Le retour à Poudlard se passa sans encombre, bien qu'ils perdirent un peu de temps à trouver un accord quant à la date de leur prochaine promenade dans le passé. Si Bowman était motivée à explorer l'ère des Aînés dès qu'ils seraient de retour au château, Harry, Deadheart et Gamp parvinrent à la convaincre de prioriser le deuxième tour des phases éliminatoires et une bonne nuit de sommeil. Il devint alors difficile à Harry de repousser leur aventure à l'époque d'Astaroth au dimanche, car si les trois jeunes femmes préféraient s'y rendre le lendemain soir, Harry tenait à consacrer l'après-second tour à sa formation dans le Sanctuaire. Il finit par remporter les négociations en faisant remarquer c'était lui qui possédait les deux arilles, et non l'inverse.
Le lendemain matin, les élèves étaient aussi motivés que la semaine précédente tandis qu'ils attendaient devant les portes de la Grande Salle que les professeurs préparent les estrades. Quand Harry remonta des sous-sols après avoir fait un détour par le laboratoire afin d'établir un inventaire des ingrédients qu'il manquerait à la préparation de l'Œil ombragé, la potion d'Occultisme qu'il avait récupérée dans le Sanctuaire, il entendit les paris fuser dans tous les sens et, sans grande surprise, vit Lily et Liz l'attendre avec une certaine impatience.
− On a cru que tu te cachais pour éviter un pari, lança la grande brune d'un ton narquois.
− Non, non, assura Harry. Alors, qu'est-ce que vous avez à proposer ?
− Moi d'abord, exigea Liz. Si tu ne bats pas Pitchoun, tu devras nous apprendre le sortilège qui t'a servi à faire perdre l'équilibre à Black.
− D'accord, dit Harry, mais si je la bats, tu devras… rendre un service à Moira.
Liz se renfrogna quelque peu, méfiante, et réfléchit rapidement.
− OK, céda-t-elle finalement.
− A moi ! s'enquit Lily. Si tu ne bats pas Pitchoun en moins de deux minutes, je pourrai venir avec vous quand tu lui feras visiter la Chambre des Secrets.
− Très bien, mais si tu ne bats pas Mulciber en moins de deux minutes, tu devras… me donner une idée pour le cadeau de Noël de Moira, dit Harry, peu inspiré.
− Ca me va, dit Lily.
Lorsque les portes de la Grande Salle s'ouvrirent, les duellistes se précipitèrent vers les estrades, apparemment impatients d'en découdre. Se séparant des deux jeunes femmes, Harry rejoignit Moira et ses adversaires du jour, la petite brune de Serpentard donnant ses dernières consignes à Mary et à Timothy pour couvrir au mieux ce tout nouveau tour. Harry regarda un Gryffondor de quatrième année et une Serdaigle de troisième année se présenter sur l'estrade, puis il détourna son attention vers les autres duels qui se préparaient. Lily ne semblait guère pressée d'affronter Mulciber, qui affronterait un sixième année de Poufsouffle à l'air déterminé. Face à face, Bowman et Deadheart se proposaient déjà à disputer leur duel. A la troisième estrade, Winters avait laissé Strand commencer le premier affrontement contre une Serdaigle de quatrième année. A côté, Rogue se préparait à en découdre avec Regulus, le frère de Sirius. A la cinquième, Gamp laissait à Haustin le plaisir de combattre Mooner. En face, une deuxième année de Serpentard fixait Sirius avec un suprême dédain. A la huitième, Debbie Coulson s'apprêtait à engager les hostilités avec Lucian Toole, l'ancien adversaire de Moira. A côté, James laissait d'autres entamer le second tour, notamment, et à la dixième estrade, Liz et Avery s'observaient avec la plus grande répugnance.
Harry parcourut la foule des duellistes en attente de se battre, et il trouva rapidement celui qu'il cherchait. Dos au mur, les épaules voutées et le regard éteint comme à l'ordinaire, Tumter, qui affronterait Winters et Strand, ne paraissait guère intéressé par sa poule, ses yeux turquoise orientés vers la première estrade – et plus exactement, sur Lily. La préfète-en-chef aurait pu sembler ne rien avoir remarqué, mais son teint rosi laissait entendre qu'elle savait que le massalien l'observait – et peut-être même était-ce elle qui avait commencé à regarder Tumter avant d'être prise en flagrant délit.
Les premiers duels commencèrent au signal du professeur Farewell, les sortilèges fusant dans tous les sens dès qu'ils s'entrechoquaient avant d'être interceptés par des barrières invisibles érigées entre les dix estrades. Harry, qui observait le duel de Deadheart et Bowman, vit soudain Moira se planter devant lui, l'air malicieux :
− Pourquoi tu regardes Lys' ? demanda-t-elle avec un grand sourire.
− Son duel est le plus intéressant, pour le moment.
− Oui, oui, dit Moira en lui adressant un clin d'œil entendu.
− Mais…
− Non, je comprends, il ne faudrait pas que ça s'ébruite, dit la petite brune de Serpentard d'un air espiègle. Tu as déjà réussi à lui tenir la main hier soir, il ne faudrait pas qu'elle sache que tu rêves de la toucher ailleurs…
Déconcerté, Harry regarda Moira s'éloigner avec un dernier clin d'œil complice, puis tourner les talons et filer vers l'estrade de Lily. Cette fille était complètement folle, songea-t-il en reprenant ses esprits, mais il espérait ne pas avoir à découvrir qu'elle avait répandu ses délires auprès de ses amies. Et puis, d'abord, il n'avait pas essayé de savoir à qui appartenait la main qu'il avait tenue pour descendre le flanc de la montagne, la veille ! s'insurgea une petite voix dans sa tête. Il avait juste tendu la sienne et l'une des filles de Serpentard s'en était saisie !
L'intervention de Moira le déstabilisa tellement qu'il manqua la fin du duel de Deadheart et de Bowman, cette dernière ayant apparemment perdu en se faisant désarmer. Ravies de leur affrontement, les deux amies laissèrent la place à d'autres. Réalisant qu'il ne les lâchait toujours pas des yeux, Harry s'empressa de détourner son regard pour ne pas donner à Moira une raison supplémentaire de le soupçonner de quelque chose. Fort heureusement, la petite brune de Serpentard paraissait trop concentrée dans sa conversation avec la préfète-en-chef pour se laisser distraire par autre chose. Lily lui racontait-elle comment elle avait remarqué que Tumter la regardait ?
Comme la semaine précédente, les duels que Harry disputa n'offrirent aucun challenge particulier, sauf quand un cinquième année de Serpentard faillit le surprendre à deux ou trois reprises par sa vivacité de contre-attaque : ce fut le duel le plus long de Harry, à qui il restait encore Moira à affronter, mais il parvint à vaincre l'adolescent étonnamment réactif en passant sous sa garde, comme il l'avait fait avec Debbie Coulson lors du premier tour. Il semblait qu'un grand nombre d'élèves de Poudlard souffrait du même défaut défensif. Chaque fois qu'ils étaient lancés dans leur attaque, ils oubliaient de se préparer à se défendre ou le faisaient beaucoup trop tard.
Harry n'ayant plus que Moira à affronter, il laissa la petite brune reprendre ses duels dès qu'elle revint. Remus perdit contre Deadheart et Bowman, décidément pleine de ressources, mais il remporta tous ses autres duels pour se qualifier pour le prochain tour des phases éliminatoires. Liz gagna tous ses duels, et Harry comprit bien mieux pourquoi Huddle lui avait dit, le jour des Fournitures, qu'il valait mieux se tenir à l'écart de la grande brune et de la magnifique Serpentard lorsque celles-ci s'affrontaient – même face à Avery, Liz n'avait pas fourni de très gros efforts pour le battre. Sirius finit premier de sa poule, même s'il lui restait à affronter le seul première année qui ait eu l'audace de s'inscrire. Harry ne s'était pas intéressé aux duels de James.
Dès qu'elles eurent terminé première et deuxième de leur poule, le dernier duel devant déterminer qui serait en troisième position, Deadheart et Bowman gagnèrent l'estrade de Harry et de Moira, qui stupéfixa habilement son camarade de sixième année et sauta joyeusement à terre sans prendre la peine de libérer son adversaire. Farewell, qui passait par là, s'occupa de réanimer le Serpentard alors que le petit bout de femme gratifiait d'un gros baiser affectueux chacune de ses deux amies.
− Evans n'a pas encore affronté Mulciber, annonça Bowman.
− Elle va lui casser la figure ! affirma Moira d'un ton confiant.
− Dernier duel ! annonça le professeur Farewell.
− C'est à nous ! se réjouit Moira.
A la première estrade, Lily et Mulciber montèrent pour disputer leur duel. A la troisième, Tumter s'apprêtait à se battre contre Winters et, à la septième, Harry et Moira se firent face. Les autres duels ne semblèrent intéressés personne, les élèves se dirigeant vers les trois affrontements les plus prometteurs.
− Allez, Choupinette, tu ne vas pas laisser un affreux Gryffondor te battre ! lança Bowman.
Moira sourit de toutes ses dents, visiblement ravie d'être encouragée.
− Saluez-vous ! lança le professeur Farewell.
Harry et Moira se saluèrent en souriant.
− Allez-y !
La petite brune se fendit avec rapidité et souplesse, décochant un éclair de lumière rouge droit vers le ventre de Harry qui recula son pied gauche derrière le droit pour laisser le sortilège effleurer sa hanche. Sa baguette se leva en même temps pour faire jaillir un jet bleu que la petite Serpentard, qui s'était déjà redressée, esquiva d'un bond joyeux sur le côté. A peine eut-elle retouché le sol qu'elle projeta une gerbe d'étincelles à la tête de Harry, obligé de s'écarter vivement, mais la petite brune semblait avoir anticipé, car elle lui envoya un nouveau sort à l'instant précis où ses pieds retouchèrent le plancher.
Il parut, l'espace de quelques secondes, que Harry retombait dans l'erreur commise contre Sirius. Le petit bout de femme était aussi vif que le Maraudeur et enchaînait les sortilèges avec une précision et une rapidité des plus impressionnantes, mais Harry se refusa à supporter ce mitraillage. Déviant la nouvelle attaque de Moira, il fit un geste brusque, comme contre Sirius, et une violente bourrasque couvrit la rumeur des conversations, des duels et des encouragements. Méfiante, Moira fit surgir un bouclier d'argent aussi grand qu'elle, surprenant franchement Harry. Le sortilège d'Eole du Gryffondor fut divisé en deux par la protection, incapable d'atteindre le petit bout de femme. A travers le bouclier surgi un jet de lumière rouge, mais Harry s'y était attendu : il avait déjà vu Lord Voldemort utiliser ce stratagème, et c'était justement que Moira ait eu la même idée qui l'avait étonné.
Jetant un regard par-dessus son bouclier en se hissant sur la pointe des pieds, la petite brune de Serpentard eut une moue boudeuse en réalisant que sa ruse n'avait pas suffi à mettre fin à l'affrontement, et elle fit disparaître le bouclier d'argent.
− T'y étais presque, Pitchoun ! dit Lily qui avait terminé son duel.
Moira rayonna, comme si rien ne pouvait rien lui procurer plus de plaisir que de découvrir que Lily était venue l'encourager. Faisant tournoyer sa baguette au-dessus de sa tête, elle l'abattit sèchement vers Harry : un mince fil vert fendit les airs pour s'enrouler autour de son poignet armé. Presque aussitôt, Harry sentit un engourdissement se répandre, glissant dans sa main et remontant son bras, et il comprit : la petite Serpentard cherchait à l'affaiblir, à épuiser son bras pour qu'il en perde sa baguette. Il eut un sourire rusé.
Moira fronça les sourcils, méfiante, tandis qu'une bulle d'air remontait la gorge de Harry pour venir se loger à l'intérieur de sa bouche.
− Push !
L'onde partit comme une balle de fusil et percuta de plein fouet le petit bout de femme déconcerté. Projetée au sol, son sortilège s'annula de lui-même et Harry, s'emparant de sa baguette avec sa main gauche, la droite encore trop engourdie, décocha le sortilège de Désarmement victorieux. Alors qu'il attrapait au vol la baguette de sa très étonnante adversaire – car elle l'avait franchement bluffé –, Moira se redressa avec une moue boudeuse.
− T'es pas drôle, ronchonna-t-elle.
− Je suis un « affreux Gryffondor », lui rappela Harry en lui tendant sa baguette.
− Très affreux, même ! approuva vigoureusement Moira.
Les commentaires ne manquaient pas de fuser dans la Grande Salle, alors que les élèves se dirigeaient vers les portes. Le duel entre Moira et Harry semblait avoir été le plus long, car toutes les autres estrades avaient déjà été désertées. Malgré la profonde déception apparente de la petite brune de Serpentard, un seul gros baiser de Lily la fit redevenir aussi joyeuse qu'à l'ordinaire, d'autant que Deadheart et Bowman en remirent une couche derrière.
− J'ai quand même failli te battre ! chantonna Moira, accrochée au bras de Lily.
− C'est vrai que tu m'as beaucoup surpris, reconnut Harry.
− Comment tu as fait ça, le sortilège avec la bouche ? s'enquit Bowman, très intéressée.
− Secret professionnel, répondit Harry d'un air mystérieux. Au fait, Lily, ça a donné quoi ?
− C'était juste, mais j'ai gagné, répondit la préfète-en-chef.
Harry songea qu'ils devaient former un étrange groupe, les filles de Serpentard et de Gryffondor marchant côte à côte, mais cette vision atypique céda dès qu'ils atteignirent le hall d'entrée, car les Serpentard prirent le chemin des sous-sols et les Gryffondor, accompagnées de Moira, celui de leur tour. Harry, toutefois, abandonna les filles au troisième étage et prit la direction du Sanctuaire en extirpant sa carte de Poudlard pour s'assurer que James et Sirius ne l'attendaient pas à proximité du portrait de Charisma. Les Maraudeurs, toutefois, se trouvaient bien loin de là, sur la rive du lac.
Quelques minutes plus tard, après s'être annoncé au portrait de Charisma Peverell et avoir monté l'escalier qui menait au Sanctuaire, sa seule entrée anima immédiatement Jonas, qui se leva de son fauteuil et s'avança vers lui de son pas silencieux.
− As-tu retenu la leçon de ton duel face à Moira Winston ? demanda-t-il.
Apparemment, le Guide n'avait aucune intention de lui reprocher de ne pas être venu la veille.
− Je l'ai sous-estimée, approuva Harry.
− Et tu as très bien réagi quand elle a commencé à prendre le dessus, ajouta Jonas. Tu as également fait preuve de réactivité lorsque la défaite se profilait. C'est la preuve que tu progresses, Harry Potter, et tu progresseras bien davantage au fil de ta formation. Je constate cependant que tu n'as pas ramené le matériel nécessaire aux potions.
− J'ai encore quelques expériences à faire, indiqua Harry.
− Sage décision, approuva Jonas. Nous reprendrons l'exercice de l'esquive, aujourd'hui.
Et la statue aux couleurs de Poufsouffle s'éloigna pour rejoindre son fauteuil, tandis que les trappes aménagées dans le mur circulaire s'ouvraient. Harry envoya l'œil d'Astaroth non pas au-dessus de lui, mais juste derrière sa propre tête, le faisant pivoter de gauche et de droite, tandis que son œil vert émeraude en faisait de même devant lui.
Les premiers sortilèges fusèrent sans que Harry ne se sente vraiment menacé, sa nouvelle stratégie vis-à-vis de la Projection portant ses fruits. Mais au fil des minutes, les choses se compliquèrent, car plus elles passaient, plus la cadence des boules de lumière augmentait. Bien qu'il eût dans l'idée, au tout début de l'exercice, de s'exercer dans un périmètre restreint comme l'y encourageait la technique du majordome, il finit bientôt par bondir, courir, plonger, rouler, jusqu'à ce qu'un sortilège finisse par le heurter dans le bas du dos et le projeter sur la pelouse du jardin.
− C'est nettement mieux, commenta Jonas.
Harry se releva, le souffle court à force d'acrobaties.
− Combien de… sortilèges lancés simultanément pouvait esquiver Grinval ? haleta-t-il.
− Trente-six, répondit Jonas d'un ton paisible.
Harry eut l'impression d'en avoir davantage le souffle coupé. Lui-même n'avait pas dépassé les cinq boules de lumière, mais peut-être que Grinval s'était longuement entraîné avant d'atteindre un tel score.
− Néanmoins, il n'est pas nécessaire que nous poursuivions davantage cet exercice, poursuivit Jonas. Quand tu voudras t'y exercer, tu le pourras, mais tu as montré que tu savais de mieux en mieux utiliser l'œil d'Astaroth, en tout cas pour l'esquive. Nous allons donc passer à autre chose qui te permettra d'améliorer et ton endurance, et ta vivacité d'esprit. Tu vas te positionner près de la porte, puis tu devras traverser les obstacles qui te séparent de la boisson.
Et sans plus d'explication, Jonas retourna à son fauteuil. Perplexe, Harry prit la direction de la porte menant au portrait de Charisma et pivota pour faire face au jardin du Sanctuaire. Les yeux jaunes de la statue s'éteignirent à nouveau. Quelque chose émergea alors du sol, comme une nuée d'étincelles bleu pâle qui recouvrit la pelouse et les dalles, s'élevant presque jusqu'aux bancs. Il y eut une longue série de claquements, déclics, grondements, qui paraissaient tous provenir de sous le tapis de scintillements. Méfiant, Harry se souvint subitement que Charisma, lors de leur première rencontre, lui avait révélé que c'était Manings qui avait transformé la pièce créée par Jonas en Sanctuaire – et quand on voyait ce qu'il avait été capable de faire pour accéder à son musée, Harry n'osait pas trop imaginer ce que le Maudit de Gryffondor lui avait réservé comme épreuve.
La nuée d'étincelles s'enfonça à nouveau dans le sol, comme aspirée, et Harry vit alors l'origine des bruits qui avaient troublé le silence du Sanctuaire. Certaines dalles avaient été soulevées, d'autres enfoncées, certaines plus hautes ou profondément que d'autres, et le tout formait un véritable dédale jusqu'à la pelouse. Harry comprit tout de suite la difficulté de l'exercice : il lui faudrait lever les genoux, parfois bondir d'une dalle surélevée à l'autre, et surtout faire attention à ne pas se fouler la cheville. A l'autre bout du Sanctuaire, près du mur qui faisait face à la porte, une dalle s'étant élevée à hauteur de hanches présentait une coupe de cristal bleu peinte d'or – Harry ne douta pas un seul instant qu'une fois arrivé jusqu'à elle, il aurait grand besoin de s'hydrater.
S'élançant enfin, il grimpa sur la première dalle surélevée et bondit à la suivante, son regard parcourant toutes celles à proximité pour repérer la prochaine. A mesure qu'il progressait, il savait que l'exercice se résulterait par un échec cuisant. Il ne s'était jamais totalement habitué à la plage rocailleuse de l'île de Brighton, et ce parcours était nettement moins évident, car il lui fallait faire vite et bien – ce qui, en l'occurrence, était impossible. Jonas, cependant, lui laissa tout le temps de traverser le Sanctuaire, franchissant la pelouse intacte au pas de course pour reprendre le parcours de l'autre côté du jardin, jusqu'à la coupe.
Dès qu'il eut refermé sa main dessus, le sol s'aplatit, manquant de lui faire perdre l'équilibre. Harry tourna les talons vers Jonas, qui s'était ranimé et s'avançait déjà à sa rencontre.
− Tu as fait mieux que je ne m'y attendais, confia la statue aux couleurs de Poufsouffle.
− Vous plaisantez ?! s'exclama Harry, ahuri. J'ai dû mettre cinq minutes à…
− Le délai importe peu, Harry Potter, l'interrompit Jonas. C'était la première fois que tu faisais cet exercice, on ne pouvait pas s'attendre à ce que tu battes un record de rapidité. N'oublie pas que nous travaillons ton potentiel. Tu as trouvé dès le début le chemin le plus rapide et le plus sûr, c'est-à-dire les dalles surélevées. Si tu avais choisi un autre itinéraire, tu te serais davantage fatigué et peut-être même blessé. L'endurance ne consiste pas à courir plus vite et plus loin, mais à minimiser la fatigue de tes efforts. La seule erreur que tu aies commise est de t'être lancé avant de définir ton trajet, tu aurais d'abord dû repérer les dalles à emprunter avant de t'engager.
Harry hocha lentement la tête, enregistrant les paroles de la statue aux couleurs de Poufsouffle.
− Tu as lu Le dieu qui voulait se faire passer pour un sorcier, reprit Jonas. C'est l'une des anecdotes figurant à l'intérieur qui inspira ce parcours à Acrofe.
− Le troll des montagnes, dit Harry.
Un incident qui aurait pu coûter la vie à trois élèves, se souvenait-il. Alors qu'ils effectuaient leur retenue dans la forêt interdite en compagnie du garde-chasse, tous quatre avaient été attaqués par un troll des montagnes, mais seul le garde-chasse était parvenu à s'enfuir. Il avait couru à en perdre haleine jusqu'au château pour alerter toute l'école. Le temps que les professeurs désignent qui allait venir et qui allait veiller à ce que la créature n'approche pas du collège de sorcellerie, Manings s'était éclipsé pour partir à la recherche des trois étudiants. Lucretia et ses amies, une fois les élèves sauvés, avaient recueilli les témoignages des trois rescapés – Lancaster en parlait aussi, dans son journal intime : Manings avait fait jaillir une corde de sa baguette, était grimpé dans un arbre puis avait sauté sur le dos du troll pour l'étrangler avec la corde et la seule force de ses bras.
− Les Maudits sont-ils humains ? demanda subitement Harry, frappé par la question.
Il peinait à croire qu'un homme normalement constitué puisse avoir la force nécessaire d'étrangler un troll des montagnes adulte.
− La Connaissance répondra à tes questions, assura Jonas. Il ne te reste plus que deux quêtes pour l'atteindre…
− Trois, rectifia Harry. Grinval m'a dit que la quête du Marcheur de Mort n'était pas urgente.
− Parce que tu l'as déjà commencée.
− Quoi ? s'étonna Harry.
− Les billes argentées que tu pourchasses sont la quête du Marcheur de Mort, révéla Jonas. La Connaissance a montré à Toma que tu trouverais l'un de ces portails vers l'Ancien Temps. Maintenant que tu as dépassé la quête des portraits obscènes, les indices seront à trouver à l'ère des Aînés : c'était une mesure de sécurité nécessaire, il aurait été trop risqué que le professeur David Farewell mette la main sur l'un de ces indices avant toi.
Des indices disséminés dans l'Ancien Temps, se répéta Harry. Les trouver promettait d'être compliqué, car les billes argentées ne lui offraient qu'un séjour limité à l'ère des Aînés – mais Grinval lui avait déjà dit où mettre la main sur l'une d'elles. Il était plus que probable que l'indice à récupérer « au sommet d'une crête » le mènerait à un autre, mais il faudrait que Harry se montre particulièrement attentif pour ne pas le laisser lui échapper.
− Vous savez combien de billes il reste à trouver ? demanda-t-il.
− Une seule, répondit Jonas. Elle sera la plus difficile à obtenir, mais nous avons assez discuté. Tu dois encore apprendre de nombreuses choses, aussi vaut-il mieux que tu te concentres sur ta formation.
La statue aux couleurs de Gryffondor s'anima aussitôt, tandis que Jonas retournait à son sommeil, bien installé dans son fauteuil. Vidant la coupe qui contenait simplement de l'eau, Harry la reposa sur le sol et regarda Acrofe le rejoindre.
− Ton duel contre Moira Winston était intéressant, déclara la statue aux yeux rouges. Tu as très bien réagi face à la situation compliquée dans laquelle elle t'a mise, et tu as parfaitement reconnu l'erreur que tu as commise.
− Sauf que j'ai révélé une botte secrète, dit Harry.
− Mais tu l'as utilisée au meilleur moment, insista Acrofe. Toute botte secrète ne doit être employée qu'au tout dernier moment, en cas d'ultime recours. Après cela, il n'appartient qu'à toi de t'offrir davantage de bottes. Tant que tes sortilèges les plus secrets te permettent de vaincre ou de survivre et que la situation t'impose d'en faire la démonstration, tu ne dois jamais hésiter.
Harry hocha la tête.
− Aujourd'hui, nous commencerons à t'initier au majordome, annonça Acrofe. L'artefact que tu possèdes ne te servira à rien tant que tu n'auras pas développé toutes tes capacités, et puisque tu n'as pas travaillé ton hypothèse sur l'Elémentarisme, nous ne pourrons guère progresser dans cette voie. Milan pourra t'aider, si tu le désires.
Avec sa baguette magique, Acrofe dessina un cercle d'un mètre cinquante de diamètre autour de Harry, puis il s'éloigna.
− Le majordome requiert précision, analyse visuelle, vivacité et sang-froid, déclara Acrofe. Logan Tumter en a fait une démonstration des plus remarquables lors de son affrontement contre Severus Rogue. La différence qu'il y a entre toi et Logan Tumter, c'est que tu disposes d'un atout non négligeable.
− L'œil d'Astaroth, approuva Harry.
− En effet. Cependant, tu n'en auras pas besoin pour aujourd'hui, car ton périmètre d'esquive est grand. Prêt ?
Harry hocha la tête, et un éclair de lumière rouge jaillit quasi-instantanément dans sa direction. Il fit un pas de côté, puis se baissa, puis revint à sa position de départ, puis se pencha, puis bondit sur sa droite, tandis qu'Acrofe accélérait la cadence de ses sortilèges. Tout comme lors de l'exercice d'esquive d'avec Jonas, Harry finit par être dépassé par le nombre de sorts qui le prenaient pour cible, mais il parvint malgré tout à rester dans le cercle tracé par la statue aux couleurs de Gryffondor. A plusieurs reprises, il eut très chaud, le faisceau lumineux frôlant son bras, son épaule, son oreille, brûlant même parfois quelques cheveux en répandant une odeur de cochon grillé. Il se fatigua, au bout d'un moment, et fut finalement atteint par un maléfice qui, à sa propre surprise, l'atteignit à la jambe.
Trébuchant, Harry réussit à reprendre son équilibre en s'appuyant sur le sol, mais il n'eut aucune autre attaque à craindre.
− Le majordome nécessite aussi souplesse et audace, dit Acrofe. Ton erreur est de te concentrer sur mes sorts : tout comme c'est la baguette qui détermine la trajectoire d'un sortilège, c'est sur la baguette que tu dois focaliser toute ton attention. Ta deuxième erreur est de privilégier la fuite à la provocation : tu préfères t'écarter plutôt que de tenter une esquive audacieuse, acrobatique – or, plus tu oseras, plus tu surprendras ton adversaire. Et enfin, tu dois toujours avoir en tête que la moindre partie de ton corps propose une cible à ton adversaire : tu l'as montré à ton affrontement avec Sirius Black en touchant sa main, et je viens de te le remontrer en atteignant ta jambe. Une technique comme le majordome demande un long entraînement, aussi je te suggère de repasser régulièrement par le Sanctuaire pour t'y accoutumer avec l'exercice d'esquive. Toma avait l'habitude de dire qu'il s'agissait d'une simple danse dont les mouvements seraient limités.
Harry opina, mémorisant les paroles et conseils d'Acrofe, puis la statue aux yeux rouges céda sa place à Milan, qui s'avança dans sa tenue aux couleurs de Serdaigle.
− Aurais-tu des questions avant que nous reprenions l'exercice d'Eveil ? demanda la statue aux yeux bleus.
− Est-il possible d'employer l'Elémentarisme par le biais d'un dessin ?
− C'est faisable, admit Milan, mais peu pratique, car si tu venais à l'employer contre un adversaire parvenant à t'échapper, il pourrait revenir plus tard et utiliser l'Elémentarisme contre toi. Teegan n'a jamais eu recours à une telle magie sans être certain que son ennemi y succomberait, tout comme Milan prit toujours grand soin à ne pas afficher clairement la séquence runique permettant le lancement d'un sortilège.
− Alors, il est quand même possible d'avoir recours à un dessin sans qu'il s'affiche, non ?
− Si tu connais parfaitement la séquence, c'est possible, mais tu prends toujours le risque que ton adversaire te file entre les doigts et se souvienne des mouvements que tu as exécutés, dit Milan. Néanmoins, ton échec lors du cours avec Acrofe, la semaine dernière, est davantage un défaut d'expérience : quand tu contrôleras l'Eveil, tu te rendras compte que l'Elémentarisme est beaucoup plus simple, car tu visualiseras et comprendras mieux l'utilité et la signification des runes que tu emploieras.
− Je croyais que ça permettait d'étendre son esprit…
− L'Eveil demande de la concentration : plus tu apprendras à te concentrer, mieux tu te concentreras.
Quelques minutes plus tard, lorsqu'il ressortit du Sanctuaire, aucun progrès n'avait été constaté, mais Harry ne s'en étonnait pas : il était incapable d'avoir recours à l'Eveil en dehors de la Salle sur Demande. Ce fut donc sans surprise que Milan l'encouragea à s'entraîner dans divers endroits aussi calmes que possible pour apprendre à ne pas perdre sa concentration.
Parcourant les couloirs du troisième étage en se ressassant les paroles et les conseils des Guides, Harry vit tout à coup l'œil d'Astaroth se retrouver au-dessus de sa tête, regardant un éclair de lumière rouge filer droit dans son dos. Le Gryffondor fit aussitôt volte-face, sa baguette semblant bondir de sa poche pour atterrir dans sa main – in extremis, car Harry eut tout juste le temps de former un bouclier d'énergie qu'une fraction de seconde plus tard, le sortilège s'écrasait dessus et disparaissait.
A son propre étonnement, cependant, l'attaque n'était ni le fait de James ou de Sirius, mais d'Avery.
− Ca te prend souvent ? lança Harry.
Si, dans un premier temps, le Gryffondor soupçonna le Serpentard de l'avoir confondu avec James, Harry revit très vite son opinion. La nouvelle selon laquelle Harry passerait les vacances de Noël chez Deadheart avait eu le temps de faire dix fois le tour de Poudlard, depuis hier – or, il avait momentanément oublié qu'Avery était, avec Webster, l'un des soupirants les plus acharnés de la magnifique Serpentard. Et visiblement, s'il avait toléré qu'un autre aille au bal de Halloween avec Deadheart, l'invitation à Noël était une « provocation » de trop.
− Tu sais ce qu'il en coûte de s'affronter en dehors du tournoi de duel ? reprit Harry.
− Je me fiche pas mal du tournoi de duel, répliqua sèchement Avery. Je ne sais pas ce que tu as fait à Lysandra lors du bal de Halloween, mais je vais te le faire regretter !
− Me faire regretter d'avoir dansé avec elle ?
− Ne me prends pas pour un imbécile, j'ai entendu Bowman et Gamp parler de lui montrer une boisson !
Harry arqua un sourcil. Visiblement, Avery était convaincu que la boisson en question était un philtre d'amour qu'il serait parvenu à faire ingurgiter à Deadheart, alors qu'il s'agissait de l'Elixir glacé destiné à Pullman.
− Vous êtes tous plus pitoyables les uns que les autres, en fait, commenta Harry.
Un maléfice mauve fusa de la baguette du Serpentard. Harry fit un pas de côté, très calme, mais il sut déjà que l'issue du duel le favoriserait. Avery levait le bras trop haut, peut-être parce qu'il était légèrement plus petit que son adversaire, et Harry savait exactement ce qu'il lui restait à faire.
− Je suis sûr que tu peux mieux faire, dit-il d'un ton goguenard.
Le regard d'Avery flamboya et il réitéra la même attaque – un sortilège que Harry ne connaissait pas, mais qui ne devait sûrement pas faire partie de l'enseignement de Poudlard, songea-t-il. Le maléfice fendit les airs. Harry, calculant mentalement, attendit que le sort fut à mi-chemin pour redresser sa baguette sans lever le bras : un trait rouge jaillit et passa sous le sort du Serpentard. S'écartant vivement, Harry ressentit une douleur cuisante au bras en même temps qu'un pli de son uniforme était arraché par le maléfice mauve. A l'autre bout du couloir, Avery, qui ne vit pas venir l'éclair de Stupéfixion, le reçut à l'estomac et s'effondra. Comme nombre d'autres duellistes, le Serpentard misait tout sur l'attaque et attendait de voir si son sortilège faisait mouche, si bien qu'il négligeait totalement sa défense.
Harry jeta un coup d'œil à son bras. Les bords du morceau tissu arraché par le maléfice avaient brûlé, mais son bras ne présentait aucune blessure sérieuse – seulement une grosse rougeur dont la douleur s'atténuait déjà. Quel crétin, soupira Harry en reprenant son chemin. Il ne se faisait aucun souci pour Avery : si Voldemort s'alliait à la Fraternité, les Serpentard n'auraient rien à craindre d'une intrusion d'homoncule. Toutefois, Harry réalisa que ce duel avait une signification particulière : il ne tarderait pas à être pris au sérieux.
