Chapitre Cinquante et Un

Le professeur

Rock Lee se sentait incroyablement mal à l'aise. Au lieu de le ramener à l'usine, comme il s'y était attendu, Moreel l'avait emmené jusqu'à un palais de justice. Le cœur de Lee manqua un battement. Il sentait venir le prélude d'une pendaison, ou d'il ne savait quelle autre sentence les gens de la Fumée utilisaient pour exécuter les criminels. Il fallait qu'il se sauve d'ici. Mais il ne voulait pas les alerter sur le fait que des shinobi s'étaient infiltrés parmi les prisonniers de guerre. Cela risquerait de mettre Temari et Shikamaru en danger.

Lee prit note des différentes rues et allées qui pourraient lui être utiles s'il devait tenter de s'échapper. Le bâtiment possédait de larges fenêtres, d'un intérêt plus esthétique que fonctionnel. Il savait qu'il n'aurait aucun mal à passer au travers s'il pouvait s'en rapprocher. De là, il pourrait atterrir sur le toit voisin et s'enfuir. Il repartirait alors en direction du désert, et voir s'il pourrait entrer en contact au plus vite avec les forces shinobi.

Moreel posa les yeux sur Lee, et remarqua que celui-ci regardait tout autour de lui avec attention. Cela faisait bien longtemps que Moreel n'avait pas repéré ce genre d'attitude, mais il se souvenait parfaitement de ce qu'elle signifiait.

« Ne crains rien, personne ne va te faire de mal. » Dit-il.

« Ah bon ? » Demanda Lee. « Vous êtes bien sûr de ça? »

« Bien sûr, pourquoi ferait-on une telle chose ? »

Lee se tourna vers lui. « Votre armée a massacré des ninja du Sable sous mes yeux. Je les ai vus. Le Sable est un allié de la Feuille. Ce n'est pas vraiment difficile de s'imaginer que ceux de votre peuple veuillent me tuer à mon tour. Je viens du village de la Feuille. »

« Ils avaient pour ordre de ne tuer que les ninjas, et tu n'en es pas un, n'est-ce pas ? » Répondit Moreel.

Lee se tendit. « Un ninja se bat en utilisant le ninjutsu. » Récita-t-il automatiquement, habitué à entendre ce genre de moqueries depuis ses débuts à l'académie. « Je suis parfaitement incapable de maîtriser le ninjutsu. » Je suis un maître du taijutsu, un génie de l'effort. Je doute que vous puissiez comprendre cela. « Je n'en ai jamais été capable. Je suppose que je comprends un peu mieux pourquoi, à présent. » Ajouta-t-il sans amertume. Bien que Moreel ne puisse pas deviner ce qu'il avait bien pu endurer pour devenir shinobi, lui parler de tout ça n'était certainement pas des plus avisé. Lee détestait mentir, et il trouvait malhonnête de ne pas clairement dire aux gens à qui ils avaient affaire. Cependant, et bien qu'il lui avait fallut un certain temps pour s'en rendre compte, il avait fini par comprendre que jouer franc jeu n'était pas toujours le meilleur choix. Il se rappela son comportement durant cette mission au village caché de l'Etoile*. Il n'aimait pas plus se cacher qu'en ce temps là, mais grâce aux efforts combinés de Neji et de Tenten pour lui faire ouvrir les yeux, il avait enfin comprit la nécessité de cette notion. Il aurait aimé qu'ils soient à ses côtés en ce moment. Ils étaient bien plus doués que lui dans ce genre de situation.

Moreel secoua la tête. « Tu viens d'ici. Je te demande juste de m'accorder une chance. » Si seulement j'étais arrivé un peu plus tôt à la boutique ! Cette femme ne t'aurait jamais emmené avec elle, et ma fille serait peut-être encore en vie ! Moreel ne pouvait s'empêcher de nourrir une rancœur tenace envers Tsunade, cette barbare qui s'était mêlé de ce qui ne la regardait pas et lui avait volé ses enfants. Il lui était plus facile de lui en vouloir à elle, plutôt qu'à son contremaître qui avait renvoyé Audalia et avait été la cause de l'abandon de ses enfants et de sa mort. Cela n'avait été qu'un effroyable malentendu de la part de Jera, et Moreel avait fini par lui pardonner.

Lee s'apprêtait à répliquer qu'au bout du compte, il appartiendrait toujours au village de Konoha, mais une petite voix qui lui rappelait étrangement celle de Tenten résonna dans sa tête. « Lee, espèce d'abruti ! C'est une opportunité en or de se rapprocher d'eux ! Ne gâche pas tout! » Puis, la voix de Neji s'éleva à son tour. « En effet. Ca ne te ferait pas de mal de brancher ton cerveau de temps en temps. » Lee acquiesça mentalement. Même si songer à ce que diraient ses coéquipiers n'étaient qu'un maigre réconfort pour compenser leur absence, ça avait au moins le mérite de lui être utile.

« Où allons-nous, monsieur ? » Demanda-t-il.

Moreel cilla. Il aurait aimé que Lee l'appelle 'Papa', ou 'Père' à la rigueur. Il aurait également aimé que le jeune home réponde lorsqu'il l'appelait Mory, son véritable nom. Mais il ne répondait qu'au nom de Lee. Cela le blessait profondément, mais il fit de son mieux pour ne rien laisser transparaître. Il le méritait, dans un sens. Si seulement il pouvait retourner dans le passer pour changer les choses !

« Nous allons faire de toi un citoyen de l'Empire. Je ne veux pas que mon unique fils soit réduit au statut d'esclave, encore moins le mien. Tu mérites de reprendre la vie qui t'a été retirée par cette femme. »

« Vous parlez de Dame Tsunade ? » Lee s'insurgea. « Monsieur, je ne peux pas vous laisser dire ça ! Sans Dame Tsunade, je ne serais plus là aujourd'hui. Je lui dois la vie. Et d'ailleurs, si ce qu'a dit Mademoiselle Kala est vrai, alors elle m'a sauvé deux fois ! Si vous voulez blâmer quelqu'un pour tout ça, blâmez cet homme que j'ai frappé tout à l'heure ! S'il s'était contenté de faire ce qui lui avait été demandé, ma sœur serait encore de ce monde et Dame Tsunade n'aurait pas eu à m'emmener avec elle. »

Moreel poussa un soupir. « Evitons de nous disputer en pleine rue, d'accord ? »

Lee haussa les épaules.

Moreel soupira intérieurement. Comme il aimerait pouvoir comprendre ce garçon! Il était tellement étrange, à ses yeux. Lee était bien différent de ce que lui-même avait pu être à son âge. Cela devait provenir du fait qu'il ait été élevé dans un village barbare. Ou peut-être était-ce parce qu'il n'avait pas pu être là pour lui durant son enfance. Après tout, Lee était presque un adulte, à présent.

Moreel entraîna Lee dans l'enceinte du bâtiment. Lee regarda autour de lui. Il n'avait rien d'exceptionnel à ses yeux. Les pièces étaient simples et cubiques, et le plancher luisait à la lumière. En face d'eux se trouvait un bureau de réception, et deux couloirs se prolongeaient de chaque côté. Au centre de la pièce, une collection de sièges à l'air peu confortable semblaient attendre des visiteurs. L'odeur était bien différente de celle de l'usine et de l'hôpital, et l'atmosphère était lourde et solennelle. Lee entendit quelqu'un brailler quelque chose et se retourna. Un homme habillé d'une curieuse robe noire marchait à grand pas, une pile de documents entre les mains. Ce qui attira bien plus son regard, cependant, fut l'étrange perruque blanche qui trônait sur le haut de son crâne. Lee manqua de s'étrangler de rire. C'était si ridicule !

« Ca va ? » Moreel avait remarqué que Lee s'était subitement plaqué la main sur la bouche.

« Cette robe et cette perruque. C'est trop ridicule. »

« C'est un avocat. » Siffla Moreel.

« Vous rigolez ! Pourquoi est-il habillé comme un clown ? »

« Voyez qui parle. Tu portes un justaucorps vert. » Rétorqua Moreel.

Lee se retint de lui faire une leçon à la méthode de Gai concernant les vertus de ce vêtement. Il préféra changer de sujet. « Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? »

Moreel s'approcha de l'accueil et sourit à la réceptionniste. « Bonjour, je viens pour faire de ce jeune homme un citoyen de l'Empire. »

« Depuis combien de temps possédez-vous cet esclave ? » Demanda la femme sans même lever les yeux de ses papiers.

« Environ quatre semaines. » Répondit Moreel.

La femme cessa d'écrire. « Quatre semaines ? »

« Il s'agit de mon fils. »

La réceptionniste regarda Lee, qui la gratifia de son sourire rayonnant, pouce levé. Elle cligna des yeux. « Il est simplet ? » Demanda-t-elle.

Moreel se tourna vers lui et manqua de plaquer sa main sur son front. Il se retint, mais de justesse. « Qu'est-ce que tu fabriques ? Arrête ça. » Siffla-t-il.

Lee lui renvoya un regard troublé, et s'arrêta. Moreel ne se rendit pas compte de la chance qu'il avait. Lee avait pensé à lui faire un speech sur la beauté de la jeunesse, mais il décida de se taire. Cet endroit avait des allures de temple, et après s'être fait frapper sans relâche par Neji et Tenten la dernière fois qu'il avait ouvert la bouche dans un lieu saint, Lee n'était pas prêt de recommencer.

Moreel poussa un nouveau soupir. Peut-être aurait-il dû prendre un peu plus de temps avant de s'occuper de ça. Mais ils réussirent néanmoins à passer la femme et son stylo sans plus d'incident.

Ils se trouvaient à présent dans la salle d'attente. Ils restèrent assis sur ces chaises inconfortables pendant ce qui parut une éternité aux yeux de Lee. Il détestait attendre ! C'était presque aussi pénible que de rester toute la journée derrière son levier ! Si au moins il pouvait faire quelques exercices ici.

Finalement, l'un des hommes à perruque appela Moreel, et tous deux le suivirent dans un long couloir. Après quelques bifurcations, ils atterrirent devant une grande double porte. On les invita à entrer. Lee n'avait jamais vu de salle de tribunal à Konoha il n'avait jamais eu de raison de s'y retrouver. Mais il doutait qu'elle puisse ressembler à celle-ci. La pièce était encombrée de longs bancs. Au fond se dressait un vaste meuble de bois surélevé, avec un autre meuble de chaque côté, l'un plus long que l'autre. Pour être plus précis, le plus long ressemblait plutôt à des sortes de places pour spectateurs privilégiés, ou du moins c'est ce qui s'en rapprochait le plus aux yeux de Lee.

L'homme à la perruque les invita à s'installer derrière le plus petit des deux meubles. Lee se rendit compte que celui-ci possédait son propre banc inconfortable à l'intérieur, ainsi que quelques marches pour y monter. Il s'assit à côté de Moreel.

Peu de temps après, deux gardes en tenue complète entrèrent et se postèrent de chaque côté du grand meuble central. Deux avocats en perruques arrivèrent à leur tour et vinrent s'assoir sur les premiers bancs. Un autre homme entra dans la pièce quelques secondes plus tard. Il était vêtu de la même manière que les avocats, mais sa robe était de couleur rouge. Il était suivit par une personne aux bras chargée de documents.

« Levez-vous. » Ordonna l'un des gardes. Lee et Moreel s'exécutèrent, Moreel avec un regard sombre, Lee avec un air complètement dérouté. Quel étrange rituel. Faisaient-ils également ça dans les tribunaux du Pays du Feu ?

Moreel, de son côté, commença à paniquer. De tous les juges de ce monde, il fallait qu'ils tombent sur lui ! Les choses ne s'annonçaient pas très bien.

« Le cas de Moreel Tumas, propriétaire de la Fonderie Tumas et… » L'homme plissa les yeux en lisant le document qu'il avait sous le nez. « Rock Lee ? » Ses sourcils se relevèrent d'un air confus. Les deux avocats se regardèrent du coin de l'œil. Un peu désarçonné, le juge reprit. « Application de la libération et du droit à la citoyenneté de l'individu reconnu sous le nom de Rock Lee, présidé par le Seigneur et Juge Aurmos. » L'homme toussa légèrement en prononçant le nom de Lee. Celui-ci ne comprit pas quel était le problème. Il se demanda également si tous les esclaves étaient obligés de devenir citoyens de la Fumée pour devenir des hommes libres. Cette idée avait quelque chose d'effrayant.

Le juge s'assit, et tous en firent de même. Lee se demanda combien de temps tout cela prendrait. Il s'ennuyait à mourir. Même leurs stupides perruques ne l'amusaient plus.

L'avocat assit à gauche se leva. « Mr. Tumas, si l'on en croit ceci, » Il désigna la feuille qu'il tenait dans la main. « Vous n'êtes propriétaire de cet esclave que depuis quatre semaine ! C'est bien peu de temps pour prétendre connaître son comportement ! »

Moreel se leva à son tour. « C'est vrai, mais il y a des circonstances atténuantes. Ce garçon est mon fils, et je ne vais pas le garder en tant qu'esclave. En tant que natif de ce pays, il devrait avoir le droit d'être instruit selon nos règles et de retrouver son foyer. »

Lee se retint de protester tout haut. Son foyer était Konoha !

« Tu pourras agir plus librement qu'en tant qu'esclave, réfléchis une seconde ! » Lee s'imagina ce que Neji lui aurait dit. « Un peu de self-control, Lee ! »

« Où as-tu été élevé, et comment es-tu devenu esclave, déjà ? » Interrogea le second avocat en posant les yeux sur Lee.

« Il a été acheté au… »

« C'est à ce jeune homme que je m'adresse, pas à vous. » L'avocat jeta un regard mauvais à Moreel. « A moins qu'il ne sache s'exprimer que par des grognements primaires ? »

Moreel ravala sa salive. Tout cela risquait bien de se terminer par un désastre. Lee se leva, réfléchissant à la manière dont Neji aurait géré la situation.

« J'ai été élevé au village de la Feuille dans le pays du Feu. Je rendais visite à un ami au village du Sable dans le Pays du Vent lorsqu'il a été attaqué. C'est là que j'ai été capturé. » Expliqua Lee en s'en tenant aux faits. Il fit de son mieux pour imiter le calme de Neji, et parler de manière pondérée. Il ne devait pas leur montrer à quel point il les détestait, eux et leur étrange système social ! « On m'a emmené jusqu'ici, et j'ai été acheté peu de temps après par Mr. Tumas. Ce n'est que récemment que nous avons découvert que j'étais son fils. »

L'avocat cligna des yeux. « Avez-vous des preuves de tout cela, Tumas. Comment pouvez-vous en avoir la certitude? »

«Il est en possession d'un objet qui avait appartenu à ma femme. » Moreel se tourna vers le juge. « Vous souvenez-vous ? Vous êtes celui qui a approuvé notre union civile. »

Le juge fronça les sourcils. « J'ai présidé un bon nombre d'unions civiles, mais je me souviens très bien de vous, Tumas. Je me souviens comment vous avez ruiné sa vie. »

Moreel se raidit. « Quoi que vous puissiez penser de moi, nous nous aimions. Et vous avez son fils devant vous. »

« Nous avons besoin de plus de preuves que les paroles d'un propriétaire d'usine et d'un barbare. » Déclara l'avocat de droite.

Lee décida que c'en était assez. « J'ai une preuve. Puis-je vous la montrer ? » Demanda-t-il au juge.

L'homme lui lança un regard menaçant. « Approchez-vous. » Dit-il.

Rock Lee sauta par-dessus le banc, recevant au passage quelques regards choqués et un léger grognement. Lee retira sa chaussure, recevant de nouveaux regards outrés, et entendit le son d'une tête se cogner contre le bois. Il les ignora tous et récupéra son anneau.

« Pourquoi cachez-vous une bague dans votre chaussure ? » Demanda le juge avec dégoût.

« J'avais l'habitude de le porter sur une chaîne autour de mon cou, mais mon ami Neji Hyuga essayait de m'étrangler avec qu… quand il était en colère. » Répondit Lee.

Le juge haussa un sourcil. « Vous appelez une personne qui essaie de vous étrangler un ami ? »

« Il était un peu brutal quand il était plus jeune, mais il s'est calmé maintenant. C'est un très bon ami. »

« Il ne serait pas un peu idiot ? » Souffla l'avocat de gauche à son voisin.

Lee l'ignora de plus belle et apporta l'anneau au juge. Celui-ci l'examina et écarquilla les yeux. « C'est le sceau de la famille Fantuen ! Comment est-il entré en votre possession ? »

« J'ai été élevé dans un orphelinat au village de la Feuille. Ils m'ont dit que je l'avais avec moi lorsque j'ai été amené chez eux. »

« Il pourrait très bien l'avoir trouvé, ou même volé ! » S'écria l'un des avocats.

Le juge observait à présent Rock Lee avec la plus grande attention. « Il ressemble vraiment beaucoup à Audalia Fantuen. » Admit-il. « Cependant, quatre semaine est bien peu pour connaître son caractère. Il est peut-être l'un des nôtres par le sang, mais qu'en est-il de sa loyauté ? »

Rock Lee prit cela pour une véritable question. « Ma loyauté va avec ma famille. »

Moreel ressentit un sursaut d'espoir, espérant que Lee était sincère. Il ne savait pas que Lee voyait davantage Gai comme son véritable père, et Neji et Tenten comme ses frères et sœurs. Mais Lee n'allait certainement pas le préciser en cet instant.

« Peut-être. » Le juge le contempla d'un air pensif. « Ceci dit, je doute qu'il soit capable de passer le test pour devenir un citoyen reconnu. Que sait-il de nos lois et notre histoire ? »

Lee haussa les épaules. « Je ne sais pas grand-chose sur cet endroit. Mais si vous m'en laissez le temps, je pourrais apprendre ce que vous voudrez. »

Le juge laissa échapper un petit rire. « Vraiment ? »

« Bien sûr, je peux tout apprendre ! » Répondit Lee, sa voix trahissant un peu son entrain habituel.

« Puisque vous semblez considérer qu'il ne faut pas plus de quatre semaines pour juger de la personnalité d'un individu, Tumas, je vais vous accorder quatre semaines supplémentaires pour instruire ce garçon. Mais s'il ne parvient pas à passer le test par la suite… » Le juge toisa Moreel un moment, puis frappa le bureau à l'aide de son maillet, manquant de faire sursauter Lee.

Moreel attrapa Lee par l'épaule et l'entraîna aussi vite que possible hors de la salle. Si on lui demandait son avis, les choses étaient loin d'être gagnées.

Lee leva les yeux vers lui dès qu'ils furent sortis du bâtiment. « De quel genre de test s'agit-il ? »

« C'est une épreuve permettant à prouver que tu en sais suffisamment sur l'Empire pour devenir citoyen. » Expliqua Moreel. « Je m'étais dit que peut-être, puisque tu es mon fils, ils ne l'auraient pas exigé. »

Lee haussa les épaules. « Peu importe. Je peux bien apprendre! »

« Il y a beaucoup à savoir, et nous n'avons que quatre semaines! » Grogna Moreel.

Lee sautilla d'impatience. « Je passerai ce test sans problème ! Il n'y a rien qui ne puisse être surmonté avec suffisamment de volonté! Si je ne réussi pas, je ferais cinq cent fois le tour de cette ville en courant ! »

Moreel le fixa avec stupéfaction. « D'où est-ce que tu sors tout ça ? »

« De Gai-sensei ! » S'écria Lee en bondissant de plus belle.

Je ne sais pas qui est ce Gaisensei, mais il m'a tout l'air d'être un sacré malade ! Songea Moreel. Il était loin d'être aussi confiant. C'était tout bonnement impossible!

A moins que...


Tandis que Moreel s'approchait de la petite maison, il se demanda comment il allait être reçu. Probablement par un coup de poing en pleine mâchoire. Il était conscient que le vieil homme le haïssait. Mais il ne voyait aucune autre alternative.

Il frappa nerveusement à la porte. Il entendit un « J'arrive » irrité provenant de l'intérieur. La porte s'entrouvrit légèrement, mais se claqua dès que l'occupant put voir de qui il s'agissait. Bien que la réaction ne le surprenne pas plus que ça, Moreel grimaça.

« Mr. Billis, ouvrez s'il vous plait. » Dit-il.

« Va-t-en, je ne veux voir personne. Et certainement pas toi, Totus. »

Moreel poussa un soupir. Au moins Billis ne faisait pas encore semblant d'être sourd.

« Il faut que je te dise quelque chose ! »

« Je n'ai absolument aucun intérêt à t'écouter jacasser ! Je t'ai déjà fait confiance avec cette fille, et regarde ce que tu as fait ! »

« J'ai retrouvé notre fils, Billis. A elle et à moi. Il est chez moi en ce moment même ! »

La porte se rouvrit lentement dans un long grincement, et Moreel rencontra les yeux noirs et froids d'un vieil homme à l'air irrité. Il avait une canne mais il ne semblait ni voûté ni fatigué par les années. Son nez était allongé et ses cheveux étaient longs et argentés. Il était légèrement plus petit que Moreel, mais il possédait une prestance et une autorité naturelle qui forçaient les gens à l'écouter lorsqu'il parlait.

« Tiens donc ? » Marmonna Billis pour lui-même, sur un ton légèrement étonné, ou peut-être moqueur.

« Oui, il a été élevé par des barbares, et je ne m'en suis rendu compte qu'hier, mais j'en suis sûr à présent. Mais il y a un problème… » Moreel lui résuma la situation. Billis ne dit rien. Il se contenta de contempler Moreel, une main recouvrant sa bouche et son menton. De temps en temps, ses doigts tapotaient sa joue, comme s'il semblait plongé dans une profonde réflexion.

Une fois que Moreel en eut fini avec son histoire, Billis rit doucement. « Donc, tu penses pouvoir engager un vieux professeur, à la retraite qui plus est, afin d'enseigner à un jeune homme presque adulte ce que tout le monde apprend depuis leur plus jeune âge en quatre pauvres semaines ? Quand je pense que c'est moi que l'on traite de sénile ! »

Moreel soupira. « Je ne vois pas qui pourrait être plus efficace que toi ! La plupart se contenteraient de me fermer la porte au nez en riant ! Aucun d'entre eux n'accepterait de donner des leçons à un… un barbare. Toi, au moins, tu reconnaitras ce garçon pour ce qu'il est ! Je t'en prie. »

Billis fixa Moreel un long moment, avant de refermer sa porte.

Moreel poussa un nouveau soupir et se retourna pour partir. Mais à peine avait-il fait quelques mètres que la porte s'ouvrit de nouveau, révélant Billis vêtu de son manteau et plaçant un chapeau sur sa tête.

« Bien, je suis prêt, Tomer. Allons-y. »

« C'est Tumas. »

« Bien sûr, mon garçon, bien sûr. » Répondit Billis en remuant la main avec dédain.

Moreel soupira. Il espéra qu'il ne venait pas de commettre une erreur.


Rock Lee observait la feuille en face de lui d'un air complètement dépassé. Il avait déjà du mal à comprendre l'écriture étrange du peuple de la Fumée, mais en plus, leur façon même d'écrire était différente. Complètement différente. Le pire étant qu'ils écrivaient dans le mauvais sens, de droite à gauche au lieu de gauche à droite. Et pour couronner le tout, ils n'écrivaient pas à la verticale, mais à l'horizontale.

Lee était totalement perdu. Et il en était seulement à la première lettre de l'alphabet.

« Mor… Lee, as-tu besoin de quoi que ce soit ? »

Lee releva le nez des lettres démoniaques et sourit à Kala. Moreel et lui-même étaient convaincus que son père ne l'aurait pas laissée rentrer à la maison après ce qu'il s'était passé au parc. Moreel lui avait donc proposé une solution. Il avait justement besoin d'une nouvelle femme de chambre, car l'ancienne avait prit sa retraite. Il avait donc engagé Kala à sa place, encouragé par Lee. Moreel n'avait pas vraiment été convaincu par cette idée, mais avait fini par céder face à l'insistance de Lee. Après tout, selon la logique de Lee, c'était un peu sa faute si la jeune fille n'avait plus nulle part où aller.

« Non, tout va bien. Merci beaucoup. » Lee se replongea dans son document, s'efforçant à le déchiffrer.

Quelques minutes plus tard, il entendit des bruits de pas se rapprocher. Moreel l'avait laissé dans sa bibliothèque personnelle un endroit qui lui rappelait un peu celle des Hyuga, bien que la pièce soit encore plus richement décorée que celle du fameux clan. Lee était installé dans un fauteuil duveteux, devant un large bureau, et lorgnait le curieux alphabet de la Fumée. Il avait du mal à se décider s'il devait considérer ça comme plus ou moins ennuyeux que la corvée du levier.

Lee fit mine d'être en pleine concentration, mais surveillait la porte. Le bruit de pas se rapprochait. Il ne se sentait toujours pas à l'aise ici, et ne pouvait s'empêcher de s'attendre à tout moment à une attaque.

Ceci étant, s'il s'agissait réellement d'un ennemi, c'était alors le plus vieux qu'il aurait jamais eu à affronter. L'homme qui entra dans la pièce avec Moreel était très âgé, et bien qu'il possède une certaine majesté, que Lee pourrait presque qualifier d'aura Hyugaesque, il ne ressemblait pas le moins du monde à un guerrier.

Lee releva la tête et sourit à Moreel. « Bonjour monsieur, qui est-ce ? »

Moreel déglutit. « Lee, je te présente Termius Billis. Il a été le professeur de ta mère quand elle était enfant. J'espérais qu'il puisse t'aider av… »

Moreel n'eut même pas le temps de terminer sa phrase que Lee avait déjà sauté par-dessus le bureau et s'était mis à sautiller devant Billis. « Oh, vous avez connu ma mère ? C'est merveilleux ! Et vous allez m'aider à m'entraîner? » Lee était pratiquement en train de bondir de joie. Il adorait s'entraîner lorsqu'il y avait quelqu'un pour l'instruire.

Billis cligna des yeux. « Eh bien, il ne te faut pas grand-chose pour t'exciter, pas vrai mon garçon ? »

« C'est le pouvoir de la jeunesse, Sensei ! » S'écria Lee, toujours aussi frétillant.

« Oui, il n'arrête pas de dire des trucs comme ça. » Marmonna Moreel, l'air contrarié.

Billis secoua la tête. « Je vois. Sors, Tauras. J'ai besoin de parler un peu avec lui seul à seul. »

« Mais… »

« Zou. » Le coupa Billis.

Moreel soupira et quitta la pièce. Il espéra qu'il ne venait pas de commettre une énorme erreur.


*NdT : Voir Naruto épisodes 178 à 183.