52 | Le chaud et le froid
Quand on l'appelle pour faire valider notre deal avec Euthalia, Tanya est très excitée par notre dernière avancée. Elle s'implique personnellement pour faire mettre en place une surveillance totale et immédiate de notre nouvelle protégée - j'imagine qu'à la Brigade personne n'ose même piper mot devant le nouvel effort demandé. Quand nous pouvons en conséquence affirmer à Mademoiselle Sylvester que, désormais, elle n'est plus jamais seule, elle prend ça sans autre sentiment visible de l'extérieur qu'une certaine résignation.
"Comment allez vous contacter Hermosa ?", veut savoir Caradoc;
Euthalia prend son temps pour nous répondre. J'imagine qu'elle cherche la meilleure formulation possible mais, finalement, elle ne nous cache pas grand-chose, a priori : "Il y a un lieu... où je peux laisser un message et si... si elle veut, elle me contactera... selon des modalités qui peuvent varier... de ce que j'ai pu voir..."
"Nous allons partir discrètement et vous laisser faire", continue Darnell, toujours avec cette assurance apparente. "On saura où vous êtes allés de toute façon", il souligne, et Euthalia lui jette un regard de haine pure. "On compte sur vous pour nous prévenir dès que vous avez une réponse, quelle qu'elle soit, quelle que soit l'heure, Mademoiselle Sylvester."
"C'est votre part du contrat", je rappelle.
Euthalia opine dans le vide avant de promettre.
On sort grimés de chez Euthalia pour rentrer à la Division mais aucune transformation physique ne peut cacher qu'on est tellement excités qu'on pourrait sans doute réussir des lévitations sans baguette. Dans le bureau collectif, les présents sont sur le cas de l'insaisissable Pilar Fuentes. Autant dire qu'ils sont moins extatiques que nous.
"On brasse du vent", résume Charity dans un soupir. "Soirées mondaines moldues et sorcières, grosses dépenses vestimentaires, bon réseau scientifique des deux côtés... Ça ne fait pas une accusation !"
"Ton frère, il a de nouvelles infos ?", questionne Emma, avec presque trop d'espoir.
"Je l'appelle", je soupire en m'éloignant de cinq pas. Cyrus ne me fait pas l'honneur de me répondre ; je laisse un message laconique et je secoue la tête pour les autres. C'est dans cette ambiance incertaine que Tanya, Sam et Eolynn entrent à leur tour, l'air assez satisfaits.
"Bloem est inculpé", annonce notre chef d'équipe en s'asseyant à son bureau. "Et les deux sbires aussi..."
"Ces derniers ont d'ailleurs appris à parler", ajoute Sam avec une certaine satisfaction. "On a un Anglais et un Sud-Africain. L'Anglais est le plus bavard : il charge notamment un Mozambicain dont personne n'avait parlé avant : Vitor Niassa... Il serait l'aîné de trois frères et le responsable de la sécurité de Hermosa McNair..."
"Il a dit le nom ?", s'étonne Darnell.
"Oui", confirme Tanya avec satisfaction.
"Vitor Niassa serait un violent, et ses frères seraient à peine mieux", rajoute Sam. "C'est lui qui a recruté les trois sbires qui vous ont couru après."
"Ce que le Sud-Africain a fini par confirmer", ajoute Tanya sans bouder son plaisir.
"Et Bloem ?", s'enquiert Emma.
"Les trois autres ont dit qu'il faisait partie du groupe de sorciers connus d'eux comme le Directoire...", répond mon Sam.
"L'avocat de Bloem s'est étranglé, mais le mot est là... Il existe un Directoire à la tête duquel on devrait trouver Hermosa", estime Tanya.
"Vous pensez que Pilar Fuentes en fait partie ?" s'interroge Saltegg.
"Si Bloem en fait partie, je ne vois pas pourquoi pas elle, mais c'est à nous de le prouver", répond notre chef d'équipe. Ça rend tout le monde songeur, et Charity Perkins se dévoue pour exprimer le doute collectif.
"Cette fille, on n'a rien contre elle pour l'instant, Chef."
"Je sais, mais on a notre nouveau poisson-pilote, Euthalia Sylvester et, qui sait, quand elle va se décider à contacter le Directoire, elle va peut-être déposer son message dans un de ces magasins moldus hors de prix où Pilar aime acheter des chaussures..."
"T'es en train de dire qu'il faut attendre, Chef", je me renfrogne.
"J'en connais trois qui ont une audition demain matin et qui devraient être contents d'avoir le temps de la préparer correctement ; j'en connais d'autres qui ont des rapports économiques à terminer de rendre compréhensibles, et ne parlons pas de ceux qui ont déjà dépassé le nombre d'heures supplémentaires possibles de payer", réplique Tanya avec un sourire entendu. "Que chacun prenne donc ses dispositions."
oo
On sort tôt du boulot pour une fois, Sam et moi. On en profite pour aller se promener comme des gens normaux le long de la Tamise, acheter une chemise pour lui et une robe pour moi, un de ces romans policiers moldus dont nous sommes en train de devenir dépendants, des choses simples, quotidiennes qu'on n'a pas eu le temps de faire depuis des semaines. On finit par dîner dans un restaurant près de chez nous parce qu'on n'a aucune envie de rompre cette atmosphère de presque vacances.
"Ça fait des semaines qu'on n'a pas eu de week-ends et, celui qui vient, je t'impose mes parents", il finit par lâcher alors qu'on attend des desserts déraisonnables.
"T'inquiète, avec la chance qu'on a, Euthalia trouvera le moyen de disparaître ce week-end et on fera des heures doubles pour la retrouver !", je chuchote en réponse, et on ricane comme deux élèves qui ont trop révisé.
"Et ton frère, des nouvelles ?", Sam a la présence d'esprit de me demander quand on a presque fini nos énormes coupes de glace.
"Oh, zut, c'est vrai ça : il n'a pas rappelé !", je maugrée.
"Tu le feras en rentrant", me propose Samuel en me prenant la main et je décide qu'il a raison.
De fait, j'ai bien fait de ne pas gâcher ma glace. Cyrus ne me fait pas plus l'honneur de me répondre quand je réitère mon appel. Après moult hésitations, je finis par appeler Ginny qui se révèle en France, chez Harry et Brunissande, avec les enfants.
"Oui, c'est Cyrus qui m'a demandé de partir - enfin, il a dit que ça serait bien qu'il soit tranquille pour bosser et que les enfants seraient contents d'être avec leurs cousins", elle reconnaît. "Il se passe quoi ?"
"Il se passe qu'il ne partage que très peu ses infos", je soupire.
"Écoute, il m'a appelé vers 19h, et tout semblait aller bien", elle essaie de me rassurer.
"Alors, il bosse et il n'a rien de plus à me dire", je joue le jeu.
"On se tient au courant", propose Gin en guise de conclusion.
"Ça peut n'avoir rien à voir", remarque sagement Sam.
"On parle de Cyrus, Sam", je soupire en jouant avec le miroir sur mes genoux. "Avec Cyrus, le pire est souvent le plus probable, sache-le !"
"Tu as peur de quoi ?"
"Qu'il mène sa petite enquête perso", je souffle sans trop oser le regarder. Expliquer Cyrus est toujours un défi.
"Mais pourquoi il ferait ça ?"
"Parce qu'il fonctionne comme ça."
"Parce qu'il n'a pas confiance en la justice institutionnelle ?", s'intéresse mon amoureux.
"Notamment... parce qu'il croit toujours avoir le temps avant de passer la main à plus compétent..."
"Tu vas en parler à... tes parents ?", il enquête après un assez long silence.
"Merlin... on va lui laisser vingt-quatre heures de plus. Si Gin a des nouvelles... Imagine qu'il se soit enfermé pour écrire un bouquin, corriger des copies ou je ne sais quoi, il mettra des années à me reparler !"
Sam a l'air dubitatif mais choisit de me serrer dans ses bras, et c'est bien.
Le lendemain matin, l'audience d'inculpation finale de la Bande du Chemin de Traverse attire pas mal de monde. Les journalistes dont Laly essaient de nous faire parler avant l'audience, mais on s'engouffre Darnell, Saltegg et moi dans la salle sans leur répondre. On s'installe à côté de Crofton qui est venu seul, cette fois. Il est moins chaleureux que souvent, et je continue de penser que la présence de Saltegg n'est pas totalement à son goût.
A la demande des juges, Saltegg et Darnell expliquent que la Division des Aurors peut présenter une graduation des responsabilités fondée sur les aveux volontaires de Gabriel Deforest. Personne ne demande rien à Crofton ou moi, et ça nous va bien.
Après que Pénélope Deauclair ait sobrement confirmé la position de son client, Justin essaie assez longuement de revenir sur la collusion entre la Division et la Brigade pour extorquer des aveux à son ancien client.
"Peut-on accepter que les représentants des lois magiques attisent des rivalités imaginaires entre des prévenus, fassent des promesses de rédemption à certains au détriment d'autres, se fassent passer pour les détenteurs d'autorité que le Magenmagot dans sa sagesse leur refuse ?", demande-t-il de façon rhétorique.
Les journalistes prennent des notes frénétiques. Les juges nous regardent s'attendant à une objection de notre part devant cette attaque aussi directe que mesquine. Saltegg reste stoïque et fait signe à Darnell et à moi de laisser dire. On s'exécute.
"Est-ce cela la justice ?", continue donc Justin. "Est-ce ce que veut le Magenmagot ?"
"...puisque vous posez la question, maître", l'interrompt le juge Wang qui préside les débats, "le Magenmagot a une haute opinion de la justice. Il croit davantage en une justice informée qu'en une justice aveugle, d'où sa demande de responsabilités différenciées. Pour revenir sur vos objections sur la recevabilité des preuves apportées par la Division et la Brigade, il me semble que nous nous sommes déjà prononcés sur la question, et nous avons lu avec un déplaisir assez marqué la mise en cause de notre intégrité dans la presse. Le Commandant Lupin ou le Major Crofton n'ont pas jugé bon de vous poursuivre mais nous pourrions le faire à leur place, maître, si vous persistiez à refuser de coopérer avec ce tribunal sur la compréhension du fond de cette affaire..."
"Justement, votre honneur, il me semble au contraire que le fond..."
"Le fond est constitué des vols aggravés de violence subis par les commerçants du Chemin de Traverse, maître, j'ai la douloureuse impression que vous l'avez totalement oublié. Ce sont de ces faits que le Magenmagot souhaite parler. Vos clients restants nient-ils avoir été arrêtés en conséquence de ces actes, maître ?"
"Non, votre honneur", admet Justin à regret.
"Alors, parlons du fond. Le Magenmagot entérine les responsabilités différenciées présentées à ce jour par la Division. Il mènera le procès sur cette base. Pour laisser aux défenseurs le temps de reprendre leurs esprits, l'audience de ce jour est ajournée. Les débats reprendront lundi après-midi".
On sort un peu grisés et un peu déstabilisés de cette audience écourtée.
"Vous croyez qu'il va trouver un autre angle d'attaque d'ici lundi ?", je questionne sans doute naïvement.
"C'est son boulot et il a de la ressource", estime Darnell en sortant son miroir pour voir s'il a eu des appels pendant l'audience. Saltegg a déjà fait de même et ne juge pas nécessaire de me répondre. Je les imite donc faute de meilleure idée. Euthalia m'a appelé plusieurs fois ; les deux dernières fois, elle a laissé un message.
Le premier est soufflé sur un ton affolé - Euthalia semble à peine tirée du lit, avec un de ses fameux kimonos de soie élimés : "Iris ? Je veux dire, Auror Lupin... je... Merci de me rappeler". Le second - elle est habillée - est plus court encore : "J'espère que vous tenez votre partie du... contrat... Iris".
"Merlin, ça fait combien de temps qu'elle nous a appelés ?", je m'interroge à haute voix.
"Quasiment quand on a éteint nos miroirs", estime sombrement Caradoc. "Allons chez elle", il décide en se dirigeant d'un pas décidé vers la zone de transplanage du Magenmagot. "A plus tard, Saltegg !"
"Je fais seul le rapport à Tanya ?", fait mine de s'étonner ce dernier.
"Tu as tout fait de toute façon", estime Darnell sans se retourner.
"Attends, chef, on pourrait appeler la Brigade pour savoir où ils la localisent, eux, non ?," je l'arrête, ma main sur son bras, quand j'ai réussi à le rejoindre.
"Si, Auror Lupin, si", il soupire, agacé contre lui même, en reprenant son miroir pour appeler les policiers magiques.
C'est Logan qui nous répond : "Ah, vous tombez bien, Auror Darnell, j'allais vous appeler. On a eu des... ratés parce que Sylvester a changé plusieurs fois de destination et que la filature était risquée, mais on est sûrs maintenant de sa présence dans un manoir en Écosse. Je dis manoir, mais je devrais dire ruines de manoir, mais vous verrez sur place. Ce que vous devez savoir : c'est que notre équipe qui suivait Pilar Fuentes s'est retrouvée au même endroit. Une équipe d'Aurors vient de partir les rejoindre..."
Mon miroir vibre au même moment, c'est Tanya. Je réponds.
"Darnell parle avec la Brigade", j'explique.
"Ok, donc vous sentez l'histoire : conjonction totalement improbable de Sylvester, Fuentes et sans doute McNair..."
"Vraiment ?"
"En tout cas le manoir appartient à sa famille... d'où les charmants pièges et les repousse-moldus élaborés qui l'entourent."
"Cambusnethan House," annonce en parallèle Darnell. "55°45'19.22"N 3°56'40.05"W. C'est noté. Merci Logan."
"On arrive, chef", je promets donc en mettant fin à l'appel.
La manoir est au milieu d'un bosquet lui même entouré de champs. On retrouve toute l'équipe spéciale, le Commandant et le lieutenant Paulsen compris, près des ruines. Ma mère lève une seconde les yeux de ce qui ressemble à un plan mais les rabaisse très vite. Je crois y sentir que ma présence la terrifie quelque part. Ou je projette : la voir là, sur le champ de bataille, est plus inquiétant pour moi que je ne l'aurais jamais cru.
Les grands chefs étant en conciliabule avec Tanya et Charity, on se tourne vers nos collègues Aurors et policiers qui attendent patiemment en surveillant l'objectif.
"Joli tas de pierres taillées", je commente en guise d'introduction. La nervosité m'a toujours poussée à trop parler.
"Le vrai manoir est invisible si on ne connaît pas son vrai nom", me répond Sam, ignorant le regard agacé de Egon Saltegg, qui doit encore penser que les jeunes ne doivent pas poser de questions. On aurait peut-être mieux fait de le laisser finir son rapport, celui-là, je songe, avec acrimonie."Pense que tu veux voir Cambus Lockhart House, et ça devrait changer..."
"Effectivement", confirme Caradoc avant moi. J'imagine qu'en lieu et place des ruines branlantes, il voit comme moi une demeure de pierres rouges sombres dont toutes les hautes fenêtres en ogive sont éclairées.
"On a déduit que le rez-de-chaussée accueille une sorte de laboratoire", lui explique Emma. "Pilar comme Euthalia sont entrées par là."
"Ensemble ?", je veux savoir.
"Non, pas du tout", explique Sam en regardant les policiers. Je les connais tous : Il y a deux sergents, Kulkarni et Niven. Ils sont accompagnés de Shannen Sherbune et de Colleen Temple qui a l'air totalement intimidée.
Kulkarni répond : "Fuentes est arrivée la première - nous la suivions avec Sherbune. Sylvester est arrivée une heure après mais quand on a vu les collègues, on s'est dit... qu'il y avait peu de chances que ce soit une coïncidence."
"Effectivement", juge Darnell. "Mais pourquoi ici ? Les Lockhart... je croyais que la branche sorcière se résumait à l'autre fou qui publie des livres ?"
"Sa tante a épousé un McNair", signale Emma. "Selon nos recherches rapides, ce manoir appartient aujourd'hui à Hermosa..."
"Oh", je lâche.
"Et, c'est quoi le plan ?", questionne Darnell en regardant Emma.
"Un assaut d'une façon ou d'une autre", confirme Sam les sourcils froncés, et je me dis qu'il a senti comme moi que Caradoc s'inquiétait pour sa petite amie.
"Tu sais, on entre à la Division sur concours", lui rappelle d'ailleurs vivement celle-ci. "Le mien n'était pas différent du tien, ni la formation ensuite, ni mes entraînements depuis..."
"Bon, puis-je avoir l'attention de tous", nous interrompt le Commandant. Nous nous retournons avec diligence, voire soulagement de ne pas avoir dû intervenir dans une dispute peu professionnelle. "Merci. Vous savez tous que nous nous apprêtons à mener un assaut un peu à l'aveugle. Nous pouvons nous appuyer sur l'appel à l'aide de notre témoin protégée, Euthalia Sylvester, et la présence d'une personne soupçonnée de trafics, Pilar Fuentes. C'est assez pour intervenir, pas assez pour mener un assaut en règle." Elle fait une pause à ce stade pour vérifier que tout le monde comprend et approuve. "Merci à chacun de déconnecter son miroir - à partir de maintenant, on est intraçables, on n'est pas dérangés par un appel, on est concentrés."
Tout le monde s'exécute, les policiers avec un temps de retard sur nous. "Toutes les communications entre les équipes se feront soit avec les jetons que Charity va distribuer ; soit par patronus", elle précise alors que Perkins s'exécute. Je me dis que je n'ai pas vu ces jetons depuis ma formation, que je ne les ais jamais utilisés dans une vraie opération - ça me fait un peu bizarre.
"J'ai envie de parler de cette mission un peu comme le ferait un moniteur de transplanage : discrétion, détermination et... prudence. Tout le monde a son portoloin à portée de main et n'hésite pas : la moindre blessure, une situation scabreuse, on évacue", elle reprend en soutenant nos regards un à un. Je pense que je rougis aussi furtivement que Eolynn et je ne suis pas sûre d'aimer cela.
"Dans ce cadre, on va agir en plusieurs temps", elle reprend ses explications. "Une première équipe va jouer la carte officielle et frapper à la porte de ce bâtiment invisible. Je vais mener cette équipe avec Emma et Temple pour la Brigade", elle indique. Emma venant se placer à côté d'elle, Colleen l'imite, l'air toujours inquiète, je crois, alors que je sens Caradoc se détendre à côté de moi. Il est clair que l'équipe de Mae est celle qui devrait le moins aller au combat magique et que sa petite amie y soit le rassure.
"Les autres équipes vont prendre position autour du bâtiment pour une intervention pour laquelle vous allez attendre mon signal. Si jamais madame Hermosa McNair nous faisait l'honneur de nous recevoir... vous allez attendre et surveiller. Il y a des chances que personne d'aussi intéressant ne consente à nous accueillir, mais notre venue devrait créer des remous, voire vous offrir des prétextes pour intervenir. Nous avons déjà jeté des sortilèges anti-transplanage mais vous allez patrouiller sur les autres faces du bâtiment et intercepter quiconque sortirait...", continue le Commandant.
"Si vous êtes obligés de poursuivre quelqu'un à l'intérieur du bâtiment, par exemple, ce sont les aléas du métier", intervient Paulsen avec un petit sourire.
"Tout à fait", confirme le Commandant sans autre émotion. "On doit retrouver Sylvester - c'est notre mission - elle implique une fouille si besoin. Carley, qui meurt d'envie qu'on n'ait pas d'autre choix, fait équipe avec Saltegg et Kulkarni ; Tanya, Caradoc et Iris, vous faites équipe avec Sherbune ; Charity, tu prends McDermott, Camden et Niven. Merci de vous regrouper", elle termine.
Les équipes se forment autour des chefs désignés.
"Je répète pour tout le monde : détermination mais aussi discrétion et prudence. Pas de héros, pas de cavalier seul, pas de bavure. Bonne chance à tous", elle ajoute sur un ton plus chaleureux. Des mercis sont murmurés. "Les équipes d'intervention partent les premières quand vous êtes en place, vous me donnez le feu vert pour une arrivée en fanfare. Allez", elle termine.
ooo
Tanya nous mène à l'aile ouest où il y a moins de fenêtres. Il y a une imposante double porte et des véhicules moldus sont garés. Elle signale par jeton au Commandant que nous sommes en place, et nous cherchons les positions les moins inconfortables possibles dans les fourrés.
"Ils sont entrés", annonce notre chef d'équipe quelques minutes plus tard.
"On va voir si ça les affole", estime Caradoc.
Insensiblement, je me suis préparée à ce que quelque chose se passe. Mais les secondes deviennent des minutes et rien. Je jette des regards à la dérobés vers Tanya qui me sourit pour m'inviter à la patience. Le temps s'étire encore sans autre animation jusqu'à ce que deux hommes vêtus en moldus sortent à grands pas. Ils se dirigent avec décision vers les véhicules. Le plus jeune a quelque chose de brillant à la main : sans doute des clés.
"On les intercepte", décide Tanya, et on se déploie avec elle.
Les deux hommes s'arrêtent immédiatement en voyant nos baguettes pointées vers eux avec un regard qui ne trompe pas : ils en ont déjà vues et savent ce qu'on peut en faire. Ils ne font pas un geste pour se saisir des leurs. Je parierais pour des Moldus qui côtoient des sorciers.
"Vous allez nous conduire à l'intérieur", leur intime notre chef d'équipe.
"Z'êtes pas du même bord que ceux de là-haut", estime lentement le plus âgé après nous avoir longuement considérés, les uns après les autres..
"On est les défenseurs des lois magiques", explique Tanya après un temps de réflexion.
"Une sorte de police, alors", commente l'homme en crachant par terre dans un geste que je ne m'explique pas vraiment. Sans doute pas un fan des lois, magiques ou non, je me dis, sauf qu'il me donne tort : "B'en, vous en avez mis du temps !" La sortie nous laisse un moment pantois, et l'homme s'en réjouit. "Pas besoin d'être... Merlin, comme ils disent là haut, pour penser que tout ça n'est pas très... honnête !"
Le plus jeune n'a rien dit durant toute la sortie. Il est figé, immobile. L'opinion de l'ancien semble l'agacer, mais c'est fugace.
"On est là et on va mettre de l'ordre", promet Tanya avec un geste vers la porte. "Conduisez- nous !"
"A... la Dame du troisième ou...", s'enquiert le plus jeune parlant pour la première fois. Il est plus nerveux que l'autre. Il lui ressemble aussi, je réalise. Un père et son fils, peut-être.
"On cherche une femme qui est arrivée vers midi", répond Caradoc. "Elle en priorité, mais on est sans doute intéressés aussi par la... dame du troisième..."
"De toute façon, ils sont là-haut", indique le père assez cryptiquement et en se tournant sans attendre vers le bâtiment.
On se glisse derrière eux dans un couloir étroit puis on traverse des salles pleines de cartons. Certains sont ouverts et contiennent des fioles. On n'a pas le temps de mener l'enquête.
"Il y a deux façons d'atteindre le troisième étage", finit par lâcher le père alors qu'on sortirait de cette espèce d'entrepôt. "Il y a un passage dérobé... peut-être que vous, vous pourriez l'emprunter... mais nous... il nous refuse", il explique laborieusement avec des regards pour son fils qui me mettent mal à l'aise. "Il y a l'escalier central... normalement, on peut le prendre", il rajoute. Son fils hoche la tête comme s'il n'était pas totalement d'accord.
"Va pour le central", décide Tanya. "Darnell, tu fermes la marche."
On emprunte tous les six un dernier couloir qui débouche sur une porte plus travaillée d'entrelacs compliqués. Elle s'ouvre sans bruit sur un imposant hall carré, carrelé de marbre sombre. Dès qu'ils entrent dans la pièce, les deux Moldus se plaquent au mur avec crainte.
Tanya pointe immédiatement sa baguette autour d'elle prête à réagir à une menace et nous l'imitons. On voit des statues de dragon sur les quatre faces de l'immense cage d'escalier, chacune percée d'une porte identique à celle que nous venons de franchir. Il y en a douze, quatre entre chacun des trois étages, dont les paliers ouverts sur le hall intérieur sont bordés de rambardes dorées ouvragées. Les yeux des dragons de pierre sont de pierres précieuses et luisent à la lumière des torches magiques tenues par leurs pattes griffues. Au milieu de cet espèce de puits vole de manière apparemment aléatoire une série d'escaliers, aucun ne touche le sol.
"Dix points pour la déco", je souffle un peu par nervosité. Niven me regarde avec surprise tandis que Tanya se gratte le menton.
Une porte grince à notre droite, et nous nous tournons d'un seul homme pour voir apparaître Perkins et son équipe. Ils se déploient dans la pièce, la baguette à la main. Notre soulagement est immédiat - le leur aussi.
"On se rend, chef", se marre Perkins sans doute un poil trop fort parce que la réplique est immédiate. Des flammes magiques vertes foncées pleuvent immédiatement des gueules des dragons vers son équipe qui s'égaille dans la pièce. Perkins et Sam reculent ensemble, l'un protégeant l'autre ce qui les sépare de Camden et Sherbune qui s'étaient déjà davantage rapprochées de nous. Niven et moi allons à leur rencontre sans réellement le décider alors que Tanya, derrière nous, recule et protège les deux Moldus d'un bouclier. Caradoc essaie de la rejoindre mais il est touché au bras et doit aussi adopter seul une attitude défensive.
Le feu des dragons se concentre sur celles qui bougent le plus - Camden et Sherbune. Niven, sans doute inquiet pour sa collègue, sort du bouclier que j'ai projeté autour de nous sans me prévenir. Avant que j'ai pu faire quoi que ce soit, il est assommé par un sortilège qui est jeté du premier étage et s'écroule avec un cri de surprise.
"Merlin", je soupire en répliquant. L'ombre au premier glapit et recule, mais d'autres sortilèges pleuvent du premier. Notre assaillant ne devait pas être seul. Est-ce que ça pourrait être pire ? Je sens poindre l'affolement et je mets mon énergie à me raisonner. En cas de danger, se protéger, protéger ses partenaires, puis si possible, reprendre la mission initiale, dit le Manuel. Je suis à l'abri sous mon bouclier mais nous le serions plus à trois.
J'élargis le bouclier vers Sherbune et Camden, les plus proches de moi, en espérant une jonction de nos protections magiques respectives. Un nouveau jet de flamme fait reculer la première d'un saut salvateur avant que les flammes comme le bouclier ne l'atteignent. A mon grand soulagement, elle a le réflexe de se protéger elle-même alors que Eolynn réussit in extremis à entrer dans le mien
"Niven, Sherbune !", se désole Camden, le souffle court, les yeux exorbités.
"On va s'en occuper", je promets, tout en continuant de voir ce qu'on peut faire pour réduire les menaces globales. Comme on ne bouge plus, les dragons se concentrent sur Charity et Sam, mais ils me semblent bien tenir le coup, même s'ils sont tout à fait de l'autre côté de la pièce maintenant. Tanya et les Moldus se sont un peu éloignés de nous mais pas trop. Seule, je ne vois pas trop ce que notre chef peut tenter. Darnell essaie maintenant de rejoindre Sam et Charity ; il couvre ses avancées successives par des brouillards intelligemment colorés de vert.
"Faut me couvrir jusqu'à Sherbune", j'indique pour Camden. "Je vais la ramener et on va s'organiser mieux que ça, sinon on ne tiendra pas." Eolynn opine l'air concentré. "A trois", je souffle en me préparant à courir.
"Lupin", lâche Sherbune quand je la rejoins. Elle est pâle, tremblante et collée au mur de l'escalier et son bouclier est inconsistant. Heureusement, que Camden tient le coup sinon on serait grillées toutes les deux.
"Blessée ?" Elle secoue la tête. "Alors, tu prends ta baguette et tu te motives", je lui ordonne. "On se regroupe avec Camden et on planifie la suite."
"Quelle suite ?", elle halète.
"Tu te prépares : à trois, on rejoint Camden en courant", je biaise avant de proposer une stratégie improvisée inspirée par Darnell."Tu fais un brouillard, on s'en fout qu'il soit crédible, ça fait toujours une diversion, et moi, je balance des offensifs."
"Je... Ok, Iris", elle souffle en se faisant visiblement violence.
"Prête, Shannen ?", je vérifie avant de me mettre à compter :" Un, deux, trois, go !"
Son brouillard est grisâtre et peu dense mais il couvre notre départ. On a parcouru la moitié de la distance avant que les dragons ne nous repèrent. Je leur envoie des sorts offensifs de plus en plus solides qui restent sans effet - ils sont clairement protégés de ce genre d'attaque. Les tireurs du premier essaie de s'en prendre de nouveau à moi. Charity et Sam règlent son compte à un imposant homme à la peau sombre qui s'écroule en basculant par dessus la rambarde. Son corps fait un craquement sinistre en s'écrasant au sol.
On est accroupies, Sherbune et moi, à côté de Camden qui maintient le bouclier. Je vois des perles de sueur sur son front.
"Ok, phase un réussie", je commente.
Sherbune opine et trouve même la force de demander : "Tu veux faire quoi ?"
"Récupérer Niven, l'évacuer. Nous sortir de là..."
"Tout ça !", elle me coupe. Il me semble que Eolynn me jette un regard aussi bref qu'affolé.
Je ne relève pas ; je suis la plus gradée, faut que je les rassure et que je m'impose. Pas que je cède à la panique.
"Je ne vais pas vous réciter le Manuel : vous connaissez la procédure d'évacuation... Camden et moi, on te couvre, Sherbune. Tu es prête, tu as le portoloin, tu pars avec le blessé..."
"Moi ?"
"Tu es la moins expérimentée", lui rappelle Camden - le Manuel doit être frais dans son esprit.
Je crois que Sherbune envisage une demi seconde de dire qu'elle est plus âgée que nous deux. Heureusement, elle se rend compte toute seule que ce serait juste ridicule comme commentaire.
"Faut réfléchir à une diversion", j'enchaîne sans arrêter de surveiller l'évolution de la situation. Les flammes des dragons sont moins nourries ; je pense qu'elles répondent au mouvement et aux sons plus qu'à la présence d'intrus. "Un truc qui servirait aussi à nous sortir toutes les trois de cette nasse : évacuer Niven, rejoindre Sawbridge... voire Darnell, Perkins et McDermott", je continue de penser à haute voix. Eolynn opine, mais son bouclier tremble. "A trois, je remplace, Camden... tu as besoin de souffler..."
Eolynn ne proteste pas, et nos boucliers se superposent puis celui de Camden disparaît sans à-coup. Les flammes des dragons se brisent avec régularité sur le mien.
"Une diversion du genre : on avance", propose Eolynn quelques secondes plus tard. Il y a de l'essoufflement dans sa voix mais de l'excitation aussi. "Ils n'imaginent pas ce que Sherbune va faire... derrière nous..."
"Genre", j'approuve avant de développer l'idée : "On fait semblant de rejoindre cette porte-là... mais notre but, c'est Tanya. Sherbune, tu rejoins Niven, et vous vous cassez. Tu es en alerte, tu as ton Portoloin activé à la main, mais tu sais qu'on te protège Camden et moi, alors pas d'offensif... juste un bouclier. Tu peux le faire", je conclus.
"Oui", elle murmure en levant son visage vers moi. "Oui, Auror Lupin, je... je vais le faire."
Camden me lance un regard un peu inquiet, et je sens que je dois faire un peu plus pour galvaniser les troupes.
"Tu as confiance en Camden et moi ?", je demande à Sherbune.
"Oui", elle répond sans trop d'hésitation.
"Alors tu y vas. Tu débranches ton cerveau qui te dit que tu n'as aucune chance, parce qu'il a tort et on va lui montrer. Ok ?"
"Ok... chef", elle opine avec un geste volontaire et un ressaisissement général.
"Camden, tu protèges Sherbune : les yeux sur elle, tout le temps. Je m'occupe de nous. Prêtes ?", je demande sans attendre de voir combien de temps ce nouvel état d'esprit va durer. Deux voix assez assurées me répondent, et j'entame le décompte : "A trois : un, deux, trois..."
Sherbune part en même temps que nous droit dans le mur de flammes vertes qui s'écrase contre mon bouclier, mais elle diverge pour rejoindre Niven. Je sens le bouclier lancé par Eolynn dans mon dos alors qu'on s'approche de Tanya et des Moldus. J'entends un plop que j'espère bien interpréter mais je ne me laisse pas distraire. Le bouclier de Tanya vient se joindre au mien, le nourrir. On est en cinq pas sous sa protection. Je regarde là où était Niven, il n'y a plus personne. On a réussi, je réalise avec une bonne dose d'incrédulité.
"Magnifique, les filles", indique Tanya comme une confirmation.
"Iris a géré", lui dit Camden avec une admiration patente dans la voix.
"Mais tu as trouvé la diversion et tu n'as pas faibli, et on n'est pas sorties d'affaire !", je coupe un peu gênée.
"Non", approuve sombrement Tanya. "Nos deux amis moldus ont reconnu qu'ils auraient pu nous prévenir pour les dragons, mais maintenant ils vont coopérer, hein, sinon ils vont finir en brochettes comme nous..." Le père et le fils opinent timidement. "Eolynn, essaie de me repérer quelqu'un là-haut et de lui donner de quoi regretter de s'en prendre à l'application des lois magiques... derrière la corniche moulée par exemple, ça me démange depuis trop longtemps... Bien", elle approuve quand Camden a obtempéré. "Iris, prend ton jeton et informe les autres : jonction avec Perkins au rez-de-chaussée, attaque depuis le premier... Cible sans doute au troisième..."
J'obtempère et je lis bientôt les réponses du Commandant et de Paulsen. La première dit : "On arrive" ; le second "revers des attaquants premiers dans deux minutes". Je relaie les messages à haute voix pour Tanya, qui reste concentrée sur son bouclier, et Eolynn, qui cherche toujours à coincer un tireur embusqué - les moulures ont pas mal réduit. Sous les dorures, c'était simplement du plâtre, je réalise.
"Deux minutes, ça peut être long", commente Tanya mais il me semble que l'ambiance change au premier. Il y a moins d'attaques contre nous et même les flammes des dragons changent d'orientation.
"La cavalerie", je souffle.
"A l'attaque, les filles, faut pas laisser passer l'avantage", ordonne Tanya. Darnell, Perkins et Sam reviennent vers nous en courant, à peine effleurés par la colère verte d'un dragon qui glisse sur leur bouclier.
"Mais on va monter comment ?", je questionne en regardant autour de moi. "Lévitation ?"
Tanya se tourne vers les Moldus.
"Dis-leur", intime le père. "Je sais qu'elle t'a emmené... tu as vu quoi ?"
"Elle a dit... elle dit...", balbutie le fils. "Un truc en latin... Ça ressemblait à son prénom mais pas totalement... et puis... une histoire de vis.."
Mon cerveau émet une hypothèse presque à mon insu.
"Viris", je propose, et comme le jeune Moldu opine, après un temps de surprise, je continue : "Hermosae Viris ?"
C'est une adaptation de la formule qui fait obéir les escaliers de Poudlard depuis des siècles - mon père n'est pas assez intime avec les escaliers pour qu'ils l'appellent par son prénom. La confirmation est immédiate, l'escalier le plus proche s'arrête devant mes pieds. Camden ouvre une bouche béante et les Moldus sont stupéfaits.
"T'as des ressources insoupçonnées, Iris", commente plus calmement Perkins. Sam est occupé à renforcer le bouclier de Tanya contre les dragons de pierre ; je ne sais pas ce qu'il en pense. Darnell se marre doucement ; il doit se rappeler de certaines sorties nocturnes où ma présence facilitait grandement la logistique.
"On monte", ordonne Tanya sans attendre. "Les Moldus au milieu, les filles et moi devant, Charity, Caradoc et Sam, l'arrière. Jonction permanente des boucliers"
On vient de s'engager dans l'escalier quand une porte s'ouvre dans le hall devant ma mère, Colleen et Emma, qui menace fermement un homme grand et à la peau sombre qui marche contre sa volonté - pas de doute là-dessus - devant eux. Il a un geste de colère en voyant le corps de l'attaquant qui a basculé il y a quelques minutes qui m'ont paru des heures.
Les dragons les font reculer juste le temps de produire un bouclier qui les amène jusqu'à nous. Quelques secondes plus tard, on prend à revers un groupe de quatre sorciers aux prises avec Carley et son équipe. Le combat est vite terminé et ils sont vite enchaînés et mis en état d'arrestation. Aucun n'a dit un mot.
"On cherche deux femmes : Pilar Fuentes et Euthalia Sylvester", leur apprend le Commandant quand on les a regroupés derrière un pan de murs suffisant pour arrêter la colère vigilante des dragons. "Toute coopération sera prise en compte."
La seule réponse est un homme qui secoue la tête. Je me demande ce que Hermosa a promis comme récompense ou représailles pour générer une telle loyauté.
"On pense qu'il faudrait aller voir au troisième", se risque Tanya avec un geste vers les deux Moldus.
Ma mère regarde le groupe et ordonne : "Kulkarni, Temple, Camden, Lupin... surveillance des prisonniers.."
"Sauf ton respect, Commandant, Iris est la seule à maîtriser les escaliers", intervient Tanya. Saltegg lève les yeux au ciel mais les autres ont plutôt le sourire aux lèvres.
"Je prends sa place", annonce fermement Emma. "Si tu le permets, Commandant", elle rajoute.
"Ok", accepte ma mère, l'air impénétrable. Carley me fait un clin d'oeil. Je me retrouve donc à re-murmurer, presque avec un regard d'excuse pour elle, la formule qui a fonctionné en bas. "Je vois", elle sourit très brièvement.
"Tu aurais su", je souffle.
"Mais tu y as pensé la première. Allons. Carley - l'arrière garde. Tanya - avec moi. Emmenons nos amis moldus - Darnell, tu en es responsable."
Les huit Aurors restants et les deux Moldus grimpent sans attendre l'escalier arrêté en plein vol jusqu'au deuxième étage sous les flammes des dragons - c'est fou comme on finit par s'habituer, je me dis. L'étage nous parait étonnamment silencieux et calme.
"Vigilance constante", lâche le commandant. "Il y a sans doute d'autres pièges".
"Il faut traverser a priori pour avoir un autre escalier", estime son lieutenant.
On suit tous le mouvement, en alerte, le plus éloignés possible des rambardes et des jets de flammes des dragons. On va arriver à l'endroit où un escalier pourrait venir s'encastrer quand un miroir à notre gauche vole en éclats. Les morceaux ne tombent pas au sol comme le voudraient les lois physiques terrestres mais forment une nuée au dessus de nous et juste après les images apparaissent. Je vois les trois enfants de Carley Paulsen se tordre comme s'ils subissaient un endoloris prolongé ; je vois une femme que je ne connais pas pleurer ; je vois ma mère puis moi tomber presque en même temps touchées par un sort.
"Bloquez vos pensées et, si c'est trop dur, concentrez-vous sur des choses positives", ordonne le Commandant d'une voix que je ne connais pas. Il y a de l'urgence et de la distance dedans. Quoi qu'elle ait vu.
"Des miroirs sinistres", souffle Tanya livide à un pas de moi.
Très rares, les miroirs sinistres reflètent les peurs intimes des gens qui leur sont confrontés. Mon père en a parlé en cours et Harry m'en a montrés au Musée de Trieste, je me souviens alors que les dernières apparitions disparaissent. Le souffle un peu court, je réalise que j'ai eu peur pour ma mère et elle a dû avoir peur pour moi.
On n'a pas le temps de réellement se remettre de nos émotions parce que les flammes conjuguées des dragons du deuxième et du troisième étages nous empêchent de nous approcher de l'endroit où il faudrait appeler l'escalier.
"Vous me cherchez peut-être, Commandant Lupin ?", crie alors une voix de femme du troisième étage. "Malheureusement, je n'ai que peu envie de vous parler. Je n'aime pas les visites non annoncées..."
oooo
Voilà, voilà, un peu d'action et de terrain pour nos Aurors préférés. Ca continue dans le prochain qui s'appelle "Des dispositifs de protection" - je vous laisse parier sur qui protège qui...
Les cartes postales de l'été sont les bienvenues.
