LIVRE III
The Order of the Phoenix
Chapitre XII – It's a war we'll surely lose…
En d'autres circonstances, la fin d'année toujours plus proche aurait gardé Vega en haleine. C'était l'époque des BUSES, comme le rappelait la Gazette du Sorcier dans un minuscule encart au sommet d'une de ses multiples colonnes d'éditos. Elle avait beau perdre la notion du temps, elle était parvenue à garder en tête l'imminence, pour Harry, de ces épreuves. Elle aurait aimé pouvoir lui donner quelques conseils, notamment et surtout en potions, mais après leur dernière discussion… C'était plus que dangereux et surtout pratiquement impossible. Sirius se contenta de lui envoyer une missive aussi anonyme que possible lui souhaitant bonne chance et s'attira par la même les foudres de Remus qui trouva utile de lui rappeler à quel point il était dangereux d'attirer l'attention sur leur filleul, sur eux mêmes… Etcetera, etcetera. Connaissant son frère, elle savait que c'était inutile mais au point où ils en étaient tous, mieux valait laisser tout le monde se calmer d'une manière ou d'une autre. Pour Lupin, c'était en essayant de canalyser Sirius. Pour ce dernier, c'était plutôt d'essayer de trouver tous les moyens possibles et imaginables de le contredire en faits et en actes. Et pour elle…
Elle se concentrait sur sa fille, s'occupait aussi bien d'elle que possible, tentait par tous les moyens de mettre un semblant de normalité dans sa vie, de rire quand elle riait et l'entourer de tous les soins possibles. Ce n'était qu'un moyen comme un autre d'essayer d'oublier que tous les professeurs de Poudlard, les uns après les autres, faisaient la une des journaux pour une raison x ou y. Trelawney pour son incompétence, quelques semaines auparavant, Hagrid pour sa « violence »… Elle attendait presque le jour où McGonagall serait accusée de félonie et mise à la porte. Alors ce serait vraiment la fin de l'école. Et sans doute la fin de l'Angleterre.
Elle était assise sur son lit, sa fille sur les genoux, en train de lui raconter une histoire quand la porte de la chambre s'ouvrit en battant. Elle sursauta, tirant la petite de son début de sommeil et se releva précipitamment. Remus était là, l'air mi-stupéfait, mi-terrifié. Elle sentit son cœur bondir. Il se précipita vers elle et déglutit.
« Remus, qu'est ce qui se passe ? Qu'est ce qu'il y a ?
- C'est Minerva, elle a été attaquée à Poudlard, » lâcha-t-il d'une voix tendue. « Quatre éclairs de stupéfixion, elle est à Ste Mangouste.
- Quoi ? Mais qui ? Pourquoi ?
- C'est Hagrid qui était visé, elle était proche, elle tentait d'arrêter les Aurors… Les éclairs ont rebondi sur lui. »
Elle balbutia, incapable de répondre, et déposa Sirius sur le lit. Inconsciente de son trouble, cette dernière ferma les yeux et parut s'assoupir. De quel droit… Elle serra les poings et tenta de garder son calme. Elle était bloquée ici. Elle ne pouvait rien pour elle. Elle ne pouvait pas aller la voir. Pourquoi est-ce qu'il me dit une chose pareille quand je ne peux rien faire ?! Elle se détourna, s'approcha de la fenêtre. Les gens vaquaient à leur occupation, bien loin de ce qui se tramait autour d'eux. Incapable de voir que leur monde était en train de s'écrouler.
Remus n'avait pas bougé, debout face au lit, immobile et apparemment choqué. Des pas dans l'escalier résonnèrent et Sirius, son frère, apparut dans l'encadrement de la porte. Il devait être en train de dormir, vu son air hagard et le désordre de ses cheveux. Elle échangea un regard rapide avec lui, suffisant pour qu'il comprenne que quelque chose se passait.
« Il faut que nous y allions, » dit-elle avec force. « Nous n'allons pas la laisser seule, elle était là pour chacun de nous quand nous avions besoin d'elle.
- Attendez, de qui vous parlez ? Qu'est ce qui se passe ?
- Minerva McGonagall est à Ste Mangouste, elle a été attaquée, » éluda Lupin. « Tu sais très bien que vous ne pouvez pas…
- Il ne fallait pas venir me prévenir si tu ne voulais pas que j'y aille. Tu fais ce que tu veux, Remus, mais j'irai avec ou sans ton autorisation.
- Je viens avec vous. »
Il se tourna vers elle et soutint son regard de longues, très longues secondes. Elle releva le menton et croisa les bras sur sa poitrine. Il finit par acquiescer, faiblement, et leur demanda à tous les deux de rester ici le temps qu'il prévienne les autres qu'ils se rendaient à l'hôpital. Elle le regarda sortir et se dirigea vers sa fille pour la coucher. Elle s'assura qu'elle était bien installée avant de se diriger vers la cheminée de sa chambre. Elle saisit une poignée de poudre de cheminette. Andromeda Tonks, déclara-t-elle avant de la jeter dans l'âtre. Sirius l'observait en silence tandis qu'elle passait la tête dans les flammes. Je passe beaucoup trop de temps dans des cheminées, ces temps-ci.
Elle ne voyait qu'une petite partie de ce qui ressemblait à un salon relativement moderne et meublé avec goût. Elle regarda autour d'elle et aperçut des jambes, visiblement masculines. Espérons que c'est Ted… Elle s'éclaircit la gorge, le vit sursauter.
« Ted ? Ted Tonks ?
- Euh… Oui, c'est moi, » répondit-il en s'approchant. Il mit un instant avant de la reconnaître. « Oh, Vega ! Qu'est ce que vous faites ici ?
- Je suis désolée, Ted, je suis assez pressée… Est-ce qu'Andromeda est disponible ?
- Oui, je vous l'appelle.
- Je vous remercie. »
Elle lui sourit et le vit disparaître dans un couloir. Elle jeta un œil derrière elle pour vérifier que son frère était toujours là. Il était appuyé sur le contrefort de la porte et ne la quittait pas des yeux, mutique. Elle n'aurait pas su dire s'il l'approuvait ou s'il la réprouvait. Et, à vrai dire, elle n'en avait cure. Il était question de McGonagall, de la femme qui l'avait sauvée et de la femme qui lui avait tout pardonnée. Et elle ne devait pas, ne pouvait pas rester sans rien faire alors qu'elle était à l'hôpital, probablement seule.
Elle revint vers le salon des Tonks et vit s'approcher sa cousine, visiblement surprise de la voir. Elle s'assit au sol avec une grâce surprenante et fit signe à son mari de disposer. Vega soupira, plus soulagée qu'elle ne pensait l'être par la vue d'une femme qu'elle ne connaissait pour ainsi pratiquement pas.
« Vega, Ted a dit que c'était urgent. Que se passe-t-il ?
- McGonagall est à Ste Mangouste, je dois… Nous devons y aller, » expliqua-t-elle. « Est-ce que… Enfin, je suis gênée de te le demander mais…
- J'arrive immédiatement. Ecarte toi. »
Elle l'entendit prévenir son époux qu'elle partait et obtempéra en se reculant. Elle apparut dans sa chambre quelques instants plus tard et observa la fratrie de ses yeux sombres. Elle finit par leur sourire et les saluer. Sirius lui adressa un regard dubitatif et finit par descendre dans le salon, laissant les deux femmes seule à seule. Elle se mordit la lèvre et passa une main dans ses cheveux. Elle avait beau en avoir déjà parler avec elle, elle ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir de ne pas avoir fait l'effort de la contacter avant d'avoir besoin d'elle.
Sa cousine, quant à elle, ne paraissait pas s'en soucier. Tout juste semblait-elle inquiète, et sans doute pour son ancienne professeure plus que pour le temps qu'elle allait devoir passer ici.
« Ne t'inquiète pas, Vega, » dit-elle avant qu'elle n'ait le temps de s'excuser. « Nous en avons déjà parlé. Comment va-t-elle ?
- Je ne sais pas, elle a reçu quatre éclairs de stupéfixion. Je ne peux pas…
- Bien sûr que tu ne peux pas. Faites attention à vous, vous êtes toujours recherchés. Et ne t'inquiète pas pour ta fille, je m'en occupe.
- Vega ! » entendit-elle Remus l'appeler. « Vega ?
- Va. Je reste jusqu'à ce que vous rentriez.
- Je te remercie je…
- Va. »
Elle lui fit signe de sortir. Elle lui sourit presque timidement et descendit les escaliers. Remus avait déjà enfilé une veste et Sirius était déjà transformé en chien. Elle lui adressa un regard surpris – cela faisait un certain temps qu'elle ne l'avait pas vu ainsi, depuis la rentrée en réalité. Il n'était pas forcément moins visible ainsi qu'il ne l'était en humain, surtout depuis que Lucius Malefoy l'avait croisé à la gare, aussi ne comprit-elle dans un premier temps pas pourquoi il s'était transformé.
Ce fut lorsqu'elle vit la cape dans les mains de son fiancé qu'elle comprit. C'était la cape d'invisibilité de Fol-Œil, laissée là depuis plusieurs semaines. Elle saisit sa propre veste, avant que Remus ne l'arrête. Elle suspendit son geste et se tourna vers lui. Son visage était tendu, presque rigide. Il était venu la voir en sachant parfaitement qu'elle exigerait d'y aller. Le choix n'avait pas dû être facile : lui mentir de manière éhontée, au risque qu'elle finisse par le découvrir, ou lui annoncer et risquer de la voir découverte. Quelque part, elle lui était reconnaissante d'avoir choisi la deuxième voie, quand bien même elle était en train de risquer sa vie et celle de son frère. Et celle de Remus. Mais il est question d'elle.
« Qu'est ce que tu veux que je fasse ?
- Transforme toi et rentre dans cette cage, » lui ordonna-t-elle en indiquant la vieille cage dans laquelle le hibou familial vivait à l'époque où ses parents vivaient encore dans la demeure. « Sirius sera sous la cape, et toi… Tu joueras ton rôle de chouette. Pas un mot, pas une réaction humaine. Entendu ?
- Entendu. »
Sirius aboya et se laissa recouvrir de la cape. Elle jeta un œil derrière elle, dans les escaliers, où Andromeda se tenait. Elle lui adressa un signe de tête, elle lui répondit d'un sourire. Elle ferma les yeux et se transforma. Ça faisait trop longtemps, songea-t-elle en prenant place dans la vieille cage. Tout était plus simple, sous cette forme. Elle comprenait son frère qui avait pensé, à l'époque où James était encore vivant, à définitivement devenir un chien. C'était agréable, de ne plus être humain.
Elle se laissa porter, puis poser dans une voiture moldue. Il y en avait toujours une de disponible, stationnée devant le 12, square Grimmaurd. Elle respira profondément, du moins aussi profondément que lui permettaient ses poumons de volatile. Intérieurement, elle souriait et exultait. Dehors, je suis dehors ! Elle claqua du bec à l'égard de son fiancé qui ne lui adressa pas un seul regard. Elle abandonna et jeta un œil par la fenêtre de la voiture. Son frère était là, allongé près d'elle sur la banquette. Elle apercevait une touffe de poils dépasser de la cape. Prions pour que ça marche.
Elle se tint tranquille tout le trajet, presque surprise de la manière dont Remus conduisait. Il avait dû apprendre avec ses parents, du moins avec sa mère moldue. Il n'avait aucun souci à slalomer autour des autres véhicules, des feux, de toutes ces choses qu'elle ne comprenait pas et dont elle ne connaissait rien. Elle n'avait jamais passé que très peu de temps dans le Londres moldu, pas par mépris ou désintérêt, mais par manque d'opportunité. Il avait été question que Remus lui montre tout ce qui était digne d'être vu, des années auparavant, mais comme pour le reste, ces projets avaient été balayés par les évènements de Godric's Hollow.
Elle mit donc du temps avant de reconnaître la façade dissimulée de l'hôpital – Purge & Pionce Ltd, un ancien magasin de vêtements dont la devanture avait été conservée pour protéger le secret magique de l'établissement. Elle piaffa quand la voiture s'arrêta un peu brusquement et attendit que son fiancé ne vienne récupérer sa cage. Sirius sauta de la voiture et s'assura qu'il était bien recouvert – elle indiqua vaguement le bout de sa queue laissé visible du bout de son aile. Remus soupira et se dirigea vers l'un des mannequins de la vitrine pour lui demander l'autorisation d'entrer pour visiter la professeure McGonagall. La porte s'ouvrit et ils entrèrent dans l'immense hall. Il fallut encore attendre qu'on les redirige vers le bon étage et la bonne porte avant qu'ils ne se dirigent vers la bonne chambre.
Elle s'efforçait de se comporter avec retenue, comme une véritable chouette, en prenant soin de ne regarder personne. Ses yeux étaient trop colorés, trop vifs pour un véritable animal et elle n'était pas certaine que le Ministère sache pour son statut d'animagus. Dans le doute, il valait mieux ne rien tenter d'idiot. Elle observait les alentours quand elle aperçut ce qui ressemblait à un agent ministériel. Elle se figea et battit vaguement des ailes quand Remus posa sa cage. Près d'elle, elle entendait les halètements canins de son frère. Oh non, pitié, non…
« Bonjour, contrôle d'identité, puis-je voir vos papiers ?
- Bien sûr, » entendit-elle Remus répondre. « Remus John Lupin.
- Je vois… Pourquoi transportez-vous une chouette ?
- Je l'amène au professeure McGonagall. Elle est blessée et je pense qu'elle voudrait pouvoir prévenir ses collègues de son état.
- Poudlard a ses propres chouettes, si je ne m'abuse.
- En effet, mais Poudlard a aussi ses propres problèmes. »
Il y eut un silence, avant que sa cage ne s'ébranle et ne s'élève. Elle ferma les yeux, feignant le sommeil. C'était l'agent qui l'examinait. Elle laissa sa tête pencher légèrement, comme le faisaient les véritables chouettes endormies et attendit. Patiemment. Pas tant que ça. Elle sentit des doigts se poser sur son plumage et s'ébroua avant de vaguement ouvrir les yeux. Il était déjà en train de la tendre à son propriétaire, le remerciant de sa diligence et lui rappelant d'être attentif. Elle aurait soupiré, si elle en avait été capable.
Leur chemin se termina finalement dans la chambre de Minerva, dont il verrouilla la porte avant de rabattre tous les rideaux. Elle attendit qu'il s'assure qu'il n'y avait pas de mouchard et qu'il ouvre la porte de sa cage pour en sortir et reprendre forme humaine. Elle retira la cape du dos de son frère et le laissa faire de même. Elle s'approcha doucement du lit de sa collègue, de son amie et vit qu'elle était consciente. Faible, mais consciente. Elle lui sourit et prit doucement sa main dans la sienne.
« Vega… Que faites-vous là ? Pourquoi êtes-vous, comment…
- Ne vous inquiétez pas de ça, » lui ordonna-t-elle. « Ce n'est pas important, croyez-moi. Ce qu'il est, c'est vous. Comment vous sentez-vous ?
- J'ai connu de meilleurs jours, mais je vais bien. Vous n'auriez pas dû…
- La question ne s'est pas vraiment posée, Minerva, » intervint Remus. « Ils voulaient tous les deux venir. »
Les deux hommes s'étaient eux aussi approchés et observaient la vieille femme avec une affection. Vieille femme… Elle le paraissait, ainsi étendue dans ce lit blafard. Elle serra les dents et leur adressa un regard bourré de reproches, le même regard que celui qu'elle leur lançait à chacune de leurs farces et de leurs retenues. Sirius s'esclaffa et s'assit sur le bord de son lit. Lupin se contenta de rester près d'elle.
La scène était proprement stupéfiante. Les anciens diables de Poudlard au chevet de leur ancienne directrice de maison, envoyée à l'hôpital par les envoyés du Ministère. Vega sentit une colère sourde monter en elle et dût se retenir de lancer des imprécations à leur intention. Ce n'était pas le moment. La seule chose qui comptait, c'était qu'elle aille bien, du moins aussi bien que possible. Et c'était visiblement le cas. Elle soupira et secoua la tête avant de finalement leur sourire.
« Vous n'avez pas changé, vous trois. Toujours aussi imprudents.
- On ne change pas une équipe qui gagne, » sourit-elle. « Nous ne pouvions pas vous laisser seule et dans cet état.
- Dumbledore en entendra parler, quand il reviendra. Le Ministère et ses ordres stupides… Ils voulaient arrêter ce pauvre Hagrid.
- Je sais, je sais. Mais tout va bien, n'est-ce pas ?
- Pas à Poudlard, » soupira-t-elle. Vega échangea un regard inquiet avec Remus. « Ombrage…
- Ne vous en inquiétez pas. Ce n'est pas le moment. »
Elle serra les dents et secoua la tête. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à Harry, d'espérer que tout allait bien pour lui et que la pire chose qui pouvait lui arriver n'était qu'une mauvaise note à ses BUSES. Ce serait tellement ridicule, tellement… Risible. Quelque part elle voulait presque que ce ne soit que ça. Même un échec, peu importait tant qu'il allait bien. Elle caressa doucement la main de sa collègue, tentant de chasser toutes ces pensées de sa tête. Il aurait utilisé le miroir, si jamais il avait eu besoin d'eux. Il ne l'a pas utilisé la dernière fois, se rappela-t-elle.
Ce fut finalement Remus qui reprit le fil de la conversation, s'enquérant de son état, de ce qu'avaient dit les médecins, de ce qu'ils pensaient. De ce qui s'était exactement passé, devant la cabane d'Hagrid. Elle n'écouta que d'une oreille distraite, les yeux perdus dans la direction de son frère. Il jouait dans un câble relié au lit, distraitement, visiblement aussi anxieux qu'elle. Sans doute à l'idée qu'on les trouve. Ou à l'idée qu'il allait bientôt devoir retourner chez eux. Il n'était sans doute venu que pour respirer l'air extérieur elle savait que même s'il appréciait beaucoup Minerva McGonagall, il n'aurait pas pris ce risque uniquement pour elle. Il finit par lui sourire. Elle lui en renvoya un, faible.
Elle était sur le point de lui demander si elle savait où en étaient les épreuves quand la porte de la chambre s'ouvrit à la volée. Son cœur rata un battement. Non, pitié, non. Elle sauta sur ses pieds et, par réflexe, contourna le lit et entraîna son frère. C'est la fin, lui susurrait son esprit. C'est la fin et tu l'as cherché. Elle serra la main de Sirius et s'agenouilla, tout en sachant parfaitement qu'ils étaient plus que visibles, même de loin. Elle déglutit et ferma les yeux, comme si tout ça allait disparaître pour la simple raison qu'elle le désirait.
« Relevez-vous, vous deux. » La voix, familière, était aigre et moqueuse. « Vous avez de la chance que je ne sois pas du Ministère.
- Qu'est ce que tu fais ici, Severus ?
- Je venais vérifier que Sirius était vivant. Visiblement, c'est le cas. »
Elle se releva lentement. Dans d'autres circonstances, elle aurait rougi. Une telle situation s'était déjà présentée, à l'époque où ils n'étaient que des étudiants. Sirius et elle fouillaient le bureau de Slughorn à la recherche de son carnet de notes, quand Rogue était entré et les avait surpris. Il avait fallu un nombre certain de maléfices pour le convaincre de ne rien dire à personne. Ce qu'il avait, bien évidemment, fini par faire. Ils avaient écopé de trois heures de colle qu'ils avaient passées à… Récurer les chaudrons à la main, si elle se souvenait bien.
Elle rejeta ce souvenir futile et fixa l'homme dont les yeux, méprisants, les fixaient tous les deux. Minerva était mutique. Tous les yeux étaient tournés vers lui, luisant d'incompréhension. Pourquoi se posait-il cette question ? Ce n'était pas comme s'il s'intéressait à son sort et Dumbledore n'était pas là pour lui ordonner de prendre des nouvelles.
« Il l'est, comme tu peux le voir, » intervint Lupin. « Pourquoi voulais-tu le savoir ?
- Parce que Potter est persuadé qu'il est en train de se faire torturer par le Seigneur des Ténèbres dans le Département des Mystères.
- Je te demande pardon ? » s'exclama-t-elle. « Qu'est ce que tu racontes ?!
- Ce que je vous raconte, c'est que votre bien aimé filleul est sans doute tombé dans le grossier piège tendu par des Mangemorts indélicats à la recherche de la prophétie, et que vous étiez tous les trois introuvables. Voilà ce que je vous raconte. »
Elle sentit son sang se figer, son cœur s'arrêter. Le temps se suspendre. Filleul. Piège. Mangemorts. Prophétie. Tous ces mots ne pouvaient pas, ne devaient pas être placés dans une même phrase. Elle contourna le lit, se plaça en face de son ancien collègue. C'était peut-être une des premières fois de sa vie qu'elle n'avait pas envie de lui en mettre une. Ou qu'elle n'en avait plus envie. Elle sentit la main de Remus sur son épaule, sans vraiment s'en préoccuper. Est-ce que c'est une blague ? C'était toujours une possibilité, avec lui. Mais quelque chose au fond de ses yeux, quelque chose dans la manière dont il ne souriait pas, quelque chose lui disait le contraire.
« Servilus, » intervint finalement son frère en se précipitant sur lui, baguette pointée entre ses deux yeux. « Je te jure que si c'est une plaisanterie…
- Les plaisanteries douteuses, c'est ton fond de commerce, Black. Je suis ici parce que Potter me l'a demandé. Mais comme vous n'en faites qu'à votre tête, le temps de vous trouver…
- Assez de venin, où est-il ? Où est Harry ?
- Probablement au Département des Mystères, là où les Mangemorts l'ont attiré.
- Où est le reste de l'Ordre ? » demanda Remus. « Dumbledore ?
- En chemin. »
Remus hocha la tête et, dans un bruit de détonation, disparut, bientôt suivi de Sirius. Elle resta un instant immobile, à regarder Rogue qui, les bras croisés, avait l'air d'attendre qu'elle aussi transplane. Elle cilla, tenta de reprendre ses esprits. Inutile. Perte de temps. Elle échangea un regard avec son ennemi de toujours et transplana à son tour dans le Département des Mystères.
Elle atterrit près de son frère, qui la saisit par le bras et l'entraîna avant qu'elle n'ait le temps de savoir où ils étaient exactement. Elle crut entendre des voix connues, celles de Tonks et de Kingsley, sans vraiment les voir. Des ordres fusaient et tout ce qu'elle comprenait c'est qu'elle devait suivre son frère et son fiancé qui se jetaient à corps perdus contre les portes en face d'eux. Elle sortit sa baguette et fit de même, comme dans un rêve. Comme dans un ralenti artistique.
Quand ils déboulèrent dans la salle, elle manqua de lâcher un soupir de soulagement en voyant Harry debout, un globe à la main. La Prophétie… Il était là, planté au sommet d'un immense socle sur lequel trônait une arche de pierre. Soudainement, le temps reprit son cours et ses mouvements lui parurent plus rapides, plus précis, son esprit, plus aiguisé. Elle lança un regard à ses compagnons et dévala les gradins pour s'attaquer au premier Mangemort venu – Malfoy. Il visait encore Harry. Elle parvint à éviter son sortilège et riposta. L'espace d'un instant, elle craignit de n'être rouillée faute d'avoir pu pratiquer la magie cette dernière année, mais le duel dans lequel elle était engagée jouait clairement en sa faveur… En leur faveur.
Les Mangemorts, déroutés et visiblement désemparés, ne parvenaient pas à résister aux assauts qu'un Ordre qu'ils n'attendaient pas. Elle aperçut Remus prendre en chasse Macnair qui avait tenté de prendre la Prophétie à Harry. Elle ne put cependant pas l'observer longtemps, occupée qu'elle était avec Lucius Malefoy.
« On est rouillé, Malefoy ? Ces années de Ministère ne t'ont pas réussi ?
- Et dire qu'on te croyait morte, » cracha-t-il en déviant un éclair de stupéfixion. « Il va falloir remédier à ça !
- Je crains que tu ne sois pas celui qui aura ma mort sur la conscience. »
Elle sourit et, après avoir évité de peu l'éclair verdâtre lancé par son adversaire, parvint finalement à le stupéfixer. Il s'effondra lourdement sur les gradins, le regard fixe. Elle s'approcha et donna un coup de pied dans sa baguette qui roula jusqu'au socle supportant l'arche. Elle l'observa un instant avant d'accourir vers les adolescents qui résistaient tant bien que mal aux Mangemorts qui s'acharnaient toujours sur eux. Quel courage que d'attaquer des gamins, songea-t-elle en se ruant entre Hermione et une Mangemort. Quand elle releva la tête, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire. Bellatrix. Sa chère et tendre cousine.
