Karolyn3 : effectivement, ça fait un moment; j'essaie d'équilibrer et c'est vrai que ces derniers chapitres étaient plus orientés action; par-contre, là, je repars sur un passage Merthur; il y a un peu d'Arwen, néanmoins, dans ce chapitre, et il y aura un peu de Merwen (amical) dans le suivant, mais ça reste léger... Je referai des passages plus Arwen ultérieurement ;)

Rubymoon : merci beaucoup ;).

Colinou : oui, je me suis donné du mal pour essayer de représenter les lieux. Puisqu'ils vont être le siège de l'action à venir et que contrairement à l'ancienne Camelot nous n'avons pas de représentation commune issue de la série pour les imaginer, il fallait un peu de contextualisation ;). Ceci dit, c'est sur le passage magique que je me suis le plus amusé ^^

FeeEli : je suis heureux que tu aies aimé mon passage sur la création de la nouvelle dimension. Je l'avais vraiment en tête comme une scène de film, avec les effets spéciaux ^^. Je suis assez visuel dans mon écriture, j'espère que ça se ressent à la lecture. Tu sais, moi aussi, je m'évade à travers cette fic. Elle m'accompagne depuis plus de deux ans maintenant, et c'est vrai que je me suis habitué à cet univers ^^. Il y a pas mal de moments où je shippe vraiment Merlin et Morgane, pour être honnête. Au point de penser qu'ils auraient fait un couple vraiment génial. Mais vu ma fic, ça n'arrivera jamais. Donc j'essaie de les maintenir aussi proches que possible à travers la magie. En effet, Merlin et Arthur ont du mal à se tenir. D'où la suite qui arrive ;).

Toundra95 : je visualise en effet le complexe comme quelque chose de très classe, un mélange de design et de classique ^^. L'ouverture de la Fondation n'est plus très loin maintenant. C'est le moment où nos héros pourront enfin dire "mission accomplie".

WARNING

Ce chapitre est un Merthur, comme probablement les deux suivants. Un Merthur slash explicite rating +devrais-je ajouter, même si je garde mes habitudes de style (un peu d'humour ne fait de mal à personne; les métaphores et les ellipses n'ont pas été inventées pour rien ^^). Le contexte vous surprendra certainement, encore qu'il y ait toujours de la logique dans le fil de l'histoire (même si il faut remonter une bonne dizaine de chapitres en arrière pour s'en apercevoir). Bref. Ca manquait un peu de verdure alors j'ai décidé de me remettre à planter des arbres, mais vous me connaissez, rien n'est jamais simple avec moi, donc je vais vous faire ramer un peu avant d'apporter sa résolution attendue à l'un des arcs de Renaissance ;).

Avis à mes lecteurs non-slasheurs: si vous souhaitez vous épargner, vous pouvez sauter ce chapitre et les deux prochains; je vous ferai un petit résumé de ce qui s'est passé avant de reprendre le cours normal de l'histoire.

CHAPITRE 50

Ce matin-là, au réveil, Arthur glissa sur un des canards en plastique avec lesquels Galaad jouait dans son bain, manqua de se tordre la cheville, perdit l'équilibre et atterrit sur son arrière-train. Face à lui, Shelayivin et Adrinial clignèrent des yeux, juchés sur la pile de peluches où ils avaient nidifié pour la nuit, puis inclinèrent leurs têtes sur le côté comme un couple de hiboux jumeaux, lui donnant l'impression qu'ils avaient développé un certain sens de l'humour, et le faisant pester pour la peine. C'était déjà bien assez humiliant de se retrouver par-terre deux secondes seulement après s'être levé, sans en plus avoir deux dragonneaux hilares pour être témoins de son infortune. La douleur avait au moins l'avantage d'être un excellent réveil-matin. Et en regardant autour de lui d'un oeil décillé, Arthur réalisa l'état catastrophique dans lequel se trouvait la chambre. La plupart des jeunes parents manquaient certainement d'organisation, mais il fallait avouer qu'en l'occurrence, le capharnaüm qui l'entourait dépassait les limites de l'acceptable. Personne n'était véritablement à blâmer pour la situation. Merlin et Gwen passaient autant que lui leurs journées à courir dans tous les sens. Un bébé magique et deux dragonneaux imprévisibles avaient tendance à générer du chaos partout où ils allaient, à fortiori dans la pièce où ils passaient la majeure partie de leurs journées. Peut-être Arthur ne s'attardait-il sur la question que parce que les vacances scolaires étaient arrivées, lui fournissant un peu de répit dans son rythme de travail effréné. Mais entre les doudous et les jouets qui tapissaient la moquette, les paquets de couches empilés sur la table de nuit, les vêtements de trois garde-robes qui traînaient éparpillés sur le sol et empilés sur la table à repasser, les tétines et les biberons vides, et le bureau couvert de feuilles de cours en désordre, il fallait bien admettre que le tableau qui s'offrait à son regard était d'une horreur dantesque.

Frottant son séant douloureux, Arthur se remit sur ses pieds, saisissant entre ses mains le responsable de sa chute, Coin-Coin le Mortifère.

-Tout est ta faute, marmonna-t-il entre ses dents, en l'élevant à hauteur de son regard.

Ce fut à cet instant que le canard se mit à vibrer, et qu'Arthur réalisa que ce qu'il tenait entre ses mains n'était pas un jouet pour enfant.

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Coin-Coin le Mortifère fixait Arthur avec de grands yeux d'un bleu naïf, sans se douter qu'il était passé du statut de plug vibrant à celui d'ennemi mortel. Le Roi Présent et A Venir lui rendait son regard d'un oeil mi-indigné, mi-démoralisé. Certaines fois, il fallait regarder la vérité en face. Même quand, comme maintenant, elle était bien peu réjouissante. A trop se noyer sous le travail, il était devenu un mauvais amant. Pas étonnant, quand cela faisait des semaines qu'il s'endormait le nez sur ses cours, et que la moindre possibilité d'étreinte se trouvait interrompue par les bruyantes exigences de Son Altesse Galaad. Mais visiblement, malgré la fatigue et les contraintes l'un des occupants de cette chambre avait encore de l'énergie à revendre. Et l'avait remplacé par un morceau de plastique. Diantre, voilà qui mettait à mal son amour-propre. Et qui éveillait dans son esprit bien des questions. Dont la principale : à moins qu'il ne s'agisse d'une farce de Gauvain... QUI DE MERLIN OU DE GWEN AVAIT BIEN PU ACHETER CE FICHU CANARD ?

Arthur était si perturbé qu'il fourra l'objet dans son sac avant de descendre en cuisine pour prendre son petit déjeuner.

Il était déterminé à tirer cette histoire au clair avant le coucher du soleil.

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-Tu veux dire que tu ne lui as pas dit ? s'étrangla Mithian.

-Shhhhh ! fit Gwen, pour faire taire son amie, qui venait de parler assez fort pour réveiller la maison toute entière.

-Désolée, s'excusa la princesse en rougissant. C'est juste que...

-Je sais, d'accord ?

Les deux jeunes femmes se trouvaient toutes les deux dans la cuisine, assises face à face aux petites lueurs de l'aube. Gwen câlinait Galaad, qu'elle tenait assis sur son genou, le dos appuyé contre son ventre. Il avait les yeux grands ouverts, comme toujours; c'était comme s'il absorbait littéralement du regard tout ce qui se trouvait autour de lui. La Reine d'Albion profitait de son fils au maximum avant le grand départ pour la Nouvelle Zélande, qui était prévu le lendemain matin, par avion. En effet, si les deux cascadeuses de choc avaient mis au point, avec l'aide de Merlin, une stratégie de déplacement par couloirs interposés qui leur permettrait de rentrer tous les soirs à Londres après le tournage, leur arrivée sur l'île devait se faire par les voies régulières, si elles souhaitaient obtenir leur visa de travail en règle. Ce qui signifiait un voyage aérien de près de vingt-quatre heures, et une première journée bien remplie à régler toutes les formalités liées à leur prise de poste. Gwen avait le coeur déchiré à l'idée de quitter son bébé pendant deux jours entiers. Mais d'un autre côté; l'idée de travailler pour Peter Jackson était tellement excitante qu'elle était heureuse d'avoir accepté l'opportunité.

-Ca fait deux mois que nous avons signé ! Nous commençons le travail demain ! protesta Mithian. Et toi...

-J'en ai parlé avec Merlin, dit Gwen, avec un regard appuyé en direction de son amie.

-Ce n'est pas avec Merlin que tu es mariée, que je sache, rétorqua Mithian, les poings sur les hanches.

-Oui, mais c'est lui qui va gérer nos déplacements ! Ne me regarde pas comme ça, Mithian. Je culpabilise déjà bien assez sans que tu me fasses les yeux. Je sais très bien que j'aurais déjà du en parler à Arthur depuis longtemps. C'est juste que je n'ai pas trouvé le bon moment.

-En deux mois ?

-Je ne voulais pas le perturber au milieu de son travail. Le pauvre; il ne sait plus où donner de la tête depuis le début de l'année. Je sais qu'il ne dira rien pour m'empêcher d'aller là-bas. Mais je suis à peu près certaine qu'il sera bouleversé que je m'absente au moment où il a le plus besoin de moi, et ça me donne l'impression d'être une traîtresse.

-Si je peux te donner un conseil : dis lui avant qu'il ne s'aperçoive de ta disparition, dit Mithian, avec une grimace éloquente. Sans compter qu'il vaudrait mieux qu'il l'apprenne de ta bouche; et pas de celle de Gauvain. En parlant de lui; je n'arrive pas à croire qu'il n'ait pas trouvé le moyen de gaffer et de vendre la mèche...

-C'est parce qu'il passe tout son temps à la Taverne, pour la mise en place du restaurant, répondit Gwen avec un sourire. Ce qui, à mon humble avis, est une très bonne chose. Gauvain a tendance à s'éparpiller quand il n'est pas absorbé par un travail digne de ce nom.

-Et en ce qui concerne Arthur ?

-Je vais lui dire. Aujourd'hui. Dès qu'il sera levé. Pourquoi crois-tu que j'aie mis à cuire une fournée de pâtés en croûtes à une heure pareille ?

-Me dire... quoi ? demanda Arthur, en clignant des yeux, sur le seuil de la cuisine.

Mithian le regarda; puis regarda Gwen; et siffla entre ses dents en s'éclipsant sur un "J'ai à faire". Gwen fit à son mari son plus beau sourire, et, lui présentant une fournée de pâtés en croûte chauds et croustillants, lui demanda d'une voix pleine d'entrain :

-Arthur... est-ce que tu as faim ?

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Gwen allait partir. Pour la Nouvelle Zélande. Tourner un film avec Peter Jackson. Demain.

Arthur était abasourdi.

D'abord, Coin-Coin le Mortifère, et maintenant, ça ? Comment avait-il pu rester si aveugle à ce qui se tramait juste sous son nez ?

-Tu savais, toi ? demanda-t-il à Merlin, qui était en train de s'occuper du linge dans la salle de bains.

-Hem... oui ?

Le magicien esquissa une grimace d'excuses éloquente. Arthur eut soudain la désagréable impression de se retrouver propulsé dans le passé, à l'époque où il était toujours le dernier nigaud à être au courant de tout.

-Tu aurais du m'en parler ! protesta Arthur.

-Je croyais que Gwen l'avait fait, répondit Merlin. Ecoute... Je sais que ça peut sembler énorme. Mais dans les faits, elle ne sera absente que deux jours, le consola Merlin. Après ça, je m'occuperai de la faire rentrer à la maison tous les soirs, sans faute. C'est seulement pour s'assurer que c'était faisable, qu'elle m'en a parlé.

-Je sais bien; et je suis content pour elle; qu'elle ait cette opportunité d'évoluer dans son travail; c'est juste que... je déteste être le dernier informé de ce qui se passe, bougonna Arthur.

-Haut les coeurs, répondit Merlin, en plantant un rapide baiser sur sa joue, avant de s'éclipser pour aller vers ses devoirs de nounou.

(oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo)

-Arthur.

Arthur sursauta, pris en flagrant délit d'inattention. Il était parti rejoindre sa soeur chez elle pour faire le point sur l'ouverture de la Fondation, mais à la vérité, il était trop absorbé dans ses pensées pour parvenir à se concentrer sur quoi que ce soit et il était glorieusement inefficace depuis qu'il s'était laissé tomber sur sa chaise. CE n'était pas réellement sa faute : ce maudit canard le perturbait. Comme le départ de Gwen. Il avait tenté de relier ces deux éléments entre eux et d'y trouver un lien, mais, en vérité, le rapport semblait assez peu probant. Si Gwen était absorbée dans les démarches liées à son nouvel emploi depuis quelques semaines, elle avait certainement eu mieux à faire que de courir les sex shops pour s'acheter des canards vibrants... non ?

-Qu'est-ce qui t'arrive, Arthur ? demanda Morgane, en adressant à son frère un regard acéré.

-Hein ? Oh, rien, répondit-il, en mâchonnant son stylo.

Le problème était, que si Gwen n'avait pas acheté Coin-Coin le Mortifère, cela signifiait... que Merlin l'avait fait. Merlin. Qui était à peu près aussi à l'aise sur ce genre de sujet qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine; ou un chat qu'on aurait jeté en plein milieu d'une piscine. Rien qu'à l'idée d'imaginer Merlin rentrer à l'intérieur d'un sex shop, Arthur sentait son cerveau entrer en ébullition. Sans même parler de se rendre au guichet avec un article à la main. Merlin se serait liquéfié sur-place avant même d'avoir ouvert son portefeuille pour payer. Bien sûr, avec ses pouvoirs, il aurait pu voler l'objet du délit. Mais c'était de Merlin qu'il s'agissait. Merlin n'avait pas l'esprit assez mal tourné pour faire ce genre de choses... si ?

Morgane renvoya à Arthur le regard blasé de qui ne comptait pas se laisser embobiner si facilement.

-Tu n'as pas l'air dans ton assiette aujourd'hui, pointa-t-elle. Ca fait deux heures que nous sommes là et je n'ai pas l'impression que tu aies écouté quoi que ce soit à ce que j'ai pu te raconter. Alors, si tu as un problème... accouche, qu'on puisse enfin passer à la suite du programme, parce que... nous n'avons pas toute la journée !

Arthur regarda sa soeur, amusé et abasourdi. C'était un comble que Morgane lui dise d'accoucher, alors qu'elle en était presque à neuf mois de grossesse. Mais c'était sans doute pour cette raison qu'elle s'était sentie obligée de placer ce mot dans la conversation. Elle était de plus en plus nerveuse au fur et à mesure qu'approchait la date fatidique. Et quand bien même elle n'avait pas le choix, il savait qu'elle n'avait aucune envie de traverser cette épreuve.

-Tu vas m'obliger à te tirer les vers du nez ? demanda-t-elle, vaguement menaçante.

-Ce n'est rien, je t'assure, promit-il. Je suis juste un peu distrait, parce que Gwen m'a appris ce matin qu'elle avait trouvé du travail en Nouvelle Zélande.

-Ah oui; le fameux film, acquiesça Morgane, d'un air entendu.

-Alors j'étais vraiment le seul à ne pas être au courant, s'indigna Arthur, incrédule.

-Gwen ne voulait pas te retourner la tête; elle sait mieux que personne à quel point tu es occupé ces temps-ci, répondit Morgane. Dans tous les cas; vous aurez une soirée en tête à tête avant son départ; ce soir, je viens à la maison pour garder Galaad, histoire que vous soyiez un peu tranquilles...

-Et Merlin ? demanda Arthur, en fronçant les sourcils.

-C'est sa soirée de congés, dit Morgane. Comme tous les autres samedis, depuis deux mois. Vraiment, Arthur, où as-tu la tête ?

Arthur ne répondit pas. Il additionnait deux plus deux, et visiblement, Gwen n'était pas la seule à avoir des choses à cacher.

Ce soir, décida-t-il, n'allait pas être une soirée tête à tête, mais une soirée filature. Il n'obtiendrait peut-être pas le fin mot de l'histoire avant que le soleil ne soit couché, mais il le découvrirait avant les douze coups de minuit.

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-Je pensais que tu allais profiter de cette journée pour te reposer un peu, dit Paul à Arthur, en le rejoignant dans parc qui se trouvait devant l'université. Au lieu de quoi, tu me donnes un rendez-vous secret, devant la fac, en me demandant surtout de n'en parler à personne ? J'avoue que je suis intrigué. J'ai passé la matinée à me demander ce que tu pouvais bien avoir à me dire...

-Cela concerne un sujet délicat, avoua Arthur à son ami.

-Mmm ? fit Paul, d'un air intéressé.

-Je suis sûr que c'est le genre de réponse qu'ils vous apprennent à donner en cours de psychologie, le chambra Arthur. Eh bien; disons que... j'aurais besoin de suivre quelqu'un à la trace; et qu'il me faudrait un peu d'aide magique pour y parvenir.

Paul lui adressa un regard étonné.

-Pourquoi ne pas demander à Merlin ou Morgane ? demanda-t-il.

-Avec tout ce qu'ils ont à faire en ce moment ? Je m'en voudrais de les déranger pour si peu, répondit Arthur, en roulant des yeux. Et puis, il paraît que tout exercice est bon à prendre pendant une formation magique !

-Ce n'est pas faux, reconnut Paul. Mais d'abord, dis-moi. S'agit-il de quelqu'un... que je connais ?

-Pas du tout, mentit Arthur, avec le plus grand aplomb. C'est une connaissance de la fac. Et je t'assure, que je n'ai que de bonnes intentions à son égard. En fait, je soupçonne cette personne de s'être fourrée dans les ennuis, et si je fais ça, c'est pour pouvoir lui apporter mon aide. Seulement, je crains d'être un peu rouillé en ce qui concerne les méthodes de filature classique... et je ne voudrais pas la perdre de vue au moment le plus risqué.

-Je comprends, dit Paul. Eh bien, je pense avoir quelques idées pour t'aider; mais il faudrait que nous passions chez moi pour récupérer les ingrédients.

-Tu habites toujours chez les parents de Mona ? demanda Arthur.

-Non. J'ai obtenu un appartement en cité étudiante, répondit Paul. Mais je passe quand même chez eux tous les week-ends. Pour être honnête, je les considère plus comme mes parents que mes parents biologiques, avec qui je n'ai plus eu le moindre contact depuis des années. La mère de Mona passe même me déposer des tartes chez moi. Je suppose qu'elle compense un peu l'absence de sa fille de cette manière.

Arthur emboîta le pas de son ami. Ils rejoignirent rapidement les bâtiments de la cité U. Paul l'invita à l'intérieur de son studio. Sur ses étagères se trouvait tout le matériel nécessaire à un sorcier : grimoires de sortilèges, ingrédients pour fabriquer des potions; quiconque pénètrerait dans son antre en déduirait presque aussitôt qu'il s'intéresserait aux forces occultes. "J'ai envisagé d'adopter un look gothique", lui dit Paul en riant, "mais je préfère éviter de me faire remarquer sur le campus". Il consulta ses notes, s'immergeant à l'intérieur pendant de longues minutes avant de s'éclairer en marmonnant : "Nous y voilà". Puis il sortit une casserole, et mit de l'eau à bouillir sur sa plaque électrique tout allant chercher une collection d'herbes et de fioles. Il mélangea plusieurs ingrédients à l'intérieur du liquide brûlant, avant de réciter une formule au-dessus de l'élixir, qui se teinta fugitivement d'une couleur dorée, avant de reprendre l'allure d'une infusion ordinaire.

-Il me faudrait un objet de petite taille, que tu puisses glisser dans la poche de la personne que tu vas suivre sans qu'elle s'en aperçoive, dit Paul en regardant Arthur.

Celui-ci fouilla dans ses poches, et en ressortit son coupe-ongles.

-Ca ira, dit Paul, en le plongeant à l'intérieur du breuvage bouillant.

L'objet prit aussitôt une belle teinte dorée. Paul le récupéra avec sa louche, et le passa sous l'eau froide avant de le rendre à Arthur. Dès que l'élixir eut réduit, il le transvasa à l'intérieur d'une fiole.

-Glisse le coupe-ongle à l'intérieur de la poche de ta cible. Quand tu voudras commencer à la suivre, tu avaleras cette potion, et tu verras un chemin doré s'ouvrir devant toi pour te conduire jusqu'à elle. Toi seul seras capable de distinguer et de remonter cette piste. Grâce à cela, tu ne risques pas de perdre sa trace.

-Tu es un génie, dit Arthur, en empochant coupe-ongles et potion.

-Seulement un apprenti-génie, rectifia Paul avec un sourire. Mais je fais de mon mieux. Et maintenant, il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance...

-Mille fois merci, mon ami ! dit Arthur en lui pressant brièvement les mains avant de prendre congé.

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Le soir tombait sur le 22 Bayswater Road, et alors que Merlin attendait Morgane au rez-de-chaussée pour lui laisser Galaad, Gwen terminait de préparer sa valise en prévision du lendemain.

Arthur la rejoignit dans la chambre et la regarda rassembler ses affaires avec méthode.

Elle avait toujours été la plus organisée d'eux deux, et il était impressionné par son efficacité.

-Je sais que ce n'est que pour deux jours, mais tu vas me manquer, dit-il, en refermant tendrement ses bras autour d'elle.

-Tu vas me manquer aussi, répondit-elle, en se retournant vers lui pour nicher son front dans le creux de son épaule avec un frisson.

Il ferma les yeux, respirant le parfum de ses boucles brunes. Puis, il cueillit son menton entre ses doigts, et capta son regard alors qu'il lui murmurait :

-Je suis désolé... si je n'ai pas été un très bon mari pour toi ces dernières semaines.

Elle lui renvoya un regard teinté d'une incompréhension sincère. Et quand elle lui répondit, dans une protestation remplie de ferveur, il y avait tant de douceur et d'amour dans ses grands yeux sombres qu'il s'en voulut aussitôt d'avoir pu douter d'elle.

-Arthur, qu'est-ce que tu racontes ? Tu es le meilleur mari dont je puisse rêver. C'est moi qui ai souvent l'impression de ne pas être à la hauteur. Ce n'est pas facile tous les jours, tu sais, d'être une jeune maman. Surtout avec un enfant comme Galaad, dont les capacités sont si différentes de celles des autres enfants. J'ai souvent eu l'impression d'être débordée, ces dernières semaines, même sans aucun travail en-dehors de celui qui consiste à m'occuper de lui. Et je sais bien que sans Merlin...

-Sans Merlin, nous n'y arriverions pas ni l'un ni l'autre, acquiesça Arthur. Parce que nous sommes les parents non-initiés d'un magicien-né. Mais Merlin est là...

-...tout comme toi, s'exclama Gwen. Tu réponds toujours présent quand il s'agit de m'aider avec Galaad, alors que tu as trois fois plus de travail que moi à accomplir entre la fac et la fondation.

-C'est mon fils, et je l'aime, dit Arthur avec douceur. Tout comme je t'aime, toi. C'est pourquoi, quand tu seras sur le tournage, je ne veux que tu t'inquiètes de rien. Concentre-toi uniquement sur ton travail, mets tout ton coeur dans ce projet pour être fière de toi-même. La Source sait que je suis fier. Comment ne le serais-je pas? Tu vas tourner avec le grand Peter Jackson en personne. C'est le couronnement de tant d'efforts; au même titre que ta médaille, aux Jeux Olympiques. Tu as toujours été si douée, dans tout ce que tu entreprenais. Tu mérites largement la reconnaissance que tu gagnes aujourd'hui, et je ne te dirai jamais assez à quel point... je suis avec toi. Dans tout ce que tu désires vivre.

-Regarde-toi : j'ai tardé à te parler d'un projet qui me tenait immensément à coeur, et au lieu de m'en faire le reproche, tu es là, à me soutenir et à m'encourager pour me pousser à accomplir mon rêve, murmura Gwen, bouleversée.

-C'est ce que tu as toujours fait pour moi, répondit-il, en l'embrassant tendrement.

La sonnette retentit. Arthur interrompit leur baiser, caressa la joue de Guenièvre, et affirma doucement :

-Je vais aller ouvrir à Morgane.

Il s'en voulait de ne pas passer cette dernière soirée avec elle. Mais il devait savoir ce que fabriquait Merlin. Il avait fourré le coupe-ongles dans la poche de son blouson un peu plus tôt dans l'après-midi; il s'était débrouillé pour qu'il traverse un trou et pour qu'il vienne se loger dans la doublure, pour éviter que son ami n'ait la mauvaise idée de s'en débarrasser... Il s'arrêta en haut des escaliers; écouta Merlin et Morgane se saluer; vit sa soeur attraper Galaad, et entendit la porte claquer alors que Merlin sortait. Il se trouvait à mi-chemin des escaliers quand il déboucha la fiole que lui avait préparée Paul, avalant son contenu d'une traite.

Il arriva au rez-de-chaussée avec un sourire, embrassa Morgane.

-Où vas-tu comme ça ? lui demanda celle-ci alors qu'il se dirigeait vers la porte. Je croyais que tu passais la soirée avec Gwen ?

-J'ai juste une petite course à faire, et je reviens tout de suite, lui répondit-il.

Il passa la porte. Merlin avait déjà disparu à l'angle du pâté de maison. Sous ses yeux, se déployait la piste dorée que Paul lui avait promise. Une opportunité comme celle-ci ne se reproduirait peut-être plus. Il prit une profonde inspiration, et commença à suivre la trace de son ami dans l'obscurité.

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Merlin n'était pas une cible facile. Il se servait de la magie pour se déplacer plus vite; disparaissant subitement au détour d'une ruelle pour réapparaître plusieurs quartiers plus loin, et continuer sa route à pied; si bien que sans la magie de Paul, il aurait facilement semé Arthur. Mais le sortilège du jeune magicien de la nouvelle Table Ronde fonctionnait à merveille, preuve que son apprentissage portait ses fruits. Et les quelques fois où Arthur se retrouva semé, il n'eut qu'à appeler un taxi qu'il se chargea de guider rue après rue dans le labyrinthe de Londres, suivant le ruban mordoré qui le reliait au coupe-ongles enchanté, et retrouvant ainsi la trace de son mystérieux fugueur.

Il était plus de vingt-trois heures quand le magicien cessa ses déplacements erratiques, et se décida à marcher. Arthur le suivit discrètement, en prenant garde à ne jamais se retrouver dans son champ de vision. Ils se trouvaient dans le centre festif de Londres, et malgré l'heure tardive, la fréquentation battait son plein par un samedi soir de printemps. Arthur croisa des groupes d'étudiants éméchés, des couples venus profiter de leur soirée pour s'amuser, des jeunes filles accrochées les unes aux autres, bras-dessus, bras-dessous. Il se demandait parfois ce qu'il faisait là, à filer son meilleur ami comme un voleur. Mais le besoin de découvrir la vérité était plus fort que ses réticences, et il ne songea jamais à abandonner sa filature.

Merlin tourna à l'angle d'une ruelle, et disparut brièvement. Arthur pensa qu'il l'avait de nouveau perdu, mais il réapparut exactement au même endroit. Sauf qu'il s'était changé. Et... bon sang. Il avait changé. Physiquement. Il ne ressemblait plus à un adolescent mal défini, mais à un jeune adulte à la silhouette svelte et séduisante. Comment Arthur ne s'en était-il pas aperçu ? Peut-être parce qu'à la maison, Merlin était toujours échevelé, et habillé comme l'as de pique, avec un bébé dans les bras ? Mais maintenant... maintenant... Il portait un jeans, un t-shirt et des boots noires; ses vêtements près du corps mettaient en valeur ses épaules, qui s'étaient étoffées, et sa taille étroite; il portait un bracelet de cuir au poignet droit, et ses cheveux étaient...coiffés. Soignés. Comme s'il s'était apprêté. Apprêté pour qui, apprêté pour quoi ? Malgré toutes les craintes d'Arthur, la curiosité qui pointait en lui était la plus forte. Il trouvait excitant tout ce mystère; il trouvait déstabilisant que son ami de toujours puisse encore le surprendre et le dérouter, après toutes ces années, alors qu'il pensait si bien le connaître.

Faisait-on jamais le tour de quelqu'un, même d'une personne chère, tendrement aimée ? Cette nuit, la réponse était non. De toute évidence.

Merlin remonta la rue, et s'arrêta devant une enseigne clignotante devant laquelle se tenaient deux videurs qui semblèrent le reconnaître et qui s'effacèrent devant lui pour le laisser passer. Il entra sans hésiter. Arthur se mordit la lèvre, et déchiffra l'enseigne. Au Mec Plus Ultra. Ca ressemblait à... un bar ? Arthur se décida à emboîter le pas de Merlin, le coeur palpitant d'excitation. Les videurs l'examinèrent puis hochèrent la tête. Dans le hall d'entrée, se trouvait un guichet où il dut payer dix livres pour franchir la porte suivante.

Dans la salle où il déboucha, la musique battait son plein, rythmique, assourdissante; la lumière clignotante des boules à facettes aveugla momentanément Arthur qui se retrouva plongé dans la chaleur humide, caractéristique des corps en état d'ébullition. Lorsque ses yeux s'accommodèrent à l'obscurité, il réalisa qu'il se trouvait bel et bien à l'intérieur d'une boîte de nuit. Une boîte de nuit gay, remplie de jeunes gens séduisants, à moitié nus, et à moitié éméchés. Arthur plongea à travers la foule des danseurs, sur les traces de Merlin, qui se dirigeait vers le centre de la piste. Le magicien fit un signe de la main au barman, comme s'il le connaissait, et ce fut alors qu'Arthur réalisa, que ce n'était pas la première fois qu'il venait ici. La voix de Morgane résonna dans sa tête. C'est son soir de congé, comme tous les samedis depuis deux mois. Il ne comprenait pas. La Source avait-elle déraillé sans qu'il s'en rende compte ? Dans quelle dimension parallèle Merlin Emrys passait-il ses soirées à danser ?

Plusieurs danseurs se retournèrent vers Merlin en lui souriant, comme à un ami, et il leur répondit d'un hochement de la tête ou d'un signe de la main, comme l'aurait fait un habitué.

Arthur ne savait plus quoi penser. Il avait l'impression que tous ses repères venaient de voler en éclats, mais en dépit de son coeur qui tambourinait dans sa poitrine, il continua à suivre son ami en faisant le nécessaire pour ne pas se faire repérer.

Merlin traversa la piste de danse; il fut arrêté par un jeune homme au passage. Il était grand et brun, taillé comme un athlète, et il lui adressa un regard charmé. Arthur observa leur échange de loin; il vit Merlin sourire, et hocher la tête; puis attraper la main du danseur, et l'entraîner à sa suite... en direction d'une porte entr'ouverte à l'arrière de la pièce principale.

Arthur courut derrière eux, s'efforçant de ne pas les perdre de vue; mais il fut ralenti par un groupe de jeunes gens qui l'entourèrent en essayant de l'inviter à danser en leur compagnie. Il réussit à se soustraire à leur invitation pressante, et rejoignit tout essoufflé l'entrée obscure. Il resta figé sur le seuil. C'est une backroom, pensa-t-il, en réalisant où il se trouvait. Devant lui, de nombreux jeunes gens se trouvaient rassemblés par petits groupes pour s'adonner à des plaisirs éphémères. Si Arthur n'avait pas vu Merlin saisir la main de son partenaire pour l'entraîner dans son sillage, jamais il ne l'aurait cru capable de se rendre de son plein gré dans ce genre d'endroit. Mais après tout, jamais non plus il n'aurait imaginé que Merlin mettait son temps libre à profit pour se rendre en secret à l'intérieur d'une boîte gay. Et il était en train de revoir certaines de ses idées préconçues au vu de la tournure que prenait cette soirée.

Le coeur battant, il fouilla les ténèbres du regard, et soudain, entre deux flash de stroboscope, il reconnut la silhouette familière de son ami...

Merlin avait la tête renversée en arrière contre le mur, les yeux fermés, les lèvres entr'ouvertes. Du jeune homme brun, Arthur ne voyait que le dos, dont les muscles étaient contractés par l'effort; il n'avait pas retiré son jeans, mais il l'avait baissé suffisamment pour qu'apparaisse la naissance de ses fesses d'athlète, parfaitement dessinées, qui se contractaient par intermittence. Les jambes de Merlin étaient nouées autour des reins de son partenaire, dont les mains soutenaient ses hanches pour pouvoir le porter; les bras de Merlin étaient étroitement accrochés autour du cou du jeune homme, ses doigts labourant son dos parfaitement taillé de leurs ongles. Les corps des deux amants étaient soudés l'un à l'autre, le visage du danseur, enfoui contre le torse nu du magicien. Collées au mur, les épaules de Merlin absorbaient les va et vient, sa silhouette, ondoyant avec grâce au rythme de l'effort fourni par son partenaire enfiévré.

Arthur sentit son souffle lui manquer, et se rattrapa à l'encadrement de la porte. Il avait l'impression que le ciel venait de lui tomber sur la tête. Pourtant, avant même de commencer à analyser ce qu'il voyait, il prit conscience de sa propre attitude et sentit la honte l'envahir. Qu'était-il en train de faire, vraiment ? Espionner Merlin dans un moment aussi privé ? Après avoir eu recours à un ensorcellement pour le suivre à son insu ? Ce n'était pas correct. C'est un lieu public, glissa la voix du démon à son oreille. Tu as autant le droit d'être là que n'importe qui. Mais dans son for intérieur, il savait qu'il n'aurait pas du. Qu'il n'avait pas à assister aux ébats de son ami, avec... qui ? L'homme qu'il aimait ? Son esprit tourbillonna alors qu'il envisageait cette éventualité. Merlin, amoureux d'un autre ? Non. Non, ça n'avait aucune logique. Pas alors que le dernier je t'aime glissé par Merlin à son oreille sur l'autel de la Magie résonnait encore si fort en lui. Et d'ailleurs, Merlin et son partenaire n'agissaient pas comme s'ils étaient épris l'un de l'autre. Malgré la passion qui semblait les animer, ils ne s'étaient pas embrassés une seule fois; c'était un rapport animal, anonyme; à l'intérieur d'une backroom, et non, à l'abri d'une chambre, où l'intimité de deux amants nourrissant des sentiments l'un pour l'autre aurait été possible.

Arthur devait faire marche arrière, maintenant, repartir, oublier ce qu'il avait vu. Il hésita. Faillit faire demi-tour. Puis, releva les yeux... et resta bloqué, incapable de se détacher de ce qu'il voyait. Le visage de Merlin... était magnifique. Peut-être fut-ce ce qui fit disparaître toute amorce de sentiment de trahison, de jalousie, ou de tristesse en Arthur. Cette expression de pur plaisir gravée sur les traits de Merlin était comme un élixir. Aucune gêne ne traversait son regard que le désir rendait vague. Il semblait juste être... ailleurs. Et s'y trouver tellement bien. Les ondulations de son corps souple étaient si séduisantes, si naturelles, si libérées. Arthur sentit une bouffée de chaleur l'envahir et réalisa qu'il réagissait involontairement à ce qu'il voyait. Figé sur-place, il se cria à lui-même : "va-t'en tant qu'il en est encore temps". Mais il ne pouvait pas. Les corps des deux amants se dessoudèrent. Merlin reposa souplement les pieds par-terre alors que son partenaire le lâchait. Le jeune homme brun semblait vidé de toute énergie; ses gestes étaient comme ralentis, empreints d'une langueur assommée. Merlin lui posa une question, le visage souriant, le regard empreint d'une légère expression de défi, et l'autre secoua la tête, comme pour s'avouer vaincu. Alors qu'ils échangeaient quelques mots, en toute camaraderie, un autre jeune homme s'avança vers eux, hésitant. Merlin se tourna vers le nouveau-venu, le regarda, et lui fit signe d'approcher. Il était légèrement plus grand que l'autre, et tout aussi bien fait; avec des cheveux mi-longs, et une barbe de trois jours qui lui donnaient une allure semblable à celle de Gauvain. Les mains de l'inconnu glissèrent le long des flancs du magicien, faisant frissonner sa peau blanche. Merlin se retourna face au mur, et son nouveau partenaire vint se coller à lui, leurs deux corps, s'épousant parfaitement dans la pénombre. Merlin avait une main passée derrière son amant, qu'il agrippait par les hanches pour le maintenir contre lui. Son front reposait contre son second bras, qui lui servait d'appui contre le mur de la backroom. Il avait la tête tournée aux trois quarts, permettant à Arthur de voir l'expression d'extase qui revenait sur ses traits au fil des mouvements qui s'amplifiaient; à nouveau, il était en train de partir; vers les contrées du plaisir qu'il semblait être venu explorer ici.

L'esprit d'Arthur était comme déchaîné. Au stimulus des images qui le remplissaient d'un feu crucifiant venaient s'ajouter ces idées sous-tendues par la logique qui lui coupaient les jambes et l'empêchaient de s'arracher à l'endroit où il se tenait. Ce n'était pas la première fois. Ce n'étaient pas les premier hommes. Il y en avait eu d'autres. Et avec tous ceux-là, Merlin avait connu le plaisir ineffable qu'il voyait sur son visage. Avec eux, mais pas avec lui. Pourquoi était-il incapable de lui offrir cela ? Cette passion, cette libération, ce bonheur animal et sensoriel, ce sentiment de fusionner, de décoller, d'éclater ?

Il sentait le plaisir de Merlin à distance; ses muscles qui se contractaient, son souffle qui se raccourcissait, ses doigts qui se crispaient; il était cet homme, qui allait et venait en lui, il avait ses mains, posées sur ses flancs, il respirait son parfum, il sentait son dos contre son torse, il...

...les poings de Merlin se contractèrent. Son dos s'arqua. Ses yeux se révulsèrent. Le jeune homme se figea dans son dos, le tenant serré contre lui alors qu'ils haletaient l'un et l'autre. Arthur tituba en arrière, hors d'haleine, lui aussi, incapable de savoir s'il se trouvait en enfer, ou au paradis. Puis, le brouillard qui obscurcissait son regard s'éclaircit...

...et de l'autre côté de la backroom, Merlin se retourna.

Leurs regards se croisèrent.