Honte à moi, mille et mille fois ! Je suis vraiment très désolée, mais j'ai eu du mal à écrire, et puis les oraux de bac, le bac en lui-même qui approche, les derniers contrôles etc... Tout ça explique mais n'excuse pas mon retard ! Je vous demande donc très sincèrement pardon !
Heureusement, le chapitre est là tout de même, et personnellement je l'aime beaucoup... j'espère que vous aussi !
Ensuite, merci à mes lecteurs ! et à l'unique review (il faut avouer qu'une seule review, ça motive assez peu...) : Rosine, merci !
Je vous souhaite donc une excellente lecture je l'espère, et vraiment, j'attends votre avis ! Je ne sais pas quand je publierais le chapitre suivant, j'espère avant le bac mais rien n'est sûr...
Bergère.
Chapitre 53 : A notre vie ! à notre peur !
Lorsque Potter passa dans le couloir, Severus se dit que quelque chose n'allait pas. Oh, ce gamin était un problème en soi : le premier cours qu'il avait eu avec lui, et ceux qui avaient suivi, c'étaient affreusement mal passés et il était désormais clair que cet enfant lui vouait une haine – laquelle était mille fois plus grande que la sienne propre. Enfin, peut être pas tout à fait de la haine… mais du moins une colère perpétuelle. D'accord, il l'avait joliment humilié dès le premier cours… mais quoi, c'était normal ! il ne méritait que cela !
Tout cela aurait été bien beau si le dit-gamin, non-content de correspondre aux normes du désagréable dans lequel il le voyait, et ne se limitant pas à son incompétence patente en Potions, n'avait pas trouvé moyen d'être engagé par dérogation dans l'équipe de Quidditch de Minerva. Autant le dire clairement, cela avait donné lieu à une dispute mémorable, et depuis il avait une raison plus valable que jamais de lui en vouloir : il était favorisé, et représentait un risque pour la victoire de sa maison.
Mais cette fois, il y avait quelque chose d'autre. Cela faisait quelques minutes qu'il parlait avec cette imbécile et incapable de Quirrel – qu'il commençait à soupçonner sérieusement – lorsque Potter était passé. Il aurait voulu ne pas s'en préoccuper, il avait d'autres problèmes. Depuis cet incident du Troll, il avait presque totalement cessé d'avoir confiance (confiance qu'il n'avait déjà pas vraiment) en ce personnage bégayant et enturbanné qui n'était jamais là au bon moment… Ou non, plutôt c'était autre chose : il était toujours là aux moments critiques, toujours par hasard près du couloir, toujours là à bégayer des stupidités mais à être là.
Il ne voulait pas aller faire part de ses questionnements à qui que ce soit, pas même Dumbledore, sans avoir quelque chose de tangible : son honneur, son orgueil, tout l'en empêchait. Non, hors de question de montrer son erreur si c'en était une. Non, il fallait qu'il sache, par lui-même. Qu'il perce à jour le bonhomme… Il fera cela doucement, par insinuation mais si c'était sans résultat, il insisterait. Au diable la retenue, il ferait voir à cet imbécile étrange de quoi il était capable : nul besoin de le préciser, jamais le concerné ne se sentirait aussi mal que lorsqu'il serait face à un Severus Rogue en colère. Car quelque que soit la noirceur de ce type, le professeur de Potions sentait bien qu'il ne s'irradiait pas de lui quelque chose d'assez puissant pour être considéré comme véritablement dangereux il y avait bien quelque chose d'étrange et d'indescriptible, qui semblait grandissant… Quoiqu'il en soit, il avait décidé de commencer à essayer d'en savoir plus et, croisant le concerné au détour d'un couloir, l'avait interpelé.
« - Quirinus ?
- Se… se… Severus, salua le concerné.
- Voyons, je ne fais pas si peur, répondit-il d'un ton neutre, en lui adressant un sourire froid qui ressemblait à un rictus cruel.
- Mais no… non. Je ne pe… pe… pe-pe-peux pas m'en empê… empêcher.
- Ce n'est pas grave, répondit-il faussement compatissant, saisissant par l'épaule l'homme plus petit que lui. Je voulais vous parler…
- Oh, laissa échapper l'autre, et Severus constata presque avec ravissement le léger voile terrorisé qui passa dans son regard.
- Rien de grave, voyons, ajouta-t-il et, lâchant l'épaule du concerné, il sortit sa baguette et d'un geste vif ralluma une bougie dont l'intensité lumineuse allait décroissante. Je me simplement rendu compte que nous nous connaissions pas du tout.
- C'est vr-vr… vrai.
- Venez vous assoir, vous avez le temps de discuter n'est-ce pas, continua Severus sans lui donner le choix et en poussant la porte de la Salle des Professeurs vide il entra et s'assit sur un canapé proche.
- Oui… »
Lorsqu'il se fut assit face à lui, il jeta un regard fuyant à Rogue qui, pour sa part, continuait à le fixer d'un regard froid, tout en faisant flotter sur ses lèvres un rare sourire lequel paraissait si étrange venant de lui, si peu naturel, et tellement peu à sa place, qu'il mettait encore plus mal-à-l'aise son interlocuteur. Gardant le silence, il attendit que Quirinus commence la conversation.
« - A…A-a-a-lors ?
- Et bien, je ne sais pas. Votre vie avant Poudlard. Et pourquoi cette peur des Vampires si particulière ? demanda-t-il d'un ton froid, cherchant à scruter les réactions de l'autre qui sursauta presque et, palpant précipitamment l'avant de son turban comme pour se rassurer, garda un moment un silence tremblotant.
- Je… je ne-ne ne pr-p-pr-préfère p-p-pas en p-p-parler.
- Oh, vous ne vous en êtes pas remis… insinua-t-il. Ce n'est pas grave, nous pouvons parler d'autre chose.
- Merci, souffla un peu trop vite le concerné.
- Pourquoi les Défenses contre les Forces du Mal ? fit-il dangereusement.
- Oh… vous sa-savez S-s-se-Severus, ce n'ét-tai-tait pas contre vous.
- Mais bien entendu, susurra-t-il.
- A vr-vrai dire j'ai tou-tou-toujours voulu aid-der les aut-t-tres, leur ap-p-pp-prend-dre.
- Oh, une fibre pédagogique ? dit Severus en levant un sourcil et ravalant son énervement grandissant face au bégayement outrageux du personnage.
- Peu-t-t-être. Mais sur-t-tout je voulais p-p-p… prémunir les jeunes c-c-contre les d-d-dangers de la magie noir. »
Le silence était retombé. Severus, mécontent, fixait Quirrel d'un regard froid. La conversation ne prenait décidément pas la tournure souhaitée. Il sentait qu'il y avait quelque chose dans cet homme, comme une aura de désagrément. Tout, dans son attitude, le rendait plat, sans intérêt, désagréable par sa médiocrité… mais s'en était à un tel point que c'était presque louche. Comment pouvait-on être aussi dénué d'intérêt, aussi fatiguant, aussi répulsif par un simple sourire ?
La conversation en était là lorsque Potter était passé. Dans le couloir, marchant rapidement, seul, sans doute parti chercher un objet qu'il avait oublié – ce tête-en-l'air prétentieux était coutumier du fait pas autant que Longdubat mais tout de même. Dès qu'il le voyait, Severus sentait une partie de lui-même se contracter, se préparer à une douleur fulgurante mais elle ne venait pas toujours. Jusqu'ici, c'avait toujours été lorsqu'il le regardait droit dans les yeux… et encore, pas toujours. D'un jour sur l'autre, d'une occasion à une autre, la réaction avait lieu ou non et cela semblait échapper à toute logique… Mais c'était faux, et il tenait à démêler le pourquoi du comment, à résoudre le mystère. Il devait – il y avait forcément – une solution rationnelle.
Cette fois cependant, il croisa le regard de Quirinius et y vit luire une étrange étincelle, quelque chose de décisif, de puissant, comme un flash de confiance et presque de combattivité : quelque chose qu'il aurait cru ne jamais voir chez ce maladif peureux et atterré. Et, un instant après, une brulure violente lui déchira le bras, plus fort que d'habitude… pourtant il n'avait fait qu'entr'apercevoir Potter. Les lèvres serrées, il sentit quelque chose en lui se faire place, comme si dans son cerveau les pièces se mettaient en place sans lui demander son concours, sans en avoir besoin. Les éléments s'ordonnaient, et ensemble dessinaient un croquis particulièrement limpide de la situation, tant et si bien qu'il lui sembla qu'on lui mettait sous les yeux un plan de la situation, avec ses tenants et ses aboutissants, avec ses points à éclaircir et ses aspects mis en reliefs.
Il semblait désormais que le mot traitre clignotait sur le visage à nouveau tremblotant de Quirrel, comme un message clair, comme un appel à l'action. Il serra le poing pour se calmer : il l'avait toujours suspecté, et se sentait maintenant sûr. Mais après, quoi… il n'avait pas de preuve, il ne savait pas au juste ce que faisait cet imbécile. Seulement, il avait à voir avec Voldemort. Et apparemment montait en puissance : elle n'était pas perceptible, d'habitude, mais cette fois…
Quoiqu'il en soit, il faudrait qu'il se mette à vraiment le surveiller, à vraiment le tenir à respect aussi… oui, il y avait à faire. Il coula un regard vers le concerné et se leva brusquement : il avait besoin de réfléchir et de mettre une stratégie au point, avant de se jeter pieds et poings liés dans une quelconque entreprise qui pourrait se révéler hasardeuse !
« - Excusez-moi, je dois y aller… »
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Et il était sorti comme cela, en coup de vent, sans même laisser le temps à l'autre de lui répondre percutant presque en sortant une Minerva qui, sans se douter de rien bien entendu, tentait d'accéder à la salle des Professeurs. Elle n'eut cependant pas même le loisir d'y mettre un pied, se trouvant entrainée pas la course de Severus – qui à vrai dire l'avait saisie par un pli de la robe pour l'amener avec lui – vers là d'où elle venait. Ce n'est qu'au bout de quelques mètres parcouru dans une demi-course désagréable qu'elle se stoppa, le tira par le bras pour le forcer à s'arrêter et que, se redressant et le foudroyant du regard, elle demanda des explications.
« - Mais bon sang Severus, qu'est-ce qui vous prend !
- J'ai besoin de vous parler, laissa-t-il tomber après un moment de silence.
- Et pour cela il fallait me trainer comme ceci à travers les couloirs ? lâcha-t-elle.
- Oui !
- Et pourquoi je vous prie ?
- Mais parce que… venez donc… »
Pendant un moment elle se contenta de le dévisager, devisant avec elle-même afin de décider si elle prendrait la peine de lui accorder ce qu'il voulait. Une partie d'elle inclinait à lui donner gain de cause, ne serait-ce que par curiosité… mais sa dignité et son orgueil s'élevaient contre cette idée. Quoi ! il la trainait par la robe dans le couloir, et il obtiendrait ce qu'il souhaitait ! Quelle était cette impudence ? Pour qui la prenait-il !
Le peu de bonne volonté qu'elle avait encore commença à s'estomper et bientôt elle lui répondit crument qu'il était hors de question qu'elle le fasse, et que s'il avait quelque chose à dire, ce serait dans la salle des Professeurs ou pas du tout. C'est là, sans doute, que la querelle pris une tournure un peu plus sérieuse que celles qui, habituellement, les menaient à quelques petits regards noirs.
« - Je ne peux pas, susurra-t-il.
- Vraiment ? Vous ne pouvez pas ? fit-elle, levant un sourcil et parlant volontairement assez haut.
- Non.
- Vous ne pouvez pas ? ça ne doit pas être si important pour que vous refusiez d'entrer dans…, commença-t-elle en allant crescendo. »
Sa diatribe n'eut pas le temps de se prolonger car il se chargea d'y mettre fin, voulant éviter à tout prix que l'autre se doute de quoi que ce fût et, lui plaquant la main sur la bouche à toute allure, il alla mettre son doigt sur sa propre bouche et mima un Chut exaspéré mais presque sur le ton de la prière. Mais déjà elle était partie, et hors de question de faire marche arrière. Aussi fit-elle un mouvement brusque pour se dégager et, le fusillant du regard :
« - Alors j'irais seule !
- Minerva, rappela-t-il, d'un ton qui prenait des intonations menaçantes… mais elle ne s'interrompit pas et commença à s'éloigner. Minerva !
- Non, Severus… si vous avez à me parler… »
A nouveau, il la saisit par la robe, et la rapprochant de lui la saisit par la taille et les épaules d'un mouvement maladroit, cherchant à l'éloigner de la salle des Professeurs. Ce comportement enfantin commençait à le rendre complètement fou : Merlin ! il était face à un problème grave, il avait quelque chose d'important à lui dire, et il devait se faire discret… et voilà qu'elle se comportait comme la pire des gamines imbéciles ! Tentant de la faire avancer à travers le couloir, il se heurtait à une résistance de plus en plus grande, et perdant tout sens des réalités il finit par n'en plus pouvoir et parvint, grâce à l'effet de surprise, à la saisir par le dessous des genoux et la porta ainsi pendant quelques mètres jusqu'à ce qu'elle dégaine sa baguette tout en lui intimant, la voix tremblante de rage, de la poser à terre sur l'instant.
Brusquement, il la lâcha, et elle se remit droite et frémissante de colère.
« - Et bien quoi ? Que vous prend-t-il au non de Merlin ! vous n'allez pas bien ma parole !
- Minerva, j'avais quelque chose d'important à vous dire…
- C'est cela… et c'était une raison peut être, de me trainer ici comme un vulgaire… !
- Minerva, mais écoutez-moi ! fit-il un ton plus haut.
- Non !
- Non ? questionna-t-il d'une voix trop aigue.
- Non… je ne vous ferais pas ce plaisir.
- Ce plaisir… fit-il à voix basse, avant d'exploser littéralement. Allez-vous faire voir Minerva ! je saurais bien me débrouiller sans vous si vous êtes incapable de voir que quelqu'un souhaite vous faire part de quelque chose d'important ! Allez vous faire voir, je suis sûr que Morgane vous accueillera avec plaisir ! »
Et, sur cet accès de violence il la planta là, partant à grands pas et terriblement en colère, serrant les poings pour ne pas commettre quoique ce soit d'irréparable. Il sentait le bout de ses doigts bouillonner d'une magie à la fois frustrée et haineuse : elle l'avait mis dans un état impossible, il lui en voulait et l'aurait étranglée sur le champ, oui… mais à vrai dire, il était en colère aussi parce qu'il n'avait pas pu lui dire, qu'il n'avait pas pu s'en libérer. Et il était même en colère après lui-même pour continuer à ressentir ce besoin de lui dire et de lui en parler. De lui parler tout court d'ailleurs.
Dans des moments pareils, malgré la haine soudaine qu'il lui vouait, malgré sa colère et sa frustration, malgré ses muscles tendus par la concentration et son visage tordu dans une expression silencieuse et renfrognée, il se rendait compte, il se souvenait, qu'il l'aimait. Et cela faisait mal… l'amour n'avait plus de place dans une telle conjecture – dans le conjecture à venir du moins. Et si ce sentiment en particulier n'aurait jamais dû être, il avait de moins en moins de légitimité, de droits. Il n'aurait pas dû être.
Mais le fait était et tout en la maudissant pour cette manière de le fusiller du regard en faisant la gamine, en boudant presque, en montant un simple geste en épingle, tout en s'arrêtant au tic de ses lèvres qui se plissaient et s'affinaient pour former une ligne crispée, tout en… Et bien, rien à faire, il continuait à constater l'élégance raffinée de son dédain même, l'harmonie pourtant déformée par l'agacement de ses traits, la courbe cachée et étrangère de son corps caché sous une robe volatile mais lourde. Toujours, dans ces situations, sa colère et son attachement se mêlaient pour créer une forme d'amour haineux, de vague envoutement qui donnait à ses sentiments un tel air de confusion qu'il ne savait plus s'il ressentait du désir, de l'amour, de l'attachement, de l'indifférence, de la fatigue, de la colère ou de l'animosité à son égard. Et cela était terriblement rageant…
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Pendant cinq jours ils ne se parlèrent pas. Ce genre de choses arrivait de plus en plus souvent : des querelles stupides où personne ne voulait plier, et puis cela durait et depuis la rentrée, ils avaient sans doute passé plus de jours sans se parler que l'inverse. Et quoiqu'elle conservât l'apparence de la distance et ne laissât que peu ou prou paraître que cela lui pesait, l'enseignante n'en était pas moins mal-à-l'aise en un sens. Oh, non, elle ne ferait pas de premier pas pour cela, rien de significatif de toute manière : cela reviendrait à la normale naturellement, comme toujours. Mais ce comme toujours avait quelque chose de plus en plus terrible, de moins en moins acceptable. Rien à faire, elle s'était engagée avec cet homme dans quelque chose d'inédit et de nouveau, dans quelque chose de puissant mais qu'elle ne savait pas maîtriser, quelque chose aux limites vagues et inconnues, à l'importance immesurable. En un mot, elle était dans l'alcôve mi-souriante mi-terrible d'une relation inavouée au monde et inavouable à sa raison et elle ne savait pas.
Ces cinq jours eurent une tonalité étrange, la même que d'habitude d'ailleurs. C'était une mélodie de comme toujours, mais une mélodie tellement supportable, tellement normalisée qu'elle en était insupportable. Inutile de le nier, quelque chose en elle se révoltait contre cette absence de communication, contre cette situation qui revenait toujours, contre… tant de choses. Et puis contre son propre sentiment de révolte et de désagrément. De quel droit son esprit lui mettait-il ainsi des bâtons dans les roues en rendant compliqué ce qui l'était déjà, mais en en faisant ressortir la complexité !
Quant à Severus, pour occuper ce temps où il ne voulait pas penser à ce qu'il pensait trop, pour ne pas penser à Minerva, pour ne pas penser à la querelle, il commença à observer l'incompétent professeur de Défense, à chercher à démêler ce qui clochait chez lui, à part bien sûr cet immonde turban violet et cette voix bégayante. Décidément, son inénarrable platitude, et la naïve stupidité qui transpirait de son attitude ne vous donnait qu'une envie : vous désintéresser de son cas. Il se dit même que le Seigneur des Ténèbres aurait été susceptible de choisir quelqu'un d'aussi dénué d'intérêt pour le faire passer inaperçu mais le Seigneur des Ténèbres n'était certainement pas là pour faire un choix, où alors les choses étaient bien plus graves qu'il ne l'avait crues. Plus grave qu'un bégayant 'picoteur' de citatrice et une pierre philosophale déplacée. Il avait tout de même pris sur lui d'aller vérifier que la pierre était en sécurité, et en était ressorti la jambe en sang sans avoir pu obtenir la moindre confirmation.
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« - Qu'est-ce que vous avez là, Potter ? »
Devant lui, les trois gamins levèrent les yeux ensemble et le fixèrent, Granger faisant un pas de côté dans l'espoir vain de lui cacher une flamme qui brûlait dans le bocal en verre. Mais il se fichait bien de cela, et dans le fond il faisait confiance à cette gamine, elle ne mettrait pas le feu à l'établissement. Pourtant, il ne pouvait pas faire autrement que de leur dire quelque chose : sa jambe le faisait souffrir affreusement, et il continuait à reporter toute forme de frustration sur cet imbécile. Un simple coup d'œil lui permit de constater que l'ouvrage que cette grosse-tête – que Minerva prenait pour un sportif – tenait dans les mains, traitait du Quidditch.
« - Il est interdit d'emporter les livres de la bibliothèque en dehors des murs du château, fit-il claquer d'un ton désagréable en se souvenant avec satisfaction de cette vieille règle qui n'était plus usitée depuis longtemps. Donnez-le-moi et j'enlève 5 points à Gryffondor. »
La relative bonne humeur que cette action avait fait naître s'estompa en moins d'une seconde lorsque, posant son pied au sol, un courant de douleur parcouru sa jambe déjà endolorie. Il s'éloigna aussi rapidement qu'il le pouvait et décida qu'il était temps de soigner cette maudite jambe. Croisant Rusard, il lui demanda de quoi faire un pansement et l'autre, fixant sa jambe, hocha la tête en laissant échapper un 'Touffu' qui faisait entendre à Severus qu'il n'était nul besoin de cacher d'où il avait eu ceci. Assis dans la salle à attendre le concierge, il préféra ne pas se demander comment celui-ci connaissait le nom – et l'existence du chien. Mais après tout, sans doute Albus savait-il ce qu'il faisait… ou peut être Miss Teigne expliquait-elle que… Enfin.
Le vieux concierge revint et le professeur de Potions entreprit de soulever sa robe et de dégager la plaie : le sang rougeoyant qui s'en écoulait vaguement n'avait rien d'agréable à voir, mais il lui était arrivé de se voir dans un état bien pire. Cela faisait longtemps cependant, et il se demandait soudainement pourquoi cela, pourquoi ces questions. La sensation qu'un poids de nervosité pesait sur ses épaules et son cœur lui apparu soudain tendit qu'il se saisissait du premier bandage et l'appliquait, après avoir rapidement nettoyé la plaie.
« - Pourquoi vous n'êtes pas allé voir Poppy ? demanda Rusard d'un ton insinuant.
- Parce que, fit-il claquer, dérangé dans ses pensées.
- C'est vous qui voyez… grognonna l'autre. »
Sans prendre la peine de lui répondre, il attrapa le pansement que lui tendait le concierge et se saisit de deux côtés de la plaie pour les rapprocher avant de lancer un sort au pansement qui se posa et tint les bords accolés l'un à l'autre. Cette opération lui arracha une grimace de douleur qu'il réprima en lui donnant la forme d'un rictus figé, et Rusard choisit ce moment-là pour faire une remarque :
« - Sale bestiole, grogna Rogue.
- Vous auriez dû faire davantage attention…
- Comment voulez-vous qu'on surveille ses trois têtes à la fois ? s'exclama-t-il en colère sans pourtant pouvoir s'empêcher de remarquer qu'il avait en effet sans doute perdu des réflexes. Un grincement de porte attira son attention et, se retournant, il aperçu le visage qu'il avait le moins envie de voir. POTTER ! »
Il était déjà contrarié, énervé, avait mal, était fâché avec Minerva (et cela n'aidait guère son humeur), et il fallait que celui-ci entre tous viennent l'embêter. Il s'empressa de cacher sa jambe, sans entretenir de grand espoir : cet imbécile l'aurait vu. Mais de toute manière il ne pourrait jamais faire de rapport avec ce chien qu'il n'avait jamais vu ou avec quoique ce soit d'autre, tout irait bien ! Mais tout de même… Et le visage penaud et angoissé de ce stupide enfant qui était toujours là quand il ne le fallait pas. Ah !
« - Je… je voulais simplement vous demander si je pourrais reprendre mon livre, balbutia le gamin embarrassé. »
Il voulait rester calme. Mais quelque chose chez Harry Potter lui faisait irrémédiablement perdre toute forme de self-control. Inutile de chercher à conserver le calme, sa situation était stupide, il se sentait en position de faiblesse devant un écolier de 11 ans pathétique… Aussi, sentant qu'il explosait, il se laissa aller et tonna :
« - SORTEZ ! SORTEZ IMMEDIATEMENT ! »
L'autre ne se le fit pas dire et détala à toute allure et il s'empressa de fusiller du regard le concierge pour éviter que celui-ci face à la moindre remarque. Non, merci, il n'en avait pas besoin. Il finit de bander sa blessure, et s'en alla légèrement moins claudiquant.
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Assis à côté d'Aurora au centre de la tribune des enseignants Minerva, laquelle siégeait à côté d'un Lee Jordan frétillant et près à lancer un maximum de stupidité sur la durée d'un seul et même match, se trouvant à l'extrémité il avait trouvé le moyen de s'assoir non loin de Quirrel : ne jamais laisser passer un moyen d'observer cet imbécile. Mais avant tout, il était là pour voir son équipe triompher une fois de plus sur celle de Minerva et fort de cette victoire il serait sans doute à même d'avoir enfin une discussion avec la concernée. Le match engagé, il suivit des yeux, avec attention, ses joueurs : la stratégie était peu délicate voire franchement mal venue, mais enfin… cela permit à son équipe de se maintenir au niveau des Gryffondors – et leur permettrait de les dépasser. Le jeu, rythmé par des 'Jordan !' menaçant proférés par Minerva, à tel point que parfois on devait l'entendre, sans rien pour renforcer sa voix pourtant, de l'autre bout du stade, et des fautes plus ou moins graves, se poursuivait. Il eut bien du mal à se défendre d'un léger sourire en entendant le 2ème année répondre au énième rappel à l'ordre :
« - D'accord, d'accord. Flint a failli tuer l'attrapeur de Gryffondor, ce qui aurait pu arriver à n'importe qui et donc Gryffondor bénéficie d'un penalty repris par Spinnet et c'est Gryffondor qui gagne le Souafle. »
La remarque était ironique mais assez juste : cette manière de jouer à la limite de la légalité finirait par nuire et même si une part de lui n'aurait pas refusé le plaisir d'un Potter se prenant un Cognard dans le visage ou le bras, il fallait reconnaître qu'ils avaient juste réussi à indigner la foule, et à faire gagner un penalty à l'ennemi… Il jeta un regard de biais à Minerva : concentrée, elle suivait les paroles de Lee Jordan avec attention afin de pouvoir le forcer à une forme d'impartialité mais tout le reste de sa personne était dans le jeu. Il pouvait voir au pli de ses sourcils l'inquiétude pour les joueurs et quant à l'issue du jeu, et dans tout le reste de sa physionomie on lisait qu'elle vivait le jeu. Non pas seulement qu'elle y prêtait attention, mais véritablement qu'elle y était : elle le vivait comme si elle y avait été. Celui lui donna l'envie de la voir sur un balai, mais il se rappela à l'ordre et rapporta son attention sur le jeu au moment où un mouvement de foule et des exclamations pointaient une anomalie.
En un instant, il repéra les embardées désordonnées que faisaient le balai, et les vieux réflexes prenant le dessus, il ne prit même pas la peine de vérifier autour de lui – ce ne pouvait et ne devait être que Quirinius – et, fixant son regard sur Potter, commença à marmonner un contre-sort. Le contre-sort lui-même était de la magie noir, et il y avait si longtemps qu'il n'y avait pas fait appel, pas vraiment du moins, qu'il se sentit submergé, presque noyé, avant de parvenir à s'en servir. Et même-là, il avait besoin d'une concentration extrême pour parvenir à suivre le rythme : il savait qu'il faisait quelque chose, mais sentait le bouillonnement de la magie contre laquelle il luttait qui battait presque ses tempes, qui résistait. Il avait le dessous, ou presque. Le duel était intense, et il se trouvait forcé de batailler aussi contre son propre esprit qui partait vers d'autres pensées : celle qu'il fallait qu'il s'entraine, décidément, car il avait perdu la main. L'autre que, si Quirrel s'attaquait ainsi à Potter, alors les choses devenaient sérieuses. Et puis une autre : bon sang, que lui avait-il pris ! Lui qui haïssait Potter, pourquoi son sang n'avait-il fait qu'un tour, pourquoi… ? ce n'est qu'après coup qu'il se souvint qu'il venait de mettre fin à une dette qu'il avait et cela n'était pas la raison.
Et puis, soudain, il sentit qu'il était le seul à se battre : la force de son élan, désormais pris, fit qu'il continua à marmonner un instant, cherchant cette fois à rétablir la balance, car c'était désormais lui qui faisait s'agiter le balais : son action contraire ne se conjuguant plus à celle de Quirrel, il devenait le seul danger. Sans savoir pourquoi il était désormais le seul à se battre ainsi, il rétablit l'équilibre mais fut interrompu alors qu'il avait presque fini par un cri suraigu poussé à sa gauche : éteignant le feu de sa cape d'un geste rageur, préférant ne pas faire de théorie sur qui était l'auteur de cela encore – il s'en doutait d'ailleurs – il constata aux soupirs de soulagement autour de lui que Potter était sauvé, puis un paquet d'exclamations plus tard il se tourna pour voir ce gamin, à terre, le Vif d'Or à la main et faisant gagner haut la main le match à son équipe : décidément, rien à faire ! il lui pourrirait toujours la vie…
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« - Severus !
- Minerva, vous avez gagné vous êtes contente, vous pouvez me parler maintenant, c'est cela ? ironisa-t-il.
- Exactement ! fit-elle, et il laissa échapper un soufflement dédaigneux avant de se décider.
- Et bien puisque nous pouvons désormais parler comme de grandes personnes, voulez-vous venir, je vous prie !
- Je peux vous faire ce plaisir, j'ai gagné après tout, répondit-elle à dessein.
- N'en faites pas trop ou je ne vous dirais rien, menaça-t-il en commençant à dévaler les gradins suivi de Minerva.
- Et vous, n'en faites pas trop, je n'ai pas trois ans. »
Lorsque près d'une heure plus tard il lui eut exposé la situation – autrement dit ce qu'il pensait de Quirrel, en mots crus et pour le moins tranchants – et expliqué les raisons plus que présumées du comportement du balai –, elle marqua une pause, le fixa, et retint un rire.
« - Vous avez sauvez Harry Potter, et de votre plein gré… vous êtes sûr que vous ne commencez pas à l'aimer un peu ?
- Minerva franchement ! Et c'est vous qui me dites que vous n'avez pas trois ans.
- Reconnaissez que…
- Non. Et je ne reconnais pas non plus.
- Tant pis, laissa-t-elle tomber avec un soupir avant de reprendre plus sérieusement. Vous en êtes certain ?
- Comment le serais-je ! se moqua-t-il d'un ton noir. Je suis intimement convaincu. Je vais en parler à Albus et aviser… Et après tout, qui d'autre serait susceptible d'ensorceler ce balai ?
- Oui, oui, parler à Albus, reprit-elle. Après tout, il en sait toujours plus que vous et moi réunis. Quant à ensorceler…
- C'est de la magie noir, et je les connais bien, aucun de mes élèves – même à Serpentard je veux dire – n'a le niveau général pour cela, et encore moins les connaissances en ces sortes de choses. La magie noire est tombée en déliquescence ces temps derniers…
- Je veux bien vous croire, acquiesça-t-elle. Mais enfin, ce balbutiant…
- Croyez ce que vous voulez mais je pense que vous connaissez les habitants de ce château, mieux que moi-même. Et j'ai beau ne pas être du genre à accorder ma confiance, pour cela je me porterais garant de Filius, de Pomona, de Septima et Aurora même. Poppy ne ferait pas de mal à une mouche, et…
- Et moi ? fit-elle.
- Minerva, mais… vous n'êtes pas vous-même ? qui est ici à votre place ! Vous êtes même moins suspecte que Dumbledore ! Par la barbe de Merlin ne posez pas de questions stupides !
- Je… merci, ne put-elle se défendre de dire avant de se rendurcir. Quoiqu'il en soit, oui, j'ai confiance en eux, et… les autres aussi. C'est simplement que… enfin, il paraît si frêle.
- C'est là tout le mystère, dit-il en hochant la tête. Je suis bien d'accord… Mais conjugué à cette histoire de cicatrice…
- Je n'aime guère les temps qui s'annoncent, interrompit-elle. »
Elle lui lança un regard qu'il ne sut pas déchiffrer, et reporta son attention sur un meuble choisit au hasard, qu'elle ne regardait même pas vraiment : c'était là une véritable déclaration, qui disait le fond de son cœur et avouait une peur. Et elle n'était pas coutumière du fait, bien entendu il n'était même plus sûr qu'elle lui ait déjà parlé si clairement, sans ambages, de quelque chose qu'elle craignait. Il coula un long regard sur sa silhouette assise sur le canapé d'en face, dans son salon, et lâcha :
« - Moi non plus… Voulez-vous un verre ? ajouta-t-il.
- Hm… pourquoi pas. »
Il se leva, parcouru son salon, ouvrit un placard et en sortit une bouteille qu'il posa devant lui. Puis deux verres, qu'il remplit d'un doigt de Whisky avant de ranger la bouteille et de prendre des verres pour les amener.
« - Mieux vaut ranger la bouteille tout de suite, ironisa-t-il. En ces temps troublés on pourrait finir saoul sans l'avoir vu venir.
- Vrai, répondit-elle avec un demi-sourire, cherchant à voir en le regardant si c'était là du vécu. »
Il lui tendit son verre et, cette fois, s'assit sur le même canapé qu'elle. Il la regarda et avec un rire bref et froid souleva son verre comme pour trinquer.
« - Tchin, fit-il.
- Tchin, fit-elle écho en levant son verre avant d'ajouter. A quoi trinquons-nous ?
- Je ne sais pas… Au futur ? elle secoua la tête en signe de refus. Au passé ? elle accentua son mouvement. Quoi alors ? vous n'aidez pas.
- Ce n'est pas facile…
- Non.
- Et je n'ai pas envie de trinquer à rien, cela ferait trop vrai, dit-elle froidement.
- Alors… il marqua une pause et la dévisagea. Alors, à la peur, annonça-t-il avant de porter le verre à ses lèvres.
- A notre peur, répondit-elle avant de l'imiter. Il n'avait pas encore bu et, s'arrêtant, la fixa.
- Vous avez raison… cela fait un 'A nous', mais plus vrai, plus déprimant, plus faux aussi… Et, comme pour balayer ce qu'il venait de lui, qui lui apparaissait soudain stupide et sentimental, il but d'un coup la moitié du verre. »
En silence, elle but une gorgée et reposa le verre qui fit un bruit mat et étouffé en percutant la table de bois.
« - Severus ?
- Minerva ? fit-il en même temps.
- Allez-y d'abord, s'empressa-t-elle, pas très sûre désormais de ce qu'elle voulait dire.
- Je…, il se décida pour la fin de son verre, le but d'une traite, et reprit. Je crois que je vais avoir besoin de me remettre à niveau.
- …à… niveau ?
- Ma magie noire, ma défense, mes réflexes… je me suis avachi dans les plaisirs du calme…
- Les plaisir du calme ? ces années étaient-elles des délices de Capoue ? fit-elle, ironique, en levant les sourcils d'un air de doute.
- Par rapport à la vie de mangemort, oui, répliqua-t-il sans même prendre la peine de s'énerver. Ma réponse à Quirrel était vaseuse et manquait de précision, mon esprit dissipé.
- Je vois… dit-elle lentement, sans voir où il voulait en venir.
- Et bien, commença-t-il, portant le verre à ses lèvres et constatant qu'il était vide. Et saloperie ! et j'ai dit que je n'en reprendrais pas… Il reposa son verre sur la table d'un geste mécontent et, ne supportant pas sa propre hésitation : J'aurais du mal à me remettre à niveau seul.
- C'est-à-dire ? Oh…, ajouta-t-elle en comprenant soudain. Mais… je… enfin… Elle se reprit. Je ne suis sans doute pas la plus indiquée ?
- Qui d'autre alors ? et après tout, je suis le juge, expliqua-t-il d'un ton calme, tentant de faire apparaître sa demande comme normale. Je ne dis pas que j'en aurais besoin, je demande… enfin, si cela venait à être nécessaire ?
- Je ne vois pas comment je pourrais vous refuser cela, répondit-elle à voix basse et comme fatiguée, ses pensées prenant le pas.
- Merci… Vous vouliez me dire ? ajouta-t-il pour couper à court à son propre trouble.
- Oh, rien, rien vraiment…
- Minerva, dites-le, je viens de vous demander de l'aide, vous ne pouvez pas paraître ridicule après cela ! »
Il avait raison. Merlin, il avait raison… il y avait longtemps qu'elle n'avait pas réussi à le formuler ainsi mais qui lui eût fait cette remarque ? Albus… oui, oui, toujours lui. Mais qui d'autre aurait su le faire ainsi, de cette manière ? Personne, pas même le vieil homme. Personne à part Severus. Il était seul à… seul à la connaître bien. Seul à la mettre en colère ainsi, seul qu'elle pouvait… aimer ainsi.
« - Je voulais vous dire ce qui ne se dit pas.
- Tout se dit.
- Non, répliqua-t-elle vertement. Mais je crois que je vous aime. »
Sans même s'en rendre compte, sans même savoir ce qu'elle en pensait, sans… elle l'avait dit. Et aussi éberlués l'un que l'autre, ils ne trouvèrent rien à dire. Que dire de plus ? Elle se leva, déposa sur ses lèvres un vague baiser, comme elle l'aurait fait sur le front d'un enfant pour lui souhaiter bonne nuit, et sortit de la pièce d'un pas saccadé. Trop d'émotions dans la journée, sans doute… Assis dans son salon à fixer son verre de whisky vide, Severus croyait rêver qu'il ne rêvait pas. Ni heureux ni quoique ce soit, il se sentait plutôt pas. Rien. Trop. Oui, il avait peur…
