Chapitre LI : Deux petits mots … Est-ce si difficile à prononcer ?

Le silence s'était installé, lourd, pesant. L'air semblait être chargé d'électricité comme avant un orage.

Une propozizion intérezzante ? Ach so !

Oui, une proposition que, j'en suis sûr, vous ne pourrez refuser.

Fraiment ? Et kuelle est donk zette propozizion ?

Moi le Grand Kashkash Shayatin de Marid vous offre,dans sa grande mansuétude, la possibilité de voir trois de vos vœux exaucés …

Fraiment ? Gut …

Je vois que vous êtes intéressé … Parfait. Réfléchissez bien … Trois vœux, trois souhaits … Que voulez-vous ?

Fous allez un peu fite … Che n'ai chamais dit que ch'akkeptais …

Vous oseriez refuser une telle proposition. Une proposition unique, que vous n'aurez qu'une seule fois dans votre vie … Allons ? N'y songez même pas ! Ce serait vraiment trop bête de laisser passer cette chance unique … Trois vœux !

Würstkleiner ne répondit rien. Ses yeux se mirent à briller étrangement. Cela ne passa pas inaperçu pour Kashkash.

Que voulez-vous ?

Les yeux noirs du djinn fixaient avec intensité le professeur de métamorphoses.

Je vois que vous avez envie de tant de choses … Difficile de faire un choix. Peut-être pourrais-je vous aider …

Würstkleiner ne répondit que par un énigmatique grognement.

Le djinn tendit sa main devant lui, un nuage de fumée apparut, bientôt remplacé par une énorme chope de bière.

Peut-être que cela vous ferait plaisir ? Il suffit de dire quelques petits mots : « Je souhaite … »

La bière disparut, remplacée par un plat fumant et gigantesque de choucroute.

À moins que vous n'ayez envie de ceci …

La choucroute disparut à son tour.

Mais peut-être que ces nourritures ne vous intéresse pas … Je peux vous offrir tellement plus …

Würstkleiner éclata de rire.

Fous êtes perzpikaze … La pière et la surkroüt … Che peux en afoir autant que che feux ! Fous allez defoir faire mieux que za !

Vous êtes difficile ! Tant mieux ! J'aime relever des défis !

Le djinn regarda de nouveau intensément le sorcier.

Peut-être que des millions de sacs de gallions vous satisferaient ?

Il s'interrompit et secoua la tête.

Non ! cela n'est pas pour vous …

Le gros rire de l'Allemand s'éleva de nouveau dans le couloir.

Des femmes ? peut-être ?

Le djinn fit apparaître autour de lui et de l'Allemand une bonne dizaine de femmes, toutes différentes : des blondes, des rousses, des brunes, des grandes, des petites, des minces, des grosses. Le seul point commun entre toutes était leur nudité parfaite.

Elles s'évanouirent en un claquement de doigt du génie.

Si les femmes ne vous intéressent pas, je peux aussi vous proposer quelques beaux jeunes hommes.

Le couloir fut aussitôt envahi par une horde dénudée de jeunes hommes au corps musclé et brillant. Un autre claquement de doigt les fit disparaître.

Bien, résumons, continua imperturbable Kashkash. Les nourritures terrestres ne vous intéressent pas, la richesse non plus, l'amour d'une femme ou d'un homme non plus … Allons, laissez- moi voir ce que vous désirez par-dessus tout … je peux tout exaucer … même les souhaits les plus secrets, les vœux les plus inavouables … ouvrez-moi voter cœur … Vous ne serez pas déçu.

Che doute que fous puizziez me donnez zatizfakzion …

- Je peux aussi faire de vous le plus puissant sorcier de tous les temps … Vous offrir la vie éternelle, la beauté, la sagesse …

Würstkleiner rit doucement.

Je suis le plus doué de tout les djinns … Ne me sous-estimez pas !

Il y a une choze dont nous n'afons pas parlé …

Laquelle ? demanda Kashkash étonné …

Pourquoi ?

Pardon ?

Pourquoi faites-fous zela ? pourquoi foulez-fous m'offrir trois foeux ?

C'est mon fardeau … expliqua le djinn. Réaliser les souhaits des personnes que je rencontre …

Fu komme za, on aurait prezque pitié de fous …

Würstkleiner éclata de rire.

Et le prix ? demanda l'Allemand.

Vous me décevez … Vous pensez que je vais vous demander quelque chose en contrepartie ?

Che connais les léchendes …Les offres d'un djinn ne zont chamais gratuites … ou alors, elles finizzent tôt ou tard à ze retourner contre zelui qui les a faites …

Le rire de Kashkash résonna.

Puisque vous êtes au courant de certaines choses, vous devriez savoir que je prends ce que je veux une fois les vœux exaucés … Nous pourrions dire que c'est une sorte de loterie … J'exauce les vœux et je prends ce que je veux … Mais rassurez-vous … Je ne demanda jamais grand-chose en échange …

Ch'en doute …

Trève de bavardage ! Voyons ce que vous désirez par-dessus tout …

Les yeux noirs se perdirent dans ceux du professeur. L'échange ne dura qu'un instant, mais Würstkleiner eut l'impression que cela faisait des heures que le djinn le regardait et essayait de percer les profondeurs de son esprit.

Le djinn eut un grand sourire.

Dans sa main tendue, apparut soudain une épingle à cheveux en argent.

Ceci vous ferait peut-être plaisir …

Würstkleiner sursauta. Comment diable cet esprit avait pu faire apparaître cet objet qu'il désirait par-dessus. Ceci pourrait-il être la solution à ses problèmes, à ses questions ?

Le sourire du djinn fut encore plus étincelant …

Je vois que je vous intéresse enfin … Cependant, je suis certain que ce misérable objet n'est pas votre vœu le plus cher …

L'épingle à cheveux disparut.

Je peux vous offrir plus … la vie …

Une jeune femme gracieuse, vêtue d'une longue robe grise, aux longs cheveux blonds se tenait entre le professeur et le djinn. Elle était penchée vers un petit garçon et une petite fille aussi blonds que leur mère. Tous trois se regardaient en riant. Ils étaient comme enveloppés par une fine brume argentée qui luisait doucement.

Face à ce tableau, les yeux de Würstkleiner s'étaient embués de larmes. Il passa sa main droite sur son visage pour en chasser les traces de chagrins. Puis il cria au djinn :

Perzonne ! Perzonne ne zerait capable de za !

En êtez-vous certain … Je vous l'ai dit, je peux exaucer tous les vœux …

La femme et les jumeaux disparurent dans la brume argentée.

Je peux vous offrir cela … à moins que vous ne préfériez la mort … la vengeance …

Il y eut comme une flamme verte. Le djinn brandissait devant lui une tête décapitée qu'il tenait par une grosse mèche de cheveux noirs. Les autres cheveux poisseux de sang masquaient en partie le visage du mort, déformé par la douleur, mais Würstkleiner n'avait pas besoin de le voir pour savoir de qui il s'agissait. Sa colère sourde et vengeresse qu'il cachait au plus profond de son âme resurgissait avec violence. Depuis son arrivée à Poudlard, il avait réussi à la contenir mais voir mort la personne qu'il détestait le plus au monde avait ravivé les flammes de la haine. Le masque d'indifférence et de mépris venait de se fissurer, les efforts qu'il avait fait pour s'adresser à lui presque normalement, pour cacher ses véritables sentiments … tout cela venait de s'effacer en un instant.

Alors ? Que décidez-vous ? mais si cela ne vous convient pas, je peux aussi vous proposer plein d'autres choses …

La tête décapitée avait disparu.

Trois vœux … Vous pouvez avoir tant de choses … Il vous suffit de dire deux petits mots … Je souhaite … Ce n'est pas si difficile que ça … Mais peut-être désirez-vous autre chose … Je peux amener vos ennemis à vos pieds … ou les faire venir dans votre camp pour que le visage du monde sorcier soit changé … Je peux tout faire … Deux mots et ce que vous désirez le plus est à vous … Deux petits mots …Est-ce si difficile à prononcer ?

Le professeur ne savait plus quoi penser, au début, il s'était senti si fort , si déterminer à ne rien accepter, à laisser parler ce stupide djinn … Il avait eu beau fermer son esprit, essayer de résister à la tentation, mais ce qu'il avait vu … Si le djinn pouvait vraiment faire tout ce qu'il avait dit … si … tout ceci était possible … tant de choses pouvaient être changées, tant de possibilités s'ouvraient alors à lui, la résolution de tous ses problèmes semblait être à portée de main, à portée de rêves …

Il secoua sa tête … Était-ce possible ? Était-ce réalisable ? Était-ce folie ? Et le prix à payer ?

Deux petits mots … Vous savez ce qu'il vous reste à dire … Deux petits mots …

Würstkleiner tordait ses mains dans tous les sens, son esprit, son âme et son cœur étaient torturés. Que faire ? Dire ces quelques mots ou prendre son courage à deux mains, garder à jamais le chagrin et les regrets dans son cœur et faire demi-tour …

Deux mots, répétait inlassablement le djinn. Deux petits mots.

Würstkleiner, tout à coup, tomba à genoux, les mains sur ses oreilles, le visage défait et en larmes, criant et hurlant.

Arrêtez ! Che vous en prie … Arrêtez !

Mais inlassablement, le djinn imperturbable répétait sans cesse :

Deux petits mots. Deux petits mots …

Les yeux fermés, Würstkleiner ne pouvait s'empêcher de voir et revoir des images défiler devant lui : la femme et les jumeaux, la tête décapitée, l'épingle, un avenir moins noir …

- Deux mots, juste deux mots …