La journée lui avait paru passer au ralenti, contrastant avec la folie de la veille au soir.

Pour Kate, cela devenait difficilement supportable. Elle avait la détestable impression de ne plus contrôler sa vie, au-delà même de son enquête.

Ils oscillaient entre patience forcée et urgence. Tantôt obligés de ronger leurs freins, tantôt accablés par le stress et l'anxiété.

Cette journée avait été l'une de celles qui habillait d'un voile la réalité. L'une de celles qui devait suivre son court au rythme d'un quotidien biaisé.

Les regards s'étaient croisés, sans jamais se trahir, bien que pour Kate, Esposito et Ryan, l'attente d'un coup de fil hypothétique, annonçant un double meurtre à Brooklyn, jouait sérieusement avec leurs nerfs.

Mais cet appel n'était jamais venu. Pas aujourd'hui. Peut-être jamais.

L'incertitude planait et ils ne pouvaient rien y faire.

Comment expliquer une intuition aussi juste et précise, si jamais Kate faisait le moindre pas vers cette blanchisserie ?

La seule option était désormais l'attente. D'un appel signalant une disparition suspecte, celui d'un habitant du quartier qui trouverait étrange de ne pas voir le couple de gérants, celui signalant une tâche de sang « oubliée » par les hommes qui les avaient froidement exécutés… ou l'attente du retour de Jackson et avec lui, des informations concrètes et cruciales sur le trafic de drogues et les hommes qui s'y livraient.

L'espoir, l'attente, l'impatience, la soif de justice… Autant de sentiments sans écho pour le moment.

Mais en attendant, ce soir, Kate allait devoir affronter un autre genre de sentiment.

La curiosité maladive de Lanie qui, la veille, avait nécessairement franchi un nouveau palier.

Respectant une promesse à peine prononcée, elle s'était rendue chez son amie, au grand damne de Castle, qui aurait préféré la garder pour lui ce soir.

Après les événements de cette nuit, rien n'aurait dû lui paraître insurmontable en termes de gestion de situation.

Seulement voilà, Lanie était terrifiante.

Et les conversations intimes dont elle avait été témoin, devaient avoir alimenté sa soif d'indiscrétion.

Partagée entre l'angoisse de trouver un moyen de contourner les questions de Lanie et le désir de passer une bonne soirée, Kate s'attendait à trouver son amie en forme.

Les salutations d'usage entre copines passées, elle allait devoir faire face en espérant canaliser au mieux la légiste.

- Tu as bien dit à Castle de ne pas t'attendre ma chérie ?

Lanie était absolument en forme, aucun doute possible.

- Hum.. d'ailleurs, il te remercie d'avoir gâché ses plans pour cette nuit, répondit Kate en lui souriant gentiment.

- En fait, il va peut-être réellement me remercier… lui dit Lanie d'un air énigmatique.

Kate ne répondit pas, mais la regarda impatiente de connaître la ligne de pensée de son amie.

- Il se peut qu'en rentrant tout à l'heure, tu sois tellement en manque que tu le réveilleras, prête à le violer s'il le faut…

Beckett ne put réprimer un rire nerveux.

- Je crois que ça n'arriveras jamais ça Lanie, lui dit-elle en souriant.

- Tu as oublié comme tu es émoustillée à chaque fois que l'on parle de ton mari ? demanda la légiste, sûre d'elle.

Kate prit quelques secondes pour lui répondre, incapable de dissimuler plus longtemps son avis personnel sur la question.

- Je parlais d'avoir à le violer…

Elles se regardèrent un instant, puis, explosèrent de rire en même temps.

Avec les années, Kate se rendait compte qu'elle était de plus en plus sensible aux interactions avec ses amis. Elle s'autorisait à rire, à plaisanter, à se confier, et encore une fois, elle le devait à Castle. Il était la raison de tous ces changements positifs en elle. Lui et son amour.

Elle essuya une larme de rire en tentant de reprendre un minimum son sérieux.

- Eh bien… je ne peux pas dire que je suis étonnée par ça, reprit Lanie. Tu sais, cette enquête n'a pas que des mauvais côtés, continua-t-elle

- Lanie, tu t'engages sur un chemin incertain là, prévint Kate.

- Je suis sérieuse ma belle…

Elle but une gorgée de vin avant de continuer.

- J'ai appris beaucoup de choses sur toi ces derniers temps !

- Oui… des trucs qui auraient dû rester dans le domaine du privé, contra Kate, en souriant.

- Je suis ta meilleure amie, non ? demanda sérieusement Lanie

- Sans aucun doute… mais je ne vois pas le rapport ? En quoi être ma meilleure amie te donnerait le droit de connaître tous les détails intimes de ma vie privée ? lui dit Kate, en cherchant à bâtir des barricades pour éloigner Lanie.

- C'est justement ce dont je te parle : je n'ai pas besoin de te demander, j'apprends tout ce que je veux savoir ! Tu me dis tout de toi-même, ce que nous partageons, c'est une relation d'amitié très très forte…

Kate scilla devant la logique improbable de Lanie.

- Oui et bien, parfois, souvent en fait, je préférerais que certains trucs restent entre Castle et moi, se plaignit-elle affectueusement.

- Je te signale qu'hier, personne ne vous a forcé à parler… le problème Kate, c'est que vous ne pouvez pas vous empêcher de vous allumer… forcément, ça dérape et c'est pour ça que tu as besoin de te confier à ta meilleure amie !

- Non, le problème, c'est que vous avez tous les oreilles qui traînent, et c'est toi qui éprouve le besoin d'entendre des détails croustillants pour alimenter ta libido, riposta Kate en la taquinant.

- C'est terriblement sexuel entre vous deux, évidemment qu'on reste à l'affût… et que j'ai envie de savoir quand tu grimpes aux rideaux ! argumenta Lanie

- Pour ça, il faudrait qu'on se voit tous les jours alors, ne put s'empêcher de répondre Kate en ne parvenant pas à camoufler son bonheur conjugal.

- Tous les jours ? Sérieusement ? demanda Lanie

Kate s'abstint de répondre, mais son sourire évocateur le fit pour elle.

- Il est si bon amant ? Dis-moi tout ! la poussa-t-elle

« Oh si tu savais Lanie… le meilleur… » pensa Kate, en sentant les prémices du désir s'insinuer en elle.

- Trouves toi un mec Lanie, se contenta-t-elle de dire, son sourire de plus en plus communicatif.

- Castle n'aurait pas un frère par hasard ? Après tout, il a bien un père qui débarque d'on ne sait où !

En mentionnant Jackson, Lanie, sans le vouloir, avait replongé soudainement Kate dans les événements de la veille, et indubitablement, au fait qu'il les avait laissé pour se lancer à la poursuite d'hommes armés et dangereux.

Instinctivement, Kate se ferma et Lanie s'en aperçut. Endossant alors un nouvel aspect de son rôle de meilleure amie, elle lui prit la main pour la rassurer.

- Je suis sûre qu'il va bien et que bientôt, tu auras de ses nouvelles

- J'espère… ça m'inquiète, expliqua Kate d'une voix nettement plus faible désormais. Hier soir, ça aurait pu très mal se passer… Vikram avait peut-être raison… on aurait pu attendre encore 1 mois avant de planquer… pour être sûre… quand vous nous avez prévenu pour la deuxième voiture, j'ai paniqué…

- Mais tout s'est bien passé au final, la coupa Lanie

- Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'on a eu de la chance cette nuit…

- Et il en faut parfois Kate… Contentes toi de la réalité : nous allons tous bien et personne n'a risqué ouvertement sa vie hier soir…

- Oui mais…

- Arrête de te torturer l'esprit avec ça… lui dit Lanie, soucieuse de rassurer son amie

- Lanie, je vous fais prendre des risques malgré tout…

- Non, ce n'est pas toi, la coupa à nouveau la légiste. Ce n'est pas toi, répéta-t-elle, ce sont eux… toi, tu te bats contre eux pour une bonne raison, et nous, nous avons choisit de te suivre parce qu'on approuve cette raison. On la partage… tu nous obliges en rien Kate…

En réponse, Beckett lui serra la main. Ses amis ne perdaient jamais une occasion de la rassurer, mais au fond d'elle, elle ne pouvait se séparer de ce sentiment inconfortable.

- Tu sais quoi ? lui demanda Lanie, je ne t'ai pas privé de galipettes torrides avec ton mari pour sombrer dans la paranoïa ou l'amertume. Passons aux choses sérieuses…

A ces mots, Kate se demanda quelle discussion à venir lui conviendrait le mieux.

Parler de son enquête qui répandait en elle, colère et inquiétude, ou parler du sujet préféré de Lanie, sa vie privée.

Quand elle regarda son amie, ses yeux brillants d'avance, elle sut que de toute façon, elle n'aurait pas le choix, son intimité allait encore souffrir des indiscrétions de Lanie.

- Parles moi de ce qui s'est passé dans cette voiture…

« Oh non… pas ça ! » pensa Kate.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, tenta-t-elle pour gagner du temps, en souriant de savoir à l'avance qu'elle ne parviendrait jamais à berner Lanie.

- Ah tu ne vois pas hein ? Je te parle de ce que tu aurais eu du mal à expliquer aux garçons si vous vous étiez fait prendre…

- Ce n'est vraiment pas la peine d'en faire toute une histoire, répondit Kate en buvant une gorgée de son jus de fruits.

- Laisses moi en juger par moi-même, contra Lanie

« Elle ne va pas lâcher » pensa Kate

- Lanie, je ne peux pas te dire ça, c'est … privé

- Donc c'est croustillant… exactement le genre de confidences que j'aime ! en conclut-elle

- Sérieusement Lanie ? Tu n'as jamais rien fait dans une voiture ? T'as pas besoin de détails… plaida Kate désespérément.

- Oh si… et si ! … Si tu veux je t'en parlerai, mais d'abord … à toi !

« Elle est redoutable »

- Ce qui m'intéresse, c'est ce que tu aurais eu du mal à expliquer aux gars… toi ? Kate Beckett, qu'est-ce que tu n'aurais pas pu justifier ?

Kate la regarda et ne put s'empêcher de sourire. Son amie était une vraie commère, et le sérieux qu'elle défendait, en posant innocemment des questions très indiscrètes, était réellement une prouesse à réaliser. Comment faisait-elle pour paraître si sérieuse alors qu'elle était suffisamment intelligente pour savoir que de telles questions ne se posaient pas normalement ?

- Ce n'est vraiment rien… abandonna Kate, vaincu une nouvelle fois par le sourire et l'insistance de Lanie… c'est juste qu'on a failli être vu … nous étions sur le parking d'un cinéma d'extérieur et on a vu qu'au dernier moment le gardien qui arrivait vers notre voiture… c'est tout.

Un résumé court, simple et sans détail. Ce n'était pas faux en même temps, et Kate pria pour que cela suffise à son amie.

En vain.

- C'est tout ? Sérieusement Kate ?

- Oui, je t'assure, c'est juste ça… se défendit-elle

- Et vous faisiez quoi exactement ? demanda Lanie, qui dissimulait très mal son intérêt pour la question.

« Bon… alors non, ça ne lui suffit pas… et merde… »

- T'as pas besoin de la savoir Lanie… souffla Kate en la regardant avec des yeux rieurs mais teintés d'espoir.

- Je peux demander à Castle si tu préfères… j'en aurais des détails avec lui !

« Tu m'étonnes… bien sûr que tu en aurais avec lui… il ne sait pas se taire »

- Tu me menaces, s'amusa Kate, en tentant de cacher son sentiment.

- Tu m'y obliges, répondit innocemment Lanie

- Lanie, c'est très indiscret tu sais …

- Oui je sais ! Allez Kate, racontes moi, la poussa-t-elle

Kate se terra dans le silence, elle savait qu'elle allait devoir parler si elle ne voulait pas voir sa soirée s'éterniser autours de cette confidence, et surtout, si elle voulait rentrer à une heure décente pour profiter encore un peu de cette nuit, mais cette fois, dans les bras de son mari.

- Disons que… parfois c'est très pratique de porter une robe… se lança-t-elle, fataliste tant elle connaissait la ténacité de son amie.

- Hum … mais encore ?

- Disons que le film n'était pas aussi passionnant qu'on le pensait… et Castle a parfois les mains un peu baladeuses…

- Tu m'en diras tant ! Donc… tu as eu droit à un petit massage, c'est ça ?

Kate sentit le rouge lui montait aux joues, en même temps que le désir prenait forme dans son ventre. Se remémorer cet épisode érotique la réveillait sensiblement et elle s'autorisa à penser à son mari, probablement en train de jouer à un jeu vidéo … ou en train d'écrire une de ces scènes dont il avait le génie pour fournir assez de détails et de réalisme pour qu'elle en éprouve du désir instantanément.

- Kate ? Tu reviens ici ou je te laisse avec le souvenir de la main de ton écrivain entre les cuisses ?

- Lanie ! s'offusqua-t-elle, presque par habitude, tant Kate savait que Lanie n'était pas dupe de ses pensées les plus intimes.

- Donc, il te … « massait » et le gardien est arrivé ?

A présent écarlate, Kate finit son verre avant de relever les yeux vers son amie.

- Je te préviens Lanie, tu ne racontes ça à personne, lui dit-elle en s'étonnant elle-même de ce qu'elle était capable de raconter à s meilleure amie

- Motus et bouche cousue…

De retour dans ses pensées, le souvenir de la main de Castle faisait son effet, et en évitant le regard de Lanie, s'abstint de lui préciser qu'elle-même n'avait su garder sa main pour elle pendant le film...et Castle avait eu beaucoup de difficulté à retrouver son calme après qu'elle ait du précipitamment relâcher la pression sur son sexe en érection.

- Eh bien … j'adore tes histoires ma belle … maintenant, parles moi de ces fameuses lunettes thermiques !


De retour au loft, bien plus tard qu'elle ne l'avait espéré, Kate trouva son mari profondément endormi dans leur lit.

Elle le regarda amoureusement, la pénombre dessinant le contour de son corps emmitouflé sous la couette.

Lentement, elle se déshabilla, et s'allongea près de lui, complètement nue.

Doucement, elle baisa ses lèvres en se pressant contre lui.

- Hum… tu es rentrée…. Murmura-t-il d'une voix encore ensommeillée

- Oui … babe… tu penseras à remercier Lanie demain, lui dit-elle d'une voix sensuelle, tandis qu'elle l'embrassait de nouveau, féline et amoureuse.

- J'n'y manquerai pas, répondit-il les yeux fermés, toujours endormi.

Elle le regarda, il lui répondait, mais il dormait encore. Elle sourit en pensant à ce que cet homme lui faisait ressentir.

Lentement, elle glissa sa main dans son bas de pyjama et guetta ses réactions, et lorsqu'il ouvrit complètement les yeux, cette fois bel et bien réveillé, il gémit profondément en se délectant des délicieuses tortures que la bouche de sa femme lui prodiguait.