Créatrice de la saga Twilight : la fabuleuse Stephenie Meyer

Auteure de Wisp : la formidable Cris

Traductrice de la version française intitulée Brindille : Milk40

Merci énormément pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 53

Le lendemain, Edward rôda dans la maison, grincheux et migraineux de ne pas avoir dormi. Il ne voulait pas quitter Brindille pour quelque durée que ce soit, mais Rosalie vint dans l'après-midi, et insista pour avoir du temps 'entre filles'. Il réussit à ne pas la chasser de chez lui seulement parce qu'il lui restait un fond de politesse, et profita de son temps libre pour aller à la quincaillerie acheter de nouvelles serrures de meilleure qualité pour les portes avant et arrière du cottage.

Le Gardien Howell avait beau estimer que le meurtre était probablement un travail commis de l'intérieur, Edward ne voulait prendre aucun risque. Des fantasmes morbides et terrifiants avaient tourmenté sa nuit d'insomnie, des visions d'un homme tatoué sans visage s'introduisant furtivement dans la maisonnette au milieu de la nuit et s'emparant de Brindille dans sa chambre. Elle était si petite, si vulnérable. Si quelqu'un voulait vraiment la kidnapper, elle n'aurait aucune chance. Il regarda l'étalage de serrures dans la quincaillerie, ses yeux rendus vitreux par le manque de sommeil. Il n'en était foutrement pas question ; pas sous sa surveillance. Personne n'allait s'approcher d'elle.

Peut-être que quelqu'un la cherche, et peut-être que non, mais il ne s'agit certainement pas de sa famille. La voix de James résonna dans ses oreilles, seulement un souvenir maintenant que l'homme était mort, mais un souvenir sinistre quand même. De qui voulait-il parler ? Pourquoi quelqu'un pourrait-il être à sa recherche ? Où James l'avait-il trouvée, d'ailleurs ?

Les dents d'Edward lui faisaient mal à force de serrer la mâchoire trop fort et trop longtemps. Il n'obtiendrait jamais les réponses à ses questions maintenant. James était mort. Que sa mort ait eu pour but de le réduire au silence ou non, l'effet était le même de toute façon. À moins que Brindille ne se fasse amadouer au point de leur dire ce qu'elle savait, son passé était désormais perdu – peut-être pour toujours.

Tant que les gens de son passé ne resurgissaient pas, la situation convenait très bien à Edward. Mais puisqu'il n'y avait aucune garantie à ce sujet, il prit un nouvel ensemble de serrures avec un pêne dormant massif et volumineux. Impossible pour quelqu'un de s'introduire dans la maison sans difficultés avec ça.

Brindille le regarda installer les verrous avec ses grands yeux curieux, plus intéressée par ce qu'il faisait que par la lecture avec Rosalie.

« Tu seras en sécurité, » lui dit-il, tendant la main pour toucher sa joue chaude tout en rangeant ses outils. « En sécurité, Petite Brindille. » Il allait s'en assurer.

« Seulement si tu utilises effectivement les verrous. » Rosalie fit tourner le nouveau pêne. Il émit un clic satisfaisant alors que le verrou s'engageait.

« Je les utilise la nuit. Ça ne sert à rien durant la journée – crois-tu que quelqu'un va faire irruption à l'improviste en plein jour ? »

« Oui. »

« Je veux dire quelqu'un qui n'est pas censé le faire. » Edward ferma son coffre à outils. « Vas-tu rester ici ? Je veux aller à l'extérieur de la maison, juste pour vérifier que tout est nickel. »

Rose l'étudia pendant un long moment. « L'affaire James Newton t'a vraiment affecté, hein ? »

Edward refusa de répondre. Il n'avait pas envie de se lancer dans une discussion à ce sujet avec Rosalie quand son mari était celui qui portait des accusations dénuées de tout fondement. « Tu restes, oui ou non ? »

Elle croisa les bras sur sa poitrine. « Je pige, Cullen. Vraiment. Tu flippes à la pensée que quelqu'un a buté cet enculé alors qu'il était derrière les barreaux, et tu es furieux contre mon mari parce que ses supérieurs lui ont dit de t'interroger en tant que suspect. Je comprends. Mais ça ne sert à rien de ne pas dormir à cause de ça. Emmett s'est retiré de l'enquête, ce qui est une bonne chose pour deux raisons. Primo, il n'aura plus à t'embêter. Et secundo, il va pouvoir passer plus de temps à travailler sur le passé de Brindille. Tu devrais en être heureux. »

« Il aurait dû se récuser avant d'en arriver là. »

« Ouais, eh bien, personne n'a jamais dit de lui qu'il était la lumière la plus brillante du lot. Tu as grandi avec lui – tu devrais le savoir. Mais il est vraiment bouleversé à propos de tout ça. Il est désolé, et il pense que tu ne lui pardonneras jamais. Il a fait un nombre ridicule d'heures supplémentaires depuis que Brindille a été trouvée, à essayer de comprendre ce qui lui est arrivé, à essayer de te donner les réponses que tu veux. Ne peux-tu pas montrer un peu d'indulgence ? Après tout ce qu'il a fait, tu penses soudainement qu'il travaille contre toi parce qu'il n'a pas battu en retraite assez vite ? »

« Tout ce que j'ai demandé, » répliqua Edward les dents serrées, « c'est si tu allais rester ici afin que je puisse aller vérifier l'extérieur de la maison. Voilà. »

Rose expira bruyamment par le nez. « Très bien. Ne me parle pas. Mais vous vous comportez tous les deux comme des putains de gamins, et je ne vais pas endurer ça. »

« Personne ne te l'a demandé. Vois-tu quelqu'un ici qui t'implore de rester ? De continuer à venir nous rendre visite ? »

« Eh bien, quelqu'un est mal luné, et pas qu'un peu. » Rosalie attrapa son sac à main et se pencha pour embrasser Brindille. « Toi et Emmett avez intérêt à résoudre ce bordel au plus vite. »

Elle partit, fermant la porte derrière elle. Edward fit tourner le nouveau verrou en place, conscient du fait qu'il ne lui avait pas donné une nouvelle clé.

Il ne s'en désolait pas.

« Rose ? » Gémit Brindille, sa lèvre inférieure tremblant alors qu'elle fixait la porte fermée. « Lire ? » Elle ferma lentement le livre que Rosalie lui avait lu, le serrant contre sa frêle poitrine. Elle baissa les yeux et le visage, ses doigts caressant le livre alors qu'elle se blottissait sur le plancher, petite et abattue.

« Putain, je suis désolé, Petite Brindille. » Edward prit le livre et le déposa sur la table basse, puis il la prit dans ses bras. Elle glissa ses bras autour de lui, son contact la réconfortant, mais elle soupira doucement, même alors qu'il essayait de l'apaiser.

« Rose, » répéta-t-elle d'une petite voix découragée.

« Rose est en colère contre moi, ma Chérie, pas contre toi. » Edward lui frotta le dos avec son pouce. « Que pouvons-nous faire pour te changer les idées, hein ? » Il réfléchit un instant. « Aimerais-tu passer du temps dans le jacuzzi ? »

« Rose ? »

« Non. » Edward la serra plus étroitement, repoussant le soudain nœud de jalousie qui tordait ses entrailles parce qu'elle demandait Rosalie. Elle était simplement confuse, tenta-t-il de se dire. Elle ne savait pas pourquoi ils avaient échangé des paroles courroucées, ou pourquoi Rosalie était partie si subitement. Une fois qu'il serait capable de la distraire, elle irait bien. « Pas de Rose. À la place nous allons passer du temps dans le bain à remous, d'accord ? C'est bien mieux. »

« Rose, » geignit-elle. « S'il te plaît, Edward ? Rose. »

Edward ferma les yeux très fort pendant un long moment. Il détestait lui refuser quoi que ce soit, mais appeler Rosalie quand ils étaient tous les deux de mauvaise humeur n'était tout simplement pas une option. Elle élèverait le ton, il perdrait son sang froid, et c'était quelque chose que Brindille n'avait pas besoin de voir. « Bain à remous. Allez, je sais que c'est une de tes choses préférées. »

Brindille ne lutta pas contre lui alors qu'il la changeait pour lui mettre son maillot de bain, mais elle ne semblait pas enthousiaste non plus. Elle attendit tranquillement dans sa chambre pendant qu'il se changeait, puis elle tint leurs serviettes sur ses genoux tandis qu'il la portait dans les escaliers et la sortait dehors par l'arrière de la maison. La pluie tomba sur ses épaules et ses jambes nues et elle frissonna, se recroquevillant dans la chaleur de son corps, jusqu'à ce qu'il soit en mesure de les mener sous la nouvelle enceinte couverte où le jacuzzi les attendait.

« Voilà, » dit Edward, l'installant sur la marche qui montait jusqu'au bord du bain à remous. Il ouvrit le couvercle, libérant la vapeur et l'odeur de chlore. « Je sais que tu aimes jouer ici – ça te fera te sentir mieux, je le promets. » Pourvu qu'il se sente mieux lui aussi. À l'heure actuelle, il était épuisé mentalement et émotionnellement, et furieux à la fois contre Rosalie et son mari. Son esprit rationnel comprenait peut-être que tout ce gâchis n'était pas vraiment la faute d'Emmett, mais il n'écoutait pas son esprit rationnel en ce moment. Il était trop fâché, terrifié à l'idée qu'on l'emmène loin de Brindille. Elle avait besoin de lui. Qu'arriverait-il si la Police de Port Angeles décidait qu'il était un suspect sérieux ? Il n'avait rien fait, aussi ne s'inquiétait-il pas trop du résultat final de toute enquête. Il s'inquiétait plutôt de ce qui pourrait arriver dans l'intervalle. Que faire si Scott décidait que Brindille ne pouvait pas rester sous la garde de quelqu'un soupçonné de meurtre ? Ou si la Police de Port Angeles le coffrait pour une raison quelconque ? Qu'arriverait-il à Brindille dans ces circonstances ? Il n'était pas assez naïf pour présumer que l'État laisserait simplement Esmée et Carlisle prendre soin d'elle jusqu'à ce qu'il ait tiré les choses au clair. Le monde réel ne fonctionnait pas de cette façon-là.

Et il ne pouvait pas la perdre maintenant.

« Je promets, » murmura-t-il, trop bas pour que Brindille ne l'entende. « Je promets d'arranger les choses. »

« Rose ? »

Edward se frotta le visage avec ses mains. « Non. Pas de Rose. Regarde – veux-tu jouer à notre jeu du saut ? »

Mais Brindille ne voulait pas être distraite. Elle n'était pas un enfant en bas âge, elle avait la perception d'un adulte, et elle comprenait très bien ce qu'il essayait de faire. Elle s'assit tranquillement dans l'eau chaude, démoralisée, fixant les bulles qui circulaient autour de son corps et remontaient à la surface. Parfois elle levait une main, la vapeur s'élevant de sa peau rougie dans l'air froid de la fin de l'après-midi.

« J'aimerais tellement que tu ne boudes pas. » Edward replaça des mèches de cheveux humides derrière son oreille. Le mot sonnait faux alors même qu'il le disait. Elle était sincèrement malheureuse, pas morose juste pour le plaisir d'être morose. « Regarde, tu ne peux pas avoir Rose en ce moment ; ça ne peut tout simplement pas se produire. Mais si tu veux avoir de la compagnie féminine, je parie qu'Esmée ou Alice seraient heureuses de venir passer du temps avec toi. »

« Rose. » Elle ne donnait plus l'impression de croire que ses paroles feraient une quelconque différence.

« Beaucoup de gens pourraient avoir du mal à le croire, mais tu peux être vraiment têtue au sujet de certaines choses. » Edward abandonna, la reprenant dans ses bras et retournant dans la maison.

Esmée vint après le dîner et essaya de lui faire la lecture, mais Brindille reprit le livre de Rose et le rangea sur son étagère. « Rose, » dit-elle fermement, puis elle se pelotonna avec son chat.

Esmée saisit très bien la situation.

« Edward, que s'est-il passé aujourd'hui ? » Demanda-t-elle, l'entraînant dans le salon. « Pourquoi Brindille est-elle si contrariée ? »

« Rosalie était sur mon dos à propos d'Emmett et de toute cette affaire. Je lui ai dit qu'elle n'était pas obligée de rester dans les parages, alors elle est partie. »

« Il doit y avoir plus que ça. Elle ne laisserait pas Brindille en plan comme ça. »

« Ouais, eh bien, peut-être que nous ne connaissions ni l'un ni l'autre aussi bien que nous ne le pensions. »

« Ne dis pas ça. »

Edward tira sur ses cheveux. Il était vraiment fatigué de tout ce monde qui le soupçonnait d'être la cause des problèmes, qu'il s'agisse d'un homme mort dans la prison de Port Angeles ou d'une dispute avec la femme impulsive d'Emmett. « Que veux-tu de moi ? C'est elle qui a fichu le camp. »

« Mais ça n'a aucun sens. »

Edward tint sa langue. Argumenter avec Esmée n'aiderait en rien non plus.

Brindille poussa un énorme soupir depuis l'endroit où elle se trouvait sur le sol, sa poitrine et ses épaules s'affaissant profondément, une sorte de tristesse résignée s'installant autour d'elle comme un manteau.

Je suis désolé, lui dit-il silencieusement, sentant le regard de sa tante sur lui et l'évitant. Ceci était l'œuvre de Rosalie, et Rose était celle qui allait devoir tout régler.

Rosalie ne téléphona pas et ne passa pas au cottage le lendemain.

Le surlendemain était le jour où Edward avait rendez-vous avec Tanya.

Une partie de lui voulait appeler et annuler, mais Esmée, qui était venue pour veiller sur Brindille pendant qu'il allait à Seattle, refusa de le laisser faire marche arrière.

« Tu t'es engagé à la voir, » dit-elle, « et tu ne peux pas annuler simplement parce que Brindille est chagrinée. Que tu restes ici ne fera aucune différence, il est donc préférable que tu y ailles. Amuse-toi, si tu peux. »

C'est ainsi qu'Edward quitta les lieux, embrassant Brindille gentiment et lui promettant qu'il serait bientôt de retour – probablement le matin suivant, comme Seattle était à trois heures de route et que les traversiers ne circulaient pas tard dans la nuit. Il passerait la nuit dans son condo, peut-être qu'il dénicherait un cadeau pour Brindille en ville, puis il rentrerait à la maison, là où était sa place. Pas la mer à boire, tenta-t-il de se dire. Ça irait.

Brindille cuisinait avec Esmée et elle était assez concentrée sur ce qu'elle faisait pour le laisser s'en aller sans faire de scène. Edward fit promettre à sa tante de l'appeler s'il y avait quelque problème que ce soit, et il entreprit le long trajet jusqu'à Seattle en milieu d'après-midi.

Il n'avait pas vu Tanya depuis un bail, et une partie de lui se demandait à quel point elle pourrait avoir changé durant son séjour au Venezuela. Elle était allée 'se trouver', avait-elle dit. Edward avait entendu cette expression maintes fois, mais il n'était pas exactement sûr de savoir ce que cela signifiait, en particulier par rapport à Tanya. Elle avait toujours semblé si sûre d'elle. Si assurée. Pour la première fois, il commença à se demander combien de tout ça n'avait été que de la frime. Il se targuait normalement d'assez bien cerner le caractère des gens, et maintenant il en était réduit à se questionner sur la raison pour laquelle il n'avait pas perçu l'insécurité de Tanya avant, et ça ne lui plaisait pas. Savait-elle si bien jouer la comédie, ou n'était-il pas la personne lucide et perspicace qu'il avait toujours pensé être ?

Il stationna dans le parking de sa copropriété un peu après 18h. L'obscurité était déjà tombée sur la ville, la pluie chatoyant sur les bords de son pare-brise. Ouvrant la portière de sa Volvo, il prit une profonde respiration, par réflexe. Oui, c'était l'odeur dont il se souvenait – ville et embruns maritimes, pluie et béton humide. Son immeuble était juste à un pâté de maisons du front de mer, à la frontière entre le centre-ville et Belltown, et il avait choisi cet emplacement en raison du bruit et de l'effervescence de la ville dans cette zone, aux antipodes de Forks. Les rires et les pas dans la rue filtrèrent vers lui, et il se sentit ébaucher un petit sourire. Ça lui faisait du bien. Il se rappelait ce sentiment. Son pouls s'accéléra alors qu'il se sentait changer, permettant au rythme de la ville de l'envahir. Ce n'était peut-être pas sa maison comme l'était Forks, mais c'était quand même un endroit très familier. Un bon endroit. Un endroit dont il n'avait pas réalisé qu'il se languissait jusqu'à ce qu'il y revienne. À présent, de retour dans l'air marin saturé d'humidité qui soufflait du Puget Sound, il sentait un peu de la raideur dans ses épaules et son cou se dissiper. Personne ne pleurait pour avoir son attention. Personne ne l'accusait de meurtre. Ici, il pouvait se contenter… d'être.

Son appartement, lorsqu'il y pénétra, avait une odeur de renfermé et de moisi. Il payait un étudiant de l'Université de Washington pour vérifier les lieux de temps en temps. D'après les touffes de poil doré sur son divan et ses coussins et les traces boueuses sur le plancher, il semblait que le garçon avait amené un chien avec lui.

Peu importe. Tant qu'il nettoyait quand Edward lui dirait qu'il était officiellement de retour en ville.

Cette pensée l'arrêta dans son élan. Il alla se tenir devant les immenses fenêtres qui lui offraient une vue imprenable sur le Puget Sound, les lumières des bateaux amarrés et des navettes en mouvement lui faisant des clins d'œil dans le vide des ténèbres. De retour en ville ? Il avait toujours planifié de revenir. C'était ce qu'il faisait – il restait dans le cottage de ses parents quand il écrivait un livre, pour minimiser les distractions. Puis il rentrait chez lui à Seattle.

Avec un sourire désabusé et pas entièrement content, Edward s'appuya sur un mur et regarda le vent envoyer des giclées de pluie contre ses fenêtres. Cette fois-ci, le cottage ne lui avait pas offert moins de distractions. De grands yeux marron hantés entrèrent dans son champ de vision mental, obstruant sa vue du front de mer. Brindille. Sa Petite Brindille. Il l'adorait, mais elle était incontestablement une source de distraction de son livre, de sa carrière. Plus tard, peut-être, il se pouvait qu'il soit en mesure de jongler avec les deux, mais en ce moment elle occupait trop de son temps pour qu'il puisse même envisager la rédaction d'un ouvrage de non-fiction de renommée scientifique tout en continuant à lui donner tout ce dont elle avait besoin.

« Hey, Matelot. »

Il se retourna vivement. Il n'avait pas entendu la porte s'ouvrir. Son cœur martela violemment contre ses côtes, mais retrouva un rythme normal quand l'ombre qui se détacha du couloir se fit voir.

« Tanya. » Il prit une grande respiration pour se calmer. « Comment es-tu – ? »

Elle leva une main, tenant une clé qui scintilla dans la quasi-obscurité de l'appartement ; Edward avait négligé d'allumer les lumières. « Tu ne m'as jamais demandé de te la rendre. Je l'ai flanquée dans une boîte et je n'y ai plus repensé… jusqu'à ce que je sois rentrée d'Amérique du Sud. C'est l'une des raisons pour lesquelles je voulais te voir. »

Edward tendit la main, paume vers le haut.

Sans hésitation, Tanya traversa la pièce pieds nus et laissa tomber la clé dans sa main qui attendait. Il l'empocha, et accepta l'étreinte qu'elle lui offrit. Elle était chaude, joliment musclée, ses seins fermes et imposants alors qu'ils pressaient contre sa poitrine. Dehors, un train siffla, grave et lugubre.

« Je suis ici seulement depuis une quinzaine de minutes, » dit-elle, s'écartant de lui au bout de plusieurs secondes. « Je m'attendais à tomber sur toi en entrant et à te faire rire un peu, mais l'endroit était désert. »

« Ouais. » Edward glissa une main dans ses cheveux. « Je… travaille sur un nouveau bouquin. »

Il ne l'arrêta pas quand elle cliqua sur l'interrupteur, allumant l'éclairage sur rail au-dessus d'eux. Il cligna des yeux à la brusque intensité de la lumière froide avant de rapidement s'acclimater.

« Oh, c'est vrai. Tu te rends dans la péninsule quand tu écris un livre. » Tanya s'installa dans un fauteuil en cuir couleur crème, croisant délicatement une jambe sur l'autre. Elle n'était pas du tout comme il se l'était imaginé. Il pensait la voir dans une petite robe chic et des talons aiguille mettant ses longues jambes en valeur, le maquillage savamment appliqué et les cheveux coiffés de manière sophistiquée. Au lieu de cela, elle portait une longue jupe flottante qu'elle avait probablement rapportée de son voyage, et une blouse paysanne avec des fleurs brodées au décolleté et aux poignets. Ses cheveux blonds aux reflets auburn étaient lâches, tombant dans son dos – quelque chose qu'il n'avait vu que lorsqu'elle passait la nuit avec lui, jamais quand elle était habillée. Elle ne portait pas de diamants, mais plutôt un ensemble de bijoux faits d'ambre et un petit anneau en turquoise à sa main droite. Elle sentait le patchouli et la sauge. « Comment ça avance ? »

« Euh… » Edward se frotta la nuque, se demandant quelle quantité d'informations lui révéler, jusqu'où il pouvait lui faire confiance. C'était une bonne personne – une massothérapeute. Elle aimait aider les gens. Mais elle était si différente. « J'ai eu beaucoup de… distractions. »

« C'est dommage. » Elle pencha la tête sur le côté, ses yeux bleus lumineux l'observant. « Mais… quel genre de distractions y a-t-il au milieu de nulle part ? »

« Tu serais surprise. »

« Oui, apparemment. » Elle sourit. « C'est bon de te voir, Edward. »

« Toi aussi. » Les mots tombèrent sèchement de sa bouche. Était-ce bon de la voir ? Il ne le savait pas encore. « Tu as l'air… vraiment différente. Sans vouloir t'offenser. »

Elle rit, le son grave et rauque. « Y a pas de mal. Ça m'a fait du bien, de prendre le large. »

« Tu as dit que tu étais allée là-bas pour te trouver. T'es-tu trouvée ? »

« Oh oui. » Ses yeux clairs s'illuminèrent. « J'ai trouvé tellement plus que ce que je pensais chercher. »

« Eh bien, c'est… une bonne chose, non ? »

Elle rit encore. « Assieds-toi, Edward. Ceci est ton propre domicile, et tu sembles si nerveux. Tu sais que je ne mords pas. »

Edward se laissa lentement choir sur le canapé en cuir noir. Celui-ci grinça quand il bougea – tellement différent du sofa en tissu ultra-doux dans le cottage de ses parents à Forks.

« J'ai décidé de modifier ma clientèle. J'offre encore mes services de massothérapeute pour le moment parce que ça paye les factures, mais j'offre aussi un éventail de thérapies variées que j'ai étudiées pendant que j'étais à l'étranger, puis à San Francisco avant mon retour à la maison. Chromothérapie, luminothérapie, et acupuncture. Je viens également de louer le bureau d'à côté, et je vais y ouvrir une boutique. Cristaux, CD de méditation, encens, bougies, et tout un tas d'autres choses. Mon voyage a été… enrichissant. Véritablement enrichissant. »

« Je suis content pour toi. » Et il était sincère, bien que n'ayant lui-même aucune foi en ce genre de chose.

« Ça a changé ma vie, Edward, vraiment. » Elle mit un coude sur le bras du fauteuil et tapota ses lèvres avec un doigt délicat. « J'ai beaucoup réfléchi à la façon dont je vivais avant, et aux erreurs que j'ai commises. Rien d'horrible – je n'ai jamais trompé personne ou usé de violence physique. Mais je pense que j'étais psychiquement violente – j'envoyais de l'énergie négative dans le monde, tu sais ? Et je suis désolée si tu as capté une partie de cette mauvaise énergie de moi. Je sais que vers la fin tu n'étais plus vraiment heureux avec moi. »

« Tu n'as rien fait de mal, » répliqua Edward, et les mots vinrent facilement car il pensait vraiment ce qu'il disait. Elle n'avait rien fait de mal. Ils étaient tout simplement incompatibles ; ce n'était la faute de personne. Elle voulait vivre à cent à l'heure, et il était l'archétype du pantouflard. Au final il avait été plus facile pour eux de se dire au revoir en bons termes que de continuer à essayer quelque chose qui les frustrait tous les deux.

« Tu as toujours été un homme bon. » Tanya sourit, la chaleur s'écoulant doucement dans le bleu glacé de ses yeux. « Si gentil. Tu sais, pendant un certain temps j'ai essayé de te remplacer. » Elle secoua la tête, souriant toujours. « Je n'ai jamais été capable de trouver un gars comparable à toi. »

« Je ne suis vraiment pas si spécial que ça, » dit Edward, se sentant nettement mal à l'aise. Il était intelligent, ouais, et beau. Il était tendre et attentionné au lit, et il essayait de ne pas être un trouduc en dehors de celui-ci. Mais ça ne signifiait pas nécessairement que les femmes faisaient la queue pour sortir avec lui.

« Tu l'es, et ce n'est pas vraiment un truc que je peux définir. Tu es… différent des autres hommes. Si je dis que tu es doux et gentil et adorable, ça semble juste gay. Mais il n'y a rien d'efféminé en toi. »

Edward fit de son mieux pour cacher un sourire. Dans sa tête, il entendait clairement Brindille proclamer qu'il était 'beau' et 'gentil.' Les choses étaient tellement plus simples avec elle. Elle disait ce qu'elle pensait, tandis que Tanya essayait de trouver la connotation exacte, et elle revenait les mains vides.

« Tu as une énergie vitale merveilleusement fluide. » Tanya rayonna à la description sur laquelle elle s'était finalement arrêtée. « Pas de blocages ou de déséquilibres. Tu as réveillé ton chakra Anahata ; tu es invaincu, en contact avec tes émotions, dénué de violence. » Elle hocha lentement la tête, comme pour elle-même. « C'est un don, Edward. Les gens méditent pendant des vies et n'atteignent pas ce que tu as naturellement. »

Dénué de violence. Edward réprima un reniflement de dérision. Si elle pouvait seulement voir dans sa tête, ce qu'il voulait faire à tous ceux qui avaient fait du mal à sa Brindille. Ses pensées étaient un fouillis sanglant, encapsulant un profond désir d'infliger à ces hommes tout ce qu'ils avaient infligé à Brindille, et plus encore. Pas juste un châtiment, mais une vengeance. Une vengeance douloureuse, sanglante, dégoulinante. Sa mâchoire se serra et son estomac se tordit désagréablement. Non, Tanya ne le connaissait pas vraiment, voire pas du tout.

Non pas que c'était de sa faute. Il n'avait pas réalisé à quel point il pouvait aspirer à la violence jusqu'à ce que ne lui vienne ce désir profond de venger Brindille. Tanya ne savait pas. Elle ne pouvait pas savoir. Elle avait tellement changé, mais lui aussi.

« Est-ce que tu as faim ? » Tanya se leva, tendant sa main vers la sienne. « Nous pouvons sortir, ou essayer de cuisiner quelque chose ici si tu préfères. »

Edward cligna des yeux. Jamais – jamais – ne lui avait-elle fait une telle proposition. Jadis, elle présumait toujours qu'ils allaient sortir pour manger. Elle n'aurait jamais posé la question.

Elle avait définitivement changé. Énormément.

« Nous pouvons sortir, » dit-il, se levant et prenant la main qu'elle lui offrait. Sa poigne était ferme et assurée, serrant lorsque ses doigts se refermèrent autour des siens. Après des mois à se terrer dans ce cottage avec Brindille, à manger sa propre cuisine ou celle d'Esmée à l'occasion, manger au restaurant lui ferait certainement du bien.

Tanya lui sourit, confiante comme elle l'avait toujours été. Il voyait les deux femmes dans ce sourire – la personne qu'elle était naguère, et celle qu'elle était maintenant. « J'ai envie de manger de la cuisine grecque, ou peut-être indienne. Qu'en penses-tu ? »

« La bouffe grecque est un excellent choix. » Il tint la porte pour elle, puis la suivit hors de son domicile, éteignant la lumière derrière lui.

Ils passèrent près de trois heures au restaurant, buvant du vin et mangeant de la 'nourriture d'adulte' sur laquelle Brindille aurait sans doute froncé le nez – feuilles de vigne farcies, fromage fort, plusieurs sortes d'olives, taboulé, souvlaki. Tanya lui parla des randonnées pédestres et de l'auto-stop, des gens sympathiques qu'elle avait rencontrés en Amérique du Sud, à l'exception de la fois où quatre hommes lui avaient offert un tour dans une voiture minuscule et ne voulaient pas la laisser descendre quand elle avait atteint sa destination. Ils ne parlaient pas anglais et son espagnol à elle était très approximatif, mais ils avaient ri et l'avaient laissée aller quand elle avait commencé à les menacer en criant « Policía ! Policía ! »

Edward frissonna, mais Tanya haussa les épaules et s'empara d'une grosse olive verte Halkidiki dans le plateau entre eux. « Ils voulaient juste se montrer drôles, c'est tout. Rire aux dépens de l'étrangère. Ce n'était pas le drame, ai-je réalisé une fois que ça a été fini. »

Edward ne pouvait pas imaginer que quelqu'un puisse raisonner de cette façon, surtout pas depuis que Brindille était venue dans sa vie. Un kidnapping n'était jamais un sujet de plaisanterie.

Tanya tendit une main à travers la table, traçant le dessous de son œil d'un doigt léger. « Tu portes la lourdeur ici. » Son doigt erra entre ses yeux. « Ici, sur ton chakra Ajna. Je ne me souviens pas de ça. Dis-moi ce qui est arrivé ? »

Et juste comme ça, Edward se retrouva en train de lui raconter toute l'histoire. Comment il avait trouvé Brindille dans le pick-up de James, et comment il était devenu son tuteur. Le mystère de son passé, l'arrivée d'Emily, leur périple à Puyallup. La mort de James. Son récit dura jusqu'à la fin de leur deuxième bouteille de vin au restaurant, puis du café, une fois de retour à son logement. Tanya était assise à l'autre bout du divan noir, pieds nus, les genoux repliés sous elle, le dévisageant de son regard bleu froid. Elle posa quelques questions ici et là, mais n'offrit pas son avis au sujet de ce qu'il lui révéla.

« Est-ce que c'est elle que j'ai entendue au téléphone quand je t'ai appelé ? » S'enquit-elle en riant un peu. « Ça explique tellement de choses ! Au début je pensais que peut-être que tu avais une nouvelle petite amie, et j'étais un peu jalouse parce que tu ne me laissais jamais répondre à ton téléphone. Mais quelque chose clochait dans sa façon de s'exprimer. Et puis j'ai pensé qu'il s'agissait peut-être d'une patiente ou d'un sujet pour des tests ou quelque chose du genre, mais tu ne fais pas de travail de cette nature. »

« Ouais, c'était elle. » Edward choisit de ne pas mentionner que Brindille avait fait une crise au son de la voix de Tanya, brisant son téléphone. Il continua son récit.

« Oh, Edward, » dit finalement Tanya, secouant la tête quand il eut terminé de parler. Sa main était sur son genou, frottant avec la mémoire musculaire, la connaissance avérée d'une massothérapeute professionnelle. « Je ne peux même pas imaginer. Tu as traversé tellement de choses, et ça donne l'impression qu'il n'y a pas de fin. » Elle secoua la tête lentement. « Pas étonnant. Pas étonnant. Mais une enfant comme ça n'aurait pas pu se retrouver entre les mains d'un meilleur gardien. Tu dois te sentir comme un père pour elle maintenant. »

Edward haussa les épaules. La main chaude sur son genou était un peu gênante. D'accord, plus qu'un peu gênante. « Je… suppose ? » Dit-il, choisissant de ne pas argumenter là-dessus pour le moment. Non, il ne se sentait pas comme le parent de Brindille, mais il était impossible d'expliquer comment il se sentait. Elle n'était pas son enfant. Elle n'était pas son amoureuse. Elle était… entre-deux. Elle était… une partie intégrante de la famille.

La famille. Était-ce aussi simple que cela ? Parfois ça paraissait simple, et d'autres fois – en particulier quand Emily lui posait des questions qui le rendaient mal à l'aise – c'était d'une complexité accablante.

« Edward, » dit Tanya d'une voix basse. Un voisin dans l'immeuble regardait le journal télévisé ; Edward pouvait entendre la voix du présentateur en sourdine. « À quand remonte la dernière fois où tu as fait quelque chose pour toi-même ? »

Il esquissa un sourire peu enthousiaste. « Je suis ici, non ? »

Cette nuit-là, Tanya dormit dans un de ses tee-shirts, dans son lit, à côté de lui. Ils ne firent pas l'amour, et ne s'embrassèrent même pas. Ils avaient tous les deux convenu qu'elle ne devrait pas conduire après le vin qu'ils avaient partagé, ni l'un ni l'autre ne mentionnant le fait que le vin avait disparu il y avait déjà des heures de ça. Edward s'endormit rapidement, épuisé par ses nuits blanches passées à s'inquiéter au sujet de Brindille. Pas d'appel ou de texto d'Esmée signifiait que tout allait bien à Forks, et il se permit de se détendre dans le luxe de son matelas dispendieux – quelque chose qui lui avait manqué en vivant dans la maisonnette. Le lit là-bas était convenable, rien à redire là-dessus, mais ce n'était pas ce lit.

Son corps le surprit en se souvenant et en s'adaptant au rythme du sommeil de Tanya, presque comme s'ils n'avaient pas été séparés depuis plus d'un an. Contrairement à Brindille, elle se tournait et se débattait dans son sommeil, dispersant souvent les couvertures ou lui donnant des coups de pied. Edward aussi avait habituellement le sommeil agité, bien que cette tendance se dissipât avec Brindille dans ses bras. Il se réveilla le lendemain matin avec une jambe pendant par-dessus le bord du lit et un oreiller sur la tête, Tanya le saluant avec du café et des bagels d'un commerce du voisinage. Il sirota le café bouillant dans le gobelet en carton, encore au lit, profitant pour le moment de ne pas avoir à se dépêcher pour se laver et nourrir une fille affamée ou l'aider à nourrir son chat. Tanya parla tranquillement pendant qu'ils mangeaient, et Edward écouta simplement quelqu'un s'exprimer avec des phrases complètes.

« J'ai pensé, » dit-elle en essuyant le coin de sa bouche avec une serviette en papier, « que tu as besoin de te détendre un peu. Je sais que tu dois retourner dans la péninsule, mais pourquoi ne viendrais-tu pas d'abord à mon bureau ? Je n'ai aucun client avant 10h. Ça me donne tout le temps qu'il faut pour te faire une place dans mon planning. »

Edward continua de boire son café. « Tu sais, moi, ces trucs de guérison par les cristaux et la lumière, je ne sais pas trop… »

Tanya émit un petit rire. « Non, pas ça. À moins que tu ne veuilles t'y initier, je veux dire. Non, je parlais d'un massage. Tu es pas mal tendu. C'est le moins que je pourrais faire pour toi. »

Il y réfléchit pendant une minute, mâchant son bagel à l'oignon sans aucun remords à propos de son haleine. Tanya était extrêmement douée. Il s'en souvenait très bien. Il avait l'habitude de se sentir comme s'il n'avait aucun souci au monde quand ses mains s'affairaient sur son dos, ou surtout sur son cuir chevelu. Un massage vraiment bon du cuir chevelu était presque meilleur qu'une partie de jambes en l'air.

Non pas qu'il ait eu l'un ou l'autre de mémoire récente.

« Je te l'offre, » ajouta-t-elle, l'exhortant à dire oui. « Je veux juste aider. »

Qu'était-il censé répondre à cela ?

ooo

« Tu as l'air vraiment heureux. »

« Je me sens vraiment heureux. » Edward s'étira, secouant ses bras et passant une main dans ses cheveux. « Je ne pourrai jamais te remercier assez. »

« Y a pas de quoi. C'est mon boulot. » Tanya fléchit ses longues mains agiles, agitant ses doigts. « Je suis passée par beaucoup de formation pour avoir ces doigts magiques. »

« Et ils valent chaque centime que tu factures. »

Elle rit et poussa son épaule dans le biceps d'Edward. « Tu ne connais même pas mes tarifs. Tu n'as jamais payé pour mes doigts magiques. »

« Je n'ai pas besoin de savoir. Peu importe combien tu demandes pour tes services, ça en vaut le coup. » Edward se dandina d'un pied sur l'autre. Les choses n'avaient pas été gênantes entre eux jusqu'à présent, mais il pouvait sentir l'étrangeté du moment s'infiltrer. Elle était son ex. Elle venait de lui faire un massage de quarante-cinq minutes, gratuitement – quelque chose dont il n'avait pas réalisé avoir besoin jusqu'à ce qu'il l'ait eu. Qu'était-il supposé faire maintenant ? Dire merci et se tirer ?

« Viens ici, je veux te montrer quelque chose. » Tanya prit sa main et le ramena dans le hall d'entrée de son cabinet de massothérapeute, qui était encore vide à cette heure-là, puis lui fit passer une porte qui accédait à la devanture attenante. Il était clair qu'il y avait encore du travail à faire dans le local – les étagères n'étaient pas montées et l'inventaire était encore rangé dans des boîtes empilées – mais Tanya semblait malgré tout immensément fière. « Tiens, » dit-elle en ouvrant plusieurs boîtes et fourrant des choses dans un sac de papier brun. « Je veux que tu apportes ça chez toi – pour toi, si tu en veux, ou pour cette petite fille. »

Edward hésita. « Je… je n'suis pas sûr que je saurais quoi faire avec ça. » Il ne voulait pas blesser ses sentiments, et particulièrement quand elle se montrait si gentille.

« Oh, ouais. Je n'ai pas pensé à ça, et ma commande de livres n'est pas encore arrivée. » Elle fit une pause. « Tu sais… je pourrais… venir t'enseigner. Travailler avec elle. Vous rendre une petite visite. Si tu voulais. »

Edward réfléchit. D'une part, il ne pensait vraiment pas que des cristaux, des lumières et des psalmodies feraient quoi que ce soit pour aider Brindille. Elle pourrait même très bien déclarer que l'encens était 'mauvais', comme elle avait décidé que les cigarettes l'étaient. Mais… est-ce que ça pouvait vraiment être néfaste ? Vraiment ? Peut-être que Brindille aimerait Tanya. Peut-être qu'elle pourrait servir de… de substitut, en quelque sorte, à Rosalie. Il était impossible de dire combien de temps Rose allait rester en colère contre lui, et de toute façon, elle allait bientôt avoir un bébé. Elle n'aurait plus de temps pour Brindille.

Qui plus est, ce voyage à Seattle lui avait montré clairement qu'il avait besoin d'adultes dans son entourage. Brindille était techniquement une adulte, par son âge. Mais elle ne pouvait pas tenir de conversations adultes, ne comprenait pas les sujets adultes, et était, essentiellement, une enfant dans un corps d'adulte. Sa soirée avec Tanya avait rendu cela parfaitement clair. Brindille ne partagerait jamais une assiette de nourriture grecque ou une bouteille de vin avec lui. Elle ne pouvait pas suivre une discussion académique – elle pouvait à peine suivre le dialogue des films de Disney. Il l'aimait – entièrement, profondément, inconditionnellement – mais il avait besoin de plus que ce qu'elle était en mesure de donner. De plus que ce qu'il était en droit de s'attendre à ce qu'elle lui donne.

Avec cela à l'esprit, il accepta que Tanya vienne leur rendre visite, et quand il la quitta, il ne l'empêcha pas de lui faire la bise.

Il acheta à Brindille une carte au trésor enroulée et un petit sac de gemmes en plastique de la boutique de pirates ringarde sur le front de mer, et il sélectionna une variété de pirozhkis chez le traiteur russe du marché de Pike Place pour Carlisle et Esmée, puis il reprit le chemin de la maison. Il se sentait mieux… plus léger. Mettre une certaine distance entre ses problèmes avec la Police, Rosalie et Emmett avait certainement aidé, mais il croyait que Tanya avait aussi quelque chose à voir avec ça. Elle était tellement différente, et cependant toujours la femme confiante et pleine d'assurance qu'il connaissait si bien. Elle n'avait pas besoin d'être constamment rassurée – ne voulait rien de lui, vraiment, sauf sa compagnie.

Et elle disait qu'elle voulait aider. Quiconque voulait aider Brindille méritait des bons points avec lui.

Pourtant, alors qu'il approchait de Forks, il se retrouva en train d'accélérer, son pied appuyant davantage sur la pédale. Il avait parlé à Esmée durant son voyage ; les deux fois elle lui avait dit que, bien que Brindille l'avait demandé, elle n'avait pas encore fait de crise. Edward éprouvait quand même le besoin de se hâter. En raison de la présence de Tanya dans son lit et de son offre de lui faire un massage, il était plus tard que ce qu'il avait prévu. L'après-midi tirait vers le soir, et il craignait que la patience de Brindille ne s'étiole.

Il n'avait pas été particulièrement heureux non plus quand Esmée lui avait dit, hier soir, que Rosalie avait été au cottage le plus clair du temps pendant son absence. Est-ce qu'elle l'évitait ? Venant voir Brindille quand elle savait qu'il ne serait pas là ? Pouvait-elle vraiment être si puérile ?

Le fait qu'il ne l'avait pas appelée pour tenter d'arranger les choses n'était pas vraiment entré dans sa tête. Leur brouille était la faute de Rosalie ; il était sûr de ça. Il fallait que ce soit elle qui amorce la réconciliation.

Mais toutes les pensées au sujet de Rosalie ou même de Tanya disparurent dès qu'Edward se gara dans la clairière de gravier devant le cottage. Le crépuscule planait dans les arbres, mais la lumière se déversait des fenêtres, et alors qu'il sortait de sa voiture la porte s'ouvrit.

« Tu vois ? » Dit la voix douce et apaisante d'Esmée. « Il est à la maison. Il est juste ici. »

Brindille fut tout de suite sur ses genoux sur le seuil, les bras tendus, et lorsqu'il se pencha pour la prendre, elle était un mélange de laine polaire et de peau soyeuse, son souffle chaud contre son cou, envoyant des picotements de chair de poule le long de son corps.

« Edward ! Edward ! Edward ! » Scanda-t-elle, l'étreignant aussi fort que son petit corps le pouvait.

Il ferma les yeux, respirant le parfum délicat et frais de sa peau, sentant son cœur battre une fois, fort et de manière erratique, avant de retourner à la normale.

Il était à la maison.

Comme toujours je tiens à remercier mlca66 pour sa collaboration des plus appréciées.

À bientôt.

Milk