* Désolée, Bee, pensa Yugito, concentrée à l'extrême. T'as fait le plus gros sur ce coup... Je... Hachibi et toi... Vous êtes vraiment incroyables. *
Le Raïkage connaissait la technique qu'ils préparaient. Mais il ne pouvait qu'être fasciné et – pour la première fois depuis le début du combat – quelque peu inquiet.
Car la sphère grossissait à un stade qu'il n'avait encore jamais vu auparavant. Elle dépassait à présent la taille des deux Bijū. Son effet serait cataclysmique, et personne n'était à l'abris sur des kilomètres à la ronde – y compris l'armée qui les supportait au loin.
– LET'S GO ! hurla soudain Bee, sous sa forme de démon, sa voix résonnant jusque dans les nuages tandis que Raditz reprenait peu à peu ses esprits et sa vue.
BIJŪ DAMA
La boule surpuissante fut éjectée à une vitesse telle que le sol sous les démons se fissura alors qu'une violente détonation déchirait les cieux...
Le Saiya-jin ouvrit grand les yeux en réalisant, un peu trop tard, l'attaque de laquelle il était la cible. Il connaissait cette terrifiante technique, pour l'avoir déjà subie lorsque Naruto enragé avait libéré une portion du pouvoir de son démon. Mais la dernière fois qu'il avait eu affaire à cette puissante bombe de Bijū, celle-ci n'était alors qu'une petite boule pouvant tenir dans la paume de sa main, contrairement à celle qui lui fonçait dessus dont le rayon devait se compter en dizaines de mètres !
Par ailleurs, Raditz étant encore perturbé par ses agressions précédentes, il n'aurait pas le temps d'esquiver l'offensive. Il parvint tout juste à retirer son Scouter, comme pour reconnaître la puissance de ses adversaires. Puis il se recroquevilla et plaça ses avant-bras en croix devant son visage.
La boule gigantesque entra en contact avec lui et le propulsa à une vitesse faramineuse vers les cieux. Sa vitesse était telle que même l'incroyable guerrier de l'Empire se sentit totalement plaqué contre la sphère. Il ne remarqua même pas qu'il passait la sombre couverture nuageuse d'un orage qui menaçait de frapper.
Serrant les dents, Raditz se rendit à peine compte que l'air s'était subitement raréfié tandis qu'il était propulsé droit dans la stratosphère. Peinant à respirer, il comprit soudain que le pire restait à venir...
– Oh, C ! l'interpella Darui du haut de son rocher, suivant du regard l'immense boule de Chakra condensé qui n'apparaissait plus que comme un infime point noir dans le ciel. T'es le meilleur senseur de tout le village... À ton avis, cette attaque a ses chances ?
Pour toute réponse, son partenaire de combat lâcha un sourire.
Soudain, un intense flash lumineux força tout le monde à se protéger.
Car la boule explosa, et pas d'une explosion commune pour le monde des Shinobi. La puissance libérée ferait même passer la plupart des attaques de Raditz pour des pétards mouillés.
À même le sol, c'était comme si un nouveau Soleil était né, illuminant la région de son incroyable intensité.
L'armée entière dut se masquer les yeux tant les rayonnements témoignaient de la violence de l'enfer qui se déchaînait à la porte du Paradis.
C'était la plus puissante attaque qui soit en ce monde.
Les quelques secondes de déchaînement cataclysmique parurent interminables, mais le Chakra dévastateur finit néanmoins par s'estomper peu à peu tandis que retombait, au loin, le Scouter du Saiya-jin.
Les ninjas restèrent tous silencieux, quand soudain fut audible le terrifiant son d'une déflagration. Il s'agissait en fait des résidus de l'attaque qui avait ravagé l'atmosphère, et dont les ondes sonores ne rattrapaient les témoins que maintenant. Tel un coup de tonnerre né de nulle part, le son finit lui aussi par se taire pour enfin laisser place à un silence de mort.
Le monde semblait comme figé. La tension était extrême. Les ninjas regardaient autour d'eux avec prudence, comme s'ils s'attendaient à voir débarquer le Saiya-jin juste derrière eux à tout instant.
Mais le guerrier n'était pas derrière eux.
Les minutes passèrent ainsi, sans aucune interruption de ce silence tendu, jusqu'à ce qu'une femme aux courts cheveux blonds ne levât le doigt en l'air en premier.
– Samui... murmura Omoï en la voyant.
À sa gauche, Karui fixait aussi la femme. Puis elle suivit son doigt.
– LÀ HAUT ! hurla-t-elle soudain, hystérique.
D'un même mouvement, l'armée des ninjas de Kumo leva la tête vers les nuages qui grondaient, et desquels une silhouette presque imperceptible descendant, parfois éclairé par les éclairs qui parsemaient çà et là cet orage nouvellement formé.
Son corps était immobile ; il ne volait pas, mais était uniquement soumis à la gravité qui accélérait inexorablement son corps meurtri qui tombait.
La chute du Saiya-jin était également suivie des yeux des trois plus proches. Tous les visages assistaient ainsi en direct à cet événement mondial unique.
* On a gagné... ? pensa Yugito qui retrouvait lentement sa forme humaine. *
Elle abaissa la lame de son katana en fixant le Saiya-jin qui tombait. Plissant les yeux, elle remarqua avec stupéfaction que le corps de ce dernier avait pris une teinte écarlate : celle de l'hémoglobine qui le recouvrait...
Le guerrier invincible avait finalement été vaincu.
– À l'heure où je vous parle, entendirent à la radio les Hyūga encore conscients, aux côtés des corps étendus de Sasuke et Neji, le Saiya-jin semble avoir été mis K.O. et tombe du ciel... !
Tous les visages étaient tendus. Le calvaire pouvait-il vraiment prendre fin ?
Dans l'armée de Kumo, c'était l'euphorie générale. Seul C semblait avoir perdu son sourire.
– Attendez ! Je sens d'autres...
Mais sa voix se dissipait dans les esprits de ceux qui ne pouvaient que savourer cette incroyable victoire.
– ... Et il s'écroule par terre à une vitesse telle que ça provoque un cratère ! poursuivit le commentateur radio. Le voilà aux pieds du... Non, de la Jinchūriki de Nibi !
Jiraiya et Naruto se regardèrent sans prononcer un mot.
– Dix... reprit-on à la radio. ... Neuf... Huit... Sept...
La percée que la double attaque des Bijū avait faite dans les nuages d'orage laissait passer un mince rayon du croissant de Lune qui pointait droit sur le corps sonné du guerrier. Le sang encore chaud recouvrant tout son corps semblait ainsi scintiller de mille feux.
– ... Six... Cinq... Quatre... Trois...
Raditz ouvrit lentement les yeux tandis que se tenait face à lui la jeune femme redevenue humaine. Elle le toisait d'un regard aussi ferme qu'impitoyable. Le Saiya-jin tenta de se relever, en vain. Il ne s'attendait pas à ce que cette combinaison d'attaques – et particulièrement la dernière – soit si redoutable – même pour lui.
– Deux...
Yugito leva son katana. Il était recouvert d'une énergie bleue. Raditz comprit qu'il s'agissait d'un concentré du Ki de son démon. Dans son état, un tel coup lui serait probablement fatal...
– Un...
Mais alors que tout semblait s'y opposer, un sourire se dessina sur les lèvres du Saiya-jin.
Yugito fronça les sourcils et s'apprêtait à abattre son coup mortel, quand quelque chose se plaça entre elle et le guerrier...
Cet obstacle était un corps, le corps plein de vie d'une petite fille aux longs cheveux aussi rouges que le sang coulant à flots du corps du terrible Saiya-jin.
* Le clan Uzumaki ?! s'étonna le Raïkage, ses sourcils froncés à l'extrême. *
– Oooh ! s'exclama-t-on à la radio. Les choses prennent une tournure... Inattendue... !
Et tandis qu'était donnée l'explication de l'arrivée de la jeune fille défendant Raditz, le regard de Hiashi s'assombrissait en même temps qu'Hinata mettait une main devant sa bouche, bouleversée.
– La fillette se place sur le corps du guerrier, comme pour le protéger... poursuivit la voix dans la radio. Il sera difficile de séparer l'enfant et le guerrier. Et si elle décide d'en finir avec ce dernier, alors ce sera au sacrifice de l'enfant... Que va faire la Jinchūriki de Nibi ?
Sasuke reprenait doucement connaissance à côté.
– Tue-le, murmura-t-il.
– Ne le tue pas, grogna Naruto.
À quatre pattes devant la radio, il semblait effectuer une prière. Jiraiya ferma tristement les yeux.
Le Raïkage, voyant Yugito hésiter, perdit patience.
– Tant pis pour elle si elle veut crever ! s'exclama-t-il en se jetant sur eux.
Mais la jeune femme protégea alors la fillette de son corps, bras étendus. Le Raïkage s'interrompit, choqué.
– Si tu fais ça... menaça l'imposant maître de la foudre, semblant prêt à repartir à la charge.
Mais une main se posa sur son épaule.
– Attends, Brother, murmura Bee.
Yugito s'était retournée vers la fille qui recouvrait le Saiya-jin de son corps.
– Mais, s'indigna le Raïkage, si on ne le tue pas maintenant... LE MONDE SHINOBI S'ÉCROULERA !
Les larmes coulaient à flots sur les yeux de la jeune femme qui observait, impuissante, la scène surréaliste face à elle.
– Mais si nous tuons cette petite fille, murmura-t-elle dans un sanglot, le monde Shinobi... Ne méritera pas d'autre sort...
Un profond silence suivit ses paroles.
– CONNERIES ! hurla le Raïkage en éjectant Bee d'un revers du bras, C'EST ÇA, LA GUERRE !
Yugito ne répondit pas, se contentant de fixer sans ciller son supérieur. Elle connaissait la guerre. Elle la connaissait trop bien.
Un souvenir lui revint brutalement en tête, comme dans un rêve...
C'était la guerre. Elle était jeune. Elle combattait une adulte. Sa maîtrise de son démon était imparfaite, mais cela lui procurait toutefois une très bonne aide qui n'était pas de refus face à un tel adversaire. Ses capacités physiques étaient ainsi complètement renforcées, mais si sa gestion corporelle devenait aussi fluide que la douce flamme d'un feu sacré, elle était néanmoins totalement surpassée. Elle avait finalement l'impression d'être une souris dans les pattes d'une chatte joueuse, dont la seule chose qu'elle parvenait à discerner était la lueur écarlate émanant de ses yeux.
Soudain, ce fut le noir absolu. Puis elle se réveilla. Elle se tenait à présent allongée par terre. Elle n'avait pas bougé. Penchée sur elle, une jeune femme aux longs cheveux rouges la fixait. Elle portait un bandeau frontal ennemi – celui de Konoha.
Pourtant, elle l'observait avec inquiétude. Yugito baissant les yeux, elle put constater qu'elle soignait son corps meurtri de nombreuses blessures.
– T'étais pas obligée de lui faire aussi mal, Mikoto ! s'exclama soudain sa guérisseuse en s'adressant à une personne derrière elle.
Yugito n'eut que le temps de voir un katana glisser dans son fourreau, comme tranchant net le symbole d'un éventail sur le dos de celle qui se tenait en fond de scène.
– T'aurais pu la tuer, 'ttebane ! s'énerva la femme aux cheveux rouges.
Les esprits de la jeune Jinchūriki de Kumo refaisaient surface. Pourtant, elle n'y comprenait pas davantage de cette étonnante situation.
– P... Pourquoi ? balbutia difficilement Yugito. Vous pourriez me tuer...
– Je peux aussi te sauver, et c'est ce que je fais alors reste tranquille !
– Mais...
– N'insiste pas, gamine, murmura la silhouette lointaine de celle qui fut son adversaire. Tu n'aimerais pas mettre Kushina Uzumaki en colère...
Quelques jours plus tard, Yugito s'était renseignée sur cette femme aux cheveux rouges qui l'avait fortement marquée. Rassemblant différents indices en questionnant des Jōnin de son village – qui semblaient réticents à l'idée de lui répondre – elle parvint finalement à la douloureuse conclusion que son clan était presque éteint et que Kumo avait potentiellement joué un rôle dans l'éradication de leur village : Uzushio. Pire : il semblerait que Kushina Uzumaki était l'une des cibles prioritaires recherchée par le Sandaime Raïkage en personne, car possédant un Chakra encore plus particulier que ceux des légendaires frères d'or et d'argent de Kumo.
C'était d'ailleurs ce qui en faisait la probable Jinchūriki de Kyūbi, le Bijū considéré comme le plus puissant de tous.
Cette révélation marqua la jeune Kunoïchi, qui dès lors se sentit liée à son homologue Jinchūriki. Mais ce n'était pas la seule chose qui resta gravé dans son esprit. Car elle se souvint de la dernière parole prononcée par la femme aux cheveux rouges, juste avant d'être rejointe par Bee alors que les deux Kunoïchi de Konoha s'éloignaient...
– Quand j'aurai un enfant, je veux qu'il ait la chance de vivre dans un monde de paix. Alors, je travaille à briser ce cycle de haine générateur de guerres, 'ttebane !
Au milieu d'un cercle de flammes, la jeune femme se tenait face au titanesque chat bleu.
– Je crois que je vais de nouveau avoir besoin de ta puissance, Nibi...
– Je... Je ne peux pas... miaula le monstre. Après ce combat et notamment la Bijū Dama, j'ai atteint ma limite... Je n'ai pas la même puissance qu'Hachibi. Combattre de nouveau le Saiya-jin serait...
– Je ne parlais pas de lui, répliqua la jeune femme.
À peine le Raïkage eut-il décidé de réagir malgré la désapprobation de ses partenaires que la jeune fille tombait inconsciente, comme si elle s'endormait sur le corps du guerrier.
Ce dernier la balaya sans ménagement d'un geste désinvolte. Le Raïkage n'attendit pas et fonça pour mettre fin une bonne fois pour toutes au terrifiant envahisseur.
Arrivant à son niveau, il fut brutalement éjecté à une telle vitesse qu'il effectua un vol plané de plusieurs centaines de mètres puis rebondit sur le sol à de nombreuses reprises avant de rouler jusqu'à s'écraser contre le rocher – à plusieurs kilomètres du point d'impact – sur lequel il s'était tenu face à son armée.
Le coup, porté en pleine mâchoire, venait de lui exploser la moitié de ses dents et avait fendu son nez en deux. Il était complètement sonné, incapable de se relever, et observait, impuissant, son bras droit Darui aux prises avec un autre enfant qui, étonnamment, le mettait à lui seul en sévère difficulté.
Car Darui avait été surpris par une attaque en traître d'un redoutable adversaire.
En fait, une multitude d'autres jeunes s'étaient joints à la bataille contre les ninjas de Kumo, déstabilisant totalement le mental de ces soldats qui, l'instant d'avant, avaient gagné face à ce qu'ils pensaient être leur seul adversaire. Et personne ne pouvait les en blâmer, car tous ces enfants-soldat composaient ce que le Raïkage lui-même n'aurait jamais pu prévoir : l'armée du Saiya-jin.
Quant à Raditz, il avait totalement récupéré. Pire : il était plus fort que jamais.
Et son rire dément traversa tout le champ de bataille, se mêlant au grondement du tonnerre aux éclairs meurtriers.
