Playlist
Tant de questions dans le cerveau
se mélangent et me questionnent
il y a le mensonge au salon et la vérité qui sonne
Et à vrai dire est-ce bien pire si la vérité fait défaut ?
Vraiment, je me le demande
Amestoy Trio, La vérité

LII Cyrus. Des petites trahisons et des fidélités stratégiques

En sortant du bureau de Girasis, je me demande sincèrement si je ne viens pas de rêver : elle m'a réellement fait la proposition de me donner accès à sa correspondance, sa correspondance avec Cosmo Taluti - rien que ça - et d'en faire un livre ? Faute de meilleure idée, je me tourne vers Maninder sans même oser formuler ma question.

"C'est une proposition importante, Cyrus", il répond sobrement. Il est notoirement moins excité que lorsque nous avons fait le chemin inverse.

"Mais ce n'est pas ma priorité", je lui rappelle. "Dois-je changer de priorité ?"

"C'est une proposition stimulante faite par quelqu'un de... de capable de faire valoriser ce travail à sa juste valeur", il insiste.

"Ou de me tourner le dos si la réception n'est pas à la hauteur de ses espoirs", je lui fais remarquer. Il hoche la tête - à l'Indienne - de gauche à droite, mais je suis habitué. Il est d'accord. "C'est aussi un sacré risque et un sacré piège", je conclus plus pour lui que pour moi.

"Et, du coup, vous voulez le refiler à d'autres ?", s'étonne ouvertement Maninder. Cette vieille réputation de tête brûlée ne me quittera-t-elle donc jamais ?

"Je laisserais bien d'autres qui ont, à la fois, plus de familiarité avec le sujet et moins d'ambitions universitaires juger de la valeur réelle de la proposition", je formule prudemment.

Je dois avoir le nez plein de furoncles visiblement à voir la façon dont Maninder me dévisage.

"J'ai eu un instant l'impression d'entendre votre père quand il prend la peine d'être stratège", il finit par commenter.

"Voilà qui risque de me convaincre que c'est grosso modo une bonne idée", je conclus, et ça le fait rire.

Sauf que ma leçon de stratégie s'arrête là. Maninder me quitte l'étage suivant en me disant de ne pas hésiter à l'appeler si je veux discuter et me laisse redescendre seul dans le Grand Hall de l'Université. J'ai la tête pleine de pensées sérieuses, sauf que Gin, Luna, mais aussi Archi débarqué de je ne sais où, et même Ron, me tombent dessus en hurlant : "Faut qu'il paie sa tournée !"

D'autres, que je connais moins bien, en rajoutent derrière eux sur le thème de "il nous doit au moins ça !" Et dix minutes plus tard, j'ai globalement invité toute la population du pub "La plume savante", le plus proche établissement magique de l'Université. Ça chante, ça hurle, ça trinque à la fin des examens et ça ne prête pas aux pensées stratégiques. Gin est belle avec ses joues rouge, et l'alcool me dit que j'ai le temps de regarder tout ça en face quand Drago se fraye un chemin jusqu'à nous - il est souriant, presque simple, et il a une pinte à la main. Ce garçon est en pleine décadence, il faut le dire.

On trinque avec emphase et on boit en silence de longues gorgées avant qu'il ne me demande sur le ton de la conversation :

"Dis-moi, cher cousin, tu as bien sûr prévenu tes parents de tes succès ?"

"Pas eu le temps", je réponds en m'amusant qu'il s'en inquiète - presque pour la deuxième fois de la journée ! - jusqu'au moment où la façon furtive dont il s'humecte délicatement les lèvres m'indique qu'il est embêté. Ça déclenche une putain de sirène d'alarme dans ma tête.

"Il ne faudrait pas trop tarder - j'ai peur qu'Androméda ait définitivement plus de temps que toi...", il indique en réponse à mon regard inquisiteur.

"Ah !", je comprends en ravalant un soupir. Pas que je lui en veuille vraiment mais je me serais passé d'une mini-crise familiale...

"Désolé, Cyrus, Andromeda s'inquiète tellement pour moi que...", il commence avec une telle sincérité que je le coupe tout de suite :

"Non c'est moi qui ai mal géré mes parents, Drago, pas la peine de t'excuser", je lui assure. "Je rattraperai le coup, ne t'inquiète pas !"

"Tu vas les appeler maintenant ?", il enquête.

"Non, je me ferai déshériter plus tard", je lance comme une blague, mais elle n'est pas drôle dans les yeux de Drago. Ses parents l'ont globalement abandonné, je devrais m'en rappeler, j'étais là. Je vais m'excuser lorsqu'Archi me tombe dessus par derrière me faisant renverser ma chope.

"Cyrus, il est temps d'offrir une nouvelle tournée", il affirme. "Oh, salut Drago !"

"McLeish", répond sombrement mon cousin prêt à s'enfuir comme un daim pris dans les phares d'une automobile moldue.

Ginny doit s'en rendre compte parce qu'elle pose une main sur son épaule, mais Archi est trop intoxiqué pour y faire attention : "Il va nous manquer quand il foutra le bazar au Brésil, hein !" il clame à la cantonade et évidemment ça fait rire.

"Archi", j'essaie de le calmer.

"B'en c'est vrai, plus personne d'accuser à tort d'avoir empoisonné ses condisciples, plus d'enlèvements ou de..."

Archi s'effondre alors sur mon dos.

"... ou de raison de se saouler à mort", commente Gin avec aplomb.

Ron est à côté d'elle, je me rends compte quand j'arrive à me retourner sans laisser mon pote s'écraser sur le sol et je me dis que l'alcool n'explique pas totalement l'effondrement d'Archi. Drago a visiblement fui avant de constater le résultat de la méthode Lupin-Weasley de gestion des crises.

"On va le ramener", je me contente de dire.

Gin acquiesce et Ron nous aide à le sortir du pub et à la fourrer dans un taxi.

"Il ne tient pas l'alcool votre ami", commente finement le conducteur.

J'opine rassuré par le fait d'entendre Archi ronfler - je ne sais pas trop quel sort à choisi Ron mais ça m'a l'air totalement bénin. On s'aide d'un peu de magie pour le monter dans son appart et d'encore plus pour l'amener à son lit.

"On peut le laisser ?", je demande au beau-frère en le regardant droit dans les yeux.

"Son pouls est régulier et son aura magique ne cesse de monter en puissance", commente Gin qui s'est penchée sur notre ami affalé au travers de son lit.

"J'ai utilisé un "Calme-Toi"", indique Ron les oreilles moins rouges qu'on pourrait le craindre. "Avec l'alcool, c'est immédiat... la police magique l'utilise à la sortie des matchs de Quidditch."

"Bon, alors on peut le laisser", je décide sobrement en prenant un parchemin sur son bureau et en griffonnant un mot d'excuse pour le moment où il se réveillera. J'ai la vague impression qu'il va me rendre responsable de tout mais c'est mon meilleur ami, il a sans doute plus le droit que d'autres...

"Je le mets en position de sécurité", rajoute Ginny toute à sa médecine en cours de développement. "S'il bouge c'est sans doute qu'il ne risque rien..."

"Moi, faut que je file à la Division", annonce Ron. "Je suis de garde ce soir."

"C'était cool de venir me féliciter", je lui lance avec sincérité.

"De rien", il rougit presque. "Je pensais que Harry serait là."

Mes parents, Harry... Ok, je n'assure pas un pépin de citrouille mais faut dire que j'ai quelques excuses.

"Harry a intérêt à avoir fini la potion que je lui ai suggérée", je préfère commenter.

"Tu vas aller vérifier ?", s'amuse Gin

"Faudrait. Mais d'abord, il me faut une cheminée longue distance pas trop surveillée. Je ne vois que Poudlard", je réponds en la regardant.

"Là maintenant tout de suite ?"

J'opine.

"Qu'est-ce que je ne sais pas ?", elle comprend lentement.

"Je ferais bien qu'une seule session de rattrapage", je soupire.

"Les Lupin n'ont pas trop le sens de la fête, hein, Ron ?", elle lâche bassement en se levant.

J'ai de la chance, je sais.

oo

"Et tu vas accepter ?", questionne Ginny quand j'ai fini d'exposer la proposition de Girasis à toute la famille réunie dans le salon - les jumeaux sont allés au lit en râlant parce qu'ils auraient bien profité de notre présence mais ça n'a pas dérapé autant que je l'ai craint un instant - rien à faire, je déteste quand ils se font gronder à cause de moi.

"Je n'en sais rien, Gin", je réponds un peu agacé qu'elle en soit déjà là, même si je comprends qu'elle s'inquiète d'un brutal changement de plan - elle attend depuis des mois maintenant qu'on parte au Brésil. "Pour l'instant, j'ai dit à Girasis que sa proposition était intéressante mais que ma priorité restait le Brésil. Sauf que Maninder a eu l'air de dire que je devrais y réfléchir, et puis, il y a Harry, Ada, Tiziano et Brunissande - eux seront peut-être intéressés non ?"

"Harry a toujours répété que ce qui l'intéressait dans le métier de briseur de sorts, c'était le changement, la variété des missions", remarque Mae, en s'étirant. "Ça cadre mal avec éditer la correspondance de Girasis et Taluti, non ?"

"Il pourrait changer d'avis pour Ada", suppose Ginny, les sourcils froncés ; je crois que Ada la questionne autant que moi.

Je regarde Papa qui n'a rien dit. Mae fait pareil, et notre pauvre Remus a un petit rire sans joie avant de répondre :

"Ne me faites pas expert de ce que je ne suis pas ! La relation entre Harry et Ada est totalement hors de mes compétences !" Comme personne ne lui répond, il rajoute finalement, comme s'il se forçait : "Mais je serais surpris en effet que Harry s'engage à développer des recherches sur tout ça ! Ce n'est pas exactement son projet pour l'instant."

Pour autant que Harry ait réellement un projet, je me retiens de lâcher. Puis je repense à ce qu'il a dit l'autre jour à Trieste, pas très loin de ce que présume Papa, et j'opine.

"Restent Tiziano et Brunissande", je dis d'abord pour moi.

"C'est qui Bru... Brunissande ?", veut savoir Mae en trébuchant sur le prénom français.

"Une briseuse de sort française", répond Gin l'air rêveur cette fois.

"Tu te souviens d'Aliénor ?", je précise. Mae opine. "Sa cousine. Plus jolie et aussi intelligente", je résume - ce qui scandalise Ginny et fait sourire Papa. "C'est totalement vrai; Gin ! Harry, on a cru toutes les vacances en France qu'il allait l'embrasser, Aliénor ! Vous vous rappelez ?"

Papa et Mae échangent un regard complice - ils se souviennent.

"Tu ne m'as jamais raconté !", proteste Gin. "Et Aliénor n'est pas du tout laide !"

"Harry m'aurait étripé si je t'avais raconté ça", je réponds avec sincérité.

"Mais Harry ne compte pas embrasser cette Bru-ni-ssande-deu", croit malin de souligner Mae en s'appliquant pour la prononciation. Comme je hausse les épaules, elle pâlit et regarde de nouveau Papa en disant : "Mais il nous a présenté Ada !"

"Peut-être tout cela ne vous semblerait pas si formel, si ce n'était pas justement Ada", je glisse pour l'inquiétude immédiate de Ginny.

"Ne recommence pas ton délire qui voudrait que je préfère Ada à mes enfants, Cyrus !" s'exaspère Papa, comme elle le craignait sans doute. "Ada est malheureusement intimidée par ma position, mais tu ne peux pas réduire toute leur relation et toutes leurs décisions à une stratégie pour obtenir le soutien de la Fondation pour Lo Paradiso ! Tu l'enfermes dans un rôle injuste et intenable !"

"Mais pourtant tout le monde fait le lien, paraît-il", je remarque me souvenant des explications de Mae.

"Le lien aurait été fait sans Harry", juge Papa avec un haussement d'épaules. "Plus lentement, et même peut-être plus facilement. Ne mélange pas tout !"

Ginny a l'air de me supplier de laisser tomber ; Mae secoue la tête mais je crois qu'elle pense comme moi, que les termes de la discussion sont mal posés mais qu'elle n'a pas envie d'aller au conflit. Il faut bien que quelqu'un le fasse, je décide.

"Je vais te faire hurler", je commence donc, le plus calme et respectueux que je peux, "mais je crois que c'est toi qui fais des amalgames, Papa. Personne ici, moi le dernier, a un problème avec la lycanthropie d'Ada, c'est toi qui ramènes tout à ça ; elle aussi d'ailleurs", je rajoute. "Les non-lycanthropes comme moi regardent plutôt le couple et s'interrogent. Tu dis que je soupçonne Ada d'intéressement, mais la réalité est que je me pose surtout des questions sur Harry : serait-il encore avec une fille avec qui il s'engueule autant si elle n'était pas garou ?"

"Tu veux dire qu'il est avec elle pour me faire plaisir !", questionne Papa - peu aimablement, reconnaissons-le

"Non, mais qu'il se sent obligé d'aller jusqu'au bout de la possibilité", j'essaie d'expliciter un truc que je ressens et ce n'est pas facile. " A part avec Aurore, Harry ne s'est pas trop accroché aux filles avec qui il est sorti ; il y en a pleins que vous ne connaissez pas et j'imagine qu'il y en a d'autres qu'il n'a pas pris la peine de me présenter. Alors Ada,..."

"Ne sois pas trop rapide à juger leur couple, Cyrus, il y a des tas de façons de vivre à deux... Tu disposes des souvenirs nécessaires pour savoir que les lycanthropes ont besoin d'être plus rassurés que les autres dans leurs relations...", propose Papa, un peu tendu mais pas glacial.

"Ça, je crois que Harry le sait", j'admets avec empressement. "Je l'ai vu faire des efforts, relativement démentiels pour qui le connaît, pour la convaincre de venir te voir hier. Je répète, le Harry que je connais ne fait pas tant de concessions que cela, surtout pas avec les filles..."

"Il est peut-être plus amoureux d'elle", essaie Mae.

"..ou ses efforts se nourrissent d'autres motivations", j'insiste. "Il veut avoir relevé le défi ; on l'a élevé pour ça..."

Papa blêmit en entendant ça.

".. ce n'est pas un reproche, c'est juste pour dire que, selon moi, Brunissande aurait eu de vraies chances avec Harry si ce dernier ne se sentait aussi concerné par sa mission 'lycanthropique'..."

Mae a un petit sourire fugace qui me fait penser que je ne suis pas si loin de ce qu'elle pense, elle-aussi. Papa soupire et je décide que je dois aller plus loin :

"C'est surtout pas à toi de faire quoi que ce soit, Papa", je conclus donc.

"Non ?", il demande avec une surprise amusée.

"Non", je confirme en lui offrant un sourire d'excuse. "Surtout pas à toi."

"Je crois qu'on ferait mieux de laisser Harry et ses embrassades ou ses missions", avance alors Ginny, les joues à peine rosées. "Il nous dirait avec raison que ça ne nous regarde pas du tout... Moi, j'aimerais, Remus, que tu nous dises ce que tu penses de la proposition de Girasis", elle termine avec sa franchise et sa délicatesse.

"Pas grand-chose", commence Papa en acceptant avec soulagement le changement de conversation. "Girasis m'a toujours ouvertement méprisé, encore qu'on en soit venu à une sorte d'armistice tacite..."

"Elle te trouve trop terre à terre", je lui confirme. "Elle me l'a redit ce matin".

"Et bien sûr, je ne saurais totalement écarter qu'elle essaie de me toucher à travers toi", continue Papa. "Sauf que son opposition envers moi s'est jusqu'ici fondée sur l'orientation de mes travaux ou de mes enseignements, et non réellement sur ma personne... Or sa proposition est une proposition pour faire découvrir - ou redécouvrir- une branche de la magie et les travaux des Taluti, ça ne cadre pas tellement avec une attaque personnelle déguisée", il raisonne à haute voix.

"Je dirais même qu'elle sous-entendait que nous... que je disposais sans doute à travers toi de ressources utiles pour le faire", je concours.

"Est-ce qu'elle ne pourrait pas savoir pour Harry et Ada ?", questionne Mae à la cantonade. Et sa supposition glace Ginny à mes côtés.

"Il ne faut pas exagérer", estime Papa. "L'information commence à être connue dans des milieux lycanthropes très ouverts - autant dire par une poignée de personnes..."

"Et très peu d'amis de Girasis", je rajoute, vaguement rasséréné par l'orientation de la discussion.

"Pourtant si elle a eu une correspondance avec le père d'Ada, elle peut connaître d'autres Italiens, et l'information peut lui être venue comme ça", remarque Ginny.

"C'est dommage qu'on ne soit pas de la même génération", soupire Papa. "Je n'ai vraiment aucune bonne connexion avec elle..."

"Et Albus ?", questionne Mae.

"Il faut évidemment lui demander", répond Papa en me regardant.

Je mets quelques secondes à comprendre qu'il me demande l'autorisation d'effectuer cette démarche et à opiner :

"Franchement, à ce stade, l'avis de tout le monde m'intéresse", je commente très humblement. "D'ailleurs, pour ne rien vous cacher, je comptais appeler Aesthelia d'ici pour en parler avec elle."

"Je me disais aussi que tu n'avais pas fait tout ce chemin juste pour qu'on te félicite de tes résultats", se moque Mae. Faut dire que je leur ai tout de suite annoncés l'épine qui se cachait selon moi dans les roses, sans leur laisse trop le temps ni de commenter mes résultats, ni le délai que je me suis octroyé pour les leur annoncer.

"On peut aussi me féliciter", je réponds en riant pour cacher ma gêne.

"On y comptait bien" annonce Papa en ouvrant son bar.

oooo

Même après le verre de cherry offert par Papa, il est encore assez tôt pour appeler Aesthelia. Je m'agenouille devant la cheminée avec une certaine nervosité - c'est généralement toujours le cas avant que je la revoie ou que je lui reparle : l'idée de me retrouver face à elle, qui a aimé si sincèrement Sirius, m'intimide malgré ses efforts patents pour me traiter comme un être indépendant de ses souvenirs. Je suppose que Sirius garde comme regret de ne pas l'avoir retrouvée et que ce regret fonde ma nervosité. Mais le penser n'empêche pas le processus.

"Aesthelia", je la salue avec mon sourire le plus courageux.

"Ah, Cyrus !", elle lâche avec un mélange de surprise et de bonne humeur. "C'est fini ces examens ?"

"J'ai eu les résultats aujourd'hui", je reconnais avec une certaine fierté.

"Tu arrives quand ?"

"Tu n'envisages pas que je me sois planté ?", je remarque en riant de bon coeur mais aussi étrangement content de sa confiance.

"Non", elle affirme avec cette autorité dont la nature l'a dotée. "Mais si je me trompe, je vais t'en vouloir horriblement !"

Bon, aux battements subis de mon coeur, j'ai peut-être été trop vite à dire que j'avais surmonté mon appréhension de son jugement.
"Tu ne te trompes pas", je me dépêche de confirmer, "mais..."

"Mais quoi, Cyrus ?", elle me coupe immédiatement. "J'ai remué ciel et terre pour monter ce programme de recherches ; trouver des financements, recruter d'autres stagiaires, dégager du temps sur mes propres travaux... et, tiens, monsieur Cyrus Lupin a soudain mieux à faire que de venir réaliser les recherches dont il me parle depuis deux ans ?"

"Aesthelia...", j'essaie assez misérablement.

"J'ai besoin de toi ici - on n'a que six mois et beaucoup de travail à accomplir", elle continue.

"Je sais - c'est juste que Girasis me propose d'écrire un livre avec elle", j'essaie d'argumenter.

"Girasis ? Tu me planterais là pour aller bosser avec Girasis ? Depuis quand tu lui adresses même la parole ?", explose Aesthelia entre trahison et surprise.

"Depuis que je suis major en symbolique ", je place l'information en ayant l'impression que c'est ma dernière carte.

"Magnifique", elle commente en ayant l'air de dire que c'était le moins que je pouvais faire. "Et sur quoi ce livre ?"

"Sur les magies de lune - elle a travaillé dessus il y a vingt ans avec un Italien; je ne sais pas si tu as jamais entendu parler de Cosmo Taluti...", j'essaie de développer.

"Vingt ans ?", relève Aesthelia sans d'intérêt manifeste pour le reste.

"Elle attendait de trouver la bonne personne", je raconte en n'aimant pas trop répéter les arguments flatteurs de Girasis mais sans trouver d'autres moyens. "Elle pense que je suis suffisamment iconoclaste et connecté pour.."

"Cyrus, si ces travaux ont vingt ans, ils peuvent attendre six mois voire une bonne année !", elle me coupe de nouveau. "Finir ta thèse me paraît autrement plus important pour la suite de ta carrière et pour ta construction intellectuelle ! Maninder a dû te le dire..."

"Maninder n'ose pas dire non à Girasis", je me rends compte.

"Je vais l'appeler, moi, Avinesh", elle lance toujours aussi remontée de l'autre côté de l'Atlantique.

"J'ai besoin de quelques jours quand même", je me rends avec un certain soulagement.

"Dans cinq jours, nous partons assister au rituel de printemps avec Bethany", elle m'annonce

"Dans trois jours, on est là", je décide un peu légèrement, sans doute.

"Bien", elle approuve avec un hochement de tête presque timide maintenant qu'elle a gagné la partie.

Je promets de la tenir au courant des détails de notre arrivée et je coupe l'appel. Le bureau de mon père ne m'a jamais paru aussi silencieux.

"Et alors, tu vas faire quoi ?", lance Ginny dans mon dos. Je l'ai entendue pouffer une ou deux fois pendant le court échange.

"Mes valises", je réponds en me retournant vers elle. "Nos valises", je corrige en lui prenant la main - ai-je déjà plus mal traitée Ginny qu'en ce moment ?

"Tu vas me demander un truc", elle comprend.

"Je retourne voir Harry demain, je ne vois pas d'autre façon de faire le tour de la question", je reconnais. "Je parlerai aussi à Tiziano et Brunissande, et on verra bien si quelqu'un est intéressé..."

"Mais on part ?" elle insiste.

"Quoi qu'il arrive", je promets.

oooo

Bon, je vous entends déjà râler que je prends mon temps pour amener Cyrus à Venise, pour l'envoyer au Brésil ou pour donner la clé des statuettes... pourtant faire le point sur l'affaire Girasis me paraissait un préalable incontournable. Et puis maintenant qu'il s'est engagé, il ne reste que trois jours avant le départ - je ne vais pas pouvoir écrire dix chapitres sur trois jours !

Le suivant voit Harry se coltiner avec pas mal de monde... ça s'appelle Des coopérations arrachées