Bonjour à tous!
Voici le dernier chapitre à proprement parler. Il y aura un épilogue prochainement (je travaille encore dessus).
Merci d'avoir pris le temps de lire le chapitre précédent (et d'avoir laissé une review, merci Ninja :p). Merci à antares.78 pour ses précieux conseils.
Je vais vous laisser lire. A la prochaine!
« A la prochaine contraction, on pousse. »
Cuddy regarde son médecin, un peu désorientée. Elle a perdu le compte des heures qu'elle a passé à attendre ce moment précis depuis la veille, des heures dont son corps a eu besoin pour se préparer à expulser un petit être humain de son ventre. En une fraction de seconde, sa confiance en elle s'est dégonflée comme un ballon. Elle a mal au dos, sa peau est collante de sueur. Elle est épuisée. Elle veut que ça se finisse. Et elle ne sait pas si elle va y arriver.
« Cuddy. » House serre sa main et obtient son attention. Il la regarde avec une telle dévotion, avec la force qu'elle n'est pas sûre de pouvoir trouver. « Tu vas y arriver, » affirme-t-il fermement. Et en une fraction de seconde, elle reprend confiance en elle.
Elle le regarde droit dans les yeux quand la contraction arrive et elle commence à pousser en criant. Il lui tient la main et l'encourage jusqu'à ce qu'elle retombe sur le lit, à bout de souffle.
« Elle est sortie ? » demande-t-elle, les yeux fermés.
« Pas encore, mais vous vous en sortez très bien, » lui répond Westhall. Elle ricane nerveusement. House lui éponge le front avec une serviette, lui murmure à l'oreille qu'il est fier d'elle.
« Je vais me redresser, » dit-elle en cherchant le bouton qui va lui permettre de lever la partie supérieure du lit. House le trouve et l'aide à bien remettre les oreillers.
« Préparez-vous, » annonce Westhall après un coup d'œil vers le moniteur. Elle suit ses yeux, mais ce qui l'intéresse, ce n'est pas la fréquence de ses contractions – c'est la fréquence cardiaque du fœtus, rapide et stable.
House serre sa main. Inspirant un grand coup, ses yeux rivés au cœur du bébé, elle pousse encore, essayant de tenir plus longtemps que la dernière fois. Elle agrippe la main de House dans l'une des siennes, le drap dans l'autre. Elle essaie de se rassurer en se disant que Mary sera là dans quelques minutes, mais quand la contraction prend fin, Westhall lui dit seulement qu'elle 's'en sort très bien'.
« Vous voyez la tête ? »
« Pas encore. »
« Pourquoi pas encore ? »
« Il arrive que cela prenne du temps, docteur Cuddy, » lui dit-il d'une voix chaleureuse, et la partie logique de son cerveau sait que cela devrait suffire à la rassurer. Il a accouché des centaines de femmes – il sait de quoi il parle.
« Elle va bien ? » demande-t-elle, inexplicablement au bord des larmes. House pose sa main sur son épaule.
« La fréquence cardiaque est normale. Docteur Cuddy, » l'appelle Westhall, s'assurant qu'elle le regarde dans les yeux. « Cela prend du temps, » répète-t-il avec le même sourire rassurant. « Elle se prépare à sortir. Ce n'est pas vous qui faites quelque chose de mal. »
« D'accord, » acquiesce-t-elle avant de se tourner vers House. « Elle est aussi têtue que toi. »
« On ne peut pas dire qu'elle ait gagné à la loterie génétique avec toi non plus. » Elle rit comme si elle n'avait jamais rien entendu d'aussi drôle. Il continue, parce qu'à l'entendre rire son cœur éclate de joie. « Là je suis en train d'imaginer les nuits blanches qu'on va passer à l'écouter pleurer. »
Cuddy est soudain submergée toute entière par vague d'affection et de tendresse pour lui – elle rejette la faute sur ses hormones. « Je t'aime, » dit-elle, ses yeux mouillés de larmes à force de s'inquiéter, de souffrir, de rire, d'aimer.
Westhall émet un énième avertissement. House l'embrasse sur le front et enfouit son visage dans ses cheveux, lui chuchotant qu'elle est têtue comme une mule et sacrément courageuse et qu'elle va y arriver.
Mais il faut encore plusieurs contractions avant que Westhall puisse voir la tête du bébé. Cuddy pousse depuis plus d'une heure – une éternité, en somme. Elle n'est plus qu'inquiétude et angoisse et elle demande à House d'arrêter de lui souffler des encouragements à l'oreille parce que lui tenir la main lui suffit amplement et qu'elle a besoin d'espace pour se concentrer.
Westhall, encore une fois, lui dit qu'elle s'en sort très bien, mais il est interrompu par une salve de bips provenant du moniteur.
Elle ne se demande pas qui envoie des chiffres alarmants, elle ou le bébé, parce qu'elle sait. Elle sait.
Elle et House se tournent vers l'écran, et voient que le nombre indiquant la fréquence cardiaque fœtale est désormais rouge et vaut la moitié de ce qu'elle était une minute auparavant. Elle remarque vaguement les infirmières qui entrent dans la chambre et Westhall qui leur ordonne de les emmener au bloc, House qui la regarde avec des yeux emplis de terreur. Il tient sa main encore plus fort et essaie de la suivre, mais dans le couloir il lui glisse des mains parce que le lit roule trop vite et qu'avec sa jambe il n'arrive pas à tenir le rythme.
« House ! »
« Juste derrière toi ! »
Il les regarde prendre l'ascenseur, Cuddy se tournant dans sa direction alors que les portes se referment, avant de prendre un comprimé d'ibuprofène et de s'approcher du bouton d'appel. Il attend le prochain ascenseur mais ça prend beaucoup trop de temps, pourtant ils ne sont séparés que depuis à peine deux minutes.
Quand il rejoint le bloc, les bras lavés et le torse blousé – juste au cas où – il la voit se tordre le cou pour surveiller les portes coulissantes derrière elle, et pourtant elle ne l'a pas encore aperçu – il le sait parce que quand leurs yeux se rencontrent elle tend le bras vers lui bien qu'il soit encore trop loin.
Quand enfin il saisit sa main il se demande pourquoi elle l'a choisi lui pour la soutenir et être avec elle en cet instant – lui qui est en train de s'écrouler et qui surfe sur une vague d'adrénaline, la seule raison pour laquelle il est encore là – mais la vague d'adrénaline ne va pas durer et il ne sait pas comment il va réagir quand elle le rejettera sur la plage.
C'est de la terreur pure qu'il lit sur son visage, et il ne l'a jamais vue – Cuddy, son roc – dans un tel état et cela lui fait très peur.
« Césarienne ? » s'entend-il demander à Westhall.
L'obstétricien secoue la tête. « Le bébé est trop loin. Je crois que le cordon est coincé entre la tête et le bassin. Il faut pousser, peut-être utiliser les forceps. »
« Préparez-vous, » entend Cuddy, mais elle a l'air perdue, distraite par tous ces gens en blouse chirurgicale à ses pieds, par les alarmes qui émanent du moniteur, par cette fréquence cardiaque qui reste trop basse.
« Cuddy, » l'appelle House. Elle reconnait immédiatement sa voix dans tout ce vacarme et se tourne instantanément vers lui. Il prend sa main et la serre fort, appuyant son front contre le sien. « Tu dois le faire. Tu dois la sauver. Il n'y a que toi. Tu vas y arriver. »
Fermant les yeux, elle se concentre sur sa main et son front et ses mots et bloque tout le reste. Elle rassemble ses forces et pousse aussi fort qu'elle le peut. Allez, allez, allez, entonne House. Les infirmières et Westhall l'encouragent, la pressent – elle y est presque.
A ce moment précis, il n'est pas sûr s'il encourage Cuddy à pousser, ou s'il s'encourage à croire que tout va bien se terminer. Il ne fait plus attention à ce qu'il dit, peut-être qu'il dit n'importe quoi, peut-être qu'il n'aide aucunement Cuddy. Il s'accroche aux mots qui sortent de sa bouche pour s'ancrer dans la réalité. Ils sont bloqués dans ce terrible purgatoire, ils sont ensemble et il ne sait plus s'ils sont encore deux personnes ou plus qu'une, dans ce moment suspendu dans le temps, à quelques secondes de l'évènement qui va changer leur vie pour le meilleur ou pour le pire. Il n'y a rien à faire si ce n'est attendre que chaque seconde passe, d'une lenteur épouvantable, et il est sûr que même Dieu a quitté la pièce depuis longtemps.
Enfin, enfin, Cuddy pousse une dernière fois, criant plus fort que jamais, et il voit Westhall couper le cordon et emmener le bébé, suivi par les infirmières.
Ses oreilles bourdonnent à cause du cri qu'il n'entend pas.
C'est la voix de Cuddy qu'il entend clairement par-dessus le chaos, « House, pourquoi elle ne pleure pas ? »
Lorsque Cuddy fut trop fatiguée, House ramena le bébé à la morgue. Une fois revenu, il s'allongea dans le lit avec elle et l'aida à démêler ses cathéters afin qu'elle puisse s'allonger face à lui.
Ils restèrent couchés face à face un moment, le bruit de la respiration de Cuddy dans son masque meublant le silence. Il caressa doucement son bras et ils se regardèrent dans les yeux.
« House, » dit-elle doucement en enlevant son masque. « Pas de bêtises quand je serai partie. Rachel a besoin de toi. »
Il soupira. « J'ai pas envie de parler de ça. »
« Promets-moi, » insista-t-elle fermement.
Il se tourna à nouveau vers elle. Elle le regardait droit dans les yeux.
C'était la dernière chose qu'il devrait faire pour elle.
« Je te le promets, » lui dit-il, et il pensait chaque mot qu'il prononça. Elle remit son masque et il serra sa main.
Il lui aurait décroché la lune si elle le lui avait demandé.
« Je suis désolé de ce que je t'ai dit, » murmura-t-il alors. « J'ai dit que c'était de ta faute. » Elle secoua la tête. « Je suis désolé, Cuddy. »
Elle enleva à nouveau son masque. « Je suis désolée de ne t'avoir rien dit. »
Il y eut un silence. House arrivait lentement mais sûrement à une conclusion. « Tu as bien fait, » lui dit-il, et une fois encore, il pensait chaque mot.
« Je nous ai tuées toutes les deux. » Ses yeux étaient mouillés et elle les ferma avec force. « Pardonne-moi. »
Il caressa son visage, tentant de stopper ses larmes. « Cuddy, ce n'était pas de ta faute, » dit-il, mais ses mots sonnaient faux.
C'est alors qu'il se rendit compte que prendre sur lui ne suffirait pas – il devait le lui pardonner avant de la laisser partir. Pour leur salut à tous les deux.
« Tu es pardonnée. » Elle laissa échapper un sanglot de soulagement et il embrassa ses lèvres. « Je t'aime. »
« Je t'aime. »
« Je ne veux pas mourir, House, » murmura Cuddy quand les premières lumières du jour firent leur apparition à travers les stores. Ils étaient restés allongés ensemble toute la nuit.
« Ça va aller. » Il la serra dans ses bras et embrassa son front pour qu'elle ne le voie pas pleurer.
« J'ai peur. »
« J'ai plus peur que toi alors arrête de pleurnicher. » Sa blague n'amusa ni elle, ni lui. Il huma l'odeur de ses cheveux pour se donner du courage. « Ça va aller. Tu vas juste t'endormir. Je reste avec toi. »
Elle s'agrippa plus fort à lui.
« Dis-lui que je l'aime. Dis-lui que je suis désolé. »
Elle hocha la tête.
Il regarda son score de Glasgow diminuer lentement alors que le soleil grimpait dans le ciel et illuminait la chambre. Elle n'ouvrit plus les yeux que quand il appelait son nom. Elle cessa de parler. Elle cessa d'ouvrir les yeux.
Il caressait son bras et ses cheveux sans cesse. Il regardait les reflets roux de ses cheveux et ses yeux presque translucides faire face au soleil.
Lorsqu'il fut nécessaire de l'intuber, il descendit du lit et détourna le regard lorsque Wilson et une infirmière insérèrent un tube dans sa trachée.
Il se rassit sur la chaise près du lit et prit sa main.
« Mange quelque chose, » lui conseilla Wilson d'une voix calme. « Repose-toi un peu. Tu ne peux plus rien faire. »
« Je reste. J'ai promis. »
Wilson hocha la tête tristement et posa la main sur son épaule avant de quitter la pièce.
Quand elle mourut, quelques heures plus tard, personne n'accourut pour tenter de la ranimer.
Elle partit tranquillement et en paix, sa main dans celle de House. Il espérait que grâce à lui elle n'eut pas peur.
House se leva et éteignit le moniteur. Ses yeux se posèrent sur le corps sans vie allongé dans le lit et, avant qu'il ait le temps de s'en rendre compte, il s'était recroquevillé contre elle en sanglotant.
