal sans le vouloir.
Il allait falloir qu'il cherche ces limitations une à une avec sa compagne.
« Si j'ai envie de t'embrasser, je fais quoi ? » demanda-t-il.
« Tu m'embrasses, évidemment, sauf si le moment ne s'y prête vraiment pas. »
« Et si j'ai envie de te prendre dans mes bras ? »
« Bon, Markus, on va pas faire tout l'inventaire comme ça ! Si tu as envie de faire quelque chose, tu le fais : si ça ne me convient pas, je te le ferais savoir, ne t'en fais pas ! » s'agaça-t-elle, les joues en feu.
« Vraiment ? » s'étonna-t-il.
« Oui, vraiment ! Le désir et l'amour ne vont pas très bien avec les plannings bien organisés. Ce sont des émotions tellement vivantes, spontanées. »
« La spontanéité ne me réussit pas très bien... »
« Tu t'en es bien sorti ce matin, je trouve. »
« Je n'ai pas vraiment été spontané. »
« Je sais, tu as passablement laissé tes pensées déborder... » murmura-t-elle taquine, alors que le wraith verdissait, gêné.
« C'est embarrassant que tu lises ainsi mes pensées. »
« Oh je te rassure, il n'y a pas que tes pensées qui m'ont renseignée... » ricana-t-elle, se cambrant un peu pour appuyer ses fesses contre son entrejambe un instant, tirant un grondement surpris à Markus.
« Je vais déjà m'habituer à l'idée d'avoir une femelle et tout ce que cela implique, avant de songer à ce genre de choses, si tu le permets, ma douce compagne. » maugréa-t-il
« Je te le permets... » souffla-t-elle amusée, se blottissant avec bonheur contre lui.
Le lendemain, c'est en compagnie d'un trafiquant d'enfants, les bras entravés dans le dos, qu'ils se rendirent jusqu'à l'Utopia.
« On devrait vraiment trouver un moyen de faire toute cette route plus vite. Passer à chaque fois plus de douze heures sur cette planète nous rend très repérable. » grommela Markus, tout en poussant sans trop de ménagement l'humain devant lui.
« Si Léo arrive à réactiver les téléporteurs, il pourrait peut-être nous téléporter des abords de la Porte jusqu'ici. »
« Ce serait bien » gronda Markus, alors qu'ils arrivaient devant le trou profond qu'il avait creusé près de deux mois plus tôt et qu'il entretenait à chacune de leurs visites.
« Il n'y avait pas besoin de me faire marcher pendant des heures dans une jungle humide pour me tuer, sale wraith ! » grommela le trafiquant essoufflé et suant, qui avait renoncé à l'idée de survivre depuis plusieurs heures déjà, mais pas à celle de râler.
« C'est pas à lui que tu vas servir de repas, on fait de la livraison à domicile ! » répondit Rosanna tout en le poussant en avant de la pointe de son empaleur.
« Vous êtes humaine, comment pouvez-vous faire ça ? »
« Quoi ? Débarrasser la galaxie de monstres comme vous pour nourrir des gens bien ? »
« Ce sont des wraiths ! Ce sont eux les monstres ! »
Un grondement agacé de Markus lui répondit.
« Rien ne vous forçait à enlever puis à vendre au plus offrant des enfants innocents, eux n'ont pas le choix... Pour l'instant, ils doivent se nourrir ainsi .» répliqua l'artiste, alors que Markus se penchait pour aider Léo à escalader le conduit vertical.
« Bonjour, Léonard ! Comment allez-vous ? » demanda-t-elle au wraith qui époussetait son manteau.
« Très bien, Madame. J'ai enfin pu réactiver certains circuits primaires clés ! » s'enthousiasma-t-il.
« J'en suis ravie. Vous nous montrerez tout ça tout à l'heure, vous devez avoir faim. »
« Ohhh oui ! » siffla le wraith d'un ton joyeusement sadique, tout en s'approchant de son repas qui se mit à prier dans sa langue natale.
La jeune femme se laissa agilement glisser le long de la coque de l'Utopia et partit attendre les deux wraiths dans le vaisseau millénaire, peu désireuse d'assister à la mort du criminel.
Ils la rejoignirent quelques minutes plus tard, et comme à chacune de leurs visites, le technicien entreprit de leur expliquer ses progrès, mais également ses problèmes, avant de demander à l'artiste de lui activer tel système, ou de tester tel programme, Markus les suivant en silence.
« Léonard, serait-il possible d'utiliser le téléporteur externe ? » demanda Rosanna au bout d'un moment.
« Il me faudrait trouver un générateur auxiliaire pour l'alimenter spécifiquement jusqu'à ce que vous ayez ramené un E2PZ, mais oui, ce serait possible. Je suppose que c'est pour que je puisse vous téléporter ici directement, Madame ? »
« Absolument ! »
« Je ferais tout mon possible pour que ce soit opérationnel à votre prochaine visite, alors ! »
« Merci infiniment, Léonard ! Cette marche est pour le moins exaspérante. »
« Oui, surtout que je ne peux transporter qu'une quantité très limitée de matériel à chacun de mes voyages, ce qui ralentit considérablement mon travail. » ronchonna le technicien.
« Vous êtes allé chercher du matériel sur d'autres planètes ? »
« Oui, Madame. J'ai trouvé certaines pièces de rechange sur une corvette lanthienne écrasée, ainsi que des cristaux de contrôle supplémentaires qui, une fois reprogrammés, pourront augmenter les capacités des ordinateurs de bord. Mais ce n'est pas ça le plus intéressant ! » répondit l'alien, l'air excité, alors qu'ils arrivaient devant la porte d'un entrepôt secondaire.
« Montrez-moi donc ! » déclara Rosanna, amusée de l'enthousiasme joyeux de Léonard dès qu'il s'agissait de vaisseaux spatiaux, tandis que Markus feulait en levant les yeux au ciel dans son dos.
Avec un immense sourire carnassier, le wraith ouvrit la porte avant de s'effacer pour les laisser entrer.
La première chose qui frappa la jeune femme, fut l'odeur organique malsaine qui régnait dans la pièce, la seconde fut six gros amas de tissus violâtres fixés sur les murs du hangar, étendant des vrilles un peu partout.
« Qu'est-ce que c'est ? » grogna Markus, ouvrant la bouche pour la première fois en plus d'une heure.
« Des embryons de ruches. »
« Des quoi ? » s'étouffa Rosanna.
« Des embryons de ruches. Pour construire une ruche, on implante une graine dans un hôte qui deviendra la base du système neuronal de la future ruche. Il s'agit généralement d'un jeune wraith, mais ça fonctionne aussi avec un humain. »
« Vous faites pousser six ruches dans l'Utopia ?! » gronda Markus, énervé.
« Non, non ! Il n'y a pas d'hôte sous ces embryons, ils n'ont donc aucune conscience. La machine que vous voyez là, émet des ondes qui leurs ordonne de pousser en plaques de coque, sauf pour le dernier, que j'ai programmé pour fabriquer d'autres embryons. » expliqua le technicien, tentant d'apaiser le traqueur.
« C'est très intelligent, ça ! Faire pousser la coque, plutôt que de la reconstruire ! Je savais que vous seriez à la hauteur du défi, Léonard ! » s'enthousiasma la jeune femme, tout en envoyant une onde d'apaisement à Markus.
« Merci Madame, mais il me reste de nombreux problèmes techniques à résoudre avant de pouvoir implanter les embryons sur la coque, et sans E2PZ, même réparé, l'Utopia ne décollera pas. »
« On finira bien par en trouver un ! »
« Je l'espère Madame, j'aimerais tant voir ce vaisseau voler » répondit le wraith, caressant presque amoureusement un mur de sa nouvelle raison d'être.
