Chapitre légèrement plus long, peut-être pour compenser mon retard… ne m'en voulez pas
Ce chapitre fait autant de mal que de bien (peut-être un peu plus de mal que de bien, je crois) mais Dean explose
Je ne vous dis pas que les choses vont s'arranger (c'est un peu faux) juste qu'il y aura des hauts et des bas (on n'a pas fini)
Merci encore énormément
Bisous
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Le soleil est encore très loin d'être levé lorsque Dean rouvre les yeux le lendemain. Il reste d'abord immobile, le bras de Castiel toujours enroulé autour de sa taille, toute la chaleur de son corps irradiant dans son dos.
Et Dean ne sait pas vraiment pourquoi mais il étouffe. Il l'attrape délicatement par le poignet pour se dégager. Castiel pousse un soupir en se retournant plusieurs fois, les yeux fermés, il tâtonne la place vide à côté de lui. "Dean?" un peu rauque.
"C'est rien," en effleurant sa main. "Rendors-toi."
"Où est-ce que tu vas?" sans réussir à réellement émerger.
"Je reviens," répond Dean. "Rendors-toi."
"D'accord," en s'enroulant dans la couverture.
Dean sort de la chambre, le pas le plus silencieux possible pour ne pas le réveiller. Il laisse la porte à peine entrouverte.
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"Tu es là depuis longtemps?" quelques heures plus tard.
"Oui," simplement.
Assis en tailleur sur le canapé, Dean relève la tête. "Je n'arrivais plus à dormir," ajoute-t-il, en remontant la couverture qui glisse sur son épaule. "Il y a du café, si tu veux."
"Tu vas bien?"
"Je sais pas trop," les mains serrées autour d'une tasse de café qu'il n'a pas vraiment touchée.
"Tu as mangé quelque chose?" en s'approchant.
"Non."
"Et ce café?" avec un petit geste vers la tasse.
"Il est froid," en haussant les épaules. "Et si Charlie ne veut plus jamais m'adresser la parole?"
"Tu n'as même pas essayé," en secouant la tête. "Tu ne peux pas le savoir. Elle est en colère, mais ça va passer."
"Elle n'a pas appelé."
"Toi non plus."
"Je ne saurais pas quoi dire."
"Peut-être qu'elle ne sait pas non plus."
Dean soupire. Il détourne les yeux et tombe sur les papiers étalés sur la table basse. "Je vais signer," lâche-t-il.
"Tu n'es pas obligé de-"
"Non, je veux dire… je vais signer. Maintenant."
"Tu es sûr?" le ton très neutre. "C'est ce que tu veux?"
"Bien sûr que c'est ce que je veux," en se penchant pour attraper un stylo. "Et c'est ce qu'Amy veut aussi. C'est ce que j'aurais dû faire il y a longtemps."
Il repose sa tasse, ramène les papiers vers lui, alignant les documents les uns avec les autres pour apposer sa signature en bas de chacune des pages. Et puis, étrangement, c'est facile. Pas douloureux, comme il s'y attendait. Une légère culpabilité l'envahit, il regrette presque de ne pas souffrir à l'idée de dire adieu à cette longue, peut-être trop longue partie de sa vie.
Tout doucement, il se retourne. "Tu sais," en croisant le regard de Castiel. "Amy m'a vraiment sauvé la vie."
"Je sais," simplement.
"J'ai vraiment tout fait de travers," en baissant les yeux. "Si j'avais eu le courage de lui parler, si je… si j'avais pu lui parler de toi, elle aurait tout compris. Peut-être qu'on savait déjà que ça ne durerait pas, mais j'ai tellement, tellement prié pour tomber amoureux d'elle. Je n'ai jamais mentionné ton nom, j'ai fait comme si tu n'avais pas existé, comme si tu n'existais pas chaque jour de ma vie, et je… c'est à moi-même que j'ai le plus menti. Je me suis menti jusqu'à me convaincre qu'Amélia pouvait me suffire."
"Tu as essayé de te reconstruire avec elle," en ramenant un genou contre son torse. "Tu as eu besoin d'elle. Tu as peut-être encore besoin d'elle, maintenant."
"Mais elle, elle n'avait pas besoin de quelqu'un comme moi dans sa vie," en se mordant la lèvre. "Elle n'avait pas besoin de tomber sur moi et d'être la bouée de sauvetage qu'il me fallait pour survivre. Amy est une bonne personne, tu sais, elle est vraiment géniale, et elle… elle n'a jamais mérité tout ça. Toi non plus, tu ne… tu n'as pas mérité de tomber sur moi, tu-"
"Dean," en le coupant. "S'il te plaît, non. Ce n'est pas comme ça comme ça que ça marche. Je suis tombé sur toi et je voudrais juste que tu arrêtes de penser constamment que je le regrette."
"Tu ne regrettes pas?"
"Non," en secouant la tête.
"Tu dis ça parce que tu-"
"Dean," encore une fois. "Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu te taises?"
"Mais-"
Légèrement exaspéré, Castiel pose ses lèvres sur les siennes, le coupant dans son élan. "Arrête," dans un souffle.
Dean lâche les papiers qu'il a dans les mains puis attrape doucement son visage, poussant le baiser plus loin. Il s'arrête une seconde mais ne recule pas, comme pour lui laisser l'occasion d'y mettre fin. Castiel ne le fait pas. Il glisse sa langue dans sa bouche en le repoussant très doucement contre le canapé, très doucement mais juste assez pour que Dean s'allonge et le laisse se placer entre ses jambes.
Castiel l'embrasse longtemps, longtemps sans reprendre son souffle. "Tu sais," en ne s'écartant qu'à peine. "Tu sais que tu es dangereux…"
"Moi?"
"Oui, toi," en appui sur un coude, l'autre main sur son visage et le bout des doigts tout contre sa tempe. "Je suis trop en colère contre toi et pourtant. Tu peux me faire faire n'importe quoi."
"Qu'est-ce que ça veut dire, n'importe quoi?" le souffle court.
"Tu crois réellement que je maîtrise quelque chose?"
"C'est toi qui domines," en fronçant les sourcils. "Tu ne crois pas que ça veut dire que tu-"
"Non," en secouant la tête. "Ça veut dire que je fais attention à toi plus qu'à n'importe quoi d'autre. Je ne pense qu'à toi, Dean."
"Est-ce que c'est un reproche?" sans comprendre. "Est-ce que ça ne te plaît pas et peut-être que tu veux qu'on change quelque chose, et-"
"Je n'ai pas dit ça," l'interrompt Castiel. "C'est juste… tu sais, tout ce que tu me donnes quand tu acceptes que je domine, tu me donnes… tellement. Pourquoi tu ne peux pas me donner autant en dehors de ces moments-là?"
"Je sais que je ne te donne pas assez," en détournant les yeux.
"Ne fuis pas," en l'attrapant par le menton. "Réponds-moi. Si tu sais que tu ne me donnes pas assez, pourquoi?"
"T'es allongé sur moi, Cas. Je ne suis pas en train de te fuir."
"Oh, arrête," un peu sec. "Tu fais ça depuis toujours. Tout ce que tu donnes, c'est sexuel. Même ta confiance. Tu te donnes, ton corps et ce que tu peux faire avec, mais rien du reste."
"Répète ça," en écartant sa main. "T'es en train de dire que je suis-"
"Je suis en train de dire que ce sont les seuls moments pendant lesquels tu te laisses aller à être entier," en choisissant soigneusement ses mots. "Tu te détaches le reste du temps, tu le passes à fuir et à te cacher."
"Tout ce que je donne, c'est sexuel?" en posant les deux mains à plat sur son torse.
"Ne le prends pas comme ça," en cherchant son regard.
"Recule," en le repoussant franchement. "S'il te plaît, recule."
Castiel obtempère immédiatement, relâchant son menton pour s'écarter et se rasseoir sur le canapé. "Je ne voulais pas dire que tu-"
"Tout ce que je donne, c'est sexuel?" en reculant contre l'accoudoir. "Et rien… rien du reste? C'est vraiment ce que tu ressens, Cas?"
"Tu ne te rends pas compte à quel point tu es fermé," en secouant doucement la tête. "Ce que j'essaie de te dire, c'est que ce sont les seuls moments où tu n'as pas l'air totalement inaccessible. Le reste du temps, tu te caches derrière tout ce que tu peux. Tes sourires… je sais qu'ils sont faux. Tu souris trop, tu ris beaucoup et tu t'énerves souvent parce que tu ne veux pas le montrer quand tu-"
"Mais ce que tu viens de dire, c'est que je-"
"Ce que je viens de dire, c'est que le sexe entre nous est meilleur parce que tu me donnes tout de toi, tout ce que tu ne veux pas montrer le reste du temps."
"Parce que ce sont les seuls moments où je suis en sécurité," la voix un peu cassée. "Avec toi."
"Avec moi?" répète Castiel. "Alors pourquoi tu ne-"
"Pourquoi est-ce que tu tiens tant à essayer de comprendre?"
"Pourquoi est-ce que tu tiens tant à ce que personne ne puisse te comprendre?"
"C'est pas ça," en détournant les yeux.
"Si, c'est ça," décidé à ne pas lâcher l'affaire. "C'est exactement ça. Tu as peur d'avoir l'air vulnérable, et tu fais tout ce que tu peux pour qu-"
Dean se lève, simplement, il se lève. "Je ne veux pas avoir cette conversation," en s'éloignant vers la cuisine, sa tasse à la main.
"Et tu peux oser dire que tu te sens en sécurité avec moi?" en pivotant dans sa direction, toujours assis dans le canapé.
"Je ne le suis pas?"
"Si," en soufflant d'impatience. "Tu l'es tout le temps, et pourtant tu restes renfermé sur toi-même."
"Je suis juste comme ça, Cas," en plaçant sa tasse dans le micro-ondes.
"Tu as l'intention de me prendre pour un imbécile encore longtemps?"
"Je ne te prends pas pour un imbécile," le bas du dos calé contre l'évier.
"Et tu ne crois pas que quelque chose cloche, Dean?" en se levant pour le rejoindre. "Tu ne crois pas que tout ce que tu ressens, cette impression de ne jamais te sentir bien, jamais en sécurité… tu ne crois pas qu'il y a un problème?"
Le micro-ondes sonne, Dean sort sa tasse et la porte à ses lèvres. Le café est trop amer mais il se force quand même à en prendre plusieurs longues gorgées, un peu pour se donner le temps de trouver quoi dire. "S'il y a un problème," finit-il pas répondre. "S'il y a un problème, c'est le mien."
"Ça ne marche pas comme ça quand on est deux," exaspéré de se heurter au même mur, à chaque fois. "Tu n'es pas… tu sais que tu n'es pas censé faire comme si tout allait bien? Tout ne va pas bien, Dean, c'est même tout le contraire, et-"
"Je sais que tout ne va pas bien. Je sais."
"Alors pourquoi tu-"
"C'est plus facile," en reposant sa tasse, un peu brusquement. "C'est tout."
"C'est plus facile de faire semblant plutôt que d'admettre que tu as besoin d'aide?" une main sur le rebord de l'évier, très ou trop proche de lui. "Tu préfères être buté comme ça? Fermé?"
"Oui," en redressant le menton pour le regarder dans les yeux. "J'ai déjà pleuré, hier. J'ai eu le temps de souffrir. Ça va aller."
"Dean…"
Celui-ci lui adresse un demi-sourire sans joie, le genre de sourire qui vibre du contraire, puis passe ses bras autour de son cou pour le serrer brièvement dans ses bras. "Ça va aller," dans un murmure, tout près de son oreille.
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Lorsqu'ils sortent de l'ascenseur, Dean ne voudrait rien d'autre que faire demi-tour. Son estomac se retourne, l'angoisse lui remonte dans la gorge mais comme trop souvent, il se débrouille pour qu'on ne puisse pas la lire sur son visage.
Castiel marche à côté de lui, son bras tout près du sien, il essaie plusieurs fois de prendre sa main mais Dean refuse.
"Dans mon bureau," alors qu'ils posent à peine le pied en dehors du couloir.
Debout dans l'encadrement de la porte, Charlie fait un léger signe de tête vers l'intérieur de son bureau. "Tous les deux," ajoute-t-elle, sans le moindre regard pour Dean.
Ils suivent mouvement et entrent à sa suite. Dean s'arrête. "Sammy?" en croisant le regard de son frère, en appui contre le mur près des étagères. "Qu'est-ce que tu fais là? Tu n'es pas impliqué, et-"
"Tu décides qu'il n'est pas impliqué?" intervient Charlie, assise sur le rebord de son bureau. "Comme tu crois décider de tout, tout le temps. Comme tu décides de désobéir à un ordre pourtant très clair et de nous mettre tous dans une situation qui ne-"
"Sammy n'est pas-"
"Tais-toi," sèchement. "Tu ne parles pas quand je parle. Tu la fermes et tu écoutes, pour une seule fois dans ta vie."
"Sam n'a rien fait, et je ne veux pas qu'il soit impliqué," en l'ignorant. "Je-"
"Je viens de te dire de la fermer," un ton plus haut. "Tu sais qui est la seule personne qui devrait être impliquée dans tes conneries? Toi. Dean, c'est toi. Mais évidemment, tu n'as pas réfléchi aux conséquences de tes actes, et tu nous mets tous dans une situation vraiment merdique."
Dean marmonne un moment dans son coin, mais se force à ne pas répliquer, conscient qu'il n'est pas en position de le faire malgré l'envie très pesante. Il se concentre pour rester calme et silencieux, le regard pourtant rivé au sien.
"Je ne peux pas croire que tu es stupide au point de penser que ce que tu as fait n'engage que toi," reprend Charlie, les bras croisés sur sa poitrine. "Mais c'est vrai que maintenant, je ne suis plus sûre de rien à ton sujet. Ce que tu as fait hier, c'est passer au-dessus de toutes les lois qui sont censées faire de toi un flic, nous mettre tous en danger en plus de risquer ta vie. Et si rien n'avait fonctionné comme tu l'avais prévu? Et si Roman avait compris ton manège?"
"Il n'a pas compris," en secouant la tête. "Je l'ai eu, et c'est-"
"Ne joue pas à ça," les poings serrés. "Tu as ignoré mes ordres pour foncer tête baissée dans une mission suicide. Je cherche, je cherche vraiment à comprendre comment tu peux être à ce point dépourvu de bon sens, je cherche mais crois-moi, je vais chercher encore longtemps. Le résultat, c'est qu'on a menti pour te protéger. On a falsifié des preuves et des rapports, et c'est loin de ne concerner que toi."
"Je n'ai jamais demandé à ce que-"
"Arrête de me chercher, Dean," haussant encore davantage le ton.
"Je ne te cherche pas," obstiné. "Vous auriez dû me laisser assumer."
"Tu crois qu'on peut te laisser te retrouver en taule, imbécile?"
Dean ne répond pas, les bras croisés. Il garde le regard braqué dans le sien, ignorant ce qui pèse autour de lui. Castiel et Sam restent silencieux et n'interviennent pas.
"Tu crois que tu peux assumer les conséquences de tes actes?" demande Charlie. "Moi, je ne crois pas. Je crois tout le contraire. Alors ce qui se passe, maintenant, c'est que cette affaire passe au-dessus de moi. Sam a déjà fait une déposition, c'est au tour de Castiel. Tu reviendras dans deux jours pour-"
"Pourquoi dans deux jours?"
"Parce que tu es suspendu jusqu'à nouvel ordre," simplement.
Le cœur de Dean rate un battement. "Quoi?" sans se retourner quand il sent le regard de Castiel brûler sa joue.
"A quoi est-ce que tu t'attendais?" rétorque Charlie. "Tu croyais qu'encore une fois, ça passerait? Tu ne fais pas ce que tu veux. Je n'ai pas le choix, mais tu sais, même si je pouvais décider, ça ne passerait pas."
"Tu ne peux pas me faire ça," en serrant les dents. "S'il te plaît, Charlie… je-"
"Non," en secouant la tête. "Non, Dean. Tu l'as cherché, et je ne te fais plus confiance."
"Tu ne peux pas me faire ça," encore une fois. "Je t'en supplie. Tu es ma meilleure amie, et-"
"Ton amie?" amère. "Non, ça aussi… c'est terminé. Tu as dépassé les bornes, je crois que tu le sais, on le sait tous les deux."
"Alors quoi, c'est tout?"
"Qu'est-ce que tu veux que je dise de plus?"
"Qu'est-ce que toi, tu veux que je dise?" souffle Dean. "Je suis vraiment désolé."
"Et c'est trop tard pour être désolé," impassible. "Tu vois… si je te dis que moi, je suis désolée de ce qui t'est arrivé, qu'est-ce que ça change? Je suis désolée de comprendre sans que tu aies besoin de le dire. Ça ne change rien à rien. Rien à ce que tu as fait. Si seulement tu avais demandé de l'aide, si seulement… mais non, il faut que tu restes borné."
"Je ne suis pas borné, c'est juste que-"
"Si," en le coupant. "Tu ne fais que ça, rester buté et ne rien écouter. Tu as choisi de n'en faire qu'à ta tête, tu ne vas pas assumer comme tu aurais dû le faire si j'avais été moins stupide et moins attachée à toi, mais tu es suspendu. Je veux ton badge et ton arme de service, et tu sors d'ici. Tu n'as plus rien à faire là."
"Charlie, s'il te plaît," en se mordant l'intérieur de la joue. "Ne me fais pas ça."
"Je vais perdre patience," en soupirant longuement.
Dean ravale sa salive, déchiré entre une énième envie de pleurer et la colère de se sentir impuissant. Il prend une grande inspiration en passant une main dans son dos, récupérant l'arme à sa ceinture, puis son badge dans la poche intérieure de sa veste. Il les lui tend, le regard à la fois fuyant et insistant. "S'il te plaît," répète-t-il. "Charlie, je suis-"
"Sors d'ici," en lui indiquant la porte du menton.
"D'accord," en fermant brièvement les yeux. "D'accord."
Il finit par se retourner, Charlie secoue la tête en détournant le regard mais ne le retient pas.
"Tu vas réellement faire ça?" demande Castiel, une fois Dean sorti.
"Ne prends pas sa défense," sans le regarder. "Il ne mérite plus qu'on essaie de lui trouver des excuses."
"Tu ne crois même pas à ce que tu dis," avec un soupir. "Tu es intelligente. Et quand tu dis que tu as compris, c'est que tu as vraiment tout compris, tu sais… tu sais ce qui s'est passé."
"Ça ne change rien."
"Si," en accrochant son regard quand elle pivote dans sa direction. "Ça change tout, et je suis sûr que ça te coûte énormément de le repousser comme tu viens de le faire, peu importe à quel point tu es en colère. Je sais. Je ressens la même chose. Il a assez mal, Charlie."
"C'est une excuse? Ça excuse ce qu'il a fait?"
"Non, mais-"
"Oh," intervient Sam, en se décollant du mur, les yeux braqués vers le couloir.
Les stores sont ouverts, et la fenêtre du bureau de Charlie donne sur les portes de l'ascenseur lorsque celles-ci s'ouvrent sur John. Castiel gronde, les dents serrées. "Manquait plus que ça," avec un pas en avant.
"Attends," en le retenant par le bras. "Attends."
Sam ne le lâche pas, tout en regardant son frère s'arrêter à hauteur de John.
"Sam," en essayant de se dégager.
"Attends, je te dis," en lui jetant un coup d'œil.
"Je ne vais pas attendre que Dean-"
"Je crois que c'est son moment," coupe Sam. "Laisse Dean se débrouiller. Il sait que tout est sa faute, et c'est le moment pour lui de s'énerver. Laisse-le se débrouiller."
"C'est son moment?"
"Oui."
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"Qu'est-ce que tu fais là?" en s'arrêtant.
John hausse un sourcil, vraiment surpris par le manque de chaleur dans le ton de sa voix. "C'est le seul endroit où j'étais sûr de te trouver," répond-il. "Qu'est-ce qui ne va pas?"
"On se demande ce qui va," en secouant la tête. "Tu tombes juste très mal."
Il fait volte-face et se dirige vers son propre bureau dans l'idée d'y récupérer quelques affaires, il fait quelques pas puis se retourne, les poings serrés, lorsque John pose une main sur son épaule pour l'arrêter.
"Arrête," en se retournant brusquement, presque sur le seuil. "Je ne sais pas ce que tu veux, mais tu n'es pas censé être là. Tu tombes mal."
"Qu'est-ce qui ne va pas?" encore une fois.
Dean se sent sur le point de craquer, la colère le ronge, plus vive de l'avoir en face de lui, son père et son éternel air moitié suffisant, moitié impassible. Et toute sa vie s'effondre et Dean sait que John est responsable. Qu'il l'a idéalisé trop longtemps et pardonné tellement de fois.
"Dean," légèrement plus autoritaire.
"Tu veux savoir ce qui ne va pas?" en dégageant son épaule. "Je suis suspendu, et là aussi, tu veux savoir pourquoi? Parce que je suis stupide au point d'avoir eu confiance en toi. La fin justifie les moyens… ça, c'est une connerie. Tout ce que tu m'as fait faire, c'était pas bien, c'était pas juste et c'était-"
"Tu as fait ça?" l'air vaguement étonné. "Tu as-"
"J'ai utilisé les autres dons que la nature m'a donné," un ton plus haut, parce que ce n'est plus un secret et parce que Dean s'en fiche. "C'est bien ce que tu as dit, l'autre jour?"
Sans attendre de réponse, Dean entre et passe derrière le bureau. "Je n'aurais jamais dû écouter, je n'aurais… j'ai juste eu tellement, tellement tort," en ouvrant le premier tiroir, glissant le Beretta à l'arrière de sa ceinture. "Et j'ai menti pour toi. Toutes ces fois où tu dépassais les bornes, j'ai menti pour te couvrir. Quel con. Je suis vraiment con."
"Tu as menti parce que c'était ce que tu devais faire, Dean," appuyé au chambranle.
"Non," sans relever les yeux.
"Tu crois?" doucement. "Moi, ce que je crois, c'est que tu devrais prendre une seconde pour te calmer, et-"
"Me calmer?" avec un rire nerveux. "Tu veux que je me calme?"
"Je veux que tu te calmes."
"C'est ça," sarcastique. "C'est ça, je vais me calmer."
"Tu agis comme quand tu avais seize ans," en roulant des yeux. "Comme un gamin impulsif et colérique."
"C'est ça," en rassemblant une pile de dossier. "J'avais seize ans et j'étais influençable, hein? Sammy a raison. Tu en as juste profité. Et Cas… Cas a compris ça tout de suite, tu sais, il voit ce que je ne veux pas regarder."
"Tu devrais peut-être te poser les bonnes questions, et te demander ce que Castiel veut vraiment de toi."
"Qu'est-ce que ça signifie?" les sourcils froncés.
"A toi de me le dire, Dean," plus doux.
"Et toi?" en se redressant. "Qu'est-ce que tu as toujours voulu de moi? Est-ce qu'il a raison? Est-ce que c'était juste plus facile de te servir de moi?"
"Je ne me suis jamais servi de toi," répond simplement John, toujours si calme.
"Ça t'aide à dormir de le penser?" les yeux dans les siens. "La vérité, c'est que tu m'as utilisé et que tu te fiches de savoir quelles conséquences ça a pu avoir sur moi."
"Il y a des conséquences?" en penchant légèrement la tête. "Tu n'as pas l'air si affecté que ça, puisque tu as recommencé. Je croyais que la dernière fois t'avait servi de leçon."
Et à ce moment-là, ça, c'est ce qui achève de le briser. Ce qui reste de son monde et de ses illusions s'effondre, Dean craque et ses nerfs lâchent. "Quoi?" à peine audible. "Tu… quoi?"
Une nouvelle fois, John hausse un sourcil. Dean laisse sa pile de dossiers retomber lourdement sur le bureau. "Tu savais?" demande-t-il, la voix cassée par la douleur.
"Que tu avais couché avec lui? Oui."
"Je n'ai pas couché avec lui," avec un ou deux pas dans sa direction. "Je n'ai pas couché avec lui, il m'a violé."
"Oh, s'il te plaît," en levant les yeux au ciel. "Tu ne crois pas que tu l'as cherché? Tu ne crois pas que si tu avais été un peu plus prudent, tu n'aurais pas eu à regretter d'avoir couché avec-"
"Je n'ai pas couché avec lui," le ton si haut dans le silence de l'étage.
"Redescend un peu sur terre, Dean."
"Tu étais censé me protéger," des larmes de rage plein les yeux. "Que tu te serves de moi, c'est une chose, mais ça? Est-ce que tu savais qu'il savait? Est-ce que tu-"
"Je savais qu'il y avait un risque non-négligeable pour que ça arrive."
"Et tu as juste laissé faire?"
"C'était ton rôle," en croisant les bras.
Ses mots sont si calmes et pourtant si violents. Prononcés avec tellement d'assurance que Dean y croirait presque. Seulement, il ne veut plus y croire, il ne veut plus ne rien voir ni sentir l'influence que John exerce si facilement sur lui.
"C'était mon rôle?" répète-t-il. "C'était… mais est-ce que tu entends ce que tu dis? Est-ce que tu as une idée de l'enfer que j'ai vécu après ça? Non, non, bien sûr que tu ne sais pas puisque tu t'es retrouvé au chaud dans une cellule et c'était facile pour toi. Tout est plus facile quand tu ne penses qu'à toi et peu importe si tu me détruis, du moment que tu arrives à tes fins. Bien sûr que tu ne sais pas puisque je ne compte pas."
"Tu n'as pas l'impression d'exagérer?" en soufflant d'exaspération. "Tu ne crois pas que tu-"
"Non, non, non, tu la fermes," acerbe.
Il avance et le repousse violemment sur le côté pour sortir, mais John le retient par l'avant-bras, il serre au point de lui faire mal. "Qu'est-ce que tu crois que tu vas faire sans moi?" plus bas, les yeux dans les siens. "Regarde-toi. Regarde ce que tu étais quand je n'étais pas là. Tu as toujours eu besoin de moi, et ça ne changera jamais. Est-ce que tu sais pourquoi?"
"Lâche-moi," sans réussir à se dégager.
"Parce que t'es rien, Dean."
"Va te faire foutre," en serrant les dents.
"Tu crois?" avec un sourire. "Au fond de toi, tu le sais. J'ai toujours été là pour toi parce que tu ne sais pas vivre autrement."
"Je peux commencer à apprendre."
"C'est un peu tard, tu ne trouves pas?" sans le lâcher du regard, resserrant sa prise sur son avant-bras. "Ce qui s'est passé il y a sept ans, c'est une leçon. C'était censé te servir de leçon, mais visiblement tu ne retiens rien, puisque tu laisses encore n'importe qui poser les mains sur toi."
Dean ne sait pas d'où vient la force qu'il puise pour réussir à le repousser, d'où vient la haine qu'il ressent, il se dégage et recule de plusieurs pas. "Tu me détestes à ce point?" en reculant encore. "C'est vraiment comme ça que tu vois les choses? C'était une leçon et je l'ai mérité?"
"Oui, Dean, tu l'as mérité. Rien ne serait arrivé si tu n'avais pas eu cette tendance à te donner aux mauvaises personnes."
"On est encore là?" en retenant ses larmes de toutes ses forces. "Les hommes, c'est ça… c'est ton problème?"
"C'est pour toi que c'est un problème," en soupirant. "Tu as un problème."
"Arrête," en fermant les yeux, juste une seconde.
"Tu sais ce que ta mère penserait?"
Le choc est plus rude, Dean encaisse. Il secoue la tête. "Maman penserait que c'est-"
"Elle penserait la même chose que moi, et Dieu merci elle n'est plus là pour voir jusqu'où tu peux tomber," l'interrompt John. "Dieu merci."
"Qu'est-ce que tu viens de dire?" hors de lui.
La colère prend le dessus, plus intense qu'elle ne l'a jamais été, et Dean ne prend conscience de ses gestes qu'au moment où il sent le bout de ses doigts contre la crosse du Beretta.
John suit ses mouvements des yeux, un très fin sourire sur les lèvres. "Tu as l'intention de me tirer dessus, Dean?" vaguement amusé. "Tu es sûr de pouvoir faire ça? Tu ne bronches pas quand je lève la main sur toi, mais tu crois que tu pourrais me tirer dessus?"
Dean sait que ses mots ne visent à rien si ce n'est le provoquer, mais la rage l'aveugle trop pour qu'il puisse y penser. Il serre la crosse et s'avance, John ne bouge pas, pas le moins du monde préoccupé.
A un pas, Castiel l'attrape par la taille et le repousse en arrière, une main sur la sienne. "Ne fais pas ça," en peinant à le retenir.
"T'as entendu ce qu'il a dit, tu-"
"J'ai entendu," en le repoussant encore. "Arrête, Dean, s'il te plaît… tu réagis exactement comme il veut que tu réagisses. Tu fais ce qu'il veut."
Dean se débat, les yeux braqués sur son père et sur tout ce qu'il voit, maintenant. Tout ce qu'il comprend. "Maman n'aurait jamais pensé ça," au moment où Sam entre à la lisière de son champ de vision. "Elle te détesterait pour tout ça, je suis sûr que tu le sais, elle te détesterait."
Tout son corps vibre et pourtant, il se détend. "Elle n'a pas mérité ce que tu lui as fait, mais toi… je voudrais que tu sois mort à sa place," crache-t-il. "Je voudrais que tu sois mort."
Cette fois, John recule, surpris par la sincérité des mots qui sortent de sa bouche, surpris de lire sur son visage la haine qui remplace l'admiration.
Dean se dégage brutalement lorsque Castiel le relâche, il se dégage et se retourne. Ses pas résonnent dans le silence, une porte claque et Dean déteste ce son, il déteste ses mots et par-dessus tout, il déteste se sentir brusquement si libre.
