Disclaimer : Hormis mes Ocs, les personnages et l'univers de cette fanfiction appartiennent aux studios SUNRISE
Bêta-Lectrice : La meilleure de toute, je parle bien sûr de Sayuri-Geisha.

Coucou tout le monde ! J'espère que vous allez bien ? Je suis désolée de n'avoir laissé aucune note lors du chapitre précédent, mais je n'avais simplement rien à vous dire, et je n'ai pas donné de date pour la publication de celui-ci car... J'attendais de terminer la rédaction du chapitre 52 (le final !). Le soucis, c'est qu'en ce moment, je suis pas motivée du tout. J'ai l'impression d'écrire n'importe comment, plus mal que d'habitude, je fais des phrases courtes et moches, et ça me frustre terriblement. Donc, en attendant, voici l'avant dernier chapitre de "La Triste Mascarade" ! J'espère que vous prendrez plaisir à le lire ! Je vous retrouve à la fin de celui-ci pour faire le point !


Chapitre LI : Nous changerons le Monde

Les enfants égarés avaient cessé de s'accrocher à leurs rêves.
Dans l'orchestre presque fataliste de la pluie, les pleurs des damnés s'étaient étouffés, et l'injustice avait frappé une nouvelle fois à leur porte.
La mort avait emporté Aiden J. Howards.
Leur souverain n'était plus.
Plus jamais ils n'entendraient les phrases encourageantes de leur seigneur.
L'espoir n'existait plus chez ces idéalistes en quête de reconnaissance. Ils devraient s'y faire. Plus rien ne serait pareil.

Les cris des maudits demeureront inaudibles pour cette société renfermée dans une normalité superficielle. Lian-Hua ne le savait que trop bien, et maintenant qu'elle pouvait prendre sa vie en main, elle se disait qu'avant de tourner la page, elle devait mettre un terme à cette souffrance qui avait duré trente ans.
C'est pourquoi, la nuit du 10 janvier, alors que les Héros rejoignirent les policiers pour témoigner, elle pensa qu'elle avait une tâche plus importante à faire.

« - Je peux vous déposer quelque part si vous le souhaitez ? avait proposé Walter.
- C'est gentil mais... J'ai encore quelque chose à faire », avait-elle avoué.

Alors, sans donner d'indices sur sa destination, elle marcha en direction du manoir. Le chemin s'avéra long et pénible, mais elle refusa de solliciter l'aide d'une personne. Cette histoire ne concernait qu'elle. Seulement elle.

« - Rien de dangereux j'espère ?, s'était inquiétée Lina.
- Non, ne vous en faites pas. Je dois simplement... terminer quelque chose. »

Inscrire le point final du chapitre de sa souffrance, en somme.
D'un pas décidé, le regard fixant l'horizon qui s'étendait à perte de vue, elle continua sa route en se jurant qu'elle ne regarderait jamais derrière elle et resterait forte en toute circonstance.
La vie valait tellement la peine d'être vécue, et maintenant qu'elle pouvait enfin en profiter, des tas d'idées bouillonnaient dans sa tête. Cependant, avant de s'attarder sur des projets, elle comptait bien aller jusqu'au bout de son objectif.

« - Il faudra tout de même que vous repassiez nous voir au poste dans la matinée, l'avait informé l'inspecteur.
- Il en va de soi, je serai là. »

« Je serai là »
Ces trois mots ne constituaient qu'un seul mensonge.

- Je suis désolée..., se murmura-t-elle à elle-même.

Égarée dans ses pensées, elle arriva à destination au bout d'une bonne heure. Elle franchit le portail et entra pour visiter une dernière fois le manoir qu'elle ne connaissait que trop bien.
Le silence régnait à l'intérieur, et les pièces baignaient dans une obscurité que certains rayons de lune transperçaient. A pas de loup, l'asiatique se rendit dans la première pièce à sa droite : le salon. Rien n'avait bougé depuis la dernière fois, forcément. Les grandes fenêtres encadraient le ciel étoilé. Sans prêter attention à la pièce, elle s'attarda sur l'immense portrait d'Itsuki Shirow qui se tenait au-dessus de la cheminée. A la vision de cette peinture, le visage de Lian-Hua s'aggrava, et son mépris à l'égard de son ancien mentor lui noua la gorge. Il avait toujours vécu dans un corps qui ne lui appartenait pas, et changeait d'enveloppe comme on change de chemise. Il ne respectait ni le corps ni la chair de leur propriétaire. Alors, que cherchait-il à prouver en affichant une si grande peinture, d'une de ses nombreuses fausses identités ? Ne goûtait-il pas assez à l'éternité ? Ne se moquait-il pas assez de la mort à jouer au jeu du chat et de la souris avec elle ?

- Orgueilleux jusqu'au bout, siffla Lian-Huan en dévisageant l'homme du tableau.

Les sourcils froncés, elle fit marche arrière et se dirigea spontanément vers l'escalier qui menait aux chambres. Ses pas grincèrent sur les marches, et le couloir vide s'apparenta à la gorge d'un monstre endormi.
Inconsciemment, son regard se tourna vers la porte de sa chambre. Une aura pesante l'imbiba dans un mal-être profond, car de l'autre côté de cette porte se trouvait le corps sans vie d'Itsuki Shirow.
Bien qu'elle sût pertinemment qu'il ne respirait plus, et que plus jamais il n'ouvrirait les yeux, elle se sentit obligée de le vérifier. Dans un soupir inquiet, elle porta avec hésitation sa main sur la poignée avant de la tourner pour ouvrir la porte, le souffle court.
Elle fut accueillie par le cadavre ensanglanté d'Itsuki Shirow sur son lit qu'elle analysa avec répulsion.
L'expression apeurée du fondateur d'Ouroboros révélait un homme lâche et misérable, à jamais frustré d'avoir vu le rêve de toute une vie lui glisser entre les doigts.
Le cercle vicieux commençait à se briser.
Soulagée de constater que son ancien mentor ne se réveillerait jamais, Lian-Hua préféra ne pas s'attarder une seconde de plus sur cette image pathétique. Elle quitta sa chambre et entra dans celle d'Itsuki, juste en face.
La pièce baignait dans les ténèbres, sans que nul son ne vienne briser le mur du silence. Aussi loin que Lian-Hua se souvienne, l'homme avait toujours laissé les volets de sa chambre fermés, voire entrouverts quand les beaux jours arrivaient. Elle tâtonna alors le mur puis actionna l'interrupteur une fois dessus. La pièce se dévoila de nouveau à elle ; elle reconnut le grand lit aux draps pourpres, posé dans un coin, ainsi que le bureau en bois sous la fenêtre. Mais ce qui ressortait le plus était les diverses bibliothèques remplies de livres en tout genre, et qui recouvraient chaque pan de mur.
D'un pas certain, la jeune femme s'avança vers l'une d'entre elles et retira quelques livres. Derrière ceux-ci, un coffre-fort apparut à ses yeux. Un sourire en coin s'étira sur ses lèvres et sans une once d'hésitation, elle composa le code secret sur le panneau numérique. Jamais Itsuki n'aurait imaginé un seul instant que Lian-Hua s'en servirait à ses fins personnelles. Il lui faisait confiance, pour la simple et bonne raison qu'il devait devenir elle un jour. Il l'avait sous-estimée.
Un petit déclic retentit, et le coffre s'ouvrit finalement. A l'intérieur, des liasses de billets reposaient bien tranquillement, disposées de manière ordonnée et carrée, à l'image de leur ancien propriétaire. Lian-Hua attrapa plusieurs billets d'un coup, les regarda un court instant, avant de les fourrer sans scrupule dans un grand sac prévu. Une par une, elle sortit les liasses de leur cocon et les rangea à l'intérieur du sien. Ses gestes s'accéléraient, comme prise par une frénésie soudaine. Enfin, elle dut s'arrêter, lorsqu'elle réalisa qu'elle pouvait difficilement refermer la fermeture éclair. Elle fixa avec regret l'argent abandonné, et referma la porte du coffre. Elle remit ensuite les livres à leur place, éteignit la lumière, et quitta pour de bon cette chambre du passé.
Sans un bruit, elle se dirigea vers les escaliers, et retourna au rez-de-chaussée. N'ayant pas encore terminé ses affaires, elle se rendit cette fois au garage. Endormies chacune à leur place désignée, les nombreuses voitures de luxe d'Itsuki Shirow se reposaient en attendant qu'un conducteur tourne le contact de leur moteur ronronnant. Cependant, ce ne fut pas l'intention de Lian-Hua qui, au vue de ces richesses étalées, détourna la tête et s'approcha plutôt des bidons d'essence rangés dans des étagères. Sans une once d'hésitation, elle dévissa le premier bouchon, et pencha le bidon pour laisser couler le liquide transparent. Elle recouvrit tout ce qu'elle put de ce dernier, puis retourna au rez-de-chaussée. Aucun meuble n'échappa à la douche inflammable ; armoire, table, chaise, rampe… tous y passèrent et attendirent leur heure fatale. Enfin, la Next retourna dans son ancienne chambre, où gisait le corps inanimé de Shirow. Avec précaution, la jeune femme ouvrit l'ultime bidon, et le renversa dans sa totalité sur le cadavre, en vérifiant au préalable que le sol et les alentours étaient aussi recouverts d'essence. Une fois terminé, un sourire s'étira sur ses lèvres pâles et sa peau se fondit finalement dans le décor. Désormais invisible, elle quitta cette fois pour de bon le manoir. Juste avant de refermer la porte d'entrée, elle fit craquer une allumette et la contempla un instant, comme pour savourer son geste.

- Adieu, murmura-t-elle.

Elle lança la flammèche devant elle et abandonna son œuvre derrière elle. Tandis qu'elle rejoignait la rue d'en face, le feu se propagea à une vitesse hallucinante et dévora furieusement chaque objet qui lui résistait un tant soit peu.
Lian-Hua demeura devant le spectacle jusqu'à ce que les braises ne laissent que des cendres sur leur passage. Dans le miroir de ses yeux corbeaux se refléta l'enfer de son passé qui disparaissait petit à petit sous les flammes dévastatrices. Néanmoins, à l'image de la fumée montant vers le ciel, Lian-Hua était à présent libre, et pouvait voler de ses propres ailes.
Le Diable était mort.


- Vous êtes Lian-Hua n'est-ce pas ? Suivez-moi, prononça un homme vêtu d'une blouse blanche.

C'était une initiative qui lui tenait à cœur. Une sorte de promesse faite à elle-même qu'elle se refusa de briser. Silencieuse et dans ses pensées, Lian-Hua longeait un couloir interminable en compagnie d'un médecin qui ne lui adressa pas un regard.
Elle visualisa les alentours, et fut fort étonnée de constater qu'un lieu pareil baignait dans une atmosphère aussi morne et inquiétante : tout était blanc. Blanc comme les os usés d'un cadavre. Pas une couleur vive ne venait briser la toile neutre de cet hôpital, il n'y avait qu'elle, avec sa petite robe d'hiver violette, qui tranchait les lieux de sa simple présence.
Douce mélodie dans le néant.
Loin de toute intimité habituelle, les murs possédaient de larges vitres qui ne cachaient nullement l'intérieur de leur pièce. Dans chacune d'entre elles, Lian-Hua apercevait des personnes au comportement étrange ; un homme assis dans un coin sans bouger, une femme chantant une berceuse à un poupon, ou encore un adolescent au sourire figé et au regard perdu dans le vide.
Lian-Hua se sentit mal pour ces personnes. Non pas à cause de leur attitude, mais plutôt de la manière dont ils étaient traités. Ils ressemblaient à des animaux en cage, incapables de se débrouiller par eux-mêmes en plus d'être dépendants de leur médecin attitré.

- Voilà. « Il » se trouve ici.

Les prunelles ébènes de l'asiatique s'écarquillèrent un peu à cette annonce. D'un pas hésitant, elle s'approcha d'une fenêtre de verre avant de s'attarder sur ce qu'elle dévoilait.
Le regard pratiquement éteint, pour ne pas dire « mort », Ascelin était assis par terre et alignait méthodiquement des petits cubes en bois. Une infirmière se tenait à ses côtés pour prendre des notes. Par moment, elle venait le féliciter lorsqu'il construisait une figure compliquée, voire même quand il détruisait son « œuvre » pour observer les petits carrés s'éparpiller sur le sol.
Lian-Hua sentit son cœur se compresser dans sa poitrine : le Ascelin d'antan n'existait plus.

- J'ai parfois l'impression de voir un enfant qui découvre le monde, avoua le médecin. Il a dû subir un sacré choc pour en arriver à une telle extrémité. C'est comme s'il essayait de s'enfermer dans un monde parfait.
- … Pensez-vous qu'il s'en sortira, docteur ? demanda la jeune femme d'un air attristé.
- Je suis docteur, madame. Mon but est de soigner mes patients. Je tiens à espérer qu'il guérira, même si pour cela, il devra faire énormément d'efforts.
- Comment ça ?

Un vacarme en provenance de la chambre du patient fit sursauter la jeune femme. En se tournant vers la vitre, elle remarqua Ascelin se mettre debout et jeter les cubes contre les murs. A sa grande surprise, l'éclat dans ses yeux était revenu, et une expression débitée se dessina sur son visage fatigué.

- Où suis-je ? Où est Aiden ?! AIDEN ! s'emporta-t-il.
- Ascelin, calmez-vous, prononça doucement l'infirmière à ses côtés. Vous êtes à l'hôpital. Vous vous souvenez ? Vous êtes malade, nous devons...
- Aiden ! AIDEN !, hurla Ascelin sans prêter attention à la professionnelle de santé. Pourquoi m'as-tu laissé ? Et le monde que nous devions créer ensemble ?! As-tu oublié notre promesse ? Aiden, réponds moi ! AIDEN !

Sans plus attendre, l'infirmière essaya de lui faire entendre raison, mais le jeune homme la repoussa avec violence et entra dans une rage folle. Il se mit à paniquer et, dans un espoir vain, tenta de sortir de la chambre. Malheureusement, deux hommes baraqués entrèrent et l'immobilisèrent contre le lit, ce qui permit à l'infirmière de lui faire une piqûre. Évidemment, Ascelin se débâtit, proliféra des menaces à leur encontre, mais à trois contre un, le combat était perdu d'avance. Ses hurlements résonnèrent dans le couloir, ses implorations se mêlèrent à des sanglots, et finalement, le nom d'Aiden s'effaça dans un soupir.
Le sédatif le calma aussitôt.

- Je parlais de ça, rétorqua le médecin avec une neutralité effrayante.

La main plaquée sur ses lèvres tremblantes, Lian-Hua se fit violence pour ne pas fondre en larmes. Était-ce donc là un point de non-retour pour Ascelin ?

- Il reprend parfois conscience de manière aléatoire. Le problème, c'est qu'il ne se souvient de rien à ce moment-là, et il panique en plus de devenir violent. Ce monde parfait qu'il s'invente, je pense qu'en réalité, son esprit se met en « veille » pour vivre dans un rêve éveillé. De temps en temps, l'inconscient doit chercher à retourner à la réalité et à se battre. Mais il finit toujours par régresser. C'est comme s'il n'acceptait pas la réalité, développa l'homme.
- C'est horrible..., murmura Lian-Hua.

Elle s'attarda sur le corps amorphe d'Ascelin. Les yeux pointés vers le plafond, la bouche entrouverte, il ressemblait à une victime aux portes de la mort.
Voilà donc où s'arrêterait l'existence d'un homme qui voulait simplement rester auprès de celui qu'il aimait ?
Le Destin d'un enfant manipulé par un adulte abject se résumerait-il donc à un tel châtiment ?
En colère contre son ancien mentor, qui pourtant ne demeurait plus en ce monde, Lian-Hua serra le poing et se mordit la lèvre.

- Je vous remercie de m'avoir conduite à lui, souffla-t-elle.
- Reviendrez-vous ? demanda le professionnel de santé.
- Non. C'est ma première et dernière visite. Je souhaitais le voir une dernière fois avant de m'en aller.
- Avoir une telle image de lui en guise d'ultime souvenir ne vous attriste pas ?
- … Non, rétorqua-t-elle après un instant de réflexion. Car je sais qu'il ne fera plus de mal à personne dans cet état. Et c'est le plus important.

Du moins, c'est ce qu'elle ne cessait de se répéter depuis son arrivée, mais elle commençait à douter de ses propos.
Préférant ne pas s'attarder sur ses réflexions, elle secoua la tête avant de s'incliner poliment pour saluer le docteur. Elle le remercia, jeta un dernier coup d'œil à Ascelin qui s'était endormi, puis, dans un dernier soupir peiné, se retourna pour quitter ce lieu qui la dégoûtait.
« Suis-je la seule à me sortir indemne de cette histoire ? », pensa-t-elle.


Mi-février ne tarda pas à arriver. Grâce à l'argent qu'elle avait récupéré dans son ancien manoir, Lian-Hua avait pu prendre une chambre dans un hôtel et profiter pour faire le point sur sa situation.
Maintenant qu'elle était libre, elle ne savait plus trop vers quoi se tourner. Tant de possibilités s'offraient à elle, et pourtant, elle n'arrivait pas à faire la part des choses.
Devait-elle quitter Sternbild ? Vers quel métier se tourner maintenant qu'elle était indépendante ? Quelles causes défendre ? Elle se doutait que faire un travail sur soi se révélait primordiale. C'est pourquoi elle se promena longuement en ville, afin de redécouvrir cet univers qu'elle ne connaissait que trop peu.
Elle passa le plus clair de son temps à la bibliothèque pour y dévorer plusieurs livres sociologiques, où des compte-rendu de grands psychologues. Jusqu'à présent, les livres dont elle avait accès, n'étaient que des études ou des romans rédigés par des Next qui partageaient les mêmes valeurs que son tuteur, si bien qu'elle avait fini par se détacher du monde de la lecture.
Cette bibliothèque lui redonna rapidement l'envie de de s'y replonger. Elle décida donc de s'y inscrire pour emprunter des ouvrages qu'elle dévorait le soir même.
Il est vrai que l'Histoire valorisait les actes des humains dans les recueils historiques, mais lorsque qu'elle prit le temps d'approfondir ses recherches, la chinoise constata que des Next y avaient aussi laissé leurs traces derrière eux.
« Il faudrait simplement les sortir de l'ombre... », pensa-t-elle.
Oui, son idée n'était pas dénuée de sens. Mais comment changer les mentalités de chacun avec tous les stéréotypes qui dominaient cette société individualiste ? Le cercle vicieux d'un monde gouverné par des normes préétablies continuait inéluctablement sa course, car les préjugés, enracinés dans le cœur des gens, Humains comme Next, manipulaient leurs proies avec une facilité affolante.
« Changer les choses... J'aimerais tellement pouvoir en être capable, mais que puis-je faire ? », se murmura un jour Lian-Hua en sortant de la bibliothèque.
Dans ses pensées, elle dévala la rue en décortiquant dans son esprit toutes les probabilités qui lui permettraient de mettre son projet à terme. Hélas, comme elle tombait toujours sur des impasses, elle finit par laisser son esprit vaquer à d'autres occupations.
Alors qu'elle examinait les vitrines des magasins, les voix des passants formèrent un brouhaha gênant, et elle constata rapidement qu'un regroupement se formait au niveau de l'écran géant sur le bâtiment qui retransmettait en direct l'émission de Hero TV.
Évidemment, cela intrigua la Next. C'est pourquoi elle se mêla à la foule et leva la tête vers la télévision qui montrait le présentateur habituel de l'émission derrière un pupitre, en compagnie d'Agnes.

- Bon sang, regardez !, s'écria un passant.

La silhouette d'une femme se dessina derrière les deux employés de l'émission. D'un pas indécis, presque forcé, une jeune femme prit place entre le présentateur et Agnes. Dès lors, des cris d'exclamations retentirent dans la rue quand les habitants reconnurent la nouvelle arrivante : vêtue d'une longue robe cocktail bleue ciel qui se mariait avec sa chevelure et son maquillage, Blue Rose fixait son micro.

- Bonjour à tous, articula-t-elle.

La ville se noya dans un mutisme invraisemblable, si bien qu'on aurait eu l'impression que même la circulation s'était stoppée pour écouter.
Les yeux écarquillés par la surprise, les spectateurs virent Blue Rose fixer l'objectif de la caméra avec hésitation avant de relever la tête.

- Me retrouver devant les caméras me procure une bien étrange sensation, reprit-elle. Je ne vous cacherais pas que je suis quelque peu impressionnée par tout ça. Néanmoins, j'estime que le temps est venu pour moi de sortir de mon silence.

Elle marqua une pause pour jeter un bref coup d'œil à Agnes.

- Trois mois et demi. C'est le temps qui s'est écoulé depuis ma dernière apparition à la télévision. Durant ces trois mois, je me suis maintes et maintes fois remise en question : qu'est-ce que je valais aux yeux de mes proches, de mes collègues, de mes fans ? Devais-je capituler au lieu de me battre ? Avais-je au moins une chance de m'en sortir ? Je n'arrivais plus à réfléchir. Je me fichais bien de ce qui pouvait m'arriver. Je me sentais tellement mal et dégoûtante que j'avais fini par me persuader que disparaître serait bien plus facile.

Sa gorge commença à la brûler tant laisser sortir son ressenti l'attrista. Mais elle se refusa de subir une nouvelle humiliation en fondant en larmes devant des milliers de spectateurs.
Elle prit donc une profonde inspiration et continua :

- Mais j'ai compris que la solution ne se trouvait pas dans la fuite. J'ai fini par me convaincre que je n'étais pas seule, et que je devais en tirer avantage. Je souhaitais vous le dire, car je sais bien que je ne suis malheureusement pas la première victime d'un acte aussi ignoble. C'est pourquoi, je souhaiterais m'adresser aux femmes et aux hommes qui auraient subi la même chose : ne vous enfermez pas dans le silence. Ne vous sentez jamais responsable de ce qui vous est arrivé. Vous n'êtes fautif de rien. Tournez-vous vers les personnes qui vous sont chères, et tentez de remonter la pente en vous appuyant sur elles, car il n'y a rien de pire que de vivre dans le remord et le dégoût.

Elle poussa un soupir qu'elle seule entendit avant de se sentir soulagée d'un poids.

- Je me battrais jusqu'au bout pour revendiquer ces valeurs, termina-t-elle.

Elle clôtura ce discours en saluant les spectateurs. Sans rien ajouter de plus, elle commença à partir, mais fut interpellée par le présentateur.

- Cela signifie que vous allez revenir ?
- Qui sait, se contenta-t-elle de répondre.

Elle conserva une mine neutre et se tourna vers une des caméras pour adresser aux spectateurs une expression emplie de volonté.

- J'aimerais juste... ajouter une dernière chose, annonça-t-elle. Malgré les expériences douloureuses que vous ayez pu vivre par le passé, malgré les doutes et les craintes que vous ayez pu ressentir tout au long de votre vie... Ne laissez jamais la haine manipuler votre conscience.

A l'image d'une amie de longue date cherchant à rassurer son plus fidèle ami, la Rose adressa un doux sourire à la caméra.

- Avec cette pensée en tête, les choses s'arrangeront certainement.

Les habitants de Sterbild ne purent s'empêcher de débattre sur ce qu'ils venaient de voir. Cette situation inattendue les avait rendu surexcités. Tandis que certains clamaient leur joie au sujet du probable retour de Blue Rose dans l'émission, d'autres, plus méfiants, conseillaient de ne pas tirer de conclusions trop hâtives.
Au milieu de ce boucan futile, Lian-Hua fixait l'écran sans vraiment porter grande attention sur ce qu'il diffusait. Les paroles honnêtes de l'Héroïne l'avaient en quelque sorte troublée, et un sentiment étrange s'immisça en elle sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi.
Était-ce de la joie ? Le bonheur de savoir que Blue Rose relèverait la tête malgré son épreuve traumatisante ?
Ou peut-être était-ce de la satisfaction, liée au soulagement de voir la Next prête à faire bouger les choses ?
« Ou est-ce tout simplement de l'admiration…? », se dit-elle.
Sourire en coin, l'asiatique tourna le dos à la population obnubilée par l'écran géant pour reprendre sa route, et finit par se perdre dans ses pensées. Le temps s'écoula lentement. Elle en oublia le raffut de la ville, les cris incessants des conducteurs prisonniers des bouchons, seule une question résonna dans son esprit : « Et maintenant ? ».
Les Next à la solde d'Aiden avaient été stoppés, néanmoins, il restait encore quelques soucis à régler. Comme, par exemple, les autres membres de l'Organisation présents lors de la fête du 10 janvier qui finiraient par découvrir un jour le pot aux roses. Ou encore les hommes d'Aiden qui risqueraient de venger sa mort, tôt ou tard.
Les choses n'étaient pas encore totalement réglées, seulement, Lian-Hua voulait croire en un avenir meilleur, un avenir qui bougerait, qui changerait. Toutefois, pour qu'un tel futur se façonne, elle se doutait qu'elle devait quitter définitivement Sternbild.
Mais pour aller où ? Pour faire quoi ?
Alors que les questions tournaient dans son esprit à l'image d'une farandole interminable, elle se heurta violemment à quelqu'un, ce qui lui arracha un gémissement de surprise.

- Pardon ! s'exclama-t-elle en relevant la tête.

Un étrange sentiment de déjà-vu s'empara de la chinoise lorsque ses iris d'ébènes se posèrent sur la jeune femme qu'elle venait de heurter. Celle-ci portait une petite veste noire par-dessus une robe d'hiver couleur cerise qui se mariait bien avec son écharpe violette. Sa chevelure rousse se coiffait en un chignon haut, dont deux mèches longues et épaisses encadraient merveilleusement bien son visage allongé.
Ses grandes billes turquoise dévisagèrent Lian-Hua qui soutint son regard. Dès lors, elles haussèrent les sourcils, se fixèrent sans un mot, et sentirent l'impression du « déjà-vu » les chatouiller.

- Excusez-moi mais..., débuta la jeune femme. Je crois vous connaître...
- C'est étrange, car moi aussi..., confirma la chinoise.

Il y eut un silence qui permit aux deux femmes de s'examiner plus en détails. Ni l'une ni l'autre n'osa se lancer la première, pourtant la rousse finit par reprendre la parole :

- Lian-Hua ?

L'entente de son prénom eut le même effet qu'une bombe. A l'image d'un feu d'artifice explosant dans son esprit, des milliers de couleurs familières apparurent dans ses souvenirs refoulés, des images se dessinèrent, et un délicieux sentiment de soulagement s'enracina dans son cœur. Comme projeté dans une autre dimension, le temps d'une valse avec son passé, elle se rappela de son adolescence, du jardin de l'orphelinat, de son odeur fleurie, des heures passées à lire sur le petit rocher près de la rivière. Et surtout, elle se souvint des grandes grilles enchaînées qui avait été l'élément déclencheur de sa Destinée.
Car c'est ici qu'une fois, interpellé par un bruit suspect, elle avait pu faire la rencontre de sa seule amie. Cette jeune fille à la chevelure de feu, qui contrastait avec ses yeux d'un bleu océan, avait changé sa vie, sa vision des choses, d'elle-même.

- Anju..., bredouilla-t-elle.

Rêvait-elle ? Était-ce là une euphorie superficielle ? Comment le Destin pouvait-il, tout à coup, se ranger de son côté pour lui offrir un bonheur pareil ?
Il s'agissait du deuxième plus beau jour de la vie de Lian-Hua. Anju, l'adolescente avec qui elle s'était liée d'amitié se tenait là, en tant qu'adulte, souriante et d'apparence épanouie.
Dans les yeux turquoise de cette dernière se reflétait une joie apparente, et son sourire s'élargit lentement, si bien qu'au final, des larmes roulèrent sur ses joues.

- Pardon. Je suis... surprise, s'excusa-t-elle en s'essuyant le visage. C'est vraiment toi ?
- Oui... C'est vraiment moi, sourit son interlocutrice, tout aussi troublée.

Anju porta ses mains sur ses lèvres tremblantes et se fit violence pour ne pas se jeter dans les bras de son amie. Les temps avaient changé, elles n'étaient plus des enfants, et plus que tout, Lian-Hua lui en voulait certainement de l'avoir abandonné le jour de leur dernier échange. Pourtant, l'asiatique ne lui en avait jamais tenu rigueur, car elle savait que pour sauver sa vie, Anju avait dû faire des choix. Aussi compliqués soient-ils.

- Comment vas-tu ? Ça fait tellement longtemps..., prononça la Next.
- Très bien et toi ? Oui, c'est vrai...
- Ça va...

Du moins, Lian-Hua supposait que « ça allait », elle ne savait pas trop au final.
Après un court instant de silence, Anju joua avec ses doigts avant de reprendre la parole avec une voix hésitante :

- Tu es occupée ?
- Ah non... Pas spécialement et toi ?
- Pas spécialement non plus, j'ai toute l'après-midi devant moi...

De nouveau, ses doigts s'entortillèrent entre eux. Elle déglutit en regardant ailleurs, puis finit par prendre une profonde inspiration : elle devait se lancer une bonne fois pour toutes, et tant pis si son action se concluait par un échec.

- Ç-Ça te dirait d'aller dans un petit café boire un truc ? J'aimerais savoir ce que tu deviens et échanger un peu avec toi... bredouilla-t-elle.

Étonnée par l'invitation, la Next dévisagea son amie le temps de quelques secondes, mais n'hésita nullement à accepter sa proposition. Le visage d'Anju afficha une expression apaisée, et dans un doux sourire, elle lui annonça qu'elle connaissait un excellent endroit.


L'intérieur du café possédait une ambiance feutrée, à l'image d'un petit restaurant français. Les fauteuils en cuir noir étaient confortables, les grandes fenêtres encadraient le coin de la rue où nul ne venait. Il flottait dans les environs une agréable odeur de jasmin.
Une fois qu'elles furent installées au fond de la pièce, les deux femmes prirent commandes : Lian-Hua choisit un expresso tandis qu'Anju opta pour un cappuccino. Une fois leurs boissons sur la table, l'asiatique tourna sa cuillère dans le liquide noir avant de glisser ses yeux vers son amie, qui elle, sirotait déjà sa tasse.

- Alors, que deviens-tu ? questionna cette dernière.

Bonne question.

- Oh, pas grand chose...

Mensonge, forcément. Mais que pouvait-elle dire ? Que suite à sa tentative vaine d'évasion, son tuteur l'avait forcé à rester avec lui en l'enfermant dans une cage dorée et en lui imposant ses idées dans le seul but de s'accaparer son corps ? Qu'elle l'avait tué le mois dernier ? Et qu'à présent, elle cherchait un nouveau but dans sa vie ?
Non, bien sûr que non.

- J'ai quitté l'orphelinat à ma majorité. J'ai tenté des études de psychologie mais j'ai échoué aux examens. Suite à cela, j'ai délaissé les études pour enchaîner les petits boulots et l'intérim. Mais en ce moment, je passe une année « sabbatique » dirons-nous. Les remises en question, tout ça...

Les inventions sortaient toutes seules. Et elle fut soulagée de constater qu'elles étaient crédibles, au vue de l'expression fascinée d'Anju.

- Et toi ? s'empressa de demander Lian-Hua.
- Ah et bien... Hum... Peu après mon départ pour échapper au mariage forcé, j'ai travaillé dur pour pouvoir payer mes études de droit. Mais une fois à la fac, je me suis vite rendu compte que ce n'était pas un milieu pour moi. J'avais la motivation, mais ce n'était pas suffisant d'après mes professeurs. J'ai étudié pendant un an et demi avant d'abandonner...

Elle se perdit sur un point invisible en se remémorant ses années en tant qu'étudiante, et un léger sourire nostalgique apparut au coin de ses lèvres.

- Tu ne regrettes rien ? osa demander la Next en buvant une gorgée de son café.
- Pas du tout ! Ça m'a ouvert les yeux et j'ai su rebondir. Ce que je fais actuellement me plaît bien plus que le droit !
- Ah ? Et que fais-tu ?

Les lèvres d'Anju s'étirèrent un peu. Elle fit patienter son amie en avalant une gorgée de son cappuccino, reposa doucement sa tasse, et enfouit son menton dans la paume de sa main pour la dévisager.

- Je travaille dans la fonction publique, déclara-t-elle. En gros, j'aide les personnes en difficulté à trouver une solution à leurs problèmes.
- Oh je vois ! Bizarrement, je te voyais bien là-dedans..., commenta Lian-Hua.
- Merci...

Plusieurs minutes s'évanouirent dans le silence, ce qui permit aux deux femmes de s'égarer dans leurs réflexions.
Lian-Hua se sentit soulagée de savoir que son amie s'était épanouie dans sa vie professionnelle, et c'est avec un sourire au coin des lèvres qu'elle termina son café.
Par la suite, les deux femmes jugèrent bon de rester quelques heures de plus ensemble. Elles payèrent leur part, sortirent, et se promenèrent en ville tout en échangeant leurs expériences du passé. Lian-Hua inventa des histoires banales et écoutait attentivement celles d'Anju qui avait l'air d'avoir eu une vie bien remplie.
Le temps passa, le vent caressa leur visage, et le ciel se teinta de couleurs orangées.

- Tu sais...

La voix cristalline d'Anju avait subitement brisé le calme qui commençait à s'installer, invitant la Next à relever la tête.

- Je vais devoir quitter Sternbild dans quelques heures... avoua-t-elle.
- Ah... Vraiment ?

Pour Lian-Hua, l'annonce eut le même effet qu'un coup de couteau en plein cœur : à peine venait-elle de retrouver Anju qu'elle devait déjà repartir.

- Oui... C'était seulement le temps de quelques jours. Car vois-tu...

Elle marqua une pause et regarda ailleurs, comme pour annoncer une grande nouvelle. Néanmoins, son amie crut déceler une pointe de crainte dans son regard.

- J'ai un autre « travail » en plus de celui que j'exerce. Enfin... parler de travail serait exagéré vu qu'en vérité, je fais du bénévolat, expliqua Anju.
- Du bénévolat ? s'étonna Lian-Hua. C'est une cause juste. Il consiste en quoi ?
- Et bien...

La rousse joua nerveusement avec ses doigts et laissa échapper un petit souffle. Elle se mordit les lèvres, leva les yeux, puis se lança.

- Et bien... Tu vois, au fil des années je me suis rendu compte qu'il existait un fossé énorme entre les Next et les Humains. Et plus le temps s'écoulait, plus j'avais l'impression que le fossé se creusait. Et j'ai repensé à cette adolescente Next que j'avais connu dans mon adolescence, à cette fille qui craignait de prendre son indépendance à cause de sa « différence ».

Lian-Hua sursauta lorsqu'elle comprit le sens caché de la dernière phrase.
Immobile, attentive aux moindres mots d'Anju, elle l'observa avec une expression curieuse qu'elle essaya de dissimuler.

- C'est pourquoi, j'ai un jour décidé qu'il fallait que les mœurs changent. J'ai contacté des amis avec qui je partageais les mêmes valeurs, et ensemble, nous avons monté notre association, continua-t-elle. Bien sûr, il était compliqué au début de se faire entendre, mais depuis quelques temps, les choses ont commencé à bouger. Des écoles nous ont contactés pour intervenir afin d'y faire de la sensibilisation. Des élèves sont venus nous voir pour discuter de leurs soucis d'intégration, Next comme Humain. Et récemment, Hero TV m'a appelé afin d'établir un contact avec l'héroïne Blue Rose. Je ne sais pas si tu connais toute l'histoire à son sujet, mais c'est une épreuve difficile qu'elle a traversé, et ce qui a pu être entendu de la part de son bourreau a divisé la communauté.

L'asiatique, bien que concentrée sur les explications de son amie, s'égara dans le labyrinthe de ses pensées quand elle se remémora cette tragique journée du premier novembre.
Bien qu'il ne se fût pas conclu sur une grande réussite, le plan macabre d'Aiden J. Howards avait réussi à instaurer le doute et la crainte dans le cœur des gens. A ces souvenirs, la jeune femme se remémora les derniers mots prononcés par Blue Rose quelques heures auparavant :

« Ne laissez jamais la haine manipuler votre conscience. »

Tandis que la Next rejouait dans son esprit le discours de l'Héroïne, Anju fixa l'horizon qui se dressait devant elle, mains dans le dos, et continua son monologue.

- Ce monde connaît des injustices odieuses. C'est pourquoi je me bats chaque jour pour y mettre fin. Peut-être que mon initiative n'est qu'un combat perdu d'avance, mais je veux croire en nos capacités et en notre évolution. Next. Humain. Peu importe ce que nous représentons. Qu'importe nos différences ! Je veux inculper à ce monde injuste mes valeurs, et redonner espoir aux victimes de cette société corrompue.

Elle se tourna vers son amie après avoir terminé son discours. Le soleil, qui commençait à se coucher, encadrait de ses rayons pourpres la silhouette angélique d'Anju. L'espace d'un instant, les iris sombres de Lian-Hua se figèrent sur cette image qu'elle voulut à jamais graver dans sa mémoire. Le visage de la femme divulguait à la fois de la douceur et de la volonté, et son sourire sincère balaya en quelques secondes toutes les craintes qui s'étaient immiscées dans l'esprit de l'asiatique.
Itsuki Shirow s'était bel et bien trompé sur toute la ligne : les humains savaient faire preuves de compassion. Peut-être que s'il s'était attardé sur ce qui l'entourait... les choses se seraient passées d'une bien meilleure manière.
Ce n'est pas la race ou le pouvoir qui détermine une personne. Ce sont ses actes.
Avec ces paroles en tête, la Next releva doucement le menton pour afficher une expression beaucoup plus déterminée.

- Laisse-moi m'engager dans ce combat avec toi ! s'exclama-t-elle. Nous changerons le monde ensemble !

Les billes turquoise d'Anju s'élargirent à l'entente de ces mots inattendus. Néanmoins, un petit rire s'évada de ses lèvres au bout de plusieurs secondes.

- Excuse-moi ! dit-elle en remarquant le visage gêné de son amie. C'est juste que... Je suis tellement heureuse que tu me demandes ça !
- Ah bon... ?
- Oui ! Tu as dû le comprendre, mais je préfère te le redire : tu as été l'élément déclencheur qui m'a conduite à m'engager dans cette cause. Toi, la Next qui a su m'ouvrir les yeux pour prendre mon Destin en main.

Les lèvres un peu plus étirées, la rousse cacha ses mains derrière son dos puis se retourna pour contempler une dernière fois la ville de Sternbild qui baignait dans le crépuscule.

- Je n'ai plus à avoir peur si tu es à mes côtés, dit-elle d'une douce voix. Car je sais qu'à nous deux, nous aurons la force de changer le monde.

Elle finit par refaire face à son amie d'enfance pour lui offrir une expression chaleureuse et rassurante.

- Partons ensemble ! Je te présenterais mes collègues et te ferais visiter le bâtiment de l'association que j'ai créé !

Lian-Hua ne sut quoi répondre face à toutes ces annonces inimaginables. Néanmoins, elle reprit rapidement conscience, bien qu'elle n'arrivât pas à détourner ses yeux d'Anju. Elle finit par étouffer un petit rire amusé.

- C'est avec grand plaisir que je te suivrai ! Laisse-moi simplement le temps de prendre mes affaires, et nous pourrons nous rendre à la gare ! Il n'y a rien qui me rattache à cette ville de toute façon !

Étonnée par sa réponse si rapide et confiante, la rousse dévisagea son amie pour lui demander d'un regard si elle était sérieuse. Ce à quoi, cette dernière lui répondit par un sourire déterminé.

- Je veux aussi m'investir dans cette cause que tu défends, Anju. J'ai besoin de changer d'horizon, de porter mes espoirs sur l'évolution. Comme je viens de te le dire : plus rien ne me rattache à Sternbild, et je veux tenter l'expérience ! Je veux rattraper le temps perdu ! Je sais que je n'aurais aucun regret car c'est ce que j'ai décidé, développa Lian-Hua.

Non, elle ne regretterait pas son choix.
Que pouvait-elle craindre avec une amie comme Anju à ses côtés ? Une femme si déterminée et courageuse était forcément une femme de confiance. Voilà pourquoi Lian-Huan souhaitait porter tous ses espoirs en elles, et en leurs convictions.
Oui. Même si le chemin se montrerait dangereux et semé d'embûches, même si le Destin ne tournait pas en leur faveur, même si le doute risquait de s'immiscer en elles dans les pires moments... Elles garderaient la tête haute, glaive de la persévérance en main.
Car ensemble, cela en était certain...
… Le Monde finirait par changer.


Un frisson désagréable se faufila dans le cou de Walter au moment où il descendit d'une voiture de police. Dans un long souffle, il remonta le col de son manteau et se pencha sur la vitre du conducteur pour la tapoter avec le dos de son index. Tel un magicien ayant enclenché un mécanisme complexe, la fenêtre s'abaissa pour y dévoiler Dean qui se trouvait au volant.

- Vous ne voulez vraiment pas descendre ? demanda le plus jeune.
- Non, c'est toi qu'elle a contacté. Puis je l'ai assez embêté comme ça ces derniers jours, expliqua Dean.
- Comme vous voudrez.

La vitre se referma aussitôt, mais le temps d'une fraction de seconde, Walter aperçut un léger sourire en coin sur le visage de son supérieur. Il haussa les épaules, réajusta un peu son écharpe de maintien, puis se retourna avant de traverser un passage piéton un peu plus loin.
Un immense portail en acier l'accueillit sur le trottoir d'en face. Dessus reposait une plaque dorée où étaient gravés les mots « Cimetière de Sternbild ».
Grandes ouvertes, les portes l'invitaient à entrer dans ce lieu à la fois lugubre et tranquille. Un pas après l'autre, Walter traversa l'entrée pour balayer du regard les alentours, à la recherche de la personne qui lui avait donné rendez-vous dans cet endroit calme. Il planait dans les environs une atmosphère unique. Les arbres nus formaient une petite allée qui conduisait, d'un coté vers les tombes des soldats, et de l'autre, vers les tombes des civils. Sur son chemin, le jeune inspecteur sentit un vent frais se faufiler dans sa chevelure noire, toutefois, les rayons du soleil, qui s'insinuaient entre les branches des arbres, lui caressèrent agréablement le visage. Il en conclut qu'il faisait plutôt bon pour un mois de février.
Tout en parcourant le cimetière, le jeune homme s'attarda parfois sur les statues religieuses qui le décoraient. Les plus récurrentes s'avérèrent être celles des chérubins du paradis, probablement pour assurer un bien-être spirituel aux familles des victimes. Après tout, les vivants s'inquiétaient souvent du sort qui était réservé aux morts : où se rendaient-ils une fois de « l'autre côté » ? Étaient-ils au moins libérés des chaînes de leurs tourments ? Ces questions universelles n'auraient jamais droit à une réponse concrète, et c'est pourquoi il fallait se rassurer et se persuader que tout irait bien pour eux.
Après quelques minutes de recherches, il finit par se stopper en apercevant la silhouette d'une femme qu'il ne connaissait que trop bien.
Celle de Lina.
Coiffée d'une tresse qui s'arrêtait au milieu de ses omoplates, dont deux mèches encadrait son visage, elle était enveloppée dans un long caban bleu marine qui s'accordait avec son jean et ses bottes noires. Elle tenait contre elle un bébé d'environ quatre mois, et fixait en silence une tombe devant elle. Certainement celle de son époux.
Walter observa la femme en silence. L'expression de cette dernière, perdue sur la pierre blanche, lui parut lointaine, comme si elle s'égarait dans les vestiges que son mari avait laissées derrière lui. Néanmoins, l'enfant dans ses bras émit un petit gémissement et l'extirpa de ses pensées. Derrière un sourire en coin, Lina caressa le visage de sa fille et la serra tendrement contre son cœur.
Cette douce scène arracha un petit rire au jeune homme. Confiant, il la rejoignit.

- Bonjour Lina, prononça-t-il.
- Oh Walter ! s'exclama la mère.
- Excusez-moi, j'ai un peu de retard...
- Mais pas du tout, ne vous inquiétez pas ! Je suis heureuse de vous voir !

Elle ne mentait pas : son regard pétillait de joie et s'avérait communicatif. Walter sentit ses joues s'empourprer à cette agréable vision mais ne voulut rien montrer. C'est pourquoi il glissa instinctivement ses yeux bleus sur le bébé qui se reposait dans les bras de sa mère.

- C'est votre fille ? demanda-t-il en se penchant doucement sur elle.
- Ha oui ! Walter, je vous présente Naomi !

La nommée porta ses iris, grandes ouvertes, vers l'homme qui l'observait. Un échange silencieux de regards eut lieu. Derrière un sourire chaleureux, Walter posa doucement sa main sur la joue chaude du bébé.

- Coucou Naomi ! Laisse-moi te dire que tu as une maman formidable !

Lina releva doucement la tête pour dévisager l'enquêteur avec surprise. Sentant cela, il plongea immédiatement ses yeux dans les siens pour lui offrir une expression emplie de joie et de sincérité.

- Merci c'est gentil..., dit-elle, touchée.
- Je le pense vraiment !

Sans effacer le sourire qui s'était installé sur son visage, Lina se tourna à nouveau sur la tombe qu'elle fixait jusqu'à présent. Perdue dans ses pensées, elle finit par reprendre la parole.

- C'est la tombe d'Ethan, mon mari..., murmura-t-elle. Je souhaitais lui rendre une petite visite avec Naomi, car je n'étais pas venue me recueillir depuis son enterrement.

Muet, le jeune homme écouta attentivement les explications de son ancienne collaboratrice. Il se dégageait dans sa voix une pointe de tristesse qui se mêlait à un soulagement évident. Walter savait à quel point l'enquête l'avait remise en question sur son rôle de mère, et maintenant que le meurtrier d'Ethan payait pour ses crimes, l'horloge de son existence s'était réenclenchée.

- Toujours aucune nouvelles de Lian-Hua... ? questionna la veuve.
- Non. Elle reste introuvable.

Le silence battit son mur pour installer les deux adultes dans le malaise et l'incompréhension. Depuis cette nuit du 10 janvier, Lian-Hua avait disparu sans laisser un quelconque indice sur sa destination. Au départ, les inspecteurs pensèrent qu'elle s'était rendu chez elle pour se reposer et se changer les idées. Cependant, quand ils cherchèrent à la contacter le lendemain, ils comprirent rapidement qu'elle n'était jamais rentrée chez elle. Car le manoir où elle résidait... ne représentait plus que des décombres ensevelis sous la cendre.
Dès lors, des recherches furent menées pour trouver des indices et des réponses à leurs questions : était-ce un accident ? Un homicide ? Un suicide symbolique... ? Car la probabilité que Lian-Hua se trouvait dans le manoir au même moment n'était pas à exclure.
Heureusement, les recherches démontrèrent qu'aucun être vivant n'avait été brûlé vif. Et au vue de la forte odeur d'essence qui flottait dans les alentours, ils conclurent bien vite qu'il s'agissait là d'un acte volontaire.
Seule les questions « pourquoi ? » et « qui ? » subsistèrent, mais pour Dean et Walter, les réponses leurs paraissaient claires comme de l'eau de roche.

- Je suis certain que tout ira bien pour elle ! s'empressa de rajouter Walter en remarquant la mine attristée de Lina.
- Je l'espère... Elle nous a tellement aidés...
- Moi j'ai confiance. Je sais qu'elle s'en sortira !

Lina rit doucement.
Walter ne changeait pas, et c'est son caractère optimiste et enjoué qui lui permettait de voir la vie sous un autre angle.

- Au fait, avez-vous appris la nouvelle au sujet de Blue Rose et Barnaby Brooks Jr. ?, questionna-t-il.
- Oui ! J'ai cru comprendre que Barnaby prenait une pause en attendant que son pouvoir revienne, mais qu'il continuait ses activités parallèles, comme les interviews et les photo shoot.
- Oui, en effet. C'est un peu comme Blue Rose au final. Elle veut encore se donner du temps pour savoir si elle reprendra son travail d'Héroïne, mais à côté, elle a accepté d'accorder quelques interviews.
- Ces deux-là sont vraiment courageux..., commenta la veuve.
- Ils avancent à leur rythme. C'est le plus important, rajouta Walter.

Les billes noires de la veuve se posèrent sur son ancien collègue. Les mains dans les poches, le visage adouci par un probable sentiment apaisé, l'homme scrutait, en silence, la tombe devant lui. Cette image, aussi simple soit-elle, réveilla des émotions positives dans le cœur de Lina. Même sans le vouloir ou le remarquer, Walter était un homme qui savait rassurer les gens.

- Moi aussi, j'avancerais à mon rythme ! dit-elle en lui adressant un sourire.

D'abord surpris, le jeune inspecteur finit par imiter Lina en lui offrant un sourire en coin complice. Et dans le silence hivernal qui se mêla à celui des âmes défuntes, les deux adultes observèrent une dernière fois la tombe d'Ethan pour lui adresser une prière qui s'effaça dans le néant.


Note de l'auteur : Voilà donc un chapitre qui était consacré à mes OCs ! Je voulais bien évidemment faire le point sur ce qu'ils devenaient. Qu'avez-vous pensé du retour de Anju ? (si vous ne vous souvenez pas d'elle, je vous renvoie au chapitre 24 pour vous remémorer tout ceci :). Qu'avez-vous pensé du Destin d'Ascelin aussi ? Je serais curieuse de le connaitre, je pense que je lui ai réservé un sort bien funeste, mais qui sait ? Peut-être pourra-t-il s'en sortir. Je vous laisse décider de son sort ! Et aussi, aimez-vous l'échange final entre Walter et Lina ?

Sinon, j'aimerais en revenir sur la rédaction de mon dernier chapitre (ainsi que l'épilogue). Comme je l'ai dis plus haut, j'ai beaucoup de mal à l'écrire car je ne suis plus autant motivée qu'avant. Je ne suis plus satisfaite de ce que j'écris, je n'aime pas la tournure de mes phrase, je ne suis pas inspirée, et pire que tout... Je ne suis plus autant à fond sur Tiger&Bunny que je ne l'étais il y a trois ans. Je me fichais bien d'être lu ou non, car j'étais encore à fond sur ce fandom, et ça me suffisait largement. Mais à l'heure actuelle, je me demande si ça vaut vraiment la peine que je me démène autant pour quelque chose que personne ne lira.
Néanmoins, je reste quand même certaine qu'en terminant cette histoire qui se sera étalé sur trois ans, j'aurais accomplis quelque chose de personnel. J'ai commencé cette fanfiction après 4 ans de page blanche. Et je dois dire que je suis quand même fière d'être arrivée aussi loin après tout ce temps. Alors abandonner maintenant serait stupide.
Au peu de lecteurs qui viennent, sachez que je tiendrais bon, le dernier chapitre viendra tôt ou tard, mais je ne sais pas encore quand et je ne préfère pas vous donner de faux espoirs. N'hésitez pas à vous notifiez pour être au courant ! En attendant, je vous dis quand même "Merci", et "à Bientôt" !