J'avais un peu perdu la motivation de poster devant l'absence flagrante de réaction face au chapitre 48. Bien entendu, j'avais prévu de continuer à poster jusqu'à atteindre le chapitre 50, mais je ne ressentais plus le besoin de me presser pour vous le donner vite, préférant le faire quand ma vie me laisserait le temps de le faire tranquillement. C'était sans compter FaberrySwen et sa review qui m'a mis le sourire jusqu'au oreilles. Dommage que tu n'ais pas de compte, j'aurais pu te répondre en MP.
Bref, me voici encore à caler une publication entre deux commandes donc profitez bien de ce chapitre, c'est l'avant dernier du Livre I ! ;)


Chapitre 49

D'une Ville à l'Autre

C'était quelque chose d'étrange, entendre ces rires. Quand on avait grandi dans le Camp c'était un son qu'on avait presque oublié. Le rire de Santana se moquant des autres, c'était quelque chose d'autre, de différent. Sans les voir, on pouvait sentir le bonheur et l'amusement des hommes cachés dans cette bâtisse délabrée. Mon ventre se noua, l'idée même de mettre fin à ces réjouissances me rendait malade, tuer au combat n'avait rien à voir avec ce que nous allions faire, même si ces hommes avaient prouvé leur cruauté et leur capacité à tuer. Tout autour de moi, les autres observaient la scène en silence, tout aussi mal à l'aise que moi, étudiant les ombres dansantes devant les rideaux. Santana se racla la gorge avant de briser le silence.

- Je ne pense pas qu'on ait besoin de plan pour se débarrasser d'une bande de soûlards.

Je ne fis que hocher la tête, laissant Brittany continuer.

- Ils ne doivent pas être beaucoup plus d'une douzaine...

Rachel tourna la tête et conclut.

- Il y a trois attelages, je ne pense pas qu'ils en aient d'autres, ils doivent tous être là.

Je fis signe à tout le monde de reculer un peu plus derrière l'angle rocheux qui nous cachait depuis le début de nos observations.

- Ok, Mike tu gardes les chevaux...

Le garçon hocha furieusement la tête, trop content d'éviter le combat.

- Et Lord T, ça m'étonnerait qu'il arrive à passer la porte...

Son visage devint aussitôt livide et j'entendis clairement Britt briefer son Gringo d'entre autre un "Tu ne manges pas Mike, d'accord ?"

- Pour les autres, on s'approche discrètement.

Mon oreille se tendit au bruit d'une bouteille cassée et de plus d'éclats de rire.

- Ce qui ne devrait pas être trop dur... Une fois en position, on entre par toutes les ouvertures. Je veux une attaque éclair : On entre, on tue et on sort. Compris ?

Toutes les têtes hochèrent en harmonie.

- Go !

Il ne nous fallut que quelques secondes pour atteindre le bâtiment. Je choisi de prendre la porte alors que les quatre autres attendaient mes ordres accroupis sous les deux fenêtres adjacentes. Elles n'avaient même pas été fermées, ces gars se pensaient vraiment hors d'atteinte cachés si loin dans les rocheuses. Je n'eus qu'un mouvement à faire, ma main sur la poignée, pour que tout le monde entre en même temps que moi. Ce qui suivit fut une pure boucherie, je ne voyais pas d'autres mots. Les hommes autour de nous étaient tellement ivres qu'ils n'eurent même pas le temps de comprendre que nous étions là, avant de mourir. Égorgés, le crâne fracassé, le cœur poignardé, ils n'avaient aucune chance d'échapper à cet abattage. Il nous fallut moins d'une minute pour terminer l'opération. Autour de nous, les corps s'amoncelaient autour des vivres et de l'alcool encore présent en quantité sur tous les rebords disponibles.

- Rachel, va chercher Mike. Attachez les chevaux dehors et préparez les attelages. On va tout ramener à Nidria.

Brittany sortit un corps pour Lord Tubbington qui n'avait pas pu chasser depuis notre arrivée en ville. Nous n'avions pas vraiment le choix, même si l'idée était quelque peu répugnante, nous avions pris l'habitude de le nourrir comme ça en mission...

Après cela, tout le monde s'attela à trier les aliments n'ayant pas été souillé par le sang pour les charger en plus des caisses encore intacts qui s'empilaient partout dans la pièce.

Quelques heures plus tard, nous étions prêts à partir, Santana se tourna vers moi.

- On les brûle ?

Je savais de quoi elle parlait, les corps, c'était une habitude permettant d'éviter la propagation de maladies, mais l'endroit était isolé... Elle attendit ma réponse alors que je me mettais en selle.

- Non, laissons faire les charognards.

- Ok chef...

Elle monta sur Géron, laissant Puck et Britt guider chacun un attelage, Lord T se contenterait de nous suivre comme au bon vieux temps. Rachel avait attaché Magus à l'arrière de son propre chariot.

Les chevaux se mirent en marche et les ânes attelés suivirent. Au loin, un Gringo fermait la marche...

La route s'était faite rapidement, les brigands ayant tenté de camoufler leurs traces par un itinéraire saugrenu, et le retour en ville se fit peu avant le couché du soleil. Ça devait être la première fois que les villageois nous regardaient autrement qu'avec peur depuis que nous étions arrivés. En même temps il fallait dire qu'il était rare de voir trois Légions conduire des attelages d'ânes, notre pouvoir venait aussi des apparences et pour impressionner, il valait mieux être à cheval ou à pied.

Une fois sur la grande place, le Lieutenant 132-M arriva instantanément, accompagné de quelques hommes. Je voyais bien à son regard qu'il avait du mal à croire ce qu'il voyait. Six étrangers avaient réussi en quelques jours là où ses hommes et lui avaient échoué pendant plusieurs mois.

- On va prendre le relais Commandant

Je fis signe à Rachel, Britt et Puck de descendre de leur chariot respectif. La petite brune se dépêcha d'aller récupérer son cheval à l'arrière du sien alors que Britt -rejoignait Lord T. Les hommes de la caserne récupérèrent les attelages et partirent avec pour redistribuer les cargaisons à différents transporteurs.

- Vous savez où nous pourrions passer la nuit ?

- Il y a de la place dans nos dortoirs.

Je ne pouvais pas refuser, même si l'idée de dormir au milieu de ces Légions de bas étages me répugnait.

- Merci Lieutenant.

L'homme se retourna pour rejoindre sa caserne. Le temps d'installer les chevaux dans les stalles, l'heure de manger était arrivée. J'avais presque oublié la sensation de manger dans un réfectoire plein de Légions... Le bruit, l'odeur de sueur, le manque d'espace et le traditionnel bouillon de ceux du rang, autant de choses qui ne m'avaient pas manqué. Notre coin resta silencieux malgré les tentatives de discussions par quelques soldats plus téméraires que les autres.

Une fois notre ration avalée, Britt s'excusa, elle préférait éviter de laisser Lord Tubbington seul dehors et avait décidé de passer la nuit dans une stalle avec lui. Elle fut aussitôt imité par Santana qui venait de se prendre un postillon assez répugnant par son voisin de droite et dont l'attitude laissait présager un meurtre si elle restait dans le coin. Bientôt, notre tablée se leva.

Un soldat nous indiqua le dortoir et tout le monde pris un set de draps sur le meuble posé à l'entrée. La pièce était immense, entièrement remplie de lits superposés aux dimensions ridicules quand on connaissait la taille des hommes y dormant. Seul la moitié d'entre eux étaient utilisés et il ne me fallut pas longtemps pour trouver un coin avec quatre couchages libres. Je pris le lit au dessus de celui de Mike et Puck celui sous Rachel à côté des nôtres. J'avais remarqué la porte de la chambre du Lieutenant 132-M, le plus haut gradé avait toujours des quartiers différents, et j'aurais tout à fait pu la réclamer, mais je voulais rester près de mes hommes, l'adversité nous avait soudés et en lieu inconnu, je dormais mieux quand je les savais à mes côtés. Personne ne se déshabilla ou ne se lava avant de se coucher et nous étions déjà tous endormis quand les premiers soldats entrèrent pour rejoindre leur lit.

Ma nuit fut courte, le massacre de la veille avait réveillé mes cauchemars. Je n'avais plus l'habitude d'ouvrir les yeux au petit matin, en sueur, le cœur battant et le souffle court. Je pris à peine le temps de prévenir une Rachel toute endormie que je sortais avant de sauter du lit pour rejoindre la cour. Le soleil n'était pas encore levé et la place déserte. Je vis Santana et Brittany, pelotonnées l'une contre l'autre, dormant le dos appuyé sur Lord T qui ronflait paisiblement. Même la Latina et le Gringo semblaient inoffensifs dans cette position. On pouvait facilement oublier qu'ils étaient tous les deux des machines à tuer... Un sourire étira mes lèvres à les voir si innocents, mais un nœud persistait dans mon ventre et je savais qu'il n'y avait qu'un seul moyen de m'en débarrasser. Mes pieds commencèrent à fouler le pavé à un rythme lent, trop lent, et bientôt ils suivirent le rythme erratique de mon cœur, accélérant un peu plus au fil des mètres parcourus. Finalement ma tête commença à se vider, mon esprit focalisé sur la route en face de moi. Je ne sais pas combien de tours j'avais pu courir ainsi mais, presque trop tôt, la voix de San me tira de mes retranchements psychologiques.

- Du mal à dormir Fabray ?

Mes pieds s'arrêtèrent instantanément, elle était là, juste à côté de moi, debout sur le bord de ma "piste de course", à me regarder avec sa main sur sa hanche. Mon visage se tourna vers le ciel, le soleil commençait tout juste à se montrer.

- Toi aussi on dirait...

- Nan, c'est l'heure normale pour moi...

Le silence s'installa alors que je reprenais doucement mon souffle. Le soleil avait fini de se lever lorsque je m'étais décidée à rompre le silence.

- On devrait réveiller les autres pour partir.

- Bonne idée, les Légions de cette ville m'insupportent...

Elle partit réveiller Brittany alors que je retournais à l'intérieur pour récupérer Rachel et les garçons. Quelques minutes plus tard, nous étions ressortis. Les deux filles avaient commencé à seller les chevaux et il ne nous fallut donc pas longtemps pour terminer. Aucun Légion ne s'était réveillé avant que nous ne partions. Il faudrait que je fasse un rapport sur cette bande d'incapables en rentrant...

Pour la suite, nous avions un itinéraire à suivre, s'arrêtant de ville en ville. La première halte fut dans un petit village où nous nous étions contentés de rester la nuit avant de repartir, il n'y avait rien à surveiller d'autre que de pauvres fermiers essayant de cultiver leur peu de terres. La suivante se fit dans une ville moyenne dont le nom nous échappa. Pas assez grande pour vraiment retenir notre attention après Nidria, mais pas assez petite pour vraiment nous éviter. Nous étions restés trois jours en poste, comme indiqué sur ma carte. Notre camp avait été établi dans une petite auberge et chaque citoyen avait participé en apportant des vivres pour nous nourrir à l'aubergiste. C'était comme ça que ça fonctionnait ici.

Les journées étaient monotones, nous nous séparions en groupes de deux, Santana avec Britt, Puck avec Rachel et Mike avec moi, il était trop peu expérimenté pour patrouiller avec un autre que San ou moi... Nous n'avions qu'une chose à faire, marcher dans les rues et surveiller la population, chercher les rebelles, s'assurer du travail et asseoir la peur du Commice dans les esprits.

Nous avions déjà passé cinq villes ainsi et deux villages. Ma carte n'indiquait plus qu'un arrêt avant de rentrer au camp. C'était une ville loin de tout si j'en croyais le plan. Elle était estampillée du chiffre 10, le dixième arrêt... Le seul lieu nommé avait été Nidria, les autres resteraient anonymes à jamais...

Notre nouvelle route avait commencé tranquillement, une longue plaine herbeuse... Et puis l'herbe s'était faite de plus en plus rare, les cours d'eau presque inexistants et l'ombre un lointain souvenir. Nous avions continué sur une terre sèche, presque aride, et puis le sable. Des kilomètres de sable sans rien d'autre autour. Le silence s'était installé depuis un moment, personne n'osant le briser alors que notre environnement devenait de plus en plus pesant, dangereux... Même lors du repas, seules quelques bribes avaient été échangées. Nous étions repartis depuis longtemps lorsque qu'il y eut un cri du cœur, faisant écho à nos pensées.

- C'est encore loin bordel ?

Nous comprenions tous facilement la rage de Santana, l'eau commençait à manquer et il avait fallu descendre de cheval depuis plusieurs heures pour préserver les animaux. Le soleil tapait fort sur nos tête et on pouvait presque nous suivre aux coulées de sueur que nous laissions derrière nous. Je sortis ma carte pour la énième fois pour lui répondre, espérant encore y voir une amélioration que je savais pertinemment impossible depuis la dernière fois que je l'avais vérifiée.

- Il y a un puits à l'entrée des contreforts rocheux là bas. On y fera une pause avant de repartir, avec un peu de chance on sera à l'ombre...

- Génial...

Je m'apprêtais à ranger ma carte lorsqu'elle me l'arracha brusquement des mains.

- Et encore un putain de bled pommé qu'a pas de nom... Ils avaient pas d'autres cons à envoyer au fin fond du désert ?

- Visiblement non ! Alors économise ta salive Santana, tu vas en avoir besoin !

Je l'entendis vaguement ronchonner en me tendant la carte qu'il ne me fallut pas longtemps pour mettre en lieu sûr dans l'une des sacoches de Stern. Ma jument était d'ailleurs la seule à ne pas sembler trop souffrir du soleil et nous avions même fini par décharger un peu Magus pour la faire porter plus.

Il nous fallut un long moment pour atteindre le puits, sûrement plusieurs heures. Nous étions tous épuisés par la marche et la chaleur... Puck se chargea de remonter le seau à plusieurs reprises pour remplir l'abreuvoir vide à côté de la source d'eau pendant que nous vidions les gourdes avidement. Les chevaux se jetèrent sur l'eau et Brittany eut toutes les peines du monde à empêcher Lord T de les chasser. Lorsque les montures eurent bu, le Gringo prit leur place et ce fut Mike qui lui remplit l'abreuvoir. Le processus était long, mais la chance était avec nous et les contreforts rocheux autour de nous, nous offraient une ombre salvatrice. Lorsque les animaux eurent tous bu, ce fut au tour des gourdes, puis des soldats. Nous avions tellement soif que l'eau fut bu à même le seau et lorsque notre soif fut étanchée, Puck arrosa soigneusement chaque membre de notre équipée, animaux compris, afin de descendre notre température corporelle un minimum. Après ça, on ajouta encore quelques minutes de pause, autant pour les chevaux que pour les hommes et puis il fut l'heure de repartir après encore quelques gorgées d'eau. Nous avions eu le temps de sécher pendant ces quelques instants mais nos forces étaient de nouveau là et la route se faisait maintenant principalement à l'ombre. Personne n'était remonté à cheval, nous ne savions pas encore si l'eau nous manquerait à nouveau et les animaux n'avaient pas totalement récupéré de la route désertique traversée plus tôt.

Je vis Santana regarder autour d'elle de manière frénétique et cela m'inquiéta, la brune était toujours la première à foncer vers le danger sans signe d'inquiétude.

- Ça va ?

Elle se tourna vers moi, surprise.

- Pourquoi ça n'irait pas Fabray ? On a juste manqué de crever cuits comme des raisins secs, normal !

- Sérieusement San, tu agis bizarrement...

Elle regarda encore une fois autour d'elle puis se pencha pour me chuchoter.

- Je ne sais pas, j'ai un mauvais pressentiment... Cet endroit... C'est comme si mes tripes essayaient de me dire quelque chose sans que j'arrive à comprendre quoi...

Je lui fis signe que j'avais compris sans savoir quoi lui répondre. Je me fiais à nos instincts, mais même Santana ne savait pas lire les siens à cet instant précis.

Plusieurs longues heures plus tard, un sourire étira enfin mes lèvres. Cette formation rocheuse en face...

- Nous sommes presque arrivés !

J'entendis un soupir de soulagement se propager dans les rangs alors que Santana continuait d'observer son environnement anxieusement. Il y eut un tournant à gauche et soudain, notre vue se dégagea. À notre droite, entre les failles, des dizaines de kilomètres de champs de céréales s'étendaient à l'ombre des pierres. Le souffle de Santana se faisait maintenant court et son regard parcourait les environs à une vitesse folle. En biais, sur notre gauche, s'élevait une immense falaise qui devait culminer à plusieurs kilomètres au dessus de nous, nous surplombant de sa grandeur. Le regard de Santana se fixa enfin, et elle s'arrêta telle une statue immuable. Mes yeux suivirent le chemin emprunté par les siens jusqu'au-dessus de la faille qui ouvrait la falaise en deux. Là haut, flottant presque sous les rafales de vent, se tenaient plusieurs corps accrochés à des potences.

Brittany posa sa main sur l'épaule de Santana dont l'immobilité nous empêchait de continuer.

- San ? Il y a un problème ?

La Latina prit une profonde inspiration sans scier une seule fois du regard et, étrangement, me répondit à moi.

- Q ? Tu te rappelles quand je te disais que j'avais un mauvais pressentiment ?

- Oui ?

- J'ai compris, ce n'était pas ça, un souvenir plutôt...

Elle fit une pause avant de conclure.

- Je sais exactement où nous sommes...


Je ne pense pas que le suspens soit très grand et beaucoup auront sûrement deviné où nos Légions arrivent mais il fallait quand même que je le fasse =P