Titre :La Légende des Sept Portes

Auteur : Orlane Sayan

Disclaimer : Rien est à moi (ou presque): JKR a juste une générosité à l'aulne de son imagination!

Disclaimer : Je ne possède ni les univers de Charmed ni celui de Buffy contre les Vampires (je les ai revendus il y a quelques années et... Quoi? Comment ça vous ne me croyez pas?)

Résumé:

An 2022.

Cela fait désormais vingt ans que la Grande Guerre est terminée et tous les héros, reconnus ou simples anonymes, ont retrouvé une vie paisible dans un Royaume-Uni désormais guérit.

Mais dans l'ombre de cet avenir plein de promesses s'élève un murmure de plus en plus inquiétant. Une vieille légende se réveille sous les yeux de la nouvelle génération...

RAR :

phoenux saturne :

Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Toujours fidèle au poste, pas vrai ?! Oui, les Halliwell ne sont pas connues pour abandonner facilement ou pour fuir un combat. Je pense que la Porte Noire risque de l'apprendre à ses dépends. Bonne lecture !


Note:

Bonjour à tous et à toutes !

Comment va la vie de votre existence ? Les vacances ont été bonnes ?

De mon côté, les vacances se terminent. Il n'y avait pas d'écriture au programme et étant donné que mon concours approche (genre, vraiment vraiment), je ne suis pas sûre d'avancer beaucoup sur le chapitre 75 d'ici à la prochaine fois. Mais qu'importe, j'en viendrais à bout, comme toujours;)

En attendant, chapitre 52 pour vous. Les choses bougent sérieusement et ce n'est pas près de s'arrêter. Bonne lecture !


Qui-est-Qui ?

(dès fois que vous ne soyez pas réveillés : G : Gryffondor, Serp : Serpentard, Serd:Serdaigle, P : Poufsouffle)

Harry/Ginny Potter: les jumeaux James et Lily (septième année G/G), Albus Severus (cinquième année Serd)

Ron/Hermione Weasley: Rose (septième année Serd), Hugo (quatrième année G)

Draco/Mélindra Black-Malefoy : William (26 ans G), les jumeaux Alyne et Aaron (septième année G/Serp), les jumelles Sarah et Syrielle (cinquième année Serd), Elzo (troisième année G), Emily (première année P).

Neville/Hannah Londubat : Alice (19 ans P), July (cinquième année Serd), Kiara (première année Serp)

Rolf/Luna Scamander : les jumeaux Lorcan et Lysander (troisième année G), Aïday (première année P)

Severus/Kate Rogue : Emma (24 ans Serp), Regulus (septième année G)

Remus/Nymphadora Lupin : Teddy (25 ans G), Violette (20 ans Serd)

Bill/Fleur Weasley : Victoire (19 ans), Dominique (sixième année), Louis (troisième année)

Charly/Down Weasley : Simon (première année P), Gualterio (8 ans)

Percy/Audrey Weasley : Molly (septième année Serd), Lucy (deuxième année G)

George/Angelina : Fred (sixième année G), Roxanne (troisième année G)

Lachlom/Buffy Swift : Joyce (deuxième année G), Alyssa (10 ans)

Léo/Piper Halliwell : Wyatt (28 ans), Chris (27 ans), Mélinda (24 ans)

Henri/Paige Halliwell : Henri Junior (25 ans), les jumelles Pearl et Pauline (22 ans)

Coop/Phoebe : Prudence (21 ans), Penelope (19 ans), Patricia (12 ans)


Previously on LSP :

La Porte Noire a quitté l'ombre dans laquelle l'histoire l'avait plongée. Après des siècles de préparatifs, les démons ont procédé à un immense sacrifice pour briser le sortilège qui maintient le passage fermé.

En Angleterre, la famille de Olympie – Gardien de la mémoire des Sept Portes – se sont lancés à corps perdu dans une lutte qu'ils savent inégale.

Après des recherches, les meilleurs espoirs reposent sur une ancienne théorie magique – l'Harmonique des Lignées – qui permettrait de rouvrir un passage vers Olympie afin de sommer les Dieux de leur venir en aide.

Afin de réaliser cet exploit, il faut toutefois ramener Lily Evans et Sarah Black dans l'époque actuelle afin de compléter le sortilège.

La nuit du 31 Décembre, un sortilège est lancé à cette fin, alors qu'en Grèce, la Porte Noire officie le plus grand sacrifice jamais vu depuis des siècles.

Un mois a passé depuis l'arrivée des parents de Harry et Mélindra dans un futur auquel ils ne s'attendaient pas. Tandis que les quatre Voyageurs s'acclimatent tant bien que mal à la réalité, les regards restent braqués en direction du Mont Olympe où les démons sont bien trop passifs.

A Poudlard, la lutte continue et porte le nom de l'Harmonique des Lignées. Les recherches, menées par Hermione Weasley s'annoncent encore longues.

Un espoir demeure tout de même puisque l'ultime Reine du Royaume Gardien et lointaine descendante de Mélindra Black et Harry Potter est arrivée en même temps que les parents de ces derniers.


Dans le chapitre précédent :

Penelope Halliwell désobéit effrontément aux ordres de l'Alliance Magique et lance une attaque d'envergure dans les Enfers pour détruire l'un des Neuf Dé , tout ne se passe pas comme prévu et la jeune femme ne doit son salut qu'à l'intervention salutaire de toute sa famille. Les Halliwell réussissent l'exploit de blesser l'un des Neuf démons et aident à faire le ménage dans les Enfers. La Porte Noire subit ainsi de lourdes pertes...


Chapitre 52

Mélindra caressa une dernière fois la silhouette endormie de Penelope et la respiration profonde de la jeune femme termina de la rassurer. Sa protégée avait eu une chance inouïe et qu'elle soit revenue presque indemne des Enfers était un véritable miracle.

Durant tout le temps où les Halliwell avaient été absents, Mélindra n'avait cessé de tourner en rond dans le grenier du Manoir, inquiète comme rarement elle l'avait été tandis qu'une autre part d'elle ne cessait de lui répéter qu'un de ses enfants auraient très bien pu être à la place de Penelope. Elle les connaissait par cœur : William le premier était le spécialiste des actes irréfléchis, alors qu'Aaron et Alyne avaient de nombreuses fois prouvé qu'ils pouvaient faire preuve d'un terrible manque de prudence quand ils étaient convaincus que la fin justifiait les moyens. Bien sûr, Sarah et Syrielle n'étaient pas des combattantes nées mais depuis quelques années, elles coordonnaient les actions de leurs aînés. Seuls restaient Elzo et Emily, tous les deux trop jeunes pour prendre les armes.

Du moins, c'était ce qu'elle espérait.

Mélindra quitta finalement la chambre où se reposait Penelope et gagna le rez-de-chaussée du Manoir. Les Halliwell avaient tenu un de leur habituel conseil de famille et elle n'avait pas été surprise de la tournure des événements. Piper, Phoebe et Paige avaient pu jauger la puissance du démon durant leur bref affrontement : elles avaient reconnu qu'il était sans nul doute le plus puissant démon qu'il leur avait été donné de rencontrer jusqu'ici mais que ce n'était pas pour cela qu'elles allaient renoncer à le combattre. Mélindra connaissait suffisamment les sœurs pour pouvoir affirmer qu'elles avaient la ferme attention de mettre au point un sortilège pour le détruire et cette soudaine soif de combat avait des reflets de vengeance.

On ne s'attaque pas aux Halliwell sans en subir de lourdes conséquences...

Mélindra retrouva Phoebe dans le salon et sourit en voyant que Patty dormait elle aussi, la tête posée sur les cuisses de sa mère.

- Comment va Penelope ?

- Épuisée. Je suppose que c'est normal. Ta fille a un ange gardien, Phoebe, et ce n'est pas moi.

- J'espère qu'il en sera toujours ainsi... Tu t'en vas ?

- Oui, je dois rentrer à Poudlard. Lillendrine devrait finir par revenir à elle et j'ai promis à Hermione de l'aider dans ses recherches sur l'Harmonique des Lignées.

- Elle a trouvé quelque chose ?

- Je ne sais pas encore... Je ne me suis pas encore attelée au problème pour être tout à fait honnête.

- Je me doute que tu avais plus urgent à faire...

Mélindra eut une légère grimace et Phoebe secoua la tête d'un air désolée.

- Tu as parlé avec ton père ?

Elle fût tentée d'esquiver la conversation qui se profilait mais se résigna aussitôt : outre le fait que Phoebe réussirait tôt ou tard à la coincer, elle avait besoin de parler de tous les événements qui avaient chamboulé sa vie avec quelqu'un d'autre que Draco et Harry.

Elle prit place en face de sa grande sœur de cœur.

- Oui, je lui ai parlé.

Phoebe haussa un sourcil, de toute évidence surprise.

- C'est lui qui t'a tendu un odieux piège ou tu as été le voir de toi-même ?

- Tu as conscience que mon père aime les discussions à cœurs ouverts autant que moi ? Je suis allée le voir. C'est si surprenant que ça ?

- Je te connais depuis que tu as dix ans, Merry. Je commence à savoir comment tu fonctionnes... D'ordinaire, il faut développer des trésors d'imagination pour te faire parler. Je suis contente d'apprendre que tu as un peu progressé sur ce plan là.

Mélindra passa une main à travers sa crinière brune et éloigna d'un simple effort de volonté les souvenirs de toutes ces fois où Phoebe l'avait prise entre quatre yeux pour mettre les points sur les i.

- Et alors ?

- Il l'a plutôt bien pris...

- C'est-à-dire ?

- Et bien, il ne s'est pas transformé en chien, il m'a écouté jusqu'au bout, il n'a pas promis de tuer Draco la prochaine fois qu'il le croiserait...

- Tu lui as tout dit ?

- L'essentiel.

- Je suis curieuse d'entendre le sens que tu donnes à l'essentiel.

- Il sait que je suis morte pendant la bataille de Poudlard et il sait pour ma tentative de suicide. Il sait l'essentiel.

- Et comment tu te sens, toi ?

La question méritait réflexion et Mélindra ne répondit pas tout de suite. Contre toute attente, elle avait eu moins de mal à raconter son histoire à son père qu'à sa mère. Sirius avait écouté, serrer les poings quand ce qu'il entendait ne lui plaisait pas, maudit Bellatrix pendant de longues minutes... A aucun moment elle n'avait lu de la déception dans son regard. Il se sentait coupable de sa propre mort, sûrement regrettait-il amèrement d'être allé au Ministère de la Magie cette nuit-là, mais il avait accepté ses choix, approuvé son sacrifice, avoué qu'il savait jusqu'où pouvait mener la douleur de la perte.

Il avait compris tout ce qu'elle avait tu.

J'ai toujours su que tu ferais de grandes choses Mélindra, mais tu as dépassé tout ce que j'aurai pu imaginer.

Après ça, il avait exigé qu'elle lui parle du reste. De ce qui constituait son bonheur de tous les jours. Il voulait tout connaître sur sa vie après la guerre. Seulement ça lui importait.

- Mieux. Je crois. Même si ça me fait bizarre, même si ce n'est que pour un temps, je suis contente de le revoir. Et de rencontrer ma mère.

Phoebe approuva d'un signe de tête mais Mélindra la connaissait assez pour pouvoir affirmer qu'elle n'en avait pas fini.

- Et Lillendrine ?

Mélindra serra les dents et Phoebe plissa les yeux comme pour la défier d'esquiver le sujet qu'elle voulait aborder depuis le début de leur conversation.

- Lillendrine n'est pas encore tout à fait remise. Elle dort beaucoup et reprend des forces. Je suppose que ce n'est plus qu'une question de jours.

- Elle va avoir besoin de toi, Merry. Ce sera la seule chose qui lui importera, qu'importe ce qu'il s'est passé là-bas.

- C'est ce que tout le monde me dit... Ne le prends pas mal, Phoebe, mais tu ne sais pas ce qu'il s'est passé là-bas.

- C'est vrai et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Tout ce que j'ai appris en vingt ans c'est que tu te sens plus coupable de l'avoir abandonnée que d'avoir laissé Harry se débrouiller pendant cinq ans sans toi.

Mélindra maudit le don d'empathie de sa grande sœur de cœur sans pouvoir lui enlever une part de raison.

- C'est compliqué, dit-elle finalement.

- Ça l'est toujours avec toi...

- Je n'y peux rien.

- Oh que si. Si tu écoutais un peu plus les autres quand ils te parlent, tu te rendrais compte que tu brosses toujours les tableaux les plus sombres d'une situation quand elle te touche de trop près.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Je te l'ai dit : je te connais depuis que tu as dix ans. Je commence à savoir comment tu fonctionnes.

- Mais...

- Par où veux-tu que je commence ? Quand tu as appris que ton père était un supposé Mangemort, tu t'es promise de le tuer. Tu l'aurais fait si ta route avait croisé la sienne. Tu l'aurais tué alors qu'il était innocent parce que tu avais scellé ton jugement avant même d'avoir tous les éléments en main. Tu as agis de la même façon avec Draco. Tu ne l'as jamais laissé s'expliquer. Quand tu es blessée, tu ne réfléchis plus.

- Tout ça n'a rien à voir avec Lillendrine !

- Tu dis que tu l'as abandonnée. Que tu n'as rien tenté pour l'emmener avec toi. C'est peut-être vrai mais est-ce que ça aurait changé quelque chose ? Tes Dieux ne sont pas des tendres et leur décision était prise.

- Il n'empêche que Lillendrine sort de l'Enfer !

- Exactement. Elle va avoir besoin que quelqu'un soit là pour l'aider à se reconstruire. Tu ne trouves pas cela formidable qu'elle se trouve dans notre époque ? Tu es la seule personne en mesure de la soutenir. Malgré tout ce qu'il s'est passé, tu es ce qui se rapproche le plus d'une mère pour elle.

- C'est une coïncidence.

- Ma chère petite, il n'y a pas de coïncidence en magie. Alors écoute bien ce que je te dis : arrête de te mettre de fausses idées dans ta petite tête de linotte et sois là pour elle. C'est la seule chose qui importe pour elle. Et pour toi.

Mélindra dévisagea Phoebe et lui trouva cette expression sûre d'elle qu'elle arborait toujours quand elle savait des choses que les autres ne pouvaient qu'ignorer.

- Tu as eu une Prémonition ?

Elle resta imperturbable.

- Je n'ai pas besoin de Prémonitions. Maintenant retourne à Poudlard, nous n'avons plus besoin de tes services.

- Qu...

- Disparais, Black, on gère la situation.

Mélindra se retourna en entendant la voix de Chris. Le fils de Piper et Léo la fixait, appuyé sur la chambranle de la porte menant à la cuisine. Merlin seul savait depuis quand il se trouvait là.

Mélindra aurait voulu qu'ils lui expliquent pourquoi ils se sentaient tout à coup si concernés par Lillendrine mais les Halliwell lui avaient depuis longtemps fait comprendre que tout Être de Lumière qu'elle était, ils avaient parfois des raisons qui ne la concernaient pas.

Du reste, pas dans l'immédiat.
Elle secoua la tête, résignée, puis s'éclipsa.

Elle eut juste le temps d'apercevoir le pouce levé que Chris adressa à sa tante.

Rose Weasley feuilletait sans conviction la pile de feuilles rassemblant tout ce qu'ils avaient amassé sur la Porte Noire depuis Halloween. Près d'elle, Lily avait abandonné la partie et préférait se consacrer à la montagne de devoirs que les professeurs demandaient aux septième années en vue des ASPIC's.

- Moi, je dis que votre théorie est trop tordue, dit soudainement Regulus en se redressant soudainement.

- C'est-à-dire ? Dit James avant d'étouffer un bâillement.

- Les démons ont prévu leur invasion depuis des siècles. Ils se fichaient bien de savoir dans quel état serait la Terre quand ils ont débarqué ! Pourquoi ils se prendraient la tête à vouloir tuer des Voyageurs Temporels ?

Rose se tourna vers les deux garçons, légèrement surprise d'entendre Regulus revenir sur un sujet dont ils avaient débattu pendant de nombreuses heures quand ils avaient cherché à cerner les plans des Démons échappés de la Porte Noire.

- Je suppose que si Voldemort avait gagné la dernière guerre, une grande partie de l'Europe serait tombée sous le joug de la Magie Noire... Rappela-t-elle en se frottant les yeux.

C'était ce qu'ils avaient trouvé de mieux mais elle devait avouer que cette théorie ne la satisfaisait pas. Pour en avoir parlé avec les deux S, Prudy et Emma, elle savait qu'elle n'était pas la seule dans ce cas. Les Démons de la Porte Noire ne pouvaient pas avoir prévu qu'ils ramèneraient les responsables de la chute de Voldemort dans cette époque. Ils suivaient un plan précis, comme en témoignait les années qu'ils avaient passé à enlever des êtres magiques afin de permettre à neuf démons de passer dans cette dimension tout en fragilisant suffisamment l'ancien sortilège pour que des démons mineurs puissent traverser le portail sans plus aucune restriction.

- Un règne de Magie Noire, c'est toujours plus favorable... Supposa James, sans grande conviction.

- Je ne dis pas le contraire... Mais avouez que c'est risqué comme pari : ça pourrait aussi être tout le contraire... Une grande alliance, les autres Portes réouvertes... Vous connaissez comme moi toutes les histoires que racontent les Halliwell à propos des voyages dans le temps : il ne faut rien changer.

- Ça, ce sont les règles des bonnes sorcières, rappela Lily. En général, les démons font l'exact contraire.

- Un point pour Lily, commenta James avant de se lever. Je vais vous laisser méditer sur le sujet et je vais aller retrouver ma chérie.

Rose retint sa grimace de peu en voyant les sourires idiots que Regulus et Lily avaient échangé, commentaire silencieux qui en disait long sur ce qu'ils pensaient : apparemment, les deux Gryffondors pensaient avoir gagné leur guerre contre Alyne maintenant que James sortait avec Zabini.

Avant que le jeune Potter n'ait eu le temps d'atteindre la porte du Repère, celle-ci s'ouvrit en douceur et Rose eut dû mal à croire ses yeux quand elle vit Alyne se glisser dans la lumière. Depuis la fin des vacances de Noël, son amie d'enfance faisait de son mieux pour les éviter et seuls les cas d'urgence requérant sa présence la faisait sortir de son exil.

Rose la dévisagea par habitude, cherchant déjà des réponses qu'elle était certaine de ne pas obtenir autrement : elle semblait avoir fait un effort pour s'habiller et même si ses traits étaient toujours aussi tirés, Rose devina de la détermination derrière son expression de tristesse.

Puis elle remarqua les yeux rougis de la jeune femme et se tendit d'instinct : Alyne ne pleurait pas facilement et dans tous les cas, c'était un mauvais signe.

Alyne se mordit les lèvres et fit un pas dans la pièce, avant de refermer la porte derrière elle.

- Qu'est-ce que tu fiches-là, Black-Malefoy ?

Si Lily avait été un peu plus proche d'elle, Rose se serait fait un plaisir de lui enfoncer son coude dans les côtes.

Alyne se redressa pour encaisser l'animosité de son amie avant de répondre :

- Je suis venue pour m'excuser, souffla-t-elle d'une voix à peine audible.

Rose tressaillit sous les effets conjugués de la surprise et de l'espoir. Elle aurait aimé voir les réactions de Lily, Regulus et James, mais elle ne pouvait pas détourner son attention d'Alyne au moment où son amie avait besoin de soutien.

- Je sais que ça ne rachètera pas tout le mal que j'ai fait depuis la rentrée mais je tenais à le faire.

- Tu as conscience que c'est un peu facile, n'est-ce pas ? Répliqua Regulus avec ce ton froid qu'il utilisait quand il ne voulait pas qu'on puisse deviner ce qu'il pensait.

Alyne braqua son regard vers lui et Rose y distingua une flamme dure.

- Demander pardon n'est pas facile, Rogue, grinça-t-elle. Même si je t'accorde que ça ne suffira pas à me racheter à tes yeux.

Regulus ouvrit la bouche pour répliquer mais James fut le plus rapide.

- Pourquoi ?

Il avait murmuré la question que tous se posaient sans osé la dire à voix haute et Rose savait que seul James pouvait espérer obtenir une réponse.

Alyne resta un long moment silencieuse, le regard vissé au loin comme si elle essayait de rassembler ses pensées.

Ou son courage.

Finalement, elle se tourna vers James et à l'ombre sur son visage, Rose craignit le pire.

- Je me suis faite une amie en Russie. Anya... Elle... Elle est décédée alors qu'elle venait d'avoir seize ans. Un... Un salop de la pire espèce a profité qu'elle ait un cœur en or pour le lui briser. Je...

Elle ferma les yeux, comme si prononcer ces quelques mots lui avait demandé une énergie surhumaine.

- Je... Je me suis conduite... de la même façon avec toi, Jimmy. Et je le regrette de tout mon cœur. J'espère juste que tu pourras me... pardonner un jour.

James ouvrit la bouche pour parler mais Alyne leva une main pour l'en empêcher.

- Tu es une personne exceptionnelle, Jimmy. Je ne crois pas que je t'arriverais un jour à la cheville... Je... J'ai eu de la chance que tu ne tournes pas mal... Twyla est une fille bien. Je suis heureuse pour toi.

Avant que quiconque n'ait eu le temps de comprendre le rapport entre le début et la fin de sa tirade, elle avait déjà tourné les talons avant de s'enfuir.

James resta un long moment à fixer la porte qui s'ouvrait sur le grenier sombre du château et Rose aurait été bien incapable de deviner ce qu'il pouvait penser.

- Et bien... Dit Lily en brisant le silence. Ça, c'était tout à fait inattendu. Elle va peut-être finir par redevenir normale.

Rose secoua la tête en entendant les lourds ressentiments dans la voix de la rousse. Aveuglée par la haine nouvelle qu'elle vouait à Alyne depuis ce qu'il s'était passé à Halloween, Lily restait imperméable au fait que peut-être, Alyne n'y était pour rien. Ils avaient une vie facile depuis leur plus tendre enfance... Comment aurait-elle réagi si elle avait perdu quelqu'un ?

James fini par revenir dans la réalité. Il passa une main hésitante à travers sa tignasse brune et jeta un coup d'oeil à sa sœur jumelle.

- Ah non, James ! Ne me dis pas que ça change tout s'il-te-plaît ! C'est bien qu'elle commence enfin à exprimer ses émotions mais il ne faut pas pousser, ça ne rachète pas toutes ses fautes.

Le jeune Potter eut une moue sceptique puis haussa les épaules avant de quitter le Repère à son tour.

- Où tu vas ? L'appela Lily en se levant à moitié.

- Voir Twyla. A plus tard.

La réponse de son frère sembla rasséréner Lily et elle se rencogna contre le dossier de sa chaise pour continuer ses devoirs.

Rose fût tentée l'espace de quelques secondes de lui faire la morale sur son comportement avant de se raviser. D'un part, Lily ne l'écouterait pas, et ensuite, elle n'était pas sûre d'avoir des arguments suffisamment affûter pour percer la carapace de mauvaise foie de la jeune femme. Résignée à attendre que les choses s'améliorent au fur et à mesure qu'Alyne affronterait ses démons intérieurs, elle reprit sa lecture là où elle l'avait laissée, bien décidée à trouver l'information qui les éclairerait que les intentions de la Porte Noire.

- Mélindra !

L'appel la sortit de ses pensées et elle s'arrêta tandis que des bruits de pas rapides la rattrapaient. En quelques secondes, sa mère l'avait rejointe et passait un bras sous le sien pour l'enjoindre à continuer d'avancer.

- Comment va ma fille ?

- Elle va.

Sa mère leva les yeux au ciel.

- Aussi laconique que ton père. A croire que tu ne ressembles qu'à lui.

Mélindra ne répondit pas, pour la simple et bonne raison que sa mère n'avait pas tout à fait tord : si Remus s'amusait à l'embêter, arguant qu'elle avait hérité de tous les défauts de ses deux parents et très peu de leurs qualités, Mélindra savait que ses capacités à exprimer ses émotions n'étaient pas seulement atrophiée à cause de la génétique.

Douze années passées à se battre forgeait un caractère...

- Comment va la petite sœur de Prudy ?

- Bien compte tenu de ses aventures.

- Et le démon ?

- En déroute. Les Halliwell sont déjà sur ses traces.

- Pas de très bonnes nouvelles alors ?

- Non, pas vraiment. Mais ça aurait pu être pire.

- J'ai entendu dire qu'il y avait eu beaucoup de morts ?

- Oui... Mais les démons en ont eu plus encore. Ceux qui sont descendus en Enfer n'étaient pas à leur coup d'essai.

Sa mère resta un moment silencieuse comme pour analyser la situation.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

Ce fût à son tour de garder le silence et elle sentit le regard scrutateur de Sarah sur elle.

- Lillendrine, n'est-ce pas ?

- Oui, soupira-t-elle.

- Personne n'a pris le temps de nous expliquer ce qu'elle représentait exactement.

- Lillendrine est censée être l'ultime Reine du Royaume Gardien. Quand elle retournera dans son époque, elle affrontera le démon qui règne sur la dimension de la Porte Noire. Si elle échoue, ce sera la fin de toute vie sur cette Terre.

Sarah se figea au milieu du couloir et lui fit face. Mélindra soutint son regard, parfaitement identique au sien.

- Emily a omis de me préciser ce petit détail.

- Emily a onze ans. Elle ne sait pas tout.

- Qu'ignore-t-elle de plus ?

- Juste ça.

Sarah croisa ses bras sur sa poitrine et releva le menton.

- Elle m'a dit que tu te sentais coupable de l'avoir abandonnée au Royaume des Dieux.

Mélindra ne put retenir sa grimace : était-ce une impression ou tout le monde s'était donné le mot ? Face à son absence de réponse, sa mère eut un petit soupir agacé.

- Je n'ai pas côtoyé les Dieux comme toi, mais dans les histoires que me racontait ma mère, j'ai toujours compris que l'on ne pouvait pas s'opposer à eux sans payer un prix très élevé.

- Je suis sûre qu'il y avait un moyen de les contraindre à me laisser emmener Lillendrine. Si j'avais menacé de me tuer, ils auraient abdiqué. Ils ne pouvaient pas prendre le risque que Lillendrine ne voit pas le jour.

- Alors pourquoi ne pas l'avoir fait ?

Mélindra passa une main nerveuse à travers sa crinière brune. Elle voulut changer de sujet mais sa mère attendait une réponse et son expression décidée semblait la mettre au défi de s'esquiver. Mélindra savait très bien pourquoi elle n'avait pas pu menacer les Dieux de mettre fin à ses jours...

- Ils s'en seraient pris à William. Si j'avais tenté quoique ce soit, William aurait été en danger. Je...

Sa voix mourut : elle n'avait rien de plus à ajouter. Durant tout le temps de son apprentissage, les Dieux ne s'étaient pas gênés de menacer William pour l'atteindre. Parfois, elle avait testé les limites de leur patience en les provoquant et à chaque fois, elle avait dû courber l'échine pour éviter que son fils ne souffre par sa faute.

- Quand on devient mère, on est parfois amené à faire des choix déchirants, reprit sa mère d'une voix douce comme si son silence faisait partie de leur conversation. Tu n'as pas fait preuve de lâcheté quand tu as abandonné Lillendrine. Tu as juste fait en sorte que tes deux enfants s'en sortent.

- Lillendrine n'est pas ma fille.

- C'est ta descendante et tu la considères comme telle, Emily me l'a dit. File la rejoindre, elle a besoin de toi.

L'ordre dans les paroles de sa mère lui arracha un sourire et Mélindra esquissa un premier pas. Elle se ravisa toutefois pour serrer sa mère dans ses bras, réalisant à quel point elle lui avait manquée tout au long de sa vie maintenant qu'elle apprenait à la connaître, puis se dépêcha d'aller retrouver Lillendrine. Elle était prête à affronter la colère ou la détresse de la jeune femme.

Quand elle passa la porte de la pièce où Lillendrine se reposait depuis plusieurs jours, elle ne trouva qu'un lit vide.

Hermione releva les yeux du vieux grimoire qu'elle étudiait depuis une heure déjà et adressa un léger sourire à Sarah Black. La mère de Mélindra hocha vaguement la tête avant de rejoindre sa place à côté de Lily. Machinalement, Hermione glissa un œil sur sa gauche : la silhouette de Severus Rogue se devinait à peine dans le coin de la pièce où il s'était retranché dès son arrivée. Personne n'avait osé faire de remarque : le fait que le directeur de Poudlard soit venu les rejoindre de son propre chef, acceptant ainsi de rester dans la même pièce que la mère du Survivant, était en soi exceptionnel. Il ne manquait plus que Mélindra et leur petite équipe serait au complet. Hermione ne doutait pas qu'ils arrivent à mettre au point un rituel mettant en jeu les forces vaguement évoquées par Alexis Mordoh mais la science de Mélindra, l'expérience des Soeurs Halliwell et le génie dont seule Willow savait faire preuve quand il s'agissait de manipuler l'ancienne magie ne seraient pas de trop...

Malheureusement, elle avait le sentiment qu'il lui faudrait bientôt revoir ses objectifs à la baisse : Piper, Phoebe et Paige étaient absentes aujourd'hui et même si elle comprenait parfaitement leurs raisons, elle aurait préféré que l'Harmonique des Lignées reste leur priorité. Il y avait tant à faire...

- Granger, je peux savoir pourquoi il n'y a aucune note sur la Magisteria ?

- Peut-être parce que c'est ta part du boulot, Sev'.

Hermione, qui n'avait même pas eu le temps d'ouvrir la bouche pour répondre à Rogue, se tourna vers Lily Evans-Potter : la jeune femme continuait de griffonner quelques notes sur un morceau de parchemin comme si de rien n'était.

Pourtant, le silence qui venait de s'installer dans la salle était à couper au couteau.

- Et si tu as fini de lire mes notes, j'aimerais les récupérer. Il faut que je vérifie quelque chose.

Un paquet de feuilles ne tarda pas à venir se poser près de la jeune femme. Hermione la vit fouiller dans les parchemins d'un air détaché.

- C'est ça que tu cherches, Evans ?

Maudissant sa curiosité sans pouvoir y résister, Hermione ne retourna à l'image de Willow, tandis que Sarah abandonnait son ouvrage pour suivre la première discussion publique entre les deux anciens amis d'enfance...

Severus tenait entre ses doigts une feuille froissée et Hermione aurait payé cher pour pouvoir lire ce qu'il y avait écrit dessus.

- Félicitation, ton sens de la déduction n'a pas pris une ride, ironisa Lily alors qu'elle dardait un regard brûlant sur lui.

Severus eut un sourire en coin.

- J'ai passé l'âge d'écrire des petites mots à mes camarades de classe.

- Tu veux me faire croire que tu es devenu mâture ? Très bien, réponds à ma question dans ce cas.

- Il n'y a rien à répondre à ça.

- Très bien, garde ton sale caractère... Mais je te préviens, si tu continues à plomber l'ambiance, je te colle une paire de gifles comme tu n'en as pas connu depuis des décennies.

- Et c'est moi qui ait un sale caractère ?

- Oui, et le mot est faible. Maintenant, sois un gentil garçon et tu viens t'asseoir avec nous. Hermione nous a promis un petit bilan.

Hermione crut que Rogue allait quitter la pièce mais il se contenta de venir s'asseoir à sa droite.

- Je vous écoute, Granger...

Hermione se garda de faire le moindre commentaire, même si Lily ne se gêna pas d'afficher une expression victorieuse, puis commença à dresser un rapide récapitulatif des informations qu'ils avaient réussi à rassembler. La Théorie d'Alexis Mordoh semblait fondée et Sarah avait trouvé des dizaine d'exemples de sorciers issus d'un Cycle de Plénitude. Cependant, Alexis faisait référence à bon nombre de pratiques magiques oubliées dans son livre et toute la difficulté avait été de retrouver un maximum d'éléments dans d'anciens traités de magie. Avec les éléments qu'ils avaient en main, il était toutefois certain que l'Harmonique reposait sur la communion de trois sorciers issus d'un Cycle de Plénitude. Selon Mordoh, la puissance magique développée dépassait la simple somme des capacités initiales des protagonistes et le meneur n'était pas nécessairement le plus puissant des trois...

Seulement, il y avait un monde entre la théorie et la pratique.

- Bien, nous avons fait le tour des techniques magiques au cours du mois écoulé, exception faite de la Magie Noire... Si chaque magie possède sa propre méthode pour mêler les essences de plusieurs sorciers, le résultat obtenu n'a pas les mêmes caractéristiques. Les Acathlants sont portés sur une magie offensive, tandis que les Elémentaires utilisent cette technique pour se protéger ou puiser de l'énergie dans les veines de la Terre. Chez les sorciers, c'est nettement plus mitigés. Pour les Tueuses, on ne peut pas vraiment juger puisqu'elles ne pratiquent aucune forme de magie à part entière, mais leur lien avec la Terre est très fort et pourrait nous êtres utile.

- L'enjeu va être d'assembler toutes les pièces pour créer un sortilège viable, intervint Willow.

- Pourquoi ne pas utiliser la magie qui développe le plus gros potentiel ? Demanda Severus.

- Parce que l'union fait la force, les jeunes l'ont prouvé il n'y a pas si longtemps, répondit Sarah.

Hermione, à l'image de Rogue et de Willow, dédia un regard menaçant à la mère de Mélindra. La jeune femme ne se laissa pas décontenancée.

- Je sais que vous pensez que vous allez y arriver seuls. Vous pourriez peut-être y arriver seuls... Mais avouez que la seule idée de mélanger plusieurs sortes de magie dans un même rituel vous dépasse. Vous avez beau être les meilleurs dans vos communautés respectives, vous n'aurez jamais l'ouverture d'esprit de ces gamins et leur goût pour redéfinir ce qui est communément admis.

Hermione passa une main sur son visage, repoussa ses mèches indomptables en arrière tout en soupirant. Elle aurait aimé que Sarah se trompe, que Lily et elle ne soit pas dotée d'un si bon esprit d'analyse et de synthèse, seulement, elle était trop intelligente et honnête pour se cacher la vérité.

Avec du travail, il ne faisait aucun doute que les Potter, les Black-Malefoy et les Halliwell pourraient maîtriser l'Harmonique des Lignées, sans oublier des familles d'Elémentaires... Mais cela ne suffirait pas à rouvrir un passage vers Olympie. Ce monde était lié à toutes les formes de magie, et il fallait toutes les formes de magie pour espérer le rejoindre.

Seulement, le monde n'était plus celui qu'il avait été et si les différentes communautés magiques vivaient en paix, elles évoluaient chacun dans leur coin, si bien que des métisses tels que les enfants de Mélindra étaient très rares.

Cette dernière réflexion permit à Hermione de trouver une issue de secours :

- Mélindra ne tardera plus à nous rejoindre. Elle a une fine connaissance de toutes les formes magiques et se plaît à dire que le mot impossible ne fait pas partit de son vocabulaire.

- Je n'en doute pas une seule seconde mais je mets ma baguette à brûler que ça ne suffira pas, rétorqua Lily. Et en atten...

Elle fut interrompue par l'entrée de Kate dans la pièce.

Mélindra fit un pas à l'intérieur de la chambre de Lillendrine, une étrange boule au ventre et son cœur battant de plus en plus vite. Elle n'avait pas fini de fouiller la pièce des yeux que la porte se referma en douceur derrière elle.

Le bruit métallique de la serrure précéda d'une folle seconde la lame froide qui se posa sur sa gorge.

Mélindra se figea tout à fait, trop consciente du danger que représentait la personne qui la tenait à sa merci.

- Qui es-tu ?

La phrase avait été prononcée dans une langue que Mélindra croyait avoir oublié... Les consonances anciennes, à la fois âpres et sifflantes, firent rejaillir un flot de souvenirs d'une violence d'autant plus inouïe que Mélindra avait pris soin de les ignorer ces vingt dernières années.

- Je suis Mélindra Sarah Lily Black de Olympie, héritière du Royaume Gardien.

La pression sur sa gorge se raffermit et un liquide chaud coula.

- Ne mens pas.

- Je ne mens pas, Lillendrine, et tu le sais. Tu peux lire mes pensées aussi bien que mes sentiments. Je peux te montrer.

Lillendrine desserra légèrement son étreinte et Mélindra ne broncha pas quand la jeune femme souleva les cheveux qui barrait sa nuque, découvrant la marque des Dieux qu'elle prenait toujours soin de dissimuler.

A la fin de son apprentissage, Zeus avait imprimé le symbole du Royaume Gardien sur sa peau... De toutes les douleurs qu'elle avait connu, Mélindra se demandait parfois si celle-là n'avait pas été la pire. Plus que de grands discours, cette marque prouva à Lillendrine qu'elle ne mentait pas.

La lame quitta sa gorge et moins d'une battement de paupière après, Lillendrine lui faisait face. Le regard sauvage qu'elle lançait dans sa direction la fit frémir... Impossible cependant d'y lire un seul sentiment, une seule pensée.

Rien à quoi se raccrocher.

Mélindra dut mobiliser tout son courage pour ne pas détourner les yeux.

L'échange dura une seconde millénaire puis Lillendrine leva ses mains et vint les poser de part et d'autre de son visage.

- Tu es encore trop faible pour utiliser la Magie, Lillendrine. Je te dirais tout ce que tu veux savoir.

Elle eut une moue que Mélindra qualifia d'ironique, pencha la tête sur le côté...

Une lame de feu traversa son cerveau de part en part et Mélindra sentit ses genoux se dérober sous elle tandis que des images commençaient à défiler à une vitesse extraordinaire dans son esprit. Son corps cessa de lui appartenir et elle ne tenta pas de résister au pouvoir de la jeune femme.

Outre le fait qu'elle devait bien ça à sa descendante, elle en aurait été incapable.

Quand Lillendrine la libéra, Mélindra se trouvait au sol, des tremblements irrépressibles secouaient son corps et une sueur froide coulait le long de son dos... Elle trouva pourtant la force de relever la tête pour connaître la réaction de Lillendrine.

En découvrant la jeune femme à genoux, le visage livide et les yeux injectés de sang, Mélindra sentit la panique la gagner.

Tout en se demandant ce qui était à l'origine de son état, elle tendit une main pour lui proposer aide et soutien.

Lillendrine se redressa si vite que Mélindra sursauta. Déjà, la jeune femme commençait à faire les cent pas dans la pièce, tout son corps hurlant que quelque chose n'allait pas sans que Mélindra n'ait la moindre idée de ce qui la perturbait à ce point. Puis elle remarqua qu'un complexe labyrinthe de marques bleutés s'épanouissait sur la peau de Lillendrine, chaque seconde un peu plus brillant.

La panique reflua, remplacée par la peur : pour l'avoir vécu un nombre incalculable de fois, elle savait qu'une telle manifestation n'annonçait jamais rien de bon.

Lillendrine se figea soudainement, puis appuya la paume de ses mains sur ses yeux, ses doigts agrippant ses mèches multicolores de toutes ses forces, comme si elle cherchait à les arracher... Les marques sur son corps brillaient si fort qu'un halo bleu l'entourait.

Inconsciemment, Mélindra se recroquevilla sur elle-même, convaincue que Lillendrine allait exploser.

Et ce fût ce qu'il se passa... Sauf que le souffle magique dévastateur auquel s'attendait Mélindra ne vint pas. Lillendrine s'écroula au sol, secouée de tremblements et marmonnant quelque chose entre ses dents.

- Me souvenir. Mes Souvenirs. Je dois me rappeler. Ils n'avaient pas le droit. A moi. Cette vie est à moi. Il faut que je me souvienne. Que je me rappelle qui je suis.

Mélindra fronça les sourcils, peinant à comprendre ce qu'impliquait les paroles de Lillendrine sans toutefois en être surprise : durant son apprentissage, Mélindra avait été la seule qui arrivait à raisonner Lillendrine. Comment en aurait-il pu être autrement ? Une fillette de cinq ans ne pouvait pas se comporter en adulte ! Une fillette de cinq ans avait besoin de jouer, de rire, de désobéir. Et surtout d'être aimée. Les Dieux essayaient d'obtenir son obéissance par la peur... Seulement, Lillendrine avait hérité d'un courage incroyable et d'une effronterie qui l'était tout autant. Les Dieux avaient rarement eu le dernier mot.

Si elle comprenait bien la situation, les Dieux avaient dû modifier la mémoire de Lillendrine après son départ, juste assez pour la rendre gouvernable afin de continuer à la former.

Mélindra s'approcha de la jeune femme, non sans grimacer quand le monde autour d'elle tangua dangereusement à cause de l'attaque psychique qu'elle avait subi. Elle s'agenouilla près de Lillendrine et l'obligea à ôter ses mains de ses yeux.

- Ton nom de naissance est Lillendrine Mélindra Lupin de Olympie.

Lillendrine bâtit des paupières, signe qu'elle l'avait entendue et comprise.

- Je te connais, n'est-ce pas ? Je t'ai déjà vue... En rêve.

Mélindra déglutit difficilement avant de sourire largement : les Dieux avaient essayé de l'éradiquer de la mémoire de leur Élue, mais elle s'était souvenue. En rêve, certes. Mais compte tenu de la puissance des Dieux, c'était un exploit qui en disait long sur l'étendue de ses pouvoirs.

- La mémoire te reviendra, Lillendrine. Je te le promets, dit-elle en lui caressant la joue avec douceur. Tu...

La porte s'ouvrit à cet instant, la coupant net dans sa phrase.

Mélindra se retourna et découvrit William sur le pas de la porte. Le visage tendu de son fils lui fît craindre le pire.

- On vient d'apprendre que les démons ont lancé une attaque.

- Où ?

- Abracadabra.

Mélindra se figea, les yeux dans le vague, son cerveau peinant à accepter la nouvelle. Le sang afflua à ses oreilles, sa tête lui tourna légèrement, la peur vrilla une lame glaciale dans ses entrailles...

Elle posa une main au sol pour ne pas s'écrouler et le contact avec la pierre gelée du château lui offrit un point d'accroche avec la réalité. Elle obligea les battements de son cœur à retrouver une mesure plus régulière et réussi à se rejeter ses épaules en arrière, tandis que l'essentiel s'imposant à elle. La guerre qui éclatait soudainement, sans que personne ne s'y attende, semblait anecdotique face aux dangers qui menaçaient des enfants en Italie.

- Papa a passé un coup de cheminette, lui expliqua William en faisant un pas vers elle. C'est Ugo La Malfa qui l'a prévenu. Tout le monde est en train de se réunir dans le bureau de Severus. Ils ont besoin de toi...

Elle bâtit stupidement des paupières.

Qu'attendaient-ils d'elle ? Qu'elle fasse basculer une situation dramatique en leur faveur ? Elle n'était plus en mesure de faire des miracles.

- Maman, ça va aller ?

Elle se secoua pour reprendre pied avec la réalité et l'inquiétude dans les yeux de son fils agit comme électrochoc : la guerre était enfin déclarée. Le temps était venu de se battre. Elle avait prouvé par le passé qu'elle ne s'avouait jamais vaincu. Elle pouvait sans nul doute retrouver cette force en elle.

Elle se releva lentement.

- Que se passe-t-il ?

William et elle reportèrent leur attention sur Lillendrine, réalisant en même temps qu'elle était toujours là. La jeune femme les dévisageait avec attention, ses poings serrés comme si elle s'attendait à devoir se battre.

- Rien qui ne te concerne directement, Lillendrine. Tu restes ici. Je vais revenir. William va rester avec toi, dit Mélindra aussi doucement que possible.

- William ?

- Oui, William, mon fils. Je vais revenir.

Lillendrine croisa les bras sur sa poitrine et Mélindra se détourna à contre cœur. Elle aurait préféré rester avec elle et une fois encore, le devoir l'appelait ailleurs.

- Sa mémoire a été modifiée, glissa-t-elle à William quand elle fût près de lui. Elle a oublié qui nous étions. Tu veux bien rester avec elle ?

William fronça les sourcils.

- Je pourrais aider pour l'Italie.

- Non, Lillendrine est plus importante que toutes les écoles du monde. Elle a besoin de toi.

Son fils voulu argumenter mais se résigna après avoir jeter un coup d'oeil à Lillendrine.

- Très bien... Je peux peut-être l'aider pour sa mémoire.

Mélindra hocha la tête puis s'éclipsa.

Les démons passaient enfin à l'action. Que les choses soient bien claires : ils devraient compter avec elle.


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Mis en ligne le 01/03/2015